Hello les Jedi !

Ravi de voir que cela vous plaise :)

Bonne lecture et que la Force soit avec vous !


La nuit drape le Temple Jedi dans les plis de velours de sa cape, laissant la nappe soyeuse envelopper les cinq flèches argentés, tandis que sa berceuse ondule doucement dans les eaux calmes de la Force. A cette heure ci, la plupart des Jedi marchent sur les étoiles dans leur sommeil, et ceux qui sont encore réveillés sont étouffés par le poids de la connaissance des Archives, silencieux dans l'air frais. La nuit chance doucement, et la Force est sa voix. Des doigts intangibles pénètrent dans la crèche, allant se poser sur le front d'un jeune qui pleurniche, plongeant l'enfant plus profondément dans le monde réconfortant et lumineux, empli de curiosité et de naïveté, que forme le chemin des rêves des enfants. La nuit sourit dans une brillante supernova qui s'épanouit comme une floraison au printemps, et pourtant ce n'est qu'un scintillement dans l'obscurité.

La Nuit. La Force. Une seule et même chose.

Une perturbation dans les eaux calmes, un halètement troublant le sommeil et amenant à l'éveil.

Obi-Wan ouvre les yeux dans l'obscurité moite de sa chambre. Son cœur martèle encore dans sa poitrine, tambourinant avec force jusque dans ses oreilles. La sueur s'accroche à lui comme une seconde peau, s'infiltrant dans les couvertures serrées dans ses mains glacées, ruisselant le long de l'extrémité torsadée de sa tresse de son padawan. Ses boucliers sont étroitement tirés contre son esprit, si étroitement qu'il peut à peine respirer. Une étreinte froide resserre sa poitrine, la Force est ternie, contaminée, comme un goût de fer sur la langue-

Ce cauchemar en particulier avait été pire que les autres. Il était teint de cramoisi, trempé d'acier et d'agonie, entaillant de coups de pinceaux vifs sa vision.

Il frisonne alors qu'il ouvre la bouche pour inhaler l'air frais. Respire.

Et soudain, Obi-Wan sait qu'il ne peut pas rester ici. Pas dans ces couvertures qui l'immobilisent dans leurs bras crispés. Pas dans cette pièce, où l'obscurité est étouffante, trop présente et silencieuse. La Force est comme insaisissable ce soir, figée et morte, aucun signe de vie ne vient la réveiller. Le garçon pourrait tout aussi bien crier.

En fait, il pourrait crier s'il le pouvait. Il pourrait ne jamais cesser de crier, juste pour compenser des années de silence.

Obi-Wan ouvre la bouche. Le silence se moque de lui.

Les couvertures font un bruit sourd alors qu'elles sont jetées contre le mur du fond. Sa cape comprime l'air dans un doux mouvement de tissu sur une fine chemise de nuit, les bottes souples sont silencieuses contre le sol lisse, et la Force elle-même semble l'envelopper de silence tandis que la porte glisse devant lui. Obi-Wan s'arrête devant la porte de son maître, la signature de Force de Qui-Gon est muette, comme la lueur d'une étoile endormie reposant dans les courants de la Force Vivante.

Ils en avaient fait un rituel pendant les longues semaines qui avaient suivi leur retour de Naboo. Une nuit sur deux, une main ferme sur sa joue le tirait des lambeaux hantés de ses rêves, accompagnée de l'arôme apaisant de thé flottant dans un bol en céramique. Qui-Gon ne disait rien, respectant le silence de Obi-Wan. Et alors maître et padawan méditaient ensemble jusqu'à ce que, inévitablement, les vertus soporifiques du thé rappellent Obi-Wan dans le berceau de la Force. Ils avaient répété ce rituel dans un cycle sans fin, jusqu'à ce que cela devienne aussi enraciné et aussi naturel que ses premiers katas Shii-Cho.

Ce qu'il ignore, c'est que le plus souvent ce qu'il ressentait comme les bras doux de la Force est en réalité l'étreinte de son maître qui le berçait dans son sommeil.

Alors qu'il lève une main pâle vers la porte, Obi-Wan se demande pourquoi Qui-Gon n'est pas venu pour lui cette nuit. Il fait une pause, les jointures de ses doigts planant au-dessus de la surface solide. Le reflet de ses doigts est tordu dans le reflet terne du duracier, bandes de lumière irrégulières se déplaçant sur la surface pas tout à fait lisse de la petite fenêtre sur sa gauche.

Il retire sa main de la porte comme s'il s'était piqué. Le duracier vacille dans l'écho des lumières déformées de la ville, puis s'immobilise une fois de plus, comme le calme trompeur de l'eau de la piscine où se cache une créature, attendant sa proie.

Non, décide Obi-Wan. Il ne dérangera pas son maître ce soir. Depuis qu'il était l'apprenti de Qui-Gon, il avait bien trop pleuré à son goût. Une fois sur le chemin de Ilum, une autre fois sur Naboo, et plusieurs fois depuis. Les sillages humides et salées sur ses joues à chaque cauchemar en étaient des preuves suffisantes.

Il ne pleurera pas et ne chargera pas les autres de son incapacité à se vider l'esprit. Il trouvera la force dans la Force comme le Jedi qu'il est supposé être.

La Force. Il a besoin de sentir la Force quelque part, verdoyante et vivante.

La porte du Temple s'ouvre à son contact, et il disparaît un instant plus tard, tel une luciole qui scintille dans les mers célestes de la Force Vivante.

OoOoOoO

C'est l'absence de conscience autour de lui qui fait émerger Qui-Gon de son sommeil. Attrapant son chrono, il pousse un gémissement devant les chiffres illuminés de vert. Il est plus que probable qu'il n'est plus le plaisir de dormir une nuit complète sans interruption durant les douze prochaines années. Avec un soupir, il sort de son paquet de couvertures chaudes et plante ses pieds sur le sol glacial en duracier. Poussant quelques grognements dans son sillage, il enfile son manteau et ses bottes et sort de ses quartiers.

Il ne se demande pas où est passé son apprenti. Le chemin de Obi-Wan est parsemé de lampes incandescentes dans la Force, comme un ruisseau sinueux bordé de cailloux d'innocence et de curiosité. Mais ici et là, il y a des pierres plus pointues, recouvertes de doutes, d'inquiétudes et d'un amalgame d'autres émotions. Certaines sont claires et limpides comme de la détermination et d'autres nettement plus troubles.

Les pas de Qui-Gon s'accélèrent. Il n'était pas inquiet auparavant, mais maintenant si.

En bas de l'aile résidentielle partiellement éclairée, des bottes silencieuses sur les planchers rugueux grimpent dans un turbo-élévateur et descendent en chute libre comme le ferait une feuille qui tombe dans les courants de la Force. Elles rejoignent les couloirs centraux, indifférentes aux droïdes de maintenance, prennent un autre ascenseur puis un raccourci vers la Chambre des Mille Fontaines, les ruisseaux ondulant dans une berceuse plus lente que le pouls dans son sang, et ensuite traversent des couloirs plus pâles et moins connues et enfin émergent en plein air.

Au-dessus de lui, la nuit a tourné sa cape cousue dans le filament des étoiles. L'air y est pur et argenté. Le chemin qui conduit aux serres aux murs cristallins est peu utilisé. Le jardin est propre, frais et vivant.

...Et Obi-Wan est un paquet de cape et de cheveux ébouriffés blotti devant la forme frêle d'un jeune arbre muja. La Force est rassemblée autour de lui, formant un courant qui coule de sa source.

« Petit » Qui-Gon grimace presque à la discordance forte de sa voix dans le jardin. C'est comme si le son polluait le silence ici.

Obi-Wan penche la tête, et l'amusement imprègne la Force comme les fleurs de velours à ses pieds.

Cela permet au cœur de Qui-Gon de reprendre un battement plus tranquille et régulier tandis qu'il se penche sur la terre humide à côté de son apprenti. « Tu devrais avoir pitié des vieux os de ton maître » grommelle-t-il. « Il n'est guère bénéfique pour ma santé d'errer dans le Temple à cette heure de la nuit, mon padawan»

Immédiatement, une petite main tend une feuille usée. La vieillesse ne donne pas d'excuse pour se dérober au devoir.

La signature de Force de Qui-Gon devient soudainement claire et définie. Il ne réussit pas entièrement à empêcher son amusement de s'écouler dans leur lien. Obi-Wan avait écrit sa réponse bien avant l'apparition de Qui-Gon, sa capacité à anticiper les autres est aussi forte que jamais.

Le sourire de Obi-Wan se perd dans douce lumière de la lune tandis que sa tresse de Padawan tremble sous un rire silencieux.

Leur joie réchauffe la Force un moment, mais l'inquiétude cachée de Obi-Wan est entièrement transparente pour Qui-Gon.

Le maître Jedi fronce les sourcils à la petite tête ébouriffée. « Nous devrions parler à Maître Avarin ce matin, il faut que tu vois un guérisseur de l'esprit. Tes cauchemars t'épuisent...moi y compris. »

A la mention du mot guérisseur, Obi-Wan tressaille, levant des yeux suppliants vers son maître.

« ...Cela ne marchera pas, padawan »

Une moue qui se transforme rapidement en sourire lorsqu'il remarque l'hésitation de Qui-Gon et le voit comme un signe de victoire. Se façonnant un visage triste et abattu, il se met à cligner des yeux, chassant des larmes qui ne sont pas là.

« Pathétique. » Qui-Gon démonte aisément la tromperie de son padawan et fait exploser son masque avec la subtilité d'un fusil blaster E-11 « La prochaine fois que tu veux tenter de faire fondre mon cœur de pierre avec toute ta compassion, renforce d'abord tes boucliers. »

La tête de Obi-Wan disparaît presque dans sa cape alors que les bouts de ses oreilles se colorent d'un embarras écarlate. Ce geste en lui-même est ridiculement attachant.

Une pause, puis Qui-Gon place sa main sur les cheveux hérissés de Obi-Wan, tournant le regard de son padawan vers le sien. « N'aie pas peur de montrer de la compassion, Obi-Wan » murmure Qui-Gon d'un ton tranquille. « Il y a des Jedi beaucoup plus âgés et célèbres et- oserais-je le dire- plus sages que toi, qui ne comprennent même pas la signification de ce mot. »

Obi-Wan fixe son maître, acceptant ce cadeau mais ne comprenant pas son but.

Qui-Gon ferme brièvement les yeux, laissant échapper un petit soupir. Ses doigts tapotent doucement le cuir chevelu de son apprenti. « Ce que je veux dire padawan, c'est que tu n'as pas à avoir honte de tes larmes. » Et avant que le padawan en question n'ait pu faire autre chose que de cligner les yeux, Qui-Gon s'était levé, le redressant sur ses pieds en même temps.

« Et que faire quelques kata ne nous ferait pas de mal» Qui-Gon balaye le jardin du regard et sent son apprenti faire de même. « Mais d'abord, tu dois dormir, nous allons avoir une rude journée. »

Il sent plutôt qu'il ne voit le petit hochement de tête déterminé à côté de lui.

La lumière des étoiles tisse de la soie autour d'eux, jetant de la poussière étoilée sur leurs pas. Et la Force les contourne, n'étant plus figée, car les oiseaux brisent le silence dans les heures précédant l'aube.

OoOoOoO

Avarin n'est pas du tout content quand, à l'aube, il est approché par un Qui-Gon Jinn qui tire derrière lui un apprenti au visage buté et résolument déterminé.

« Avarin » dit Qui-Gon sans détour.

« Jinn » Avarin lève un sourcil vers le padawan qui tente de s'échapper. La grande main à son col l'en empêche fermement.

Un regard silencieux et brûlant de son maître cloue littéralement Obi-Wan sur place et celui-ci finit par se ranger docilement près de Qui-Gon, les mains croisées dans ses grandes manches, prenant un air de désintérêt détaché.

« Nous avons sans doute besoin d'un guérisseur de l'esprit » déclare Qui-Gon sans préambule.

« Bien sûr » Avarin examine Obi-Wan de son regard d'acier, notant les cernes sombres sous ses yeux. « Cela fait combien de temps ? »

« Trois mois, depuis notre retour »

Avarin rétrécit ses yeux, compréhensif. « Si tu peux attendre un moment, Maître An est parti en mission rencontrer d'autres guérisseurs de l'esprit galactiques et nous sommes un peu en sous-effectif, je t'examinerais moi-même, Obi-Wan. » Il incline la tête dans la direction du padawan. « Mais je dois partir à l'hôpital dans dix minutes. Puis-je te faire confiance pour t'occuper de ton vieux maître têtu durant mon absence? »

Qui-Gon pince lèvres. « Cela ne sera pas nécessaire, Avarin » dit-il avec désinvolture. « Nous avons rendez-vous ailleurs » Obi-Wan le regarde d'un air interrogateur. « donc nous reviendrons dans l'après-midi. »

« Très bien alors » répond Avarin, se tournant déjà pour partir. « Ne fais pas peur à mes apprentis guérisseurs »

Alors que les robes vertes disparaissent au coin du couloir, Qui-Gon sent des bulles de curiosité flotter le long de leur lien. Le grand Maître Jedi pivote son regard vers le bas pour rencontrer celui de son apprenti.

« Je ne me montrerais pas si impatient si j'étais toi » conseille-t-il. « Ton intérêt risque de se dissiper une fois que tu auras appris où nous nous rendons »

Où ? Le mot n'est pas exactement formé, mais l'intention est clairement diffusée.

Qui-Gon pose une main ferme sur l'épaule de son apprenti et le dirige vers la porte. « Au bureau du sénateur de Naboo »

Un tremblement dans la Force. Obi-Wan se glisse plus près de lui et Qui-Gon ne peut s'empêcher de lui apporter un peu de réconfort.

OoOoOoOoO

Dans le silence de la navette du Temple, Qui-Gon enveloppe une vague de chaleur autour de l'étoile glacée qu'est la signature de son Padawan. Une ondulation, et un bouclier d'insonorisation se forme entre le siège du pilote et le leur. Il n'aime pas ce qu'il s'apprête à dire, mais il préférerait de loin que Obi-Wan se présente à la porte du sénateur bien préparé, plutôt que pétri d'angoisse.

« Le conseil est arrivé à une décision concernant le sénateur de Naboo, Obi-Wan » commence-t-il. Il laisse sa confiance sereine et habituelle infiltrer ses mots car il ne peut montrer de l'incertitude face à un padawan déjà si ébranlé. « Ils ont décidé que le sénateur Palpatine ne représentait pas une menace, l'obscurité que nous avons ressenti n'était qu'un écho de...Xanatos et rien de plus. Nous ne pouvons pas savoir durant combien de temps Xanatos se trouvait sur Naboo, mais une exposition prolongée au côté obscur laisse des traces. Les émissaires envoyés à Naboo durant les semaines qui ont suivi l'incident n'ont rien ressenti...et ont donc conclu que Palpatine était innocent. » La désapprobation vient toutefois tempérer sa conclusion.

Ce fut au tour de Obi-Wan d'épingler son maître d'un regard particulièrement perspicace. S'emparant de sa feuille, il gribouille une ligne furieuse, les lettres perdant leurs jolies formes sous ses mouvements précipités.

La feuille est poussée sous le menton de Qui-Gon. La question est griffonnée de toute urgence sur la surface usée. Et vous qu'en pensez-vous, Maître ?

Les lèvres de Qui-Gon se plissent imperceptiblement. Quand il parle, ses mots sont plus raides que d'habitude. « Peu importe ce que je pense padawan, le Conseil a parlé »

Mais Obi-Wan n'accepte pas cette absence de réponse. Une autre ligne, encore plus chaotique que la dernière. Cela ne répond pas à ma question.

Le sourcil du maître Jedi se hausse légèrement. Son apprenti rougit car l'image vague d'une louche de cuisine dans le réfectoire principal flotte à travers leur lien. Une rapide inclinaison de la tête en signe d'excuse, ce qui attire un sourire amusé sur les lèvres de Qui-Gon. Mais son amusement n'éclipse pas la gravité de la situation, Obi-Wan a encore beaucoup à apprendre...et la vérité va probablement être profondément confuse à comprendre.

Qui-Gon décide que maintenant serait peut-être le meilleur moment. Le Conseil n'approuverait pas ce qu'il va dire, mais corrompre la prochaine génération est tout à fait inévitable.

« Obi-Wan » Qui-Gon remarque son apprenti se raidir, reconnaissant sans doute l'utilisation familière de son nom et l'avertissement dans la voix de son maître. La Force se crispe alors que Qui-Gon continue. « Il y a quelque chose dont tu dois être conscient » Une pause alors qu'il cherche les mots adéquats. « Le Conseil et moi ne parvenons pas toujours à un accord. »

Un reniflement étouffé, puis le regard bleu glacé de Qui-Gon épingle à nouveau son apprenti.

Le plus âgé des deux porte son attention vers le hublot avant de parler. « Que servons-nous, padawan ? »

Il affiche un air de surprise quand le stylo d'Obi-Wan ne bouge pas, mais sa réponse muette flotte dans leur lien. Le Code.

« Oui » réfléchit Qui-Gon. « ...et non. » Il pousse un soupir devant la confusion de son padawan. Un raz de marée d'émotions diverses se déverse dans la Force. « Non, Obi-Wan, nous servons la Force » Il y a quelque chose d'infaillible dans la façon dont Qui-Gon murmure cette affirmation. Cela le définit. Qui-Gon Jinn est un serviteur de la Force, et il le sera toujours.

Les iris ronds et céruléens d'Obi-Wan sont un maelström vertigineux du culte et du doute des héros.

« La Force Vivante requiert de rester dans l'instant présent. Le Conseil le reconnaît, et ils veulent bien faire. Mais ils ne sont pas infaillibles, padawan. Je ne défierais pas la volonté de la Force pour adhérer à celle du Conseil. Quand le moment viendra » Qui-Gon fait face à Obi-Wan, les yeux sombres. « Tu devras choisir entre suivre ton maître ou le conseil de tes aînés. »

La bouche de Obi-Wan s'ouvre, formant un « O » parfait de compréhension soudaine. Alors un sentiment de découragement flotte dans leur lien, et Qui-Gon doit se forcer à ne pas détourner le regard. C'était trop tôt après tout. Il ne sait pas encore quoi choisir.

Une petite main chaude se glisse vivement dans la paume de Qui-Gon. Le maître Jedi soutient le regard indéchiffrable de son apprenti, puis penche la tête pour parcourir la feuille griffonnée.

Un padawan est un chercheur de chemin. Mais la lampe pour éclairer son chemin est tenue par une seule et unique personne.

Qui-Gon prend conscience de la chaleur qui se répand dans sa poitrine. Il lui faut un moment pour la reconnaître comme de la gratitude : pure, non diluée, brillante. Un regard hors de ces mots glorieusement simples révèle les joues couleur betterave de son apprenti, mais Obi-Wan hoche la tête résolument, son regard contient un certain degré de détermination que Qui-Gon a vu plus d'une fois dans son propre reflet.

Il a besoin de plus de secondes que d'habitude pour retrouver sa voix. « Je veux que tu surveilles le sénateur, padawan »

Obi-Wan hoche la tête, le rappel de la destination de leur transport pesant lourdement sur ses épaules. Il s'effondre avec lassitude dans son siège.

Qui-Gon étend un bras pour l'enrouler autour des épaules fines. Obi-Wan gravite plus près de son maître, comme un petit astéroïde dérivant vers son parent, et s'ancre fermement à la source de sa lumière tandis que la voie ombragée du sénat s'ouvre devant eux.

OoOoOoO

Le bureau du sénateur de Naboo est décoré avec goût. Il est lisse sans être élégant, imposant sans être condescendant. Et pourtant le manque d'angles et de rebords est quelque peu déconcertant au milieu des canapés rouges en cuir lustré. Un bureau en ébène, sculpté dans ce qui avait dû être un arbre ancien abattu sur Kashyyk, trône au milieu de la pièce. Il fait près de huit pieds de long, et sa surface rayonne d'une lueur légèrement fantomatique. Obi-Wan sent la perplexité de son maître à travers la Force. Il n'y a rien de mal avec cette décoration. Chaque orifice semble toutefois saigner de toute sa puissance.

Et, derrière le bureau, se levant maintenant pour les saluer chaleureusement, se tient une ombre enveloppée d'un manteau sombre, tel le dernier squelette dans un cimetière stérile. Son visage ridé de bon grand père s'étire, dévoilant une rangée de dents blanches.

« Maître Jinn, Padawan Kenobi ! S'il vous plaît, asseyez-vous ! » Le sourire de Palpatine étincelle d'une bout à l'autre, ses yeux se plissent dans la lumière qui s'écoule de la fenêtre. « Je vous dois à tous deux les excuses les plus sincères pour ne vous avoir contacté que maintenant » glousse-t-il en leur faisant signe de s'asseoir face à lui et de prendre des tasses de thé sur un meuble prévu pour ça« Les premiers mois du mandat sont un cauchemar bureaucratique- une transition sans incident d'un sénateur à l'autre est presque impossible. »

Qui-Gon arbore un sourire poli alors qu'il soulève une tasse de thé en porcelaine à ses lèvres. A la grande admiration Obi-Wan, aucun signe de révulsion ne fait vaciller le masque sans émotion de Qui-Gon. « Sénateur Palpatine, il doit être difficile de gérer les médiats de Coruscant suite aux événements de l'élection » déclare-t-il avec désinvolture.

Palpatine esquisse une moue chagrinée. « Je ne suis pas fier de la façon dont je suis devenu sénateur » dit-il d'une voix grave. « Je suis un ardent défenseur de la démocratie, Maître Jinn, et je pleure pour Atushi Naberri et sa famille, ainsi que pour tous les personnes qui ont perdu leurs familles, victimes des ennemis de la liberté.»

« Ils ont toute notre sympathie » répond Qui-Gon, posant sa tasse à moitié vide avec un léger tintement métallique et se tournant vers son apprenti. « Bois ton thé, Obi-Wan, ce sont des feuilles assez rares. »

Non sans difficulté, Obi-Wan réprime l'envie de retourner au regard pétillant de son maître son propre regard incrédule. Il porte à ses lèvres le rebord de sa tasse, s'étouffant presque en inhalant l'odeur artificielle et écœurante du liquide. Quand il rabaisse sa tasse, ses yeux tombent sur le sourire en coin de Qui-Gon.

« Vous vous demandez sans doute pourquoi je vous ai fait venir » poursuit Palpatine souriant à Obi-Wan. Son sourire aurait dû faire l'effet d'un grand père bienveillant s'adressant à son petits-fils, mais Obi-Wan n'en est que plus mal à l'aise. « J'ai deux sujets à discuter avec vous. »

Qui-Gon incline la tête, croisant les bras dans ses grandes manches. Obi-Wan se redresse, les mains posées soigneusement sur les genoux.

« Tout d'abord, je souhaite vous exprimer la gratitude la plus sincère des habitants de Naboo ainsi que la mienne pour vos actions lors de la veille de l'élection, vous avez sauvé beaucoup de gens, y compris ma propre personne » déclare Palpatine.

« Nous sommes là pour servir » réplique Qui-Gon en retour. « Mais je crains de devoir modérer votre gratitude, nous n'avons pas pu empêcher l'intrus d'activer les explosifs... »

« Loin de moi cette pensée » interrompt Palpatine. Il agite la main, comme si ce geste pouvait rejeter l'idée elle-même. « Votre apprenti en particulier a coopéré magnifiquement avec la sécurité du palais. Plus de vies auraient été perdues si nous n'avions pas bénéficié de ses nombreux talents »

Obi-Wan se tortille, mal à l'aise. Toutes ces effusions pleines de louanges ne lui plaisaient guère. Qui-Gon le pousse à travers leur lien à remercier le sénateur, et Obi-Wan s'empresse d'obéir en inclinant la tête.

« Et le second sujet... ? » s'enquit Qui-Gon.

« Ah oui ! » Palpatine semble retrouver son entrain, son sourire s'élargit un peu plus. « J'ai découvert que ces dernières années, les relations entre le Sénat et les Jedi ne sont plus aussi étroites qu'auparavant »

« Il n'y a rien d'étrange à ça » fait remarquer Qui-Gon. " La plupart des contacts que les sénateurs ont avec les Jedi passent par le Conseil Jedi." Sous-entendu : le Conseil répond du Chancelier.

Palpatine semble ne pas s'en faire, même si son ton se fait plus pressant. « Oh mais c'est un tel gaspillage de ne pas favoriser les relations entre les Jedi et les dirigeants de la République ! Imaginez ce que nous pourrions accomplir si nous encouragions une coopération accrue entre le Sénat et les Jedi ! »

« Hmm » Qui-Gon dévisage Palpatine avec un regard tiède. « Que proposez-vous ? »

« Je suis si content que vous compreniez » répond le sénateur de Naboo, apparaissant tout d'un coup plus puissant et imposant, tout en gardant un sourire omniprésent sur ses lèvres. « Je serais honoré, ainsi que les autres sénateurs, si l'Ordre Jedi envoyait quelques uns de leurs novices étudier au Sénat, sous la direction des sénateurs eux-mêmes- pas à long terme- j'imagine mal interrompre leurs études- mais sur une période par rotation. De jeunes padawan, peut-être même des initiés plus âgés qui n'ont pas été acceptés comme apprentis et seraient envoyés ainsi dans d'autres corps de services, pourraient eux rester plus longtemps. » L'excitation de Palpatine est palpable. « Nous espérons que cela puisse favoriser une relation et une confiance mutuelle basée sur les bénéfices entre le Sénat et les Jedi. »

Et avant que Qui-Gon puisse répondre, Palpatine se jette à l'eau, pour ainsi dire. « Et nous avons pensé que ce programme débuterait parfaitement avec le jeune Kenobi »

Palpatine avait débuté sa phrase avec Qui-Gon, mais en arrivant vers la fin, il se penche vers Obi-Wan d'un air conspirateur.

Qui-Gon sent leur tension réciproque se faufiler à travers leur lien comme une bombe à retardement et bloque l'irritation qui menace de bouillir à la surface. « Nous sommes honorés, sénateur » dit-il sereinement. « Mais Obi-Wan a de nombreuses études à terminer, et nous sommes actuellement en service actif. Nous parlerons au Conseil de cette proposition qui est tout à fait...innovante. »

Immédiatement, les traits ridés de Palpatine dégoulinent de déception. « Naturellement » murmure-t-il. « Ce serait dommage de ne pas cultiver tes talents, Obi-Wan, je suis sûr que tu as un talent certain pour la négociation »

Obi-Wan le regarde fixement, incertain quant à l'utilisation de son prénom, et se sentant étrangement vide quand à son incapacité à parler et donc à négocier.

« Oh, il ne faut pas avoir honte ! Toutes les négociations ne se font pas simplement par les mots. » Palpatine ne fait ni preuve de pitié, ni de condescendance. Il semble brûler d'une flamme ardente, comme si convaincre Obi-Wan de ses talents est la chose la plus importante dans la galaxie. Les fosses noires de ses yeux sont élargies d'indignation devant la simple suggestion que l'état d'Obi-Wan est une faute.

Qui-Gon s'éclaircit la gorge, jetant un coup d'œil à son chrono et se levant, indiquant à Obi-Wan de faire de même. «Excusez-moi, sénateur, je crains de devoir prendre congé- nous avons un autre rendez-vous urgent, que la Force soit avec vous. » Il s'incline courtoisement, et Obi-Wan fait de même avec une demi seconde de retard.

« Bien sûr » dit Palpatine avec effusion. Il ordonne à un serviteur de leur montrer la sortie et leur fait ses adieux, en n'oubliant pas de suggérer : « Allez donc en parler au Conseil. Cela pourrait être l'idée la plus ingénieuse que nous avons pensé depuis des années. »

A l'extérieur du Sénat, sous le soleil chaud et la circulation ininterrompue, Obi-Wan se dirige vers la navette du Temple et se retient de lancer un regard inquiet à Qui-Gon en le voyant aussi silencieux.

Qui-Gon ne le remarque pas. Il est trop préoccupé par les raisons pour lesquelles Palpatine sait comment et pourquoi Obi-Wan ne peut pas parler. Il tire distraitement sur la tresse de padawan d'Obi-Wan, provoquant un glapissement silencieux de la part de son apprenti. Un air renfrogné se forme sous sa barbe.

Si Qui-Gon Jinn a appris quelque chose ces derniers mois c'est qu'il est extrêmement protecteur de son padawan. Et il n'est pas prêt de laisser Obi-Wan entre les mains d'un vieillard décrépi.

OoOoOoOoO

Heureusement, Mace Windu est d'accord.

« Il quoi ? » La voix de baryton du Jedi Korun est un grondement réconfortant dans le calme relatif des salles des guérisseurs.

« Palpatine essaye d'exercer plus de contrôle sur l'Ordre Jedi » dit clairement Qui-Gon en se retournant vers la porte fermée derrière laquelle un guérisseur de l'esprit se penche sur son padawan.

Un reniflement. « Il ne serait pas le premier politicien à essayer » soupire Mace. « Mais nous ne pouvons pas refuser catégoriquement cette demande...cela rendrait l'Ordre distant »

Qui-Gon jette un coup d'œil au droïde médical qui est en train d'enrouler des bandelettes autour du bras de son ami. « Que t'est-il arrivé, Mace ? Tu t'es précipité dans une tanière de vendeurs de bâtons de la mort ? »

« Non, mon ami » glousse Mace. « J'ai marché tranquillement dans un palais Hutt »

Des éclats de rire partagés. Cette franche camaraderie entre eux commençait à manquer à Qui-Gon. Ils avaient eu leur juste lot d'égratignures quand ils étaient jeunes, mais l'un d'entre eux avait gagné un siège au Conseil, tandis que l'autre le titre du Jedi le plus insupportable de sa génération.

Son bras soigné, Mace prend le chemin du Conseil, laissant Qui-Gon attendre Obi-Wan seul. Il ferme les yeux, cherchant un point pour s'ancrer dans la Force à travers l'agitation régnant dans la salle de soins, mais des possibilités infinies dansent devant ses yeux, ne lui laissant aucun endroit auquel se rattacher.

La porte siffle, et Avarin sort, accompagné de la guérisseuse de l'esprit, qui s'incline et va s'occuper ensuite des diverses autres tâches qui l'attendent.

Qui-Gon se lève, son manteau ondulant contre ses jambes. « Comment va-t-il ? » s'enquiert le Jedi, s'efforçant de paraître calme.

Avarin donne à Qui-Gon un regard qui montre qu'il n'est pas dupe. Il sourit et cède. « Bien » admet-il. « Mais Obi-Wan est épuisé, nous pourrions le garder ici ce soir, ou si tu préfères, tu peux le ramener à tes propres quartiers. »

Un lent hochement de tête. « Et ses cauchemars ? »

« Je suis désolé, Qui'" L'expression de Avarin est contrite. « Nous ne pouvons pas le guérir complètement, il doit faire face à ses peurs tout seul, n'est-ce pas la manière des Jedi ? »

« Si » soupire Qui-Gon en fermant les yeux. Il avait espéré...mais cela n'a plus d'importance maintenant. C'est une leçon, une des nombreuses à venir. « Je le ramènerai dans mes quartiers, il se reposera mieux là-bas »

L'un des iris azur de Obi-Wan jaillit sous ses paupières lorsque son maître entre dans la pièce, mais il ne semble pas avoir assez d'énergie pour faire autre chose qu'ébaucher un sourire. Qui-Gon le met sur ses pieds, mais trouve qu'il a la malléabilité d'un bol de nouilles. Avarin dissimule un sourire alors que Qui-Gon soulève son apprenti sur son dos.

« Pas de commentaires » le prévint Qui-Gon. Extrêmement indifférent, Obi-Wan enveloppe ses bras autour du cou de son maître, lâchant un petit soupir satisfait, la tête posée sur l'épaule large.

Avarin incline la tête et ne dit absolument rien, souriant follement à la place.

« Tais-toi » marmonne Qui-Gon, avançant vers Avarin avec son apprenti sur le dos. « Bantha au cœur de laine »

OoOoOoOo

Qui-Gon décide que la Force doit vraiment le détester.

Il se dit que cela aurait été trop demandé d'avoir un voyage paisible de la salle des guérisseurs à ses quartiers. Obi-Wan est un poids mort sur son dos, et les ronflements dans ses oreilles commencent à irriter ses nerfs. Qui-Gon avait même choisi le chemin le moins emprunté pour traverser le Temple, afin d'éviter les regards indiscrets.

Sauf qu'il manque rentrer dans son ancien maître.

« Qui-Gon » le salut Dooku, arquant un sourcil élégant devant la scène étrange qui s'offre à lui.

« Maître » retourne Qui-Gon. Il ne s'incline pas, mais c'est seulement parce qu'il est déjà légèrement penché à cause du poids d'un padawan en pleine croissance sur le dos. Ce n'est décidément pas la façon dont il avait envisagé la future rencontre avec son ancien maître.

Les yeux de Dooku scintillent de plaisir. « Est-ce que ton padawan va bien ? »

« Nous venons de quitter les guérisseurs, merci pour votre inquiétude » Il ne répond pas directement à cette question, merci bien. Le couloir vide qui les entoure ne fait que souligner l'amusement de Dooku et le détachement de Qui-Gon.

« Avant de continuer » et là, Dooku sourit « Je tiens à te rappeler que tu n'es toujours pas venu dîner avec ton padawan, comme tu l'avais promis »

Souhaitant que ses mains soient libres afin qu'il puisse les croiser dans ses manches, Qui-Gon s'abstient de mentionner qu'il n'a jamais rien promis dans ce goût là. A la place, il courbe la tête- bousculant Obi-Wan en même temps- et murmure : « Nous serions honorés, Maître Dooku »

Dooku donne un petit signe de tête en retour. « Demain soir alors. Je suis sûr que tu te souviens de l'heure à laquelle je dîne »

Et puis l'Ombre s'éloigne dans le couloir, sa signature de Force imposante soulignée par le tac-tac délibéré de ses bottes à talons.

Obi-Wan sourit un peu dans son sommeil et ronfle directement dans l'oreille de son maître.

Avec un gémissement étouffé, Qui-Gon fulmine dans la direction opposée, laissant un nuage noir dans la Force à chacun de ses pas.