Hello :)
Merci pour vos reviews et bonne lecture pour ce chapitre !
Celles qui apprécient Dooku vont être comblées ;)
Lorsque Obi-Wan redresse sa tunique, son reflet fait de même alors qu'il lisse soigneusement le tissu rugueux de couleur crème. Il incline la tête pour éclairer sa tresse à la lumière, tripotant les élastiques en soie. Violet à la base, pour une leçon enseignée par un initié à un maître. Un pas supplémentaire, un autre tremplin sur la voie du disciple, du maître et de la Force, représenté par un élastique noir et blanc. Sa première épreuve de l'esprit : Eir.
Ce souvenir douloureux nécessite deux inspirations profondes pour l'effacer de son esprit. Obi-Wan penche la tête, fixant ses propres iris sur le miroir. Il cherche...quelque chose...dans les profondeurs bleutées, mais ne voit rien à propos de ses pensées ou bien de son identité. Il n'y a que le padawan Obi-Wan Kenobi. Il pourrait tout aussi bien regarder dans les yeux d'un étranger.
Un coup sec sur la porte ramène douloureusement son attention sur l'instant présent. La voix de son maître parvint jusqu'à lui, légèrement étouffée derrière le duracier.
« Tu peux continuer à être coquet autant que tu veux, Padawan » déclare calmement la voix de Qui-Gon. « Il n'empêche qu'il est près de dix-neuf heures et qu'il ne serait pas sage de rester plus longtemps...Viens, nous devons affronter cette épreuve ensemble. »
Maître Qui-Gon est devenu plutôt sarcastique ces derniers temps.
Obi-Wan frappe deux fois sur la porte pour montrer qu'il a entendu- gagnant une tape mentale à travers leur lien comme punition pour son manque de retenue- et se retourne une dernière fois vers son reflet. Son estomac gronde avec inquiétude. La nourriture l'avait toujours poussé à agir, mais son appétit semble avoir diminué ce soir. Il sort de la salle de bain et pénètre dans le salon, avec une mine de condamné à mort.
Adossé contre la table, Qui-Gon lève un sourcil dans sa direction. « Padawan, je pense qu'il n'est pas sage d'afficher un air aussi morose pour aller dîner, tu risques de couper l'appétit de nos hôtes. »
Le padawan en question lui décoche un regard qui crie le meurtre et l'appréhension à parts égales.
« …Bien que cela ne risque pas d'arriver avec Maître Dooku » commente Qui-Gon en glissant une tasse de thé sur la table. « Bois, cela va calmer ton estomac ». Obi-Wan avale le liquide presque brûlant sans protester, trop perturbé par la perspicacité de son maître. Maître et Padawan revêtent leurs bures, soulevant sombrement leurs capuches, comme des criminels se préparant à assister à leur propre exécution. Au niveau de la porte, Qui-Gon pose une main sur l'épaule d'Obi-Wan.
« Ne te fais pas trop de soucis, Maître Dooku aime gagner, mais tu es encore jeune. Peut-être ne sera-t-il pas trop sévère. »
Obi-Wan ne peut s'empêcher de penser que son maître est un peu trop optimiste.
OoOoOoOoO
« Allons padawan Kenobi, où as-tu donc appris tes manières ? » Dooku croise ses mains élégantes sur le bois poli de la table du dîner. « Certainement pas chez ton maître» Ses yeux gris brillent alors qu'il se tourne vers Qui-Gon.
Obi-Wan se force à mâcher, à avaler, et pose soigneusement sa fourchette et son couteau de chaque côté de son assiette avant de prendre son stylo. La nourriture, bien que délicieuse, colle comme de la résine dans sa gorge. Il aurait souhaité donner à cet homme, cette sentinelle aux yeux de faucon, la même confiance que celle qu'il a envers tous les autres maîtres Jedi, mais il ne peut s'empêcher de ressentir une pointe d'inconfort aux mots de Dooku. Il ne parle jamais sans but, semble-t-il, comme Obi-Wan a pu le voir avec la remarque précédente. Si Dooku complimente Obi-Wan, c'est pour envoyer une pique à Qui-Gon, et dès lors qu'il plaisante avec Qui-Gon c'est pour mieux mettre l'apprenti dans une position inconfortable.
Mais Obi-Wan n'est plus un enfant pleurnicheur. Il se l'est promis deux nuits auparavant devant l'arbre d'Eir. Alors il termine sa phrase avec succès, renversant la feuille usée et la faisant glisser vers le maître de son maître avec une inclinaison de la tête toujours aussi désinvolte.
Je cherche à imiter mon maître en toutes choses.
Les sourcils de Dooku se haussent indéfiniment, alors que Obi-Wan sent un frémissement plein de fierté danser le long de leur lien. Qui-Gon ne s'arrête pas pour autant de manger, il n'abaisse pas non plus ses boucliers, mais ses yeux pétillent d'amusement.
« Comme tous les padawans » commente Dooku, remettant la feuille à son propriétaire avec une agilité presque anormale. « C'est ce que j'enseigne à Huei. » Il jette un coup d'œil par dessus son épaule, à l'endroit où son padawan s'avance intelligemment avec le deuxième service.
Le padawan Nautolan réussit, d'une manière ou d'une autre, à s'incliner profondément, bien qu'il ait deux assiettes en équilibre sur ses deux bras, ainsi qu'une autre assiette et une bouteille de vin dans les mains. Les membres tentaculaires de couleur bleu foncé se balancent élégamment sur ses épaules alors qu'il se redresse, sans effort apparent. « Bien sûr, Maître. » murmure-t-il. Puis il se tait une fois de plus, ramassant leurs couverts et leurs assiettes vides et les remplaçant par d'autres, ses yeux gris ardoise conservant une expression vierge.
Alors que Huei disparaît dans la cuisine, Qui-Gon examine la nourriture devant lui. La nourriture servie ce soir ressemble beaucoup à Dooku lui-même : élégamment présenté, saveur aiguisée, pas de soucis de dépenses. Tout, des somptueux sols en marbre blanc d'Alderaan, à la courbure élégante du canapé noir- celui-ci, recouvert d'un tissu Tomuon aurait pu déclencher une guerre rien qu'avec les crédits gagnés s'il avait été revendu au marché noir- un présentoir en cristal garni des trophées de mission avait été également installé entre des étagères- tout exprime l'homme de pouvoir, ayant des goûts raffinés, avec des fonds assez profonds pour subvenir à ses besoins.
Dooku lève sa nouvelle fourchette- il y en avait trois, à chaque service, au début du repas- tout en disant : « C'est du poisson luisant, encore assez jeune ». Il lève un peu l'ustensile afin que Obi-Wan puisse regarder avec une fascination à peine voilée et horrifiée le minuscule poisson qui brille, en forme de vers. « Une rareté, péché très jeune. Il a été divinement préparé par Huei avec du bouillon hoï»
« Votre padawan a préparé le repas ? » Qui-Gon tente de dissimuler la surprise qui transparaît dans sa voix, mais il aurait dû savoir qu'il ne pourrait rien caché à son ancien maître.
« Bien sûr, oui » répond Dooku, portant le premier la fourchette à ses lèvres. « C'est une des raisons pour laquelle je l'ai choisi. Ses compétences culinaires dépassent sans doute les tiennes, mon ancien padawan »
« Nos goûts divergent quelque peu. » réplique calmement Qui-Gon. « Je suis ravi que vous ayez pu trouver un padawan aussi adapté à vos enseignements »
« C'était une chance, en effet » Les doigts élégants de Dooku s'emparent d'une bouteille de vin. « Du vin, Qui-Gon ? Ce millésime particulier est terriblement difficile à se procurer en ce moment...et je sais à quel point je peux me montrer partial. »
Qui-Gon hoche la tête, puis la conversation des deux hommes finit par dériver sur la politique galactique.
Obi-Wan essaye de se concentrer sur la conversation, mais le jargon politique inter-système est plutôt difficile à interpréter. Il note mentalement de le consulter dans les Archives à une date ultérieure. Le bout de poisson luisant au bouillon hoï ne l'emballe pas vraiment, mais il retient un haut-le-cœur comme on lui a appris à le faire et glisse délicatement la fourchette dans sa gorge.
Oh. Ce n'est pas trop mal.
Un peu épicé peut-être, mais la sensation de chaleur sur sa langue et sur sa nuque est assez agréable. Si seulement il pouvait surmonter la texture légèrement gluante du poisson...
Une sorte de brouillard étrange s'abat sur son esprit. Obi-Wan ne sait pas très bien ce que c'est. C'est peut-être un effet secondaire du plat.
Comme il mange méthodiquement, les pensées du garçon errent vers Dooku. Il y a quelque chose de terrifiant chez lui, dans la façon dont il s'exprime, dans les mouvements précis et élégants de ses doigts quand ils bougent pour illustrer un point précis. Même sa signature de Force respire le métal, comme une rivière d'argent glacé. Tout comme sa forme II de sabre-laser est un geste sans effort et pourtant net, tout à propos de Dooku suggère un but, une intention. Et en ce qui concerne Huei ? Même son padawan sert les caprices de son maître...
Obi-Wan est soudainement très content que Dooku ne soit pas son maître.
« Padawan »
Obi-Wan émerge brusquement de ses pensées pour tomber sur Dooku qui le regarde avec un air amusé. Un coup d'œil rapide à un Qui-Gon irrité lui fait monter le sang aux joues. Apparemment, son manque d'attention avait été trop évident. Luttant contre son embarras, Obi-Wan tente de reprendre son souffle.
Sauf qu'il ne peut pas.
« Obi-Wan ! » Qui-Gon ressent toute la panique croissante de son padawan, son expression passe alors rapidement de la réprimande à l'inquiétude. Obi-Wan, pour sa part, ne peut rien faire, sauf mettre sa main à la gorge et secouer la tête, impuissant.
Il ne peut pas respirer.
Même Dooku semble perturbé, alors qu'il avait paru légèrement incrédule, un froncement de sourcils accentue maintenant les lignes de son visage en un masque sévère.
Il ne peut pas respirer. Sa langue semble trop large pour sa bouche, et le battement de tambour dans sa tête s'accélère, prenant un rythme affolé et irrégulier. Il recule sur le sol en marbre, la terreur transformant ses veines en glace malgré toute sa formation...
Dooku est tout sauf inefficace. « Vite, Qui-Gon » siffle-t-il, ses doigts explorant la gorge enflée du garçon. Et Obi-Wan n'a pas le temps de s'émerveiller de la soudaine familiarité avec laquelle les deux maître Jedi interagissent, car les mains de Qui-Gon sont tout à coup sur ses tempes, et les nuages ombragés de sa vision grandissent et se rallongent. Les cieux se fendent brusquement en eux et la Force se déverse sur sa tête comme un déluge.
OoOoOoOoO
La Force est amusante.
C'est ce que pense Obi-Wan alors qu'il se blottit plus profondément dans ses couvertures. Il fait bon ici, avec toute cette chaleur autour de lui, la Force toute pétillante et gloussante- même si une partie de lui pense que c'est étrange- l'obscurité réconfortante. Ses paupières sont trop lourdes pour s'ouvrir, un courant d'air pénètre dans ses narines, l'arrière de sa gorge, tandis qu'il entend le bip-bip doux d'un appareil médical...
Attends. Quoi ?
Obi-Wan ouvre brusquement les yeux.
Assis confortablement à son chevet, Qui-Gon Jinn le regarde sereinement. « Comment te sens-tu ? » demande-t-il d'une voix joviale, bien que cachés sous une couche d'humour, ses iris bleu clair brillent de soulagement.
Obi-Wan se dit que toutes ces lumières brillantes, les drogues dans son système et le ton gai de son maître sont tout simplement trop injustes, et préfère enfouir son visage dans son oreiller à la place.
Pendant un moment, il se demande si son maître va être agacé, mais des doigts forts se faufilent dans ses cheveux, et Obi-Wan sourit infiniment. Oh. Très bien alors. Il se bat pour rester éveillé, tirant sur la manche de Qui-Gon quand la main sur ses cheveux frôle sa tresse et tire dessus doucement.
Mais Qui-Gon semble comprendre sa requête silencieuse. Sa voix est conversationnelle et douce. « Il semble que tu sois allergique au bouillon hoi...Nous avons été obligé de te plonger dans une transe de guérison pour conserver l'oxygène avant que les guérisseurs ne te soignent et ne te nettoient la gorge... On peut dire que tu auras réussi à inquiéter Maître Dooku, et bien que le padawan Tori l'ait bien caché, il a craint, inutilement si je peux ajouter, de se faire réprimander pour son rôle dans l'affaire. »
Un œil plissé regarde Qui-Gon. Un zeste d'embarras s'infiltre dans la Force.
« J'ose dire que ce fut un large succès et ce, sur tous les fronts » Obi-Wan ne peut pas voir clairement Qui-Gon, mais il peut entendre le sourire dans la voix de son maître. "Je ne pense pas que Maître Dooku nous invitera de nouveau à dîner. Heureusement que ton allergie s'est déclenchée ici, au sein du Temple, plutôt qu'au milieu d'une mission diplomatique, où tu aurais pu déclencher une guerre en insultant nos hôtes. »
Obi-Wan cache son visage dans les couvertures, souhaitant être partout sauf ici.
La voix de Qui-Gon se fait encore plus basse. « Tout de même » - sa main glisse sur la tresse de son padawan- « Ne recommence pas, mon, très, très, jeune apprenti.»
La Force est câline à présent. Obi-Wan apprécie particulièrement, et s'endort au rire de son maître.
OoOoOoO
Quand Obi-Wan se réveille, sa vision floue attrape l'ourlet couleur sable de Dooku flottant près de la porte. Sans trop savoir pourquoi, il est instantanément en état d'alerte et force à ses yeux à s'ouvrir face à la lumière aveuglante.
Une main fine tombe sur ses yeux. « Pas si vite, petit » Quand il tente d'enlever cette main gênante, la voix émet un petit tsss désapprobateur. « Tu a vraiment hérité de l'entêtement de ton maître et de son empressement désobligeant »
Un profond soupir. « Tahl... »
La main qui couvre les yeux de Obi-Wan tressaille. « Ne prononce pas mon nom avec ce ton plaintif »
Son maître semble remarquablement résigné. « Je ne me plains pas. »
La voix tranchante de Tah claque comme un fouet. « Non en effet, tu rumines à cause de ce que ton ancien maître a dit- je n'ai pu entendre que la fin d'ailleurs. Je me demande pourquoi il est parti aussi précipitamment dès que je suis apparue... »
Obi-Wan se fend d'un sourire alors qu'il lance des boucliers mentaux pour dissimuler sa joie. Une pause, une signature de Force rayonne dans la victoire et l'autre dans la défaite, puis la lumière inonde sa vision. Au-dessus de lui, deux silhouettes se découpent dans la lumière de l'après-midi, toutes les deux portent de longs cheveux, bien que l'une ait des traits plus délicats que l'autre.
Et elle a l'air plus féminine, alors que l'autre a tout d'un ours grognon.
La silhouette de droite donne une tape mentale à la silhouette de gauche. Ah. C'est certainement Qui-Gon.
« Arrête de rire » marmonne Qui-Gon.
« Je fais ce qui me chante » rétorque Tahl, ajustant le lit d'Obi-Wan dans une position plus droite. « Et merci de m'avoir distrait du but pour lequel je suis venu. »
« Et quel est ce but ? »
« On est toujours aussi curieux à ce que je vois... ? »
« Tahl, faut-il vraiment que nous nous chamaillons comme des gamins- » Qui-Gon s'interrompe en remarquant que son apprenti suit la conversation avec autant d'intérêt que s'il suivait un match particulièrement violent de bolo-ball.
Dans le silence embarrassé, Tahl lâche un soupir et se redresse en croisant les bras dans ses manches. Obi-Wan et Qui-Gon la regardent avec des expressions déconcertées et perplexes face à une formalité aussi soudaine. Tahl sourit avec indulgence au padawan qui se tient droit contre son oreiller, les mains croisées sur les genoux, et au maître Jedi en face d'elle, les paumes larges de ses mains posées sur la barrière du lit.
« Les garçons » commence-t-il en esquissant un sourire. « Laissez-moi vous présenter mon padawan »
Les expressions de Qui-Gon et Obi-Wan passent de la surprise au plaisir.
La porte glisse sur un geste de Tahl, et, avance dans la pièce, une Mon Calamari à la peau rose orangé, ses grands yeux argentés débordants d'émotion, ses joues sont teintées d'une couleur plus foncée comme elle rougit avec timidité. Une chaîne de perles silka pend tout près de son cou.
Le plaisir de Obi-Wan se transforme en véritable joie, la lumière du soleil dansant dans sa signature de Force et celle du nouveau padawan de Tahl.
« Je suis tellement désolée d'avoir gardé cela secret, Obi » babille la jeune Mon Calamari en secouant ses mains. « Maître Tahl me l'a dit il y a deux jours et... » Au regard de son maître, elle rougit furieusement et se tait.
Tahl marche derrière elle et pose une main sur son épaule. Devant l'autre paire maître/padawan, elle prononce d'un ton formel : « Voici ma padawan : Bant Eerin »
Qui-Gon s'incline gracieusement et son apprenti fait de même, mais avec un large sourire sur son visage. Au cours de la conversation qui s'ensuit entre leurs padawans- aidés par quelques feuilles récupérées dans un tiroir- Qui-Gon attire Tahl à l'écart.
« Pourquoi ne me l'as-tu pas dit ? » murmure-t-il en jetant un coup d'œil par-dessus son épaule à un éclat de rire de Bant. Il n'y aucun jugement dans le ton de sa voix, mais Tahl semble comprendre son incertitude.
« Ton padawan a tendance a attiré les accidents sur lui » chuchote-t-elle d'un ton amusé, protégeant soigneusement leur conversation. « Alors avec tout ce qu'il s'est passé ces deux derniers jours, je n'ai pas voulu te déranger à moins que ce ne soit urgent » Ses yeux dorés brillent dans la pénombre, sincères.
Qui-Gon acquiesce lentement, toujours un peu mécontent. « Très bien » grince-t-il. Il jette un coup d'œil sur le chrono accroché au mur. « Obi-Wan et moi sommes attendus. Nous allons devoir partir. »
Un bref soupir frôle sa nuque. « Essaie de ne pas te faire tuer au cours de cette mission, Qui »
Durant un moment, il ne répond pas, informant les padawan de leur séparation imminente à la place. Obi-Wan se réjouit immédiatement à la mention d'une nouvelle mission, tandis que Bant se prépare à partir, le visage triste et morose.
Tandis que les padawan sont plongés dans leurs adieux, Qui-Gon se tourne vers Tahl qui le scrute du regard. Il patauge dans la Force à la recherche d'une réponse adéquate, qui refléte ce qu'il pense, sans toutefois dépasser les limites du Code. « Tu sais que j'essaierais de ne pas l'être » réussit-il à dire. Il sait que ce n'est pas suffisant., mais c'est tout ce qu'il peut promettre.
A un moment donné, il pense vraiment qu'elle a accepté ses mots, mais quand Bant est dans le couloir et que Obi-Wan est occupé à rassembler ses affaires, Tahl se détourne tout à coup de la porte, lui faisant ses propres adieux à travers la Force.
Fait ou ne fait pas. Les mots brûlent violemment dans la Force, une lumière incandescente, même quand ses pas s'évanouissent dans le couloir et qu'elle se fond dans les milliers de Signatures de Force. Il n'y a pas d'essai.
Tandis que les rayons de l'après-midi inondent la petite pièce et les Jedi, Obi-Wan est trop exalté à l'idée de quitter le quartier des guérisseurs pour remarquer que son maître est plus réservé que d'habitude.
OoOoOoOoO
Il arrive souvent que lorsqu'un maître et son padawan se présentent devant le Conseil Jedi, ils forment un système d'étoiles jumelles, tournant autour d'un point central, entouré par les douze soleils du Conseil. Des générations et des générations d'étoiles se sont tenues là, au centre de la pièce, leur luminance séparée se fondant en un seul et unique mur de lumière qui unit l'élève et l'enseignant, peu importe les circonstances qui les amènent devant le Conseil. C'est un réconfort solitaire sur lequel on peut toujours compter lors d'une séance éreintante face au Conseil.
Pas cette fois-ci.
Qui-Gon sent la signature de Force d'Obi-Wan se rétracter sur elle-même, comme un bébé krayt se recroquevillant sur lui-même en quête de chaleur et de protection.
Tamesis Dooku et Huei Tori s'inclinent en signe de salut, mais leur présence dans l'hémisphère gauche de pièce circulaire est une perturbation dans les eaux tranquilles qui auraient dû se former s'il n'y avait eu seulement que Qui-Gon et Obi-Wan au centre du cercle.
Obi-Wan jette un coup d'œil à son maître, ses poings serrés pour lutter contre les remous de la Force, et remarque avec stupeur que Qui-Gon n'est pas affecté. Au lieu de ça, il penche la tête d'abord face à Maître Yoda, puis face à l'autre paire maître/padawan, avant d'affronter sereinement le Conseil.
Avec un choc équivalent à celui d'être immergé dans de l'eau glacée, Obi-Wan réalise que Qui-Gon s'y attendait et qu'il ne lui a pourtant rien dit. Sa concentration vacille un moment, mais une vague de détermination l'inonde, provenant de la Force éternelle elle-même, et il se concentre alors sauvagement sur le moment présent. Qui-Gon incline discrètement la tête à son padawan lorsque la signature de Force de Obi-Wan se refroidit, prenant la consistance de l'acier trempé, comme une étoile nouvellement forgée par le feu et le soufre.
Mace Windu jette un coup d'œil d'une étoile à une autre, les sourcils froncés, mais sans faire de commentaire.
« Une affaire a retenu l'attention du Conseil » déclare-t-il, sa voix résonnant dans l'air et la Force. « Cette affaire a évolué pour devenir une situation qui mérite d'être examiné » Comme d'habitude, Mace est franc et direct. « Le Conseil a délibéré, et nous avons choisi d'envoyer deux maître et leurs padawans respectifs qu'ainsi qu'un chevalier Jedi. »
Kit Fisto s'avance vers la droite, ses membres tentaculaires se balançant gracieusement pendant qu'il s'incline. Obi-Wan cache une pointe d'agacement contre lui-même dans la Force. Il n'avait pas du tout remarqué la présence du chevalier. Mais il n'a pas le temps de se réprimander, car Mace enchaîne directement, avec l'intention manifeste de transmettre autant d'informations que possible en peu de temps.
« Voila la situation : un nouvel établissement éducation a récemment été construit sur Ventrux. Cette école : l'Académie Zan Arbor Pour Enfants Surdoués, s'enorgueillit de proposer un système d'éducation d'élite tout en ayant une approche holistique. Bien que de nombreux élèves actuellement inscrits dans la AZAPES soient des enfants des employés des Industries Arbor- la planète est le siège de la société- une proportion importante d'entre eux proviennent d'autres systèmes, et y passent la majeur partie de leur année. Certains élèves sont également des orphelins pris en charge par les organisations caritatives des Industries Arbor. »
A travers l'état de vide et de calme dans lequel il entre habituellement afin d'absorber un maximum d'informations, Obi-Wan pense savoir où tout cela va mener. Et il n'aime pas ça du tout.
Plo Koon est le prochain à parler. « Il y a eu néanmoins des complications l'année dernière : une douzaine d'élèves ont abandonné l'école pour des raisons inconnues. Leurs parents se sont plaints depuis de divers problèmes de santé à long termes que leurs enfants auraient acquis, certains cas seraient complexes et impossibles à avoir selon des centres médicaux. D'après notre contact, l'Académie n'aurait pas foi en ces informations. Nous avons eu peu de détails, mais c'est suffisant pour attirer l'attention des Jedi et déclencher une enquête. »
« Je vois pourquoi envoyer un padawan serait utile » interrompt Qui-Gon, sans prêter attention aux regards réprobateurs de plusieurs membres du Conseil. « Ce que je n'arrive pas à comprendre, en revanche, c'est la raison pour laquelle il en faut deux. Un padawan sous couverture, se faisant passer pour un élève, n'est pas suffisant ? »
A cela,, un frémissement de surprise traverse les membres du Conseil, Mace Windu se penche un peu plus, jetant un regard en direction de Dooku. « Tamesis, n'avez-vous pas informé Maître Jinn des détails de cette mission ? »
« Maître Dooku m'en a dit le strict minimum » fait Qui-Gon, avant que son ancien maître ne puisse répondre avec un peu plus de tact. Dooku hausse un sourcil argenté tandis que Qui-Gon creuse un peu plus sa tombe devant le Conseil. « Permettez-moi d'être franc : pourquoi la présence de mon padawan est-elle nécessaire pour cette mission ? »
Un tel manque de respect fait crépiter la Force. Les lignes autour de la bouche de Mace se creusent en un froncement de sourcils. « Le padawan Kenobi fait parti intégrante de la mission en raison de la nature même de l'Académie Zan Arbor »
Qui-Gon se tait, sa mâchoire se referme. Cela n'empêche pas toutefois ses yeux céruléens de brûler dangereusement alors qu'il regarde son vieil ami.
« Comme je l'ai dit précédemment » poursuit Mace, comme si Qui-Gon n'existait pas. «L'Académie Zan Arbor se vante de pouvoir offrir une prise en charge globale. Donc l'école possède un département spécialisé dans l'éducation d'enfants ayant des difficultés qui les empêchent d'apprendre ou de communiquer de la même façon que leurs camarades. Ton apprenti et lui-seul est apte à s'infiltrer dans ce département. »
Devant lui, Qui-Gon se redresse davantage, sa colonne vertébrale se raidissant. A ses côtés, son apprenti se tortille, mal à l'aise.
« Qui-Gon » soupire Mace, sa voix s'adoucissant imperceptiblement. « Sur la douzaine d'enfants atteints, dix venaient de ce département spécialisé. »
Obi-Wan regarde le Jedi Korun et sait qu'il devrait normalement être effrayé ou confus. Mais au lieu de ça, il trouve une sorte d'étrange acceptation qui plane au-delà de sa conscience, comme le bruit des vagues sur le bord de mer s'évanouissant dans les frontières de sa conscience. Sans trop savoir pourquoi, il fait un pas discret sur sa gauche et tire sur la manche de Qui-Gon.
Celui s'apprêtait à répliquer mais la chaleur qui inonde soudainement leur lien lui colle la langue. Obi-Wan ne mentionne pas la perturbation ressentie il y a quelques minutes. A la place, le padawan de Qui-Gon les ancre solidement dans la Force, ne rejetant, ni n'acceptant la situation, mais se reposant dans l'instant présent.
Un gloussement rauque retentit du fauteuil de Yoda. Le petit Jedi vert n'avait rien dit jusqu'à lors, mais à présent il pointe un doigt griffu en direction de Qui-Gon et grogne : « Bien travaillé tu as, ton padawan, parfaitement appris, il a »
Face à une présence si écrasante, Qui-Gon ne peut que s'incliner, murmurer et acquiescer. Alors il se redresse, et envoi une vague de reconnaissance à Obi-Wan. Il est ensuite récompensé par une chaude lueur de contentement.
« Donc » Mace Windu ne mâche pas se mots. « voici les détails de la mission : les padawan Tori et Kenobi seront de nouveaux élèves, l'un ira dans les cours normaux, l'autre dans les cours spécialisés. Un poste concernant les Relations Inter-Rystèmes est disponible et c'est Qui-Gon qui l'occupera grâce au piston de notre contact. » Mace se tourne pour faire face aux autres, posant ses coudes sur ses genoux, les mains croisées. « Maître Dooku et Chevalier Fisto, vous serez les tuteurs des nouveaux élèves. Maître Dooku sera le grand-père du padawan Kenobi » il regarde Kit « et Chevalier Fisto, le grand-frère du Padawan Tori. »
Une pause. Obi-Wan cligne des yeux, saisissant parfaitement le mot grand-père mais ne comprenant pas le lien qui le rattache à Dooku. La main de Qui-Gon trouve son épaule et la resserre en une prise semblable à un étau. La Force oscille entre eux, cachée aux yeux du Conseil, et elle n'en finit pas de les ébranler.
« Avez-vous tous compris les détails de cette mission ? » demande Mace. Et personne ne répond, bien sûr. Sa question sonne plus comme la sentence qu'un juge vient d'annoncer à des condamnés.
Maître et padawan se regardent l'un l'autre, et font face au conseil ensemble, s'inclinant comme une seule et unique personne. Alors qu'ils terminent les derniers arrangements, que le transport est décidé et les puces d'identité fabriquées, Obi-Wan jette un coup d'œil sur sa gauche, et, durant la seconde prise entre l'éclipse du soleil couchant et la perturbation de la Force, il croise le regard de Dooku.
Oh.
Son regard ressemble à celui d'un grand-père, c'est vrai. Mais il est caché derrière trop de nuances de gris pour que ce soit très clair.
Oh.
Maître Dooku est fragmenté.
Oui. Mais cette observation devra être remise à une date ultérieure.
L'Académie Zan Arbor pour les enfants surdoués les attend.
