Hello les gens !

Ravie de voir que cette fic continue de plaire :)

Bonne lecture !


Obi-Wan se tient seul sur la plate-forme tribord déserte, observant la voie Hylienne s'étendre devant lui dans le spectre infini de l'hyperespace, une musique intemporelle avec des notes en forme d'étoiles, de supernovas et de nébuleuses. Étrange, songe-t-il. Sommes-nous en train de dériver sur les courants de la Force ou bien d'une chanson ? Ou les deux à la fois ?

Le sifflement de la porte qui s'ouvre est un murmure dans l'air immobile. Une lanterne brillante dans la Force avance à pas réguliers, mais Obi-Wan ne semble pas y faire attention, se penchant pour appuyer sa main gauche contre le transparacier froid à la place.

« Nous allons revenir dans l'espace réel d'ici cinq minutes » La voix de Qui-Gon est une lueur réconfortante dans la Force, une flamme vacillante dans la lumière froide des étoiles. « Nous nous trouvons dans le secteur de Thesme, nous avons dépassé l'espace Mandalorien il n'y a pas longtemps. »

Regardant devant lui, Obi-Wan hoche la tête, comprenant tout en ne comprenant pas, comme un enfant qui attend que les feuilles tombent en automne sans en comprendre la raison. Cinq minutes. Cinq minutes et après ils devront se séparer dans la bifurcation que sera la Force.

Il s'attend à ce que Qui-Gon le réprimande pour cette faute d'attention, mais son maître avance simplement d'un pas et pose sa large main droite sur le transparacier, dans la même position que celle, beaucoup plus petite, de son apprenti.

Le sol du transport interstellaire public en duracier tremble sous leurs bottes, la vibration remontant vers la fenêtre d'observation et bourdonnant dans leurs doigts. Excepté les murs en duracier blanc et la porte sur le côté, la plate-forme est encadrée par une unique vitre transparente en transparacier, courbé d'un côté à l'autre du mur dans une hémisphère de couleurs brillantes. Il n'y a aucune lumière artificielle ici, et il n'y en a pas besoin, car la lumière des étoiles baigne la salle d'une lueur ancienne, âgée de plusieurs millénaires. Les deux Jedi sont comme des poussières d'étoiles perdues dans l'immensité de la galaxie.

Obi-Wan incline la tête d'un côté, ravi par la lumière qui joue sur les côtés et les jointures de ses doigts, qui semblaient si doux et si pâles par rapport à la main calleuse de son maître. La paume et les longs doigts de Qui-Gon sont bronzés, rugueux et solides. La main d'un guerrier. Obi-Wan peut l'imaginer saisir la poignée d'un sabre-laser, délivrant une attaque dévastatrice mais paradoxalement, cette main a aussi caressé sa propre tresse de padawan avec une douceur inégalée. La main de Obi-Wan est aussi impeccable que du parchemin frais, celle de Qui-Gon est l'équivalent d'un journal de bord usé.

Pourquoi, alors, la Force est-elle si instable ?

La lumière s'épanouit alors dans la Force, douce-amère.

Je ne sais pas encore ce qui me définit.

Une vibration le long de leur lien. Malgré lui, Obi-Wan sourit de gratitude. Son maître ne peut pas avoir entendu ses pensés- l'incapacité d'Obi-Wan à les exprimer comme des mots à travers leur lien empêche ça- mais Qui-Gon est habitué à lire les humeurs de son padawan.

« Ne t'inquiète pas pour les jours à venir » dit le grand Jedi d'un ton léger. La lumière tamisée de l'hyperespace dessine des motifs dans sa barbe alors qu'il regarde dans les profondeurs lumineuses. « Fait face à chaque défi qui se présentera et la Force te fournira une solution »

Qui-Gon ne sait pas à quoi s'attendre lorsqu'il tourne son regard vers son apprenti. Il n'est donc pas préparé à la vague de fierté qui envahit son cœur comme son apprenti le fixe du regard, l'esquisse d'un sourire sur ces lèvres silencieuses. Ils s'affrontent un moment d'égal à égal, chacun ayant toujours sa paume posée sur le transparacier.

Le plus petit frisson de la Force résonne dans leurs pieds pour les faire vibrer jusqu'au bout des doigts.

Les aquarelles ondulées de l'hyperespace planent un instant, puis s'enroulent en une spirale temporelle comme des vrilles d'encre flottant dans les courants, pour se fondre en un ciel infini d'étoiles glacées. La lumière froide jette les Jedi dans la pénombre. Tous deux sont comme des statues se tenant aux frontières de deux mondes, s'accrochant aux étoiles avec leurs mains tendues.

Qui-Gon baisse sa main et s'accroupit pour prendre son apprenti par les épaules. « Je ne serais pas là pour te conseiller autant que je le voudrais, padawan » dit-il avec regret. « Il y a beaucoup de choses sur cette mission que tu devras apprendre à gérer toi-même, mais ne laisse pas cela te définir »

L'épaule de Obi-Wan bouge sous les doigts de Qui-Gon alors qu'il ôte aussi la main de la fenêtre d'observation. Le défi est toujours là, dans ces yeux déjà trop vieux pour un enfant et trop jeune pour un adulte, mais c'est le reflet de l'esprit non-conformiste souvent aperçu dans les propres yeux de Qui-Gon.

Pourtant, Qui-Gon ne peut s'empêcher de serrer une dernière fois les épaules de son padawan. « Et rappelle-toi, Obi-Wan, tu ne seras jamais vraiment seul, je suis là » murmure-t-il fermement en tapotant le front de son apprenti. « Et je n'ai pas besoin de mots pour te comprendre »

Il sent le changement d'Obi-Wan dans la Force, comme le disque flamboyant du soleil qui brille dans toute sa gloire alors que la dernière courbe ombragée d'une éclipse solaire glisse de la pièce d'or.

« Prépare-toi » Il déteste ce qu'il doit faire ensuite, mais c'est nécessaire pour maintenir la tromperie de la mission.

Les doigts de Qui-Gon caressent la tresse de Padawan de Obi-Wan, puis enlèvent délicatement les trois élastiques, les trois voies entrelacées de l'élève, de l'instructeur et de la Force. Le frisson de répulsion d'Obi-Wan est palpable aussi bien dans leur lien que dans l'air frais. Mais Qui-Gon prend l'émotion et la retourne dans la Force en acceptation. Il place les élastiques colorés et les perles dans une poche cachée dans sa ceinture, un par un, comme des gemmes inestimable et irremplaçables. Heureusement, la plus longue mèche de cheveu est encore assez courte pour se lier à la queue de cheval d'Obi-Wan. Les doigts adroits du Maître Jedi rassemblent les cheveux de son apprenti avant de les attacher une fois de plus. Il serre à nouveau les épaules de son padawan pour le rassurer, ou se rassurer lui-même. Il ne sait pas vraiment.

Ils se tiennent ensemble un moment, un portrait encadré par la mer céleste de la galaxie.

Et alors ils se tournent, et chacun se dirige vers son propre destin.

OoOoOoOoO

Obi-Wan sort du taxi aérien et regarde l'Académie Zan Arbor Pour les Enfants Surdoués.

Peu importe qu'il ne puisse pas parler, s'il avait pu le faire, il n'aurait eu aucun mot pour décrire la structure face à lui.

Il y a quelque chose qui ne va pas avec l'AZAPES. Elle est comme...fausse.

L'école en elle-même est composée d'un grand bâtiment, lequel est doté de plusieurs séries d'escaliers imposants. Mais le design lui-même ne possède ni la solidité réconfortante et familière de l'architecture traditionnelle, ni les lignes impressionnantes de l'architecture futuriste. C'est comme si un artiste avait pris l'ébauche d'un bâtiment et l'avait ensuite badigeonnée d'eau, aplatissant les bords et éliminant les coins. Ce qui reste est quelque chose d'informe et pourtant étrangement élégante, telle de la soie grise tirée hors de l'eau.

En suivant Dooku sur les marches et à travers les portes en acier gravées artistiquement, une image traverse l'esprit de Obi-Wan. Celle d'une eau grise se refermant sur la tête d'un homme en train de se noyer.

Dans le couloir complètement vide, une femme s'avance, portant un uniforme, des talons et un vague sourire. Son nom, comme son visage, est plutôt insignifiant, le genre qu'on oublie facilement. Obi-Wan se retrouve derrière elle et son « grand-père » tandis qu'ils se frayent un chemin à travers les salles blanches. Toutes les salles de classes ont de larges fenêtres donnant sur les couloirs. Obi-Wan regarde attentivement les rangées d'enfants vêtus de bleu marine à l'intérieur, certains sont en train de discuter, d'autres écoutent avec enthousiasme...ou pas...leur professeur, d'autres fixent un point sur un holo-projecteur.

Leur guide les amène dans une salle d'attente non loin du bureau de la directrice et prend congé, peu après s'être excusé de devoir les faire patienter un moment. Obi-Wan observe la salle et rencontre le regard froid de Huei Tori. Cacher tout signe de reconnaissance n'est pas si difficile que ça. Obi-Wan se surprend même à trouver étonnamment facile de dissimuler toute trace d'émotion sur son visage, mise à part une légère curiosité. Tout cela avait été soigneusement planifié à l'avance, en arrivant séparément, les deux équipes Jedi minimiseraient le fait qu'elles pouvaient être liées l'une à l'autre.

C'est parti pour la deuxième phase de la tromperie. Kit Fisto se lève du siège voisin de celui de Huei et se dirige vers eux. Son sourire affable est le même que d'habitude, nouvelle identité ou non. « Kit Yoru » se présente-t-il, sa voix profonde est accentuée dans la petite pièce. « Et voici mon frère cadet : Huei Yoru »

Saisissant la main tendue, Dooku se présente à son tour. « Comte Asa, mon petit-fils et héritier : Obi-Wan Asa »

Lors des changements de nom, le Conseil Jedi avait décidé qu'il valait mieux que le nom de Dooku reste inconnu lui aussi. La Sentinelle a une réputation, y compris en dehors de l'Ordre. Il aurait été préférable qu'il se présente comme un comte mineur d'une région éloignée.

Bien qu'il ait entendu le titre, Obi-Wan sent son estomac se nouer, comme s'il protestait vivement contre ce nom inconnu. Il s'incline légèrement, comme on le lui a demandé. Il sait qu'il a la tête de l'emploi, du moins il en a l'air. A son grand désagrément, sa tunique et sa petite cape ont été cousues avec du fil argenté, tandis que le manteau et les robes de Dooku sont d'un noir profond, fait à la main dans un tissu aussi soyeux que coûteux. En revanche, les vêtements de Kit et Huei ont une texture et des motifs bien coupés mais clairement usés, indiquant incontestablement leur origine plus modeste.

« Ravi de vous rencontrer, Votre Seigneurie » répond Kit, ses yeux opaques s'élargissant légèrement, comme s'ils étaient surpris. « Je n'ai pas de titre, sauf celui d'un homme d'affaires moyen »

« Un titre n'est rien » répond Dooku en inclinant malgré tout la tête en direction de Kit, dans un signe évident de pouvoir et de puissance. « Un héritage transmis à la génération suivante, rien de plus »

Un sifflement aigu d'une porte qui s'ouvre, puis une jeune femme âgée d'à peine dix-huit ans arrive sur le seul. « La directrice désire vous rencontrer, vous et votre petit-fils, comte Asa » Elle ne mentionne nullement que Kit et Huei étaient arrivés ici en premier. Apparemment le comte a ses privilèges.

« Bien sûr » Dooku se tourne vers Kit. « Ce fut un plaisir de vous rencontrer, Mr. Yoru »

Comme Obi-Wan suit Dooku vers le couloir, il attrape une fois de plus le regard de Huei, et remarque à son grand étonnement que ses yeux opaques et gris ardoise ne sont pas vides comme il l'avait prévu.

Ils sont emplis de peur.

Peur de quoi ? Obi-Wan ne peut en être sûr. Il lance un regard interrogateur à Huei, mais celui-ci secoue simplement la tête- ses membres tentaculaires se balançant- et se détourne.

Obi-Wan frisonne alors que les portes en acier poli se referment derrière lui. Il a l'impression étrange et désagréable d'ignorer beaucoup de choses. Des choses qui lui échappent.

OoOoOoOo

La réunion et la visite qui en a suivi ont été courtes, brèves et pénibles. Tout d'abord, ils ont été accueilli par le principal, une femme d'un âge assez avancé qui filtrait sans vergogne avec Dooku. Ensuite, Obi-Wan a été guidé- et c'est le seul mot pour décrire ça- par la jeune femme radieuse qui les avait emmenés dans le bureau du directeur. Elle s'est présentée sous le nom de Hika, juste Hika, elle marchait dans les couloirs tout en parlant joyeusement de l'académie et de son système. Elle ne s'adressait qu'à Obi-Wan, faisant comme si Dooku n'était pas là. En fait, ce fut le seul point culminant de la journée- observer le froncement de sourcils de Dooku s'accentuer tandis que Hika parlait, apparemment guère affectée par le silence d'Obi-Wan.

Et puis, elle avait soudainement fait volte-face alors qu'ils arrivaient au niveau des dortoirs de la division des devoirs spéciaux et annoncé qu'il était temps pour Obi-Wan d'« 'embrasser ton grand-père pour lui dire au-revoir ». Obi-Wan s'était figé, mortifié à l'idée même d'embrasser la sentinelle sévère, mais Dooku s'était penché, posant une main sur ses cheveux (Obi-Wan pouvait sentir les callosités de sa paume) et murmurant d'une voix neutre : « Sois sage, Obi-Wan, rends tes professeurs fiers » avant de tourner les talons et de partir.

Le « grand-père » de Obi-Wan venait à peine de bifurquer à gauche que Hika avait appuyé sur un bouton incrusté dans un mur, déclarant qu'il pouvait s'installer dans la chambre, que la classe se finirait dans quelques minutes, qu'elle lui ferait envoyer ses valises, et lui rappela l'heure du dîner, tout ça dans un souffle.

Et puis, elle l'avait laissé. Enfin.

Obi-Wan balaye lentement le dortoir du regard, examinant le couvre-lit de couleur gris, le meuble en acier poli et bureau en bois d'ébène sur sa droite. L'autre côté de la pièce aurait pu être son reflet, s'il n'y avait pas eu ces affiches collées n'importe où sur les murs, des friandises et des objets divers éparpillés sur le lit, et tout un tas de holo-livres d'occasion et de datapads empilés sur un bureau. Une porte à l'extrémité de la pièce conduisait à la salle de bain. L'AZAPES est un établissement à pension complète, Obi-Wan devra rester ici la semaine, et rentrer à la maison le weekend.

Il frémit en songeant à ce que serait son chez-lui si Dooku était là.

Défaisant le fermoir de sa cape, Obi-Wan plie soigneusement le vêtement et le place sur un coin de son lit. Le carré argenté allège à peine l'aspect vide du coin de la chambre qui lui appartient.

C'est seulement en entendant le tic-tac doux du chrono antique accroché au mur qu'il se rend compte à quel point il est seul.

Il tend le lien sauvagement comme un enfant qui s'accroche frénétiquement à la main de son parent au milieu de la nuit. Même au cours des périodes calmes du Temple, il avait toujours été entouré par le bourdonnement doux de dix milles personnes sensibles à la Force. A présent, le silence presse ses tympans, l'étouffant. C'est comme s'il était la seule lumière vivante à travers un cimetière d'étoiles mortes. Qui-Gon est loin, loin d'ici. Obi-Wan ressent seulement un petit papillon de reconnaissance, une luciole clignotant faiblement à des kilomètres d'ici, dans un horrible bourbier noir.

Les couvertures de soie coûteuses et lisses se courbent sous le bout de ses doigts. Il ne savait même pas qu'il s'était baissé vers le bord de son lit. Peut-être que ses genoux ont cédé.

La porte s'ouvre brusquement, avec un manque tel de civilité qu'Obi-Wan recule malgré lui, le cœur battant dans ses tempes.

Un garçon Togruta se fige sur le pas de la porte, ses courts lekku s'agitent alors qu'il titube sous le poids de trois sacs, ses larges yeux marron-chiné planant vers Obi-Wan. Ils se regardent un instant, le Togruta et l'Humain, l'un avec une impudence effrontée, l'autre avec une méfiance bien voilée.

« S'lut mon pote » lâche une voix décidément trop bruyante, confiante et sûre d'elle. Le Togruta sourit largement, dévoilant une série de dents nacrées et acérées qui complètent parfaitement les féroces marques blanches sur ses joues ocre. « Alors comme ça tu vas être mon nouveau copain ? J'ai ram'né tous ces sacs pour toi, comme l'a d'mandé la gentille secrétaire. »

Obi-Wan prend un moment pour traduire cette phrase embrouillée en basic convenable.

Avec beaucoup de gémissements, malédictions et halètements, le Togruta tire son fardeau sur le seuil, sa silhouette dégingandée formant des angles impossibles. «J'm'appelle Ezhno » se présente-t-il en fermant la porte d'un coup de pied. « Ils ont c'soisi ce nom après qu'mes chers parents m'aient j'té dehors parce que je suis sourd. Sourd comme un pot, t'vois ? »

Après cette déclaration magnifiquement crue, Ezhno se redresse, montrant ainsi qu'il mesure une tête de plus que Obi-Wan- et jette un regard dans sa direction. Après une brève pause, il laisse échapper un reniflement. « T'es calme toi, nan ? Je peux lire sur les lèvres, t'sais. Alors tu peux les remuer. »

Inquiet d'avoir offensé son nouveau camarade de chambre, Obi-Wan se lève rapidement, courbant légèrement la tête en guise de salut à un Ezhno étonné avant de tapoter un doigt sur ses lèvres et de secouer la tête.

A cela, les traits d'airain de Ezhno se transforment en un sourire encore plus large. « T'peux pas parler, c'est génial ! » Obi-Wan cligne des yeux, ignorant comment répondre, mais Ezhno continue de s'enflammer. « Tu ne m'as pas vexé, t'inquiète » dit-il en posant les sacs sur le lit d'Obi-Wan. « T'vois, les gens oublient souvent que je peux lire les lèvres, à moins d'être mort et enterré. »

Oh. Obi-Wan penche la tête respectueusement, et fouille sa poche pour en sortir sa feuille et son stylo. Je m'appelle Obi-Wan » écrit-il soigneusement.

Ezhno hausse des sourcils surpris lorsqu'il lit l'écriture soignée d'Obi-Wan. « T'es un marrant toi, pas vrai ? T'écris à la main comme une princesse et tu t'inclines juste pour dire bonjour. »

L'expression confuse d'Obi-Wan fait soupirer l'autre garçon. « Fait comme ça plutôt » déclare-t-il en dressant le dos pour se donner un air important. « Ça- » il attrape la main d'Obi-Wan et crache dedans, ignorant la moue dégoûtée d'Obi-Wan. « - c'est pour montrer qu'on est devenu des potes » Avec un sourire rayonnant, Ezhno crache dans sa propre main et scelle leur amitié dans une poignée de main ferme et collante.

Sans savoir comment, Obi-Wan finit par délaisser son masque poli pour sourire exactement de la même façon.

« J'ai une autre idée d'ailleurs, Obi » enchaîne Ezhno, montrant une fois encore ses dents incroyablement acérées. « Comment y disent d'jà ? Ah oui : ravie de vous rencontrer. Bienvenue à l'Académie Zan Arbor pour les enfants surdoués. »

Obi-Wan secoue leurs mains jointes une dernière fois. Il ne peut pas répondre, mais il a le sentiment qu'Ezhno n'en a pas besoin.

OoOoOoOoO

Deux heures plus tard, alors qu'il se change pour le dîner, Obi-Wan n'arrive pas à décider s'il a trouvé un esprit analogue ou un camarade de chambre cinglé. Peut-être que les deux sont envisageables.

Ezhno est...bavard...c'est le moins qu'on puisse dire. Il semble compenser son incapacité à entendre le bruit en en produisant autant que possible. Sa bouche projette constamment un flot de paroles qui remplit le vide laissé par le silence d'Obi-Wan. Le plus drôle étant que Ezhno signifie « Il marche seul » (Ironique, pas vrai ? Quel travailleur social tordu nommerait un enfant renié « Il marche seul »?) et que la cause de sa déficience auditive est ses montrals déformés (Ouais, r'garde un peu les rayures, elles sont dorées, normal'ment elles devraient être bleues ou un truc comme ça, mais tu trouves pas que les miennes sont plus clinquantes et impressionnantes ? » et qu'il avait aussi appris à parler durant des heures de pratique laborieuse, et avait acquis un bel accent (Les profs n'arrêtent pas de me dire d'éviter de manger mes mots et tout, mais je leur ai dit que j'pouvais pas faire mieux, puis de t'façon, ça servirait à quoi, hein?)

Obi-Wan avait remarqué que l'accent particulier d'Ezhno s'accentuait davantage quand il devenait particulièrement émotif, et les rayures claires de ses montrals prenaient également une couleur marron-miel.

Avec un soupir, il frotte les doigts sur le devant de sa veste grise à col haut et son pantalon à la coupe serrée, remarquant les coutures fines et la qualité de l'uniforme. Le garçon qui le regarde fixement dans le miroir de sa penderie ne ressemble pas du tout à Obi-Wan Kenobi, padawan Jedi. Ce qu'il voit est un jeune élève distingué, habillé avec une rigueur somme toute militaire dans un uniforme gris ardoise bordé de boutons en métal qui courent en diagonal de la base de sa gorge à son épaule droite. Son col monte bien haut, serrant sa peau, et ses bottes ne sont pas aussi silencieuses que celles des Jedi, mais elles claquent élégamment contre le sol à chacun de ses pas.

« T'aimes pas porter ça, hein ? » Obi-Wan se tourne vers la voix de Ezhno pour trouver le Togruta en train de tirer sur des bottes rayées tout en ôtant quelques fils lâches de son uniforme bien plus usé. « J'suis d'accord. Ce truc est déprimant »

Obi-Wan sourit alors qu'il ré-attache sa queue de se cheval, et doit lutter pour empêcher son diaphragme de trembler de rire.

Quelque part, pas très loin d'ici une cloche sonne, tandis qu'une lumière bleue encastrée dans le plafond clignote trois fois.

« Le dîner ! » lance joyeusement Ezhno en donnant un coup de pied dans la porte. Obi-Wan se demande si son colocataire utilise le bouton d'activation comme le ferait une personne normale, mais Ezhno a déjà attrapé son bras pour le tirer dans le couloir, lequel se remplit rapidement d'élèves vêtus de gris.

« Tous les couloirs ont des signaux tactiles et sonores » explique Ezhno tandis qu'il avance d'un pas rapide. « Comme certains n'peuvent pas voir ou entendre, t'sais »

Pris dans le flot d'élèves, Obi-Wan et Ezhno se laissent emporter par le courant avant de se retrouver dans un vaste réfectoire, comme des coquillages apportés par la marée. Une partie de la salle fourmille d'enfants vêtus d'un uniforme bleu marine, alors que les enfants de l'autre moitié sont tous de couleur gris.

Sentant la confusion d'Obi-Wan, Ezhno grogne : « Ceux en bleu marine sont les élèves normaux » précise-t-il à voix haute, couvrant la cacophonie autour d'eux. « Ils nous font porter des habits anormaux » marmonne-t-il, attirant Obi-Wan dans une file pour la nourriture. « 'paremment, c'est une identification plus simple, ou un poodoo-bantha de ce genre là. J'préfereais que ce soit l'inverse. Pourquoi du gris pour nous d'abord ? Ils nous voient comme des morts ou quoi ? »

Une question traverse Obi-Wan, et il tape le bras de Ezhno avant de faire un geste avec son doigt.

« Pourquoi les élèves sont mélangés ? Ben, y veulent « encourager l'amitié », c'est l'un des principes mêmes de l'apprentissage de l'académie. Comme tu peux l'voir- » Ezhno fait un signe de la main en direction de plusieurs groupes manifestement mis à l'écart. « - ça marche plutôt bien, non ? »

Un jeune Nautolan aux membres tentaculaires bleutés et assortis à sa veste bleu marine s'engage tranquillement dans la foule, poursuivi par une horde de jeunes filles de différentes espèces, la plupart aquatiques. Quelques élèves éclatent de rire sur son passage.

Suivant Huei Tori des yeux, Obi-Wan n'a même pas réalisé que sa bouche est restée ouverte jusqu'à ce qu'Ezhno lui donne un coup dans les côtes.

« Ça va, mec ? »

Obi-Wan hoche la tête. S'il n'avait pas remarqué le léger tic tordre la bouche du padawan Nautolan au moment où il passait, Obi-Wan aurait pensé qu'il n'était pas affecté par les attentions de ses camarades de classe. Mais apparemment, même lui a ses limites.

C'est alors qu'il s'aperçoit qu'un certain nombre de filles vêtues de gris lui lancent également des regards timides.

Son visage perd de ses couleurs, mais avant qu'il n'ait pu faire quelque chose, une femme habillée d'un uniforme blanc se matérialise à ses côtés.

« Obi-Wan Asa ? » demande la femme, son sourire s'élargissant alors qu'elle tend la main vers sa joue. Obi-Wan remercie son entraînement intensif de Jedi alors qu'il esquive ses doigts, et hoche prestement la tête pour éviter d'autres tentatives comme celles de lui caresser les cheveux ou lui pincer la joue. Il tapote ses lèvres, comme il l'a fait lors de sa rencontre avec Ezhno. La femme le regarde un instant et semble réaliser qu'il peut entendre ses paroles.

Parlant lentement et prudemment, articulant chaque mot comme s'il était stupide, elle déclare: « Le médecin veut te voir, mon chéri. Chaque nouvel élève doit faire un bilan de santé » Comme si cela ne suffisait pas, elle souligne ses mots d'un sourire auréolé d'un brillant rouge à lèvres mais qui n'atteint pas ses yeux.

Obi-Wan sent le renfrognement d'Ezhno dans la Force. Il ne fait aucun doute que sa façon de parler à Obi-Wan l'énerve prodigieusement.

« Vous pouvez parler normal'ment » grogne Ezhno. « Il peut très bien entendre- »

Une main sur son bras l'arrête. Obi-Wan secoue la tête une fois, puis fait face à la femme, se frottant le ventre avec une main.

« Oh non, mon chéri, il vaut mieux faire tes examens à jeun. On t'apportera le dîner plus tard, ne t'inquiète pas !»

Obi-Wan regarde les plats délicieux devant lui, l'AZAPES ne résigne visiblement pas à dépenser de l'argent pour ses élèves, et inspire profondément. Un Jedi doit savoir se passer de ce genre de plaisir. Son estomac rebelle dompté, il suit la femme comme elle se détourne.

« A plus tard ! » hurle Ezhno derrière lui. « Les laisse pas t'enfoncer trop d'aiguilles, ou tu finiras transformé en cobaye de laboratoire ! »

Pour une raison quelconque, Obi-Wan ne trouve pas la blague très drôle cette fois. La Force s'est brusquement tue, comme le glas qui aurait sonné une dernière fois.

OoOoOoOo

Le docteur est le genre à sourire trop souvent.

Obi-Wan l'ignore et se plonge dans la Force, dépassant ses capacités pulmonaires, ses réflexes, sa force, sa vue et ses tests d'équilibre avec aisance, et au moment où il arrive au dernier examen, le médecin affiche une mine incrédule. Obi-Wan l'entend même murmurer à l'infirmière : « ...aurait presque pu battre ce Nautolan bizarre qui est passé tout à l'heure...ferait un bon candidat... »

C'est bien plus inquiétant maintenant. Candidat pour quoi ? Obi-Wan conserve un masque soigneusement vierge tout en observant le médecin préparer un tube d'échantillon.

« On a simplement besoin d'un échantillon de ton sang, petit, après tu pourras partir » dit-il en prenant une seringue.

Obi-Wan se fige, plissant les yeux en direction du tube transparent. Les midi-chloriens. Est-ce que son taux de midi-cloriens affecterait le résultat ? Il sait qu'aucun centre de santé n'inclut de test de midi-chloriens, à l'exception des établissements spécialisés Jedi, mais il reste que sa couverture pourrait être menacée.

L'aiguille s'arrête près de son bras. « Tu n'as pas peur des aiguilles, n'est-ce pas ? » taquine le docteur en uniforme blanc.

Affronte chaque défi comme il vient. Les premiers mots de Qui-Gon résonnent dans la Force.

Il n'y a rien qu'il ne puisse faire.

Obi-Wan remue et secoue la tête. Une douleur brève quand l'aiguille rentre dans la chair, puis avec un sifflement d'air comprimé, le liquide cramoisi remplit le cylindre.

Il regarde le médecin charger son échantillon de sang dans un lecteur.

Le lecteur émet un petit bruit avant qu'un filmsi ne sorte d'une fente prévue pour ça.

Un silence bref tandis que le docteur d'Obi-Wan lit attentivement la fiche.

La Force fusionne en un curieux mélange de crainte et de tension.

Un froissement de filmsi puis le médecin lui indique la porte. « Tout est normal, tu peux y aller »

Obi-Wan se force à se rhabiller sans se hâter, et sort calmement de la pièce. Une fois dans le couloir, son rythme augmente sensiblement tandis qu'il prend le chemin des dortoirs. Une mince pellicule de sueur couvre ses cheveux.

Le médecin qui avait examiné Obi-Wan range ses affaires, éteignant les lecteurs d'analyse et les ordinateurs, disant au-revoir à ses collègues qui s'en vont avant lui.

Et quand la salle est vide, il s'empare d'un holopad d'une poche de son sac, écrit un court message et tape sur « envoyer ». Une notification apparaît peu après sur son écran.

Jenna Zan Arbor a reçu votre message.

Le médecin remet l'holopad dans son sac, éteint la lumière et referme la porte du laboratoire en partant.