Hello :)

J'espère que ce chapitre vous plaira plus que le précédent.

Profitez-en, car vers fin août, je ne pourrais plus continuer de traduire cette histoire aussi rapidement. Je serais surchargée de travail au mois de septembre et j'ignore quand je pourrais poster la suite.

Bonne lecture !

Rien ne m'appartient, tout est à George Lucas et à Eirian Erisdar, je ne suis que la traductrice.


Les Jedi Sentinelles ont un autre nom : Les Ombres.

Ce nom est inconnu et c'est très bien ainsi. S'il devait être de notoriété publique, la plupart s'arrêteraient et s'interrogeraient sur sa contradiction paradoxale avec tout ce que représente l'Ordre Jedi : Lumière, Stabilité, Vérité. Une Ombre vit avec un seul et unique but : descendre au plus profond de l'enfer souillé par les Sith pour y chercher les ténèbres. Ils sont nommés ainsi car ils ne peuvent être des lanternes solitaires dans une grande mer d'encre, ce sont des ombres projetées par la Lumière elle-même, la dernière défense du grand anneau cristallin qu'est la galaxie elle-même.

Mais il y a un hic à cette capacité, que le Conseil redoute plus que tout.

Il est impossible de discerner la limite où l'ombre finit et où les véritables ténèbres commencent.

Donc, pour Tamesis Dooku, la Force est grise tandis qu'il s'accroupit au bord de la piscine. Le ciel nocturne de Ventrux n'est ni cousu d'étoiles, ni froidement vide. Au lieu de ça, des fumées inconnues provenant de nombreuses installations de recherche biologique forment une brume qui voile la lumière des étoiles au-dessus. C'est peut-être pourquoi la Force est grise ici, la lumière elle-même étouffe les derniers souffles de milliers d'atrocités dans la Force Vivante.

Les créatures non sensibles crient aussi.

Dooku se dit que son ancien apprenti n'aurait peut-être pas approuvé qu'il soit si proche des nombreux laboratoires d'analyses des Industries Zan Arbor. Même si c'est une tentative probablement inutile, comme tous les autres endroits qu'il a repérés sur la planète.

Malgré tout, la sentinelle se glisse entre les lumières vacillantes de la cour, prenant la direction d'un bâtiment trapu et plat, tel un loup à l'affût. Les gardes sont facilement distraits par une suggestion de Force, se soumettant à lui tandis que leurs mains engourdies ouvrent une petite porte latérale. Un long escalier tournant vers le bas, un tunnel court et humide, et Dooku émerge dans un couloir bien éclairé, contraste frappant avec l'extérieur délabré de la structure au-dessus.

Ce n'est pas la Force qui souffle à Dooku qu'il a « touché le jackpot » pour ainsi dire, c'est une certitude terrible qui loge au plus profond de son être. Il entend le souffle de Kit Fisto à travers le communicateur à son oreille. Le chevalier Nautolan enregistre sans aucun doute chaque centimètre de l'environnement où évolue Dooku grâce à l'autre équipement de surveillance que ce dernier a attaché à sa ceinture.

Heureusement que Kit ne peut voir que les contours de Dooku à travers le holo et non le visage de la Sentinelle. Sinon, il aurait vu l'expression de dégoût traverser ses traits durs. C'est précisément la raison pour laquelle Dooku abhorre les missions de groupe. Une Sentinelle est tellement plus efficace toute seule.

Les couloirs sont entièrement blancs et vierges, cette pâleur étant renforcée par la dureté des néons qui clignotent au plafond. Il n'y a pas d'ombres pour se cacher ici, et bien qu'il trouve aisément toutes les caméras de sécurité installées dans les couloirs- les repoussant grâce à un coup de pouce de la Force et insérant une puce pour relayer toutes les informations à Kit- tout ce vide lui irrite les nerfs. Dooku sait qu'il devrait se sentir comme un spécimen pris sous les lampes incandescentes d'une table d'examen, mais la Force est son arme et son manteau. Il l'attire autour de lui dans une suggestion de Force soutenue, rendant sa présence presque anodine à quiconque passerait par ici.

Dooku marque une pause pour écouter à quelques portes, plissant les yeux d'agacement devant la matrice complexe des protocoles de sécurité biologique et électronique sur les panneaux d'entrée. La Force surmonterait facilement toutes ces barrières électroniques...mais il a besoin d'un échantillon de sang et d'empreintes digitales pour entrer dans l'une des chambres situées à l'écart des couloirs. S'écartant du panneau pour se remettre debout, il remarque l'éclat derrière la fente en forme de doigt dans le panneau. Un lecteur de pouls, sans aucun doute, intégré dans le collecteur de sang.

Un soupir d'irritation lui échappe. Cela signifie que le doigt en question doit être relié à un être vivant...donc son plan original de localiser un employé ici et d'amputer un doigt ou deux n'est pas une option.

Capturer vivant est toujours aussi fastidieux.

L'irritation de Dooku se multiplie tandis qu'il s'enfonce plus profondément dans le laboratoire, évitant quelques travailleurs de nuit revêtus de blanc en s'enfonçant dans les corridors, les salles, et les réserves adjacentes. Les murs et les portes elles-mêmes sont étrangement imperméables à la Force, les signatures de vie derrière eux sont étouffées. Dooku appuie sa main contre la paroi lisse et envoie une vrille de Force à la recherche du plus petit signe de vie, pour constater qu'il n'arrive pas à les lire.

A contrecœur, il admet que Qui-Gon aurait été utile ici. Son ancien apprenti est tellement en phase avec la Force Vivante qu'il aurait sans doute pu tirer quelque chose de ces signatures de vie étouffées par les murs.

Il accélère le pas.

Les passages sont longs, sinueux, interminables. C'est comme si chaque passage n'avait pas de fin et s'étendait indéfiniment sur toute sa longueur. Une alarme s'allume dans sa conscience. Dooku a l'impression d'avoir manqué quelque chose, une pensée plutôt embarrassante, car il se targue toujours de percevoir nettement son environnement.

Et puis il arrive enfin au bout d'un couloir, où un long escalier mène à une porte étroite, fermée par un simple code. Dooku ne s'arrête même pas alors qu'il lève la main et ouvre la porte, les lumières du panneau clignotant de vert.

Son souffle résonne dans l'appareil relié à Kit Fisto alors qu'il fait un pas dans la chambre obscure.

La lumière impitoyable du laboratoire ruisselle sur lui et illumine les rangées de bureaux qui s'étalent dans la pièce. L'ombre de Dooku s'étend très loin, comme si elle cherchait l'holoprojecteur installé tout devant. Les affiches joyeuses de l'académie apparaissent soudainement sinistres dans la pénombre, les dessins d'enfants sont tordus, presque inquiétants.

Dooku observe la salle de classe et jette de nouveau un coup d'œil par-dessus son épaule à la terrible blancheur du laboratoire.

Un pas de plus, et la porte se referme, le plongeant dans l'obscurité. Dooku se retourne, passe une main sur le mur. Pas de repère, pas de marque. Une entrée à sens unique, donc.

Son alarme interne était juste, après tout.

« Bon sang » lâche la voix assourdie de Kit dans l'écouteur de Dooku. « L'ensemble du complexe du labo souterrain est relié à l'école »

Dooku ne répond pas. L'Académie de Zan Arbor pour les enfants surdoués est silencieuse autour de lui alors qu'il se glisse à travers les ombres- ses alliés- du couloir principal, rejoignant le silence étouffant de la nuit Ventruxienne.

OoOoOoOoO

« Et comme devoirs, vous me ferez cinq-cents mots sur les différences entre le bacta et le kolto ! » La voix de l'enseignante est trop aiguë et trop excitée. « Simple, n'est-ce pas ? Vous pouvez y aller ! »

Tenant son menton entre ses mains, Obi-Wan regarde le visage rayonnant de son professeur de chimie. Ses pensées sont assaillies par l'ennui. Et trois...deux...un...

« Et n'oubliez pas de récupérer vos affaires, les enfants ! » juge bon de rappeler l'enseignante. « Je ne me fais pas de soucis pour vous » . Le raclement des chaises qu'on tire sur le sol retentit dans la salle de classe alors que deux douzaine d'élèves vêtus de gris se lèvent de leurs sièges.

« Parfait, à l'heure » murmure Ezhno comme il récupère son sac sur le bureau à côté d'Obi-Wan. « T'sais, un de ces jours on lui dira qu'on comprend très bien. Parfois on dirait qu'elle pense qu'on est stupide juste parce qu'on est spéciaux. C'est pénible. »

Obi-Wan ne peut s'empêcher d'être d'accord. Les derniers jours avaient été éprouvants, principalement à cause des différences flagrantes dans la façon dont la plupart des professeurs traitaient leurs élèves. Ce professeur en particulier donne des sourires faux à tous les élèves en gris, réservant les vrais pour ceux habillés en marine. Un matin, Obi-Wan avait dépassé l'une de ces classes « normales » et en aucun cas l'enseignante avait cru bon de dire aux élèves vêtus de marine de ne pas oublier de prendre leurs affaires, comme elle le fait à chaque fois pour ses classes « spéciales ».

Obi-Wan balaye cette pensée de côté. Cela ne devrait pas le déranger que leur professeur leur répète ça, encore et encore, comme un holovid rayé.

Ce qui le dérange en fait c'est que tous les autres élèves semblent l'accepter, comme si les holovids répétitifs et saccadés de leur vie étaient normaux.

Obi-Wan prend son sac avec morosité, soulevant la bandoulière par-dessus sa tête et son épaule gauche tandis qu'il sent les prémices d'une migraine pointer le bout de leur nez.

« T'vas manger, Obi ? » L'accent prononcé d'Ezhno est toujours aussi compliqué à comprendre, mais Obi-Wan arrive quand même à détecter un soupçon d'inquiétude dans la question taquine.

Il secoue rapidement la tête et tape sur son holo-pad, montrant son emploi du temps. La seule étincelle de bonne humeur qu'il avait ressenti ces derniers jours était quand il avait découvert que Ezhno et lui partageaient plusieurs cours en commun. Le Togruta avait apparemment commencé l'école en retard.

Son holo-pad, comme tous les autres élèves, est programmé avec la même interface gaie et pour le moins criarde. « Prochain cours : Relations inter-systèmes » prononce ce dernier avec une gaieté pétillante. L'holo-pad est intégré d''un calendrier interactif, clignotant et lumineux, disposant d'une sélection de couleur qui aurait fait concurrence au bar disco le plus rétro de Coruscante.

Force, Qui-Gon lui manque.

Son maître devait toujours apparaître dans l'une de leurs classes de relations inter-systèmes. Lorsque Obi-Wan avait questionné Ezhno à propos de leur professeur actuel, celui-ci l'avait informé que plusieurs remplaçants s'étaient relégués pour assurer ce cours, jusqu'à ce qu'un enseignant approprié soit trouvé.

« T'es sûr que tu vas bien? » Ezhno ne semble pas convaincu.

Obi-Wan ne répond pas et baisse les yeux sur la boite noire et lisse à sa ceinture, réprimant un frisson. Lors de son premier cours, le professeur lui avait à peine épargné un coup d'œil quand il avait mimé son incapacité à parler. Il avait parlé à son communicateur placé sur son bureau, et un assistant d'éducation était arrivé quelques minutes plus tard, la mine inquiète et avec une boite dans les mains, qu'il avait poussée dans la direction d'Obi-Wan.

Au regard interrogateur d'Obi-Wan, le professeur avait interrompu son cours et lui avait dit, en le regardant à peine : « C'est un vocaliseur utilise-le »

Obi-Wan avait examiné la boite et son petit clavier ainsi que son haut-parleur, puis l'avait tranquillement attachée à sa ceinture, où elle était restée, inutilisée. Entendre la voix mécanique et artificielle d'une boite d'un autre élève l'avait refroidi.

Il était hors de question que cette voix inhumaine soit associée à lui.

Il est seulement dommage que beaucoup d'enseignants n'acceptent pas qu'il refuse de répondre aux questions avec un vocaliseur. Il avait déjà reçu deux retenues, parce que les professeurs étaient trop agacés de devoir se pencher et plisser les yeux pour lire ses réponses élégamment écrites. Le point positif étant qu'il se retrouvait en retenu avec Ezhno. Son ami s'était irrité prodigieusement- un spectacle redoutable quand il dévoilait ses dents acérées- après un professeur et lui avait dit sa façon de penser, à propos des vocaliseurs, des prothèses auditives, des implants pour la vue, etc.

L'enseignante n'avait guère était contente, et les avait punis tous les deux en conséquent.

Ce qu'elle ignorait, bien sûr, c'est qu'Obi-Wan avait remercié son nouvel ami à sa façon, écrivant sa dissertation et celle d'Ezhno en un temps record, imprimant et déposant les deux copies sur le bureau de l'enseignante à la fin de leur détention.

Oh, il avait savouré l'expression d'ébahissement total sur son visage quand elle avait levé les yeux de son holo-pad pour tomber sur deux piles de filmsi et deux sourires innocents.

Ce n'était pas très Jedi, venant de lui, mais cela avait été très amusant.

Évidemment, depuis, Ezhno l'adorait comme un dieu.

Cette pensée le fait sourire un peu.Rien ne va, gratte Obi-Wan sur un filmsi. Je pense juste à ton expression quand je t'écraserais en Histoire galactique la semaine prochaine. Cela doit être assez convaincant, car Ezhno éclate de rire et lui donne une tape sur l'épaule.

Le silence les accompagne comme ils se dirigent vers leur prochain cours. Obi-Wan se concentre sur sa mission- ses yeux à la recherche de tout signe anormal- mais il ne peut s'empêcher de se trouver inutile. Malgré ses tentatives d'enquêter sur l'école, il avait rapidement appris que son uniforme gris attirait tous les regards du personnel, tel un phare éblouissant. Apparemment, il est incapable de se promener seul quelques mètres dans un couloir désert avant d'être happé par quelqu'un.

« Es-tu perdu, mon chéri ? »

« As-tu besoin d'aide, jeune homme ? »

« Oh attention, il y a une marche ici- oh, tu peux voir. Je suis navré, je vais parler plus lentement pour que tu puisses lire sur mes lèvres plus facilement... »

Obi-Wan grimace. Se souvenir de cette phrase-ci l'irrite au plus haut point. Le mal de tête qui avait commencé à vriller ses temps brûle désormais derrière ses yeux, brouillant sa vision. A ce moment là, Obi-Wan sait qu'il commence à perdre espoir, malgré la promesse qu'il s'était faite d'être fort devant l'arbre d'Eir.

« On est distrait, petit ? » demande doucement une voix chaude, avec une pointe d'humour, quelque part au-dessus de sa tête baissée.

La Force scintille de reconnaissance, figeant Obi-Wan sur place alors qu'il regarde fixement le bout de ses bottes, incapable de lever son visage, de peur d'avoir mal entendu. Il sent plus qu'il ne voit Ezhno s'arrêter à ses côtés.

Une longue respiration lente.

Puis les yeux d'Obi-Wan se lèvent pour rencontrer le regard bleu et chaleureux de Qui-Gon Jinn.

Le grand Maître Jedi est négligemment adossé, les bras croisés, contre la porte de sa classe, sa longue chevelure attachée derrière ses traits aquilins. Ses vêtements ne sont pas minables, mais ni neufs, ni chers. Les habits qu'ils portent : veste sombre, chemise blanche et pantalon gris expriment incontestablement la sévérité d'un maître d'école qui n'est pas à prendre à la légère. Le genre à ne pas se laisser marcher sur les pieds. Bien que ses boucliers soient serrés autour de sa conscience, un petit sourire joue sur le coin de ses lèvres.

Sentant l'hésitation de son ami, Ezhno contourne prudemment Obi-Wan. « Z'êtes le nouveau professeur, alors ? » demande-t-il avec méfiance, ses yeux bruns regardant son ami, qui continue de dévisager cette nouvelle apparition avec des yeux étrangement humides.

« C'est moi, oui » confirme simplement Qui-Gon, « Et tu es, monsieur... ? »

« J'm'appelle Ezhno » répond ce ce dernier, serrant avec enthousiasme la main de Qui-Gon. « J'suis pas un monsieur je-sais-pas-quoi, j'ai pas de nom de famille »

« Je vois » Une étincelle de compréhension illumine le regard de son maître, et Obi-Wan sait que l'histoire de la famille d'Ezhno n'échappe pas à Qui-Gon. « Ton accent est merveilleux, Ezhno » remarque le Jedi. « Je peux y discerner près d'une demi-douzaine de langues anciennes »

« Donc j'dois arrêter de parler comme ça ? » La voix de Ehzno est soudainement calme. Les rayures dorées de ses mantrals s'assombrissent ostensiblement.

« Qu'est-ce qui te fait dire ça ? » s'enquit Qui-Gon, haussant un sourcil. « Je préférerais que tu continues à être comme tu es. C'est mon deuxième jour, et tu es le premier élève à montrer une vraie personnalité. »

Pour la première fois, Obi-Wan voit son ami être muet de stupeur. « ...Merci, m'sieur » souffle-t-il lorsqu'il retrouve enfin sa voix. Ses yeux brun-miel brillent, illuminés par le culte du héros.

« De rien, Ezhno » répond Qui-Gon, le faisant entrer dans sa salle de classe. « Au passage, mon nom est Jinnson »

Ezhno est quasiment ébahi alors qu'il chemise vers sa table.

Qui-Gon se retourne vers son apprenti pour trouver Obi-Wan le regardant avec des yeux brillants. « Et tu es ? » murmure-t-il, adoucissant sa voix sans trop en faire. Montrer du favoritisme serait étrange, étant donné qu'ils devraient être des étrangers absolus.

L'écriture d'Obi-Wan est légèrement tremblante alors qu'il griffe sa réponse. Mon nom, écrit-il, est Obi-Wan Asa. Honoré de vous rencontrer, monsieur Jinnson.

Ils se serrent solennellement la main. « Tout l'honneur est pour moi, Obi-Wan » dit-il sur un ton de conspirateur.

Et Obi-Wan sait qu'il ne devrait pas sourire autant que lui, mais comme le sourire de son maître est assez large pour fendre le ciel, il ne pense pas que cela ait une quelconque importance.

OoOoOoOo

« ...et puis les limaces ont sorti une pléthore d'artillerie et ont dégommé les tripes des reptiles » La voix de baryton de Qui-Gon retentit de façon hypnotique dans la tête des élèves, étouffant la vague de rires qui suit ses paroles. Même ceux qui sont incapables d'entendre suivent l'histoire, ravis. A chaque phrase, les mots de Qui-Gon sont affichés sous forme de texte grâce à l'holoprojecteur qui repose près de ses bottes, lesquelles sont ouvertement plantées et croisées sur le bureau de l'enseignant.

Au deuxième rang, Obi-Wan affiche un air de totale incrédulité devant son maître, se demandant si le monde n'est pas devenu fou.

Qui-Gon ignore la perplexité de son apprenti et replonge dans son histoire, engoncé dans son fauteuil. Ce dernier ne grince jamais, les joints du mécanisme impeccablement huilés. Le Jedi doit se douter qu'il se donne en spectacle, avec ses longs cheveux lissés, ses doigts croisés derrière la tête et ses jambes étendues devant lui, bottes sur la table.

« Et les reptiles se sont regroupés sur une planète de chasseurs de prime et ont discuté de tactiques de combat » poursuit-il, souriant alors que vint-quatre élèves se penchent à l'unisson, leurs yeux brillants d'enchantement. Le vint-cinquième rapproche timidement sa main derrière son oreille, voulant tirer une tresse qui n'est plus là. Il regarde son maître avec un regard poliment inquiet.

Un sourire se dessine sur le visage de Qui-Gon comme leur lien s'embrase dans la Force. Cela ne le dérange nullement que son padawan s'interroge actuellement sur sa santé mentale. « A présent » dit-il, « les reptiles sont au moins assez intelligents pour réaliser que les limaces ont l'avantage de la richesse, ils ont donc recours à la guérilla »

Une petite Dressalienne au premier rang fait la grimace mais ne lève pas la main. Sa nervosité est rouge dans la Force.

« La guérilla » enchaîne calmement Qui-Gon « se base essentiellement sur des embuscades et d'autres tactiques du même genre ». Il adresse à la jeune fille un sourire chaleureux. « N'aie pas peur de poser des questions » dit-il avec douceur.

Les yeux laiteux de l'élève clignotent lentement vers lui, et il sait qu'elle ne peut pas voir son sourire, mais le sentir tout de même. Les commissures de ses propres lèvres se courbent légèrement.

« Que s'est-il passé ensuite ? »

Surpris, la tête d'Obi-Wan claque sur sa gauche, où Ezhno est penché si loin qu'il est à deux doigts de tomber de son bureau. « Ouais, y s'est passé quoi après ? » répète le Togruta, une lueur de curiosité dansant dans ses yeux.

Qui-Gon pivote pour faire face à Ezhno, glissant ses bottes de son bureau. « Que penses-tu qu'il soit arrivé ? » s'enquit-il, esquissant un sourire plein de défi.

Le visage d'Ezhno prend une expression extraordinairement pensive qui arrache presque une grimace à Obi-Wan. Le sourire de Qui-Gon s'élargit.

« J'pense » dit prudemment Ezhno, son accent diminuant légèrement alors qu'il se démène pour articuler chaque mot. « Qu'il n'y a pas de fin. » Les limaces et les reptiles n'ont fait que se taper dessus avec les armes qu'ils ont pu trouver. Avec le temps, beaucoup de limaces et de reptiles ont été mis à rudes épreuves, mais au final leurs frontières sont restées quasiment pareilles. »

« Excellent » Le compliment de Qui-Gon est prononcé doucement, mais le mot vibre à travers les murs de la classe jusqu'à atteindre l'holoprojecteur. « Tu as parfaitement décrit la relation diplomatique entre les Hutt et les Trandoshans.

La classe explose de rire dans la petite pièce.

Obi-Wan regarde, légèrement perturbé. Il ne se doute pas que s'il avait répondu à Qui-Gon de la même manière, il aurait été...non. D'abord, il n'aurait jamais formulé une telle réponse, et puis...Il jette un coup d'œil sur sa gauche et voit un Ezhno rayonnant, comme s'il avait entendu pour la première fois de sa vie un compliment venu d'un professeur.

Certes, Qui-Gon est un bon professeur.

Obi-Wan reporte son attention sur la classe, pour trouver Qui-Gon qui le regarde calmement, les sourcils haussés. Avec un soupir silencieux, Obi-Wan incline imperceptiblement la tête, moqueur, approuvant finalement les bizarreries de son maître. Le rire du maître Jedi lui répond, suivi d'un petit coup mental.

Le reste du cours est un peu plus normal- même si cela reste relatif. L'utilisation fréquente de la métaphore par Qui-Gon a le don de faire bondir de joie les élèves. Qui-Gon tient à faire participer chaque élève, recevant à chaque fois des réponses aussi diverses que variées : timide, embarrassée, intriguée, mais à chaque fois ravie d'être reconnu.

Malgré son hésitation au début, Obi-Wan finit par sourire avec les autres, rattrapé par le vertige de la Force qui plane autour d'eux. Pourtant, il n'arrive pas à se détendre complètement. Comme il médite sur un sujet particulièrement intéressant, Obi-Wan remarque que les yeux souriants de Qui-Gon passent d'élève en élève, observant, analysant, déchiffrant et recherchant la moindre anomalie dans cette mer de visages rieurs. Le sourire d'Obi-Wan se fige sur ses joues, et il s'efforce d'avaler la boule logée dans sa gorge.

Comme c'est fou. Son maître ne lui a-t-il pas répété sans cesse de se concentrer sur l'instant présent ? L'instant présent est celui de la légèreté, du rire, de l'amour et de la connaissance, mais la mission n'est pas encore arrivée à son terme. Serrant étroitement ses lèvres, Obi-Wan lutte contre la culpabilité qui grandit en lui. Comment aurait-il pu se permettre de se détendre au point d'oublier l'objectif de la mission ?

Quelque part dans la brume de la Force, il sent Qui-Gon faire une pause au milieu d'une phrase et se tourner légèrement vers lui. Une vague d'inquiétude flotte dans l'air.

Le sifflement aiguë de la sonnerie fait tressaillir Obi-Wan et l'éclair de lumière bleue qui l'accompagne l'aveugle un instant, il reprend brusquement conscience de son environnement, douloureusement, aspirant de l'air si rapidement que cela lui gratte les poumons.

Vingt-cinq chaises raclent le sol. Obi-Wan enfile son sac et se tourne pour partir, seulement pour constater que les autres élèves semblent tous avoir décidé de sauter leur repas pour bombarder Qui-Gon de questions au sujet de son cours. A la gauche d'Obi-Wan, Ezhno lui donne une rapide tape sur l'épaule et bondit en direction du nouveau professeur, renversant sa chaise au passage. Elle tombe sur le sol dans un claquement métallique.

Obi-Wan se retrouve tout à coup seul au milieu de la classe, entouré de bureaux vides et de chaises repoussées hâtivement. S'accroupissant, il remet calmement la chaise en place.

Le regard de Qui-Gon frôle le sien, au milieu du chaos, des questions qui fusent et des bras qui s'agitent. Obi-Wan fait un signe de tête, force un sourire pour montrer qu'il comprend, et fait volte-face pour partir.

Son maître remplit la part de sa mission. Mettant de côté ses propres émotions, Obi-Wan décide de faire de même.

Il n'y a pas d'émotion, il y a la paix, se rappelle-t-il.

Pour une raison quelconque, les mots sonnent creux, bien plus qu'ils ne l'ont jamais été auparavant.

OoOoOoO

Dans un couloir désert, Obi-Wan se dissimule dans une armoire et sort un comlink d'une poche secrète de sa ceinture. L'objet fin et compact ne contient qu'une utilisation textuelle et imagée par souci de discrétion. Quelques pressions sur des boutons, puis des lignes courtes dans un langage codé apparaissent, illuminant l'écran d'une lueur verte et artificielle. Décoder le message prend plus de temps que d'habitude. Son mal de tête reprend de plus bel, battant dans ses oreilles. La Force Unificatrice est perturbée une fois de plus, formant une masse solide de prémonitions dans sa tête. Il a un très, très mauvais pressentiment à ce sujet.

Heure d'envoi : 03 heures, aujourd'hui

Au cours de nôtre enquête dans plusieurs bâtiments suspects, nous avons découvert un vaste laboratoire souterrain, dont une des sorties est directement rattachée au mur d'une salle de classe. Le Chevalier Fisto a compilé une carte, que j'ai incluse ci-dessus.

Examinant la carte, le cœur de Obi-Wan bondit dans sa gorge, les pulsations de la Force devenant irrégulières.

La salle de classe dans laquelle s'ouvre le passage du laboratoire est celle où il se tenait quelques minutes plus tôt : la nouvelle salle de classe de Qui-Gon.

A la lumière de cette révélation, je dois vous avertir de tous rester sur vos gardes. La porte semble être à sens unique, elle est difficile à localiser dans la salle de classe, et ne possède pas de panneau de contrôle de ce côté. Huei, gagne la confiance et le respect de tes professeurs. Un enseignant est toujours plus bavard et mieux disposé avec un bon élève qu'un élève moyen. Qui-Gon, lie-toi le plus possible avec tes élèves. Les enfants sont perspicaces, ils ont peut-être vu quelque chose.

C'est pour cela que son maître avait un comportement si...étrange en classe. D'une façon ou d'un autre, savoir que Qui-Gon avait réussi à améliorer l'estime de soi de ses camarades tout en accomplissant les objectifs de sa mission ne fait que renforcer l'opinion d'Obi-Wan selon laquelle il est inutile ici. Les phrases qui suivent ne font que renforcer cette horrible conviction.

Padawan Kenobi, poursuis tes efforts, quels qu'ils soient. Aide Maître Jinn ou Huei si nécessaire. Le Chevalier Fisto et moi continuerons de surveiller les laboratoire. Qui-Gon, contacte-moi sur le canal sécurisé le plus tôt possible.

Que la Force soit tous avec vous,

Dooku

Obi-Wan éteint l'appareil avec une pression brusque et le range dans sa ceinture. Dans l'obscurité vide, ses doigts pressent sur ses tempes palpitantes et il ferme momentanément les yeux. Des éclairs émeraudes dansent à l'intérieur de ses paupières, souvenirs du message codé de Dooku.

Où est la Force ?

Trouver la Force n'a jamais été aussi difficile. La Force Unificatrice semble le clouer sur place, l'empêchant de tendre la main, d'abaisser ses boucliers. Obi-Wan lutte avec lui-même, se sentant comme s'il voulait saisir les rayons de la lune avec ses doigts, les laissant creux, lisses, et vides.

La porte de l'armoire coulisse, laissant passer une lumière blanche et dure à l'intérieur.

« Hé, qu'est-ce que tu fais là- »

Mais Obi-Wan court déjà dans le couloir, le visage du concierge n'étant plus qu'un flou derrière lui.

Une chance que ce soit l'heure du déjeuner, sinon il aurait pu croiser beaucoup plus de personnes. Dans l'état actuel des choses, il sait qu'il les dépasse bien trop rapidement pour que quelqu'un le reconnaisse.

Il s'immobilise devant le petit jardin fleuri qui borde l'aile du dortoir des élèves, et reste ainsi quelques instants, fixant les quatre petites zones fleuries nichées dans des parterres qui se séparent en un étrange petit carrefour.

A pas lents, Obi-Wan se dirige vers le centre du carrefour et se laisse tomber sur la terre battue. La Force Vivante est plus forte ici, mais elle ne fait que flotter en comparaison des jardins de Naboo ou de ceux du Temple Jedi. Les fleurs de velours Flandoran sont molles sous le bout de ses doigts, comme si les couleurs n'avaient pour but que de recouvrir les pétales qui commencent à flétrir. Ces couleurs sont bien trop artificielles, et même si un faible rayon de lumière traverse la lucarne en forme de dôme, il n'y a pas d'air frais ici.

Les fleurs sont comme Obi-Wan. Étouffant lentement dans la lumière artificielle, suffoquant de ne pas avoir assez de Force Vivante et Unificatrice pour les guérir. La liberté leur manque. Un sourire sans joie scintille sur son visage. Les fleurs frissonnent dans un vent qui n'est pas là, tels des rangées de soldats en uniforme qui frémissent dans un sol trop sec.

Sa flûte est fraîche et douce quand elle roule sous ses doigts. Il n'est même pas conscient qu'il l'avait glissée dans sa manche.

Là, observant les rangées de fleurs entravées, souhaitant leur libération, Obi-Wan porte la flûte à ses lèvres et se met à jouer.

Avarin lui avait donné des leçons au Temple. Obi-Wan choisit l'air le plus simple, une musique enfantine, pour ne pas attirer l'attention. Ses yeux se ferment.

Contrairement à Naboo, lorsque la Force avait bougé ses doigts et dirigé sa chanson, Obi-Wan se concentre cette fois-ci sur sa propre mélodie, écoutant chaque note tomber dans la Force, canalisant la légèreté de la Force Vivante dans la musique. Les fleurs frémissent à nouveau dans cette brise étrange, celle d'un vent qui ne devrait pas être là, il sent leur mouvement gracieux à travers ses paupières fermées. Il n'est plus simplement un canal pour la Force. Celle-ci danse selon sa volonté, se faufilant dans la chaîne et la trame du temps. La Force l'avait chanté sur Naboo. A présent, c'est lui qui la chante.

L'air n'est pas tout à fait silencieux quand il baisse la flûte et ouvre les yeux.

Avec un soupir silencieux, il commence à se lever...

-et se fige sur place, le choc transformant ses nerfs en glace.

Là, où les parterres contenaient rang après rang des fleurs soigneusement plantées, des lianes se faufilent le long des sentiers, reliant les quatre carrés de fleurs dans un motif complexe émeraude, parsemé de nouveaux bourgeons aux couleurs saphirs, sables, écarlates et blanches. Obi-Wan peut presque voir la vie courir à travers ces lignes en spiral d'où il est agenouillé au centre.

Une pensée traverse son esprit, simple et innocente.

Tu as fait ça.

Il fixe la flûte dans sa main. Un cylindre gris, gravé avec des motifs de feuilles. Il est vrai qu'il avait dirigé la Force cette fois-ci. Si la musique était un orchestre, alors il avait joué le maître d'orchestre.

Mais par la Force... !Que venait-il d'accomplir ?

La cloche sonne pour les cours de l'après-midi, brisant ce beau rêve. Obi-Wan cligne des yeux, son regard dirigé une fois de plus vers le jardin.

Les nouvelles plantes sont toujours là.

Il tourne les talons, se dirigeant vers son prochain cours, le cœur battant entre ses dents.

Il a besoin de réponses.

Qui-Gon. Il a besoin de Qui-Gon.

OoOoOoOo

Faisant la queue devant les énormes étalages de nourriture pour le dîner, Obi-Wan hausse le cou, cherchant la grande silhouette aux épaules larges de son maître parmi les enseignants et les élèves, mais en vain. Juste devant lui, Ezhno dicte avec animation au personnel de cuisine ce qu'il veut manger. La liste est longue.

Quelqu'un lui rentre brutalement dedans, l'envoyant deux pas en arrière. Le garçon vêtu de marine derrière lui crache une insulte alors que Obi-Wan s'écrase presque contre lui.

« Regarde où tu marches, le muet ! »

Ignorant ces mots insultants, Obi-Wan cherche en vain la personne qui l'a percuté. Libérant une petite quantité de douleur dans la Force- au moins cette tâche est-elle plus simple maintenant- Obi-Wan lisse son uniforme froissé.

Ses doigts touchent dans sa poche quelque chose qui n'était pas là avant.

Agissant comme s'il vérifiait son chrono dans sa poche, Obi-Wan examine le flimsi froissé.

L'écriture de Huei est penchée, comme s'il avait écrit ces mots dans la précipitation.

Je dois enquêter sur quelque chose. Fait diversion.

Obi-Wan réprime à peine un reniflement alors qu'il remet le flimsi dans sa poche. Est-ce qu'il s'attend à ce que je trouve quelque chose sur place ? Il considère une demi-douzaine d'options quand il cogne le comptoir le plus proche. Son regard se porte sur les comptoirs éloignés. Non, ils sont trop loin. Et ce ne serait pas assez pour créer une distraction d'une ampleur suffisamment importante pour détourner longtemps l'attention.

« Je t'ai demandé, gamin, ce que tu voulais ? »

Face à une serveuse de cantine de plus en plus agacée, Obi-Wan passe rapidement en revue les différents plats qui bouillonnent dans leurs récipients chauffés.

Il sourit.

Quand il montre la soupière, la femme prélève une grande quantité de liquide vert avec sa louche et le dépose dans un bol qu'elle met sur un plateau. « Est-ce que ce bouillon sera tout, jeune homme ? » demande-t-elle.

Il hoche la tête, sourit doucement et porte son plateau en direction d'une table vide. Ezhno est toujours debout, près du comptoir, soulevant à présent un plateau garni de nourriture.

Alors qu'il soulève le bouillon à deux mains, comme un bol de thé, Obi-Wan lève les yeux sur le réfectoire bondé et voit Qui-Gon Jinn entrer.

Le regard de Qui-Gon vole dans sa direction- que ce soit par intuition ou à cause d'une perturbation dans la Force- alors Obi-Wan lève le bol, comme s'il portait un toast à son maître. Il incline doucement la tête, comme une salutation.

Et amène le bol à ses lèvres.


Bon, je pense que vous vous doutez tous ce qu'il y a dans ce bol XD

Sinon, je ne sais pas vous, mais j'aurais beaucoup aimé voir Qui-Gon comme prof 3, il a l'air génial ! Et Obi-Wan aussi, quand il est plus âgé, avec sa barbe :D

C'est mon anniversaire aujourd'hui et une petite review me ferait super plaisir ! ^^

A bientôt