Salut les gens ! :)

Merci pour vos reviews, vos follows et vos lectures.

A partir de maintenant, l'histoire va s'assombrir et devenir nettement plus angoissante. Il y aura même des scènes de torture dans le prochain chapitre. J'en aie presque perdu l'appétit. Je n'ai vraiment pas l'habitude d'écrire ça, mais bon, j'adore traduire cette fic ^^


Alors qu'il vole dans le couloir vers le bureau de la principal, Huei Tori sait très bien qu'il n'est qu'une ombre éclipsée par l'obscurité plus profonde de son maître.

Quelque part derrière lui, des cris horrifiés jaillissent du réfectoire. Kenobi a dû accomplir sa tâche, et admirablement. Mais cette pensée n'est que la lueur éphémère d'une bougie dans le creux vide de son esprit, lissée et enfouie dans la tranquillité grise qu'est la Force pour une Sentinelle Jedi.

Il est né pour être une ombre.

Concentre-toi, Padawan, avait toujours instruit son maître. Concentre-toi. Il n'y a que la mission et rien d'autre. Ne crains pas les profondeurs inconnues. Les Sentinelles sont destinées à tomber, et il n'y aura personne pour te rattraper si tu te noies. Mais tu rejoindras les ombres, parce que tu le dois.

Huei prend une inspiration.

L'eau se referme sur sa tête et Huei Tori cesse d'exister.

Gris est son nom. Gris est le monde, vidé de ses couleurs dans le foyer solitaire de la mission. Et gris est la Force.

Non. Pas la Force. La Force brille encore dans les profondeurs de son âme, sombre, sans forme. Des êtres lumineux, nous sommes, pas cette matière brute. Parfois, Huei a l'impression de se noyer, et il est simplement un oiseau capturé qui aspire à atteindre cette lumière infime à travers les barreaux de sa cage.

Au cours de toutes leurs méditations communes, la lumière de Maître Dooku avait toujours été dure, inflexible, artificielle. C'est la lumière froide du diamant, comme les tubes creux et fluorescents qui illuminent les mines les plus profondes de Phindar.

La bougie vacillante du cœur de Huei scintille une fois de plus, étouffant dans sa propre fumée. C'est la plus infime source de chaleur dans une terre à l'abandon. Et alors qu'il s'avance sur le tapis moelleux du bureau, Huei sait que tout ce qu'il doit faire est de souffler cette petite flamme. Éteindre la bougie, et son esprit sera vidé de tout ce qui pourrait le détourner de sa mission, éclairée seulement avec le carburant de sa propre détermination.

Mais il ne peut pas vraiment se résoudre à le faire.

Peut-être est-ce à cause d'Obi-Wan Kenobi.

L'autre garçon est un feu de joie dans la Force, embrasé, chatoyant, rayonnant. Huei peut voir que tous ceux qui passent près de la flamme qui enveloppe Kenobi sont touchés par la glorieuse pureté de sa lumière. Huei l'a ressenti aussi. Il est...non, il n'est pas jaloux. Il aspire simplement à brûler dans la Force pour toujours, comme le fait Kenobi, telle une étoile éternelle.

Cela déshonorerait-il son enseignement ?

Huei respire rapidement, déséquilibré par ce seul choix qui fend la Force Unificatrice en un abîme devant lui.

Il revient au présent et se concentre sur son but. Le bureau de la principal est vide, comme une tombe, toutes ses lignes sont nettes et brillantes, et ses motifs marines. Trois grandes piles d'holo-livres disposées dans un coin se découpent dans un coin de sa vision. L'observation minutieuse de Huei au cours des derniers jours a porté ses fruits, la directrice prend son déjeuner au réfectoire tous les deux jours. Maintenant, elle doit sans doute gérer le chaos que Kenobi a créé là-bas.

Un frémissement de la Force provenant du tiroir du bureau en métal. Accroupi, Huei tire doucement le tiroir en question, pour constater qu'il est aussi immobile que la pierre. Un motif étincelant de carrés cybernétiques s'évase sur le métal lisse et réfléchissant. Fermé à clef. Mais une inspection plus précise révèle qu'il y a un emplacement vide vers le haut du tiroir, lequel ne rencontre pas tout à fait la base de celui qui se trouve au-dessus. Assez large pour y mettre un crédit ou une carte, pas plus. Les yeux gris-sombre de Huei se plissent dans un froncement de sourcils.

La Force hurle un avertissement.

D'un mouvement fluide, Huei pivote, se jette sans bruit vers l'avant et roule derrière les bibliothèques à sa gauche.

La principale tempête, marmonnant à mi-voix tandis que sa robe sobrement colorée mais chère se balance autour de ses genoux.

« Maudits soient les enfants et leurs allergies imprévisibles... »

Dans le minuscule espace entre deux bibliothèques, Huei incline la tête, faisant balancer ses membres tentaculaires bleu foncé. Kenobi. Cela doit être lui. Lorsque Obi-Wan s'était effondré lors du dîner avec son maître, Huei n'avait pas su comment réagir face à cette soudaine coopération entre Maître Dooku et Maître Jinn. Il est toujours confus que ce Jedi aussi peu orthodoxe est pu être le padawan de Tamesis Dooku.

Huei observe à travers la mince bande de lumière entre l'étagère au-dessus et la rangée de livres. Toujours énervée, la principale enlève une puce d'une poche de sa veste et la presse sur la surface du tiroir verrouillé. Elle fouille à l'intérieur et en sort quelque chose de trop petit pour l'œil. La principale enfonce l'objet dans sa poche et la puce dans une autre, avant de se tourner vers la porte.

Cet instant précis s'étire indéfiniment dans l'esprit de Huei. Il pourrait essayer de récupérer l'objet inconnu, mais cela pourrait se révéler inutile, ou bien il pourrait prendre la puce, et ne rien trouver d'intéressant dans le tiroir.

Il n'a plus le temps d'y réfléchir. Atteignant la Force, Huei envoie un léger souffle vers la nuque de la principale. Alors qu'elle pivote pour gratter l'endroit irrité, Huei sort prestement l'objet caché de sa poche, le faisant tomber grâce à la Force sur le sol alors que la porte siffle derrière le dos de la principale.

L'art du pickpocket est celui de la distraction. Touche quelqu'un à un endroit et il ne remarquera pas que tu le touches à un autre.

Les mots de Maître Dooku sont lourds dans son esprit tandis que Huei se blottit silencieusement dans un coin. Un geste, et l'objet mystérieux vole dans sa main. Un examen rapide révèle qu'il s'agit d'une carte magnétique conçue pour être placée sur un lecteur.

Se déplaçant rapidement, Huei sort son communicateur de sa poche, qui bip doucement quand il encoche la carte. Il met l'appareil en mode « lecture » et copie le code sur la clé magnétique. Trouvée dans le bureau de la principale, joint-il avec. Le code peut-être utile. On dirait une carte magnétique ou quelque chose comme ça. Le code téléchargé, Huei tape une courte séquence de commandes, l'envoyant au quartier général où il sait que son maître et le chevalier Fisto l'utiliseront.

La sonnerie aiguë de la cloche le surprend quelque peu. Le repas de midi est fini. La carte est glissée dans le tiroir par la mince ouverture, et, après un rapide coup d'œil dans le bureau vide pour vérifier que tout est en ordre, Huei ouvre la porte.

Pour tomber sur quelqu'un qui l'attend derrière.

OoOoOoO

Dans une rue animée, le maître Jedi Tamesis Dooku marque une pause, serrant son communicateur dans sa main brusquement engourdie.

Huei.

OoOoOoOoO

Une incursion rapide dans l'esprit d'Obi-Wan alors qu'il s'effondre sur le sol du réfectoire.

Le sang bat violemment dans ses oreilles, son rythme cardiaque martèle contre la peau fragile de sa gorge, des cris terrifiés qui résonnent autour de lui:Par les étoiles, regardez ce qu'il lui arrive, il faut absolument aller chercher la principale...Mon meilleur ami a failli mourir une fois à cause de ça...des mains sur son cou, une langue de plomb dans sa gorge, la Force l'appelant à ôter son enveloppe de chair pour rejoindre la symphonie des étoiles, le silence de glace dans son cœur...une main tranchante qui claque contre sa pommette, une voix agacée dans son esprit et qui hurle : Reste éveillé petit sinon je viendrais te tuer moi-même, et la Force...

Oh.

La Force.

Elle est tout.

Obi-Wan sourit et la laisse l'emporter.

OoOoOoO

Une pause, un de ces étranges moments où l'on flotte simplement, suspendu, quelque part entre le temps et la réalité.

Marche.

Obi-Wan marche sur les débris sans fin de ses rêves.

Il piétine la chaîne et la trame de la Force Unificatrice, sa propre chronologie est un fil d'argent qui tisse son chemin solitaire à travers plus d'un million d'autres vies. Ces autres fils frissonnent quand il les effleure avec des doigts effrayés, des notes en cascades s'écoulent de leurs longueurs irisées pour rejoindre le chœur infini de la galaxie. Mais pas seulement la galaxie, Obi-Wan lève la tête, la Force est un immense métier à tisser, et la galaxie est tout à coup un motif à spiral dans la tapisserie du temps et du cosmos.

Un petit rire jaillit de sa gorge, comme le premier cri d'un nouveau-né qui découvre que l'univers est magnifique, plus grand qu'il ne l'aurait jamais deviné, mais peu importe parce que la Force est partout et en lui, et c'est si incroyablement insignifiant et important à la fois.

C'est seulement au bout d'un moment que Obi-Wan se rend compte qu'il a ri.

Ici, dans le kaléidoscope des étoiles. Il humidifie ses lèvres avec une langue étrangement sèche et halète, "Pourquoi ?"

Le mot résonne dans le chant de la Force comme une note de cristal. C'est plus qu'une question, et la question a plus d'une réponse.

La Force est silencieuse. Le chant aussi.

Et Obi-Wan commence à comprendre.

« Je n'ai pas besoin de savoir, pas encore » Le dernier mot est à moitié un rire débordant d'émotions, beaucoup d'autres montent dans sa gorge, « Je saurais quand le moment sera venu ».

La musique des sphères se remet à jouer, aussi constante qu'auparavant.

Obi-Wan jette encore un coup d'œil à cette belle et glorieuse tapisserie, à la chaîne et à la trame exquises de la Force, et ferme les yeux. Il savoure la douce fraîcheur de sa voix une dernière fois, alors qu'il la laisse caresser sa langue et ressortir par ses lèvres.

« Très bien, alors »

Le chant parfait de la Force se dissout parmi les lumières brûlantes, les voix et une douleur douloureuse dans sa gorge. Son cœur tressaille atrocement dans sa poitrine.

Avec un effort titanesque, Obi-Wan ouvre les yeux.

« Tu te sens mieux ? » murmure l'infirmière Iktotchi d'une voix d'une douceur écœurante. Ses élégantes cornes crâniennes encadrent des traits souriants. « Tu es resté inconscient plus de six heures d'affilée, à cause d'une réaction allergie spectaculaire, une des plus violentes que nous n'ayons jamais vu. Ton enseignant, monsieur Jinnson, était très préoccupé par ton état. »

Obi-Wan ferme ses paupières enflées durant un moment, puis brave les lampes qui projettent une lueur éblouissante sur les parois, pour finir par cligner des yeux confus dans la pièce.

Des sols carrelés, méticuleusement propres. Des murs blancs, des lits superposés blancs, des draps blancs, une lumière blanche, une infirmière en uniforme blanc, une porte en acier blanchi, et...

..est-ce un verrou de sécurité biologiquement codé ?

Il tente de pousser sa conscience au-delà des murs, mais rencontre une étrange résistance. C'est comme si les murs eux-mêmes absorbaient la Force et la comprimaient, le laissant échoué sur cette île de conscience.

Son infirmière semble sentir son malaise. « Tu te trouves dans la section privée de l'infirmerie, mon chéri » dit-elle en tripotant un moniteur ou quelque chose de ce genre là, hors du champs de sa vision. « La position de ton grand-père mérite que tu reçoives un tel traitement »

La porte s'ouvre. Il s'agit d'un modèle démodé, qui pivote sur des gonds au lieu de glisser sur des pistons hydrauliques. Une grande femme marche dans sa direction, elle a de longs cheveux blonds et porte sa blouse de laboratoire à la la manière d'une reine portant des robes royales. Les rides qui creusent les coins de ses yeux et la teinte plus tout à fait jeune de ses traits ne font rien pour atténuer la présence forte qui l'entoure. Ce qui est le frappant chez elle est ses yeux, des yeux gris clairs étincelant d'une intelligence supérieure et d'une connaissance indéchiffrable.

Obi-Wan est plus que surpris lorsque l'infirmière Iktochi s'incline devant la nouvelle venue d'une façon qui suggère plus la servitude que le respect. Il est instantanément sur ses gardes quand il entend son exclamation frissonnante:

« Docteur Zan Arbor ! »

Jenna Zan Arbor sourit de façon taquine à Obi-Wan comme elle congédie l'infirmière. La porte claque avec un bruit sourd qui dément son épaisseur.

Obi-Wan est soudain très content de ne pas pouvoir parler. Quelque chose hurle au sein des profondeurs floues de la Force. Il se contente donc d'observer à la place, espérant avoir l'air d'un enfant juste curieux.

« Obi-Wan ! » fait Zan Arbor d'un ton beaucoup trop familier pour le mettre à l'aise. Obi-Wan réprime un frisson alors qu'elle s'assied sur le bord du lit. « Tu as eu beaucoup de chance que j'ai décidé de rendre visite à l'académie aujourd'hui » continue-t-elle d'un ton léger. « Qui sait ce qui aurait pu se passer si je n'avais pas été là ? » Elle tapote sa main et il faut tout le sang-froid d'Obi-Wan pour ne pas se dégager. « Tu m'as empêché d'aller manger. Il y avait un tel tumulte au réfectoire ! »

Obi-Wan plonge la tête en signe d'excuse.

« Tu vas devoir rester en observation ici pour le week-end, j'en aie bien peur » Zan Arbor se redresse sur ses pieds. « Nous avons déjà contacté ton grand-père. Il est très déçu que tu ne puisses pas rentrer à la maison ce week-end pour te voir »

Ça, j'en doute fortement, pense sombrement Obi-Wan. Une onde de soulagement le traverse- au moins il n'aura pas à passer les prochains jours avec pour seule compagnie Maître Dooku.

Zan Arbor se retourne vers lui alors qu'elle est en train d'examiner les moniteurs de contrôle. « Je resterai pour te surveiller, jeune homme »

Le soulagement se mêle à l'inquiétude, obstruant sa gorge. Obi-Wan s'apprête à mimer sa protestation mais Zan Arbor le réduit au silence avec un regard mêlant douceur et autorité.

« J'ai pour principe de rester avec chacun de mes patients durant toute leur convalescence » proclame-t-elle. « J'ai été la première à te soigner au réfectoire, et il n'y a donc que moi à être la dernière à te déclarer apte à retourner en cours »

La Force tisse des nuages sombres autour d'elle.

« Maintenant » dit-elle vivement, « repose-toi ». Obi-Wan entend le bip-bip doux du moniteur alors qu'elle commande à l'appareil de lui injecter un sédatif dans le tube qui mène au creux de son bras.

La porte se referme derrière elle avec un claquement lugubre.

Obi-Wan essaie de se concentrer. Comme d'habitude, à chaque fois qu'il se retrouve dans un centre médical, quel qu'il soit, cela se révèle infructueux.

Tardivement, Obi-Wan réalise qu'il est habillé d'une blouse médicale. La panique l'envahit pendant un moment quand il se demande où est passé le comlink enfoui dans une poche de son uniforme. Puis il se rappelle qu'il est verrouillé avec sa signature de Force, ils penseront sans doute que l'appareil ne fonctionne pas.

Il atteint de nouveau la Force- seulement pour s'apercevoir qu'elle est hors de sa portée, comme les lucioles qu'il voulait attraper dans les jardins du Temple. Il s'accroche une fois de plus à ces ondulations qui lui échappent, mais l'effort s'avère trop important alors même que ses paupières s'affaissent et le plongent dans le sommeil.

Toutefois, au sein de son esprit, il arrive encore à sentir que quelque chose de terrible est en train de se produire...

OoOoOoO

A l'extérieur de la chambre d'Obi-Wan, Zan Arbor arpente les couloirs, se faufilant à travers plusieurs portes, jusqu'à ce qu'elle arrive devant une porte qui semble tout aussi banale que les précédentes. Mais pour celle-ci, la scientifique doit passer sa carte magnétique, et insèrer son doigt dans un lecteur jusqu'à ce qu'un petit "clic" se fasse entendre. La voie libre, elle se glisse à l'intérieur. Il y a deux assistants vêtus d'une blouse de laboratoire, l'un vérifie les analyses biologiques, l'autre le réservoir d'eau placé au centre de la pièce.

Plongé dans le liquide cristallin, tendu contre les liens qui le maintiennent submergé sous la surface, se trouve Huei Tori. Ses yeux gris acier clignotent dans ses traits tendus et ses jambes s'agitent compulsivement, tentant vainement de se libérer.

« Comment se porte notre brave petit Jedi Nautolan ? » s'enquit Zan Arbor, ses lèvres s'étirant en un sourire de prédateur.

« Ses organes vitaux fonctionnent tous normalement, quoiqu'ils faiblissent un peu » rapporte un de ses assistants, un Weequay. « Nous ne savons pas si le bloqueur de Force fonctionne, bien sûr, mais c'est tout à fait remarquable, étant donné que nous avons réduit la teneur en oxygène de l'eau de 40% de son niveau normal, il y a près d'une heure de ça. Généralement, c'est le seuil d'hypothermie »

« Hmm » Zan Arbor se dirige vers le réservoir et plonge une main dans l'eau glacée, touchant la peau bleu foncé du front de Huei. Le visage du jeune Nautolan se tordent en une grimace de dégoût. « Ah ! » s'écrie-t-elle en retirant ses doigts alors que les dents blanches de Huei manquent de peu de s'enfoncer dans sa chair.

« Mettez-lui un bâillon » gronde Zan Arbor en pivotant, faisant tomber des gouttes d'eau dans le réservoir. « Et continuez d'abaisser la teneur en oxygène, nous devons connaître ses limites avant de poursuivre plus loin les expérimentations. Quelqu'un pourra commencer à travailler sur l'autre Jedi, une fois que les symptômes de son allergie auront disparu »

« Oui, madame » répond l'autre assistant, un Rodien.

Alors qu'elle part, Jenna Zan Arbor ne dédaigne même pas décocher un coup d'œil à Huei dont le dos se cambre tandis qu'on lui enfonce un bouchon en thermoplatique entre les dents et que des bulles d'air s'échappent de ses lèvres en un cri silencieux.

Elle a des choses plus importantes à faire.

OoOoOoOo

Il est rare que les maîtres Jedi Qui-Gon Jinn et Tamesis Dooku se rencontrent après une période aussi courte et dans un tel état d'émotions partagées. Dès que l'école se termine et que Qui-Gon pénètre dans le minable appartement qui sert de quartier général, à seulement trois kilomètres de l'Académie, Dooku sait que la situation ne va pas être simple.

« Obi-Wan... »

« Nous savons, padawan » le coupe Dooku, se penchant à côté de Kit Fisto pour examiner les plans du laboratoire. « Huei aussi »

Qui-Gon ne relève pas le lapsus de Dooku. Il balance son long manteau dans un coin et s'avance, ses iris d'un bleu glacé. « Maître- »

« Calme-toi » grogne Dooku en levant les yeux. Durant ce bref échange de regards, Qui-Gon voit toutes les émotions enfouies par son ancien maître. Et il y en a beaucoup.

Lâchant une longue inspiration, il se glisse sur une chaise placée entre le chevalier Nautolan et Dooku. « Alors ? » demande calmement Qui-Gon.

« Huei nous a envoyé des informations avant qu'ils ne l'emmènent. Nous l'avons aperçu il y a quelque minutes » murmure Kit en faisant défiler les images. Son sourire caractéristique s'efface, remplacé par une grimace. « Il n'y a pas d'holo-caméras à l'intérieur des chambres, on profite donc du moment où les portes s'ouvrent pour examiner l'intérieur des laboratoires. »

Les holo-enregistrements sont aussi courts que terrifiants. Qui-Gon remarque que les traits ridés de Dooku sont revêtus d'un masque impassible alors que l'image bleutée et vacillante montre son padawan se contorsionner dans l'eau, encore et encore, tournant incessamment en boucle.

Le visage bleu transparent de Jenna Zan Arbor sourit alors qu'elle sort de la pièce, laissant la porte se refermer sur le jeune agonisant.

Dooku marque une pause sur l'holoprojecteur. Un silence pesant s'ensuit, une pression suffocante, un peu comme l'eau qui se déverse dans les poumons de Huei, à chaque instant. Les trois Jedi demeurent ainsi, immobiles dans la pièce sombre.

Kit est le premier à parler. « Qu'allons-nous faire, maîtres ? » murmure-t-il, ressemblant un peu à un padawan senior ayant besoin de conseils.

« Nous ne pouvons pas les laisser là-bas » lâche Qui-Gon, son ton exprimant toute l'autorité de son rang et de son titre.

« Non, nous ne pouvons pas » acquiesce Dooku, se frottant la barbe. « Pas indéfiniment »

La signature de Force de Qui-Gon se teint d'incrédulité. « Si vous pouviez clarifier, Maître Dooku » dit-il lentement, doucement, se levant à moitié de sa chaise.

« Ceci » réplique Dooku, montrant l'holo-projecteur figé, « ne constitue pas une preuve suffisante pour traduire Zan Arbor en justice »

Une nouvelle pause. L'incrédulité et la colère fleurissent dans la Force cette fois-ci, un nuage d'orage écarlate semble se profiler entre les deux maîtres Jedi. Kit s'enfonce un peu plus dans sa chaise, ne quittant pas la scène des yeux.

« Êtes-vous... » La colère de Qui-Gon obstrue sa gorge et il doit recommencer. « Suggérez-vous que nous autorisions nos padawans à être torturés comme des animaux de laboratoire ? » Sa voix retombe en un grondement, dégoulinante de rage.

Les yeux gris de Dooku rencontre le regard de son ancien padawan avec un sang-froid redoutable. « Si c'est nécessaire pour faire arrêter Zan Arbor, oui »

Qui-Gon ferme les yeux un instant, cherchant la paix, pour s'ancrer une fois de plus dans la Force.

Inspirer. Expirer.

Quand il ouvre les yeux, son regard est cassant et dur, le même regard brûlant qu'il avait eu au cours de ses nombreuses discussions enflammées qu'il avait eues avec son maître, quand, naguère, il n'était encore que padawan.

« Notre mission est d'acquérir des informations sur ce que fait Zan Arbor, rien de plus » dit-il, s'efforçant de maîtriser la fureur qui fait presque trembler sa voix. « A présent, nous avons une preuve de ce qu'elle fait aux élèves. Nous pouvons donc nous retirer et faire un rapport au Conseil »

« Et quelle sera la prochaine étape du Conseil ?» le défie Dooku, quelque chose ressemblant à de la colère exaspérée s'allume dans ses yeux plissés. « Il nous faut des preuves : ces quelques secondes sont à peine suffisantes- nous ne détenons aucune preuve que le Conseil puisse montrer aux autorités de cette planète »

« C'est de la torture, Dooku » Qui-Gon ignore la lueur qui vacille dans le regard de Dooku à ce terme « Le code de ne le dit pas expressément, mais cet acte va bien au-delà de ce qu'on pourrait qualifier d'épreuve. Comment pouvez-vous suggérer une telle action ? »

Dooku se dresse de toute sa hauteur, laissant sa cape sombre balayer ses épaules. Qui-Gon réalise pour la première fois que son ancien maître est vêtu de l'argent resplendissant et du noir hautain d'un comte, alors qu'il n'est habillé que de la simple chemise et du gilet d'un professeur.

« Parce que Huei peut tenir le coup » Les mot de Dooku sont glacés de certitude absolue.

La réplique de Qui-Gon meurt sur ses lèvres.

« Mon padawan peut tenir le coup » répète Dooku, sa main élégante effleurant la poignée cachée de son sabre-laser. Son regard cloue Qui-Gon, inflexible et dur. «Est-ce que le tien le peut ? »

Un long, très long moment flotte au bord de l'abîme de la Force. Qui-Gon fixe Dooku, se demandant comment il avait pu imaginer la sentinelle comme mentor et ami.

« Oui ». Le mot tombe dans l'air immobile, brutal.

« En es-tu sûr ? »

« Oui » répète Qui-Gon, bien que son regard soit ombragé. « Mais voici la différence entre vous et moi, mon ancien Maître. »

Kit étudie la table avec intérêt comme les deux maîtres se livrent une guerre de volonté.

« La différence » enchaîne tranquillement Qui-Gon « c'est que bien que nous ayons tous deux confiance en la capacité de nos padawans, je ne serais pas son bourreau, tandis que vous si. »

« C'est nécessaire- »

« Cela suffit, Maître, cela suffit » Qui-Gon passe une main dans ses cheveux longs, se retournant vers la porte. « La fenêtre principale nous servira pour une extraction que nous tenterons demain soir ». Sa voix est sans émotion, il appuie chaque fait. « Même les employés retournent chez eux pour le weekend. Le laboratoire fonctionnera donc en effectif réduit »

« Très bien » Dooku se détourne de la silhouette de son ancien apprenti, faisant face à nouveau à l'holo-projecteur, comme s'il se trouvait face à un adversaire intangible. « Nous avons une nuit et un jour pour planifier l'extraction »

Kit libère un long souffle pendant que la Force se déroule lentement de son nœud tendu, laissant les bords effilés de ce qui était autrefois un lien familier.

Quand il parle, les mots de Dooku sont lourds. « Ce que je fais à Huei est nécessaire...j'aurais agi de la même façon avec toi, Qui-Gon. »

Qui-Gon sait que cela ne devrait pas l'affecter. Il a eu des décennies pour prendre ses distances avec son ancien maitre, et lui-même est un Maître Jedi, qui a connu la bataille et la guerre, le sang et l'agonie, qui a senti la vie de ses amis filer entre ses doigts.

Et pourtant cela reste douloureux.

Il jette un coup d'œil par-dessus son épaule, un sourire sans joie jouant sur ses lèvres. « Je n'en doute pas, c'est pourquoi je refuse de faire subir la même chose à Obi-Wan»

La terrible vérité s'installe dans la Force. L'ancien maître et l'ancien padawan s'affrontent une fois de plus, leur lien autrefois vibrant n'étant réduit à rien d'autre qu'à un mince fil, par pure nécessité.

Et loin, très loin dans les laboratoires, Obi-Wan se réveille et Zan Arbor commence.