Hello everybody :)

Merci pour vos reviews (merci Zo pour tes commentaires !), follows et favoris !

Voilà un bon gros chapitre de plus de 8100 mots, rien que pour vous.

Action, suspense et émotion sont au programme.


Le samedi matin pour Ezhno est généralement l'occasion de se livrer à ne rien faire. La plupart des élèves sont chez eux, seuls les vrais SDF comme lui restent dans l'académie presque déserte. Donc, il occupe ce temps libre à flemmarder. Ce matin, cependant, est une exception.

« Hé ! Hé ! » hurle le Togruta dégingandé comme il martèle sans cesse sur la porte de l'infirmerie. « Laissez-moi rentrer ! Mon meilleur ami est là-dedans ! D'ailleurs moi aussi chui malade ! J'vais bientôt tourner d'l'oeil et vomir tous mes tripes ! »

Le panneau à côté de la porte clignote toujours en rouge : Accès refusé, et la porte elle-même reste intacte malgré la violence d'Ezhno et ses coups répétés. Personne ne veut le laisser rendre visite à Obi-Wan. Le couloir lui-même est vide. Aucun membre du personnel resté à l'académie pour le weekend n'ose l'interrompre. Un comble!

« J'vais casser cette foutu porte! « Ezhno recule contre le mur et penche la tête, plongeant dans une position qui défoncerait tout sur son passage. Ils allaient voir ce que son espèce était capable de faire ! Ses yeux marron s'assombrissent, devenant presque noir, il fonce vers l'encadrement au duracier-

Seulement pour ne rencontrer que du vide et tomber sans grâce aux pieds d'une femme qui se tient dans l'embrasure de la porte.

« Madame ! » Ezhno sait qu'il doit sembler ridiculement soulagé. « Il faut que je- »

« Du calme, gamin » claque-t-elle, le coupant avec un regard glacial rendu encore plus perçant par son chignon blond strictement coiffé.

Ezhno ne peut percevoir son ton- tous les mots exprimés sont comme assourdis pour lui- mais son indifférence est palpable même en lisant ses lèvres. « Je dois rentrer » dit-il avec colère, bondissant sur le sol. « Chais pas qui vous êtes, mais je- »

Une main se pose sur son épaule, et Ezhno pivote juste à temps pour lire sur les lèvres les paroles précipitées de la jeune assistante de la principale. Ses traits juvéniles- elle est à peine âgée de cinq ans de plus que lui- expriment une moue contrite.

« Mes excuses, Docteur Zan Arbor, je vais l'emmener pour une action disciplinaire »

Ainsi, la scientifique devant lui est le fondatrice de l'école elle-même ! Ezhno ouvre la bouche pour protester mais ses mots meurent sur ses lèvres alors qu'il attrape l'étincelle de peur dans les yeux de la jeune fille. Il a toujours été habile pour lire les gens- être sourd a ses privilèges parfois- et la panique exprimée par le langage corporel de la la fille à côté de lui est clairement évidente. Ezhno jette un coup d'œil à l'autre femme- Zan Arbor, Jenna Zan Arbor, fondatrice de l'école- et ne voit que du mépris dans ces iris gris.

« Allez-y, mademoiselle Hika. J'ai d'autres expériences à surveiller » Avec un balayage de tissu blanc immaculé, Zan Arbor se retourne rapidement dans le couloir.

Un sentiment vague et instable reste logé dans le creux de son estomac, y compris quand elle n'est plus là. Il prend un moment pour réaliser combien il est étrange que Zan Arbor s'éloigne de l'infirmerie et des laboratoires scolaires alors qu'elle avait clairement dit vouloir poursuivre ses expériences.

Il cligne des yeux et se tourne vers la fille plus âgée- Hika- pour constater que sa bouche bouge rapidement. Elle doit avoir parlé depuis un petit moment. Dans l'état actuel des choses, il n'arrive qu'à saisir la dernière moitié de sa dernière phrase.

« De toutes les choses idiotes que tu aurais pu faire ! » s'irrite Hika, tirant un coup sec sur le bras d'Ezhno comme elle l'entraîne dans le couloir. Au froncement de sourcils du Togruta, elle lance un regard frustré. « Tais-toi, Ezhno »

Elle connaît mon nom ?

Profondément confus, ses montrales prenant une couleur de miel, Ezhno se laisse ramener dans sa chambre et celle d'Obi-Wan- Hika l'air de savoir exactement où elle se trouve, pour une raison quelconque- et s'assoit sur la chaise près de son bureau. Il tombe dessus, ses montrals accompagnant son mouvement.

Hika repousse ses cheveux noirs et s'assoit face à lui sans autre préambule.

Aucun d'eux ne prononce un mot durant un moment.

Ezhno brise le silence à sa façon, sans ménagement. « L'est arrivé quoi à Obi-Wan ? » gronde-t-il, découvrant ses canines pointues avec un air renfrogné. « Z'êtes l'assistante d'la principale, nan ? Vous pouvez me le dire. »

« Tu ne veux pas savoir, et tu ne peux pas savoir » Les lèvres de Hika remuent beaucoup moins que ce qui est requis lors d'un discours habituel, Ezhno en déduit qu'elle doit murmurer. Mais alors elle grimace comme si elle se rappelait quelque chose et laisse tomber sa tête entre ses mains, se parlant à elle-même.

Pour Ezhno, ces mots silencieux résonnent comme le bruit des cloches des funérailles, tellement facile à lire.

« Par les étoiles, ce ne sont pas des Jedi, ce sont juste des enfants et ils sont... » Avec un tressaillement, le regard de Hika croise celui d'Ezhno : « J'avais oublié, tu peux lire sur les lèvres. Tu as compris n'est-ce pas ? » soupire-t-elle.

Le Togruta acquiesce lentement, décontenancé par ce qu'il venait d'apprendre.

Les épaules de Hika tremblent, Ezhno se lève de sa chaise, seulement pour se rendre compte compte qu'elle ne pleure pas, mais qu'elle rit. En dépit que cela reste silencieux pour lui, les rires sans joie l'ont toujours troublé. Il a déjà vu des gens de son espèce rire ainsi auparavant, sur Shili. Ceux qui sont trop pauvres pour nourrir leurs enfants, ou ceux qui ont tout, mais qui sont seuls. C'est un rire de désespoir.

« Z'êtes qui ? » La question lui échappe sans qu'il le réalise.

Toujours tremblante, Hika frotte ses yeux fatigués. « Un agent » répond-elle.

« Pour qui ? »

« Je ne peux pas te le dire, moins tu en sais, mieux c'est » Il est plus facile de lire ses paroles à présent, ses lèvres ne tremblent plus de larmes cachées. Les graines de la compréhension commencent à germer dans l'esprit d'Ezhno. Une nausée soudaine lui fait agripper les accoudoirs de sa chaise.

« Obi-Wan ne se trouve pas à l'infirmerie, n'est-ce pas ? » devine-t-il d'une voix blanche. Ce n'est pas une question.

Hika secoue la tête. Elle se penche en avant, plaçant ses coudes sur son pantalon foncé impeccablement repassé. Tout à l'heure, Ezhno s'était dit qu'elle ne ressemblait en rien à un agent de l'intérieur, mais plutôt à une jeune employée de bureau. Mais là, ses yeux racontent une histoire différente, ils sont rétrécis, concentrés, malgré la peur toujours omniprésente en eux. Le désespoir lui sembla bien loin.

« Si tu veux aider Obi-Wan, j'ai besoin que tu fasses quelque chose pour moi » fait-elle d'une voix lente et prudente. « Ils ont sans doute piraté notre fréquence de communication à partir de celles de Huei et d'Obi-Wan- ne te soucie pas de savoir qui c'est, je t'expliquerai une fois que tout ceci sera terminé- alors donne-moi ton datapad »

Ezhno lui tend son datapad d'étudiant et la regarde manipuler quelques boutons.

« J'ai relié ton pad avec le mien » déclare calmement Hika. « Quand le moment viendra, je t'enverrai une alerte, avec le mot SABRELASER- ne demande pas ce que c'est- et au moment même où tu le recevras, crée la pagaille sur le réseau informatique de l'école. »

« Hein ? » lâche Ehno, se demandant s'il avait bien lu sur ses lèvres. « Est-ce que vous venez de me dire de- »

« Oui » Hika éteint l'écran du datapad d'une simple pression. « Ne fait pas cette tête là, c'est toi qui as crashé le système il y a quelques mois. Tu devrais me remercier, j'ai sauvé tes fesses...pour un prodige du piratage, tu devrais mieux couvrir tes traces »

« Et comment pouvais-je savoir qu'ils pouvaient tracer mon identifiant d'étudiant ? » marmonne Ezhno.

Hika frotte ses tempes et grimace pendant qu'elle répond : « Pirater le système de l'école, je n'ai pas les compétences pour ça, je t'ai donné mon mot de passe pour le premier niveau de sécurité, après ça tu devras t'enfoncer plus profondément et te connecter à un autre réseau. Le labo »

« Le labo ? » Ezhno semble toujours incertain.

L'impatience et la frustration flamboient dans les yeux de Hika. « Oui, plus tu créeras des problèmes, des bugs, entre les deux systèmes liés, plus Obi-Wan aura de chances de s'en sortir vivant ! »

« Vivant... » L'horreur implicite serre la gorge d'Ezhno, l'étouffant, le faisant taire.

Hika lui lance un regard contrit. « Je suis désolée, j'en ai trop dit, je ne peux pas t'en dire plus » Elle se dirige vers la porte.

« Je ferai tout ce que vous me direz » murmure Ezhno, son accent exubérant s'estompant. « Pouvez-vous me promette qu'Obi ira bien ? »

Les courts cheveux bruns de Hika semble former un casque impénétrable autour de sa tête comme elle se tourne vers la porte. « Non » répond-elle.

Ezhno fait face au mur blanc et vide près de la pièce d'Obi-Wan, et réalise qu'il ne peut avoir aucun aperçu de la personnalité de son ami dans la rangée ordonnée d'd'hololivres et du lit impeccablement fait.

En fait, il ne connaît pas du tout Obi-Wan.

OoOoOoOoO

La Force crie.

Elle se tord et transforme l'air en un hurlement unique et concentré d'agonie, muant les lumières froides en des gouffres sans fin de mort et de damnation. Le monde est couvert de coups de pinceaux écarlates et ocres, frissonnant sous les souffles sanglants d'un nouveau né qui pousse des cris muets pour son père. Ici, il n'y a pas de temps, la Force Unificatrice recourbe la tapisserie de la galaxie, formant un chemin inéluctable d'empreintes de pas fuyants sur une plage brûlante de sable noir.

Séquestré dans le creux le plus sombre et le plus profond de ce désert qu'est son esprit, la partie infinitésimale d'Obi-Wan Kenobi qui est encore assez cohérente pour former des mots réclame son maître. Mais ces mots sont arrachés dans le maelström de fragments qu'était autrefois la Force.

Dans la prison de son corps, Obi-Wan est conscient d'une multitude de choses : la pression engourdie des liens sur son poignet, les lignes irrégulières dans le coin de sa vision, les cris qui brûlent son œsophage, martelant la barrière de ses lèvres jusqu'à ce que sa gorge puisse éclater. Il a l'impression de cracher ses entrailles. Au même moment les pécheurs de Mon Cala déchirent les boyaux des coquillages, ne laissant qu'une chair nerveuse et boursouflée enfermée dans une coquille de lèvres bleues. Celles-ci sont ouvertes sur des hurlements muets comme elles meurent à petits feux.

Au bout d'un moment, Obi-Wan n'arrive plus à discerner le bruit de ses ongles qui se déchirent contre la table ou les sifflements des minuscules vibro-scies que les droïdes tendent vers lui.

Et puis brusquement, il y a le silence.

Durant un moment, Obi-Wan ne peut que fermer les yeux et tourner la tête sur le côté. Le soulagement est si grand qu'il pense qu'il pourrait bien s'y noyer, rejoindre la Force qui reste si proche mais loin de sa portée- et se reposer pour l'éternité.

Les mots résonnent quelque part près de lui, pénétrant la brume de sa douleur aussi facilement que l'aiguille dans du tissu : « As-tu mis le bloqueur de Force ? »

Étrange comme la voix de cette femme peut paraître si cliniquement vide et malicieusement monstrueuse à la fois. Obi-Wan ne parvient pas à réprimer un frisson de peur et de répulsion alors que des mains froides touchent sa joue, levant une de ses paupières. Dans le bref éclat de lumière, le profil de Jenna Zan Arbor est flou à travers le voile de ses larmes, mais ses lèvres sont nettes, cramoisies, comme peintes avec du sang.

Elles se séparent en un sourire, révélant des dents d'un blanc parfait qui pourraient tout aussi bien être des crocs. « Alors ainsi, tu es réveillé, petit. »

Le filet de peur qui s'échappe des yeux d'Obi-Wan se fendille, se cristallisant en larmes de rage glaciale et sombre, hurlant : Comment ose-t-elle utiliser le surnom que me donne mon Maître ? dans son esprit assombri. La fureur qui brûle comme un feu glacé dans ses veines est une ruée enivrante de puissance pure, avec laquelle il attrape les fragments de la Force, la tournant sur elle-même, cherchant à nourrir la pulsation de haine folle qui bat dans son cœur.

Non.

Avec un effort surhumain, Obi-Wan divise lui-même la Force, sentant ses cordes retomber et le fouetter, refluant le torrent des ténèbres dans les quatre coins de la Force, le laissant s'essouffler sous l'agonie. Dans les lambeaux déchirés de son esprit, il ne reste qu'une minuscule flamme qui accompagne chaque inspiration de sa gorge.

Quelque part à sa droite, une machine se met à biper violemment, et un assistant de laboratoire pousse un cri alors qu'il se précipite pour l'examiner.

L'énormité de ce qu'il s'apprêtait à faire met en miette la confiance déjà malmenée d'Obi-Wan. Zan Arbor ne peut pas sentir la Force. Obi-Wan peut presque en être reconnaissant, car il ressent le plus infime des soulagements à la pensée qu'elle n'a pas vu à travers son masque la mer de doute qui est en train de le noyer.

Mais elle a quand même dû voir quelque chose, car son sourire artificiel s'élargit voluptueusement lorsqu'elle vole d'un appareil à un autre.

« Magnifique » susurre-t-elle, les traits juvéniles de la femme s'illuminent dans l'ombre fantomatique de l'écran vert. « Tu ne peux pas parler, mais pas à cause d'un défaut anatomique, mais à cause de ça...cette Force » Durant un moment, elle paraît vaciller sur une falaise d'émotions. « Échantillon de tissu cellulaire » crie-t-elle à l'adresse d'un droïde, un peu essoufflée par cette nouvelle découverte.

Le droïde, n'ayant reçu aucun programme intégré, obéit. Il a aussi l'avantage de ne pas avoir de capteurs tactiles pour enregistrer le liquide carmin qui gicle sur son bras métallique tandis qu'il prélève un échantillon de tissu de moelle osseuse, sans administrer aucun anesthésique à l'avance.

Quand la brume rouge de sa vision s'éclaircit suffisamment pour lui permettre de sangloter un soupir, Obi-Wan aperçoit son bras dans le reflet des appareils clignotants et regrettent de l'avoir fait. Son avant-bras gauche est la réplique exacte des falaises de glace qu'il avait escaladées sur Ilum, il y a des mois, lorsque la Force Vivante était chaude, et la Force Unificatrice toujours innocente.

Ce n'est plus vraiment le cas, maintenant.

Il combat le désir le plus absurde de rire, pour finir presque par étouffer, convulsant sous des halètements silencieux d'humour noir quand il se rappelle que de toute façon il ne peut pas rire. L'effort le laisse étourdi. Cependant, il est quelque peu satisfait lorsque le petit pli entre les sourcils de Zan Arbor révèle que cet acte a prodigieusement déstabiliser la scientifique.

Prodigieusement, médite-t-il. Quel mot fantastique ! Prodigieusement.

Obi-Wan découvre un autre avantage à son délire grandissant, c'est que Zan Arbor recommence à parler à ses assistants comme s'il n'était pas là. Ils ne semblent pas se rendre compte que ses oreilles continuent de fonctionner normalement.

« Docteur Zan Arbor, nous avons examiné cette flûte de pierre qu'il avait avec lui, elle est pratiquement incassable ! Elle semble vibrer quand il souffre mais nous ne pensons pas... »

« Docteur, c'est merveilleux... »

Un des assistants- un Rodien avec des yeux globuleux et un rire désintéressé sur sa trompe- s'interrompt au milieu d'une phrase. « Hé, si c'est Force l'empêche de parler, le bloqueur de Force ne devrait-il pas le libérer ? »

Zan Arbor le calme avec un regard incendiaire, laissant un silence inquiétant remplir la pièce. Quand elle parle, c'est avec une voix de miel acide. « Cela aurait peut-être été le cas si tu avais pris la peine de le travailler suffisamment pour obtenir une réponse verbale ? »

« Oui, madame » marmonne rapidement l'autre assistant, poussant son compagnon. « Nous allons explorer d'autres options »

« Non » déclare Zan Arbor, après un moment de réflexion. « Sortez, tous » La pièce se vide rapidement, laissant le Jedi et la scientifique. La main de Zan Arbor effleure le panneau mural, et la porte s'ouvre pour révéler un chariot poussé par un autre individu. Sur la surface métallique teintée de produits chimiques, niché dans un coussin, est ce que certains appelleraient un chef-d'œuvre.

Une bouteille en cristal finement sculptée, son cou élégamment arqué et bouché avec du vrai liège, transmettant simultanément l'élégance et l'intention mortelle. Dans la courbe de sa cuvette, un liquide incolore flotte dans des ondulations parfaites au rythme de l'avancée du chariot, des vapeurs inquiétantes s'élevant de sa surface comme des bouffée de fumée torturées. Le fluide est comme vide, plus transparent que le cristal qui le porte, plus vide que l'air tourbillonnant sur sa surface ondulante.

« Ceci » murmure Zan Arbor, « est l'une de mes plus récentes inventions. » Délicatement, elle ôte le bouchon, roucoulant comme une mère présentant son nouveau-né à son frère aîné. « Cette potion, petit Jedi » soupire-t-elle amoureusement, se penchant près du visage de Obi-Wan, « distille l'Azariel, c'est un liquide très, très spécial, car il ne fait que dissoudre les tissus vivants »

Obi-Wan la regarde avec incompréhension.

La scientifique soupire encore, agacée comme si elle expliquait les théories de l'univers à un enfant stupide. « Cela ne va pas brûler la table en métal, ou les liens en plastimold qui maintiennent tes poignets, ou même tes vêtements. » Elle s'interrompt, pour mieux savourer son petit effet, souriant avec froideur alors qu'elle continue dans un chuchotement. « Mais ce qu'il va faire, mon cher, c'est de brûler toute chair vivante »

Son poignet s'incline minutieusement, et une seule goutte tombe de la lèvre de cristal, formant une goutte de pluie parfaite tandis qu'elle tombe sur la peau nue et fragile de l'épaule d'Obi-Wan.

L'agonie est si immense que durant un instant, il ne sent rien, et alors il se tord sur le métal dur comme un poisson éviscéré vivant, un goût de fer sur ses lèvres comme il se mord la langue par inadvertance. Avant ce moment, jamais il n'aurait pensé que la douleur pouvait être si intensément concentrée, mais ceci, au-delà de tout raisonnement logique, produit exactement cela. Un morceau de chair sur son épaule de la taille d'une pièce flamboie comme si un sabre-laser miniature avait martelé l'os.

Zan Arbor murmure doucement. « Veux-tu crier, Obi-Wan ? Juste pour moi ? »

Bien qu'il ne puisse pas voir les dégâts- et il est soulagé qu'il ne puisse pas- Obi-Wan imagine que sa peau doit être épluchée aussi facilement qu'une pelure de fruits.

Ce n'est pas une pensée très agréable.

A travers ses pupilles floues, Obi-Wan voit Zan Arbor se lever, apparemment satisfaite de sa performance malgré le manque de cris verbales. « Viens, Vassar » ordonne-t-elle en désignant l'homme aux cheveux blancs qui se tient à la porte, celui qui a conduit le chariot en métal. En y regardant de plus près, l'homme appelé Vassar, ne peut être décrit que comme totalement répugnant. Des rideaux de cheveux sales encadrent un visage pâle et huileux, avec des traits si complètement effacés que, durant un instant, Obi-Wan croit que c'est un humanoïde sans visage.

« Vassar va prendre le relais, et il fera un bien meilleur travail que les crétins de tout à l'heure, n'est-ce pas Vassar ? » L'assistant sourit largement à Zan Arbor, révélant quelques dents pourries et rien d'autre.

Il faut une longue, très longue minute à Obi-Wan pour réaliser que la langue de l'homme a été tranchée.

Il arrache son regard de cette horrible gueule caverneuse et cligne des yeux devant les lumières crues du couloir. Est-ce son imagination, ou est-ce que l'holo-cam de sécurité pointe vers lui directement ?

Mais alors Zan Arbor lui tapote la joue en signe d'adieu, et la porte se referme sur elle et l'objectif vide de l'holo-cam, laissant derrière lui le sourire édenté et sans langue d'un fou.

OoOoOoOo

Se cognant contre l'holo-projecteur, Kit Fisto glisse de sa chaise et vide le contenu de son estomac sur le tapis déchiqueté. Quand il a fini, il titube sur ses pieds, la colère débordant de ses yeux opaques. Derrière lui, Qui-Gon Jinn regarde toujours fixement devant lui, sa bouche sculptée en une ligne dure. Les images clignotantes projettent toujours en boucle cette scène d'une effroyable violence, qui pourrait presque paraître irréaliste.

L'ironie étant que tout ceci est malheureusement bien réel.

Ce n'est que lorsque le silence demeure ininterrompu durant de longues minutes que le troisième Jedi se lève de son siège. Dooku fait un geste, et l'image de l'holo-projecteur s'éteint. Mais peu importe- pour son ancien padawan, les images sont gravées pour toujours dans les iris bleu clair, comme si le holo fermé était un feu éteint, et le fantôme d'Obi-Wan des braises agonisantes.

« Combien de temps ? » lâche une voix désincarnée, qui tente tant bien que mal de maîtriser sa colère.

Un autre pas, et celui qui vient de parler se retrouve face à Dooku. Sa silhouette haute et sombre offre autant de réconfort qu'une des statues exposée aux archives. La question qui lui est posée est une énigme. Combien de temps?- Dans combien de temps les deux maîtres seront-ils en mesure de libérer leurs padawans ? Dans combien de temps les présences de leurs padawans seront-elles vidées dans la Force, ne laissant que des trous noirs déchirés dans le tissu clair de la galaxie ?

Combien de temps resteront-ils ici à regarder l'innocence arrachée des âmes frémissantes de leurs enfants ?

Et donc, Dooku choisit de ne pas répondre du tout.

« Du calme, Qui-Gon » rétorque-t-il.

Mauvais choix de mots. Le regard céruléen glacé de Qui-Gon se lève pour rencontrer les iris métalliques de son ancien maître. La Force est tendue impitoyablement entre eux, un torrent d'eau glaciale qui jaillit d'un glacier en train de fondre, seulement pour se retrouver retenu par un duracier solide et inflexible.

« Du calme ! Cela fait une nuit et presque un jour ! Nous ne pouvons même pas attendre le contact de notre agent de l'intérieur, parce que nos communicateurs ont certainement été piratés. »

« Calme-toi, Qui-Gon » Le duracier froid dans son regard semble se durcir davantage.

« La paix n'équivaut pas au manque de compassion. » Les courants se renforcent.

Le mur se dresse, inflexible, sans se décourager. « Ta compassion obscurcit ton jugement, Padawan »

« Je ne suis plus votre padawan ». Les mots sifflent à travers des dents serrées comme de la vapeur provenant d'une fissure géothermique.

« Une merveille, car tu ne sembles rien avoir appris depuis. »

« Vous- » Qui-Gon s'arrête, fermant les yeux dans une grimace douloureuse alors que quelque chose résonne dans la Force, un cri déchiré par la distance et assombri par la drogue. Kit tressaille alors que le contrecoup surgit à travers ses boucliers, et trébuche contre sa chaise.

« Obi-Wan ? » Les membres tentaculaires du Nautolan sont plus pâles que d'habitude comme il se tourne vers Qui-Gon et sa voix est plus rauque.

« Non. Il y avait une voix. » Qui-Gon gémit, grinçant des dents pour tenter de calmer la brusque nausée qui monte en lui. La Force semble s'élever de leurs gorges, brûlantes, acides, Si ce n'est pas Obi-Wan, alors qui-

-et Dooku titube vers l'incinérateur, s'effondrant sur ses genoux, de violents haut-le cœur le faisant rejeter le peu qu'il avait mangé depuis la capture de son padawan. Et quand son estomac se vide, il continue de vomir de la bile aigre. Un mot tombe de ses lèvres, froid et creux, dans le vide artificiel.

« Huei... »

Qui-Gon et Kit ne peuvent rien faire d'autre que regarder et haleter dans l'air frissonnant. La Force semble suffoquée, à chaque inspiration, criant en symphonie avec la jeune voix de l'un de ses enfants.

Et puis la Force finit par s'effiler et se tendre, comme une corde vibrante de tension. Ce n'est pas tout à fait une accalmie, mais il faudra faire avec.

Avec des doigts tremblants, mais distingués, Dooku referme l'incinérateur, s'appuyant contre le mur et laissant finalement glisser son poids sur le sol. Une manche noire et coûteuse balaye les lèvres incolores, salissant le tissu noir avec une tache acide, une tache ternie à travers la douceur parfaite d'une ombre.

Et puis Dooku cligne des paupières gonflées et rencontre le regard de Qui-Gon avec des iris gris beaucoup plus obscurcis que d'ordinaire.

Les deux Jedi se regardent sur un chemin forgé par une agonie mutuelle, l'un recroquevillé contre le mur, l'autre sans vie dans un fauteuil miteux. Leurs respirations haletantes embrument l'air, l'un d'entre eux a dû expulser l'interrupteur du thermorégulateur dans sa douleur. Dooku est à nouveau secoué d'un haut le cœur à la pensée de Huei, leur lien s'effilochant et se faufilant dans l'esprit de Qui-Gon comme un fouet.

Les mains de Qui-Gon sont moites de sueur, blanches sur les accoudoirs, une fine ligne rouge court sous un poignet où le métal rouillé a blessé un doigt. Sa crinière brune est en désordre, jetée sur les épaules et sa tunique trempée. Les traits de Dooku semblent tout à coup s'affaisser, et prendre la couleur de la craie, comme s'il était un cadavre à moitié embaumé. Qui-Gon balaye de ses yeux les cheveux clairsemés et regarde fixement son ancien maître, se demandant pourquoi son cœur bondissait soudainement dans sa gorge et une terrible incertitude se développe dans les courants tièdes de la Force Vivante.

Les mains rugueuses que Qui-Gon avait si souvent vues, maniant un sabre-laser dans des mouvements Makashi parfaits, tremblent à présents, cachées dans les plis d'une cape sombre qui éclipse d'une certaine manière son porteur. Elle souligne presque la fragilité de la forme blottie, les épaules autrefois puissantes et la silhouette imposantes sont désormais réduites à la réputation et à la légende. Cette chevelure peignée avait été d'un brun riche autrefois, durant l'apprentissage de Qui-Gon, mais maintenant, elle brille d'un argent pur à la lueur du ciel crépusculaire.

La réalisation, quand elle vient, est aussi brusque qu'un coup de tonnerre.

Dooku semble...vieux.

Ici, dans cette pièce moisie aux stores à lamelles, dans cette chambre à demi-éclairée où l'on attend l'appel de la Force, il n'y ni maître, ni apprenti, ni père, ni fils, ni franc-tireur, ni ombre, ni lumière, ni obscurité.

Il n'y a que deux Jedi blessés.

Au bout d'un moment, Dooku se lève avec raideur, sa cape froissée enveloppant ses épaules voûtées sous le poids de l'émotion.

L'ancien maître et l'ancien apprenti partagent un dernier regard, dénué d'animosité ou de frustration, mais, à l'inverse, empli d'une compréhension mutuelle et angoissée.

Au crépuscule, le soir, le silence demeure, s'installant comme un brouillard sur les poutres encore fraîches du pont qui les sépare, forgés à l'origine par nécessité, et maintenant peintes avec une terrible connaissance.

Il n'y a rien à dire.

Et puis un toc-toc doux contre la porte fait frisonner l'air et tout le monde se fige.

OoOoOoOO

Amusant, se dit Obi-Wan, que la douleur puisse être si...claire.

Vassar- le pion de Zan Arbor- est d'une méticulosité extrême. Il y a une précision terrifiante dans la façon dont l'humanoïde opère, une stérilités clinique dans ces doigts tordus et ces rictus sans âme.

Obi-Wan est ravi, d'un certaine manière. La précision conduit à la discipline, la discipline amène le rituel et le rituel tisse un motif. Un motif de douleur, le rythme arythmique d'une mélodie discordante, mais toutes les mélodies peuvent être prédites. Et Obi-Wan est un maître de l'écoute.

Doucement, il enroule la musique dans le tissu effiloché de son esprit, la retourne, l'examine, la mémorise, jusqu'à ce que le rythme forme un tempo soigneusement mathématique d'une chanson tordue. Chaque impulsion de douleur n'est rien de plus qu'une note sur la partition de cinq fils de rasoir, et le sciage, la mélodie sans fin de l'agonie.

Mais Obi-Wan ne se soucie pas des notes. Au lieu de ça, il attend les pauses. Chaque pause est un souffle, une respiration, un bref répit. Au cours de ces moments de silence, les notes se fondent dans des échos de torture lointaine, et se reposent dans les pauses intemporelles avant le prochain accord.

Obi-Wan en profite pour réfléchir.

Il y quelque chose qui frappe les limites de sa conscience, s'échappant de son emprise comme une ardoise huilée à chaque fois qu'il l'atteint. La Force et ses réponses lui sont cachées, donc il ne peut raisonner qu'avec lui-même. Obi-Wan grogne de frustration...et perd son emprise sur la mélodie de la douleur durant quelques secondes. Le prochain accord tordu le prend au dépourvu comme un garrot à la gorge.

Un cri silencieux s'échappe de ses lèvres.

Et avec lui, une clarté soudaine qui s'épanouit, comme les pétales pourpres d'un nénuphar se déployant pour révéler une gorge pleine de nectar doré.

Zan Arbor avait dit que privé de la Force, il devrait être capable de parler.

Alors pourquoi je ne peux pas ?

Il n'y a qu'une seule réponse, tirée de l'improbabilité, mais rendue possible par la pure logique.

S'il ne peut pas atteindre la Force autour de lui, alors il doit y avoir une Force à l'intérieur de lui.

Obi-Wan ne prend pas la peine de se demander pourquoi ni même comment. « A la Force, ne demande pas » avait toujours dit Yoda. « L'écouter, tu dois ! » Obi-Wan cesse de lutter contre les murs qui le séparent de la Force au-delà de son esprit, et plonge profondément en lui-même, cherchant non à ne pas se centrer, mais à trouver son centre.

Il cesse d'exister dans le monde physique.

Vassar pousse un hurlement d'horreur muet tandis que son spécimen devient flasque, au milieu d'une cacophonie de machines qui annoncent la mort apparente du garçon sur leurs bobines mortelles. La créature voûtée se précipite vers la porte et s'enfuit, cherchant sans doute Zan Arbor.

Quelque part, aux frontières de sa conscience, Obi-Wan sent la chaleur glisser contre sa gorge, un tourbillon de lumière étincelante. L'atteignant avec une main mentale, il tape la braise rougeoyante d'un seul doigt.

Le rugissement du pouvoir le renvoie brusquement dans son corps. La lumière dorée déferle dans ses veines léthargiques, purgeant le bloqueur de Force dans une vague de feu brûlant. Il grimace à la brûlure, mais c'est une bonne douleur, la douleur d'une liberté durement gagnée, alors que le sang traverse ses muscles ankylosés.

Alors qu'il remue, Obi-Wan ne rencontre, étonnamment, aucune résistance. Il lui faut une demi-seconde pour constater que ses liens ont dû fondre tandis qu'il s'écroule sur le sol carrelé. La pièce tourne autour de lui, provoquant des nausées et des étourdissements, alors que des couleurs froides dansent devant ses yeux. Obi-Wan se recroqueville sur lui-même, berçant son bras en miettes, engloutissant la Force comme un enfant s'abreuvant de lait. Rien n'a jamais été aussi bon.

Il se dit qu'il devrait probablement bouger, mais sa résolution échoue au dernier moment et il cherche une ancre.

Luttant contre les courants tumultueux de la Force, Obi-Wan cherche le pont qui le relie à son maître. Mais les murs imperméables à la Force entravent ses progrès, il ne reçoit qu'un sentiment discret de reconnaissance en réponse.

Mais c'est suffisant. Avec seulement une vague idée de ce qu'il fait, mais nourrissant une détermination croissante, Obi-Wan titube sur ses pieds, se lève pour ramasser sa flûte...et se cogne contre la porte.

Tombant sur ses fesses, il regarde fixement la serrure de biosécurité durant quelques secondes.

Oh. Zut.

Comme si elle l'avait entendu, sa flûte frémit dans sa main. Obi-Wan y jette un coup d'œil, laissant sa tête trop lourde basculer sur le côté. Est-ce ses yeux qui lui jouent des tours ou bien les lianes gravées sur sa flûte scintillent d'argent ?

Les fragments de sa mémoire embrumée se rassemblent : il se revoit agenouillé dans les jardins près des dortoirs, menant une symphonie dans la Force, des lianes se déployant en un motif de fleurs fraîches avec lui en son centre.

La Force est étouffée ici, contenue entre ces quatre murs opaques, Obi-Wan arrive tout juste à inspirer de l'air dans ses poumons endoloris, et il n'y a pas assez de vie au sein de cette nécropole en forme de laboratoire pour canaliser la Force Vivante ou Unificatrice.

-et pourtant la flûte chante.

Avec des doigts tremblants et une respiration hachée, Obi-Wan porte la flûte à ses lèvres et souffle une seule note sans son, plus un murmure creux que le début d'une mélodie, le dernier soupir d'un épuisement total.

La porte émet un bruit horriblement bruyant, alors qu'elle tombe lourdement dans le couloir, séparée de ses gonds hydrauliques, comme fendue précisément par la Force.

Obi-Wan cligne des yeux, ses doigts gelés encore suspendus au-dessus des trous de sa flûte. Sa mâchoire est à demi ouverte, en état de choc.

Comme c'est intriguant.

Et puis les alarmes résonnent brutalement dans ses oreilles, l'air frémit sous le clignotement cramoisi des lampes de sécurité.

« Intrus : tout le personnel doit évacuer vers la sortie B-9 jusqu'à ce que les intrus soient neutralisés » annonce une voix mécanisée.

Vraiment pratique, songe calmement Obi-Wan. Grimaçant, il range sa flûte dans la ceinture de son pantalon, se remettant debout et commençant douloureusement son avancée dans les couloirs.

OoOoOoOoOo

Les maîtres Tamesis Dooku et Qui-Gon Jinn sont impitoyablement pratiques alors qu'ils prennent d'assaut le laboratoire.

Leur contact- Hika- avait toqué à leur porte au coucher du soleil, leur rapportant que le changement des équipes de sécurité se produirait bientôt. Dooku et Qui-Gon avaient immédiatement bougé, sachant que les gardes seraient impatients de partir- et donc moins attentifs durant les quinze dernières minutes de leur travail- donnant aux Jedi un délais suffisant pour s'infiltrer dans le laboratoire et sauver leurs padawans.

Ce qu'ils n'avaient pas prévu était que l'un des gardes réussisse à se débarrasser- mais pas avec un succès complet- de la contrainte de Force placée sur lui et à activer l'alarme avant qu'un coup bien placé sur la nuque le plonge dans l'inconscient.

A présent, l'éclairage écarlate baigne l'ancien maître et l'ancien padawan comme ils avancent dans les couloirs sinueux, laissant dans leur sillage une trainée de corps comateux.

La voix de Kit Fisto transmet un flot continu d'informations dans leurs oreilles : « Je suis votre progression. Les alarmes ont coupé les flux de nos holo-cam, mais j'ai une carte approximative du laboratoire grâce à ce que nous avons déjà vu. Qui-Gon, vous vous rapprochez de la salle d'Obi-Wan, prenez donc à gauche, elle devrait se trouver sur votre droite, à la sixième porte. »

Qui-Gon tapote sur son communicateur en guise de réponse, mais le grondement sourd de Dooku résonne d'abord dans ses oreilles. « Et Huei ? » questionne la Sentinelle, son regard aussi gris et froid que du cristal givré.

« Droite, gauche, contournez les deux couloirs suivants, encore à gauche, et la première porte sur votre droite »

« Bien reçu » répond Dooku. Sa bouche s'amincit jusqu'à former une ligne blanche et dure sculptée dans des traits de bois.

Qui-Gon lance un regard plein d'inquiétude à Dooku. S'il n'était pas aussi inquiet pour Obi-Wan, il ressentirait une angoisse déchirante pour Huei. Les murs du laboratoire de Zan Arbor sont imperméables à la Force. Cela doit être horrible pour Huei de ne pouvoir atteindre son maître alors qu'il souffre...

A la prochaine bifurcation- un croisement composé de quatre couloirs- Qui-Gon s'arrête. « Je vais récupérer Obi-Wan, vous devriez...un droïde assassin ! »

L'avertissement est répercuté par le cri d'alarme de la Force.

Une barre flamboyante jaune or jaillit des mains de Dooku, percutant l'éclair bleu à mi-chemin et la renvoyant dans une ligne floue directement vers un tireur aux membres noires et métalliques. Des boucliers pourpres encerclent le droïde, le protégeant des tirs. Le bourdonnement arlequin d'un autre sabre-laser signale à Dooku que Qui-Gon est rentré dans la mêlée. Mais lorsqu'une odeur d'ozone accompagnée du son de blasters manquent de toucher Dooku par derrière, celui-ci réalise qu'ils auront plus de tas de métal à détruire que prévu.

Deux tas de métal bien conçus, ridiculement chers et programmés pour la bataille.

Dos à dos, les deux Jedi créent une sphère de lumière verte et or autour d'eux, déviant les tirs de plasma vers les corridors opposés. De la poussière et des débris pleuvent sur eux tandis que les projectiles déviés fragmentent les murs. Le silence vide des couloirs adjacents résonne dangereusement. Si les renforts apparaissaient- les Jedi seraient pris entre deux feux- et rejoindraient probablement la Force.

Sans un mot, ils s'emparent du sabre-laser de leur padawan respectif, l'allumant et se déplaçant aisément dans la forme Jar'Kai. L'azur d'Obi-Wan et le saphir de Huei rejoignent la danse, peignant l'atmosphère de la couleur du soleil brillant sur l'eau.

Qui-Gon entend le grognement douloureux de Dooku derrière lui quand un tir retentit par dessus son épaule et claque dans le droïde auquel il fait face. Makashi- la forme préférée de Dooku- n'est plus vraiment pratiquée dans les rangs de l'Ordre, et avec raison. Makashi est spécialement conçu pour le duel, les mouvements élégants du poignet et les manœuvres qui économisent l'énergie sont particulièrement efficaces contre un autre sabre-laser, mais presque inutiles contre une pluie de tirs de canon-blaster. Cela ne veut pas dire que Dooku est impuissant au cours d'un combat comme celui-ci- juste qu'il s'épuise plus rapidement que son ancien apprenti. Donc, ils doivent rapidement mettre un terme au combat.

Le grondement de Dooku est presque perdu dans la cacophonie du duracier fracassant. « Padawan, à mon signal ! »

Face à une telle situation, Qui-Gon ne conteste pas le lapsus de Dooku. Il acquiesce, et la Force se gonfle avec lui, puis entre eux, et...maintenant ! Bougeant à l'unisson, ils tendent chacun une main vers un droïde, les écrasant l'un contre l'autre dans une poignée de Force dans un crunch satisfaisant au-dessus de leurs têtes.

Alors que les deux droïdes s'effondrent, Qui-Gon et Dooku exécutent une culbute parfaitement synchronique, et pivotent ensemble pour détruire les droïdes assassins restants en un seul coup de lumière et de chaleur flamboyante.

L'odeur du métal brûlé crépite dans l'air tandis qu'ils désactivent leurs sabre-lasers. L'ancien maître et l'ancien padawan se frayent un chemin au beau milieu des débris jusqu'à un endroit relativement dégagé. Ils se fixent du regard pendant quelques instants.

Qui-Gon est le premier à parler. « C'est étrange, il aurait dû y en avoir plus »

« Oui » Dooku agrippe le manche incurvé de son sabre-laser, poussant du pied le morceau brillant d'un des monstres de métal. « Les renforts ont dû être retardé, mais par quoi, je me le demande ? »

Les lumières écarlates clignotantes se coupent brièvement, puis reprennent de plus bel, comme si elles ricanaient en réponse à sa question. Et d'un coup, le plafond paraît éclater, et des trombes d'eau et de mousse leur tombent dessus.

« Les système anti-incendie ont été activés ! » crie Qui-Gon à travers cette douche aveuglante.

Avec difficulté, ils pataugent dans l'eau qui commence à monter, se réfugiant dans un coin relativement sec.

Qui-Gon pose une main sur la poignée d'une porte et constate avec surprise que celle-ci s'ouvre sans résistance. « La sécurité a été désactivée » commente-t-il. « Est-ce que l'agent Hika a mentionné quoique ce soit là-dessus ? »

« Non » répond Dooku, se tournant vers un couloir. « Mais nous allons pouvoir y tirer un avantage et retrouver nos padawans. Que la Force soit avec toi, Qui-Gon » Sur ces mots, l'Ombre, trempée de noir, se faufile dans les couloirs.

Qui-Gon lâche une parole silencieuse de remerciement à la Force ou à qui que ce soit qui leur vienne en aide, et patauge dans la direction opposée.

Vers Obi-Wan.

OoOoOoOo

Ezhno s'amuse comme un fou.

Lorsque Hika lui a envoyé le signal, il avait déjà débuté le travail préliminaire en brisant les pare-feu de l'académie. Environ cinq minutes après, il s'était infiltré avec succès dans le système du laboratoire qui était exactement le même que celui de l'école. Les ravages qu'il avait causés dans l'école seront donc reproduits dans les laboratoires.

Faire des ravages est sa spécialité.

Ezhno braille dans le couloir, envoyant des pétards de son cru, faisant hurler les alarmes à incendies. Les systèmes sensoriels de l'académie reconnaissent la hausse de température, convertissent l'énergie en signal électrique, qui envoie un signal à la plate-forme centrale du réseau de l'école et finit par gagner le système souterrain, déversant ainsi plusieurs tonnes d'eau et de mousse sur la tête des droïdes assassins et des Jedi.

Ce n'est pas qu'Ezhno soit conscient du résultat final de son sabotage, mais alors qu'il utilise l'une des vibro-haches d'urgence pour briser avec enthousiasme les boîtier des câblages de l'école, il se dit que toutes ses actions peuvent conduire à son expulsion définitive.

Et il décide qu'il s'en fout, parce que tout cela est pour son meilleur ami.

Les câbles dans les boitiers sont un joli désordre de couleurs, mais Ezhno différencie facilement ceux qui sont des relais clés pour le système de sécurité de l'académie, et il se prépare à les recâbler avec joie. Il s'arrête quand les fils finissent par presque ressembler aux tapis traditionnels Togruta que ses tantes avaient l'habitude de tisser à chaque festival sur Shili.

Le système de sécurité de l'école et celui du labo sont kaput.

Alors qu'il se retourne pour fuir deux gardes de sécurité, trois employés, et un professeur qui se sont lancés à sa poursuite, Ezhno se dit qu'il y a quelque chose de tout à fait approprié à ça.

Ce bâtiment se nomme l'Académie Zan Arbor Pour les Enfants Surdoués.

Et Ezhno est sans aucun doute un enfant surdoué qui vient d'offrir à l'académie son dernier cadeau d'adieu.

OoOoOoOoOoO

Pénétrant dans un couloir vide, un Obi-Wan trempé s'appuie contre une porte pour se soutenir- sans se rendre compte qu'elle est déverrouillée comme toutes les autres portes grâce à Ezhno- et s'écrase de l'autre côté, claquant son visage contre le sol. Poussant un grognement, il lève la tête. Il remarque aussitôt une console holographique, une datapuce, encore insérée dans son lecteur, et son utilisateur introuvable.

La fatigue menace de le submerger- mais il grimpe sur la chaise et tape quelques commandes d'une main tremblante. Plusieurs fichiers clignotent sous ses yeux, la plupart, pour une raison quelconque, sont étiquetés au nom de Offworld Corporation.

Il n'a pas le temps pour ça.

TELECHARGER TOUS LES FICHIERS ? OUI/NON

Obi-Wan se dépêche de transférer l'information et ôte la puce, une fois les fichiers téléchargés. N'ayant nulle part où la ranger, il la glisse dans sa bouche- frémissant de répulsion en même temps- et l'avale. S'il avait été bien attentif à ses cours de technologie au Temple, les puces haut de gamme comme celle-ci devraient être résistantes à l'acide.

Quelque part, dans les brumes de son esprit épuisé, il lâche un rire en imaginant la réaction d'Avarin à une telle information.

OoOoOoOo

Les bottes de Qui-Gon dérapent contre les carreaux étincelants alors qu'il bifurque vers la cellule d'Obi-Wan. Ce qu'il voit manque de le faire glisser sur le sol.

La lourde porte en duracier est étendue sur toute la largeur du couloir. En rentrant dans la pièce sombre, Qui-Gon fixe la table avec des yeux de marbre. L'odeur du fer et du sang imprime l'air. Un léger toucher du bout de ses doigts sur la surface métallique rouillée le fait tressaillir comme il est violemment assailli par des images et des impressions de son padawan. Il n'est pas Quilan Vos, mais le lien entre maître et padawan est suffisant pour que l'agonie d'Obi-Wan se répercute entre les murs de son esprit, et s'imprime dans ses paupières pour toujours.

Ici...son petit était allongé ici...et il avait brûlé avec la Force...

Ces liens avaient-ils fondu ?

Son cœur battant à présent dans sa gorge, Qui-Gon sort dans le couloir humide et s'accroupit près de la porte tombée. Une main prudente examine les gonds hydrauliques, et ses yeux s'élargissent de surprise en les voyant cisaillés en une seule tranche précise.

Obi-Wan s'était brisé...se servant d'un pouvoir qui est normalement invisible aux plus jeunes, à l'exception de ceux qui sont sombres.

Et quelque part dans la Force, Qui-Gon avait senti à un moment donné que toute la lumière semblait s'être éteinte.

Le regard de Qui-Gon attrape les petites empreintes écarlates qui s'enfoncent dans le couloir. L'eau avait presque effacé le sang, mais la taille est distincte. Spontané, un murmure sort de ses lèvres, un appel à la Force. « Mon Padawan... »

S'il te plaît, ne suis pas le même chemin que Xanatos.

OoOoOoOoO

Le Maître Jedi Tamesis Dooku n'a jamais été brisé.

En plus de cinquante ans de loyaux services à l'Ordre Jedi, il a vu tomber ses amis, vu la guerre et la mort et des horreurs inimaginables. Il a perdu ce qui aurait dû être un petit-fils dans les ténèbres et vu son aîné s'écrouler dessus.

Mais au moment où il pose les yeux sur la forme frêle de son plus jeune apprenti, Dooku sait qu'il est brisé, déchiré, cassé contre les terribles éclats de la Force Unificatrice.

Les deux gardes qui sont restés pour surveiller le Padawan Nautolan sont jetés impitoyablement contre le mur du fond. Dooku ne se demande pas quelle ombre empiète sur son esprit quand il les laisse tomber, brisés, sur le sol.

Huei.

Le rythme cardiaque de Huei est faible, mais régulier alors que son maître le soulève du réservoir. Il y a un peu de sang sur la peau bleu foncé lorsque les capteurs sont retirés méthodiquement, lorsque le bâillon est retiré des dents encore blanches. Il murmure dans un sommeil douloureux quand Dooku enveloppe la forme nerveuse du jeune Jedi dans son propre manteau trempé.

Mais il n'y a pas de joie là-dedans.

Non.

Il n'y a aucun soulagement, alors que Dooku voit clairement que les yeux de Huei n'ont pas leur gris ardoise habituel, mais qu'ils sont, au contraire, d'un blanc laiteux, presque opalescent.

Ils ont pris la vue de son padawan.

Huei Tori est aveugle.