Hello les padawans !

Merci pour vos reviews, follows, favoris et lectures :)

On débute le vingtième chapitre, avec toujours plus d'action au rendez-vous.


« Sors de là, garçon sourd ! »

L'impact d'un objet lourd qu'on martèle contre la porte solide en duracier fait frémir l'air dans la salle de classe qui est presque vide.

Confortablement étendu dans la chaise très confortable située derrière le bureau de l'enseignant, Ezhno est incapable d'entendre les propos étouffés et colorés qui pleuvent contre la porte verrouillée électroniquement et barricadée. Il est cependant tout à fait capable de lire la transcription automatique fournie par son datapad, et de se moquer jovialement de la stupidité de balancer des insultes à un gamin, comme ils l'ont éloquemment dit, sourd.

Jusqu'à présent, deux membres de l'équipe de sécurité tambourinent contre la porte, en plus d'un professeur stressé qui alterne entre hurler des menaces et lui proposer des pots-de-vin.

« La principal sera vivement intéressée quand on te tirera par la peau des fesses, espèce de sale petit... »

« Hé ! » crie Ezhno en retour, ses montrals rayés d'or se balançant alors qu'il se redresse dans sa chaise. « Est-ce que c'était un commentaire désobligeant dirigé contre moi ? » Un léger sourire se dessine sur ses traits quand il réalise à quel point il a mémorisé les modèles de discours d'Obi-Wan qui se reflète dans sa réplique. Dérogatoire, hein...

Il ne daigne même pas lire l'insulte qui apparaît sur l'écran de son datapad en retour, préférant poser nonchalamment ses pieds sur une chaise à la place. Néanmoins, le boum-boum sourd qui résonne dans son sternum dément la férocité de l'assaut suivant sur la porte. Huh. Ezhno croise ses doigts derrière la tête et incline la chaise vers l'arrière, la stabilisant sur ses deux pieds de métal. La salle de classe vide semble le regarder de façon accusatrice, rangée par rangée, les chaises soigneusement placées dans leurs rangs, à l'exception de celles qu'il avait enlevée pour renforcer la barricade de la porte. Une carte interactive géante de la République Galactique couvre entièrement la surface du mur opposé.

La classe des relations inter-systèmes.

Ezhno ignore pour quelle raison il a choisi cette salle de classe comme forteresse. Il y a quelques heures à peine, il s'était assis dans cette pièce à côté d'Obi-Wan, alors que Monsieur Jinnson racontait des histoires sur des étoiles au-delà des murs de l'académie. C'était Jinnson, se souvient Ezhno, qui s'était frayé un chemin à travers l'essaim bourdonnant d'élèves, amassés près d'Obi-Wan en train de convulser sur le sol du réfectoire. Ezhno avait supplié le nouveau professeur de sauver Obi-Wan et avait été récompensé avec un regard si perçant et si clair que, durant un moment, Ezhno avait cru qu'il était tombé dans deux puits de glace.

Les iris de Jinnson avaient brûlé d'une détermination froide alors qu'il s'accroupissait devant Obi-Wan, un feu céruléen qui semblait presque...paternel, à présent qu'Ezhno s'en souvenait. Comment cela était-il possible sachant que l'enseignant venait juste de rencontrer ses élèves ?

Et pourtant...Ezhno considère Obi-Wan comme son meilleur ami, même s'il ne le connaît que depuis une semaine. Un sourire illumine ses traits marqués de blanc. Peut-être que c'est juste Obi-Wan.

Ce n'est pas que cela soit important, mais l'odeur âcre du métal brûlé est tout à coup lourde dans son nez, et des étincelles commencent à jaillir des côtés de la porte. Il ne peut pas entendre le rugissement aigu, mais son nez identifie rapidement l'odeur et sa source.

Un chalumeau oxyacétylénique.

Oh. Il n'avait pas prévu ça.

Bondissant de son bureau, Ezhno s'éloigne de la barricade qui faiblit de plus en plus. Il recule encore jusqu'à ce que son dos entre en contact avec le mur couvert d'affiches à l'opposé de la porte. A travers un flot inattendu et plutôt effrayant de terreur, il réalise qu'il a saisi son datapad avec des doigts engourdis par l'adrénaline. Il a dû s'y agripper inconsciemment- mais à quoi sert le piratage si la dernière barrière physique entre Ezhno et ses poursuivants est littéralement découpée en morceaux ?

Le trou dans la porte s'élargit, la vapeur brûlante du duracier brûle le cercle incomplet avec des feux d'artifice fleuris de braises, comme la pénombre d'une étoile émergeant de l'ombre d'une éclipse. Les vapeurs nocives semblent prendre Ezhno à la gorge avec leurs mains griffues.

Sa vision vacille...et cela lui arrache un cri qu'il ne peut entendre, car il y a quelque chose en lui qui hurle : je suis déjà sourd alors que ferais-je en plus si chuis aveugle ?

Repoussé, Ezhno appuie tout son poids contre le mur, luttant pour se débarrasser de la puanteur et des vapeurs toxiques-

-et le mur bascule.

Ezhno tombe en arrière, cognant douloureusement son crâne contre le sol mouillé du laboratoire. A travers son esprit désorienté, il n'est qu'à moitié conscient des effluves toxiques qui émergent toujours de la porte de la classe. Un coup de pied bien ciblé suffit à repousser la porte cachée.

Lorsque sa toux râpeuse cesse enfin, il passe une main meurtrie sur ses montrales sales et cligne des yeux vers la porte grâce à laquelle il est arrivé dans le laboratoire. Il n'y a aucun moyen pour la verrouiller- son piratage précédent avait neutralisé tout le système- mais la porte avait été si astucieusement camouflée dans le mur qu'Ezhno avait dû la traverser avant de réaliser qu'elle existait. Un petit sourire fatigué se dessine sur son visage tandis qu'il imagine la tête de ses poursuivants en voyant la salle de classe vide.

Tout de même- mieux vaut ne pas tenter le destin. Se redressant sur ses pieds, Ezhno pivote et s'enfonce dans le labyrinthe de couloirs.

Hé, p'têtre que j'vais rencontrer Obi-Wan.

Les couloirs sont visibles quelques mètres avant que les vapeurs qui s'évaporent du sol humide remplissent l'air et forment des nuages tout autour de lui. Un filet de sueur glisse sur le cou d'Ezhno, un souffle froid chatouille sa peau- et une silhouette courte boitille dans le couloir.

« Obi-Wan ! » Ezhno tend la main vers l'ombre, avant d'esquisser un mouvement de recule, frissonnant d'horreur devant la gueule sans langue qui déforme des traits osseux et huileux.

La chose horrible et bossue qui aurait pu être humaine lève une main et tend un blaster aux niveau des yeux stupéfaits d'Ezhno. Le canon se lève, se lève, jusqu'à toucher légèrement la peau ocre de son front.

Alors qu'Ezhno fixe le canon noir, glissant sur la détente jusqu'au sourire vide et froid il réalise deux choses : premièrement, il n'est peut-être pas aussi intrépide qu'il le pensait, et deuxièmement, cette créature n'a aucune raison particulière de le tuer. C'est précisément pour cette raison que Vassar va appuyer sur la gâchette- il n'a aucune raison particulière non plus de ne pas tuer Ezhno. La mort est pour cet humanoïde tordu ce qu'un vêtement un est pour quelqu'un, un truc qu'on enlève et qu'on jette, un truc simple et désintéressant.

Le nom de Vassar est inconnu pour Ezhno, et Vassar tuera Ezhno simplement parce qu'il le peut.

Son sourire malade s'élargit au fur et à mesure que le doigt se serre sur la détente.

-et quelque chose d'invisible et d'intangible fait brusquement lever le blaster de Vassar, envoyant le tir d'énergie à un centimètre de la tête d'Ezhno.

Vassar laisse échapper un hurlement inhumain et sans voix alors qu'il tient ses doigts disloqués, s'écroulant sur ses genoux dans l'eau profonde.

Ezhno glisse en arrière, son cœur battant dans un mélange de choc et de soulagement. Des larmes roulent sur ses joues tandis qu'il rencontre le regard exténué de son ami, à quelques mètres de là. Une de ses mains est toujours levée, comme si elle contrôlait les mouvements de l'air- et l'autre se balance inutilement près de son corps- faisant dégouliner du sang sur les carreaux humides.

Vassar pousse un hurlement de rage inhumain et sort un scalpel, il fait ensuite pivoter la lame vers les deux garçons recroquevillés sur le sol glissant.

Ezhno n'est pas tout à fait capable de décrire ce qu'il se passe ensuite.

C'est comme qu'il avait respiré, et entre l'intervalle entre sa respiration et son expiration, le contour d'Obi-Wan s'était estompé puis matérialisée devant Ezhno, levant une main dans un mouvement fluide et rapide. Un souffle suivi d'un bruit sourd- plus tard il se demandera ce que c'était vraiment- et le scalpel se retourne sur lui-même, fonçant droit vers son propriétaire-

Un frisson de répulsion balaye Ezhno comme il détourne brusquement le regard. Mieux vaut éviter de regarder cet œil désormais vide et aveugle, empalé sur son propre désir de meurtre.

Le sol vibre sous les pieds d'Ezhno alors qu'Obi-Wan s'effondre mollement à ses côtés, une flûte étrange s'échappant de ses doigts. Réagissant prestement, le Togruta attrape son ami par les épaules, à la fois pour l'obliger à le regarder et aussi pour empêcher l'autre moitié de son corps de tomber par terre.

« Hé, hé, Obi, ça va mon pote ? »

Obi-Wan ne semble pas l'entendre, ses yeux se sont assombris, passant d'un bleu ciel au bleu sombre d'un ciel gonflé par des nuages. Il fixe Ezhno devant le corps sans vie de l'assistant de Jenna Zan Arbor, avec un regard aussi souillé et terni que les tourbillons rouges qui s'épanouissent comme des lis de sang dans l'eau, immobiles et sans vie.

Ezhno scrute le visage de l'autre garçon durant un moment, et il manque de le lâcher en remarquant l'état du torse d'Obi-Wan. Mis à part son bras en morceaux, il n'y pas un seul carré de peau qui ne soit pas meurtri, coupé ou maltraité d'une quelconque manière. Craignant de faire souffrir davantage Obi-Wan, Ezhno desserre sa prise, seulement pour crier et le rattraper à nouveau lorsque son ami penche dangereusement vers la droite.

Une grande main tombe sur l'épaule d'Ezhno et il tressaille violemment, s'attendant à un nouvel attaquant.

Mais la main le pousse aussi doucement et urgemment que s'il était un petit animal sur le chemin d'un prédateur, et Ezhno ne peut que s'étonner de voir Obi-Wan enveloppé dans un tourbillon de tissu marron et de manches couleur crème.

Alors que le lourd manteau de Qui-Gon éclabousse l'eau en s'agenouillant, des ondulations déferlent en cascade, brisant le reflet d'une bouche sans langue, ouverte sur son dernier cri dans un éternel écho, déformant le scalpel niché dans l'œil aveugle.

OoOoOoOoO

Le moment où il vit son padawan sera à jamais ancré dans son esprit. Le contrôle s'était évanoui dans l'éther, le soulagement avait décongelé la glace dans ses veines, seulement pour se muer en un torrent d'angoisse quand il s'était rapproché suffisamment pour noter la condition physique de son padawan. Il jette un coup d'œil au cadavre baignant dans l'eau- et ne s'arrête que pour considérer le Togruta qui est un allié et non une menace- puis Qui-Gon saisit un Obi-Wan, effrayant car il ne réagit pas, dans une étreinte qui dément toute l'étendue de son inquiétude.

Il faut une longue, très longue minute pour que Qui-Gon prenne conscience que son apprenti ne lui a pas rendu son étreinte. En fait, sa présence de Force est à peine détectable, c'est comme si Obi-Wan n'était pas complètement là. Le maître Jedi marque une pause, son regard passant du corps derrière lui à Obi-Wan, et ferme les yeux avec une douloureuse acception lorsque la Force fournit une réponse à sa question.

Ah.

« Padawan ? » Il tient Obi-Wan debout, balayant la litanie de blessures avec l'efficacité d'un médecin trop expérimenté. Quand le regard terne d'Obi-Wan reste fixé sur la scène terrible derrière son maître, Qui-Gon se déplace subtilement, si bien que ses larges épaules dissimulent le cadavre de Vassar de la vue de son padawan.

Silence. Les doigts de Qui-Gon se resserrent minutieusement sur les épaules d'Obi-Wan, se préparant à tout ce qui est à venir.

Puis une petite lumière semble danser au fond des iris troubles d'Obi-Wan, comme l'étincelle d'un silex qui scintille sur un feu mourant. Ses yeux clignotent une fois, deux fois, et il rencontre lentement le regard de son maître, comme si le fait de simplement lever la tête était un mouvement qui le faisait souffrir.

Ce qui se trouve dans ces iris juvéniles heurte l'âme de Qui-Gon.

Mais ça ne fait rien. Là, parmi les horreurs qui frissonnent dans le regard d'Obi-Wan, il y a une reconnaissance presque cachée. Alors que Qui-Gon le regarde, les lèvres d'Obi-Wan se relèvent, dans une tentative pathétique, épuisée, d'esquisser son sourire habituel.

« Obi-Wan. » Le nom est à peine audible, c'est plus une exhalation de soulagement qu'autre chose. Bougeant le moins possible pour ne pas l'effrayer, Qui-Gon se replie autour de son padawan comme un papa chauve-souris soignant son petit blessé, les larges manches de son manteau trempé formant des ailes protectrices, protégeant Obi-Wan des vents mordants du monde. Au bout d'un moment, le bras d'Obi-Wan, celui en bon état, enserre la forme solide de son maître, se réfugiant dans la chaleur et la familiarité de la maison.

Ezhno observe la scène avec des yeux bruns incrédules aussi larges que deux petites lunes.

Les frissons de plus en plus violents du jeune Jedi n'ont pas échappé à Qui-Gon. Fronçant les sourcils, il repousse sa cape et l'enveloppe autour de sa charge trempée. Deux doigts usés s'élèvent vers les tempes pâles et envoient une tendresse douce de la Force dans l'esprit ravagé d'Obi-Wan, cherchant à nourrir, à réparer...

Obi-Wan s'éloigne du contact, poussant son maître hors de son esprit avec tant de véhémence que pendant une fraction de seconde, Qui-Gon ne peut que retourner derrière les boucliers bâtis à la hâte de son propre esprit, un éclair de douleur traversant ses yeux.

Pourquoi dans la Force...

Des pieds nus claquent contre le sol alors qu'Obi-Wan se dégage de l'étreinte de son Maître et recule rapidement, se courbant en deux, voulant s'incliner devant Qui-Gon. Le regret émane de sa présence de Force en une queue de comète étincelante.

Qui-Gon sort de son hébétement et se précipite vers son padawan, empêchant Obi-Wan de se casser la figure par terre comme ses jambes épuisées commencent à le lâcher.

« Tout va bien, mon Padawan » murmure-t-il alors qu'il soulève Obi-Wan sur son large dos, arrangeant soigneusement les membres mous. « Tout va bien, tu t'es débrouillé admirablement, ne te souci pas de ce trivialités. Nous parlerons de ce qui c'est passé quand nous retournerons au temple, repose-toi dans la Force, mon petit. »

Brusquement le regret se transforme en honte, un flot continu qui se déverse dans la faible signature de Force, se muant en vagues qui se fracassent contre les boucliers de Qui-Gon. La respiration d'Obi-Wan se heurte au cou de son maître, un hoquet qui aurait pu être un sanglot, mais sans larmes pour l'accompagner. Qui-Gon plisse les yeux. Il y a quelque chose dans ce mot : petit, qui a déclenché un souvenir indésirable chez son apprenti, quelque chose de caché, de sombre-

Ça ne peut pas être...

Un battement sinistre dans la Force comme un souvenir du passé tordu dans un cauchemar, empoisonnant l'air même qu'ils respirent. Qui-Gon n'est peut-être pas aussi proche de la Force Unificatrice que son apprenti, mais il comprend parfaitement quand la Force lui crie de bouger.

« Prends la flûte » aboie-t-il à un Ezhno effaré, qui s'exécute sans poser de question. Étendant le poids d'Obi-Wan sur son dos, Qui-Gon se dirige d'un pas vif vers le couloir, donnant des ordres précis au jeune Togruta, encore désorienté.

A chaque pas, la Force les harcèle, bourdonnant un requiem pour les événements à venir.

OoOoOoOo

Huei Tori se réveille pour découvrir que ses cauchemars ont transcendé son imagination et l'ont complètement submergé.

Il est réveillé, mais sans l'être complètement. Ses paupières clignent lentement à chaque respiration, le rythme faible d'une mer inconnue, comme si la lune elle-même avait été mangée par une Ombre et avait quitté la mer sans marée, sans lumière sur les eaux ondulantes. Son maître est proche, Huei prend conscience d'un bras sous ses genoux et d'un autre autour de ses épaules, le berçant pas à pas comme s'il était un cadavre, une chose morte...

Attendez.

Ses yeux sont ouverts.

Ses yeux sont ouverts, mais il n'y a pas de lumière.

Craignant la réponse qu'il pourrait recevoir, Huei puise dans les courants ruisselants de la Force.

Non.

Un cri est déchiré de ses lèvres, et il jette la Force hors de son esprit, seulement pour s'apercevoir qu'il ne peut pas s'échapper, ne peut pas échapper à cette terrible vérité, car la Force coule dans ses veines et chante dans chaque cellule de son corps meurtri et affaibli, le berçant doucement, murmurant tristement qu'il est aveugle.

Il est aveugle.

Les mains soutenant le poids de Huei le relâchent alors qu'il se débat violemment et il heurte brutalement le sol, croyant apercevoir,, un bref instant, un éclat de couleurs à travers sa vision perdue, mais les fleurs iridescentes se fanent aussitôt. Il lâche un grognement de douleur, brûlé par les larmes acides qui se répandent sous ses paupières.

Un bruissement de tissu lourd comme si quelqu'un s'accroupissait à ses côtés. Huei s'éloigne au contact d'une épaule.

« Tu vas te calmer, Padawan » L'ordre de Dooku lui paraît à des lieux de là, mais son ton ne tolère aucun argument. « Tu es un Jedi, agi en tant que tel »

La froideur des mots de son maître rajoute une nouvelle piqûre à sa myriade de blessures, une douleur plus virulente que les autres qui lui empoigne le cœur. Huei vacille à nouveau, dérivant dans et hors de sa conscience quand Dooku le soulève à nouveau dans ses bras et continue son chemin, se hâtant dans les couloirs dont les boucliers l'aveuglent à la Force autant que ses yeux ruinés sont aveugles à la lumière.

Il y a une trace de peur dans la signature de Force de Dooku, tandis que Huei cherche à se concentrer sur autre chose. Il finit par se focaliser sur le tac-tac des bottes à talons de son maître, transformant les pas monotones en kata, une danse mesurée de battements de cœur, jusqu'à ce que son pouls ralentisse et qu'il puisse respirer à nouveau.

A cela, la présence de Dooku semble se détendre légèrement dans la Force, un petit soupir s'échappant dans l'atmosphère. Mais lorsque Huei tend la main, Dooku semble se replier sur lui-même, tissant une toile de soie grise entre leurs deux esprits. Huei n'a pas l'énergie de commenter cette attitude.

Puis, entre un pas et celui d'après, ils passent une barrière invisible, et la Force se déverse sur eux dans une cascade de feu, insufflant une nouvelle vie à la bougie qui sommeille dans le cœur de Huei.

« Maître ? » croasse-t-il, choqué au son presque déformé de sa propre voix.

La réponse de Dooku est sans émotion, impénétrable. « Nous ne sommes plus à l'endroit où tu as été retenu prisonnier »

« Oh. » Huei sait qu'il ne devrait pas ressentir un tel soulagement, qu'il est inconvenant pour un padawan, une sentinelle, de détester un lieu qu'il laisse derrière lui. Mais il a détesté la façon dont la Force était étouffée là-bas, tellement que des larmes salées se répandent sur ses joues, incontrôlables.

Dooku resserre sa prise sur lui, sentant nettement les émotions de son padawan.

Quelques minutes plus tard, le tac-tac des bottes mouillés de Dooku se transforme en clac-clac métallique, et Huei est déposé sur le duracier froid d'une rampe d'accès. L'insigne de l'Ordre Jedi est net sous ses doigts, gravé au centre de la surface inclinée.

Le sifflement de Kit Fisto est palpable dans la Force, un murmure de couleur dans une étendue d'ombres. Les doigts du Nautolan plus âgé sont doux alors qu'ils inclinent son menton vers le haut, exposant le blanc laiteux de ses yeux au clair de lune que Huei ne peut pas voir.

« Maître Dooku » déclare Kit, après un long moment de silence. « Est-ce que sa vue... ? »

« Oui »

La déclaration brutale et absolue laisse Huei sombrer dans une nausée soudaine. La main stable de Kit sur son dos ne l'aide guère- le Chevalier commence tout juste à réaliser dans quoi est en train de se noyer Huei.

Il sent que Kit se décale alors que la signature de Dooku se fond dans un abîme d'acier et de volonté brute, ne laissant aucune place à l'obscurité ou à la lumière. L'écho de ses bottes sur le plancher en métal semble s'éloigner de plus en plus de Huei.

Bien qu'il sache qu'il ne peut pas atteindre son maître, Huei lève une main, atteignant les ombres tissées autour de la présence de Force décolorée de Dooku. « Maître

Les pas s'arrêtent.

Au seuil de l'inconscience, Huei déglutit et chuchote dans le noir. « Pourquoi partez-vous, Maître ? »

La réponse tarde à venir, l'intensité avec laquelle Dooku se protège est si forte que Huei pense qu'il a complètement disparu dans le vide.

Puis. « Je dois faire ce qui doit être fait »

Il n'y a pas d'émotions dans les mots de la sentinelle. Mais il n'y a pas de paix non plus.

La paix est un mensonge. Il n'y a que...

Huei Tori succombe à son épuisement avec le clac-clac des bottes de son maître qui s'effacent au loin, mais le son résonne dans la Force Unificatrice comme le battement d'un tambour de guerre.

OoOoOoO

Le dos de Qui-Gon proteste bruyamment au moment où leur transport apparaît, à l'entrée d'un port spatial mal famé. Il a depuis longtemps poussé Obi-Wan dans une transe de guérison, mais cela n'a fait que simplement transformé son padawan en poids mort. Les respirations douces et régulières qui chatouillent sa nuque en valent la peine. Qui-Gon est confiant qu'Obi-Wan guérira physiquement. En revanche pour son esprit, pense-t-il avec fatigue, c'est une autre paire de manches.

Qui-Gon décoche un regard à son petit compagnon Togruta, pour constater qu'il est minutieusement examiné en retour. Tournant un peu la tête, il demande sur le ton de la conversation : « Ezhno, n'est-ce pas ? »

La colonne vertébrale d'Ezhno se redresse suffisamment pour rivaliser avec la vitesse d'un cadet militaire. « Oh ! Ouais, m'sieur Jinnson...m'sieur...Maître Jedi...Votre Seigneurie... euh...» Mortifié, il se fige, les rayures dorées de ses montrales virant au brun miel.

Ses paroles ont le don de provoquer un léger rire chez Qui-Gon. C'est la première fois qu'il rit aujourd'hui et pour cela, le Jedi lui en est très reconnaissant. « Mon nom, mon jeune ami » rit-il doucement « est Qui-Gon Jinn. Je ne suis pas un seigneur, et tu n'as pas besoin de m'appeler monsieur. »

« Ça marche. Maître Jinn » réplique Ezhno, jetant un coup d'œil inquiet à la forme inerte d'Obi-Wan. « Euh, si ça vous dérange pas, j'aurai une question... »

« Oui ? » Le cou de Qui-Gon commence à lui faire mal, alors qu'Ezhno lit sur ses lèvres, mais il résiste à cet inconfort, sachant qu'il doit offrir au Togruta la même courtoisie qu'il a offert à son apprenti.

« Euh...chais pas comment dire ça, voyez... » Ezhno semble inhabituellement embarrassé pour quelqu'un d'aussi franc-parler. Le seul fait de regarder le jeune Togruta l'a rendu mal à l'aise. « Euh... » Voyant qu'il l'intimide- ou du moins c'est que que croit Qui-Gon- le Jedi hausse un sourcil. Ezhno finit par se lancer. « Est-ce qu'Obi-Wan est votre fils ? »

De toutes les questions possibles, Qui(Gon ne s'attendait pas à celle-ci.

Ezhno prend le long silence du maître Jedi pour un « oui » et continue sur sa lancée. « Vous voyez » dit-il rapidement. « j'l'ai connu que quelques jours, mais Obi est mon ami. Y semblait pas très bien, presque triste. Et puis vous êtes apparu, un peu comme une dernière lueur d'espoir. »

Qui-Gon est sur le point d'ouvrir la bouche, mais cette déclaration étonnante et très accentuée la clôt. Et très efficacement.

« Ouais... » Ezhno gratte distraitement une marque sur son montral. « J'pense qu'Obi est très chanceux d'avoir un père comme vous... » Qui-Gon s'apprête à relever sa réplique, mais Ezhno est occupé à examiner la flûte d'Obi-Wan avec un air presque embarrassé. « parce que le mien de père, y m'a jamais accepté pour ce que je suis. Pour lui, j'étais juste un sourd. Et c'est tout. » finit-il, sans avoir conscient de l'effet produit sur son auditoire.

Car Qui-Gon est tout bonnement stupéfait.

Ezhno marque une pause et lève les yeux, la franchise sur son visage marqué de blanc, et Qui-Gon ne peut que murmurer : « Obi-Wan est mon apprenti. »

« Oh. » Ezhno incline la tête. « Mais c'est le seul apprenti, pas vrai ? » souligne-t-il, ses yeux bruns curieux.

Une pause. «...Pour le moment, oui. Notre Ordre interdit de prendre plus d'un padawan à la fois. »

« Alors, il est votre fils » Ezhno est brusque comme toujours, son sourire éblouissant ne minimise en rien l'effet. « Pa-da-wan » marmonne-t-il, testant les syllabes.

« Nous avons presque atteint notre moyen de transport » fait prestement Qui-Gon avant de se retourner vers le vaisseau, souhaitant pouvoir frotter la pointe de douleur dans son cou.

Une dernière question. « Euh...Obi ira bien ? J'veux dire, il a toujours une tête affreuse. »

Qui-Gon ne répond pas tout de suite. Ses bottes montent sur la rampe et l'instant d'après, il se retrouve dans l'infirmerie, abaissant Obi-Wan sur le seul lit vide. Huei est allongé sur l'autre. Le seul signe de vie étant son torse qui se soulève à chaque respiration et le signal sonore continue des moniteurs.

« Maître Jinn » Kit Fisto apparaît à travers la porte du cockpit. Il jette un regard interrogateur à Ezhno puis dissimule sa curiosité tout en aidant à installer Obi-Wan.

« Quelle est la gravité de l'état du padawan Tori ? » s'enquit Qui-Gon alors qu'il relie habilement Obi-Wan à l'équipement de surveillance.

La main palmée de Kit se fige alors qu'il s'empare d'une couverture. Qui-Gon arrête ce qu'il fait, sentant la tristesse dans la signature de Force de l'autre Jedi.

«...Maître Dooku a dit qu'il avait perdu la vue. »

Le chagrin traverse Qui-Gon, honorant le lien qu'il avait eu autrefois avec son ancien maître. Absurdement, il ressent également du soulagement à la pensée qu'Obi-Wan n'est pas subi le sort de Huei.

Il se fige, honteux à une telle pensée.

« …et où Maître Dooku, à présent ? » questionne-t-il au chevalier Nautolan, histoire de se détacher de ses pensées égoïstes.

Le front vert et lisse de Kit se plisse. « Il est retourné d'où il était venu. J'ai supposé qu'il vous cherchait. J'étais sur le point de vous poser la question »

La bure de Qui-Gon projette des gouttelettes d'eau dans l'air tandis qu'il se retourne, les gouttelettes tombant en une pluie argentée. Le Jedi sent un frémissement de mauvais augure le parcourir.

« A-t-il dit quelque chose avant de partir ? »

Le ton pressant dans sa voix déstabilise Kit, qui tarde à répondre. « Il a dit qu'il ferait ce qu'il doit être fait »

Une alarme hurle dans les courants de la Force alors que le regard de Qui-Gon se détourne des yeux mutilés de Huei pour se focaliser sur la fumée qui s'élève toujours du bâtiment lointain qui abrite le laboratoire.

« Zan Arbor » siffle-t-il. « Maître... »

La Force frémit comme pour confirmer.

Ezhno manque lâcher la flûte d'Obi-Wan quand Qui-Gon se penche vers lui, tendant la main pour saisir ses épaules. Qui-Gon parle avec une telle rapidité que le Togruta arrive à peine à distinguer ses mots.

« Ezhno, j'ai besoin que tu restes avec Obi-Wan. Je ne veux pas qu'il se réveille de sa transe de guérison pour découvrir qu'il est seul. » Un petit sourire, les yeux bleus de Qui-Gon scintillent sous l'émotion. « Je te serais reconnaissant de t'occuper de lui. Rassure-toi, il se remettra. »

Qui-Gon attend à peine le signe de tête d'Ezhno avant qu'il ne se lève, enlève doucement sa cape humide autour d'Obi-Wan, la remplace par une couverture, saisit le Jedi Nautolan par le bras, et l'entraîne sur la rampe.

« Kit, j'ai besoin que vous contactiez le Temple » lance Qui-Gon, son air calme démentant ce qu'il ressent vraiment. Le poids lourd de sa cape se déploie autour de lui dans un cercle de tissu brun alors qu'il la lance sur ses épaules. « Contactez Maître Yoda et seulement lui. Informez-le de l'état des padawans...et dites-lui ce que Dooku a dit, mot pour mot. Dans cet ordre, vous comprenez ? »

Kit acquiesce, l'appréhension se dessinant sur ses traits alors qu'il considère les paroles de Qui-Gon. « Maître Jinn ! », le maître Jedi a presque descendu la passerelle. « Qu'allez-vous faire ? »

Le pas pressé de Qui-Gon ne ralentit pas. « J'espère juste pouvoir l'empêcher de faire quelque chose que nous allons tous regretter. » Personne n'entend ses mots, ils sont emportés par le vent et jetés dans la lune décroissante pour être engloutis par son éclipse.

Et Qui-Gon avance dans les rues silencieuses, comme un loup dans la lumière sombre de Ventrux, chaque pas le rapprochant de la convergence d'un destin qui n'est pas le sien.

OoOoOoOo

Ce sont les heures les plus sombres sur Ventrux, et la lune cache son visage dans le manteau de la nuit, effrayée par la venue de quelque chose de plus obscur, de plus noir, que la nuit elle-même. Les étoiles tremblent de peur et murmurent l'Obscurité, l'Obscurité, l'Obscurité arrive, cachez-vous, cachez-vous de l'Ombre, un chuchotement véhiculé par la Force comme une mélodie désordonnée, chaotique. Les cordes du violon de la galaxie se tendent, presque déchirées..

Un Jedi- ou ce qui y ressemble- se rapproche de sa proie, son pas de chasseur est si parfait que la brûlure dans son cœur ne fait qu'attiser son pouvoir.

Les portes de l'Académie Zan Arbor Pour Enfants Surdoués sont arrachés de leurs gonds.

Et le chasseur pénètre dans la tanière de sa proie.