Sur la banquette arrière de la Porsche Panama noir le jeune homme défaisait sa cravate sur laquelle était brodée les armoiries de son école privée. Grand et svelte, on devinait des muscles fins et bien dessinés sous sa chemise blanche pourtant boutonnée jusqu'au col. Les traits de son visage étaient lisses et semblaient avoir été sculptés dans du marbre. Son teint pâle presque translucide ne faisait qu'accentuer sa ressemblance avec les statuts des dieux grecs. Des cheveux blonds platine sagement ramenés en arrière de sorte qu'aucune mèche ne s'écarta du droit chemin, un nez à la courbure élégante, des lèvres charnues à souhait mais surtout deux pépites bleues clair incrustées dans son visage angélique qui accrochaient tous les regards.

- Avez vous passé une agréable journée monsieur Malfoy ? Demanda le chauffeur.

- Oui je vous remercie Dobby. Mes parents sont-ils au manoir ?

- Non monsieur, votre père est en réunion toute la journée et votre mère m'a chargé de vous transmettre qu'elle ne rentrerait de la Garden Party de madame Zabini qu'aux alentours de six heures.

Six heures qui se transformeraient certainement en huit comme à chaque fois que sa mère et Délinda Zabini étaient ensemble songea le jeune homme en laissant glisser sa cravate au sol où elle vint rejoindre son sac de cours.

- Dobby pouvez vous aller plus vite, j'ai horreur d'arriver en retard et ma leçon avec monsieur Lupin commence dans vingt minutes.

- Bien monsieur, je vais faire mon possible.

Le blond se cala dans son fauteuil en cuire blanc et sortit un casque de musique qu'il glissa sur ses oreilles, se coupant ainsi des klaxons et du reste du monde.

Les premiers accords de la Grande Polonaise brillante se firent entendre et le jeune homme ferma les yeux écoutant religieusement chaque note et chaque variation de cette œuvre magnifique.

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Drago Malfoy avait inscrit son fils unique au plus grand conservatoire de la capitale alors qu'il n'avait que cinq ans. Le petit garçon haut comme trois pommes s'était retrouvé assis sur un tabouret derrière un grand piano, ses pieds se balançant dans le vide et sa tête blonde ne dépassant même pas le repose partitions.

L'enfant avait été très impressionné par cet énorme instrument. Heureusement pour son premier cours ses deux parents avaient tenu à l'accompagner, tous les deux,ensemble. Son père, pourtant surbooké avait même pris son après-midi. Alors, quand il avait posé ses petites mains sur les touches produisant ainsi ses toutes premières notes, il avait été surpris puis transporté de joie en voyant le regard plein d'amour et de fierté que les deux adultes posaient sur lui.

Du haut de ses cinq ans, ce petit bonhomme pas plus grand qu'un plot de signalisation avait compris deux choses. Premièrement qu'il ferait tout pour que ses parents le regarde toujours comme en cet instant, deuxièmement que cet instrument avait quelque chose de magique qui lui permettrait de réaliser son premier souhait.

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Le lendemain, à la première heure de la journée Drago Malfoy se faisait livrer au Manoir un piano à queue Steinway & sons.

12 ans plus tard, celui-ci se trouvait toujours au centre du salon principal de la demeure familiale.

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- À quelle heure souhaitez vous que je passe vous chercher monsieur ?

La voix du chauffeur sortit le pianiste de sa rêvasserie, la voiture de luxe était déjà garée devant les hautes grilles du conservatoire et Dobby légèrement incliné lui tenait la portière attendant qu'il descende. Le jeune homme retira rapidement son casque qui tournait dans le vide depuis de longues minutes déjà, s'étira et après un dernier regard dans le rétroviseur afin de s'assurer que sa coiffure était toujours impeccable il sortit du bolide.

- Dans une heure ça devrait être suffisant.

Sans attendre la réponse du vieil homme, le blond s'en alla sans le moindre regard ou remerciement et poussa la grande grille.

De l'extérieur, les gens qui ignoraient ce que renfermait ce portail ne pouvaient tout simplement pas s'imaginer ce qui se trouvait juste derrière. Et pour cause, alors qu'ils étaient en plein centre ville, derrières ces impressionnantes grilles noir s'étendait un grand jardin avec une pelouse verdoyante et de nombreux arbres fleuris sous lesquels des jeunes gens s'adonnaient à fredonner des ballades, gratter quelques accords, prendre un goûter avant de repartir jouer ou tout simplement se reposer à l'ombre des saules pleureurs.

Le jeune homme ne s'attarda pas et suivit le chemin de dalles qui menait à un grand bâtiment blanc érigé fièrement au milieu du jardin.

Il passa la porte, traversa le hall d'entrée et monta directement par le grand escalier de marbre qui menait à l'étage. Il traversa le couloir sur lequel donnait un nombre incalculable de porte et s'arrêta devant la numéro 203. Trois coups et sans attendre qu'on l'y invite il pénétra dans sa salle de cours.

- Bonjour Scorpius. L'accueillit aussitôt un homme d'une cinquantaine d'années avec un doux sourire sur les lèvres.

- Bonjour Remus, vous allez bien ?

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Remus Lupin était devenu son professeur de piano depuis qu'il avait atteint le deuxième cycle de son cursus musical, soit 9 ans auparavant. Cet homme à l'apparence calme et posée était une pointure dans le domaine musical. Habitué à jouer au Bolchoï il avait gagné plusieurs concours internationaux et lorsqu'en 1995 le pianiste du groupe Metallica n'avait pas pu assurer le show lors des Grammy Awards, c'était Remus qu'on avait appelé à la rescousse seulement quatre heures avant la représentation pour le remplacer. Une légende vivante . Malheureusement la carrière de Remus Lupin s'était brusquement arrêtée par une journée ensoleillée et un virage pris trop court. Sa moto était morte sur le coup lui avait eu un peu plus de chance si l'on voulait, une lésion de la cinquième et sixième vertèbres cervicales qui le laissa paralysé des deux jambes. À la suite de cet incident, le directeur du conservatoire lui avait fait une offre qu'il n'avait pu qu'accepter vu son état. Il l'avait recruté lui, son talent et son fauteuil roulant en temps que professeur de piano. Ça avait pris du temps mais Remus s'était surpris à aimer enseigner et transmettre sa passion.

Grâce à sa renommé l'homme avait le privilège de choisir ses élèves. Est t'est ce parce que Scorpius était le fils d'un avocat dont la réputation tout comme la fortune n'était plus à faire ? parce que Remus avait épousé la tante du père de Scorpius et considérait ce dernier un peu comme faisant parti de sa famille? Parce que ce garçon avait tout d'un ange à qui on ne pouvait rien refuser ? Où bien tout simplement parce que l'homme avait décelé un talent incroyable chez lui alors qu'il n'avait à l'époque que huit ans ? Pour quelle raison exactement, Remus Lupin n'aurait su le dire, mais il avait décidé de faire rentrer Scorpius dans le cercle très restreint de ses élèves. Et pas un jour il ne l'avait regretté.

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- Très bien et toi ?

- Ça va. Je sors de cours et ma journée a été longue, pour ne pas dire pénible. Je suis content qu'on se voit ce soir Rémus.

- Ton enthousiasme fait plaisir à voir, mais où sont tes partitions ? Lui demanda Remus en remarquant que son élève s'était présenté sans rien d'autre que sa chemise sur le dos.

- Mes partitions ?

- Tu devais commencer à déchiffrer Gaspard de la nuit de Ravel pour aujourd'hui il me semble Scorpius. Non ?

- Ah oui c'est vrai. Le jeune homme s'était assis au piano, le dos bien droit, les mains posées sur ses cuisses. Il fit un petit sourire mystérieux à Remus qui roula jusqu'à lui.

- Pourquoi aurais-je besoin de partitions ? Poursuivit le jeune homme en levant de grands yeux pétillants de malice vers son professeur.

- Tu le connais par cœur ? Remus avait du mal à cacher sa surprise. « Cette œuvre dure 25 minutes, tu ne vas pas me dire que tu l'as apprise en moins d' une semaine ?»

Scorpius haussa les épaules, un petit sourire soulevait le coin de ses lèvres, il ne pris pas la peine de répondre et après une profonde inspiration, il posa délicatement ses mains sur l'instrument et commença a jouer.

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Deux heures plus tard, Scorpius quitta le conservatoire laissant derrière lui son professeur scotché. Ce n'est qu'une fois arrivé dans le jardin qu' il consulta son téléphone : 3 appels manqués de Teddy et 5 messages de son meilleur ami. Le jeune homme composa le numéro du premier, après une sonnerie à peine, une voix à l'autre bout du fil lui vrilla les tympans.

- C'est pas trop tôt couz' ! Mon père t'as gardé super longtemps aujourd'hui !

- Bonjour à toi aussi Ted', je vais bien merci de demander.

- Sérieusement tu devrais porter plainte pour séquestration .

- Peut être que tu passerais plus de temps à rendre visite à ton père en prison plutôt qu'à me harceler … c'est une bonne idée j'y penserai.

- Impossible ! Je t'aime trop pour ça blondinet.

- Je ne te connaissais pas ces tendances homosexuelles Ted'.

- Tu oublies incestueuses !

- On n'est même pas de vrais cousins.

- À quelques degrés prés, on ne va pas chipoter. Bon tu fais quoi ce soir Scorpius?

- Je suis occupé.

- Ce qui se traduit par : je vais passer ma soirée à potasser mes bouquins seul dans ma chambre et pianoter jusqu'à pas d'heures. Je ne sais vraiment pas comment tes parents supporte ça, mais là n'est pas la question ! Il y a des groupes sympas qui passent ce soir au New Morining ça devrait te plaire.

- C'est qui ?

- Deux trois groupes pas trop connus, viens ça va être cool tu verras et surtout ça te changera.

- Je sais que c'est dur à imaginer pour toi Teddy mais en dehors de mes bouquins comme tu les appelle et de mon piano, j'ai aussi une vie sociale.

- Les soirées et galas organisées par ton père et le gratin qui l'entoure ne comptent pas. Je te parle de sortir avec des gens normaux et de ton âge en plus de ça ! Tu sais, rencontrer des personnes, discuter d'autre chose que de l'économie de vente de charité ou de politique. Tu pourras même rouler quelques pelles à droite à gauche, promis je ne dirai rien à ton paternel.

- Tu es affligeant.

- Génial ! Je t'envoie l'adresse.

- …

- À ce soir couz' !

- Mais j'ai pas dit … !

Avant que Scorpius n'ait pu terminer sa phrase, son "cousin" fou avait déjà raccroché. Il aimait beaucoup Teddy mais quand celui-ci avait une idée en tête, impossible de le faire changer d'avis. Qu'est ce qu'il pouvait être borné et puéril en plus de ça, et pourtant il avait deux ans de plus que lui. Dehors Dobby l'attendait et descendit lui ouvrir la portière dès qu'il l'aperçu. L'homme ne fit évidemment aucun commentaire sur le fait qu'il patientait depuis plus d'une heure. De toute façon c'était son boulot.

Le chemin jusqu'au manoir Malfoy se fit dans le plus grand calme et lorsque la voiture remonta l'allée qui menait à l'immense demeure, Scorpius fut étonné d' apercevoir la silhouette de Dane Zabini, son meilleur ami, assis sous le porche.

Le jeune homme, un grand métisse à la carrure d'athlète, des cheveux noir coupés courts, et une mâchoire carrée, ne leva les yeux de son i phone que lorsque Scorpius fut à sa hauteur et sortit ses clefs.

- Mec à quoi ça te sert d'avoir un portable si tu ne réponds jamais ?

Scorpius lui fit un petit sourire d'excuse et lui tendit la main pour l'aider à se relever. C'est vrai qu'après avoir rappelé Teddy il avait complètement oublié de consulter les messages de Dane.

- T'attends depuis longtemps ?

- J'ai eu le temps de débloquer 16 niveaux de Candy Crush. Ça répond à ta question ?

Le blond rigola et s'écarta de la porte qu'il venait d'ouvrir pour laisser passer son ami. Celui-ci, en habitué des lieux, se dirigea tout droit vers le frigo et se servit un grand verre de jus avant de revenir dans le salon et de s'affaler de tout son long sur le grand canapé près du poêle.

- La Garden Party de ta mère était si pénible que ça ?

- Tu n'imagines même pas à quel point. T'en veux ? Le blond secoua la tête devant le verre que lui tendait le métisse et vint le rejoindre sur le canapé. « Ma mère a insisté pour me présenter à absolument TOUTES ses amies qui ont des filles de notre age, habituellement ça ne m'aurait pas dérangé, loin de là. Mais avec ma mère à coté c'était vraiment malaisant, je pouvais presque voir la liste des prétendantes qu'elle dressait virtuellement dans sa tête. »

- 50 gallions que tu te retrouves fiancé de force avant l'été !

Le métisse lança un regard faussement horrifié à son meilleur ami et lui envoya un cousin au visage.

- Scorpius Hyperion Malfoy, on ne plaisante pas avec ce genre de chose ! Nos parents sont tellement déjantés que ce serait tout à fait possible.

- Parle pour toi.

- Parce que tu crois que les tiens ne viendront pas mettre leur petit grain de sel quand tu leur présenteras ta première copine et je ne te parle même pas de la future madame Malfoy ? Pour ça je pense que tes parents sont encore pires que les miens ! Plaisanta le métisse.

- J'imagine déjà l'interrogatoire qu'ils lui feront subir, pauvre fille.

- Attention arrêtez tout ! Scorpius Malfoy vient de révéler qu'il visualise une fille, oui vous ne rêvez pas, après 17 ans de mutisme, il daigne enfin parler de la gente féminine. Fera t-il le grand pas ?

- Pourquoi faut-il que je sois constamment entouré d'idiots ?

- Si vous venez de nous rejoindre sur Zabini Chanel, figurez vous chères auditeurs que le célébrissimement canon Scorpius Malfoy vient de nous faire des révélations EX-CLU-SI-VES sur sa vie sentimentale, qui rappelons le est inexistante depuis que celui-ci s'est mis en tête de se préserver pour la femme parfaite, donc depuis dix sept ans. Je vous parle évidemment de la Femme avec un grand F majuscule. Demoiselle qui n'a jusque là encore jamais montré le bout de son charmant minois.

- Dane s'était redressé sur ses genoux pour mimer son interview et se pencha vers le blond lui tendant la télécommande du poêle en guise de micro. « Que pouvez vous nous préciser sur cette mystérieuse inconnue Scorpius ? » Ce dernier tentait de paraître indigné, mais son air offusqué ne tint pas longtemps devant la mise en scène ridicule de Dane. Le blond se prêta donc au jeu et saisit la télécommande en rigolant.

- Alors, laissez moi réfléchir. Je l'imagine, belle, une vraie beauté sauvage avec une longue chevelure blonde ou rousse, j'aime bien les rousses. Un peu réservée, mais très joyeuse, lumineuse même, un esprit vif et avec un doux sourire.

- Intéressant tout ça ! Une préférence pour la couleur des yeux ?

- Clairs mais surtout très expressifs.

- Alors je récapitule, nous cherchons donc une rousse un peu blonde, caractérielle mais timide, jolie mais intelligente, quoi de plus facile ? Nous allons lancer de ce pas un avis de recherche, en contrepartie vous devrez loger le charmant présentateur que je suis afin que celui-ci n'ait pas à remettre les pieds chez lui tant qu'il n'aura pas la certitude que le dernier invité de sa tendre mère ait quitté la villa.

- Comme si tu avais besoin d'une excuse pour t'inviter chez moi le taquina Scorpius.

Ils se connaissaient avec Dane depuis leur naissance et avaient grandi ensemble. Au sens propre du terme, il ne se passait pas une semaine sans que l'un finisse la soirée chez l'autre, Scorpius avait même une partie de son dressing réservée aux affaires de Dane. Il avait pourtant insisté pour que son meilleur ami laisse ses affaires dans l'une des nombreuses chambres d'amis du manoir, mais rien à faire, Dane était un squatteur impossible à déloger de sa chambre. Et réciproquement, Scorpius avait son propre nécessaire de toilette, soit un assortiment d'une quarantaine de produits de beauté, un peignoir et des chaussons brodés à son nom chez les Zabini.

- Teddy m'a proposé de le rejoindre dans un bar où des groupes se produisent ce soir, ça te dit ?

- Laisse moi réfléchir, de l'alcool, de la musique, des filles,Teddy et toi, la question se pose t-elle vraiment ?