Bonjour tout le monde ! C'est l'heure d'un nouveau chapitre :)

Alors, ce chapitre est très long comme vous allez bientôt pouvoir le constater, deux fois plus que le précédent. Je me suis laissé emporter par mon inspiration et je suis plutôt satisfait du résultat. Une petite précision cependant, je tiens à rappeler que même si j'ai effectué un certain nombre de recherches afin d'être autant historiquement juste que possible, il y a certains sujets sur lesquels soit je n'ai pas trouvé suffisamment d'informations, soit tout simplement la réalité historique ne collait pas avec ma trame et j'ai choisi d'utiliser quelques libertés scénaristiques ;)

Bref, bonne lecture !


Chapitre 3 : Dans les airs

Ce qu'Harold comprit juste après avoir accepté la proposition du commandant, c'était que ce-dernier n'aimait pas s'embarrasser de procédures qui pourraient le ralentir. A peine le jeune garçon avait-il signé le document, que l'homme l'avait entraîné dehors avec lui et conduit jusque sur la piste. Là, après avoir rassemblé le reste des pilotes pour leur expliquer brièvement ce qu'il se passait, il décerna officiellement à Harold sa médaille, l'accrochant faute de mieux à sa tenue empruntée de pilote, qui était d'ailleurs bien trop grande pour lui. Le capitaine n'en croyait pas ses yeux et il semblait bouillir de rage, jusqu'à ce que le commandant ne lui adresse quelques mots, probablement afin de lui conter le déroulement exact des derniers événements, sur quoi l'homme arbora une expression impressionnée avant de s'avancer vers Harold.

« Je vous dois des excuses, Lecroc, fit-il avec un grand sourire, je n'avais visiblement rien compris à la situation.

– Ce n'est rien mon capitaine, répondit timidement Harold, moi-même je n'ai rien compris et je ne comprends toujours pas.

– Quoi qu'il en soit, j'ai hâte de vous retrouver dans les airs, caporal » Dit-il en lui adressant un rapide salut qu'Harold imita, avant de se retourner et de repartir en direction des hangars.

Le sourire aux lèvres, Harold abaissa sa main en regardant partir le capitaine, content que ce-dernier ne lui en veuille pas. Puis il repassa les mots de ce-dernier dans sa tête et se figea. Le capitaine l'avait appelé « caporal ». Or, Harold était plutôt certain qu'il n'était absolument pas caporal mais bien simple soldat. Puis il se rappela le papier que le commandant lui avait fait signer, et se dit qu'il aurait peut-être dû le lire.

Dans les heures qui suivirent, Harold fit la connaissance de la plupart des autres pilotes, même s'il en connaissait déjà quelques uns pour les avoir aidés à se vêtir. Il découvrit donc que ces-derniers étaient très partagés quant à lui, une partie était impressionnée de son fait d'arme et l'accueillit à bras ouverts, l'autre ne semblait pas apprécier qu'un gamin, qui visiblement avait eu de la chance, ait le droit à tant d'attention et d'honneurs. Le jeune pilote apprit donc aussitôt à rester d'avantage aux côtés de la première partie. Ce fut d'ailleurs eux qui le conduisirent jusqu'aux tentes des pilotes après qu'il eut récupéré ses quelques affaires, et, tandis que six pilotes se préparaient à partir pour une patrouille le long de la ligne de front, le reste expliquait à la nouvelle recrue tout ce qu'il avait besoin de savoir sur le quotidien d'un pilote de chasse.

Les explications continuèrent jusqu'au soir, lorsque le capitaine annonça aux pilotes qu'il était temps d'aller se coucher avant de prendre à part Harold.

« Très bien Lecroc, fit-il d'une voix sérieuse, j'ai discuté de votre cas avec le commandant et voilà ce qui va se passer.

Harold déglutit en attendant la suite.

– Vous avez très bien volé ce matin, poursuivit l'officier, pour un débutant, mais c'était bien trop brouillon pour que je vous laisse monter avec nous pour le moment, vous allez donc rester ici. Comme vous le savez, chaque sortie se fait avec au plus six avions, donc six pilotes, ce qui fait qu'il y aura toujours des pilotes ici, je chargerai donc ceux qui reste de parfaire votre instruction. Je vous surveillerai, et dès que vous serez assez bon, vous pourrez commencer à partir en mission avec nous. C'est compris ? »

Harold acquiesça avec enthousiasme, pressé de pouvoir apprendre auprès de véritables pilotes.

« Parfait, reprit l'homme en souriant, dans ce cas, au lit, extinction des feux dans trente minutes et vous serez réveillé avec les autres à six heures précises »

Le capitaine donna ensuite une légère tape sur l'épaule de Harold avant de se diriger vers son propre lit. Harold s'avança donc vers sa couche et entreprit de se déshabiller, ne gardant que ses sous-vêtements. Voyant qu'il lui restait du temps avant l'extinction des feux et que, de toutes manières, il ne pourrait pas dormir tant qu'il ne serait pas dans l'obscurité totale, Harold décida d'écrire une lettre à Astrid. Il savait que le facteur aérien qui s'occupait de l'aérodrome ne délivrerait aucun courrier personnel avant la fin de la semaine, mais au moins ce serait fait. Le jeune garçon prit dans ses affaires une page vierge et de quoi écrire, puis prit quelques secondes pour réfléchir avant de se lancer.

Chère Astrid,

Tu ne devineras jamais ce qui m'est arrivé aujourd'hui ! J'avais un test de mathématiques, mais je me suis trompé de salle et je me suis retrouvé avec des élèves d'une classe supérieure. Je ne m'en suis pas du tout rendu compte et j'ai fait leur contrôle, et je l'ai trouvé plus difficile bien sûr !

Mais je l'ai quand même réussi, et le professeur était tellement impressionné qu'il m'a donné une récompense et m'a proposé de suivre les cours de maths du niveau supérieur. Apparemment j'ai battu un bon élève et ça l'a surpris.

A partir de demain, des élèves du niveau supérieur me donneront des cours particuliers pour être sûr que je sois au niveau, et dès que je le serais, je pourrait suivre les cours de maths avec eux !

J'espère que ne t'ennuie pas trop sur Beurk.

Avec tout mon amour,

Harold.

Satisfait, Harold signa puis plia la feuille en trois avant de la poser sur sa table de chevet, il irait la porter demain au facteur. Sentant la fatigue s'emparer de lui, le jeune homme bâilla et, remarquant que tous les autres étaient en train d'éteindre leur lampe, il fit de même avant de se glisser dans sa couche. L'esprit plein de ses rêves d'aviation, il ferma lentement les yeux puis sombra dans un profond sommeil.

o0o

Le matin suivant, Harold se réveilla avant même qu'on ne vienne le secouer, et était prêt pour la journée avant le capitaine, au grand plaisir de ce-dernier. Pendant que les pilotes sélectionnés pour la patrouille du matin se préparaient, Harold en profita pour porter sa lettre au facteur avant de revenir aux tentes pour y attendre les pilotes qui débuteraient sa formation. Ces-derniers ne se firent pas attendre très longtemps, ils s'étaient rendus avec les autres au briefing afin de connaître les détails de la mission même s'ils n'y participeraient pas. Lorsqu'ils arrivèrent, ils se mirent aussitôt au travail, commençant par établir l'étendue des connaissances et compétences du jeune garçon afin de déterminer ce qu'il devrait lui apprendre. Ce qui se montra rapidement évident, c'était que même si Harold n'était pas mauvais d'un point de vue théorique grâce au manuel, il était très loin d'être à la hauteur du point de vue pratique, et c'était donc là-dessus que ses nouveaux instructeurs allaient insister.

La journée lui sembla passer en un éclair et, avant même qu'il ait pu s'en rendre compte, Harold était de retour dans son lit, épuisé mais heureux. Il n'eut d'ailleurs pas le temps de faire quoi que ce soit ce soir-là, et n'attendit même pas que toutes les lampes soient éteintes, à peine avait-il posé la tête sur son oreiller qu'il dormait déjà. Lorsqu'il se réveilla le lendemain, une surprise l'attendait à côté de sa couche. Soigneusement plié et disposé en tas bien ordonnés, un uniforme et une tenue de vol y avaient été placés avec une note sur le dessus et un paquet à côté. Le jeune garçon prit la note et lut les quelques mots qui y étaient inscrits : « Pour le caporal Henri Lecroc ». Elle n'était pas signée mais Harold se doutait de son origine, et il remercia mentalement le commandant avant d'enfiler son nouvel uniforme précautionneusement. L'uniforme était exactement à sa taille, et était complet, les bottes hautes en cuir, la culotte rouge garance, le képi d'apparat, la ceinture en cuir et la vareuse bleue horizon sur laquelle se trouvaient le badge de l'armée de l'air – une étoile ailée dans un cercle de lauriers, les insignes de caporal sur les manches et le ruban vert strié de sept bandes rouges, symbolisant sa croix de guerre. Sentant une immense joie doublée de fierté lorsqu'il alla se contempler dans un miroir, Harold se dit alors qu'il avait bien fait d'agir comme il l'avait fait, que tout prenait son sens désormais, et qu'il ne lui restait plus qu'à devenir le meilleur pilote possible. Revenant à son lit, il ouvrit le paquet qu'il avait jusque-là laissé, et y découvrit le reste de ses effets de pilote, une paire de jumelles, un groupe de cartes couvrant l'intégralité du front de l'Ouest, un lance-fusées éclairantes afin de transmettre des messages en vol, et un petit revolver dans son fourreau, qu'il reconnut aussitôt comme étant un Modèle 1892, le revolver réglementaire de l'armée française. Il remit ces-derniers dans le paquet et le laissa sous sa couche, devinant qu'il n'en aurait pas la moindre utilité pour le moment, avant de se diriger vers la grande tente qui servait de point de briefing et de lieu de travail pour les pilotes. Une nouvelle journée d'apprentissage l'attendait.

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L'entraînement d'Harold était très éprouvant, si bien qu'il ne vit pas passer les jours, et ne se rendit compte du temps qui était passé qu'après avoir reçu la réponse d'Astrid, deux semaines après avoir envoyé sa lettre.

Cher Harold,

C'est fantastique que tu puisses accéder aux études qui te plaisent ! Moi j'aimerais rejoindre le collège pour filles de La Rochelle, mais mère refuse de me laisser partir, alors en attendant que cette fichue guerre prenne fin, j'ai acheté des livres pour étudier à la maison. D'ailleurs, en parlant de mère, elle est partie travailler dans une des usines de munitions parce-qu'elle ''en avait marre de ne rien faire pour sa patrie'', elle était très motivée.

Sinon, la chaleur est enfin arrivée sur Beurk et, comme chaque année, je me rends compte que je préfère quand il fait plus frais… Il fait tellement chaud que c'est impossible de sortir sans transpirer ! Mais bon, de toute façon je suis suffisamment occupée à l'intérieur avec mes livres.

Travaille bien mon Harold,

Astrid.

Harold put compatir avec sa fiancée du point de vue de la température, en effet, même aux alentours de Reims, la chaleur était étouffante en ce mois de Juillet. Il fut aussi à la fois heureux et fier qu'Astrid soit décidée à continuer ses études, car il savait qu'elle avait de grands projets pour l'avenir dans le domaine des sciences, malgré le fort sexisme régnant encore sur la communauté scientifique. En effet, sa fiancée clamait haut et fort à qui voulait bien l'entendre qu'après avoir obtenu son baccalauréat en sciences, elle irait dans une grande faculté où elle étudierait la chimie afin de décrocher un doctorat, et que rien ni personne ne l'en empêcherait, ce qui pouvait se révéler suicidaire quand on connaissait Astrid et qu'on savait notamment qu'elle savait parfaitement manier la hache de guerre telle une guerrière, vestige de leur culture viking. Harold ne pouvait que respecter ce choix, lui même ayant l'intention d'aller jusqu'au doctorat de mathématiques une fois la guerre terminée. Avec un grand sourire, il replia la lettre qu'il rangea avec l'autre afin de les conserver précieusement, puis retourna au travail, suivant les conseils de sa fiancée.

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Les semaines passèrent comme un éclair, et finalement, un jour de fin septembre, le capitaine décréta qu'Harold était prêt pour participer à des missions avec le reste de l'escadron, à la grande joie de ce-dernier. Ce soir-là, il eut du mal à s'endormir tant il était excité à l'idée d'enfin s'envoler pour une véritable mission, surtout qu'il savait que ce ne serait que la première d'une très longue liste, car il n'avait pas l'intention de se laisser abattre, au sens propre comme au sens figuré.

Puis vinrent les missions elles-mêmes, et Harold comprit alors deux choses. La première était pourquoi les Fokker disposaient d'une telle suprématie dans les airs, et la deuxième était à quel point il avait eu de la chance lorsqu'il avait abattu son premier adversaire. Car en cette aube du combat aérien, tout était à faire en terme de techniques et équipement, en particulier une chose très importante, les armes. En effet, il avait rapidement était établi que l'arme la plus efficace pour abattre un autre avion était la mitrailleuse, mais l'utilisation de cette-dernière posait un problème de taille, car pour obtenir la meilleure précision possible et en tenant compte de fait que l'avion était en mouvement, la mitrailleuse devait être placée de façon à pouvoir tirer vers l'avant, or c'était là que résidait le problème, car devant l'avion se trouvait l'hélice, et tirer à travers de cette-dernière comme cela signifiait à coup sûr la détruire.

Plusieurs moyens avaient été ou étaient en train d'être développés pour contrer ce problème. La plus efficace et ultimement la « bonne » solution, était celle développée par les ingénieurs allemands de Fokker, permettant un tir de la mitrailleuse synchronisé avec les hélices, ne permettant cette-dernière de ne tirer que lors-qu'aucune hélice ne se trouvait devant elle. C'était ce qui faisait la suprématie des chasseurs allemands, car les alliés n'avaient pas accès à une telle technologie. Harold savait en revanche de source sûre que les anglais travaillaient à retourner le problème, littéralement puisqu'ils prévoyaient de produire un appareil avec son moteur en configuration de poussée, les hélices se retrouvant donc à l'arrière de l'appareil. Il savait aussi qu'une compagnie française développait un chasseur disposant d'une monture pour une mitrailleuse au dessus des ailes, permettant de tirer sans risque par-dessus les hélices, mais en attendant, il devait se contenter de ce qu'il avait. Le système existant dans son avion, le Morane-Saulnier Type LN, était des plus simples, recouvrir les hélices de plaques en métal servant de déflecteurs, ainsi, toute balle sensée trancher une hélice serait déviée sans risque pour celle ci. En théorie, c'était simple et efficace, en pratique, c'était terriblement hasardeux et très dangereux. Harold l'apprit à ses dépends, en effet, s'il avait déjà remarqué que certaines de ses balles étaient déviées complètement en dehors de leur trajectoire prévue, cela l'avait seulement irrité, rien de plus. Puis vint un jour où l'une des balles percuta de face une hélice, frappant la plaque de métal à plat. La balle ricocha sur la plaque et vint siffler à quelques centimètres de l'oreille du jeune pilote, qui n'osa plus toucher à la mitrailleuse de la sortie, de peur de se tuer avec une de ses propres balles. Lorsqu'il expliqua ce qu'il s'était passé à son capitaine, ce-dernier rigola en lui donnant une tape vigoureuse dans le dos avant de lui expliquer.

« J'avais oublié que vous étiez un débutant avec ces armes ! Riait-il tandis que son interlocuteur ne riait pas lui. On s'est rapidement rendu compte que les balles pouvaient nous revenir en pleine poire alors maintenant, quand on tire, on baisse la tête pour les éviter ! »

Harold n'en croyait pas ses oreilles, on marchait sur la tête ! Comment une méthode plus dangereuse pour le pilote que pour l'adversaire avait pu être approuvée ? Si on y ajoutait en plus le système désormais complètement dépassé de contrôle du roulis, en tordant et pliant les ailes, les chasseurs français ne faisait pas du tout le poids.

Les missions s'enchaînèrent encore et encore, toujours aussi difficiles dues à l'équipement inadapté, et bientôt, plusieurs mois avaient passé. Les pertes au sein de l'escadron avaient été nombreuses face aux adversaires allemands, et les victoires rares. A vrai dire, seuls deux Fokker avaient été abattus, l'un deux par Harold, ce qui lui valut une seconde citation à sa croix de guerre, car à cette époque, quiconque abattait le moindre avion ennemi était certain de recevoir une médaille tant la tâche était ardue.

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Avec l'hiver, les missions s'avérèrent plus difficiles à cause de la forte baisse de température, et tout le monde apprécia le retour des jours plus cléments en avril 1916. Ce fut une date d'autant plus appréciée qu'elle marqua en plus la fin de la bataille de Verdun et la victoire quoique coûteuse des alliés. C'est d'ailleurs à cette période qu'Harold fut convoqué par son capitaine. Vêtu de son uniforme, il se rendit dans la tente de son officier supérieur et l'y attendit. Ce-dernier ne se fit pas attendre bien longtemps, quelques minutes après Harold il entra à son tour dans la tente, tenant dans ses mains plusieurs papiers. Il salua rapidement l'autre soldat d'un hochement de tête avant de s'asseoir à son bureau et de poser les papiers devant lui.

« Asseyez-vous Lecroc, fit-il avant d'attendre que son subordonné s'exécute pour reprendre. J'ai ici deux documents vous concernant. Tout d'abord, en récompense de vos missions réussies et de votre ancienneté, j'ai le plaisir de vous annoncer que vous avez été promu au grade de sergent. La seconde, c'est que vous allez être transféré à la N.3 à Cachy, à côté d'Amiens, dès le seize avril, donc dans cinq jours.

– La ''N.''3, monsieur ? Reprit Harold.

– Vous m'avez bien entendu caporal – ou plutôt devrais-je dire sergent, la N.3 a reçu au début de l'année les nouveaux chasseurs, les Nieuport 11.C1, que les pilotes surnomment déjà « bébé », il me semble à cause de sa dénomination exacte.

– Et qu'en est-il de son armement ? Demanda Harold qui commençait à fortement s'intéresser à ce nouvel avion.

– Mitrailleuse Lewis montée au-dessus de l'aile supérieure, lui répondit le capitaine avec un grand sourire, donc fini les problèmes de tir à travers l'hélice. Les nôtres seront livrés avant la fin du mois »

Il tendit alors les deux papiers à Harold qui les prit avant de les lire. Dès qu'il eut fini, il releva la tête vers le capitaine et, tout en se mettant au garde-à-vous, reprit la parole.

« Je prends connaissance de mon affectation, mon capitaine. Quand dois-je partir ?

– Allez préparer vos affaires, dit ce-dernier, vous avez un train qui part dans cinq heures et vingt-trois minutes.

– A vos ordres, mon capitaine ! »

A ces mots, Harold fit demi-tour et se prépara à quitter la tente. Il fut interrompu par le capitaine alors qu'il s'apprêtait à franchir la sortie.

« Sergent ! L'interpella-t-il en attendant qu'Harold se retourne pour continuer. Ce fut un honneur de voler à vos côtés, vous deviendrez l'un de nos plus grands pilotes, j'en suis certain »

Sur ce, il se mit au garde-à-vous, embarrassant le jeune sergent qui n'avait pas l'habitude de tels compliments.

« Merci beaucoup, mon capitaine » Fit Harold en imitant le geste de son supérieur avant de se retourner et de quitter la tente.

Rassembler ses affaires fut rapide, et il lui resta ainsi largement assez de temps pour faire ses adieux aux autres pilotes avec qui il volait depuis presque sept mois, mais avec les pertes dans l'escadrille, cela aussi fut rapide et bientôt, il se retrouva à attendre sur les quais de la gare de Reims.

Une fois confortablement installé dans une des voitures du train, Harold en profita pour sortir ses cartes de ses affaires afin de commencer à se familiariser avec la région d'Amiens. L'aérodrome de Cachy se trouvait à vingt-cinq kilomètres à l'Est d'Amiens, à mi-chemin entre la ville et la ligne de front. C'était l'un des quatre aérodromes entre Cachy, Villers Bretonneux et Warfusee, et apparemment, le côté allemand du secteur était tout aussi bien garni, avec quatre autres aérodromes proches du no-man's-land et plus d'une vingtaine dans les cinquante kilomètres autour. Le jeune pilote se pencha ensuite sur les rapports des éclaireurs, dont on lui avait confié un exemplaire avant qu'il ne parte, afin d'avoir une idée de la situation actuelle à cet endroit du front.

« Ah… Enfin un compartiment libre ! »

Il n'eut pas le temps de consulter les dits rapports avant qu'un homme un peu enrobé avec un accent de l'Est ne pénètre dans le compartiment, les bras chargés de bagages. Amusé, Harold le regarda en silence tandis que l'homme s'affairait à ranger ses valises dans le porte-bagage, de toute évidence, il n'avait pas vu le petit sergent dans l'ombre de la porte. Harold attendit quelques secondes que l'homme finisse de s'installer avant de se racler la gorge bruyamment afin de signaler sa présence. Aussitôt, l'inconnu sursauta en poussant un petit cri aigu.

« Oh mon dieu ! S'exclama-t-il. Je ne vous avais pas vu, je suis vraiment désolé ! Je vais aller chercher un autre compartiment !

– Ne vous en faites pas, le rassura Harold avec un sourire, vous ne me gênez pas et il y a largement assez de place pour deux ici »

L'inconnu se calma aussitôt, et Harold en profita pour l'observer de plus près. En dehors du fait qu'il était bien enrobé, l'homme était blond aux cheveux courts, il avait des yeux verts clairs derrière d'épaisse lunettes rondes, et ne semblait pas s'être rasé depuis quelques jours.

« Oh merci, fit-il en soupirant, j'ai cru que je ne trouverais jamais de place. Je m'appelle Franz Ingerman au fait, mais tout le monde m'appelle Fishlegs, dit-il en tendant sa main en direction d'Harold qui la saisit pour la serrer.

– Moi c'est Henri Lecroc. Et je vous demande pardon, 'Fishlegs' ? Comme l'anglais 'jambes de poisson' ?

– Eh oui, répondit Franz en souriant, comme l'anglais 'jambes de poisson'. C'est à cause d'une mésaventure qui m'est arrivée lorsque je suis allé à Douvres pour mon travail. Un jour en me promenant sur le port, j'ai percuté un groupe de marins qui transportaient leur pêche du matin, et je me suis retrouvé recouvert de poissons. L'un des marins, vexé, m'a dit de faire plus attention quand je marchais, et m'a surnommé 'Fishlegs', et depuis c'est resté.

– C'est amusant comme surnom, fit remarquer Harold.

– En effet, et c'est exactement pour cela que je l'ai gardé, même s'il s'agissait à la base d'une insulte. Répondit Fishlegs avant de faire une pause afin de mieux regarder son interlocuteur. Tiens, fit-il alors, vous êtes militaire ? Vous faites bien jeune pourtant.

– C'est ce que tout le monde me dit, dit Harold avec un léger sourire. Je suis pilote de chasse pour être plus exact, je me rends à l'aérodrome de Cachy près d'Amiens pour intégrer la N.3 »

A ces mots, les yeux de Franz doublèrent de volume et une expression de grande joie apparut sur son visage.

« Vraiment ? Demanda-t-il d'un ton excité. C'est fantastique ! Ce doit être le destin qui nous a mis dans la même voiture, c'est aussi ma destination, j'y vais pour mon travail !

– Pour de vrai ? Demanda Harold qui n'en croyait pas ses yeux, ce devait en effet être le destin. Et quel est-il ce travail ?

– Je suis un ingénieur aéronautique suisse, répondit fièrement l'homme, je travaille sur le terrain au côté des pilotes afin d'être à l'écoute de leurs demandes et problèmes avec les appareils et ainsi pouvoir régler les dits problèmes.

– Suisse ? Répéta le jeune pilote, intrigué. Il me semblait que la Suisse restait neutre dans ce conflit.

– En effet, mais en tant qu'homme libre, rien ne m'interdit de partir travailler pour les compagnies françaises si je le désire.

– Je vois, fit Harold qui appréciait de plus en plus l'homme rondelet, et donc vous travaillez au développement des avions que nous pilotons ? »

Lancés dans leur conversation, les deux hommes ne virent pas le temps passer, et bientôt, le train freina avant de s'arrêter dans la gare d'Amiens. De par sa position à quelques kilomètres seulement de la ligne de front, la ville était pratiquement déserte de civils, à la place, on y trouvait un grand nombre de militaires. Un bus réquisitionné attendait les deux hommes ainsi qu'une poignée d'autres militaires qui avaient la même destination. Le voyage fut relativement court et, aussitôt arrivés sur l'aérodrome, Franz s'excusa avant de quitter Harold pour rejoindre ce qui semblait être sa tente. Désormais seul, le jeune homme entreprit de trouver la tente de l'officier commandant de sa nouvelle unité. Il n'eut pas à chercher bien longtemps, en effet par souci de praticité, toutes les bases aériennes militaires avaient été conçues suivant le même schéma, ainsi il connaissait déjà globalement la disposition des tentes et des hangars grâce à son expérience avec l'aérodrome de Muizon. Ses quelques affaires en main, il s'avança jusqu'à la tente du capitaine Brocard, le commandant de l'escadrille, et annonça sa présence à l'entrée. Aussitôt, la voix du capitaine s'éleva de l'intérieur.

« Entrez ! »

Harold ne se fit pas prier, il pénétra dans la tente et, après avoir attendu une demi-seconde que ses yeux s'habituent à l'obscurité dans cette-dernière, marcha jusqu'au bureau où l'attendait le capitaine. L'homme arborait une expression dure, une expression d'officier supérieur, et avait les traits tirés par la fatigue, mais derrière son masque d'autorité, Harold devina qu'il s'agissait d'un homme bien qui prenait juste son poste très au sérieux. Se plantant devant lui après avoir déposé ses affaires, le jeune pilote se mit au garde-à-vous et allait se présenter, mais le capitaine le devança.

« Sergent Lecroc, je suppose ? Demanda-t-il même s'il semblait déjà connaître la réponse. Vous paraissez encore plus jeune que sur votre photo. Repos. J'ose espérer que le voyage s'est passé sans encombre ?

– Sans la moindre, mon capitaine. Répondit Harold en rabaissant son bras.

– Parfait. J'imagine que vous devez être pressé de vous débarrasser de vos bagages, vous pouvez aller aux baraquements des pilotes, les gars vous trouveront une couche. Après ça, vous aurez le reste de la journée libre, profitez-en pour vous familiariser avec les lieux et le personnel. De plus, je crois savoir que vous êtes pressé de découvrir les nouveaux avions, termina-t-il avec un sourire qu'imita aussitôt son interlocuteur.

– On peut dire ça, mon capitaine, confirma le jeune garçon.

– Je n'en doutais pas une seule seconde, fit le capitaine. Je ne vous retiendrais pas plus longtemps, je vous attends juste demain au briefing de six heures »

Sur ce, il fit un rapide salut qu'Harold imita avant de se pencher sur ses papiers. Le jeune garçon reprit donc ses bagages puis se dirigea vers la sortie, il allait la franchir lorsque la voix du capitaine retentit derrière lui.

« Oh et Lecroc ? Bienvenue dans la VIème armée ! »

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Après avoir déposé ses affaires dans les quartiers des pilotes et avoir rapidement discuté avec quelques-uns d'entre eux, Harold commença par rendre une rapide visite au postier de l'aérodrome afin de renouveler auprès de lui l'arrangement qu'il avait avec celui de Muizon, avant de s'empresser de se diriger vers les hangars afin de finalement voir les fameux avions. Il ne fut pas déçu, superbement alignés par rangées de trois, les appareils valaient le coup d'œil. Le premier détail qu'il remarqua était qu'il s'agissait de biplans, ou presque, comme il s'en rendit compte rapidement. En effet, les Nieuport 11.C1 étaient en réalité des sesquiplans, ou ''demi-biplans'', étant donné que leurs ailes inférieures avaient une envergure moitié moins importante que les ailes supérieures. Le second détail qui attira son attention fut la manière dont était contrôlé l'axe de roulis, contrairement aux Morane-Saulnier et aux Fokker, qui utilisaient le vieux système consistant à tordre et plier la surface des ailes, le Nieuport 11 disposaient d'ailerons sur les ailes supérieures, des surfaces de contrôle permettant un maniement de l'appareil à la fois plus précis et plus fiable car il n'y avait aucune contrainte sur l'aile. Si on y rajoutait la mitrailleuse Lewis au-dessus de l'aile supérieure et le moteur bien plus performant que les anciens avions, le ''Bébé'' avait des arguments en sa faveur, beaucoup d'arguments, et Harold était impatient de pouvoir se retrouver aux commandes du magnifique engin.

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Son vœu se réalisa bien assez vite car, dès le lendemain, le jeune pilote se retrouva assigné à l'une des missions du jour, une attaque de ballons. En cette période de guerre de position et d'usure, il avait rapidement été comprit que la reconnaissance – toutes les informations que l'on pouvait dénicher sur l'adversaire, était cruciale, c'était d'ailleurs là le tout premier but de l'aviation, mais comme les avions avaient un certain nombre de limitations – l'autonomie par exemple, les deux camps continuaient d'employer de vieux ballons d'observation, des aérostats, des engins « plus légers que l'air », que l'on faisait flotter un peu en arrière des tranchées en les gardant accrochés à des câbles en acier. Les ballons emportaient avec eux une nacelle dans laquelle se trouvaient deux observateurs chargés de reporter tout ce qu'ils pouvaient voir. Ces ballons étaient donc très importants, et ainsi une importante partie des tâches attribuées aux escadrilles consistait à abattre les ballons ennemis tout en protégeant les alliés. Ce n'était bien entendu pas la première fois qu'Harold effectuait ce genre de mission, mais il s'agissait de son tout premier vol avec le Nieuport, et l'excitation le gagnait peu à peu. Le briefing était des plus simples, voler en formation jusqu'au ballon ciblé directement à l'Est de l'aérodrome et l'abattre, après quoi les pilotes étaient libres de partir un peu en chasse chacun de leur côté avant de retourner à la base.

Le vol jusqu'à la cible s'effectua sans encombre, et Harold put apprécier pleinement la puissance du moteur ainsi que la finesse des contrôles. La cible en elle-même, le ballon, ne fut pas difficile à repérer, les pilotes avaient d'ailleurs déjà repéré sa silhouette à plusieurs kilomètres. Dès que les observateurs à bord du ballon les aperçurent, ils lancèrent le signal de détresse et leur ballon commença à descendre, tiré au sol par les hommes en bas. L'escadrille ne perdit pas une seconde et plongea pour le rattraper. Le chef de sortie – qui se trouvait être le commandant de l'unité, décocha une rafale en plein dans le ballon, perforant ce-dernier mais sans que cela suffise pour l'abattre. Le second pilote eut en revanche un peu plus de chance, et le ballon s'enflamma sous ses tirs. Tout cela se passa si vite qu'Harold n'eut même pas le temps d'ouvrir le feu ne serait-ce qu'une seule fois. Dépité, il redressa son avion et se mit à faire des tours en se demandant ce qu'il pourrait bien faire ensuite, il n'allait tout de même pas rentrer à la base sans avoir tiré la moindre balle ! Jetant un coup d'œil à sa carte attachée avec un élastique sur ses genoux tandis que le reste du groupe se séparait pour partir dans diverses directions, il se rendit compte qu'il n'était qu'à quelques kilomètres au Sud d'un groupement de deux aérodromes allemands, ce qui présentait un certain nombre d'opportunités. Il n'hésita pas plus longtemps et prit la direction du Nord, un rapide coup d'œil derrière lui lui apprenant que le capitaine semblait le suivre de loin, comme pour le jauger. Il décida de ne pas y faire attention et se concentra plutôt sur son objectif. Au bout de quelques minutes à peine, il pouvait apercevoir à quelques huit-cent mètres plus bas les deux aérodromes, et apparemment c'était réciproque, car les nombreuses détonations qui résonnèrent alors autour de lui lui apprirent que la DCA ennemie l'avait pris pour cible. Heureusement, les canons anti-aériens étaient particulièrement imprécis, et il leur faudrait un miracle pour parvenir à toucher son appareil, donc Harold ne s'en préoccupa pas plus et se pencha plutôt sur le côté pour avoir une meilleure vue de l'aérodrome. Le cœur battant, le jeune pilote découvrit qu'un escadron de cinq Fokker s'apprêtait à décoller. Il pesa quelques instants le pour et le contre avant de se dire que tous les avantages étaient de son côté, il pouvait attaquer avec un colossal avantage d'énergie depuis l'angle qu'il voulait, il les prendrait par surprise et il disposait d'un appareil immensément supérieur. Il n'hésita plus, il coupa les gaz et plongea. Accumulant de la vitesse sans problème tout en vérifiant bien entendu qu'il ne dépassait pas la vitesse maximale, Harold s'aligna avec l'appareil le plus à droite, le chef de sortie, et attendit patiemment de se rapprocher. Les cinq avions ennemis avaient désormais décollé, mais ils étaient toujours très lent et très près du sol. Dès qu'Harold se retrouva à cent mètres à peine de sa cible, il appuya sur sa gâchette. Juste avant que les balles ne partent, le jeune garçon eut le temps de voir le pilote ennemi se retourner vers lui, une expression d'incrédulité sur le visage, puis les projectiles jaillirent de la mitrailleuse pour aller se ficher dans la base de l'aile gauche du Fokker. Il suffit d'une courte rafale pour que l'aile s'arrache et que l'avion aille s'écraser au sol. Aussitôt, les autres avions allemands comprirent ce qu'il se passait et paniquèrent, Harold en profita pour reprendre de l'altitude en vue de sa prochaine attaque. Il repéra immédiatement sa prochaine cible, et alla se placer juste derrière elle avant d'ouvrir le feu. Les balles atteignirent le moteur cette fois, et tandis que ce-dernier crachait un nuage de fumée noire, le pilote de l'avion leva son bras en l'air bien en vue, le symbole de reddition, son appareil était inopérable et il concédait la défaite. Ne désirant pas abattre un adversaire déjà vaincu et ayant de toute manière bien assez à faire avec les autres ennemis, Harold vira sur le côté et reprit sa chasse.

Quelques secondes plus tard, il avait détruit le moteur d'un autre avion dont le pilote déclara forfait aussi, juste à temps puisque son magazine était vide. Tout en gardant la main droite sur le manche, Harold se servit de la gauche pour tirer la mitrailleuse à lui et retirer le magazine vide qu'il s'empressa de jeter en dehors de l'avion. Il saisit ensuite un nouveau magazine derrière son siège et le plaça au-dessus de la mitrailleuse avant de replacer cette-dernière en position de tir en avant. En faisant tout cela, il avait manœuvré pour rester derrière l'avant-dernier chasseur, qu'il s'empressa ensuite d'abattre d'une volée dans l'aile droite. Après avoir jeté un rapide coup d'œil à la chute de sa dernière victime, Harold regarda autour de lui en quête de son dernier adversaire, et s'inquiéta lorsqu'il ne le trouva pas. Laissant parler son intuition, il releva la tête et se tourna pour pouvoir voir plus haut derrière lui, et son instinct ne le trahit pas. Le dernier avion était bien derrière lui, en train de fondre droit sur son appareil. Le jeune pilote esquiva la première rafale en effectuant un virage serré sur la droite, et il comprit qu'il serait désormais forcé de prendre part à un combat tournant, ce qui serait un moyen idéal de mettre les performances du Nieuport à l'épreuve. Il se rendit compte très rapidement que le ''Bébé'' tournait bien mieux que le Fokker, et après quelques secondes, il eut l'ennemi dans son viseur. En une rafale ce fut terminé, le moteur du monoplan allemand cracha quelques panaches de fumée noire avant de s'arrêter définitivement, tandis que le pilote capitulait. Aussitôt, Harold sentit que toute l'adrénaline du combat retombait, et il poussa un profond soupir de soulagement avant de partir vers l'Ouest en rasant le sol pour éviter la DCA qui aurait eu moins de mal à le toucher à l'altitude à laquelle il se trouvait. Une fois hors de portée, il reprit graduellement de l'altitude et se dirigea vers sa base. Une vingtaine de minutes plus tard, il survolait l'aérodrome en faisant des cercles, attendant la fusée éclairante verte lui indiquant qu'il pouvait atterrir. Dès que celle-ci illumina le ciel, il réduisit les gaz et se prépara pour son approche finale, puis fit gentiment atterrir son avion.

A peine Harold avait-il éteint son moteur et était descendu de son avion que le capitaine s'avançait vers lui, suivit par les autres pilotes. Le jeune garçon était le dernier à rentrer à la base, et apparemment le capitaine, qui ne l'avait précédé que d'une poignée de minute, avait observé son combat de loin sans avoir le temps de lui venir en aide.

« Bon sang ! S'exclama-t-il lorsqu'il arriva devant Harold. Le commandant de la douzième m'avait prévenu que vous étiez bon, Lecroc, mais je ne m'attendais pas à ce que vous le soyez à ce point ! Cinq victoires en une sortie ! Vous vous rendez compte ? Fit-il en se retournant vers les autres pilotes. Un as en une seule sortie !

– C'est seulement grâce à l'avion. Bafouilla Harold, gêné. Il est bien meilleur que celui que j'avais l'habitude de piloter.

– Oh inutile d'être modeste, sergent, répliqua le capitaine. Les garçons et moi nous volons avec ces engins depuis plusieurs mois, et aucun d'entre nous n'a jamais réussi un pareil exploit. Pas vrai les gars ? »

Un concert d'acquiescements s'éleva en réponse à sa question.

« Non, reprit le capitaine, vous êtes vraiment un génie, et je compte sur vous pour continuer comme ça.

– A vos ordres, mon capitaine » lui répondit Harold en effectuant un bref salut militaire.

Après avoir imité le salut du jeune garçon, le capitaine et le reste des pilotes repartirent en direction de leurs baraquements, où ils devaient mettre sur papier leur rapport de la mission. Sans grande conviction, Harold les suivit et s'attela lui aussi à cette tâche qu'il avait toujours trouvée fastidieuse.

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Après avoir fini son rapport, Harold découvrit que la nouvelle de son exploit avait rapidement fait le tour de la base, car à peine avait-il remis son rapport au capitaine avant de sortir se dégourdir les jambes qu'une dizaine de pilotes qu'il ne reconnaissait pas l'assaillirent pour le féliciter. Il comprit alors que la base de Cachy était une base très occupée, car elle accueillait plus d'un escadron, quatre pour être exact, trois escadrons de chasse français et un escadron de reconnaissance et bombardement britannique. Apparemment il y avait en plus des projets d'accueillir encore plus d'unités dans les prochains mois tellement le ciel était chargé à cet endroit du front. Le ciel était d'ailleurs littéralement chargé ce jour-là, et Harold se dit qu'il était pour une fois bien content de ne plus être en l'air, car avec les énormes nuages noirs qui s'avançaient dans le ciel, il ne faisait pas bon s'aventurer dehors dans un avion comportant des pièces en métal. Le jeune pilote estima qu'il était donc plus sage de rester à l'abri dans les tentes, et il eut bien raison car à peine avait-il remis les pieds dans les baraquements que les premières gouttes s'abattaient sur le camp, avant de rapidement se changer en une pluie diluvienne. Il n'y aura pas d'autres sorties aujourd'hui, se dit-il en contemplant l'extérieur, déçu. Quelques minutes après, le capitaine confirmait ses doutes, annonçant que tous les avions étaient cloués au sol jusqu'à nouvel ordre, comprendre jusqu'à ce que le temps s'améliore. Avec un soupir, Harold entreprit donc de trouver un moyen de passer le temps, car il savait qu'en cette région un gros orage pouvais durer longtemps.

Son divertissement ne vint que lorsqu'il rassembla suffisamment de courage pour quitter les baraquements des pilotes de son unité pour se rendre dans un des hangars où étaient rassemblés beaucoup de monde, autant pilotes que personnels. Il y trouva Franz, qui décida de lui présenter plusieurs personnes. Le suisse commença par des collègues à lui, d'autres ingénieurs, tous aussi intéressants les uns que les autres grâce à leurs connaissances et leur expérience, puis passa à quelques rampants qu'Harold trouva très sympathiques, notamment l'un d'eux qui avait presque soixante ans et qui avait beaucoup d'histoires à raconter, par exemple sur la guerre franco-prussienne. Finalement, Franz le conduisit auprès d'un groupe de pilotes britanniques, membres de l'escadron de bombardement, qui s'étaient assis entre eux dans un des coins du hangar. Quelques-uns parlaient français, et ils furent ravis de servir de traducteur afin que les autres pilotes puissent se présenter et discuter avec Harold, tous ayant entendu parler des exploits du jeune garçon.

Après quelques minutes à discuter avec les britanniques, Harold regarda autour de lui et remarqua deux autres personnes, des pilotes de l'unité britannique à en juger leur tenue, qui se tenaient à l'écart des autres. En y regardant de plus près, il se rendit compte que les deux étaient pratiquement identiques. Intrigué, il se pencha vers Franz et lui demanda :

« Et ceux-là ? Fit-il en montrant discrètement les deux inconnus du doigt. Qui sont-ils ? »

L'homme rondelet releva la tête et balaya son regard dans la direction où pointait le doigt de son ami. Il fronça légèrement les sourcils lorsqu'il aperçu les pilotes avant de répondre.

« Oh, ces deux-là personne ne sait vraiment qui ils sont. Ce sont les jumeaux Thorston, l'un est pilote, l'autre est mitrailleur. Apparemment ils feraient partie d'une grande famille écossaise, mais personne n'en est certain puisqu'ils ne parlent jamais à personne.

– Peut-être parce que personne ne leur a parlé, fit Harold d'un ton songeur. Peut-être que c'est juste ce qu'ils attendent. Quoi qu'il en soit, je vais aller leur parler et on verra bien.

– Tu fais ce que tu veux, mais ça m'étonnerai qu'ils te comprennent, on est même pas sûrs qu'ils parlent anglais, ou qu'ils parlent tout court.

– Ne t'en fais pas, lui répondit Harold avec un sourire, mon accent est peut-être le pire qu'il soit, mais je sais parler anglais »

A ces mots, il s'avança en direction des jumeaux. Ces-derniers ne semblaient pas le voir arriver, trop occupés à se regarder fixement dans les yeux, comme s'ils jouaient à savoir qui des deux tiendrait le plus longtemps, cependant, avant même qu'Harold ne se soit annoncé derrière eux, il se retournèrent brusquement pour le regarder. Déglutissant, le jeune pilote ignora le léger sentiment de malaise qu'il éprouvait à voir les deux visages identiques le fixer, et prit la parole.

« Hi ! Fit-il en essayant en vain de prononcer correctement les mots anglais. I saw you two alone and I was wondering if you'd like to have a chat »

Les deux jumeaux continuèrent de le fixer avec le même regard impassible, et Harold sentit sa gorge se nouer. Il se demanda alors si son accent n'avait pas été mauvais au point qu'ils ne comprennent rien. Il avait de bonnes connaissances en terme de vocabulaire, grammaire et syntaxe anglaise, mais il n'avait jamais pu exercer sa diction correctement avec juste des livres. Il n'y avait qu'avec Johann qu'il avait pu s'entraîner un peu, et c'était loin d'être suffisant.

« Do you understand me ? Réessaya-t-il en s'appliquant d'avantage. I would like to talk a bit with you »

Toujours pas la moindre réponse, ni même la moindre réaction. Tout en soupirant, Harold se résigna et commença à faire demi-tour lorsque l'un des deux prit la parole.

« A ton avis, Ruff', est-ce qu'on peut parler de victoire face à quelqu'un qui ne connaissait pas le jeu ? »

Harold s'immobilisa aussitôt et se retourna lentement vers les jumeaux. Le plus près de lui, celui qui venait de parler dans un français parfait avec seulement une infime pointe d'accent étranger, était tourné vers l'autre qui réfléchit avant de répondre à son frère.

« A mon avis c'est valable, c'est même une excellente stratégie, puisque l'adversaire ne se rend compte que lorsque c'est trop tard qu'il a perdu.

– Oh quel jour glorieux ! S'exclama le premier en jetant ses bras en l'air. Enfin ma soixante-dixième victoire ! Personne ne peut plus espérer rivaliser au concours de regard avec le grand Tuffnut Thorston !

– C'est en effet un grand jour, mon très cher frère, fit le second en effectuant une fausse révérence. Nos descendants s'en souviendront pour de nombreuses générations »

La bouche béante, Harold n'en croyait ni ses yeux, ni ses oreilles. Les deux pilotes n'avaient visiblement pas la moindre difficulté à parler ou comprendre le français malgré leur origine. En plus de ça, ils

« Vous parlez français ? Lâcha-t-il en faisant de son mieux pour ne pas montrer à quel point il était énervé.

– Yep, fit le premier des deux.

– Parfaitement, renchérit le second.

– Et vous m'avez quand même laissé parler en anglais alors que je suis très mauvais ?

– A vrai dire, commença celui des deux qui semblait s'appeler Tuffnut, j'avoue avoir hésité quelques secondes à te couper pour arrêter le carnage.

– Non ! S'exclama l'autre, presque dégoûté. Tu voulais le faire ?

– Je sais, je sais Ruff', répondit Tuffnut sur un ton honteux. Un instant de faiblesse, c'est tout, je me suis repris rapidement. En même temps, c'était tellement drôle, et puis j'avais un objectif à atteindre, mon soixante-dixième sacre était à portée de main »

Tout en prononçant ces mots, le jeune écossais mit un genou à terre et leva les bras en fixant quelque-chose derrière Harold. Ce-dernier se retourna rapidement pour voir de quoi il s'agissait, mais ne vit rien du tout à part le mur du hangar. Convaincu que les jumeaux étaient complètement cinglés, il soupira avant de se dire qu'il vaudrait mieux qu'il reparte de zéro.

« Bon, fit-il, je pense qu'on est partis du mauvais pied, vous et moi, alors que diriez-vous de tout recommencer ? »

Visiblement confus, les deux jumeaux se regardèrent avant de hausser les épaules.

« Comme tu voudras, dit simplement Tuffnut. Je suis Timothy Thorston, mais tout le monde m'appelle Tuffnut ou Tuff'.

– Moi c'est Richard Thorston, ou Ruffnut ou encore Ruff'.

– Ravi de faire votre connaissance, fit Harold qui était soulagé de pouvoir enfin avoir une véritable conversation avec les deux. Je suis Henri Lecroc.

– Henri… Henri, répéta Tuff' en caressant son menton. H… Je suis sûr qu'il y a quelque-chose à faire…

– Très certainement, mon cher frère, fit Ruff' en imitant le geste de son frère. D'autant plus qu'il m'a l'air très frêle, on dirait une crevette qui parle, ou encore une brindille… Mais c'est bien sûr ! »

Ce fut au tour d'Harold d'être confus, il n'avait pas la moindre idée de ce dont les deux écossais pouvaient bien parler. Ils commençaient même à l'inquiéter.

« Oh oui ! S'exclama Tuffnut. Je crois que je vois où tu veux en venir, mon très cher frère, comment ai-je pu passer à côté de ça ?

– C'était pourtant si simple, renchérit Ruff'.

– Tellement simple que je ne l'avais pas vu.

– A vrai dire, moi non-plus, alors que c'est plus qu'évident.

– Euh… Hésita Harold. Je peux savoir de quoi est-ce que vous…

– Hiccup ! S'exclamèrent alors les jumeaux au même moment en coupant la parole au jeune sergent.

– Je… Je vous demande pardon ?

– Hiccup ! Répéta Tuffnut avec un immense sourire. Voilà ton nouveau surnom !

– Hiccup ? Reprit Harold. Comme le hoquet ?

– Précisément ! Fit Ruffnut. C'est comme ça que nous appelons les enfants les plus chétifs, et c'est parfait pour toi.

– Euh… Merci ? Enfin, je suis pas sûr d'avoir vraiment besoin d'un surnom, surtout un surnom comme celui-là.

– Non-sens que cela ! S'exclama Tuffnut d'un ton hautain. Tout le monde a besoin d'un surnom, or nous sommes les rois des surnoms.

– Il est donc tout naturel que nous te trouvions un surnom parfaitement adapté pour toi, ajouta Ruff'.

– Bon d'accord, soupira Harold. On va prétendre que je suis très heureux d'avoir un surnom pour les besoins de la conversation… Si on parlait d'autre chose, du coup ? Par exemple, comment ça se fait que vous parliez si bien français alors que vous êtes écossais ?

– Ah, jeune Hiccup, je suppose qu'il faut remercier nos parents pour cela, fit Timothy.

– Peut-être bien la seule chose pour laquelle on peut les remercier d'ailleurs, grommela Richard.

– En effet, confirma Tuffnut, nos parents ont toujours voulu que nous ayons la meilleure éducation possible et, d'après eux, l'apprentissage du français en faisait partie.

– Et l'aviation en faisait partie aussi ? Demanda Harold, provoquant des grimaces sur le visage de ses interlocuteurs.

– Eh bien, commença Tuff', pour être parfaitement honnête avec toi, H, nous avons fugué pour pouvoir nous engager.

– Vraiment ? S'exclama Harold en écarquillant les yeux.

– Je sais, je sais, fit Tuffnut en épongeant des larmes fictives sur ses joues, ce n'est pas bien de désobéir à ses parents comme ça, même quand on est adulte, mais nous avons fait ce que nous pensions le mieux, alors ne nous juge pas trop.

– Oh, ne vous inquiétez pas pour ça, dit le jeune garçon en souriant, j'ai moi aussi désobéi à mon père et fugué.

– Pour de vrai ? Demanda Ruffnut. C'est génial ! Je t'avais bien dit qu'on serait pas les seuls, frérot !

– Et donc vous vous êtes engagés dans une escadrille de bombardement ?

– Dès qu'on a su que ça existait, confirma Tuffnut. C'était comme un rêve devenu réalité, pouvoir faire exploser des choses sans être réprimandés, en étant félicités même ! N'est-ce pas merveilleux ?

– Je suppose, oui, répondit Harold en souriant devant l'enthousiasme des deux.

– En effet, mais assez parlé de nous, fit Tuff' en feignant un air sérieux, à ton tour jeune Hiccup, dis-nous tout.

– Eh bien, commença l'intéressé, je ne vais peut-être pas tout dire, mais je vous dois bien quelques présentations. Vous connaissez déjà mon nom – même si vous n'avez pas envie de l'utiliser, alors je vais me contenter de ce que je fais ici. Je suis pilote de chasse de l'armée française, et sergent depuis peu.

– Un tout jeune sergent, hein ? Répéta Tuff' en réfléchissant.

– Attends une seconde, s'exclama alors Richard, tu ne serais pas le pilote de génie dont tout le monde parle ?

– Eh bien… Balbutia Harold. Je ne suis pas sûr que l'on puisse parler de génie…

– Si ! S'écria Tuffnut. C'est bien lui ! Le gamin français qui a abattu cinq adversaires en quelques minutes ! Tu es déjà une légende, mon cher Hiccup ! »

Gêné, le jeune pilote ne savait plus où se mettre. Il n'avait pas l'habitude qu'on le félicite, et encore moins que des étrangers le fassent, même si les deux écossais n'étaient pas les premiers à le faire ce jour-là. Malgré cela, la conversation continua jusqu'à ce que Franz ne vienne les rejoindre. Les jumeaux furent d'ailleurs extrêmement déçus du fait que, non seulement l'homme rondelet avait déjà un surnom, mais en plus que ce-dernier était très bien trouvé. Ils passèrent donc le reste de la discussion à lancer des surnoms au hasard, malheureusement toujours moins bons que ''Fishlegs''. Les quatre hommes poursuivirent leur conversation jusque tard, puisque le temps ne semblait pas s'améliorer, et ne se quittèrent que lorsqu'il fallut retourner aux tentes pour la nuit.

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Le mauvais temps continua encore plusieurs jours, et eut l'avantage de permettre aux soldats de se reposer puisque aucune sortie n'était possible. La base sembla soudain vivre au ralenti, il n'y avait pratiquement plus la moindre activité, si bien qu'Harold fut soulagé lorsqu'un officier vint le voir pour lui annoncer que le capitaine voulait lui parler, l'inactivité commençant à lui mettre les nerfs à vif.

Lorsqu'il entra dans la tente du capitaine, trempé par la pluie qui continuait de tomber, il trouva ce-dernier debout à côté de son bureau, un léger sourire sur les lèvres.

« Ah ! S'exclama-t-il. Voici enfin notre tout nouvel as ! Asseyez-vous, Lecroc »

Harold ne se fit pas prier et s'installa dans la chaise qui se trouvait devant lui, rapidement imité par le capitaine qui se posa dans sa propre chaise.

« Très bien, fit l'homme, j'ai une bonne nouvelle et un ordre pour vous qui devrait vous plaire. Tout d'abord, après vos actions d'il y a quatre jours, il a été décidé unanimement de vous faire chevalier de la légion d'honneur »

A ces mots, les yeux d'Harold s'écarquillèrent et sa bouche s'entrouvrit. La légion d'honneur ! Il s'agissait de la plus haute distinction civile ou militaire française.

« Pour ce qui est de l'ordre, poursuivit le capitaine, c'est très simple. À l'heure actuelle, pratiquement tous les pilotes du monde ont entendu parler de vous et de votre exploit, mais personne ne serait capable de vous reconnaître dans les airs, puisque votre avion est absolument identique aux autres. Il s'agit donc de le rendre reconnaissable, je vous fais confiance là-dessus. Tâchez juste de ne pas oublier de rajouter le symbole de l'unité, la cigogne couchée, le bandeau tricolore puisque vous êtes désormais un as, et votre tout nouveau numéro d'identification.

– Et quel est-il ce numéro ? Demanda Harold.

– Le 3, il s'est libéré récemment, et je suis certain qu'il vous ira très bien »

Sur ces mots, il congédia le jeune garçon qui se leva et le salua rapidement avant de partir. Alors qu'Harold se préparait à sortir sous la pluie, il ajouta un dernier conseil.

« Oh et, Lecroc ? N'oubliez pas de baptiser votre avion, tous les pilotes le font »

Harold acquiesça d'un hochement de tête puis se précipita dehors, courant aussi vite qu'il le pouvait en direction des hangars. Lorsqu'il atteignit les hangars, Harold se dirigea aussitôt vers l'avion qui était le sien et, après avoir discuté avec quelques rampants afin de récupérer ce dont il avait besoin, il se mit au travail. Le jeune pilote savait précisément ce qu'il voulait, à vrai dire, il y avait déjà pensé avant même que le capitaine ne le lui demande et avait beaucoup réfléchi avant de se décider. Il était temps de rendre hommage à sa culture.

Lorsqu'il eut terminé, Harold s'écarta un peu de l'avion et prit un peu de distance afin d'avoir une meilleure vue d'ensemble. En plus des rondaches de l'armée de l'air française, du 3 sur les ailes et le fuselage, de la cigogne couchée et de la bande tricolore, le jeune pilote avait rajouté un blason qu'il avait lui-même conçu. Du point de vue des couleurs, il avait gardé la couleur de base, le beige, et y avait ajouté des bandes noires sur le fuselage et les ailes, et avait repeint la gouverne de profondeur gauche en rouge vif avec un symbole viking blanc en forme de crâne stylisé avec un casque. Tandis qu'il contemplait le résultat de son travail sous tous les angles, les autres pilotes du hangar s'approchèrent pour mieux voir l'avion.

« Eh ben, fit l'un d'eux, ça c'est ce que j'appelle de la peinture. Tu l'as sacrément réussi celui-là, petit.

– Pour sûr, renchérit un second. J'espère que tu lui as aussi donné un nom ? »

Avec un sourire un peu nerveux, Harold s'approcha des pilotes avant de leur répondre.

« Bien sûr, il s'appelle désormais Krokmou »

A peine avait-il lâché ces mots que tous les pilotes explosèrent de rire. Il leur fallut presque une minute avant de parvenir à se calmer.

« Krokmou ? Répéta alors un pilote. Qu'est-ce que c'est que ce nom ?

– A vrai dire, fit Harold d'un ton gêné, ça vient d'une anecdote de mon enfance. Quand j'étais petit, ma mère m'avait confectionné une peluche en cuir représentant un dragon faisant partie des légendes de chez moi et je l'ai appelé Krokmou. C'était un Furie Nocturne, un dragon entièrement noir avec des ailes de chauve-souris, le plus rapide et le plus puissant de tous. D'ailleurs c'est sur ce dragon aussi que j'ai basé mon blason, regardez »

Le jeune garçon leur montra le blason et, en effet, il s'agissait d'une représentation stylisée d'un dragon noir vu de côté, les ailes dépassant vaguement au-dessus de son dos et la queue repliée devant lui de façon à ce que le dessin forme une sorte de cercle.

« Oui, mais s'il est censé être noir, commença un pilote, pourquoi a-t-il une des extrémités de sa queue rouge ?

– Oh, fit Harold avec un sourire, ça c'est une autre anecdote. Pour tout vous dire, lorsque j'ai reçu ma peluche en cadeau, je n'avais que quatre ans et j'en étais terrifié, à un point où j'ai essayé de m'en débarrasser en la jetant dans la mer, mais ça n'a pas aidé. A peine l'avais-je jetée que je m'en voulais horriblement. Après tout, ma mère avait passé du temps à la confectionner rien que pour moi. J'en ai pleuré pendant des jours, jusqu'à ce qu'un des pêcheurs ne l'attrape dans un de ses filets et me la ramène. Elle était en mauvais état, surtout au niveau de la queue, la moitié avait été arrachée. J'ai donc décidé de la réparer moi-même, car je ne voulais pas que ma mère ait à réparer mes bêtises. Avec un peu d'aide du forgeron qui m'a appris à travailler le cuir, j'ai donc réparé ma peluche, mais le problème c'est qu'il n'avait plus de teinture noire, il n'avait quasiment plus rien, juste de la teinture rouge. Je me suis alors dis, tant pis, comme ça au moins je m'en souviendrai. Et voilà donc pourquoi la queue du dragon est à moitié rouge.

– Mais c'est fantastique ton histoire ! S'exclama l'un des pilotes, rejoint par les autres qui acquiescèrent tous. Et donc c'est pour ça aussi que tu as peint ton élévateur gauche en rouge.

– Exactement, comme ça je pourrai me rappeler chez moi quand je serai en vol »

Là dessus, les autres pilotes hochèrent la tête et félicitèrent une dernière fois Harold avant de repartir vers leurs occupations. Le jeune pilote les regarda partir avec un sourire, et allait lui aussi retourner vaquer à ses occupations lorsqu'une voix s'éleva derrière lui.

« Furie Nocturne, hein ? »

Surpris, Harold fit demi-tour et découvrit derrière lui le capitaine. Il n'avait pas la moindre idée de quand ce-dernier était arrivé.

« Ce serait un bon surnom je pense, fit l'homme.

– Peut-être, concéda Harold, mais je connais deux personnes qui auront sûrement leur mot à dire quant à mes surnoms.

– Oh, vous voulez parler des jumeaux écossais ? Demanda le capitaine avec un sourire. Curieux énergumènes, n'est-ce pas ? Je leur ai parlé une fois et ils ont essayé de m'affubler d'un surnom mais ils n'arrivaient pas à se décider dessus. Je leur ai faussé compagnie pendant qu'ils se disputaient »

A ces mots, il salua Harold et partit, laissant ce-dernier en train d'imaginer la scène avec un grand sourire sur les lèvres.

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Finalement, le beau temps fut de retour et, avec lui, les sorties aériennes. Ces-dernières s'enchaînaient jour après jour et, sans qu'Harold eut le temps de s'en rendre compte, des mois entiers étaient passés, apportant avec eux leur lot de nouvelles et de surprises.

La première d'entre elles, fut l'arrivée de nouveaux chasseurs du côté allemand afin de remplacer les Fokker, définitivement obsolètes, les chasseurs Halberstadt . Ces-derniers s'avérèrent de plus coriaces adversaires, jusqu'à ce que les nouveaux Nieuport 17 soient livrés à l'escadrille, avec leur moteur plus puissant et leur structure plus solide, ils étaient bien plus efficaces et faisaient la fierté de Franz qui avait apparemment aidé pour leur conception. Ils étaient d'ailleurs équipés d'une mitrailleuse Vickers synchronisée afin de tirer au travers de l'hélice, l'un des premiers appareils alliés présentant cette technologie.

Pour Harold – ou Hiccup si on écoutait les jumeaux, les missions se révélèrent généralement de grands succès et, malgré une légère blessure au bras à cause d'une balle perdue et une sortie dans laquelle il avait bien faillit perdre la vie suite à une manœuvre un peu trop osée, son score de victoires augmentait progressivement, entraînant avec lui sa collection de médailles. Il reçut en effet plusieurs nouvelles citations à sa croix de guerre ainsi que sa toute première médaille étrangère, la Military Cross, une distinction britannique qu'il reçut après avoir sauvé seul un groupe de cinq bombardiers britanniques qui étaient assaillis par un escadron allemand. Il avait d'ailleurs ce jour-là augmenté de deux son total de victoires, le montant ainsi à dix-sept. De plus, et au grand désespoir des jumeaux, Harold entendit des rumeurs disant que les soldats français l'appelaient désormais ''Furie Nocturne'' et qu'il faisait complètement partie du folklore et des légendes militaires. Apparemment, chaque soldat qui racontait son histoire rajoutait un nouvel élément épique ou dramatique dans le but d'enjoliver l'histoire, si bien qu'Harold perdit le fil des différentes versions, ou plutôt il arrêta de s'en préoccuper lorsqu'il entendit dire que la ''Furie Nocturne'' faisait deux mètres de haut et avait un jour fait atterrir son avion dans un aérodrome allemand qu'il avait aussitôt nettoyé avant de repartir sans la moindre égratignure. Bien sûr, tout cela amusait au plus haut point le capitaine, si bien qu'Harold se demandait si ce n'était pas lui qui avait commencé à raconter n'importe quoi. Ce jour-là, il se promit de ne plus faire attention aux rumeurs et, surtout, qu'il trouverait un moyen de se venger du capitaine en lui trouvant son propre surnom sur lequel les soldats pourraient forger toutes sortes d'inepties. Il était d'ailleurs certain que les jumeaux ne seraient pas contre de l'aider, s'ils ne l'avaient pas déjà fait.

Mais pour tout le monde, la plus grande nouvelle vint en août, lorsque les tout premiers nouveaux modèles de chasseurs furent livrés à l'escadrille. Il s'agissait des Spad VII, des chasseurs qui n'avaient absolument rien à voir avec les Nieuport. Tandis que ces-derniers disposaient d'une excellente agilité, dans les virages notamment, permettant de toujours manœuvrer de manière à garder son adversaire devant soi, les Spad relevaient d'une tout autre philosophie. Équipés à la fois d'un moteur bien plus puissant et d'une structure bien plus rigide et résistante, en particulier au niveau des ailes, le Spad était capable d'atteindre une vitesse près de 40km/h de plus que le Nieuport, de grimper en altitude bien plus rapidement et de monter jusqu'à une très grande vitesse sans danger en cas de plongée. En revanche, il ne fallait pas s'attendre à ce que le chasseur, plus gros et lourd que le Nieuport, se mette à tourner aussi bien que ce-dernier et c'était d'ailleurs son principal point faible, le Spad était incapable de tourner rapidement. Quant à son armement,

Malgré son faible grade, il fut décidé et accepté unanimement qu'Harold obtiendrait l'un des quatre premiers Spad qui avaient été livrés en tant qu'essai, et le jeune pilote accepta avec humilité. Cependant, il ne pilota pas son nouvel avion avant d'avoir fait un peu de peinture. La base de couleur du Spad n'était pas le beige comme le Nieuport, mais du camouflage comportant principalement des nuances de vert. Il y rajouta bien entendu toutes ses marques, le trois, la cigogne, la bande tricolore, son blason, les bandes noires et, bien sûr, la gouverne de profondeur gauche en rouge avec le symbole blanc. Son nouvel avion portait le même nom que son ancien, Harold y voyait là une manière de rendre hommage à son ancien appareil, tout en perpétuant cette volonté d'avoir quelque-chose qui lui rappelle chez lui.

Le jeune pilote n'eut l'occasion d'effectuer qu'un seul vol d'essai avant d'être envoyé en mission et, même s'il était confiant quant à ses capacités, il ne pouvait s'empêcher d'avoir un mauvais pressentiment et, généralement, ses mauvais pressentiments se révélaient souvent justifiés.

La mission était plutôt simple, très classique à vrai dire, puisqu'il s'agissait tout bêtement d'une patrouille de la ligne de front. Des six pilotes participant à la sortie, Harold était le seul à piloter le tout nouveau Spad, les autres étaient encore aux commandes de leur Nieuport, ce qui rendit le vol en formation compliqué pour le jeune pilote qui devait faire très attention à ne pas prendre trop de vitesse et dépasser les autres. Tout se passa néanmoins très bien jusqu'à ce que le groupe arrive au dessus du no man's land. Alors qu'ils volaient toujours en formation en V, un nuage vint se placer en travers de leur chemin, et ils ne pouvaient pas se permettre de l'éviter sans s'écarter considérablement de leur route, ils passèrent donc au travers. Le nuage était très épais, si bien qu'à l'intérieur, il n'y avait plus le moindre repère et Harold ne voyait même plus les autres avions. Se fiant autant qu'il le pouvait à sa boussole et à son indicateur d'assiette, le jeune garçon parvint tant bien que mal à conserver une trajectoire droite et, environ deux minutes après être entré dans le nuage, il aperçut enfin la sortie. Seulement voilà, lorsqu'il émergea du nuage, il était seul et n'avait pas la moindre idée d'où se trouvaient ses camarades. Il se mit donc à tourner la tête dans tous les sens dans l'espoir de les retrouver, mais ne trouva rien, alors il décida de faire demi-tour en longeant le nuage pour voir s'ils n'avaient pas bifurqué à l'intérieur. Tout en restant en dehors du nuage, il commença à revenir en arrière, jusqu'à ce qu'enfin, il aperçut un groupe de cinq chasseurs qui volaient en formation en direction de l'Est. Il ne pouvait pas vraiment les distinguer car, en cette soirée, le soleil qui commençait à se coucher était aveuglant, mais leur nombre et leur direction ne laissait aucun doute quant à leur affiliation. Harold se dirigea donc légèrement à gauche d'eux, afin de pouvoir réintégrer la formation plus facilement. Cependant, plus le jeune pilote s'approchait, et plus il se disait que quelque-chose ne tournait pas rond.

Les quatre chasseurs, qui se trouvaient légèrement plus bas que lui, lui semblaient étranges. Inquiet, il décida de conserver son avantage d'altitude pour le moment, et continua de s'approcher, toujours légèrement sur la gauche. Plus il se rapprochait de la formation, et moins les rayons du soleil gênaient sa vue, lui permettant de distinguer de mieux en mieux les contours des appareils. Soudain, alors qu'il ne se trouvait plus qu'à environ six-cents mètres, il put enfin apercevoir très clairement les avions, et notamment le dessus de leurs ailes, sur lesquelles se trouvaient de grandes croix noires, des croix allemandes. Il ne s'agissait absolument pas des Nieuport de son escadron, il s'agissait des tout nouveaux chasseurs allemand, les Albatros dont il avait seulement entendu parler. Aussitôt, il réagit en prenant un virage vers la droite, droit sur le groupe de chasseurs ennemis. Au même moment, les chasseurs allemands brisèrent leur formation et s'éparpillèrent en réponse à l'attaque d'Harold. Il s'agissait d'une situation rare, les deux camps se rencontrant à bord de tout nouveaux chasseurs, aucun des deux n'ayant déjà vu ou affronté l'autre, ce qui devait très certainement être pourquoi ils n'avaient pas non plus réagit en voyant arriver Harold, ils n'avaient pas réussi à l'identifier.

Fort de son avantage d'altitude, Harold fondit sur l'un des adversaires qui lui offrait une opportunité et tira une rafale de sa mitrailleuse Vickers, touchant le moteur de l'Albatros qui cracha un épais nuage de fumée noire. Harold sourit, sa première attaque avait été chanceuse et avait déjà éliminé un adversaire, plus que trois. Il n'eut cependant pas autant de chance avec les autres, car, poussé par l'habitude, il commença à essayer de tourner en s'engageant dans un combat tournant avec les Albatros, décision qu'il regretta instantanément. Le Spad n'était absolument pas fait pour tourner, contrairement au Albatros qui tournaient aussi bien que les Nieuport, et Harold eut l'impression de piloter une brique. Bien sûr, les allemands en profitèrent et vinrent se placer juste derrière lui pour le mitrailler. Ne laissant rien tomber, Harold fit de son mieux pour éviter les balles qui sifflaient à son oreille et, par miracle, parvint à tourner suffisamment pour avoir l'un des trois appareils ennemis en ligne de mire. Il n'hésita pas une seule seconde et ne lésina pas, laissant son doigt appuyé sur la détente tandis que ses balles fusaient en direction de l'adversaire. Les premières atteignirent les ailes, sans faire beaucoup de dégâts, mais les suivantes touchèrent le moteur et, visiblement, le réservoir de carburant puisque l'avion devant lui prit feu sous ses tirs.

Pendant quelques instants, Harold se dit qu'il avait peut-être une chance de gagner ce combat après tout, puis une douleur cinglante vint lui lacérer le bras et, tandis qu'il sentait un liquide chaud et poisseux couler le long de son bras gauche, il se dit qu'il n'avait aucune chance de l'emporter. La fuite semblait être son seul espoir, il était temps de voir si le Spad tiendrait ses promesses en matière de vitesse de piqué. Le jeune sergent poussa donc le manche vers l'avant, faisant ainsi rentrer son avion dans un plongeon assez raide. Un coup d'œil à la jauge de vitesse apprit à Harold que cette-dernière grimpait en flèche, tandis qu'un coup d'œil vers l'arrière lui apprit qu'il était en train de semer ses adversaires. Ils étaient cependant toujours à portée, et Harold l'apprit lorsqu'une balle vint lui érafler la joue droite sur toute sa longueur avant d'aller se loger droit dans son moteur en traversant son tableau de bord. Le bruit que fit alors son moteur glaça le sang du jeune pilote, qui se demandait s'il allait survivre après tout.

Regardant une nouvelle fois derrière son épaule, Harold vit que, faute de pouvoir le rattraper, les deux chasseurs allemands avaient abandonné la poursuite et avaient fait demi-tour, première bonne nouvelle de la journée, mais la réjouissance qui l'accompagna fut de courte durée. Le moteur d'Harold, trop endommagé, poussa un dernier râle avant d'expirer, laissant le pilote sans moyen de propulsion et avec la douleur de son bras gauche toujours grandissante au fur et à mesure que l'adrénaline du combat se dissipait. Il fallait impérativement que le garçon effectue un atterrissage d'urgence, car il n'y avait aucun moyen qu'il puisse atteindre sa base avec son avion dans cet état. En levant la tête pour mieux voir devant lui, Harold découvrit avec soulagement que, même s'il n'aurait pas assez d'énergie pour atteindre Cachy, il pouvait parfaitement atteindre l'aérodrome de Warfusee, mais l'atterrissage serait délicat.

Tout en se concentrant du mieux qu'il pouvait malgré la douleur, Harold fit planer son avion jusqu'à l'aérodrome et, après avoir effectué de petits virages afin de perdre son excès d'énergie, il se posa le plus en douceur possible. Étonnamment, ce fut l'un de ses atterrissages les plus réussis, mais il n'eut pas le temps d'en profiter, les secousses provoquées par le sol inégal relancèrent de plus belle sa douleur et il perdit connaissance.

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Lorsque Harold se réveilla, il se rendit compte qu'il était allongé dans un lit. Après quelques minutes pour parfaitement se réveiller, il comprit qu'il était dans une tente, très probablement une tente hôpital comme on en trouvait sur toutes les bases et, justement, celle-ci lui sembla aussitôt familière. Grimaçant sous l'effort, Harold voulut se lever en poussant avec ses bras, mais il se rendit compte aussitôt qu'il ne pouvait pas, car son bras gauche, qui était couvert de bandages, lui faisait bien trop mal et il retomba sur le lit. Après plusieurs essais infructueux, il parvint à se lever et, avec beaucoup de difficultés tant son corps était endolori, à atteindre l'ouverture de la grande tente. Il fut aussitôt stoppé par plusieurs infirmières qui étaient juste à l'extérieur, mais il eut le temps de se rendre compte qu'il était de retour à Cachy avant que les infirmières ne le reconduisent jusqu'à son lit en lui demandant de ne plus essayer de se lever avant que le docteur n'ait donné son accord. Avec un soupir, Harold accepta et se recoucha, rapidement rattrapé par le sommeil.

La seconde fois qu'Harold se réveilla, il fut pris en charge par le docteur qui évalua son état et affirma que même s'il ne pourrait pas piloter avant au moins une semaine, il était désormais suffisamment en forme pour quitter l'infirmerie. Il lui indiqua ensuite que le capitaine souhaitait lui parler et, après qu'Harold lui demanda depuis combien de temps il se trouvait ici, lui répondit que cela faisait presque une semaine depuis son atterrissage d'urgence à Warfusee, sur quoi le garçon se figea, incapable de correctement réaliser qu'il avait passé plusieurs jours dans le coma.

Après s'être repris, Harold se dirigea en boitillant légèrement vers la tente du capitaine, félicité au passage par tous les hommes qu'il croisait. C'est le visage cramoisi par la gêne qu'il pénétra dans la tente du capitaine, après tout il ne voyait pas pourquoi il méritait toutes ces éloges puisqu'il s'était fait abattre. Le capitaine arbora un grand sourire lorsqu'il vit entrer Harold, et lui fit signe de s'asseoir devant lui.

« Bon sang Lecroc, s'exclama-t-il après qu'Harold se soit assit, vous êtes increvable ! Un contre quatre en plein vol, avec un appareil tout nouveau face à des chasseurs encore plus performants et non seulement vous survivez, mais en plus vous arrivez à en abattre deux ! Vous êtes quelque-chose, vous.

– Sauf votre respect, mon capitaine, fit Harold prudemment, je ne pense pas vraiment être digne de ces compliments.

– Allons bon, et pourquoi cela ?

– Eh bien tout d'abord, si je n'avais pas perdu de vue mes compagnons, tout aurait été beaucoup plus simple, et ensuite, j'ai quand même été abattu, j'ai été forcé d'atterrir à Warfusee avec mon moteur complètement mort.

– Ah oui, fit le capitaine, le nuage, c'est ça ? Les autres pilotes m'en ont parlé. Pour être tout à fait honnête, ce n'est absolument pas de votre faute, c'est déjà un exploit que vous soyez ressorti droit de cette mélasse. Quant à votre avion, considérant le fait que vous saviez à peine le piloter et que vous étiez seul face à quatre Albatros – qui sont d'ailleurs terriblement efficaces ces engins-là, je pense que c'est un miracle qu'il n'y ait que votre moteur d'endommagé. Et pour couronner le tout, vous avez reçu une sérieuse blessure qui vous a laissé inconscient pendant plusieurs jours.

– Je… Je ne sais pas quoi dire, balbutia le jeune pilote.

– Vous êtes bien trop modeste, mon garçon, mais moi je sais quoi dire, j'en ai parlé avec les généraux, et tous sont d'accord avec moi. Nous allons donc vous décerner la médaille militaire, vous élever au grade de sous-lieutenant et, puisque de toute façon vous n'êtes pas en état de vous battre, vous aurez droit à une permission d'une semaine. Rentrez chez vous, reposez-vous, et revenez-nous en pleine forme »

Harold ne sut pas quoi répondre, alors il se contenta d'acquiescer d'un hochement de tête.

« D'ailleurs, fit le capitaine avec un grand sourire, le postier partira dans deux heures, donc si vous lui confiez du courrier, il arrivera certainement là-bas avant vous. Profitez-en pour prévenir votre famille, et j'ai aussi cru comprendre que vous avez laissé une demoiselle là-bas »

Le jeune pilote ne put s'empêcher de rougir, et s'empressa de partir après que son capitaine l'ait congédié. Cependant, il se dit que s'était une bonne idée de prévenir Astrid, après tout cela faisait plus d'une semaine qu'il ne lui avait pas écrit. Il alla donc prendre de quoi écrire et, malgré la fatigue, commença la lettre.

Chère Astrid,

Je suis vraiment désolé de ne pas t'avoir écrit plus tôt, j'ai été un peu trop absorbé par mes études.

Tu ne devineras jamais, je vais enfin rentrer sur Beurk pour quelques jours ! L'école nous a accordé des petites vacances, et je suis pressé de te revoir. Par contre, j'ai été un peu trop enthousiaste en sport, et je me suis fait mal au bras gauche, j'ai encore du mal à le bouger et il est couvert de bandages, comme je suis gaucher, ça veut dire que ça fait une semaine que je ne peux pratiquement plus travailler, même les maths.

Mais tu devrais le voir bien assez tôt, puisque je pars demain et, normalement, tu devrais recevoir cette lettre la veille de mon arrivée.

J'espère que tu vas bien et je suis impatient d'être à tes côtés.

Ton fiancé qui t'aime,

Harold.

Satisfait, Harold posa sa plume et, tout en bâillant, plia la lettre pour la ranger dans une enveloppe. Il nota machinalement l'adresse du destinataire et celle de l'expéditeur, posant une demi-seconde en se rappelant de l'endroit où il se trouvait, puis parti en direction du postier qui était en train de se préparer à partir. Tandis qu'il lui remettait sa lettre, Harold se dit qu'il ne savait pas combien de temps encore il parviendrait à garder son secret, car à force, sa fiancée allait finir par se dire qu'il était devenu fou à parler des maths en permanence comme s'il s'agissait d'une grande bataille. Décidant qu'il était de toute façon bien trop fatigué pour réfléchir à ça, Harold remercia le facteur et repartit en direction des tentes des pilotes. Il n'avait qu'une envie, c'était d'aller dormir pour être en forme pour partir le lendemain.

Derrière le jeune pilote, le facteur démarrait son avion et s'apprêtait à décoller, son sac rempli de lettres qu'il déposerait à divers endroits où elles seraient ensuite prises en charge par d'autre facteurs qui se chargeront de les livrer. Parmi elles se trouvait la lettre d'Harold, avec d'un côté marqué :

Astrid Hofferson, île de Beurk, Charente inférieure.

Tandis que de l'autre était indiqué :

Harold Haddock, base de Cachy, Sommes.

Inconscient de l'erreur qu'il avait commise, Harold se glissa dans son lit et, tout en rêvant de sa réunion imminente avec Astrid, il s'endormit tranquillement.


Comme petit mot de fin, un grand merci à DexWolf pour avoir ajouté ma fic à ses favoris, et pour les autres j'espère que ça vous aura plu, n'hésitez pas à vous abonner/fav/review/whatever...

Pour le prochain chapitre, j'espère qu'il sera terminé à temps pour jeudi, mais ce n'est pas 100% certain, mais au plus tard vous l'aurez le dimanche, ne vous en faites pas ;)