Disclaimer : les personnages appartiennent à Haruichi Furudate

Auteur : LilaCookies

Titre : Le gendarme et le voleur / Partie 2 : « La Danette au chocolat, c'est la vie ! »

Genre : UA, romance, humour, yaoi

Rating : T

Commentaires : Merci pour vos mots, vous faites battre mon palpitant ;-)

Sans plus de préambule, voici la deuxième partie de cet OS, bonne lecture !


Sans un mot, il esquisse un pas vers la sortie avec un sourire pas du tout désolé.

Aïe.

Un deuxième pas.

Ouille.

Il grimace, tente de faire bonne figure mais l'autre a perçu le mal.

- Vous vous êtes blessé en tombant, n'est-ce pas ?

- Tout va bien. Je vais traîner ma carcasse « d'huître bouillie » jusqu'à la voiture.

- Vous n'êtes pas en état de marcher…

- Je ne suis pas en état de rester.

- Venez-vous assoir que je regarde !

Encore ce ton autoritaire et pourtant la démarche se veut gentille.

- Non.

- Ne soyez pas stupide, vous pouvez à peine poser le pied par terre.

A contrecœur, tentant de se draper dans le peu de fierté qu'il lui reste, le chat se laisse guider jusqu'au canapé.

Il est un peu médusé par tant de prévenance après leur échange tendu.

Confortablement assis, le blessé observe l'autre s'accroupir devant lui.

Délicatement, adroitement, gentiment, il lui enlève son chausson droit puis sa chaussette.

Les mains sont chaudes et un peu calleuses.

Les forces de l'ordre commencent à inspecter la cheville avec méthode.

Les forces de l'ordre sont douces sur l'articulation déjà gonflée et bleuie.

- La culpabilité vous rend aimable.

Le docteur improvisé penche la tête sans comprendre, avec ses cheveux hérissés il ressemble à un hibou. Le félin insiste :

- Vous avez ri quand je suis tombé !

Il sourit sans une once de remords mais avec bienveillance :

- C'était drôle.

Certes.

Le verdict tombe :

- Entorse !

Le pied est posé en hauteur sur un pouf en velours.

- Je vais vous chercher de la glace et de l'Ibuprofène. Restez tranquille.

- Vous craignez que je termine mon cambriolage ?

- Avec une entorse pareille, j'en doute. Je reviens.

Cette voix qui commande avec naturel et assurance, ce n'est pas humain, ça laisse le chat muet.

Le propriétaire se lève et quitte le salon laissant tout le loisir à son « invité » de scruter son appartement à la lumière des lampes.

Les lieux n'ont pas vraiment de style défini, des meubles et une décoration hétéroclites se côtoient sans complexes créant une ambiance chaleureuse et intime. L'habitation semble propre -sans être archi-propre comme la sienne- et l'on s'y sent bien.

Trop bien.

Beaucoup trop bien.

Qu'est-ce qu'un mec comme ça fait seul chez lui un samedi soir ?

C'est louche.

Il y a anguille sous roche.

Ne serait-ce pas le moment de paniquer ? De fuir ?

L'autre est probablement un psychopathe, il est parti chercher un couteau, il va le découper vivant et il finira dans une benne à ordure dans la rue.

L'imagination galope, les yeux sont plissés. Il les ferme un instant pour réfléchir.

Grave erreur, il n'arrive pas à se faire un nœud au cerveau.

Le voleur est fatigué et sa cheville au repos commence à le lancer.

Trop épuisé pour sauver sa propre vie. C'est moche.

Il accepte son fatal destin dans un « mourrons en paix » tragique.

Quand il rouvre les yeux dans un sursaut après s'être assoupi, l'infirmière est là avec un plateau qu'elle pose sur la table basse. Le blessé se redresse et cligne des yeux pour se remettre les idées en place.

Il est entier.

Deux sandwichs trônent au milieu du plateau et font hausser un sourcil au chat qui redevient suspicieux :

- Vous nous avez préparé un pique-nique ?! Ce n'est pas un rendez-vous galant…

- Il ne faut pas prendre un anti-inflammatoire le ventre vide, vous auriez un ulcère.

- C'est...gentil..?

L'américain lui pose la poche de glace sur la cheville et s'explique :

- J'ai l'habitude des entorses, je compatis.

- Et la deuxième assiette ? Vous comptez également prendre un Ibuprofène ?

- Non, vous m'avez donné faim !

Le félin manque de s'étouffer -ou de ronronner- face au clin d'œil complice de son vis-à-vis, il ne sait plus quelle attitude adoptée.

Le changement d'ambiance est bizarre.

Le canapé est bien trop confortable pour une situation inconfortable.

Heureusement que le sandwich est là pour masquer la gêne qui étreint le chat : il mord dans le pain frais avec une noisette de beurre et un bon jambon.

Le policier semble aimer les produits de qualité.

L'animal n'a malgré tout pas très faim, la morsure du froid sur son pied le pique et maintenant que sa cheville est froide il mesure l'ampleur des dégâts.

S'il veut sortir de cet appartement et rentrer chez lui, il va clairement devoir ramper.

Son hôte perçoit sans doute son visage soucieux car il dit simplement :

- Vous pouvez rester autant que nécessaire.

- Il faut plusieurs semaines pour soigner une entorse, je ne vais pas camper ad vitam aeternam* sur votre canapé. Il faudra bien que je rentre chez moi.

- Je me permets de vous rappeler que vous ne pouvez pas conduire dans cet état, c'est la loi.

- Vous êtes vraiment policier ?

Le grand lui répond avec surprise :

- Bien sûr ! Pourquoi vous mentirais-je ?

- Vous ne me connaissez pas.

- Ce n'est pas une raison pour vous mentir.

- La plupart des gens n'adhère pas à cette philosophie.

- Je ne suis pas la plupart des gens.

Ce n'est pas la modestie qui l'étouffe mais le félin est touché par cette sincérité sans filtre :

- Vous êtes déroutant.

- Dis le gars qui entre chez des gens qu'il ne connaît pas, affublé d'un costume de chat ridicule…

- Ridicule ? Rassurez-vous, je suis d'habitude bien plus conventionnel.

- D'où je suis, vous n'avez rien de conventionnel.

Le chat regarde perplexe son interlocuteur :

- Vous me draguez ?

- J'essaie de vous comprendre, déformation professionnelle sans doute.

- Comme ça on est deux à être pommés…

- Nous pourrions commencer par nous présenter de manière classique ?

Le "voleur" n'est pas dupe, cet homme semble effectivement policier et il ne doute pas qu'il analysera et vérifiera la moindre des informations qu'il lui donnera. A commencer par son nom.

Devant la méfiance de l'animal blessé, les forces de l'ordre annoncent dans un sourire généreux :

- Bokouto Koutarou.

Il tend une large main que le félin saisit timidement en fronçant les sourcils :

- Vous portez un nom japonais ?!

- Il semblerait.

- Vraiment ?

- Je vous l'ai dit, je ne mens jamais.

Le méfiant jauge un instant son interlocuteur :

- C'est étrange.

- Comment m'auriez-vous appelé ?

- Quelque chose de plus hollywoodien, genre Ryan.

Il se retient d'ajouter « Gosling » même s'il ne doute pas que le torse de ce Koutarou n'a rien à envier à l'acteur.

- Hein ?

- Je pensais que vous étiez américain.

- Qu'est ce qui a bien pu vous faire penser ça ?

- Vos dents.

- Hein ?

- Elles sont vraiment très blanches.

Bokuto éclate d'un rire tonitruant et grave :

- Ha, ha, vous êtes bizarrement bon ! Vous pourriez vous aussi être policier ! Mon grand-père paternel était japonais, je porte son nom, mais ma mère est américaine.

Il sourit, les yeux brillants :

- Maintenant que vous savez tout de moi, me donnerez-vous votre nom ?

Un silence.

Une décision de faire un petit peu confiance est prise :

- Akaashi Keiji. Chat-cambrioleur-bien maladroit !

- Vous admettez enfin être un voleur.

- Au point où nous en sommes…

- Vous portez vous aussi un nom japonais.

Avant de répondre, Keiji note que le policier décortique bien l'ensemble des informations qu'il vient de donner.

- Vous ne devez pas être surpris. Contrairement à vous, c'est écrit sur mes traits.

A nouveau le propriétaire des lieux s'attarde un peu trop sur les iris bleus :

- Sauf pour vos yeux.

- Des ancêtres russes d'un côté et français d'un autre -si j'en crois ma mère- mais je suis le seul de ma famille avec cette particularité.

Le chat se demande vaguement pourquoi il lui répond avec autant de détails, peut-être cette paire d'orbes dorées qui le fixe infatigablement.

Les yeux de l'hôte finissent pas se poser sur son « dîner » à peine entamé :

- Vous ne terminez pas votre sandwich ?

Le chat sourit poliment :

- Je n'ai plus très faim.

- Vous avez mal ?

- Non.

L'hôte ne relève pas ce morceau de bravade et propose :

- Voulez-vous un dessert plutôt ?

- Non, merci.

- J'ai des Danettes au chocolat…

Le sourire pleins d'enthousiasme attendri Keiji :

- Ça ira.

- Un thé ou un café alors ?

- Je ne voudrais pas abuser de votre gentillesse.

- Voyons, Akaashi, je pense que nous avons franchi ce cap il y a un moment déjà…

- C'est vous qui m'avez invité à m'assoir sur ce canapé !

- Vous m'avez fait mal au cœur avec votre blessure et votre costume moche.

- Soyez pleinement honnête, avouez que vous aimez jouer au gendarme et au voleur !

- Les chats sont vraiment des ingrats !

- On les adopte quand même parce qu'ils égaient la vie.

- Ou par masochisme ?

- Je vous laisse en juger !

Un sourire énigmatique vient faire écho à cette affirmation.

Pas d'autres mots.

Keiji se laisse tenter par une boisson chaude :

- Bon, puisque vous le proposez si gentiment : avec plaisir pour un café.

La tête de l'hôte est clairement un peu déçue :

- Vous êtes sûr pour la Danette ?

- Vous avez besoin d'une excuse pour manger votre propre dessert ?

- Je ne voudrais pas passer pour un salaud en mangeant ma crème au chocolat devant vous…

- Voyons, Bokuto, je pense que nous avons franchi ce cap il y a un moment déjà…

Piégé.

Un clin d'œil.

Des sourires en coin qui s'échangent :

- Je vous donne l'autorisation.

- Trop aimable !

Il va chercher le café et sa crème dessert, cela le met visiblement en joie car ses joues prennent une teinte guillerette.

- Merci. Vous aimez la Danette…

- La Danette au chocolat, c'est la vie !

Sur ces paroles il saisit une cuillérée qui vide la moitié du pot. Il savoure quelques secondes puis demande :

- Lorsque vous ne vous déguisez pas en chat, que faites-vous ?

- J'enseigne les sciences à des adolescents.

- Ceci explique cela.

- Hum ?

- Vous avez un côté très « prof ».

- C'est-à-dire ?

- Disons que vous avez une réponse pour tout.

- Il faut bien, les enfants ont souvent beaucoup de questions.

- Je ressemble à un enfant ?

Le dessert est terminé. Un doigt vient saisir la dernière goutte pour être soigneusement plongé dans la bouche et être dégustée. Le geste pourrait être celui d'un enfant –quoi que- mais le regard est brûlant et prédateur.

Keiji est si troublé qu'il manque de s'étouffer avec sa gorgé de café. Le chat se demande si c'est intentionnel ou s'il est trop con pour se rendre compte à quel point il est sexy :

- Vous ne faites dans pas la subtilité avec ce doigt !

- Hum ?

Encore cette tête qui se penche innocemment :

- Vous vous posez trop de questions.

- Sans doute.

Le fan de dessert se lève sans crier gars et revient quelques secondes plus tard avec une nouvelle Danette.

- Vous n'avez plus peur de passer pour un salaud en mangeant votre dessert devant moi ?

- Je crois que ça vous a plu.

Keiji ne peut décemment pas s'empêcher de rougir. Ou il a vraiment l'esprit mal placé, ou ce gars le chauffe avec une bouilloire.

Il ne sait plus très bien à quoi ressemble la séduction, il y a trop longtemps qu'il n'y a pas gouté.

C'est peut-être juste un psychopathe.

C'est peut-être le moment de poser les bonnes questions :

- Que faites-vous seul chez vous à écouter du rock dans le noir ?

- Est-ce interdit ?

- Nous sommes samedi soir, vous avez quoi, un peu plus de trente ans ?

- Exact, trente-quatre pour être précis et toutes mes dents -comme vous l'avez notifié.

Le félin poursuit :

- Vous semblez vivre seul et vous êtes beau.

Un sourire à illuminer une nuit d'hiver vient illustrer la remarque :

- Merci.

- C'est juste un constat.

Il marque une pause.

- Même moi j'ai fait l'effort de sortir pourquoi pas vous ?

- Où voulez-vous en venir ?

- Dans la mesure où je suis là –sur ce canapé-, alors que vous auriez pu, dû, me laisser repartir il y a un moment déjà, j'en déduis que vous avez grandement besoin de compagnie. La solitude soulève des questions dans notre société...

- Vous vous demandez ce qui cloche chez moi pour que je sois seul un samedi soir?

Ennoncé à haute voix, Keiji est un peu honteux face à sa question et rougit.

Le policier s'explique tout de même gentiment :

- Je travaille beaucoup.

- C'est une excuse facile pour beaucoup de choses. Ce n'est pas une raison pour intercepter le premier inconnu venu.

- Détrompez-vous, vous êtes là parce que j'ai immédiatement apprécié votre compagnie. Notre conversation vous embête t-elle ?

- Non mais la situation m'intrigue et personne ne m'intrigue jamais, c'est ennuyeux.

Une certaine fierté, et un peu trop d'intensité s'affichent sur le visage du policier :

- Ah ?

Le félin réalise qu'il vient d'admettre une certaine attirance et se mord la lèvre.

Doucement, le hibou se rapproche du chat, il sent le chocolat, le déraisonnable et l'absurde.

Il dit dans un souffle :

- Vous me fascinez aussi Akaashi.

Le foudre frappe une deuxième fois.

- Je n'ai rien dit de tel.

Le sourire de l'autre est bien trop satisfait :

- Vous me plaisez et je crois que je vous plais.

Leurs corps se touchent presque et le professeur se sent pris d'un léger vertige, il panique n'étant pas sûr de savoir comment réagir :

- Hein ? C'est un peu soudain, non ?

- Je vous l'ai dit je ne mens jamais.

- Oui, enfin il y a une marge entre « je ne mens pas » et « je dis tout ce qui me passe par la tête » !

- Vous êtes choqué ?

- Non atterré.

- Atterré ? Merde, vous n'êtes pas gay ?

Devant le mutisme du chat qui perd pied, sa mine se fait boudeuse, il s'écarte puis éclate de rire, objectivement mal à l'aise :

- Je suis désolé si je vous mets dans une situation inconfortable.

Il se lève brusquement et saisit son téléphone portable.

- Je vous appelle un taxi.

Keiji, pétrifié, le regarde faire les cent pas dans le salon tandis qu'il lui réserve un véhicule pour rentrer.

Une fois terminé, le policier continue à marcher de long en large tout en s'excusant.

Le chat se retrouve face à une personne complètement différente, son assurance a fondu et l'auto-flagellation le guette :

- Je suis vraiment désolé. J'ai mal interprété la situation. J'espère ne pas vous avoir fait peur ? Je suis infiniment désolé, je ne voulais pas vous kidnapper dans mon appartement, je ne suis pas un pervers, j'ai juste…

La tirade maladroite a le mérite de sortir le félin de son apathie, il se lève malgré la douleur :

- Bokuto, arrêtez !

Le ton est ferme et stoppe net la course folle du hibou.

Keiji claudique jusqu'à lui et lui prend le bras.

- Ok, je l'admets, vous me plaisez.

Le sourire qui illumine alors le visage de son vis-à-vis fait cligner des yeux le voleur tant il est intense. Ce revirement de situation déroute à nouveau Keiji :

- Vous êtes vraiment perturbant, vous me donnez le tournis.

- Si je vous plais, pourquoi m'avoir repoussé ?

- Vous m'avez pris par surprise. Je n'aime pas trop l'inattendu et toute cette rencontre est hautement improbable.

Bokuto le regarde sans oser bouger :

- Je vois. Et maintenant ?

C'est au tour d'Akaashi de sourire à en éblouir son interlocuteur, il prend quelques secondes, rassemble son courage et son désir pour demander sobrement :

- Embrassez-moi ?


*ad vitam aeternam : pour toujours, il me semble évident que Keiji a fait du latin au lycée et il a quelques restes.