Chapitre 2 : Ce que Ramsay Bolton mérite
Robb avait été tenté, très tenté, après avoir envoyé la tête de Frey à Kings Landing, de s'introduire dans la ville et de réclamer sa livre de chair des Lannister et particulièrement de Joffrey et de Tywin. Mais il avait finalement trouvé le risque beaucoup trop grand. Devait-il mourir dans l'entreprise, Roose Bolton vivrait toujours, et cela l'enrageait bien davantage que la survie des Lannister. Parce qu'aussi méprisables et fourbes qu'ils soient, les Lannister avaient été l'ennemi. Robb savait à quoi s'attendre avec eux. Enfin, il l'avait cru, car il n'aurait jamais pensé que Tywin Lannister pouvait avoir recours à des moyens aussi bas et abjects pour l'éliminer.
Mais Roose Bolton... voilà un homme qui l'avait nommé son roi, qui l'avait conseillé, qui s'était battu à ses côtés pour finalement lui plonger un poignard en plein cœur et tuer ses propres compatriotes, des hommes, non pas Lannister, mais du Nord, comme lui : des Mormont, des Umber, des Hornwood, des Cerwyn, des Forrester, tous massacrés sur l'autel de l'ambition de Roose Bolton.
Robb s'en voulait de lui avoir fait confiance. Sa mère, si sage sur tant de sujets, l'avait prévenu. Et il avait pensé être suffisamment méfiant. Il avait été certain d'avoir pris des précautions. Mais il avait été aveugle. Aveugle à la vilenie jusqu'à laquelle pouvait s'abaisser les hommes lorsqu'ils étaient avides de pouvoir et affectaient l'honneur plutôt que d'en posséder une once.
Non. Les Lannister pouvaient attendre. Qu'ils continuent leurs jeux insignifiants pour le trône de fer, ils finiraient tous par s'y couper. Roose Bolton, par contre, avait pris Winterfell et l'avait revendiqué comme sien. La demeure de ses ancêtres, celle où il avait grandi ! Robb ne pouvait laisser cette raclure de Bolton en parcourir les salles impunément.
Robb plongea profondément son regard dans le regard d'ambre de Nymeria.
Il avait rencontré la louve géante d'Arya dans les forêts juste au-dessus de Greywater Watch, là où l'air se faisait plus clair et plus frais et où la lumière se faisait blanche des neiges qui tomberaient bientôt sur le Nord et le recouvriraient d'un mince tapis de poudreuse. Elle et sa meute avaient d'abord entouré Robb et sa dizaine de loups, prévenant les intrus qu'ils courraient maintenant sur son territoire. Alors Robb avait repris forme humaine et s'était posté droit devant elle, à quelques pas à peine, les dents découvertes et le regard inflexible.
Nymeria avait été intriguée. Ce loup qui avait ressemblé à son frère Grey Wind, mais en beaucoup plus gros et avec un pelage beaucoup plus foncé, avait maintenant l'apparence d'un humain, tout en ayant l'odeur d'un loup. Un humain qui ressemblait fortement au frère de portée de son humaine. Puis Nymeria le reconnut. Elle s'inclina, comme elle avait vu les humains le faire quand elle était plus jeune et accepta le nouveau meneur de meute.
Robb retourna alors à quatre pattes, hurla profondément et courut en avant, vers le Nord, vers Winterfell et vers les Bolton.
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Roose Bolton regardait son héritier avec une certaine perplexité qu'il se retenait cependant d'afficher, conservant les traits froids et impassibles qui le caractérisaient. Ramsay mangeait devant lui, avec un étrange mélange d'affectation et de gloutonnerie vorace. Il mordait dans la viande avec vigueur, l'arrachait presque de sa fourche, comme s'il était plutôt habitué à l'arracher directement de l'os, ce qui n'aurait vraiment pas étonné Roose, étant donné qui avait élevé son bâtard de fils.
- Comment se porte la collecte des taxes, Ramsay ? Certaines maisons refusent-elles de payer ?
Ramsay avala rapidement sa bouchée et gratifia son père d'une grimace qui avait l'air presque contrite.
- Quelque-unes. Les Cerwyn et les Reed, notamment.
Un large sourire s'épanouit soudain sur son visage et ses yeux bleus s'éclairèrent d'une lueur démente.
- Mais ne t'en fais pas père, je sais exactement comment les convaincre.
Roose vit soudain toutes les raisons de s'inquiéter, au contraire. Ce n'était pas comme s'il ignorait les loisirs tordus de sa progéniture. Il se demandait quelquefois si c'était à cause de la façon dont il avait été conçu. Le viol de la mère sous le corps fraîchement pendu de son époux avait-il été à l'origine de la nature pernicieuse de son enfant ? Il était sûr que Ned Stark, fervent adepte des Anciens Dieux, le croirait. "Le mal engendre le mal", dirait-il en l'une de ces sentences prétendument sages et avisées dont les Stark s'étaient fait les experts. Mais Ned Stark était un fou idéaliste et Roose ne croyait pas que les Anciens Dieux aient encore beaucoup de pouvoirs en ce monde. Pas plus que les Nouveaux.
- Nous avons besoin de gagner le soutien des maisons encore fidèles aux Stark et ce n'est pas en nous faisant détester que nous le ferons.
- Non, en effet mon cher père, c'est en nous faisant craindre. Et je sais exactement comment faire.
- Sache doser la quantité de crainte que tu instigues chez les gens, répondit sèchement Roose. Si tu vas trop loin, la crainte va se changer en haine et je n'ai pas besoin d'une révolte sur les bras. Surtout pas après ce qui arrivé aux Frey.
Le sourire de Ramsay s'élargit.
- N'ai-je pas d'ors et déjà prouvé que je sais exactement ce que je fais, père ?
Roose jeta un œil rapide à Reek, ou Theon Greyjoy, comme il s'était un jour appelé, et retint un frisson. Son fils était un monstre, mais c'était un monstre utile et, pour l'instant, son seul héritier.
Roose savait parfaitement ce qui avait causé l'humeur joyeuse de son fils ces derniers jours. Il était beaucoup de choses, mais pas un imbécile. Il était en pleine négociation avec Walder Frey lorsque celui-ci était mort dans des circonstances pour le moins... troublantes. Les fiançailles de Roose avec Walda Frey avaient été compromises par la mort du patriarche, mais aussi de tous les mâles, vieux ou jeunes, de la maison Frey.
Ramsay, qui n'avait pas vu d'un bon œil la tentative de remariage de son père, avait été extatique et son humeur ne s'était pas assombrie depuis : pas de nouvelle femme en vue et donc pas de risque qu'un héritier légitime ne vienne l'évincer de la lignée de succession; la vie lui souriait.
La mort des Frey avait aussi eu le regrettable effet de ranimer la flamme de la rébellion que Roose Bolton venait tout juste d'étouffer au sein des maisons fidèles aux Stark. Les maisons Mormont, Reed et Cerwyn avaient été les plus vocales quant à leur mépris vis à vis de sa gouvernance, là où d'autres se contentaient d'une froide neutralité. Si les Mormont étaient bien protégés sur Bear Island et les Reed bien cachés sur la forteresse flottante de Greywater Watch, les Cerwyn n'étaient qu'à quelques heures de cheval et pouvaient facilement être intimidés, ou matés, s'ils continuaient à se montrer récalcitrants. Ils constitueraient un bon exemple.
- Tu chevaucheras jusqu'au château des Cerwyn demain. Je m'attends à ce que tu uses d'une certaine... diplomatie, prévint Roose Bolton.
- Je ferai preuve de mon meilleur comportement, père, répondit Ramsay, une lueur maligne et facétieuse dans le regard.
Roose hocha sèchement la tête et se retint de grincer les dents. Ramsay ne manquait pas une seule occasion de lui rappeler qu'il était son fils dans une tentative parfaitement polie et hypocrite de l'agacer, et ça ne marchait que trop bien.
Le hurlement d'un loup retentit dans le lointain, mais ni Roose ni Ramsay n'y prêtèrent attention. Winterfell était située juste à côté du Wolfwood. Ce n'était pas rare d'entendre hurler quelques bêtes.
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Robb avait eu l'agréable surprise de tomber sur un camp de soldats fidèles aux Stark dans les profondeurs du Wolfwood. Il avait bien sûr eu quelques espoirs de retrouver quelques hommes rescapés du Sac de Winterfell, mais il ne s'attendait pas à en trouver autant et aussi près de la demeure de ses ancêtres. Son apparition avait provoqué une vague de stupéfaction, d'espoir et de crainte au sein des hommes rassemblés et dirigés par Mikken, l'ancien forgeron de Winterfell.
- Votre Grâce, avait-il murmuré en contemplant son seigneur avec des yeux embués par l'émotion, comment...
- Je ne suis moi-même pas capable de l'expliquer complètement Mikken, avait répondu Robb en serrant l'épaule du forgeron. Sache juste qu'une magie très puissante et très ancienne était impliquée et que je ne suis pas revenu identique à ce que j'étais auparavant.
- Ça... je veux bien le croire, Votre Grâce.
Tous avaient vu l'énorme loup, haut comme un cheval, au pelage gris et roux foncé, prendre forme humaine pendant qu'une meute constituée d'une trentaine de loup et d'un direwolf qui ressemblait beaucoup, d'après Mikken, à la louve de la petite Lady Arya, se répandait à ses côtés. Les hommes avaient pris fébrilement leurs armes, soudain inquiets, jusqu'à ce que Mikken voit le visage de l'homme et prononce son nom.
Les chuchotements craintifs, fascinés et admiratifs avaient rapidement circulé au sein du campement : les mots « warg » et « werewof » revenaient le plus souvent.
- Si ça ne te dérange pas Mikken, dit Robb en frissonnant, je ne serais pas contre poursuivre cette conversation près d'un feu et vêtu de quelques vêtements, l'air est frais quand on n'a pas de fourrure.
Mikken rougit presque et dut retenir son regard de dévier automatique vers l'entre-jambe de son roi. Un jeune garçon, peut-être douze ans ou plus, se précipita pour apporter à Robb un lourd manteau de fourrure, en se gardant bien de quitter des yeux le tronc d'arbre dans lequel son regard s'était planté. Robb eut, pour la première fois depuis sa mort, un sourire honnêtement amusé et remercia le garçon tout en s'enroulant dans le manteau.
Dès qu'il fit quelques pas à l'intérieur du campement, sa meute se dispersa et disparut entre les arbres. Robb vit Mikken leur jeter un regard anxieux.
- Ils ne vous attaqueront pas, le rassura Robb, la voix suffisamment haute pour être entendu des hommes qui les entouraient. Ils m'obéissent. Et je réserve leur appétit pour les Bolton.
Sur son passage, chaque homme regardait Robb avec des yeux étonnés et émerveillés. Le Roi du Nord était de retour.
- J'ai des vêtements de rechange dans ma tente, si vous voulez Votre Grâce.
- Merci Mikken, mais je n'en aurai pas besoin. Je repartirai assez tôt.
Mikken hocha la tête et ils prirent place autour du feu. Robb jeta un regard expressif autour du camp, étonné de le voir si bien équipé.
- Comment avez-vous eu autant d'équipement ? Ça m'étonnerait que Ramsay Bolton vous ai laissé le temps de préparer un balluchon.
Mikken grimaça.
- Hum... Pas mal de vols, Votre Grâce, j'en ai peur. Et même si j'ai ordonné d'attaquer surtout les hommes des Bolton, je ne suis pas sûr que tous m'aient écouté. Quelques villageois de Winter Town déposent des vivres de temps en temps pendant la nuit et j'ai envoyé des hommes demander de l'aide à Lady Mormont, sur Bear Island. Ils sont revenus il y a une lune environ, avec des tentes, des vêtements et du ravitaillement. Nous ne sommes qu'une petite trentaine et nous pensions monter au Nord et rejoindre quelques-uns de vos hommes réfugiés chez Lord Umber. Il y en a d'autres au château des Cerwyn, à Deepwood Motte et à Hornwood. Peut-être cent ou cent cinquante en tout.
- J'ai entendu que les Whitehill essayent de prendre Ironath aux Forrester.
Mikken parut étonné qu'il connaisse ces informations.
- En effet, Votre Grâce. J'avais pensé leur porter secours, mais nous ne sommes pas assez nombreux.
- Tu as dit que certains hommes s'étaient réfugiés auprès de Lord Cerwyn ?
- Oui, votre grâce.
- Combien à ton avis ?
- Je l'ignore, votre grâce. Vingt, trente ? Peut-être un peu plus mais cela m'étonnerait. Ils sont sans doute partis depuis. Le château de Lord Cerwyn est devenu bien trop proche de Winterfell depuis que les Bolton y règnent.
- Je te demanderais de rester encore quelques jours ici, Mikken. Lorsque je reviendrai, j'aurai peut-être une solution pour aider les Forrester et porter le premier coup à ce traître de Roose Bolton.
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Les loups sont vifs, intelligents, discrets quand ils le veulent et ont une excellente ouïe. Robb n'avait pas manqué de découvrir rapidement leur utilité en tant qu'espions. Utilité qu'ils avaient déjà prouvée dans les Riverlands, quand Robb avait cherché à débusquer les fils de Walder Frey, et qu'ils démontraient encore, avec une redoutable efficacité, dans le Nord, où les Bolton étaient détestés par bon nombre de gens du peuple, où les Stark étaient encore bien aimés et leurs liens avec les loups bien connus.
Les nouvelles de la mort des Frey et les rumeurs qui les avaient accompagnées avaient rendu les villageois particulièrement vigilants, et là où ses loups avaient dû se cacher dans les Riverlands, dans le Nord, ils étaient accueillis, sinon avec joie, en tout cas avec une certaine solidarité. Le fait que pas un des loups ne se montrait agressif envers les humains renforça les rumeurs que Robb Stark était devenu un warg puissant et certains avaient même commencé à nourrir les bêtes et à leur raconter tout ce qu'ils savaient des mouvements des Bolton.
Entre ce qu'il voyait à travers leurs yeux, ce qu'il entendait à travers leurs oreilles et ce qu'il sentait à travers leurs museaux, Robb avait une idée très précise de ce qu'il se passait à Winterfell et commençait rapidement à étendre son réseau à la totalité du Nord, au fur et à mesure que plus de loups s'ajoutaient à sa meute et couvraient de plus vastes territoires.
Il n'avait donc pas fallu longtemps à Robb pour savoir que Ramsay Bolton et une cinquantaine d'hommes étaient sortis de Winterfell et qu'il se rendait au château des Cerwyn pour réclamer à nouveau leur allégeance et les taxes. Robb était très tenté de l'arracher de son cheval au beau milieu de ses hommes et de lui arracher les tripes et la gorge comme il l'avait fait avec Black Walder. Ramsay Bolton était un être méprisable et les « parties de chasse » qu'il organisait relevaient de la nature humaine la plus vile et corrompue.
Mais la trahison de Roose l'avait rendu plus méfiant envers ses vassaux et s'il ne doutait pas des Reed et des Mormont, il se demandait jusqu'où allait aller la fidélité des Cerwyn. Robb se contenta donc de devancer Ramsay et attendit bien sagement son arrivée dans les bois près du château. Malgré sa taille impressionnante, le jeune loup était très bon pour se dissimuler. Aussi, si plusieurs guetteurs, soldats et lavandières le virent roder dans les bois, ce fut uniquement parce qu'il le voulut. Il voulait que les hommes au service des Cerwyn sache que l'animal emblématique des Stark était là, veillant sur le château et ses occupants et prêt à intervenir en cas de difficultés.
Ramsay Bolton n'était plus très loin du château, Robb percevait le bruit des sabots de ses chevaux, lorsqu'un petit garçon, envoyé par ses parents depuis une ferme avoisinante, prévint le château de l'arrivée du bâtard de Roose. Les paysans qui récoltaient les derniers choux avant l'hiver abandonnèrent leurs outils et coururent dans la forêt qui bordait les parcelles pendant que les femmes qui lavaient le linge rentraient précipitamment entre les murs du château.
Robb observa ces comportements avec exaspération et colère : exaspération contre lui-même, pour n'avoir pas connu plus tôt la triste réputation de Ramsay Bolton, colère contre Ramsay pour servir d'argument aux mauvaises langues qui proclamaient que les bâtards étaient par nature avides, débauchés et dépourvus d'honneur. C'était à cause d'hommes comme Ramsay que Jon avait dû lutter chaque jour de sa vie pour défendre son honneur et prouver sa bonne volonté, bien souvent en vain. Sa propre mère, Catelyn, n'avait jamais fait confiance à Jon, malgré l'amour évident que le jeune homme portait à ses demi-frères et sœurs, toujours inquiète que le fils bâtard, qui ressemblait tellement plus à Ned Stark que son héritier légitime, ne finisse par voler le titre de Robb et régner à sa place sur le Nord.
Robb espérait que son frère allait bien et qu'il trouvait enfin, parmi la Garde de Nuit, l'acceptation et la gloire qu'il n'avait jamais trouvées à Winterfell. Il avait essayé d'étendre son esprit vers le Mur et Ghost, mais il n'avait pas perçu la présence du loup à Castle Black. Il fit rapidement une prière aux Anciens Dieux afin que Jon reste en vie quelles que soient les rencontres hostiles qu'il puisse faire au-delà du Mur.
Il ne fallut pas longtemps après l'accueil de Ramsay Bolton au château des Cerwyn pour que les oreilles duveteuses de Robb se dressent vers les tours et que ses instincts ne s'embrasent. Il n'était pas sûr, mais... serait-ce des cris qu'il percevait ? Confiant qu'il serait tout à fait capable de distancer les hommes de Bolton s'ils le prenaient en chasse, Robb s'avança vers le château.
Les gardes des Cerwyn avaient disparu des remparts et des tours de guets et Robb se glissa facilement entre les portes grandes-ouvertes, pour voir que les soldats de Lord Cerwyn et tout homme capable de se battre était agenouillé à terre encadré d'une vingtaine d'hommes, l'épée sortie, tandis que le personnel du château, du maester en passant par les cuisinières et les enfants, était rassemblé sous bonne garde. Une douzaine d'archers s'étaient postés sur les remparts et, arcs bandés, menaçaient tout le monde de leurs flèches prêtes à être décochées.
Filtrant entre les interstices des portes du donjon, les oreilles sensibles de Robb percevaient clairement les hurlements de douleur de Lord Medger Cerwyn. Une rage froide le saisit et sa gueule laissa échapper un grognement menaçant. Certains des soldats de Cerwyn relevèrent la tête et l'un des hommes de Bolton se retourna brusquement.
- Par les...
Il n'eut pas le temps de finir. Robb se jeta sur lui et lui arracha la gorge d'un coup de croc avant de se ruer sur son voisin. Les cris de terreur des soldats de Ramsay retentirent. Une jeune femme qui serrait vivement sa cruche contre son ventre l'asséna sur la tête d'un des hommes de Bolton et ouvrit les hostilités parmi les hommes de Cerwyn qui profitèrent de la confusion engendrée par Robb pour attaquer.
Une flèche se planta dans l'épaule de Robb, une autre dans son dos. Il poussa un grognement de douleur et bondit sur les escaliers menant au chemin de ronde. Il se déporta sur le côté et évita de justesse une autre flèche. Un battement de cœur plus tard et il était sur le premier archer. Il lui arracha un bras et se transforma immédiatement. L'homme, toujours hurlant de douleur, lui servit de bouclier et prit les trois nouvelles flèches qui lui étaient destinées, pendant que dans la cour, le forgeron faisait des ravages en se servant de ses marteaux comme de masses et que plusieurs femmes faisaient grand usage de leur battoir à linge.
Robb s'empara de l'épée attachée à la taille de l'archer agonisant. Une forte odeur d'urine atteignit ses narines alors qu'il jetait le corps de l'homme désormais mort et chargeait ses adversaires. Il transperça un rouquin paralysé d'effroi pendant que ses camarades se retournaient et courraient en hurlant. Quelques secondes plus tard, ils ne hurlaient plus.
Il avait fallu à peine cinq minutes à Robb et aux hommes et femmes du château pour renverser la situation. Une dizaine des gardes de Bolton étaient morts, le reste d'entre eux qui n'était pas blessé ou assommé avait lâché les armes et s'était rendu. Tous les regards étaient désormais figés sur lui. Certains le regardaient avec espoir, et en eux, Robb devina quelques rescapés du Sac de Winterfell, pendant que d'autres gardaient la main sur leurs armes.
Un petit garçon s'écria, les yeux éclairés d'admiration :
- Maman ! C'est le Roi Loup ! C'est Robb Stark !
Robb fut alors surpris de voir la mère s'agenouiller, bientôt suivie par prêt de la moitié des gens dans la cour. Robb entendit à nouveau les cris de Lord Medger et se lança.
- Je suis Robb Stark. Roose Bolton a trahi ma famille et vous a trahi également en apportant la guerre sur nos terres et en massacrant son propre peuple. Je viens aujourd'hui chercher justice sur la personne de son fils et sauver Lord Medger que Ramsay Bolton est en train d'écorcher dans son propre château. Agenouillez-vous, et il ne vous sera fait aucun mal. Je le jure, sur le nom de Stark.
Il n'en fallut pas plus pour convaincre des hommes qui avaient vu de leurs yeux l'impossible se produire. Et même s'il était nu et aurait pu apparaître vulnérable, Robb Stark se tenait, grand, droit et confiant devant eux, semblant indifférent aux pointes de flèche qui sortaient toujours de son épaule et de son dos, la bouche et la gorge recouverte du sang de ses ennemis et les yeux brillant d'un éclat surnaturel.
Tous s'agenouillèrent, y compris les hommes jurés à Bolton, qui se recroquevillèrent comme pour tenter de disparaître. Robb inclina la tête et bondit du chemin de ronde. Les pieds qui quittèrent la pierre étaient devenus les pattes larges d'un loup lorsqu'il atterrit devant les hommes toujours à genoux. Les deux flèches furent délogées de ses muscles et tombèrent au sol. Quelques pas plus tard, il était redevenu un homme. Il s'arrêta devant le garçon et sa mère et ébouriffa les cheveux du gamin :
- Merci petit, lui-il avec un sourire avant de se diriger d'un pas déterminé vers les grandes portes du donjon.
Les cris de Lord Medger Cerwyn brisèrent le silence craintif mais respectueux qui régnait dans la cour et tous tressaillirent avant de commencer à attacher les gardes de Ramsay et à s'occuper des morts et des blessés.
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Ramsay ne savait pas ce qu'il trouvait le plus amusant : les cris du vieux Medger, ceux, encore pleins d'insultes et de menaces, de son frère, les pleurs hystériques de sa femme ou le vomi qui salissait le menton et le pourpoint de son fils ? Tant de réactions délectables... c'était difficile de choisir. Ramsay s'amusait follement. Il avait bien cru entendre du bruit provenant de la cour mais il avait confiance en la cruauté et le nombre de ses hommes pour régler toute tentative de révolte. La menace de violer et écorcher les femmes avait dû calmer tout ce petit monde.
Ramsay passait à la peau de la main droite quand la porte de la salle à manger s'ouvrit brusquement, les battants claquant contre les murs. Il poussa un profond soupir, ferma les yeux et siffla entre ses dents :
- J'avais demandé à ne pas être dérangé.
Il se retourna alors, un sourire promettant mille tourments sur les lèvres, avant que son visage ne forme une expression de stupéfaction bientôt transformée en un rictus amusé et moqueur.
- Quelle étrange surprise, ricana-t-il en faisant glisser son regard sur le corps nu et sanglant de l'homme qui se tenait devant lui. Le sang est un bon départ mais j'ai peur que tu n'aies pas le bon équipement pour me faire durcir.
Il fit un geste obscène de la main pendant que son regard passait rapidement sur les corps des deux gardes qu'il avait postés devant la porte, étendus sans vie ou inconscients sur le sol. Ses yeux se plissèrent et son expression se durcit.
- J'ai peur de ne pas vous reconnaître, mon cher. Je suis pourtant sûr qu'une rencontre de cette... taille, dit-il avec un sourire en coin et un regard appuyé sur le sexe de Robb, me serait restée en mémoire.
- Nous n'avons jamais eu le déplaisir d'être présenté, répondit Robb. J'ai cependant acquis récemment une haine toute particulière contre votre père.
- Vraiment ? Alors peut-être pouvons-nous trouver un terrain d'entente. Je ne l'aime pas beaucoup non plus.
- J'ai peur que cette haine ne s'étende à vous aussi. La trahison, le viol et la torture de mon peuple et de mes bannerets ne sont pas des crimes que je laisse impunis.
Ramsay se pinça les lèvres avec surprise tout en examinant plus attentivement le nouveau venu. Il ne tarda pas à remarquer avec intérêt, sous le sang et la terre qui tâchaient le torse et les jambes de l'inconnu, les cicatrices de carreaux d'arbalète. Mais ce furent la cicatrice ronde laissée par un poignard à l'emplacement du cœur et celle, fine et déchiquetée, autour du cou, qui lui firent comprendre l'improbable identité de l'homme qui avait osé interrompre son amusement. Les yeux bleus de Ramsay s'écarquillèrent et s'illuminèrent d'une compréhension exaltée.
- Incroyable... Robb Stark ! C'est Robb Stark ! s'exclama-t-il en se tournant vers Lord Cerwyn qui transpirait abondamment et peinait à garder les yeux ouverts. Le Roi du Nord ! Parlant et marchant parmi les vivants ! Comment est-ce possible ? Qu'est-ce donc que cette magie qui se cache entre ta peau et tes entrailles ? Vient-elle de ton sang de Stark ? Dis-moi ! C'est tout à fait fascinant !
Robb ne put empêcher l'un de ses sourcils de se lever de perplexité avant de reprendre son air impassible.
- Pour les filles disparues entre tes mains et les crimes commis à l'encontre de la maison Stark et de la maison Cerwyn, moi, Robb Stark, Roi du Nord, je vous condamne, Ramsay Bolton à la peine de mort.
Le ton implacable de Robb fit disparaître toute trace de sourire sur les lèvres de Ramsay Bolton.
- Et avec quelle arme pensez-vous accomplir votre sentence, Votre Grâce ? railla-t-il en brandissant son couteau. Tes ongles et tes dents ? Tu prends trop au sérieux l'emblème de ta maison, si tu veux mon avis.
Robb s'avança vers sa proie et ouvrit lentement la bouche, respirant l'odeur de la peur dissimulée sous celle de la folie. Ses dents, fortes et blanches, ressortirent vivement sur le rouge sang qui colorait sa bouche, son menton et son cou. Sa stature sembla soudain doubler, tandis que les poils de son torse, de son ventre, de ses bras et de ses jambes s'épaississaient à vue d'œil.
- Je n'aurais pas besoin d'acier pour te trancher la gorge, répondit-il calmement.
Sa voix avait pris une tonalité plus grave et presque caverneuse. Les yeux de la famille Cerwyn étaient fixés sur lui, leurs bouches légèrement béantes de stupéfaction. Ramsay recula de quelques pas, soudain inquiet face à l'étrange transformation à laquelle il assistait.
- J'ai cinquante gardes à mes ordres. Tu n'en sortiras pas vivant. Gardes ! Gardes !
- Comment penses-tu que je suis arrivé ici ? Tes gardes sont morts ou enchaînés.
- Je demande un duel judiciaire ! s'écria Ramsay, gagné par la panique. Sûrement l'honorable fils d'Eddard Stark ne me refuserait pas cette dernière requête !
- Je la refuse.
Et Robb se jeta sur Ramsay qui poussa un cri de terreur lorsqu'il fut écrasé au sol non par un homme mais par un loup immense. Son pouls s'affola et son crâne heurta brutalement le sol. Une patte écrasa et brisa l'os délicat de son poignée, le forçant à laisser tomber son couteau.
- Non ! Non ! Pitié ! Pitié !
Ramsay Bolton poussa un dernier hurlement terrorisé avant que deux fortes mâchoires ne se referment sur sa tête et ne l'arrache d'un coup vif. Robb recracha rapidement la tête dégoûtante de Ramsay et se retransforma lentement sous les yeux à la fois terrifiés et soulagés de la famille Cerwyn.
- Je suis désolé que vous ayez dû assister à cette scène, mes seigneurs, ma dame, déclara Robb d'un ton doux et rassurant, et que vous ayez eu à souffrir pareille peine, Lord Cerwyn. La fidélité de votre maison à la maison Stark ne sera pas oubliée, je vous le promets. Je vais appeler le maester et vos serviteurs pour vous libérer de vos liens et vous donner les premiers soins. Je trouverai moi-même une servante pour m'aider à me faire plus... présentable. Ce soir, quand vous vous serez reposés, nous dînerons ensemble. Nous avons beaucoup à discuter...
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Merci beaucoup pour ceux d'entre vous qui ont pris le temps de laisser une review! Vous êtes des choux!
J'espère que ce chapitre vous a plu! Je ne savais plus du tout si Mikken était vivant ou mort (bien que je parierais sur mort), mais de toute façon je tiens beaucoup plus à rester dans l'ambiance et l'esprit de Game of Thrones qu'à tenter de coller à chaque détail de son univers.
Review? *grands yeux suppliants de Jon Snow*
Dans le prochain chapitre: une nouvelle tête roule, Robb est un badass flippant et Jon fait son apparition ;-)
