Chapitre 5 : Le loup solitaire meurt, mais la meute survit

Lorsqu'ils furent seuls dans sa chambre, Jon se retourna vers Robb et, indifférent à son état de nudité, le serra à nouveau dans ses bras. Robb se cala dans l'étreinte de son frère et ne protesta pas. Il ne s'était pas rendu compte, avant qu'ils ne s'embrassent dans la cour, à quel point le contact humain lui manquait. Cela ne devrait pas l'étonner cependant : les loups étaient des créatures sociables après tout, plus fortes et plus heureuses en meute que solitaires.

- Je suis tellement désolé, Robb, murmura Jon, la tristesse et le remord brisant sa voix.

- Jon ? demanda Robb en essayant de s'écarter de son frère pour voir son visage.

Mais Jon le serra plus fort contre lui et Robb renonça à s'écarter.

- Je n'aurais jamais dû partir, continua Jon, le ton torturé. J'aurais dû quitter la Garde de Nuit et t'accompagner lorsque Père a été emprisonné et que tu as appelé les bannerets. J'aurais dû combattre et être à tes côtés. Quand j'ai su que tu étais mort...

- Jon... Jon ! l'interrompit Robb avant que son frère ne s'enfonce plus loin dans sa culpabilité, une sale manie qu'il entretenait depuis l'enfance et n'avait apparemment pas perdue.

Il se dégagea des bras de Jon et empoigna son visage entre ses mains, forçant son frère à rencontrer son regard.

- Je suis content que tu ne l'aies pas fait, tu comprends ? Je suis content que tu sois resté sur le Mur et que tu ne m'aies pas accompagné. Parce que, Jon, si tu avais été à mes côtés ce soir-là, tu serais mort ! Les conditions pour ma résurrection étaient très spécifiques, il n'y a que très peu de chance pour que tu les aies remplies également. Tu aurais péri et j'aurais le poids de ta mort pesant sur ma conscience en plus de celle des autres.

- Comment ? chuchota Jon. Comment es-tu revenu ?

- Si je te disais greenseer et Enfant de la Forêt, me croirais-tu ? répondit Robb avec un petit sourire.

- Seulement si tu me crois quand je te réponds Spectres et Marcheurs Blancs.

Robb examina la mine très sérieuse de son frère.

- Je crois que nous avons beaucoup de choses à nous raconter.

- Je ferais mieux de te donner des vêtements d'abord, rit Jon, l'humeur bien moins sombre. Je t'aime, mais il y a des degrés de proximité que même des frères ne devraient pas partager.

- Les vêtements ne sont pas vraiment compris dans la transformation, je te ferais remarquer. Et c'est toi qui t'es jeté sur moi sans même me laisser le temps de m'habiller !

Jon le fit taire en lui lançant quelques vêtements au visage. Pendant que son frère s'habillait, Jon ne put s'empêcher de regarder les cicatrices autour de son cou et de sa poitrine. Plus jeune, Jon avait rêvé de n'être non pas le frère bâtard de Robb, mais son jumeau. À peine quelques mois les séparaient et ils avaient toujours été bien plus proches qu'avec le reste de leurs frères et sœurs (du moins jusqu'à l'arrivée d'Arya). Ils étudiaient et s'entraînaient ensemble, et comme si passer toute la journée avec l'autre n'était pas suffisant, ils se faufilaient souvent la nuit dans la chambre de l'un ou l'autre pour partager confidences, rêves et secrets. Ils avaient l'habitude de tout partager, mais ces cicatrices, celles qui maculaient leurs deux poitrines, étaient une chose qu'il aurait souhaité qu'ils n'aient jamais en commun.

Ils s'assirent tout deux sur le lit et Jon raconta à Robb son périple au-delà du Mur, son exaspération puis son amour pour Ygritte qui avait fini tragiquement à Castle Black. Il écouta ensuite son frère lui parler de la guerre, des batailles et de ses victoires, de sa rencontre avec Talisa et de l'amour qui l'avait embrasé, presque au premier regard, de l'absence de regrets qu'il éprouvait, malgré la fin amère, même s'il agirait bien différemment, sachant désormais la nature vicieuse de Walder Frey.

Jon se rendit alors compte d'une chose qu'il n'avait pas comprise auparavant, tout à la joie qu'il était de retrouver son frère, mais sans en saisir encore toutes les implications.

- C'était toi... Les Frey, précisa-t-il, c'était toi.

- Oui, confirma Robb, le visage dur et inflexible. Ramsay Bolton aussi. Et finalement, Roose Bolton et les Lannister.

- Il n'y a pas le temps pour les Lannister, nia Jon en se rappelant soudain la menace qui se rapprochait du Mur. Il y a un ennemi bien plus terrible et plus mortel que les Lannister...

- Ce sont les Lannister qui ont commandité ma mort ! s'emporta Robb, en se relevant du lit pour arpenter la pièce comme un loup en cage. « Les Lannister vous saluent », voilà les derniers mots que j'ai entendus après qu'ils aient poignardé mon enfant dans le ventre de ma femme ! Ce sont les Lannister qui ont décapité Père et ont gardé Sansa en otage ! Ce sont les Lannister qui l'ont battue à chacune de mes victoires, pour me punir !

- Mais ce seront les Marcheurs Blancs qui nous tueront tous si nous partons au Sud et ne les empêchons pas de passer le Mur, rétorqua Jon avec toute la fermeté d'un homme qui était le plus jeune Lord Commandant de l'histoire de la Garde de Nuit.

Robb se figea et dévisagea son frère, coupé brusquement dans sa diatribe.

- Explique, finit-il par ordonner après quelques instants de silence.

Alors Jon lui raconta l'existence des Spectres, la rencontre avec les Sauvageons à Hardhome, et l'attaque, trop bien planifiée, trop bien organisée... Il lui raconta le combat contre le Marcheur Blanc, sa force surhumaine et son épée de glace que seul l'acier valyrien avait pu contrer. Il lui décrivit la vue du Roi de la Nuit, levant les bras lentement, les fixant de son regard bleu glacier, pendant que les morts se relevaient sur son ordre et que Jon comprenait qu'une guerre interrompue il y a huit milles ans venait de reprendre. Lorsqu'il eut fini son récit, Jon regarda son frère avec inquiétude.

- Tu me crois, n'est-ce pas ?

Robb soupira profondément avant de reprendre sa place sur le lit à côté de son frère.

- Par les Dieux, Jon. J'aimerais tellement ne pas te croire... Mais nous sommes morts et pourtant revenus. Toi grâce à la magie d'une prêtresse de R'hllor... Je suis un warg, j'ai tout vu grâce à Ghost, précisa-t-il face au regard étonné de Jon. Et moi grâce à celle d'un Enfant de la Forêt sur l'Île-aux-Faces. Je pense qu'il vaut mieux revoir tous nos préjugés sur les contes de la Vieille Nan : ils ont tendance à se révéler bien trop véridiques à mon goût.

Un silence songeur prit place entre eux.

- Comment les combattons-nous ? Les Marcheurs Blancs ? finit par demander Robb. Tu as dit que l'acier ordinaire casse contre leurs armes et que même tranchés en deux, les Spectres continuent de bouger.

- Les Marcheurs Blancs contrôlent les Spectres. Et je soupçonne que le Roi de la Nuit contrôle les Marcheurs Blancs. Si nous parvenions à les tuer, tous les Spectres seraient détruits. Le feu est efficace contre eux. L'acier valyrien également. Et le dragonglass.

- Dragonglass ?

- C'est une roche très dure et très tranchante, qui ressemble un peu à du verre de couleur noire, dont les Sauvageons se servent pour faire des armes. J'ai envoyé mon ami Samwell Tarly, il fait parti de la Garde, à la Citadelle pour prévenir les maesters et chercher plus d'informations sur les Marcheurs Blancs. Il doit aussi chercher dans les archives si Westeros compte des mines de dragonglass encore exploitables.

- Il y a peut-être quelques livres intéressants dans la bibliothèque de Winterfell, réfléchit Robb avant de se renfrogner. Et bien, si elle n'a pas brûlé avec le reste du château...

Les deux frères se regardèrent avec un regard sombre.

- Même si nous récupérons Winterfell, rien ne sera jamais plus pareil... Mikken est encore vivant mais ser Rodrik et son fils, Vayon Poole, maester Luwin sont morts. Les gens, les meubles, les tentures, tout sera différent.

- J'aimerais que personne ne soit mort, mais je ne voudrais pas que Winterfell soit exactement comme avant, répondit Jon. Parce que cela voudrait dire que la mort de Père, de Lady Stark, de Bran et de Rickon n'a rien changé. Que tout peut rester comme avant, alors qu'ils sont...

- Rickon n'est pas mort, Jon.

- Quoi ?!

- Rickon n'est pas mort. C'est pour ça que je suis venu à Castle Black. Rickon est vivant. Il était caché à Last Hearth protégé par Lord Greatjon Umber. Mais il est mort et son fils n'a pas trop aimé que tu laisses passer les Sauvageons au Sud du Mur. Il a juré allégeance à Roose Bolton et lui a donné Rickon, en guise de sa bonne foi. Bolton m'a envoyé une lettre où il me conseillait de me rendre si je voulais revoir notre frère en vie... et entier.

Ce fut au tour de Jon de se lever de colère et d'arpenter la chambre avec fureur.

- Nous devons le sauver ! s'exclama-t-il avec détermination. Nous devons reprendre Winterfell et sauver Rickon !

Robb sentit un sourire féroce s'épanouir sur son visage.

- C'est exactement ce que j'espérais t'entendre dire, Jon.

oOo

Ser Davos Seaworth, Eddison « Dolorous » Tollett et Tormund Giantsbane étaient assis et regardaient Jon Snow, Lord Commandant de la Garde de Nuit, et Robb Stark, le Roi Loup du Nord pendant que les deux hommes, debouts face à eux, exposaient leurs intentions. Tormund fut le premier à grogner.

- Et pourquoi je devrais vous suivre pour reprendre votre château ? Les guerres des Hommes du Sud ne concernent pas le Peuple Libre. On est au Sud du Mur et on t'est reconnaissants, Snow, mais pousse pas ta chance trop loin.

- Roose Bolton n'acceptera jamais la présence du Peuple Libre au Sud du Mur. Son emprise sur le Nord et sur Winterfell est encore fragile. Il tentera de gagner les Lords encore réticents sous sa bannière en attisant leur haine contre vous et les mènera à la guerre. Lord Smalljon Umber s'est déjà allié à lui.

- Umber, cracha Tormund. Oui, c'est un nom qu'on connaît bien au Nord du Mur. Très bien, Snow, tu peux compter sur nous. Mais ne t'imagines pas que nous allons nous agenouiller pour toi, Roi Loup. Le Peuple Libre ne reconnaît aucun roi et si j'aime bien ton frère, toi je ne te connais pas.

Robb ne put s'empêcher de sourire. C'était agréable de voir des gens apprécier Jon et lui être fidèles.

- Dûment noté, répondit Robb. Mais être roi signifie aussi être responsable de mon peuple. Je ne demanderai pas au tien de plier le genou mais il devra respecter les lois du Nord et accepter mon jugement s'il les transgresse.

- Nous n'abandonnerons pas nos coutumes, contesta Tormund en se renfrognant.

- Et je ne vous le demanderai pas. Mais vous garderez vos coutumes entre vous.

Tormund hocha la tête pour indiquer qu'il avait compris et respecterait cet accord. Dolorous Edd, quant à lui, semblait avoir du mal à avaler la défection de Jon.

- Tu es le Lord Commandant. Tu ne peux pas quitter le Mur maintenant ! Les Marcheurs Blancs arrivent ! Nous avons besoin de toi pour guider la Garde de Nuit !

- Ma garde est finie, Edd. J'ai fait ce que je pensais être le mieux pour la Garde. J'ai vécu et suis mort à mon poste, comme le demandait notre serment. Maintenant je suis libre de partir et de continuer à faire ce que je pense être le mieux pour lutter contre les Marcheurs Blancs en dehors du Mur. Nous devons récupérer Winterfell avant qu'ils n'arrivent. Roose Bolton ne croit pas en leur menace. Il méprise la Garde de Nuit. Il n'agira pas à temps contre une attaque. Je dois aider Robb à récupérer Winterfell et quand ce sera fait, nous préparerons le Nord à l'arrivée des Marcheurs Blancs.

- Tu es le Lord Commandant, répéta Edd.

- Non, répliqua Jon en s'avançant vers l'homme. Tu l'es.

Jon ôta le lourd manteau noir qui couvrait ses épaules et le plaça sur celles de Dolorous Edd.

- Félicitations Edd, te voilà le 999ème Commandant de la Garde de Nuit. Je prendrais bien le temps d'organiser des élections, mais entre le peu d'hommes qui nous reste et le temps qui presse, je ne suis pas sûr que ce soit sage.

Edd resta muet d'étonnement pendant que Robb parlait à Davos.

- Et vous, ser Davos ? Cela fait longtemps que vous êtes loin de chez vous. Lord Manderly est un homme honorable, il vous donnerait une place sur un de ses navires à White Harbor, si vous le vouliez.

- J'ai une femme et trois de mes fils qui m'attendent, Votre Grâce. Et pas un jour ne passe sans que je ne pense à eux ou que je ne désire les retrouver. Mais je sais la menace qui rôde au-delà du Mur et je ne peux retourner chez moi sans avoir fait tout mon possible pour la repousser. Lord Stannis avait beaucoup de respect pour vous, malgré votre jeunesse. Il admirait et redoutait votre ingéniosité à la bataille. Votre frère vous estime et vous aime, ce qui à mon sens, est un bon révélateur de votre nature et de votre caractère. Je vous suivrai comme j'avais l'intention de suivre votre frère avant que nous n'apprenions que le Nord avait encore son roi.

Robb inclina la tête en remerciement.

- Vous étiez la Main de Stannis Baratheon, vos conseils seront toujours les bienvenus.

oOo

Après avoir envoyé un corbeau à ses bannerets pour les prévenir de leur départ et de l'arrivée, en renfort, de deux milles Sauvageons et d'un géant, Robb, Jon, Davos et Tormund quittèrent Castle Black. Jon et Robb chevauchaient côtes à côtes, continuant de partager leurs histoires et leurs expériences.

- Ils ont cousu la tête de Grey Wind sur mon corps. Ils pensaient m'humilier mais c'est cette action qui m'as permis d'acquérir mes capacités de transformation. Il m'a fallu quelques temps pour les maîtriser complètement, avec l'aide des greenseers et d'If. Mais cela n'aurait pas été possible si les Stark ne descendaient pas des Premier Hommes. Il y a pas mal de capacités magiques en dormance dans notre sang, celles des wargs par exemple. J'étais lié à Grey Wind par un tel lien. Toi à Ghost. Je pense que tu pourrais aussi apprendre à voir à travers ses yeux, si tu le voulais.

La conversation aboutit sur une leçon impromptue dans l'art d'être un warg. Le soir même, Jon partageait les rêves de Ghost. Enthousiasmé, Jon continua son entraînement sous la supervision de Robb et l'intérêt curieux de Davos et de Tormund, qui ajoutait parfois quelques conseils hérités d'Orell. Jon apprit à une vitesse ahurissante.

- Tu es un naturel, félicita Robb, très fier des talents de son frère. Ça doit être le sang des Stark qui coule dans tes veines. Il a été de toute évidence bien plus fort que celui de ta mère.

Davos s'étrangla et ne leur dit pas que, si la théorie de Stannis était juste, le sang Stark venait précisément de sa mère et s'était mêlé à celui de son père, dont la famille était bien connue pour son affinité avec les dragons. Il n'était pas impossible que le mélange des deux n'ait fait qu'amplifier les capacités de warg du jeune homme.

Davos ne savait pas que faire de cette information. L'hypothèse de Stannis n'était vraiment pas impossible. Ned Stark était bien connu pour être l'homme le plus honorable de Westeros et il apparaissait évidemment comme en dehors de son caractère de faire un bâtard avec une prostituée quelconque, peu importe la guerre et l'influence de Robert Baratheon, surtout lorsque le jeune homme avait encore en tête les souvenirs de son mariage récent avec Catelyn Tully.

Il était également vrai qu'il avait ramené l'enfant après avoir trouvé sa sœur morte de fièvre à la Tour de la Joie. Et si Lyanna Stark n'était pas morte de fièvre, mais dans les frasques de l'accouchement ? Et si Jon Snow était le fils de sa sœur bien-aimée avec le prince Rhaegar Targaryen ? Si c'était vrai, alors Ned Stark avait commis une trahison envers le couronne que personne ne le pensait capable de commettre. Et pourtant... ne serait-ce pas exactement conforme à la personnalité de l'homme de sauver un enfant innocent, qui plus est son neveu, de la rage meurtrière de Robert Baratheon ?

Ce dernier avait alors prouvé qu'il était prêt à tout pour éliminer la lignée des Targaryen : il n'avait pas condamné le viol et le meurtre barbare d'Elia Martell et des ses enfants, Rhaenys et Aegon. Il avait même envoyé Stannis à Dragonstone pour y exécuter le reine Rhaella, pourtant enceinte, et son fils Viserys. Ned Stark aurait préféré tâché sa réputation et son honneur en reconnaissant un bâtard, que de permettre le meurtre de l'enfant. Le fait qu'il n'ait jamais voulu dire qui était la mère pouvait très bien être le signe de la honte d'avoir trahi sa femme, ou la preuve qu'un secret plus dangereux était caché dans la filiation de Jon Snow.

Plus Davos y pensait et plus cela lui paraissait crédible et même fortement probable. Mais quelles preuves avait-il ? Des théories, des spéculations, guère plus. Et qu'aurait apporté la révélation des véritables parents de Jon Snow ? Le jeune homme n'avait de toute évidence aucunement l'ambition d'être roi. Il n'avait même pas voulu prétendre au trône du Nord, alors celui des Sept Royaumes... Sans oublier que Daenerys Targaryen était revenue de Vaes Dothrak, d'après les derniers espions, à la tête d'une immense armée de Dothrakis dont le nombre considérable s'ajoutait à celui des Unsullieds. Il était évident que son objectif était de traverser la mer pour reprendre le Trône de Fer. Révéler la naissance de Jon Snow pouvait le conduire tout droit à la mort dans le feu de dragon de sa tante. Mieux valait que le secret reste caché.

oOo

Jon contempla avec étonnement l'armée de Robb rassemblée le long des rives du Long Lake. Il avait bien sûr entendu les noms des différentes familles qui avaient renouvelé leur allégeance à son frère, mais il ne s'attendait pas à un nombre aussi considérable d'hommes et de bannières, surtout pas avec le massacre des Noces Pourpres. Il remarqua avec surprise le gantelet d'argent sur champ d'écarlate de la maison Glover et le triton blanc sur fond azur des Manderly, à côté de l'ours des Mormont, de la double hache des Cerwyn ou l'ironwood blanc des Forrester.

- Ils se sont finalement décidés, commenta Robb lorsque Jon lui montra les bannières. J'ai dû les encourager un peu. Lord Glover en particulier.

Jon lui jeta un regard intrigué mais préféra finalement ne pas savoir quand Robb lui répondit avec un sourire plein de dents.

- Les bannerets nous attendent dans la tente de commandement.

Jon hocha la tête et ils traversèrent le camp. Jon fut surpris de voir la ferveur avec laquelle ils furent accueillis. Nombreux furent les hommes qui s'inclinèrent sur leur passage ou qui crièrent le titre de Robb. Il remarqua particulièrement des hommes arborant une patte de loup blanche sur leurs armes : ceux-ci s'inclinèrent devant Robb, le poing droit sur le cœur, et regardèrent Ghost avec admiration.

Lorsqu'ils entrèrent dans la tente, les bannerets étaient en effet tous présents. Ils se levèrent à leur entrée et s'inclinèrent. Robb s'avança parmi eux, les remerciant et les saluant, avant de s'arrêter devant Lord Robett Glover et Lord Wyman Manderly. La tension évidente dans l'attitude de Lord Glover rendit Jon à la fois curieux et mal à l'aise.

- Mes seigneurs, leur dit Robb, c'est un plaisir de vous avoir finalement à nos côtés. J'espère que cela marquera le début d'une nouvelle alliance, longue et fructueuse, entre nos trois maisons.

Les deux hommes inclinèrent la tête, Lord Glover un peu plus bas que Lord Manderly, et Robb prit place autour de la table sur laquelle s'étendait une carte du Nord répertoriant les positions ennemis et les différentes alliances. Il s'assit et fit signe à Jon, Tormund et Davos de prendre place à ses côtés.

- Mes Seigneurs, avant toute chose, laissez-moi vous présenter mon frère, Jon Snow, ancien Lord Commandant de la Garde de Nuit, son ami, Tormund Giantsbane, chef du Peuple Libre, et Ser Davos Seaworth. Ils feront partie du Conseil de guerre et ont tout mon respect et ma confiance.

Lord Manderly, que la richesse de sa famille et le nombre de soldats qu'il dirigeait rendait plus audacieux que d'autres, se permit d'exprimer son scepticisme.

- Pardonnez mon audace, Votre Grâce, mais votre frère ne devrait-il pas être considéré comme un déserteur ? Le serment de la Garde de Nuit ne prend fin qu'avec la mort, il me semble.

- Et mort, je l'ai bel et bien été, Lord Manderly, répondit Jon en commençant à défaire son plastron. Si la seule présence de mon frère parmi nous ne suffit pas à vous convaincre, peut-être que ceci le fera.

Jon ôta son gambison puis sa chemise et révéla les cicatrices roses qui s'étendaient sur son ventre et sa poitrine.

- Je vous l'avais dit, déclara Lyanna Mormont à Lord Manderly. Les Stark ne meurent pas si aisément. La Garde de Jon Snow s'est finie avec sa mort.

- Maintenant que la preuve de la résurrection de mon frère a été établie, peut-être pouvons-nous passer à des sujets plus importants. Je sais que certains d'entre-vous sont sceptiques quant à la décision de Jon de laisser passer le Peuple Libre au Sud du Mur, peut-être même êtes-vous insultés par la présence de Tormund Giantsbane à cette table. Et pourtant le Peuple Libre n'est pas notre ennemi. Roose Bolton l'est. Et après lui, un autre, bien plus redoutable et nous aurons besoin de toutes les âmes pour le combattre.

- Que voulez-vous dire, Votre Grâce ? demanda Lord Medger Cerwyn, soudain inquiet. J'ai l'impression que vous ne parlez pas des Lannister.

- Ce n'est pas le cas, en effet. Jon ? Si tu veux bien expliquer ?

Jon hocha la tête et se leva de sa chaise, afin de pouvoir mieux rencontrer le regard de tous les nobles présents.

- Je sais que ce que je vais vous dire mes seigneurs, mes dames, peut vous sembler incroyable. D'abord parce que cela semble appartenir aux légendes et ensuite parce que vous ne voudrez pas y croire, tant le future vous semblera sombre et funeste. Je vous demanderai donc de garder un esprit ouvert et de vous rappeler que votre roi se transforme en loup et que vous vous tenez devant deux hommes qui devraient être morts, mais qui ont été ramenés...

Jon s'interrompit quelques instants, pour être sûr que ses paroles avaient été bien comprises par son auditoire, avant de reprendre.

- Cela fait quelques années que nous avions constaté des choses étranges au-delà du Mur. Certains d'entre-vous ont dû entendre les rumeurs et lire les messages que Jeor Mormont, puis moi-même, avons envoyés pour vous prévenir. Les Spectres sont les corps des morts, qui pour une raison encore inconnue il y a une dizaine de jours, se relevaient pour attaquer les vivants. C'était une menace encore nouvelle pour la Garde, mais qui ne semblait pas plus dangereuse que celle des Sauvageons se rassemblant en une armée pour attaquer le Mur. Cependant, j'ai passéde longs mois au-delà du Mur, mes seigneurs, et pendant ces mois j'ai été témoin de choses à glacer le sang d'un homme. Le Peuple Libre n'est pas le vrai ennemi. Les Marcheurs Blancs le sont.

Des exclamations d'incrédulité s'échappèrent parmi les bannerets.

- Je ne vous parle pas seulement de rumeurs, mes seigneurs, les interrompit Jon en haussant la voix. Je vous parle du massacre de Hardhome. Celui à cause duquel j'ai pris la décision de sauver ce qui restait du Peuple Libre pour qu'il ne vienne pas gonfler les rangs de l'Armée des Morts qui s'amasse au Nord du Mur. J'ai affronté moi-même un Marcheur Blanc. Et je ne l'ai vaincu qu'avec difficulté, grâce à l'épée d'acier valyrien que Jeor Mormont m'a donnée avant sa mort. J'ai vu, et je ne suis pas le seul, cinq frères jurés de la Garde de Nuit et deux milles Sauvageons peuvent le confirmer, j'ai vu le Roi de la Nuit réanimer les morts d'un simple mouvement de bras. Il lève une armée, mes seigneurs. Une armée qui ne dort pas, qui ne mange pas et qui ne s'arrêtera pas tant qu'elle n'aura pas accompli son but : détruire l'humanité entière.

Un silence horrifié s'abattit dans la tente de commandement, au fur et à mesure que les esprits comprenaient réellement ce qui venait de leur être dit.

- C'est... c'est impossible... balbutia Lord Manderly. Ce ne sont que des contes, des légendes...

Les Manderly n'étaient pas l'une des plus vieilles familles du Nord, loin s'en faut. Ils étaient originaires du Reach et faisaient partie des bannerets jurés aux Tyrell, avant d'arriver dans le Nord et de s'établir à White Harbor et de jurer allégeance aux Stark. Nombreuses de leurs coutumes étaient encore fortement influencées par le Sud, que ce soit leur croyance en les Sept plutôt qu'en les Anciens Dieux ou leur scepticisme face aux récits fondateurs du Nord.

- Et pourquoi croyez-vous que vos ancêtres sudistes aient ressenti le besoin de construire un Mur si foutrement grand ? s'énerva soudain Tormund. Pour nous retenir ? Laissez-moi rire !

- Le fait est, interrompit Robb avant que la lutte ancestrale entre le Nord et les Sauvageons ne reprennent autour de la table, que quelques forteresses pour contenir les attaques du Peuple Libre auraient en effet suffi. Mais Bran le Constructeur a préféré construire un Mur si long et si gigantesque que seule la Magie pourrait expliquer sa création.

- Le Peuple Libre a toujours orchestré des attaques contre le Mur, reprit Jon. Mais jamais de cette ampleur auparavant. Vous savez qu'ils sont constitués d'une multitude de tribus dont certaines se haïssent autant que les Martell haïssent les Lannister.

Comme pour illustrer son propos, Tormund cracha sur le sol en grognant « Thenn ! »

- Or, ces peuples ont soudain senti le besoin d'oublier leurs inimitiés séculaires pour fuir au Sud du Mur. Ils ne fuient certainement pas l'hiver, la neige et la glace. Ils les ont affrontés pendant des milliers d'années. Alors quelle menace fuient-ils avec tant de désespoir ?

- Les Marcheurs Blancs, finit Lyanna Mormont qui voyait très bien où Jon voulait en venir.

- Les Marcheurs Blancs, confirma Jon.

- Que fait-on alors, Votre Grâce ? demanda Rodrik Forrester. Comment vaincre une armée qui ne peut pas mourir ?

- Avec du feu, répondit Jon à la place de son frère. De l'acier valyrien, si certains d'entre-vous en ont encore, et du dragonglass, taillé en pointes de flèches, lances, en poignards ou en dague. Cette roche est mortelle autant sur les Spectres que sur les Marcheurs Blancs.

- Gardez ces éléments en tête mais pour l'instant le Mur tient et tiendra encore le temps que nous nous préparions pour eux, rassura Robb. Pour l'instant, il nous faut consacrer nos efforts sur Roose Bolton. Dès demain, nous quitterons Long Lake et marcherons vers Winterfell.

- Roose Bolton demandera sans doute à vous rencontrer avant la bataille, Votre Grâce, intervint Lord Robett Glover dans un louable effort pour dépasser sa peur et prouver sa bonne volonté. Il proposera sans doute un nouvel accord en échange de la vie de votre frère.

- Il serait peut-être bon d'en profiter pour donner l'opportunité à ceux qui voudraient le faire de se rendre, proposa Jon en se tournant vers son frère. Chaque homme épargné est un soldat de plus dans la lutte contre les Morts.

- Non, répondit Robb d'un ton intransigeant. Je ne leur ai déjà laissé que trop de chances de se rétracter. Des traîtres dans nos rangs nous tueront aussi sûrement que les Marcheurs Blancs si nous leur donnons l'opportunité de le faire.

- Ils ne connaissent pas toute l'histoire, insista Jon. Si nous leur parlons de la menace...

- Ils ne nous croiront pas et le résultat sera le même, répliqua Robb. Je ne changerai pas ma position là-dessus.

Jon sentit qu'il ne réussirait pas à infléchir la décision de son frère et abandonna. Les discussions continuèrent encore longtemps, chacun apportant sa contribution et son avis sur le déplacement de l'armée et sur la stratégie à adopter face à Roose Bolton. Tout dépendrait de lui. S'il décidait de soutenir un siège et de s'enfermer à l'intérieur des murs de Winterfell ou d'affronter les troupes de Robb sur le champ de bataille.

oOo

Roose Bolton n'était plus si sûre que l'idée des pourparlers ait été si bonne que cela. Lui-même, accompagné de Lady Brabrey Dustin, Lord Roger Ryswell, Lord Smalljon Umber, Lord Harald Karstark et Lord Tallhart et d'une trentaine d'hommes, se tenaient du haut de leurs chevaux devant Robb Stark, son frère bâtard, Medger Cerwyn, Lyanna Mormont, Rodrik Forrester, Wyman Manderly et un Sauvageon roux qui devait être à moitié géant si on devait en juger par sa taille. Ils n'étaient accompagnés d'aucun homme, une manifestation évidente de leur confiance et de leur manque de peur.

À côté de Jon Snow, un énorme direwolf, presque aussi haut qu'un cheval, au pelage blanc et aux yeux rouges, les toisaient en retroussant les babines et en grondant de manière menaçante. Sa présence était le rappel, comme s'ils auraient pu l'oublier, des pouvoirs de Robb Stark sur les loups. Une douzaine de bêtes les avaient suivis tout le long du chemin de Winterfell jusqu'au lieu de rencontre, rôdant à la limite de leur regard, suffisamment proches pour rendre nerveux les chevaux, mais jamais assez pour les effrayer.

Une tentative d'intimidation malheureusement trop efficace, surtout lorsque cela faisait trois jours que les damnées bêtes hurlaient continuellement et rongeaient peu à peu la confiance et le moral de ses hommes et de ses alliés. Lord Karstark, en particulier, semblait douter de sa décision, malgré la haine qu'il éprouvait pour Robb Stark qui avait exécuté son père pendant la Guerre des Cinq Rois.

Roose comptait sur les pourparlers pour rappeler à Robb Stark le destin incertain de son jeune frère Rickon, bienheureusement tombé entre ses griffes grâce à la délicate attention de Lord Smalljon Umber, qui n'avait pas apprécié la décision de Jon Snow de faire passer les Sauvageons au Sud du Mur. Mais en rencontrant le Roi Loup en personne, Roose n'était plus sûr de l'utilité de son mouvement.

Le jeune roi qui se tenait devant lui n'avait plus grand chose à voir avec le garçon qui avait pris la tête des armées du Nord pendant la guerre. Il se tenait droit, confiant et dévisageait Roose avec un regard tranchant et impitoyable qui commençait à le déranger. Plus aucune trace du garçon idéaliste qui avait balancé son alliance avec Walder Frey dans les fossés pour l'amour d'une femme qu'il venait à peine de rencontrer. Se laisserait-il influencer par son amour pour son petit frère ? Rien n'était moins sûr à présent.

- Roose Bolton, dit Robb Stark d'une froide et calme. Vous ne pouvez plus compter sur les Lannister pour tuer vos ennemis à votre place à présent.

- Je n'ai pas eu besoin des Lannister pour vous enfoncer une dague en plein cœur. Juste de votre propre idiotie.

Un sourire féroce éclaira le visage de Robb Stark. Les muscles ondulèrent et des dents beaucoup plus grandes et tranchantes que ne devraient l'être celles d'un homme apparurent entre ses lèvres. Roose entendit Lady Dustin retenir une exclamation de surprise et força son propre visage à rester impassible.

- Quelle dommage pour vous que votre complot n'ait pas si bien réussi...

- Je détiens votre frère, Rickon Stark, déclara Roose qui n'entendait pas laisser au prétendu Roi du Nord la maîtrise de la conversation. Nos armées se tiennent face à face, d'égales à égales. Si vous acceptez de vous retirer et de convenir d'une trêve pendant l'hiver, il vous sera remis sain et sauf. Sinon, il sera tué à l'aube.

Si le visage du Roi Loup était un masque impénétrable, l'agitation soudaine de son frère, Jon Snow, redonna espoir à Roose. S'il ne pouvait pas influencer l'un, peut-être que l'autre pouvait-il être poussé à l'erreur.

- Si vous avez besoin d'une preuve, ajouta Roose, la voici.

Et il jeta la tête de Shaggy Dog au sol, entre eux. La tête roula jusqu'aux pattes du cheval de Jon qui se cabra. Jon réussit à maîtriser l'animal et à l'apaiser tout en ravalant difficilement sa douleur et sa colère. Ghost, en harmonie avec les sentiments de son humain, poussa quelques geignements plaintifs en reniflant la tête de son frère avant de braquer son regard sanglant sur Roose Bolton et de se remettre à gronder.

Robb se contenta de regarder la tête du direwolf d'un air sombre avant de se concentrer à nouveau son attention sur Bolton. Il balaya ensuite du regard Lord Ryswell, Lady Dustin, Lord Karstark, Lord Tallhart et finit par un regard hargneux vers Lord Umber, qu'il ne quitta pas des yeux. Le cheval de Smalljon Umber commença à s'agiter.

- Mon frère était d'avis de vous laisser une dernière chance de vous rendre, les informa Robb. De vous accorder le pardon pour votre traîtrise et de vous permettre de renouveler vos vœux au Nord et à ma famille. Mais il a une meilleure âme que la mienne. Comme concession pour son bon cœur, si vous vous rendez maintenant, Lord Karstark, Lord Umber, Lord Tallhart, je permettrai à vos enfants, qui sont jeunes et innocents des traîtrises de leurs parents, non seulement de vivre mais également de régner sur les terres dont ils sont héritiers. Vous-même, cependant, subirez le destin accordé aux traîtres et aux parjures, le même que celui subi par Walder Frey. Mais contrairement à lui, vous mourrez en sachant que votre nom et votre lignée vous survit... Une indulgence que je ne pense pas que vous méritez, mais que je vous accorderez quand même si vous vous rendez, vous et vos hommes. Je vous conseille vivement d'y réfléchir... particulièrement vous, Lord Umber.

Le regard lourd du Roi Loup se tourna alors vers Roose Bolton et Brabrey Dustin. Les ombres tombant sur son visage s'intensifièrent et ses pupilles brillèrent d'une lueur surnaturelle sous la pénombre de ses sourcils.

- Si Rickon est blessé ou tué, Lord Bolton, Lord Ryswell, Lady Dustin, je m'assurerai de rendre votre mort beaucoup plus longue et douloureuse que celles qu'ont subi Ramsay Bolton et Gryff Whitehill. Vous avez jusqu'à l'aube, demain, pour vous décider.

Et sur ces mots, Robb Stark fit faire demi-tour à son cheval, marquant la fin de la rencontre.

oOo

Misère, que j'ai mis longtemps à publier ce nouveau chapitre. J'ai beaucoup de mal à me replonger dans mes fanfictions. Je travaille sur un roman de fantasy et il est difficile de me motiver pour autre chose.

Je vais quand même essayer de finir cette fanfic, ainsi que celle des Animaux fantastiques, parce que j'ai encore des idées pour elles (contrairement à celle Harry Potter qui s'est complètement épuisée), mais je ne promets rien au niveau des délais.

(pour les Animaux fantastiques, j'ai bon espoir que la sortie des Crimes de Grindelwald ranime ma flamme!)

Désolée!

J'espère que ce chapitre vous aura plu! Et merci pour les favs et les follows! Ce sont parfois les seules choses qui me rappellent que mes fanfictions existent! x'D