Arc II : I Will Save You (Even If I Have to Try Again a Million Times)
Ça aurait dû être une journée de cours comme une autre. Un autre jour passé à faire acte de présence et à dormir sur son bureau dans le fond de la salle. Pourtant, quelque-chose avait été différent cette fois-là, et ce souvenir était resté gravé dans son esprit. Si bien qu'aujourd'hui encore, il s'en souvenait très clairement.
Ce jour-là, il avait rencontré Susan pour la première fois.
C'était en décembre, et l'approche des vacances ainsi que des fêtes de fin d'année avait fait perdre leur sérieux à la plupart des élèves de la classe, qui bavardaient bruyamment en attendant le début du premier cours. Castiel était seul à sa table. Il était affalé contre le mur dans une position presque allongée, avec ses pieds posés sur la chaise à côté de la sienne. Le jeune homme commençait vaguement à regretter d'être venu, et se demandait s'il avait encore le temps de s'éclipser discrètement avant l'arrivée du prof. Mais avant qu'il n'ait esquissé le moindre geste, ses yeux s'étaient tournés vers la fenêtre à sa gauche, et son envie de sortir avait soudain été réduite à néant.
Des milliers de flocons blancs étaient en train de tomber sur la ville. A la merci des bourrasques impitoyables, ils tournoyaient comme s'ils étaient les acteurs d'une chorégraphie moderne. C'était la première neige de l'année.
A cet instant, la porte s'ouvrit, et monsieur Faraize entra dans la salle. A sa suite, se trouvait une jeune fille qui marchait en gardant la tête baissée, si bien que ses longs cheveux bruns dissimulaient à moitié son visage. L'espace d'une seconde, elle s'arrêta sur le seuil de la porte, serrant dans sa main la lanière de son sac à dos, et se redressa pour observer furtivement la population de la salle de classe. Son regard rencontra le sien. Elle eut l'air déstabilisée, et détourna aussitôt les yeux pour retourner dans son examen visiblement passionné du carrelage. Castiel retint un reniflement moqueur. La nouvelle arrivante avait des yeux bleus à la forme arrondie qui semblaient trop grand pour son visage, lui donnant l'air d'un poisson qu'on avait sorti de son bocal. En cet instant, tout dans son attitude et dans sa façon de se tenir respirait la nervosité. Il n'avait pas besoin de plus d'explications pour comprendre ce que cette fille faisait dans la pièce. C'était évident rien qu'à sa tête.
Le professeur d'histoire se plaça devant le tableau noir, avant de se racler la gorge pour demander le silence. Il était rare que les élèves respectent ses demandes, mais cette fois-ci la curiosité avait pris le dessus, et la plupart d'entre eux se turent instantanément. Monsieur Faraize eut l'air positivement surpris, mais il ne laissa pas sa victoire passagère empiéter sur sa mission du moment. Son regard s'attarda brièvement sur les étudiants installés à leurs tables, puis, il prit la parole.
« Bonjour tout le monde. J'ai une annonce à vous faire. » dit-il avant de désigner de la main la jeune fille qui se trouvait à ses côtés « Une nouvelle élève vient d'intégrer l'établissement et sera dans votre classe à partir d'aujourd'hui. Son nom est Susan Darcy. Tâchez de lui faire un bon accueil. »
Après cette annonce, il se gratta le menton et regarda en l'air, cherchant visiblement ce qu'il devait dire de plus. Ses yeux se posèrent sur la nouvelle, et la marche à suivre sembla alors s'imposer à son esprit comme une évidence.
« Hum, bon… Du coup je vais te laisser te présenter brièvement Susan. »
La jeune fille regarda son professeur avec une expression stupéfaite, semblable à celle d'un lapin pris dans les phares d'une voiture. Elle secoua vigoureusement la tête pour manifester son désaccord, mais Faraize ne sembla pas s'apercevoir de sa détresse. Il plaça une main sur chacune de ses épaules, avant de la pousser en avant pour la forcer à faire face à la classe.
Elle regardait devant elle avec un air tétanisé, la bouche légèrement entrouverte.
« Je… »
Ses yeux parcoururent rapidement la salle, avant de se river au sol.
« Je… Je m'appelle Susan, et, heu… »
Elle parlait à voix basse et en mâchant ses mots, mais on pouvait quand même entendre les légers trémolos dans sa voix.
Elle eut l'air d'hésiter, mais elle ferma la bouche et resta silencieuse.
« Cette fille sait pas parler ? Elle est débile ou quoi ? » s'exclama Ambre, si fort que toute la classe l'entendit.
Un rire contagieux secoua la plupart des élèves, causant un brouhaha qui se répandit dans la pièce. Castiel resta de marbre. Il avait beau avoir un humour de merde, ce genre de plaisanteries ne le faisaient pas vraiment sourire. Ambre passait son temps à essayer désespérément de se faire remarquer aux dépends des autres pour gagner en popularité. C'était pathétique.
« Silence ! » intervint monsieur Faraize, sans parvenir à se faire écouter « Silence j'ai dit ! »
Il poussa un soupir résigné, et regarda la nouvelle. Son visage avait pris une teinte cramoisie, et elle regardait par terre en ayant l'air de souhaiter disparaitre.
« Heu… Très bien Susan, ça suffira. Je compte sur vous pour l'aider à s'intégrer et pour répondre à ses questions » dit-il en s'adressant à l'ensemble de la classe « Sur ce nous allons commencer le cours sans plus tarder. Tu peux aller t'asseoir. Mets-toi donc là-bas. »
Castiel s'était désintéressé de la scène pour regarder par la fenêtre la neige qui tombait. Aussi, il n'avait pas fait attention à la place que le professeur avait désignée. Ce n'est que lorsque la jeune fille s'immobilisa devant lui qu'il se rendit compte de sa présence. Il se tourna vers elle.
« Heu… Apparemment je dois m'asseoir ici… » dit-elle à voix basse, en pointant du doigt la chaise sur laquelle les pieds du jeune homme étaient posés.
« Tu vois pas que c'est occupé ? » grogna-t-il instinctivement, mécontent d'avoir été dérangé dans sa contemplation solitaire.
La jeune fille eut un mouvement de recul, et ses sourcils se recourbèrent pour signaler sa détresse.
Il soutint son regard implorant pendant une seconde, puis poussa un soupir las. Il se redressa sur son siège, et retira ses pieds de là où ils étaient précédemment. Il avait bien ses défauts, mais il n'était pas non plus un tyran.
Susan s'installa à sa place et sortit ses affaires de son sac. Le jeune homme, quant-à-lui, s'était avachi sur sa partie du bureau, avant d'enfouir sa tête dans ses bras. Ce foutu Faraize pouvait bien lui retirer sa chère solitude s'il le souhaitait, mais personne au monde ne l'empêcherait de faire sa sieste matinale en cours d'histoire. Pas même une nouvelle à l'air cruche qui n'était même pas capable de soutenir son regard pendant plus d'une demi-seconde.
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Mardi 13 Novembre 2018 – 00h10
« Castiel ? Castiel ? Castiel réveille-toi ! »
Le jeune homme se redressa en sursaut, envoyant voler par terre l'étoffe en laine dont il avait été recouvert dans son sommeil.
« Susan ! » s'écria-t-il avant de regarder autour de lui, prenant seulement maintenant conscience de l'endroit dans lequel il se trouvait.
Evelyn le fixait avec des yeux légèrement écarquillés.
« Castiel… Est-ce-que tout va bien ? » lui demanda-t-elle en baissant la voix, comme elle l'aurait sans doute fait pour s'adresser à un enfant ou à une personne gravement malade.
Le ton qu'elle avait employé l'aurait sans doute agacé en temps normal, mais il était tellement perturbé qu'il n'y prêta même pas attention.
Sa poitrine se soulevait et s'abaissait avec un rythme erratique. La tête lui tournait. Il avait du mal à réaliser qu'il était de retour dans les coulisses du bar. Qu'il était de retour au début de cette journée.
Que sa découverte macabre n'avait pas encore eu lieu.
Ses membres étaient secoués par des tremblements légers mais incontrôlables. Il les ignora, et se leva pour regarder autour de lui. Nathaniel et Susan se trouvaient un peu plus loin dans la pièce. Ses yeux rencontrèrent ceux de la jeune femme. Elle était là, vivante et en pleine forme.
Susan n'était pas morte. Du moins pas pour l'instant.
Une main se posa sur son épaule et le tira brusquement de ses pensées.
« Castiel, tu n'es vraiment pas dans ton état normal. Je m'inquiète pour toi, dis-moi ce qui t'arrive ! »
La voix d'Evelyn était plus aigüe que d'habitude. Il ne l'avait encore jamais vue aussi inquiète. Le jeune homme se demanda à quoi pouvait ressembler l'expression sur son visage pour que son amie soit aussi choquée.
Il secoua la tête comme pour se ressaisir, et tenta d'adopter un air neutre.
« Tout va bien Evelyn. Je… J'ai seulement fait un rêve bizarre quand j'étais inconscient. »
Il attrapa la house de sa guitare, ainsi que le reste de ses affaires, et cala l'une des lanières sur son épaule.
« Je vais rentrer chez-moi tout de suite si ça te dérange pas. Je… J'ai des choses à faire. »
Evelyn hocha la tête avec réticence. Ce qu'il lui avait dit ne semblait pas vraiment l'avoir rassurée.
« Bien sûr ne t'en fais pas. Je m'occupe de ranger le matériel. Vu ta tête, tu as grand besoin de sommeil. »
Le jeune homme commença à se diriger vers la sortie.
« Attends, Castiel ! »
Cette voix lui fit l'effet d'une décharge électrique. Il se figea. Il avait l'impression que son cœur venait de se briser en mille morceaux dans sa poitrine.
Lentement, il se retourna, et son regard rencontra celui de Susan. Une immense tristesse s'abattit sur lui, l'étouffant dans son étau. Ses yeux restaient complètement secs, mais il avait l'impression d'être en train de pleurer de l'intérieur.
Il faisait face à la jeune femme, mais tout ce qu'il voyait, c'était le cadavre qu'il avait retrouvé gisant dans son propre sang, les yeux vitreux et opaques qui n'avaient plus rien d'humain, les muscles déjà rendus rigides par la mort…
Il fut pris d'un haut le cœur, et se détourna brusquement en plaquant une main contre sa bouche.
« Je… Je suis désolé Susan. Je sais qu'il faut qu'on parle mais… Je te verrai une prochaine fois. »
Sans attendre que qui que ce soit dans la pièce n'ait eu le temps de réagir, il saisit la poignée et sortit. Il n'était pas assez fort pour lui faire face maintenant. Il fallait qu'il parte. Il fallait qu'il se retrouve seul avec lui-même, et qu'il mette les choses au clair.
Il avança tellement vite qu'il ne mit que quelques secondes avant de trouver un banc sur lequel s'asseoir. Celui-là même qui l'avait déjà accueilli plusieurs fois au cours de ses réitérations de cette même journée. Il poussa un soupir et enfouit sa tête dans ses mains.
Qu'était-il censé faire maintenant ? Susan allait mourir. Le souvenir de son corps inanimé était encore frais dans sa tête. Cette ligne d'univers était certes différente de la réalité dans laquelle il se trouvait maintenant, mais ça ne voulait pas dire que les mêmes événements ne se reproduiraient pas de la même façon.
Combien de fois est-ce-que tout ça s'était produit dans les autres réalités qu'il avait traversées ? Est-ce qu'à chaque fois qu'il avait remonté le temps pour des raisons stupides, la jeune femme avait perdu la vie seule de son côté sans qu'il ne s'en rende compte ? Cette idée lui donnait envie de vomir. Il ne pouvait pas supporter ça. Il ne l'accepterait pas.
Quoi qu'il arrive, il ne laisserait pas Susan mourir aujourd'hui.
Il repensa au sms qu'elle lui avait envoyé à chaque fois qu'il avait vécu cette journée. Il savait que ce message cachait quelque-chose d'étrange. Pourquoi lui avait-elle demandé de venir la voir de toute urgence ? Qu'avait-elle voulu lui dire ?
Ça signifiait au moins une chose. La jeune femme était forcément vivante au moment où elle le lui avait envoyé, ce qui lui laissait un peu de temps afin de trouver une solution pour lui venir en aide.
Il avait toujours reçu le sms vers onze heures du matin. Il ne lui restait donc plus qu'à attendre. Cette fois, il répondrait à sa demande aussitôt qu'elle serait formulée, et il serait là avec elle pour la protéger si jamais quelque-chose arrivait. Si quelqu'un essayait de s'en prendre à elle.
Il ne la laisserait pas toute seule cette fois.
Une main se posa brusquement sur son épaule, et Castiel sursauta tellement violemment qu'il faillit tomber par terre. Il rompit le contact et s'écarta aussi vite que possible, se tenant en équilibre à l'extrémité du banc.
Il laissa échapper un hoquet stupéfait lorsqu'il découvrit l'identité du nouvel arrivant.
« Nathaniel ?! Qu'est-ce-que tu fous là ? »
Ce dernier se grattait l'arrière du crâne, un mélange de gêne et d'irritation sur le visage.
« Pas la peine d'être autant sur le qui-vive. A voir ta réaction, on dirait que tu t'attends à ce que quelqu'un débarque pour te dépecer vivant d'une seconde à l'autre. »
Il ne répondit pas.
« C'était pas mon intention de te surprendre comme ça mais bon, tu m'as pas entendu quand j'ai essayé de t'appeler… »
En voyant qu'il n'y avait aucune trace d'agressivité dans son attitude, Castiel soupira, et laissa tomber sa posture défensive pour s'adosser à nouveau contre le dossier du banc.
Il se souvint de sa dernière confrontation avec Nathaniel. Ce dernier lui avait voué une haine féroce lorsqu'il avait compris qu'il s'était introduit dans ses souvenirs. Mais tout ça était oublié désormais, puisque le Nathaniel qu'il avait en face de lui n'avait aucune idée de ce qui s'était passé dans cette réalité parallèle, étant donné qu'il avait tout effacé en remontant le temps. Pourtant, lui, se souvenait toujours aussi clairement de ce qu'il avait vu. Il se sentit soudain légèrement coupable pour ça, et il eut un pincement au cœur.
« T'as toujours pas répondu à ma question » dit-il pour changer de sujet « Qu'est-ce-que tu fais ici ? »
Le jeune homme avait contourné le banc et se trouvait maintenant face à lui. Il le jaugea du regard pendant quelques secondes, avant de fouiller ses poches pour en sortir un portable qu'il tendit dans sa direction.
« T'as fait tomber ça dans les coulisses du bar. J'ai pensé que t'aimerais le récupérer. »
Castiel le regarda avec stupeur. Il mit plusieurs secondes à se remettre de sa surprise, et attrapa le téléphone qu'il lui tendait.
« Pourquoi t'es venu me le ramener ? » demanda-t-il avec un air d'incompréhension « Je croyais que tu me détestais… enfin, qu'on se détestait mutuellement. »
Le jeune homme laissa échapper un ricanement.
« Castiel, la dernière fois qu'on s'est vus remonte à une éternité. Tu croyais pas que j'allais pathétiquement entretenir ma haine à ton égard en attendant avec impatience la prochaine fois où je pourrais t'envoyer chier ? Désolé mais j'ai pas vraiment pensé à toi ces quatre dernières années. Tant que tu te comportes pas comme un abruti, je vois pas pourquoi je devrais pas agir de façon civilisée avec toi. »
Le choc fut tellement fort que Castiel crut que sa mâchoire allait se décrocher sous l'effet de la surprise. Après toutes les fois où il avait revécu cette journée et s'était violemment engueulé avec lui, il lui sortait ça ?!
Il fronça les sourcils. Est-ce-que ça voulait dire que c'était son comportement à lui qui avait déclenché toutes leurs confrontations sans qu'il ne s'en rende compte ? Ce n'était pas possible, si ?
« Et puis, honnêtement » continua Nathaniel « à voir ta gueule, on dirait que tu viens de passer sous les roues d'un dix tonnes. Même moi j'avoue que j'ai eu pitié. »
Il ne savait pas trop comment le prendre, et se contenta de lui lancer un regard irrité, avant de soupirer.
« Ouais, c'est juste que… heu, je me sens pas très bien. J'ai juste besoin de dormir. »
Son mensonge ne trompa personne, mais Nathaniel se contenta de hausser les épaules.
« Pas la peine de te justifier. Je m'en fous. »
Il sembla réfléchir à quelque-chose pendant quelques secondes, et l'inspecta brièvement du regard, avant de prendre la parole à nouveau.
« Tu sais » dit-il avec un sourire en coin « je pense que l'alcool serait un bon remède à tes problèmes, quels qu'ils soient. Si j'étais toi, mon premier réflexe serait probablement d'aller me bourrer la gueule… »
Castiel faillit s'étouffer.
« Pardon ?! »
« Ah, non, j'essaye pas de te pousser à devenir alcoolique… Ce que je voulais dire c'est juste… heu… Si tu veux on peut aller boire un verre. »
« Je… Quoi ? »
Le jeune homme le regarda avec un air agacé.
« Tu m'as très bien entendu tête de nœuds. »
« Pourquoi tu voudrais aller boire un verre avec moi ? » finit par demander Castiel, dubitatif.
Nathaniel se passa une main dans les cheveux en soupirant.
« Pour le plaisir de ta charmante compagnie ? Pour parler du passé et se foutre de la gueule des deux abrutis qu'on était au lycée ? Je sais pas moi, essaie d'avoir un peu d'imagination. »
Il enfonça les mains dans ses poches et haussa les épaules avec un air moqueur.
« Enfin… Si tu bois pas d'alcool et que tu préfères rentrer gentiment faire dodo je peux comprendre Cassy… »
Le jeune homme lui jeta un regard mi-énervé, mi-amusé. Décidément, si ce type pensait qu'il pourrait toujours le manipuler de cette façon, il se fourrait le doigt dans l'œil. Quoi-que…
« Bon allez, c'est d'accord. Je suis partant. »
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Mardi 13 Novembre 2018 – 2h23
Il s'était senti un peu coupable en entrant dans le bar. Après tout, il savait ce qui risquait bientôt d'arriver à Susan, et il n'arrivait pas à s'enlever ça de l'esprit. Mais il n'y avait rien qu'il pouvait faire jusqu'au lendemain matin. Il était obligé d'attendre le sms de la jeune fille avant de pouvoir venir l'aider. Et comme il était à peu près certain du fait qu'il ne réussirait pas à dormir cette nuit, qu'il soit ici ou ailleurs, au final ça ne changeait rien. Il préférait penser à autre-chose tant qu'il le pouvait encore.
Ca faisait maintenant un moment qu'il était assis au comptoir en compagnie de Nathaniel. L'environnement sonore était envahi par les voix des autres clients, ainsi que par les musiques de mauvais goût qui constituaient la playlist de l'établissement.
Pour son plus grand étonnement, ils avaient discuté en toute simplicité, comme s'il n'y avait jamais eu la moindre inimitié entre eux deux. Il avait presque l'impression que ce Nathaniel appartenait à une dimension parallèle à celles qui abritaient les autres exemplaires qu'il avait rencontrés.
Au final, quand il y réfléchissait, c'était bel et bien le cas. S'il ne s'était pas engueulé avec Susan après le concert, Nathaniel ne serait pas intervenu, et ils ne se seraient pas confrontés aussi violemment qu'ils l'avaient fait. C'était effrayant de voir à quel point les choses pouvaient changer lorsqu'il modifiait légèrement son comportement. Voilà que maintenant il était en train de boire une bière avec lui alors que, quelques heures plus tôt dans une autre ligne d'univers, il avait été occupé à essayer de le mettre K.O. sur un ring de boxe.
« J'arrive pas à croire que t'en es encore à ton premier verre. Tu nous les joues sainte nitouche Castiel ? »
Le jeune homme ne pensait pas avoir quoi-que-ce-soit à se reprocher à ce niveau-là, mais c'était sûr que, comparé à lui, il était loin d'avoir une descente aussi effective. Nathaniel avait enchaîné les shots, alors que lui s'était contenté d'une simple bière.
Il n'avait pas envie de boire plus que nécessaire ce soir. Après tout, le jeune homme voulait être en pleine possession de ses capacités le lendemain, lorsqu'il irait voir Susan. Il ne savait pas encore ce qui l'attendait, et il fallait qu'il soit capable de la défendre si jamais les choses tournaient mal.
« Pas du tout. T'as oublié que je ne suis pas au plus fort de ma forme ? Tu ne voudrais quand même pas inciter quelqu'un de gravement malade à boire comme un trou ? » dit-il avec un sourire railleur.
Nathaniel eut un rire étouffé.
« Tu as raison. Je ne voudrais pas avoir ça sur la conscience… »
Le jeune homme avala une gorgée, puis reposa son verre. Il décida alors de poser une question qui lui trottait dans la tête depuis la toute première fois qu'il avait vécu cette journée.
« Au fait je me demandais » dit-il « Comment ça se fait que Susan et toi soyez venus ensemble au concert ? »
Implicitement, ce qu'il lui demandait vraiment, c'était en quoi consistait la nature de sa relation avec la jeune femme.
Nathaniel haussa les sourcils de manière suggestive. Un sourire satisfait éclaira son visage, pour une raison qui échappait à Castiel.
« Oh, Susan ? Disons qu'on s'entend bien elle et moi. Mais on est pas ensemble si c'est ce que tu veux savoir... »
Voyant qu'il ne réagissait pas plus que ça, il finit par hausser les épaules avec un air amusé.
« En fait… Je l'ai revue par hasard après son retour à Anteros, et elle a décidé qu'elle voulait renouer contact. Je crois que c'est parce-que cette idiote a eu pitié de moi plus qu'autre-chose. Et quand elle a quelque-chose en tête, tu peux toujours batailler pour lui faire lâcher prise. »
Castiel retint un rire.
« Ouais, ça lui ressemble bien. »
« En parlant de ça, vous étiez en froid à la fin du lycée, mais apparemment t'as pas l'air d'avoir gardé une dent contre elle. »
« Comment tu sais ça ? » demanda-t-il en fronçant les sourcils.
« Je sortais avec elle à l'époque, Captain Obvious. D'ailleurs c'était évident qu'elle avait beaucoup plus d'affection pour toi que pour moi. Je me demandais parfois lequel de nous deux était vraiment en couple avec elle… »
Castiel eut une moue agacée.
« C'est ridicule. Susan était juste une pote. »
« Ouais je peux concevoir ça » répondit-il avec un air amusé « Puis c'est vrai que toi t'es pas trop porté sur la gent féminine non ? »
« T'es en train de me demander si je suis gay ? »
Nathaniel eut un sourire en coin.
« On dirait bien. »
Castiel posa son verre sur le comptoir, une expression imperturbable sur le visage.
« Je vois pas pourquoi ça aurait changé entre temps. » dit-il sur un ton légèrement froid « C'est à cause de Susan si tout le lycée l'avait appris, donc t'es censé être bien placé pour le savoir. Ouais, je suis gay. C'est pas nouveau. »
Le jeune homme fit la grimace, comme s'il s'était attendu à une autre réaction.
« Hmm… Ah oui, c'est vrai que c'était à cause de ton outing que tu avais arrêté de lui parler... J'avais presque oublié. »
« Ben pas moi. » dit-il sèchement.
Nathaniel détourna le regard, et se passa une main dans les cheveux.
« C'est vrai que les gens étaient cons. Ca a pas dû être cool pour toi… »
« Pas la peine de prendre cet air gêné » dit-il en haussant les épaules pour dissimuler son propre embarras « C'est du passé maintenant, je m'en fous. Et puis, c'est à cause de Susan que tout ça est arrivé. T'as rien à voir dans l'histoire. »
Nathaniel était en train de boire, mais il avala de travers lorsqu'il l'entendit.
« Tu… Tu crois que c'est Susan qui était la seule responsable de ton outing ? C'est pas comme ça que ça s'est passé… De son côté c'était seulement un accident. »
Il fronça les sourcils.
« En fait, maintenant que j'y pense, il me semble me souvenir que c'était en partie ma faute… »
« Pardon ?! »
« Non ! Je veux dire… C'était la faute de Susan bien sûr. Clairement je ne sais pas ce que je raconte. Ça doit être à cause de l'alcool. »
Castiel le regarda avec méfiance. Son air hypocrite ne le trompait pas. Mais juste à cet instant, Nathaniel reçut un message, et son attention fut accaparée par son portable.
Le jeune homme détourna le regard et expira profondément. Tout ça n'avait pas d'importance après tout. Quelle-que soit la personne qui avait vraiment été responsable de son outing, ça appartenait au passé maintenant. Il avait déjà décidé d'oublier toute cette histoire. Il n'allait pas revenir sur sa décision maintenant…
Nathaniel fit la grimace en regardant l'écran de son téléphone.
« On dirait bien que ma présence est requise ailleurs... Je vais devoir partir. »
Il eut l'air d'hésiter l'espace d'un instant, puis, il sembla prendre une décision. Il planta soudain son regard dans celui de Castiel, avec une intensité qu'il n'avait pas une seconde plus tôt. Son sourire s'étira vers le coin droit de son visage, et il posa une main sur le poignet du jeune homme.
« N'hésite pas à m'appeler si jamais tu as envie de remettre ça » dit-t-il avec une voix suave « On peut même faire d'autres choses si tu veux. Je suis toujours partant pour m'amuser un peu… Si tu vois ce que je veux dire. »
Castiel le regarda avec des gros yeux, la bouche ouverte. Il fronça les sourcils.
« Pardon ? Est-ce-que t'es en train de… flirter avec moi ? »
Nathaniel eut l'air d'essayer de se retenir, mais il ne tint pas longtemps, et finit par éclater de rire face à l'expression stupéfaite du jeune homme.
« Ça fait deux heures que c'est ce que j'essaie de faire, mais merci d'avoir fini par le remarquer Castiel. »
Il ne répondit rien, trop surpris pour trouver quoi que ce soit à dire.
Nathaniel se leva et lui fit un clin d'œil, accompagné d'un signe de la main.
« Allez j'y vais. A la prochaine ! »
Il le regarda partir sans réagir, encore choqué par ce qu'il venait de découvrir sur ses intentions. Il avait du mal à y croire. Il avait toujours été tellement persuadé que Nathaniel était hétéro qu'il n'avait jamais envisagé la possibilité qu'il puisse être bisexuel. Mais après le numéro qu'il venait de lui faire, c'était clairement la seule conclusion qu'il pouvait en tirer. Ca et le fait qu'il devait être sacrément tiraillé par ses hormones pour avoir envie de le draguer lui.
« Qu'est-ce-qui lui prend à ce crétin ? » grogna-t-il avant d'attraper son verre pour le vider en quelques gorgées.
Note de l'auteur :
J'ai enfin fini de réécrire tous les chapitres de l'arc 1. Par conséquent, me voici donc avec la suite de l'histoire! x)
Je me demande comment ce nouveau chapitre va être reçu, car je viens de me rendre compte que comme je n'avais jamais donné d'indice concernant la sexualité de Castiel, le fait qu'il soit gay dans mon histoire sera peut-être une surprise (enfin, peut-être pas si vous aviez vu le tag [Castiel/Nathaniel], ah ha)
C'est peut-être surprenant également de les voir agir de façon aussi différente l'un avec l'autre dans ce chapitre. C'est ça les conséquences quand on voyage dans le temps. Pour Nathaniel, c'est la première fois qu'il revoit Castiel depuis 4 ans, donc si l'embrouille initiale du bar n'a pas lieu, il n'a pas vraiment de raison d'être agressif avec lui. Et de toute évidence, il a une autre idée en tête... x)
Une petite précision pour la route : Nath est un dragueur invétéré dès que la personne en face de lui est une fille, mais il ne se comporte pas de la même façon avec les mecs en général, même s'il est bi. La seule raison pour laquelle il se permet de draguer lourdement Castiel dans ce chapitre, c'est parce-qu'il savait déjà qu'il était gay. (tout ça c'est seulement dans mon histoire bien sur)
Vous aurez aussi remarqué que ce chapitre débutait par un flashback. Il y en aura d'autres dans l'arc 2, qui se mêleront à l'histoire principale pour permettre de découvrir le passé des personnages en même temps que leur futur ^^
On recommence à s'intéresser de plus près au cas de Susan dans le prochain chapitre!
Oh, et j'ai failli oublier... Les abonnés auront surement reçu 2 notifications à la sortie de ce chapitre, et c'est tout simplement parce-que j'ai coupé le chapitre précédent en deux parties. Lorsque je l'ai modifié, il est devenu beaucoup plus long, et j'ai donc trouvé que c'était nécessaire ^^ Voilà, c'est donc pour ça, mais le seul véritable nouveau chapitre est celui-ci x)
Réponse aux reviews :
NewNewt : Merci beaucoup pour tes deux reviews ! ^_^ En effet, je suis d'accord pour dire qu'il y a une certaine logique dans l'évolution de Nathaniel dans le jeu, et c'est justement pour essayer de mieux la comprendre que j'ai essayé de développer un background potentiel que ce personnage aurait pu traverser. Parce-que j'avoue qu'au début j'étais assez choquée de voir comment il avait changé, du coup j'avais besoin d'essayer de comprendre ça x) J'avais pas la patience d'attendre que son arc arrive pour qu'on nous raconte ce qui lui est arrivé... x'D
Ah mince, c'est bête pour le spoil… x') C'est vrai que les reviews sont un nid de spoilers en général... Et en effet, on finira par savoir de quoi il en retourne concernant ce qui est arrivé à Susan, même s'il va falloir un peu de temps pour ça…! ;)
Merci pour tous ces compliments et pour tes reviews super gentilles ! :3 J'espère que la suite te plaira aussi !
