Disclaimer : Harry Potter et son univers appartiennent à J.K.Rowling, je ne gagne aucun argent en m'appuyant sur ses oeuvres.
Merci à mon amie Sploutch pour son aide et ses corrections.
Merci à tous ceux qui me laissent des commentaires, le plaisir d'en recevoir reste intact et ce n'est que plus motivant pour écrire la suite.
8 - Sciences de l'esprit
Le château était en effervescence. Le froid se faisait mordant, les professeurs s'occupaient d'installer les décorations, et les étudiants étaient impatients. Harry, même s'il connaissait les coutumes de Noël, ne comprenait pas bien pourquoi tout le monde était d'humeur si joyeuse. Bon, d'accord, pas tout le monde. Mais d'une manière générale, l'ambiance était plutôt festive et les élèves surexcités.
Harry n'éprouvait qu'un peu de soulagement et beaucoup d'appréhension. Du soulagement parce qu'il allait enfin être débarrassé de tous ceux qui le montraient du doigt, l'idolâtrant ou le craignant, murmurant qu'à coup sûr il avait de grands pouvoirs, ou des alliés secrets, voire même une bénédiction des dieux. Ou bien encore, on le désignait comme le prochain mage noir : voyez comme il est secret, je suis sûr qu'il a trompé le Choixpeau, et comment crois-tu qu'il a survécu à sa chute ? Et même à l'avada kedavra ?
Si ces commentaires ne le gênaient pas, le fait que l'attention soit une fois de plus tournée vers lui n'était pas pour lui plaire. Et Malefoy ne l'aidait pas. Même s'il ne se risquait plus à s'engager dans une joute verbale, il ne se lassait pas de répandre des rumeurs sur lui, ou de lui adresser des remarques provocantes sur son absence de famille. Au point que Harry réagit finalement en lui disant :
- Voyons Malefoy, je te croyais plus prudent. Tu ne voudrais pas finir comme le sol du terrain de Quidditch quand même ?
Celui-ci avait blêmi et s'était montré moins virulent par la suite. Malheureusement, la scène avait eu des témoins, et les rumeurs s'amplifieraient à coup sûr.
Mais Harry se demandait sans cesse si on allait remarquer qu'il ne participait guère à l'allégresse générale. Il s'efforçait de paraître joyeux comme tous les autres, mais il craignait que ceux qui passaient beaucoup de temps avec lui ne trouvent son attitude bizarre. En fait, Harry ne savait pas ce qu'il devait ressentir. Pour lui, les jours n'avaient pas vraiment grand chose de différent par rapport aux autres, seule l'agitation qui caractérisait ses condisciples perturbait le déroulement normal de la semaine.
Cependant, à force de simuler une joie et une excitation semblables à celles de tous les occupants du château, Harry en vint à se retrouver légèrement euphorique, sans arriver à bien saisir pourquoi.
Les vacances arrivant à grands pas, Harry avait fourni quelques livres sur la magie corporelle, tirés de la Salle sur Demande, à ses camarades, pour qu'ils étudient la théorie et soient prêt à commencer la pratique à la rentrée.
Dumbledore lui avait expliqué le fonctionnement de cette salle, et Harry avait perçu l'étendue de son potentiel. Il avait commencé par demander une salle pour cacher un objet dangereux, et il était tombé sur la caverne d'Ali-Baba. Apparemment, depuis la création de Poudlard, les élèves avaient eu à cacher nombre d'objets dangereux. Dangereux surtout pour eux-mêmes sans doute. Harry déambula quelque temps parmi ces montagnes d'objets interdits, de preuves de culpabilité d'un élève pour une bêtise ou une autre, d'armes du crime aurait dit Rusard.
Il feuilleta quelques livres, joua avec un diadème terni, inspecta des placards, puis, comme dans une brocante où rien n'attirerait votre attention, il se lassa de cette vaste pièce qui lui avait parue idéale auparavant, pour se dire que si autant d'étudiants avaient déjà eu accès à cette salle, elle n'était pas suffisante pour cacher l'œil de l'atoskr.
Il essaya donc plusieurs formulations pour trouver une salle sécurisée, mais « une salle que moi seul retrouverait », « une salle pour cacher mon bien le plus précieux » et « une salle pour me cacher » donnaient toutes accès à la même salle remplie d'objets qui étaient loin d'être aussi précieux et dangereux que ce qu'il voulait y entreposer.
Finalement, ce n'est qu'après avoir pris le temps d'y réfléchir sérieusement, qu'il comprit ce qui n'allait pas. Tant qu'il demanderait une salle pour cacher quelque chose, il obtiendrait toujours le même résultat. Le château ne considérait pas qu'une telle demande nécessite plus de protections que celles qu'il offrait.
Il retourna donc tenter sa chance lors du premier jour des vacances, se félicitant du fait que la plupart des étudiants soient rentrés chez eux : il aurait plus de temps pour pouvoir faire ses tests devant la Salle sur Demande. Après quelques essais, « une salle pour protéger ma vie » lui donna accès à une salle vide aux murs blancs, sur lesquels étaient inscrites de nombreuses runes qu'il ne connaissait pas et dont il n'était pas sûr de savoir la provenance.
Alors qu'il examinait ces runes, il songea que si elles protégeaient la pièce de l'extérieur, il y avait de fortes chances qu'elles protègent également le reste du château de ce qui se trouvait dans cette pièce. Néanmoins, il aurait préféré avoir à disposition quelque chose pour pouvoir entreposer l'œil de l'atoskr auquel il serait le seul à avoir accès.
Lorsqu'il se retourna, il y avait au centre de la pièce un piédestal entouré d'une grille qui faisait comme un dôme, luisant d'une lueur bleutée. Comprenant qu'il avait encore sous-estimé le pouvoir de cette pièce, Harry s'approcha pour découvrir une petite clé en bronze, suspendue à l'entrée de cette structure. Il la prit, vérifia que la grille était bien fermée, et essaya d'entrer par tous les moyens qu'il pouvait imaginer. Aucun sort, aucun crochetage, aucune force, magique ou non, ne parvint à lui ménager la moindre ouverture. Heureux d'avoir enfin trouvé ce qu'il lui fallait, il se décida à retrouver son professeur de potion.
Ledit professeur de potion était en train de corriger les liasses de parchemins exigés de ses élèves. Certes, il était agréable de martyriser ces jeunes qui se croyaient encore le centre du monde, mais en attendant, il lui échouait la tache ingrate de corriger des copies où bêtise et ignorance n'avaient d'égales que le manque de soin qui caractérisait de tels déchets. Il allégea sa crispation en attribuant la note de Troll à un élève qui en avait sûrement des origines. Quel bonheur ce serait de les voir prendre conscience de leur médiocrité quand il leur rendrait leurs devoirs à la rentrée.
Il lui restait encore des centaines de parchemins à corriger avant de pouvoir passer à des activités plus intéressantes quand on frappa à la porte. Qui pouvait être assez suicidaire pour le déranger à un tel moment ? Il se leva, fit disparaître les travaux d'élèves d'un geste de la main, et alla ouvrir à son visiteur qui n'était autre que le gamin Potter.
Enfant honni et attendu à la fois, Potter représentait ce qu'il détestait le plus, mais il ne pouvait s'empêcher d'espérer qu'il lui prouve avoir un talent hors du commun. Un joyau à polir et à former. Une tache à la mesure de l'homme qu'il était. Mais s'il était vraiment de meilleure facture que les gamins qu'il côtoyait habituellement ? S'il lui montrait réellement qu'il était digne d'intérêt, ne finirait-il pas par apprécier un Potter ? Cette perspective lui faisait horreur. Bien, il le détesterait pour cela aussi.
Il fit entrer son pire cauchemar et son plus grand espoir, au moins parmi les élèves, et attendit que celui-ci expose les raisons de sa venue. Ce n'était probablement pas une visite de courtoisie qui motivait le survivant à le déranger dès le premier jour des vacances.
- Bonjour professeur, je viens enfin de trouver une cachette suffisante, au moins pour la durée durant laquelle nous en aurons besoin.
- Enfin est le mot juste, Potter. Vous laissez entendre que vous êtes plein de ressources, mais il vous aura fallu du temps pour trouver où cacher un si petit objet.
- C'est bien vrai professeur, mais vous conviendrez qu'il n'est pas évident de cacher quelque chose d'aussi important aux yeux du professeur Dumbledore, ou même du corps professoral. Je pense qu'il y a peu de risques qu'un élève ou un professeur ne le trouve, et même si le directeur y parvient, j'espère qu'il ne s'en servirait pas à mauvais escient. Et bien que je répugne à voir mes secrets lui être révélés, je préfère encore que ce soit lui qui trouve l'œil de l'atoskr plutôt qu'un étranger au château. Si un troll a réussi à s'introduire dans le château, qui sait quelle sombre créature serait capable de faire de même ?
- Bien. Je ne souhaite pas entendre un exposé sur vos déductions ou suspicions, après tout, le soin que vous mettez à vous protéger ne m'intéresse pas. Assez de temps perdu, passons à la suite.
Le professeur Rogue présenta de nouveau l'œil de l'atoskr à Harry.
- Son utilisation est très simple. Contrairement à la pensine où il faut se remémorer avec soin ce que l'on veut y déposer, il suffit ici de penser à ce que l'on veut cacher pour que chaque souvenir qui lui est associé soit masqué également. Par exemple, si je souhaite cacher tout ce qui me relie à vous, vous disparaîtrez de mes souvenirs, ne laissant qu'un vide. Pour récupérer ce que vous avez laissé dans l'œil, il suffit de songer à ce vide. C'est en partie à cause de ce fonctionnement qu'il faut s'en éloigner par la suite d'ailleurs.
Supposant que son élève n'aurait pas besoin de davantage d'explications, le professeur Rogue sortit sa baguette magique, et commença à lancer les sorts nécessaires pour masquer les actions de la magie noire. Une fois qu'il eut fini, il lui fit signe de commencer et attendit patiemment qu'il ait fini.
Malgré les détails très complets que le professeur avait fournis à Harry sur l'œil de l'atoskr, il lui avait caché une chose. En effet, une fois que les souvenirs commençaient à affluer dans l'objet, le filament s'illuminait en fonction des sentiments associés aux souvenirs en question. Mais, bien évidemment, Harry Potter ne faisait rien comme les autres. La lueur qui se dégageait était d'un gris froid, un bleu presque invisible se laissait deviner, mais aucune émotion forte n'était associée aux souvenirs qu'il ne souhaitait pas dévoiler. Le maître des potions ne savait pas trop quoi penser. Il n'y avait pas de trace de joie, de bonheur ou d'affection, mais pas de tristesse, de souffrance ou d'animosité. Le bleu était là pour la curiosité, ou un sentiment approchant.
Après un certain temps, Harry reposa le précieux objet sur le bureau. Ce gosse avait donc tant de choses à cacher ? Le professeur Rogue leva ses sortilèges et prit la parole.
- Vous pouvez aller le cacher à l'endroit où vous l'avez prévu, Potter. Après cela, revenez me voir, il faudra que vous m'expliquiez ce que vous avez appris et avec qui. J'espère que vous n'avez pas mis de coté de telles informations.
- Je ne vois pas de raison de vous cacher quoique ce soit à propos de mon expérience de l'occlumancie professeur. Mais j'ai bien peur que vous soyez déçu.
Et Harry s'en alla, laissant seul son professeur, plongé dans ses pensées.
Il ne tarda pas à revenir, son sac de cours sous le bras, l'œil de l'atoskr bien caché dans la Salle sur Demande. Le professeur Rogue n'avait pas bougé entre temps et il lui demanda :
- Vous croyez que je vais vous donner des cours théoriques Potter ? Vous vous débrouillerez seul, je n'ai pas envie de me torturer à essayer de faire rentrer quelque chose d'aussi subtil dans votre crâne. Il y a déjà bien assez à faire avec la pratique.
- J'ai juste pensé que vous aimeriez savoir où j'en étais au niveau de l'occlumancie. J'ai appris avec ces livres et je dois dire que ce n'est pas évident pour mesurer ses progrès.
- Le plus simple est de voir où vous en êtes. Videz votre esprit ... Légilimens.
D'abord du vide. Le garçon était entraîné à cet exercice, cela se voyait. Aller plus profondément ... Un point d'appui. Des images, un homme avec des ascendants chez les cétacés, une porte de placard, un petit garçon maigrichon ... Tous associés à des souvenirs peu agréables, ce sont les plus faciles à faire ressurgir. Pas la peine d'en faire une liste. En choisir un et l'explorer. Son élève saura-t-il le repousser ? La porte du placard s'ouvre, l'intérieur est aménagé pour y faire dormir quelqu'un. Un matelas miteux ... L'environnement s'assombrit. Il a enfin réagi. Le souvenir devient plus flou, plus distant. Curieuse technique, il n'y a eu aucune confrontation. Le professeur Rogue se retire, attaquer sur un autre front. Un souvenir heureux ? Une souffrance ? Un apprentissage ? Mais rien ne vient, il est sans cesse ramené vers cette famille peu accueillante. Le gamin a bien cloisonné son esprit.
Le professeur stoppe son intrusion. La sentence est claire : Potter sait maîtriser ses souvenirs, mais n'a aucun pouvoir sur l'intrus. Mais peut être est-ce une bonne chose. S'il rencontre quelqu'un de plus puissant que lui, les souvenirs dévoilés seraient peu nombreux. Oui, le maître des potions a trouvé un sujet d'expérience intéressant. Pousser cette habilité au plus haut point, que va t-il en ressortir s'il axe son apprentissage de cette manière ?
- Vous ne maîtrisez pas suffisamment votre esprit pour apprendre à bloquer les invasions. Nous allons reprendre du début, Potter. Videz votre esprit, cloisonnez vos souvenirs. Légilimens.
Toujours le même point d'appui, qu'est-ce donc ? Même pas un souvenir. Bizarre, ce n'est pas non plus un sentiment. Une obsession, c'est cela. Voyons la suite. Ah, le thème des surprises. La découverte de Poudlard, les escaliers vivants, la sensation de liberté sur un balai, les fantômes, les ... Qu'est-ce donc ? Le cerbère ! Le souvenir à explorer est tout trouvé. Une cavalcade dans les couloirs, une porte, un alohomora, le cerbère. Qui était avec lui ? Qui le poursuivait ? Concentrer le souvenir sur l'environnement. Une armure qui tombe, impossible de discerner le fautif. Chaque personne aux alentours n'est qu'une silhouette. Au moins le gamin apprend vite. Séparer les souvenirs dans les souvenirs.
- Alors Potter, on s'amuse à courir dans les couloirs la nuit ? Les règlements ne vous concernent pas c'est cela ?
- Ne vous y trompez pas professeur, il s'agit juste de mon entraînement quotidien. Puisque l'on peut rencontrer dans ce château des trolls et des tueurs, je me suis dit qu'il serait de bon ton de développer mon talent naturel à survivre.
- Bien sûr, Potter, bien sûr. Enfin, je vous rappelle que c'est précisément le genre d'informations que vous cherchez à protéger. Légilimens.
Retrouver le même souvenir. Non, décidément il sait bien faire abstraction des provocations. Encore la même obsession, la même ancre. Finalement il lui reste des progrès à faire pour vider son esprit. C'est ténu cependant. Juste un sentiment d'urgence. Étrange ... Rebondir vers Poudlard, retrouver le chien à trois têtes. Exercice difficile, le gosse est décidément doué pour se concentrer. Ca y est. De nouveau la même scène. Qui sont ceux qui l'accompagnent ? Le professeur insiste. La noirceur recouvrant les autres élèves se fait moins opaque. Soudain, le survivant cède. Vision fugace. Mais avant que le professeur n'ait pu discerner les traits de l'élève, ceux-ci se brouillent et il se retrouve avec une vision de ... lui-même. Ce satané gamin se moque de lui ! C'est une déclaration de guerre. Énervé, le professeur de potion s'acharne à découvrir qui se cache derrière ce masque. Mais peine perdue. Sa colère joue contre lui. Et il le sait.
- Encore une fois, Potter !
Ne pas s'acharner. Procéder méthodiquement. Toujours cette obsession. Le gamin en a-t-il conscience ? Tenter une autre approche. Une pièce sombre. Deux élèves dans un coin, toujours voilés, comme extraits du souvenir. Trois nouveaux arrivants. Un dialogue. Mais que se disent-ils ? Potter fait des progrès impressionnants. Impossible de comprendre le moindre mot. On dirait une autre langue. Un échange de baguettes. Cette baguette ! Drago Malefoy. Donc les deux autres sont faciles à deviner. Les trois Serpentards apparaissent soudain clairement. La discussion reprend. Toujours incompréhensible. Mais le professeur se concentre sur les deux derniers protagonistes. Fort de sa dernière expérience, il révèle Londubat et Weasley. Et le duel commence. Pour se finir presque aussitôt. Potter sait se battre, pas de doute. Encore un talent caché. Une voix claire, première phrase compréhensible. Le concierge les prend en chasse. Tout est clair maintenant. Satisfait, le professeur se retire.
Le garçon a l'air exténué. Peut-être est-il allé trop loin. Bah ! Cela lui servira de leçon. Il le congédie avec des consignes pour s'améliorer. Ils se reverront la semaine prochaine. Pour sa part il va pouvoir réfléchir au cas de ces jeunes inconscients. S'il y a bien quelque chose que le professeur Rogue déteste, c'est les crimes impunis. L'injustice.
Noël était là. Harry s'était éclipsé à l'aube, comme à son habitude, s'entraînant jusqu'à l'heure du petit déjeuner à tracer des runes, voulant savoir tracer les cinquante runes basiques à la perfection avant de s'attaquer à la magie runique à proprement parler.
Lorsqu'il arriva dans la grande salle, Ron l'accueillit par ces mots :
- Harry ! Où étais tu passé ? Tu n'as même pas ouvert tes cadeaux.
- Cadeaux ? répéta celui-ci, comme s'il n'était pas sûr de la signification du mot.
- Ben oui, on ne t'a pas oublié. Je parie que tu ne les as même pas vus en plus.
Et en effet, après avoir profité de la cuisine de Poudlard, Harry put remarquer qu'un tas de paquets l'attendaient auprès de son lit, le surprenant par leur présence autant que par leur nombre.
C'était un sentiment étrange qui s'était emparé de lui. Avait on envie de lui faire plaisir ? Qui se souciait de telles futilités ? Un drôle de mélange s'opérait, alliant joie et reconnaissance avec intrigue et agacement. D'un coté il soupçonnait qu'il allait s'embarrasser de choses inutiles, mais de l'autre il se sentait ému : c'était ses premiers cadeaux.
Ce fut Ron qui le sortit de sa rêverie, l'exhortant à les ouvrir, impatient à sa place de savoir ce qu'ils contenaient. Lentement, il déchira les emballages un par un. Il y avait là une petite flûte en bois, confectionnée par Hagrid, des paquets de friandises offerts par Neville et Hermione, un pull tricoté que Ron identifia comme venant de sa mère, et des bonbons de la part des jumeaux que Harry jugea suspects. Mais le cadeau qui troubla le plus Harry fut le dernier qu'il ouvrit, dévoilant un tissu qui semblait fait d'eau. Une note très sobre, anonyme, lui indiquait qu'il s'agissait là d'un héritage de son père. Harry essayait de comprendre ce qui pouvait bien arriver à son estomac.
Ses réflexions furent troublées par le cri de Ron, tout excité, qui lui demandait d'essayer la cape qu'il venait de déballer. Manifestement, celui-ci savait de quoi il s'agissait. Ne cherchant pas à discuter, Harry la mit sur son dos et Ron s'exclama :
- J'en étais sûr ! C'est une cape d'invisibilité. Mon père m'a dit qu'elles étaient super rares.
Harry se dirigea vers un miroir et constata que effectivement, seule sa tête apparaissait, flottant dans les airs. Il ajusta sa capuche et s'observa disparaître complètement. Ron continua.
- Qui est-ce qui t'offre une merveille pareille ? lui demanda-t-il.
- Apparemment, elle vient de mon père. Je ne sais pas qui me l'a transmise. Répondit Harry, enlevant la cape.
Ils étaient en train d'admirer cette merveille quand la porte du dortoir s'ouvrit. D'un geste vif, Harry cacha la cape sous son lit. Pour la première fois, il avait quelque chose à quoi il tenait, et il regrettait déjà que Ron ait partagé ce moment qui lui appartenait.
- Alors Harry, il paraît qu'on oublie d'ouvrir ses cadeaux ? Demanda un des jumeaux qui venaient d'arriver.
- Oui, je dois dire que je ne m'attendais pas à en recevoir, répondit celui-ci. Un bonbon ? proposa-t-il.
Acceptant avec joie le paquet tendu, ils se servirent, quand soudain :
- Fred !
Interrompant son geste, le jeune homme en question regarda son frère qui avait l'air horrifié.
- Ce sont les bonbons que nous lui avons offerts.
Fred prit à son tour un air horrifié, et abaissa sa main, évitant de manger la friandise. Harry, à qui la scène n'avait pas échappé demanda :
- Qu'est-ce qu'il y a ? Vous n'en voulez pas ?
- Euh ... Eh bien on ne peut pas en accepter avant que tu y aies goûté voyons, ça ne se fait pas, répondit Fred, d'un air enjoué.
- Oh, dans ce cas il n'y a pas de problème. On s'est déjà servi avant que vous n'arriviez. N'est-ce pas Ron ?
- Hein ? Ah, euh, oui, oui, c'est vrai.
Les jumeaux prirent un air incrédule, puis George éclata de rire.
- Ok Harry, tu nous as bien eus. C'est dommage, tu aurais pris de belles couleurs.
- Tiens, voilà ton vrai cadeau, ajouta Fred, lui tendant un paquet.
Il s'agissait d'un livre. "Le Quidditch à travers les âges". Harry les remercia, et la journée passa, trop lentement au goût de ce dernier, dans la joie et la bonne humeur.
Dès qu'il avait vu l'efficacité de la cape d'invisibilité, Harry avait tout de suite compris à quoi il l'utiliserait en premier. En effet, une fois que le professeur Rogue avait mis le doigt dessus, il était clair qu'il avait un sentiment d'urgence qui ne le quittait pas. Il avait travaillé dessus pendant des heures, mais il n'avait pas réussi à en comprendre la cause. Cependant, il avait réussi à en tirer des conclusions intéressantes. Tout d'abord, cette urgence était apparue peu après sa chute de balai. Harry suspectait l'un ou l'autre de ses rêves d'en être la cause. Ensuite, cela ressemblait à un aimant. Où qu'il se trouve, s'il se concentrait un peu, il pouvait discerner une direction qui l'attirait, l'appelait. Et n'ayant pas réussi à s'en défaire, il s'était dit que le plus simple serait d'aller voir.
C'est pourquoi il attendait maintenant impatiemment que le dîner se termine. La cape d'invisibilité tombait à pic. Il pourrait ainsi se cacher des tableaux. Il avait bien essayé de découvrir le lieu où il devait se rendre par des méthodes de triangulation, mais dans un château comme Poudlard, c'était un procédé trop aléatoire.
Le repas de fête dura une éternité. Il fallut encore attendre que ses camarades se décident à aller se coucher, puis que Ron se soit endormi. Harry était sûr d'avoir vécu trois vies quand il pût enfin revêtir sa cape d'invisibilité et sortir du dortoir.
Il vida son esprit, laissant ses pas le guider, et parcourut tant de chemin qu'il finit par se retrouver dans une partie du château qu'il ne connaissait pas. Il arriva finalement devant une salle d'apparence banale dans laquelle il entra sans hésiter.
La pièce était sombre et inoccupée. Un grand miroir se tenait dans un coin, a priori peu à sa place. Encadré d'or, celui-ci était magnifique. Entièrement sculpté, il reposait sur des pieds pourvus de griffes. Au-dessus de la glace, disposée en arcade on pouvait lire riséd elrue ocnot edsi amega siv notsap ert nomen ej". Intrigué, Harry ôta sa cape et s'approcha. Lorsqu'il fut assez prêt pour distinguer son reflet, il s'aperçut qu'il n'était pas seul. En un clin d'œil il s'était retourné, personne.
Il étudia longuement le miroir. Les reflets qu'il y voyait lui ressemblaient tous, de près ou de loin. Il reconnut les deux personnes mises en avant comme étant ses parents, et, pour éviter de réfléchir à ce qu'il ressentait face à ce spectacle, il chercha à comprendre comment fonctionnait le miroir. La clé était dans l'inscription au-dessus, très certainement. Mais que voulait dire cette phrase ? Cette écriture lui disait quelque chose pourtant. Soudain, alors qu'il allait trouver le fin mot de l'histoire, une voix s'éleva à sa droite.
- Eh bien Harry, es-tu tellement fasciné par ce que tu vois que tu en oublies que l'heure tourne ?
Le professeur Dumbledore se tenait là, tout sourire. Personne n'aurait pu discerner l'inquiétude sourde qui lui avait fait prendre la parole. Et Harry était trop stupéfait pour chercher quels sentiments animaient le directeur.
- Professeur ! Comment ... ?
Avec un sourire indulgent, Dumbledore lui répondit :
- Je n'ai pas besoin de cape d'invisibilité pour me rendre invisible, mon garçon. Mais as tu compris ce que te montrait ce miroir ?
- Il me montre ce qu'il veut, je suppose, dit Harry avec un haussement d'épaule.
- Presque. Un miroir montre toujours le reflet de quelque chose. Vois-tu ce que te montre celui-ci ? En comprends-tu le danger ?
Devant le silence de son élève, le directeur reprit :
- Le miroir du Rised montre à chacun de nous le désir le plus cher à son cœur. Mais ce n'est qu'une illusion. Ce n'est ni la réalité, ni aucune sorte d'indication. Et c'est là son plus grand danger. Bien des hommes ont été séduits par ce qu'ils y voyaient et se sont laissés dépérir.
- Mais j'imagine que l'on peut s'en servir, n'est-ce pas ? Sinon quelle serait l'utilité d'un tel objet ?
Harry avait déjà compris ce qu'il devait faire. Se concentrant sur l'obsession qu'il voulait satisfaire, il se retourna vers le miroir. Il s'y vit approcher d'un mur lisse dans lequel s'ouvrit soudainement une arcade. Une grande lumière envahit toute la glace.
- Oui, bien sûr, il peut être utile de connaître son plus cher désir. Mais je dois dire que pour un homme équilibré, son intérêt est bien moindre.
- Je ne sais pas si je suis quelqu'un d'équilibré ou non, mais je suis bien content d'avoir trouvé ce miroir professeur. Mais vous avez raison, l'heure tourne et il n'est pas raisonnable de se priver de sommeil pour contempler ses rêves dans un miroir. Bonne nuit professeur.
- Bonne nuit Harry. Mais dis moi, qu'as-tu donc vu ?
- Oh, quelque chose qui vous ferait très plaisir, j'en suis sûr.
Et sur ces paroles, Harry prit congé, se dirigeant non pas vers son dortoir, mais vers la première raison de son escapade nocturne, laissant derrière lui un directeur aux sentiments mitigés.
