Bonjour à tous ! Comme promis, on passe maintenant à deux chapitres par semaine, un le samedi et un le mercredi. Voilà donc la suite de la rencontre avec les guerriers, et la fin de ce long chapitre arrivera mercredi prochain.

J'ai eu un peu de mal à l'écrire, sans doute parce qu'au bout du huitième jour, ça commence un peu à tourner en rond, que ce soit dans les situations, dans les actions, ou dans les pensées de Nami et les réactions des autres. Une chance que ce soit bientôt terminé ! A partir de ce chapitre il y a du changement (il était temps) et même si, comme pour le précédent, je n'en suis pas particulièrement satisfaite, j'espère qu'il va vous plaire !

Bonne lecture et merci pour vos commentaires.

Chapitre 6 : Rencontre (partie 2)

Les guerriers encerclaient les Mugiwaras qui se regardaient d'un air désolé. Ils entendaient Sarahina qui gémissait dans le trou. Nami surtout s'en voulait, elle aurait dû se souvenir de ce qui se passait quand Usopp tombait dans le trou. Mais sur le moment, elle avait juste voulu se venger de cette fille…

Derrière elle, la jeune femme sentait la tension de ses amis. Elle leur avait assez fait la leçon en leur demandant de ne pas se battre avec les guerriers, mais elle n'avait pas prévu cette situation. Le plus tendu était Sanji. A quelques mètres de lui, il y avait une demoiselle en détresse, et il brûlait d'envie d'aller la secourir.

Chopper, lui aussi, trépignait dans son coin. Il y avait une blessée. C'était une ennemie, il le savait, mais c'était avant tout une blessée. Finalement il n'y tint plus et voulut se précipiter vers le trou mais les guerriers grondèrent d'un air menaçant, leurs flèches pointées sur les pirates.

- Mais je veux juste aller l'aider, cria le petit renne.

- Personne ne bouge, dit Teiki sans quitter Luffy des yeux.

- Il faut faire vite, c'est peut-être gr…

- Personne-ne-bouge, répéta lentement le guerrier en dardant sur lui un regard effrayant.

- Hey, il est médecin, intervint Luffy. Il veut la soigner, c'est tout.

Pas de réaction du côté des guerriers, comme s'il n'avait pas parlé.

- Je vous jure, insista le capitaine. On vous veut pas de mal. Et Chopper peut vraiment aider votre copine.

- Tu es un pirate, répondit Teiki.

- Hein ? Je vois pas le rapport !

- Les pirates sont tous des chiens galeux, des brutes assoiffées de sang.

- Tu vois un peu la sale réputation qu'on a à cause de toi ! s'écria Sanji en regardant Zoro.

- Enfoiré, gronda celui-ci sans quitter leurs ennemis des yeux.

- Vous êtes des barbares, le fléau des mers, continua Teiki, mais il fixait Nami désormais.

La jeune femme frissonna. La façon dont il la regardait… Mais c'était peut-être leur chance.

- Je-Je sais qu'on est des pirates, dit-elle, la voix tremblante. Je le sais. Mais on n'est pas comme les autres. Il faut nous croire.

Elle avait capté le regard de Teiki. Il buvait ses paroles. Il fallait qu'elle insiste. Elle fit un pas en avant.

- On est vraiment désolés pour ça, mais vous avez vu comment ça s'est passé, c'était juste un accident. Mais maintenant votre amie est au fond de ce trou, et elle est blessée, elle souffre. Et nous, on peut l'aider.

Un pas en avant, à nouveau.

- Je sais que ça doit vous paraître bizarre, Chopper est un renne étrange. C'est parce qu'il a mangé un fruit du démon. Mais c'est un médecin, un vrai et c'est le meilleur. Il faut que vous me croyiez. Laissez-le au moins vous expliquer, je ne vous demande que ça, de l'écouter.

Un pas de plus. C'était sa dernière chance de le convaincre. Elle accrocha son regard.

- Faites-moi confiance, conclut-elle avec toute la force de conviction dont elle était capable.

Teiki était face à un dilemme. Toute sa vie on lui avait appris à haïr les pirates et à les tuer quand ils osaient mettre un pied sur cette île. Mais eux semblaient différents. Non, en fait, elle semblait différente, il voulait qu'elle le soit. Sarahina était dans ce trou, il l'entendait gémir, il savait qu'elle avait besoin d'aide. Il avait envie de croire ce qu'elle disait.

Mais il sentait l'hostilité des autres guerriers.

Un nouveau gémissement de la jeune femme blessée le décida. Serrant les dents, il acquiesça et Nami soupira de soulagement. Elle se tourna vers Chopper et l'encouragea avec un sourire. Le petit renne se précipita vers le trou et examina quelques instants la jeune femme avant de regarder Teiki.

- Euh… Votre amie, je ne sais pas comment elle s'appelle…

- Sarahina.

- D'accord, donc Sarahina a une jambe cassée. La fracture a l'air importante, il y a une déformation de sa jambe, il faut la réduire. Mais il ne faut pas perdre trop de temps. Et on ne peut pas la déplacer pour l'instant.

- On peut aller chercher du secours au village, Teiki, proposa l'un des guerriers.

- Mais le temps que vous y alliez et que vous reveniez avec quelqu'un capable de la soigner, elle risque d'importantes lésions nerveuses et vasculaires, répondit Chopper. Je vous demande de me laisser intervenir, ajouta-t-il. Je me fiche que vous vouliez nous tuer, et qu'on soit ennemis, moi je suis médecin. Et quand quelqu'un a besoin de soins, c'est mon devoir de l'aider.

Teiki hésitait, et il sentait que ses compagnons étaient comme lui. Mais c'était à lui de prendre la décision. Il croisa une dernière fois le regard de Nami et elle fit un signe de tête. Le jeune homme soupira, l'air sombre. Il était persuadé au fond de lui que Chopper était sincère. Il allait devoir faire confiance à un pirate, la mort dans l'âme.

- Allez-y, dit-il simplement.

Le petit renne ne se le fit pas dire deux fois et descendit rapidement au fond du trou. La fosse était assez large et deux personnes pouvaient y tenir facilement. Mais il y avait un rocher au fond, qui était à moitié enterré. La jambe de Sarahina avait dû le percuter pendant la chute et se briser sur l'arrête du rocher.

A l'extérieur, tous attendaient avec anxiété le verdict du docteur. Luffy regardait alternativement Nami et Teiki, de plus en plus sombrement en se rendant compte de l'intensité avec laquelle le guerrier fixait la navigatrice, gênée. Le jeune homme serra les mâchoires en détournant les yeux.

- Les gars, appela Chopper.

Luffy voulut se précipiter vers lui mais tous les guerriers se tendirent, sur le point de tirer. Teiki leur fit un signe, la main levée.

- Personne ne bouge.

- Mais…

- Si vous bougez vous êtes morts.

- Attendez, intervint Nami, espérant calmer tout le monde. Pas la peine d'en arriver là. Chopper nous appelle, il doit avoir besoin d'aide, expliqua-t-elle à Teiki. On doit aller voir ce qu'il veut.

- C'est un piège, marmonna l'un des guerriers.

- Vous êtes trop cons, lança Zoro. Moi je m'en fous de votre copine, par contre j'aime pas trop qu'on me menace, ça a tendance à m'énerver.

- Zoro ! cria Nami d'un ton sec. Pas question. Personne ne s'énerve, personne ne se bat.

- Fais-ce qu'elle te dit, ajouta Luffy. Et range tes sabres, ajouta-t-il, qu'ils voient qu'on n'est pas dangereux pour eux.

Le sabreur lui lança un regard chargé de colère mais le jeune homme était sérieux, il n'avait pas d'autre choix qu'obéir à son capitaine.

- Fais chier, marmonna-t-il en s'exécutant.

- Tu sais à quoi ça sert un épéiste sans ses sabres ? murmura Sanji avec un sourire.

- …

- A rien, mais ça te change pas.

- Connard.

- C'est pas le moment les gars, intervint Franky à voix basse. On va se faire trouer la peau avec vos conneries !

- De quoi t'as peur toi ? demanda Zoro. T'es en métal !

- Pas le dos, Marimo, et je le regrette de plus en plus.

Teiki réfléchissait. L'homme inquiétant aux cheveux verts avait rangé ses sabres. C'était à coup sûr un geste de bonne volonté des pirates. De son côté, ça ne lui coûtait pas grand-chose d'en faire de même.

- Toi, dit-il soudain à Nami. Vas voir ce que veut ton ami.

La jeune femme ne se fit pas prier et s'accroupit au bord du trou, retenant un haut le cœur en voyant l'aspect de la jambe de Sarahina. Son tibia était bosselé, enflé, et il prenait une teinte violacée assez inquiétante.

- Qu'est-ce qu'il y a Chopper ?

- Je l'ai examinée et je vais pouvoir intervenir. Mais il va falloir lui fabriquer une attelle, et ensuite il faudra un brancard pour la déplacer.

- Franky va sûrement pouvoir nous faire ça. C'est tout ?

- Non, répondit le petit renne. L'intervention va être horriblement douloureuse. Je le lui ai expliqué mais elle refuse catégoriquement d'accepter que je l'endorme, elle n'a pas confiance.

Les regards des deux jeunes femmes se croisèrent et c'est de la haine pure que Nami lut dans ses yeux. Mais on y voyait aussi une grande fierté. La navigatrice soupira.

- Qu'est-ce que je peux faire ?

- Demande au grand guerrier…

- Teiki.

- Oh. Demande à Teiki de descendre avec moi, il y a juste assez de place. Il faudra qu'il lui tienne la main pendant que je m'occuperai d'elle.

Nami se redressa et exposa la situation. A sa grande surprise, le guerrier refusa catégoriquement de descendre dans le trou, comme ses hommes.

- Elle a désobéi à nos lois, dit-il durement, elle s'est crû plus forte que tout le monde. Elle pense qu'elle a autant de courage qu'un guerrier. Alors qu'elle souffre en silence comme nous le ferions. Ce sera sa leçon et sa punition.

Les pirates n'en revenaient pas de la froideur et de la cruauté de ces hommes, même Zoro était surpris. Sanji, lui, bouillait littéralement de rage.

- C'est intolérable ! cria-t-il soudain.

- La ferme love-cook, tu vas les énerver.

- J'en ai rien à foutre, répondit le cuisinier en avançant malgré les armes braquées sur eux.

Les guerriers s'étaient tendus et n'attendaient qu'un ordre pour tirer, mais Teiki leur fit un geste d'apaisement. Sanji s'approcha de lui, fou de rage.

- On ne traite pas une femme comme ça !

- Et c'est reparti, marmonnèrent ses nakamas avec un soupir.

- Tu traites tes femmes comme tu le souhaites, sale pirate. Laisse-nous en faire de même.

- Non, jamais je ne laisserai une femme, même mon ennemie, affronter seule une telle épreuve.

- Il parle bien quand même, murmura Franky à l'oreille de Robin.

- Si tu ne veux pas la soutenir, alors moi je le ferai. Je descendrai dans ce trou et je lui tiendrai la main, même si tes hommes doivent me cribler de flèches !

- Pense un peu aux autres, égoïste, marmonna le cyborg en tentant de se couvrir le dos de ses bras.

- Teiki, s'il-vous-plaît, intervint Nami. Laissez-le descendre et aider Chopper à soigner votre amie.

Le guerrier ne pouvait rien lui refuser, elle en était sûre. Et effectivement, une fois encore, le jeune homme serra les poings mais accepta d'un hochement de tête, à la grande surprise des autres hommes qui commençaient à le regarder bizarrement. Sanji n'attendit pas qu'il change d'avis et descendit prudemment dans la fosse.

Arrivé au fond du trou, il s'agenouilla lentement derrière Sarahina en soulevant doucement sa tête, et il la posa sur ses genoux. La jeune femme tenta bien de se débattre mais bouger était un supplice, et elle dut finalement se laisser faire.

- Tu n'as pas le choix, Sarahina-san, dit Sanji en lui prenant délicatement la main. Accepte notre aide.

Elle leva les yeux et leurs regards se croisèrent. Pour la première fois de sa vie le cuisinier ne sut plus quoi dire, troublé, et il se contenta de faire un pâle sourire à la jeune femme. Elle n'eut pas le temps de réagir car à ce moment Chopper toucha sa jambe et elle hurla, tentant à grand-peine de retenir ses larmes.

- Tu peux pleurer si tu veux, murmura Chopper en lui souriant avec gentillesse.

- Un guerrier… Ne pleure pas…

- C'est idiot, tout le monde a le droit de pleurer, ça fait du bien des fois, répondit le petit renne. On ne dira rien, ajouta-t-il en lui faisant un clin d'œil.

Sanji confirma d'un signe de tête et Sarahina fut touchée, malgré elle, par leur douceur et leur gentillesse. Ils ne ressemblaient décidément pas à l'image qu'elle se faisait des pirates. Elle fit un signe de tête à Chopper et laissa couler ses larmes, silencieusement.

- Vous êtes prêts ? demanda le renne. Ca va être horriblement douloureux.

Personne ne lui répondit et le docteur ne put plus reculer. Il inspira profondément et, d'un geste sec, il réduisit la fracture. Sarahina hurla en sentant ses os bouger. La douleur était si intense qu'elle crut mourir. Ca ne dura qu'un instant, mais ce fut le moment le plus douloureux de son existence. Elle serra la main de Sanji, lui broyant les os avant de perdre connaissance. Le cuisinier grimaça, elle avait une force incroyable pour une fille si petite, mais il ne lâcha pas une plainte.

A l'extérieur du trou, tout le monde avait pâli en entendant le hurlement et le bruit des os. Les guerriers avaient un peu baissé leurs arcs mais restaient stoïques. Zoro, Luffy et Robin avaient à peine tressailli mais Nami avait failli se trouver mal. Franky, lui, s'était juste interrompu dans la fabrication du brancard qu'il fabriquait, avec l'autorisation de Teiki et sous la menace de plusieurs hommes. Les larmes coulaient sur son visage.

- Il pleure ? murmura l'un des guerriers qui le surveillaient.

- Je pleure pas ! cria le cyborg en essuyant ses larmes du dos de la main. J'ai les yeux qui transpirent !

- Est-ce que l'attelle est prête ? demanda Chopper.

Nami se mit à genoux près du trou et la lui passa. Elle fit un rapide sourire à Sanji, très pâle, dont la main était toujours coincée dans un véritable étau.

- C'est parfait, lança le renne. Maintenant il va falloir la remonter le plus délicatement possible. Euh… Luffy ?

Le jeune homme s'approcha du trou et allongea ses bras. Les guerriers, même Teiki, sursautèrent et eurent un mouvement d'inquiétude, mais Nami les rassura et leur expliqua la situation de Luffy. C'est donc avec beaucoup de curiosité qu'ils observèrent le jeune homme.

- Luffy on a dit doucement. D'accord ? dit Chopper.

- Ouais, ouais. Pas de souci !

- Doucement hein ? T'as bien compris ?

- Mais oui je te dis !

- Luffy, insista Nami, on est d'accord ? Doucement ?

- Bon ça va, vous êtes lourds là ! grogna le capitaine.

Pour plus de sûreté Nami s'approcha de lui et se pencha par-dessus le trou pour observer la remontée de Sarahina. Luffy passa délicatement ses bras autour du corps de la jeune fille, un autour de ses épaules et un sous sa jambe blessée, maintenue droite par l'attelle. Il commença alors la remontée, le plus lentement possible afin d'éviter les à-coups. La navigatrice, une main posée sur son dos, le guidait à voix basse.

Teiki observait la scène en serrant les dents, les yeux fixés sur la main de Nami posée sur le dos du garçon au chapeau de paille. Elle le touchait. Ce sale pirate. La jalousie le dévorait et c'est un regard rempli de haine qu'il posait sur Luffy. Les autres guerriers, eux, observaient la remontée à la surface de Sarahina. Quand elle apparut enfin devant eux ils soupirèrent de soulagement et les pirates sourirent. Ces hommes se voulaient froids et impitoyables mais leur soulagement manifeste prouvait qu'elle était importante pour eux.

La jeune femme fut rapidement installée sur le brancard, le plus confortablement possible, et Sanji put enfin récupérer sa main endolorie. Chopper en profita pour administrer des calmants à Sarahina. Elle semblait vraiment mal en point : livide, les cheveux collés sur son front par la sueur, les yeux enfoncés dans leurs orbites… Teiki oublia un instant Nami et s'approcha de son amie, presque craintif.

- Est-ce qu'elle va aller bien ? demanda-t-il à voix basse à Chopper.

- Ca va aller, ne vous inquiétez pas.

- Je suis… désolée, murmura Sarahina qui sombrait peu à peu à cause des médicaments.

Le guerrier ne lui répondit pas tout de suite mais posa une main sur son épaule.

- Ne t'en fais pas pour ça, répondit-il. On attendra que tu ailles mieux pour ta punition.

Les Mugiwaras frissonnèrent… Ce type était décidément effrayant, il semblait n'avoir aucune émotion.

- Teiki, il faut qu'on retourne au village, dit l'un des guerriers. Les autres vont s'inquiéter s'ils ne nous voient pas revenir.

- On peut transporter Sarahina maintenant. Il faut se dépêcher.

- Mais qu'est-ce qu'on fait pour eux ?

Qu'est-ce qu'on fait pour les pirates ? C'était exactement la question que se posait le jeune homme. Il croisa les regards de ses compagnons. La haine qu'ils ressentaient pour les pirates était toujours aussi vive, mais ils avaient une dette envers les Mugiwaras. Restait à savoir ce qui était le plus important, leur haine ou leur sens de l'honneur ? Tout le monde attendait sa décision.

- Vous nous avez aidés, dit-il finalement, mais chaque mot lui coûtait. Nous avons une dette envers vous.

- Alors emmenez-nous à votre village.

Le guerrier releva la tête et regarda la navigatrice, franchement surpris. Il entendait les protestations de ses compagnons derrière lui. C'était impossible, la seule manière pour un pirate d'arriver à leur village c'était les pieds devant. Il ne pouvait pas accepter.

- D'accord.

Il grimaça. Il ne pouvait décidément rien refuser à la navigatrice. Quant il vit son air réjoui, il ne put s'empêcher de lui sourire alors qu'il sentait l'hostilité de ses hommes, derrière lui. Mais il était trop tard maintenant, il était obligé de tenir sa parole et d'emmener les pirates jusqu'au village. Il lança un regard sombre aux guerriers pour les faire taire et il leur fit signe de le suivre. Deux hommes soulevèrent doucement le brancard, suivant les indications de Chopper qui restait près de sa patiente, et ils se mirent en route, suivis par les Mugiwaras et les autres guerriers.

Ils marchaient en silence, les guerriers étaient troublés et gênés, et les pirates, eux, s'extasiaient sur la beauté du paysage. Ils avaient rapidement quitté la forêt et avaient débouché sur une grande plaine verdoyante, traversée par une rivière. Et le paysage changeait encore, alors qu'ils suivaient le cours d'eau qui s'élargissait. Un bruit assourdissant se faisait entendre, de plus en plus proche, et ils comprirent rapidement pourquoi. Ils débouchèrent soudain au sommet d'une falaise escarpée. La rivière se transforma sous leurs yeux en une magnifique cascade qui plongeait dans un lac. La scène était féérique. L'eau était presque verte par endroit et si claire qu'ils voyaient les poissons et les pierres qui en tapissaient le fond. Autour du lac, la végétation était dense et luxuriante, il y avait des fleurs aux couleurs vives et à l'odeur entêtante mais très agréable.

- C'est incroyable ! lança Nami, impressionnée. C'est magnifique.

Teiki ne répondit pas mais un sourire se fit sur son visage devant l'enthousiasme de la pirate.

- C'est étrange comme le paysage a changé, fit remarquer Franky.

- C'est vrai, plus on se rapproche de la montagne et plus c'est beau, ajouta Robin.

- Ce n'est pas une montagne, intervint l'un des guerriers, mais un volcan. Mais il est endormi depuis très longtemps.

Les Mugiwaras levèrent les yeux vers le volcan, plus proche maintenant, si haut que son sommet se perdait dans les nuages. Mais ils n'eurent pas le temps de le contempler davantage car il fallut se remettre en route. Ils descendirent la falaise par des marches immenses taillées dans la roche et se rendirent compte que la paroi avait été taillée elle aussi, par les ancêtres des guerriers d'après ce qu'ils apprirent. Le motif représentait un visage, grossièrement taillé, et figurait l'un des principaux héros de la cosmogonie de ce peuple.

Ils quittèrent rapidement la zone du lac et parcoururent une plaine. Et enfin, arrivés au sommet d'une colline, ils aperçurent le village en contrebas. Il était petit, l'île n'étant que très peu peuplée, mais les pirates étaient surpris. Ils s'étaient un peu attendus à des huttes grossières mais c'était un village bien organisé qu'ils avaient devant les yeux. Ce peuple avait une vraie science de la menuiserie et leurs maisons étaient en bois et bien construites, solides et semblaient spacieuses. Elles étaient peintes avec des couleurs vives et des motifs floraux recouvraient leurs murs. Il y avait beaucoup d'agitation, et en plissant les yeux les pirates virent que de nombreuses femmes étaient en train d'allumer un grand feu au centre du village. Ils entendaient des chants et de la musique, et les éclats de rire d'enfants qui se poursuivaient entre les maisons.

Soudain quelqu'un aperçut les guerriers et des acclamations retentirent, cris qui moururent dans les gorges quand ils les virent accompagnés des pirates. Les enfants furent récupérés rapidement et enfermés dans les maisons, et les femmes se mirent à l'abri, sauf quelques unes qui se campèrent avec des armes devant le feu. Mais Teiki leur fit un signe d'apaisement et descendit rapidement pour leur expliquer la situation. Les pirates suivirent les guerriers, un peu gênés, et entrèrent dans le village.

Les femmes étaient ressorties mais les observaient à distance, craintives et leur jetant des regards chargés de haine. Les hommes posèrent le brancard de Sarahina sur le sol, et allèrent à la rencontre des femmes pour les rassurer. En observant les maisons, Franky remarqua quelque chose et attira l'attention de ses amis. Elles étaient décorées de crânes humains, plus ou moins nombreux selon les maisons.

- Euh… Dites, c'est quoi ça ? demanda Sanji.

- Ce sont les crânes des pirates qui ont osé poser les pieds sur notre île, répondit l'un des hommes. Nous les avons tous tués. La maison là-bas, ajouta-t-il en désignant celle qui possédait le plus grand nombre de crânes, c'est celle du meilleur guerrier, c'est celle de Teiki.

Les pirates échangèrent un regard troublé, mal à l'aise. Et ça ne s'arrangea pas quand ils virent tous les villageois baisser la tête en signe de déférence. Ils virent alors arriver, appuyée sur un bâton sculpté, une très vieille femme. Petite, la peau tannée par le soleil et très ridée, elle avait aussi de longs cheveux complètement gris qui étaient nattés et qui étaient si longs qu'ils touchaient presque le sol. Mais le plus troublant était ses yeux, complètement blancs, comme s'ils étaient recouverts d'une épaisse cataracte. Et pourtant elle posait son regard aveugle droit vers les pirates.

Derrière elle venait un vieil homme qui ne semblait pas originaire de l'île. Son teint était très clair, comme ses yeux, et ses cheveux grisonnants avaient dû être châtains par le passé. Il s'appuyait lui aussi sur un bâton et ses joues creusées, comme les poches sous ses yeux, indiquaient qu'il ne devait pas être en très bonne santé. Il lança un regard assassin aux pirates et se dépêcha de rejoindre Sarahina, inquiet.

Teiki s'approcha de la vieille femme et la conduisit avec délicatesse jusqu'à proximité des Mugiwaras. Il murmura quelques mots à son oreille mais elle l'interrompit d'un geste et se dirigea droit vers eux.

- Pirates, dit-elle d'un ton sec, mon nom est Havai'i, et je suis la doyenne de cette communauté. J'en suis la gardienne, la guérisseuse, la guide. Je suis aussi son lien avec le monde des esprits. Et vous, qui êtes-vous ?

- On nous appelle les Mugiwaras, répondit Luffy qui n'avait hésité qu'un instant. C'est vrai que nous sommes des pirates mais nous n'avons pas de mauvaises intentions.

La femme ne répondit pas mais sembla réfléchir quelques instants à ses paroles, son regard étrange posé sur lui. Finalement, elle se dirigea sans l'aide de personne jusqu'à la blessée. Sarahina retenait son souffle, et avait le rouge aux joues, mais le vieil homme posa une main rassurante sur son épaule et elle lui fit un pâle sourire.

- Sarahina, croassa la vieille femme, tu as encore désobéi.

- Pardon Havai'i.

- Pour cette fois je ne dirai rien, tu as été assez punie il me semble. Mais si tu recommences, tu seras punie sévèrement. Bon, ajouta-t-elle plus doucement, voyons cette jambe.

Et avant que Chopper ait pu l'en empêcher elle défit l'attelle qui maintenait la jambe de la jeune femme et la manipula avec des gestes précis, malgré sa cécité. Le vieil homme murmura quelques mots dans une langue inconnue mais elle ne lui répondit pas. Au bout de quelques instants elle referma l'attelle et se leva, portant son regard sur les pirates.

- Qui a soigné sa jambe ?

- Euh… C'est-C'est moi, balbutia Chopper, mal à l'aise.

- Approche.

Le petit renne n'en menait pas large mais il obéit et vint se placer face à la vieille femme qui sembla l'examiner quelques instants. Finalement elle sourit et posa sa main sur le chapeau de Chopper, surpris.

- C'est un bien étonnant médecin que vous avez là, pirates Mugiwaras, dit-elle d'une voix radoucie. Bravo à toi, jeune renne, je n'aurai sûrement pas fait mieux.

Alors que les pirates, abasourdis, se demandait encore comment elle avait pu savoir tout ça sur Chopper sans même l'avoir vu, et que le médecin était trop surpris pour la traiter d'idiote, le vieil homme se tourna vers Teiki et pointa son bâton vers lui d'un geste menaçant.

- Toi, gronda-t-il, tu es la honte des guerriers de ce village. Ton rôle est d'empêcher les pirates d'arriver jusqu'à nous et au lieu de ça, toi, tu les ramènes ! C'est honteux, jusqu'à maintenant aucun pirate n'était jamais arrivé jusqu'ici.

- Ca n'est pas tout à fait vrai, intervint la vieille femme en se plaçant face au groupe de pirates.

Le vieil homme se tut à regret et tout le monde retint son souffle. Le moment semblait important, presque solennel, et les Mugiwaras eux-mêmes sentaient leur cœur battre la chamade et étaient nerveux pendant l'examen d'Havai'i. Finalement, après quelques instants qui leur parurent durer une éternité, la veille femme rit, frappa trois fois le sol de son bâton et ouvrit les bras.

- Vous êtes les bienvenus ici, clama-t-elle malgré les protestations des autres habitants de l'île. Ca suffit, les coupa-t-elle. Ne discutez pas. Et n'accablez pas Teiki, il a eu raison. Il a su dans son cœur que ces jeunes pirates ne nous voulaient pas de mal, et il a bien jugé. Ce ne sont pas des pirates ordinaires, nous n'avons rien à craindre. Félicitations fils, ajouta-t-elle à l'attention de Teiki qui s'inclina, un bon guerrier sait aussi quand il ne doit plus se battre.

Elle porte son regard blanc sur Luffy qui souriait, et quelque chose passa entre eux. Havai'i rit à nouveau et le capitaine s'approcha d'elle.

- Vous êtes cool, grand-mère ! lança-t-il.

- Grand-mère ? s'étranglèrent les guerriers.

- Luffy ! dit Nami en lui mettant une claque derrière la tête.

- Quel manque de respect, gronda le vieil homme.

- Grand-mère ? répéta Havai'i en riant. Laissez-le, il a raison, je ne suis quand même plus de première jeunesse. Grand-mère… Il y a quelque chose chez toi, ajouta-t-elle à l'attention de Luffy, quelque chose de spécial. Quel est ton nom ?

- Monkey D. Luffy.

- Un « D. », souffla-t-elle, surprise. Je le sentais. Je savais que ce n'était pas n'importe quel pirate que j'avais devant moi. Tu feras de grandes choses, petit.

- T'as raison grand-mère, je vais devenir le seigneur des pirates.

- Je te crois sur parole, répondit-elle en riant. Tu me rappelles quelqu'un, murmura-t-elle pour elle-même.

La réaction d'Havai'i avait enfin rassuré les guerriers et les femmes, et les pirates furent vraiment accueillis à partir de ce moment. Les enfants purent sortir et vinrent les observer, la plupart pour la première fois, des vrais pirates. Les femmes aussi les regardaient, ils étaient tellement différents des hommes de leur île qu'elles étaient très curieuses.

Sarahina fut emmenée jusque chez la vieille femme, pour y être soignée, et Chopper fut convié par Havai'i à l'accompagner, ce qui était un grand honneur. C'est en se trémoussant de joie et en la traitant d'idiote qu'il accepta et suivit le brancard. Le vieil homme suivit lui aussi, mais on pouvait lire sur son visage la haine qu'il ressentait pour les pirates.

- Allez donc chercher vos compagnons manquants, dit soudain Havai'i, provoquant à nouveau la surprise des Mugiwaras. Quelques hommes vont vous accompagner et vous indiqueront où mettre votre navire à l'abri, dans un endroit qu'on ne voit pas de l'océan. Il n'y risquera rien.

Franky ne se le fit pas dire deux fois et, accompagné de Zoro et de quelques hommes, ils reprirent le chemin de la plage. Luffy, Robin et Sanji commencèrent à faire connaissance avec les villageois, alors que Nami s'attardait près du feu. Elle sentait posé sur elle le regard de Teiki. Il ne lui avait pas adressé une parole depuis qu'ils étaient arrivés au village, mais il ne la quittait pas des yeux, la mettant très mal à l'aise. Elle se rappelait ce qu'il lui avait dit la veille. Il la voulait comme « prise de guerre ». Elle frissonna à ce souvenir et sursauta en sentant une main se poser sur son bras.

- Tu porte un lourd fardeau, jeune fille, murmura Havai'i avec bienveillance.

Nami se sentit étrangement mieux en entendant ces paroles, comme si la voix de la vieille femme avait eu des propriétés particulières, apaisantes. Elle la remercia d'un sourire.

- Il va falloir qu'on parle, ajouta la vieille femme avant de repartir lentement vers sa maison où l'attendaient Sarahina et Chopper.

La jeune femme la regarda s'éloigner, de plus en plus intriguée. Que savait-elle ?