Chapitre 3 : Alone I break

J'ai peur. J'ai peur… Pourquoi on m'a enfermé ici, hein ?… Je voulais pas…
Tu parles. T'as quasiment joui quand…
NON !… Arrête… C'est pas vrai… C'est toi qui l'a fait, pas moi… Je voulais pas… !
Moi… ? Mais je suis toi… Je suis toute la haine que tu refoules… Tu m'as créé pour que je t'aide à évacuer tout ça, et c'est comme ça que tu me remercies ?!
Non !… Je veux… Je veux que tu partes… Je ne suis pas comme ça…

- Shizune-san, docteur… Cela fait longtemps qu'il parle tout seul ?…

Le médecin, une femme aux allures strictes, se tourna vers son interlocuteur.

- Vous êtes de la famille ?
- Effectivement, je suis sa sœur, répondit la femme aux cheveux dorés.
- Hum… murmura Shizune en vérifiant son bloc-note. Effectivement, cela doit bien faire plusieurs heures…

La blonde soupira longuement en une expression peinée. Plusieurs secondes passèrent avant qu'elle n'ose enfin demander à entrer dans la cellule de son frère. Le médecin lui répondit par un sourire en lui rappelant les précautions d'usage.

- Qu'est-ce qu'il peut me faire avec une camisole de force… ?
- Vous en seriez surprise, souffla Shizune en ouvrant la porte. Les visites se terminent dans cinq minutes.

Notre sœur est là, Baka.
C'est pas ta sœur ! Et t'avise pas de lui faire du mal, sinon…
Sinon quoi, Dobe ?

- Otouto… ?

Le garçon, agenouillé, leva un regard brumeux en direction de la blonde. Elle s'approcha doucement de lui et lui déposa un baiser sur ses cheveux rouges qui encadraient ses grands yeux verts.

- Comment tu vas, petit frère ?…

Avec lenteur, le jeune homme laissa retomber lourdement sa tête contre la cuisse de sa sœur et, après avoir enfoui son visage dans les pans de sa jupe, il éclata bruyamment en sanglots.

- C'était pas moi… marmonna-t-il à peine audiblement entre deux pleurs. Je te jure, je te jure, Nee-san, c'était pas moi...

Posant une main sur la tête de son frère, la blonde sentit une larme rouler le long de sa joue.

- J'ai rien fait, continua le jeune homme. C'est lui… Shukaku…
- Je sais.

Ils restèrent plusieurs minutes plongés dans le silence, entrecoupé de temps à autre par les reniflements du garçon. La blonde sortit alors un mouchoir de sa poche et aida son petit frère à se moucher, lui ne pouvant remuer les bras.
Une voix familière retentit alors dans le haut-parleur.

- Temari-san, les visites sont terminées. Je dois vous demander de partir.
- NON ! hurla le garçon, désespéré, appuyant sa tête plus fortement contre sa sœur. Ne me laisse pas avec lui !…

Temari, ses yeux débordants de larmes, s'accroupit à la hauteur de son petit frère et le serra avec force contre elle.

- Ne t'en fais pas, Otouto… susurra-t-elle dans un souffle. Ils vont te guérir, tout va bien se passer, tu verras. Kankuro t'envoie lui aussi tout son soutien…
- Temari-san, veuillez vous éloigner du patient, s'il vous plaît, annonça à nouveau le haut-parleur.

Elle relâcha son étreinte et déposa un baiser sur le front du jeune homme avant de se redresser.

- Je reviendrais très vite… Promis.

Le cœur gros, elle détourna les yeux de son frère et s'avança lourdement vers la porte matelassée.

- Temari-chan ?…

La fille se retourna alors qu'elle s'apprêtait à passer la porte. Elle se rendit alors compte à quel point son petit frère avait l'air misérable, agenouillé, les cheveux en bataille, les yeux rouges et… camisolé.

- S'il te plaît… continua-t-il d'une voix fatiguée et triste. Va dire… va dire au groupe… que je suis profondément désolé…

Son regard implorant ne se détacha pas de celui de la blonde, qui promit de le faire dès le lendemain.

- … Merci, Temari-chan… Je… Je t'aime…
- … Je t'aime aussi… Gaara.

L'écrivain s'étira devant sa penderie ouverte. Il n'était pas vraiment habitué à voir débarquer des gens importants chez lui – surtout de si bon matin –, mais il se sentait heureux. Quelques dizaines de minutes auparavant, Tsunade lui avait confirmé par téléphone la décision du conseil, selon laquelle il pouvait devenir le tuteur légal de Sai, jusqu'à ce que l'écrivain estime que le garçon serait apte à diriger sa vie seul.
« Hum… Je pourrais mettre ça ?… Euh, non, je crois pas que la chemise à fleurs soit vraiment de circonstance… »
Il jetait régulièrement des coups d'œil furtifs au T-shirt blanc et rapiécé qu'il affectionnait tant, mais en repensant à ce qu'il avait fait dedans le soir avant, il se dit qu'il valait mieux s'abstenir et de le mettre au linge sale.
Après s'être finalement décidé pour un pull noir sans col, il s'empressa de retirer la bouteille de saké vide qui traînait encore sur la table et termina la vaisselle. Il sourit en observant les petites coupelles à alcool en se disant qu'avec leur aide, il avait passé une bien agréable soirée.
Ce ne fut qu'une heure plus tard, à dix heures tapantes, qu'un membre de la municipalité avait sonné chez lui. Satisfait de son ménage de dernière minute, Kakashi s'empressa d'ouvrir la porte.

- Bonjour, Hatake-san, dit l'homme en s'inclinant poliment.
- Bonjour, Ebizu-san. Quoi de neuf ?

Ebizu, portant son habituel bandeau dans les cheveux, remonta nerveusement ses lunettes sur son nez. Durant toute sa carrière dans les bureaux, il n'avait jamais vraiment compris l'affection que portait le maire à un personnage aussi anticonformiste que l'homme qui se trouvait en face de lui en ce moment.

- Entrez, entrez, je vous en prie, invita l'écrivain, ayant remarqué la gêne qu'il avait occasionnée chez son interlocuteur.
- Hatake-san, vu l'intérêt qu'il portait à ce dossier, je me suis permis d'inviter Umino-san à se joindre à nous. J'espère que cela ne vous dérange pas.

Ebizu se mit légèrement en retrait afin de laisser apercevoir Iruka. Ce dernier avait posé une main amicale sur l'épaule de Sai, qui lui semblait complètement étranger à tout ce qui se passait.

- Bien sûr que cela ne me dérange pas, répondit Kakashi avec une pointe d'amusement dans la voix. C'est toujours un plaisir d'accueillir Umino-san chez moi.

Le professeur se raidit brusquement en rougissant sous le regard inquisiteur de Kakashi . Sai les observaient, dénotant les changements tout en gardant les conclusions pour lui.
Les quatre hommes prirent place autour de la table du salon, Ebizu ayant quelques papiers à faire signer à l'écrivain afin que sa tutelle devienne formelle.
Sai, son habituel sourire aux lèvres, semblaient scruter chaque centimètre de l'appartement, visiblement content d'avoir plus d'une vingtaine de mètres-carré d'habitation. Son regard s'attarda cependant sur un objet qui dominait la salle de séjour. Coupant alors les trois autres en pleine discussion officielle, il n'hésita pas à demander à l'écrivain :

- Kakashi-san… Vous jouez du piano ?

Parmi les trois hommes, seul Kakashi parut amusé par la candeur du garçon.

- Effectivement, tu m'as percé à jour, lui répondit aimablement son futur tuteur. Depuis que je suis tout petit. On peut dire que je suis un artiste, comme toi, mais dans un autre registre.

Le noiraud, apparemment satisfait de la réponse, abaissa néanmoins les yeux quelques secondes plus tard.

- Excusez-moi… J'aurais dû me souvenir qu'il était très impoli de couper une conversation… Pourtant, je l'ai lu pas plus tard qu'hier soir…
- Ne t'en fais pas pour ça, continua Iruka empreint de douceur. Si tu allais voir ta nouvelle chambre ?… Si je me rappelle bien, la chambre de Sasuke se trouvait au fond du couloir à gauche.

« Tu peux pas te tromper d'avec l'endroit où se trouve ma propre chambre, de toute façon », pensa l'écrivain avec amusement.

- … Je vais partager ma chambre avec un certain Sasuke ?

Ebizu peinait à masquer son exaspération alors que l'écrivain expliquait calmement que Sasuke était son ancien protégé et qu'il vivait désormais dans sa demeure familiale, en ajoutant qu'ils auraient le temps d'en discuter plus en profondeur plus tard.
Sai se leva, content, et se dirigea à pas légers vers ce qui était désormais sa chambre, emportant avec lui un petit sac à dos dans lequel il avait réussi à mettre toutes ses affaires, essentiellement composées d'accessoires de peinture, devina Kakashi.

- Bien, où en étions-nous ? poursuivit ce dernier comme s'ils n'avaient jamais été interrompus.
- Hum… J'étais en train de vous donner les conclusions des psychologues, répondit Ebizu en réajustant à nouveau ses lunettes. On pense à une forme d'autisme…
- Une forme d'autisme ? répéta Kakashi, apparemment étonné. Ce garçon ne souffre absolument pas de…
- Pourtant, le coupa Ebizu, les conclusions de Maito-san sont formelles.

L'écrivain haussa les sourcils.

- Maito-san ne sait absolument pas de quoi il parle.
- Hatake-san, je ne voudrais pas vous paraître impoli… commença Ebizu d'un ton où l'impolitesse menaçait à chaque mot.
- … malheureusement, l'impolitesse accidentelle se manifeste à une fréquence alarmante, acheva Kakashi avec gravité. Ayant plus d'expérience que Gai dans ce domaine, je peux vous affirmer avec certitude que ce jeune homme n'est absolument pas autiste.

Ebizu étouffa une exclamation ; il était visiblement choqué par l'audace dans les propos de l'écrivain à son égard. Ils restèrent plusieurs secondes à soutenir le regard de l'autre pendant que l'ambiance se chargeait d'électricité, bien que Kakashi gardât son impassibilité légendaire. Au bout de plusieurs secondes d'un silence pesant, Ebizu baissa les yeux, recherchant vivement des feuilles dans son porte-documents alors que ses doigts s'étaient mis à trembler.

- Très bien… Apparemment, je ne vois pas perdre mon temps à vous lire tout ça, puisque vous semblez en savoir tellement plus que les autres…
- JE NE VOUS PERMETTRAI PAS DE PARLER A KAKASHI SUR CE TON !!

Iruka s'était levé sur le coup de la colère qui l'avait envahi brusquement.

- Je me permets toutefois de vous rappeler que Hatake-san a écrit de nombreux traités sur les traumatismes à l'enfance et à l'adolescence lorsqu'il travaillait encore en tant que psychothérapeute… !
- Iruka… C'est gentil, mais ce n'est vraiment pas grave, dit lassement l'écrivain, ayant subitement un intérêt profond pour le papier qu'avait sorti Ebizu. C'est ici que je signe… ?

Ignorant la question, le bureaucrate se contenta de rire de la remarque du professeur.

- C'est vrai… On vois bien quel genre de traités Hatake-san écrit maintenant…

La suite se déroula en une fraction de seconde. Iruka, soudainement aveuglé par la fureur, avait alors tenté de coller un poing à Ebizu, mais l'écrivain, avec une rapidité déconcertante, avait retenu fermement le poignet du professeur avant que le coup n'aboutisse.

- Pas de bagarres chez moi, s'il vous plaît, et restons courtois, gronda Kakashi de sa voix monocorde. Ebizu-san, ayant signé vos papiers, je suppose qu'avec la montagne de travail qui vous attend au bureau, vous ne puissiez nous faire profiter plus longtemps de votre présence.

Ebizu, fortement vexé et se sentant humilié, s'empressa de rassembler ses affaires et de se lever.

- Sur ce, continua l'écrivain toujours calmement, veuillez adresser mes respects à Tsunade-sama… Et surtout, revenez quand vous voulez, c'est toujours un plaisir, ajouta-t-il en haussant la voix alors qu'Ebizu s'apprêtait à sortir.

La porte claqua bruyamment au moment où le bureaucrate s'en fut définitivement. Kakashi, toujours assis, n'avait pas relâché le poignet du professeur, encore debout, comme si les événements des dix dernières secondes avaient passé trop rapidement pour que son cerveau puisse les analyser correctement.

- Je… commença alors ce dernier après plusieurs secondes de silence. Je suis désolé, Kakashi… J'ai dû te faire honte…

Subitement, l'écrivain attira Iruka contre lui, leurs visages se retrouvant à peine espacés de quelques millimètres. Rougissant, le professeur déglutit péniblement.

- Détrompe-toi, susurra Kakashi. Ca m'a beaucoup touché que tu prennes ma défense comme ça…

Le cœur d'Iruka se mit à battre à tout rompre, les pensées de ce qu'il pouvait bien arriver en ce moment se bousculant dans sa tête…
Cependant, l'écrivain ne fit que déposer un petit baiser sur le front du professeur, avant de redresser la tête en observant son vis-à-vis. Il sourit avant de conclure :

- Rappelle-moi de te récompenser dignement un de ces jours.

- STOP, stop, stop !… Naruto… Mauvaise séquence d'accords, soupira Sasuke en se pinçant l'arrête du nez.
- Comment ça, mauvaise séquence ?! rétorqua la furie blonde en faisant taire ses cordes.

Neji profita de l'interruption pour ré-accorder une de ses cordes. Il ne regarda pas Naruto en répliquant :

- Il a raison. T'as fait un la majeur au lieu d'un mineur… Ca t'as pas sonné faux ?
- Ouais, mais bon… soupira Kiba. Si on s'arrête à chaque petite erreur on n'y arrivera jamais…
- C'est vrai ça ! continua Naruto. Pour le concert de samedi prochain, on va stopper tous les instruments et recommencer à chaque fois que l'un de nous fera une erreur ?!
- Je crois que t'as voulu dire à chaque fois que TU feras une erreur, Baka… lança Sasuke sans hausser le ton.

Naruto le fusilla du regard, faisant rouler nerveusement son piercing à la langue sur sa lèvre inférieure.

- Parce que t'es parfait, toi, peut-être ?!
- J'ai pas dit ça ! s'exaspéra le noiraud en tournant le regard vers le blond. Mais la structure est toujours la même ; le batteur impose un rythme, suivi par le bassiste qui donne l'accompagnement de base, sur lequel se calque une guitare pour la mélodie et finalement le dernier guitariste suit cette dernière mélodie pour le solo !
- Non, mais pour qui tu te prends toi ?! beugla Naruto. Ca fait même pas vingt-quatre heures que t'es dans le groupe que t'ouvres déjà un peu trop ta gueu…
- LA FERME !!

Les deux guitaristes se turent brusquement. Quand Neji sortait de ses gonds, c'est que la discussion avait déjà largement outrepassé les limites de sa patience… Une petite veine battait à sa tempe lorsqu'il se mit à les fixer alternativement d'un air furieux.

- Non mais vous vous entendez, là ?! J'ai la gueule d'une baby-sitter, moi ?! Ca suffit, maintenant !! Sasuke, arrête de tiquer pour n'importe quoi !… Et toi, Naruto, ça sert à rien de te marrer, concentre-toi un peu, bordel, le concert, c'est la semaine prochaine !!

Peu habitués aux crises de nerfs de leur bassiste, les trois autres membres du groupe n'osaient plus ajouter un mot.

- Putain, vous me soûlez avec vos conneries ! ajouta-t-il en déposant furieusement sa basse au sol. Pause. On reprend à 18h.

Il sortit immédiatement de la salle sans un autre regard pour ses compagnons.
Ces derniers restèrent plusieurs secondes muets, sans bouger, comme par crainte que Neji revienne leur beugler dessus s'ils osaient un quelconque mouvement. Finalement, Sasuke se décida à poser son instrument et tira le paquet de tabac de la poche de son pantalon et passa la porte sans un mot.
Le noiraud monta la rampe en direction de la sortie du local tout en préparant sa cigarette. Il poussa la lourde porte et se retrouva finalement à l'extérieur…

- Je sais, Ka-koi, mais… ils m'ont vraiment énervés, à toujours vouloir…

Neji s'interrompit brusquement en croisant le regard de Sasuke, alors que ce dernier haussait les sourcils en coinçant sa cigarette entre ses lèvres. Le bassiste rosit légèrement en s'éloignant de plusieurs mètres pour ne pas être entendu.
Ka-koi… ? Ce grand noiraud aux allures sauvage et solitaire avait donc finalement réussi à trouver quelqu'un qui ne l'exaspérât pas ? Ka-koi… Un pseudonyme, certainement. Alors qu'il essayait d'imaginer le genre de fille qui correspondrait à son bassiste (malgré tous ses efforts, il n'arrivait qu'à imaginer une Neji au féminin, se disant qu'aucune de celles qu'il côtoyait n'avait pas le calme et la patience nécessaire pour lui correspondre), il alluma sa cigarette et son regard s'attarda sur le noiraud, à ce moment à quelques vingtaines de mètre de lui.
Au bout d'une ou deux minutes cependant, Neji le rejoignit, tête basse pour éviter de croiser le regard du guitariste qui le sondait du coin de l'œil. Neji grommela à peine audiblement un « scuzmoipourtoutaleur » avant de regarder au loin. Sasuke, reportant son regard vers le soleil couchant, lui répondit d'une voix lasse :

- C'est bon. T'avais raison de toute manière.

Ils restèrent plusieurs secondes en silence, côte à côte. Puis le guitariste se décida à ouvrir la bouche.

- Est-ce que c'était…
- Oui.
- Oh.

Sasuke sourit en jetant sa cigarette plus loin.

- Ca fait longtemps que…
- Deux ans environ.
- Et ça…
- Oui, ça va très bien entre nous.
- Et je suppose que si je te demande…
- Effectivement, je ne te dirai pas qui c'est.

Le sourire du guitariste s'étira un peu plus, contrastant avec la tension que Neji affichait.

- Incroyable comme on s'est toujours compris en peu de mots, lança Sasuke.

Neji eut enfin un petit rire qui le décontracta.

- C'est bizarre… continua Sasuke. Je ne t'aurais jamais imaginé en couple.
- Moi non plus, je t'avoue.

Le guitariste émit un petit « tsss » avant de poursuivre :

- Je me souviens du jour où tu m'as dit que j'aurais été la femme parfaite pour toi si seulement j'avais pas une paire de couilles pour gâcher ta théorie…

Neji eut un rire franc.

- Rappelle-moi… C'est pas le soir où je me suis retrouvé la tête dans mes chiottes et que t'étais à côté de moi… ?
- Si. J'attendais mon tour.

Les deux partirent dans un rire étouffé, se regardant d'un œil amusé en faisant ressurgir ces vieux souvenirs.

- Ah la la, sacré époque… conclut Sasuke dès que l'hilarité s'était estompée.

A nouveau, comme toujours, le silence enveloppa les deux solitaires comme un voile doux-amer.

Pendant ce temps, Naruto et Kiba s'étaient installés dans le canapé rongé aux mites du local de répétition, chacun une bière à la main. Le blond avait pesté un long moment, se plaignant des deux noirauds, alors que le batteur ne l'écoutait qu'à moitié tout en tripotant machinalement ses oreilles piercées et en sirotant sa boisson. Ce ne fut qu'après plusieurs minutes que le guitariste se calma… concluant son monologue en disant que Neji avait sûrement raison.

- En parlant de Neji… reprit Kiba au vol. Tu savais qu'il avait une copine… ?

Naruto s'étouffa à moitié et s'aspergea de bière.

- Quoi ?!
- Si si, je t'assure, poursuivit le batteur avec un immense sourire. Il me l'a dit hier quand t'étais à l'hôpital.

Le blond, jurant à moitié à cause de la traînée de bière qu'il ornait désormais sur son T-shirt, demanda au batteur qui était l'heureuse élue.

- Sais pas. Il a pas voulu me dire…
- Il cache vraiment trop de trucs, ce mec, murmura le guitariste. Elle doit sûrement faire des trucs louches…
- … Elle est peut-être juste moche…

Les deux partaient dans un gros éclat de rire lorsque les deux membres restants passèrent la porte.

- On reprend, souffla Neji en empoignant sa basse.
- Quoi, déjà ? s'exclama Naruto. A peine dix minutes ?!
- Baka… Si à six heures moins dix Neji dit qu'on reprend à six heures, effectivement, ça fait dix minutes.

Sasuke ponctua le dernier mot en rebranchant sa guitare sans un regard pour le blond.

- Aux dernières nouvelles, c'est encore moi le leader, grogna Naruto entre ses dents.

Kiba soupira bruyamment en s'asseyant derrière sa batterie. Sasuke leva son regard sur Naruto, moitié lassé et moitié provocant.

- Alors, agis en tant que tel et dis-toi que si tu veux jouer convenablement semaine prochaine, faut qu'on s'y mette.
- Bon, ça va, on a compris, dit alors lassement le batteur qui avait remarqué une petite veine recommencer à battre sur la tempe de Neji. On peut y aller, là ?

Furieux, Naruto empoigna sa guitare en sifflant un « Teme » entre ses lèvres et se mit en place derrière le micro.

- Allez, on reprend « Sadness and Sorrow » depuis le début, soupira Neji. Quand tu veux, Kiba.

Le batteur commença alors à frapper le tempo avec ses baguettes. 1, 2, 3, et…

DRIIIIIIIING !!

- MAIS C'EST PAS VRAI !… beugla Kiba.

Sasuke prit son portable en main en se maudissant d'avoir oublié de l'éteindre.

- Excusez-moi, faut que je réponde… Moshi moshi ?
- « Yo. Ca va ? »
- Bonjour, Kakashi-san. Ca va, mais vous tombez mal, là…

Il jeta un regard oblique vers les trois autres qui eux, si on en croyait les éclairs que leurs yeux lançaient, semblaient prêts à le lapider sur place publique.

- « T'en fais pas, je vais pas faire long. Dis-moi, t'as un truc prévu ce soir ? »
- Deux secondes, répondit Sasuke avant d'éloigner légèrement le téléphone de son oreille. Dites, on va se boire une bière après ou bien ?
- Moi, peux pas, dit Kiba d'une voix enjouée. Je vois ma copine ce soir.
- Pareil, désolé, répondit le bassiste.

Le batteur demanda rapidement à Neji s'il avait lui aussi l'intention de squatter l'appartement que le noiraud partageait avec Hinata, avant de soupirer de soulagement devant le signe de tête négatif du bassiste.

- Moi, je vais au boulot à 19h30, dit lassement Naruto. Fais chier de bosser un vendredi…

Sasuke, ignorant la dernière remarque, reprit le combiné.

- Rien de prévu. Pourquoi ?
- « Ca te dirait qu'on aille se boire un verre au Anbu tous les deux ? Ca fait un moment… »
- … Ouais, je veux bien. Quelle heure ?

De l'autre côté de la ligne, Kakashi proposa 19h, que Sasuke traduisit mentalement en 19h45, s'agissant de la personne la moins ponctuelle qu'il connaissait.

- « J'aurai une demande à te faire. Allez… A plus. »

Le noiraud finit par raccrocher sans un regard pour les autres et reprit sa guitare en main.

- Bon… Qu'est-ce qu'on attend ?

Après quelques secondes de rire, les instruments se mirent enfin à rugir sans accros.

Il pousse la lourde porte de marbre du local de répétition. Il se repaît de l'odeur caractéristique d'humidité du sous-sol, odeur qu'il a connue dans une autre vie, lui semble-t-il. A mesure qu'il descend la rampe, les sons lui parviennent de plus en plus distinctement. Un sourire un peu amer apparaît sur ses lèvres au moment de passer la porte. Rien ne sert de toquer, ils ne vont entendre, se dit-il. Mieux vaut ne pas gâcher l'effet de surprise…
Avec lenteur, il passe la dernière porte et se retrouve face aux quatre membres qui, brusquement, cessent de jouer sans même y penser. Tous le dévisagent, bouche bée.

- Putain… Qu'est-ce que tu fais là, toi ?…