Chapitre 4 : Shadow of the day

- Lee…?

Les quatre membres du groupe n'osèrent plus rien dire devant l'arrivée de l'ancien guitariste des FoXxX, qui affichait un timide sourire. Il était vêtu de son habituel pull moulant vert et d'un pantalon assorti qui semblaient surgir d'une autre époque.

- Salut, les mecs… La forme ?

Son ton se voulut détaché, mais derrière ses yeux, on ne voyait que de la tristesse amère ; personne n'osa dire un mot tant le malaise était étouffant.

- Je passais juste vous dire bonjour en coup de vent, continua Lee. Je vais manger avec mon parrain dans cinq minutes…
- Ce… Ca va, Lee ?…

Naruto avait été le seul à avoir réussi à ouvrir la bouche malgré sa gorge nouée.

- Ca va, ça va, on s'y fait, répondit-il avec un petit rire jaune en exhibant le bandage qu'il portait à sa main mutilée. Mais… Je vois que je dérange… continua-t-il à voix basse.
- Pas du tout ! s'empressa d'ajouter Neji. C'est juste qu'on est un peu surpris de te voir débarquer comme ça…

Le bassiste força un sourire malgré la gêne qui le paralysait à moitié.

- Tu… Tu veux une bière ?… tenta maladroitement Kiba.
- Peux pas, répondit Lee. Ca risque de liquéfier mon sang et paraît que c'est pas bon pour ce que j'ai…

Tous eurent un petit rire qui détendit légèrement l'atmosphère, sauf Sasuke qui demeura impassible et fixait Lee sans émotion.

- Et puis… sinon ? Sasuke m'arrive-t-il à la cheville ?
- Qui ? Lui ? lança dédaigneusement Naruto. Faut pas rêver non plus…

L'atmosphère se fit alors considérablement moins lourde dès le moment où Lee avait mis le doigt en plein sur l'objet du malaise. Même le remplaçant daigna esquisser un petit sourire.

- Bon… Je vais pas vous emmerder plus longtemps, conclut Lee alors qu'il était resté dans l'entrebâillement de la porte.
- T'emmerde pas, on t'a dit ! répliqua Kiba en souriant. On se boit un pot demain ? Enfin… Un pot de coca, forcément…

Neji lança un « Boulet, va » avant de rire avec les autres.

- Volontiers, lui répondit Lee. Redis-moi l'heure par SMS… Bonne soirée, les gars !
- A plus ! lancèrent-ils en cœur pendant que le noiraud disparaissait derrière la porte grise.

Le silence s'abattit alors sur leurs têtes comme un coup de massue brutale ; plus personne n'osa s'échanger un regard.

XXXXX

- Sai, si tu pouvais venir, je dois juste te dire un mot.

Le noiraud sortit lentement de sa chambre en essayant d'effacer grossièrement les taches d'encre de Chine qui lui zébraient les mains. Il se planta à quelques mètres de son désormais tuteur et, visiblement, comptait mentalement la distance les séparant afin de s'assurer qu'elle était bien conforme aux normes sociales.

- Sai, je vais simplement boire un verre avec Sasuke, tu sais, mon ancien protégé, pour prendre quelques nouvelles. Ca ne devrait pas me prendre longtemps… Comme on a déjeuné assez tard, je nous préparerais quelque chose en rentrant vers 21h30… Ca ne te dérange pas ?
- Pas du tout, bien que je sache que vous me posiez la question par simple politesse, répondit Sai avec un sourire dénué de méchanceté.
- Détrompe-toi, répliqua Kakashi en enfilant un pull à col roulé noir. Ton avis m'importe et c'est pour ça que je t'en parle. Quand je rentrerai, on mangera ensemble et on parlera, d'accord ?

Il continua en expliquant qu'il pouvait se servir de tout ce qui était au frigidaire en attendant et que son numéro de portable se trouvait à côté du téléphone.

- N'hésite pas ; ici, c'est chez toi.

Il s'approcha du noiraud et posa gentiment une main sur son épaule, geste qui étonna Sai.

- Tu n'es plus seul, maintenant, Sai.

Comme si le temps s'était arrêté, pour la toute première fois, le visage figé de Sai refléta une émotion qui semblait surgir d'une autre vie : la perplexité.
L'écrivain sourit une dernière fois avec de tourner les talons et de disparaître.

XXXXX

L'homme regardait le soleil se coucher du haut de son immeuble de verre. Son costume noir de jais accentuait ses yeux pâles et la spirale noire qui s'y reflétait, signe caractéristique qui lui conférait un regard presque hypnotique – d'ailleurs, aucun de ses subalternes n'osaient le regarder dans les yeux.
Aucun – sauf un.
La pièce où il se trouvait était magnifiquement décorée – tableaux de peintres célèbres, vases Ming, poteries érodées par le temps –, bien que l'éclat de ces objets semblât bien ternes dans l'obscurité. L'homme aimait la nuit.
Ses affaires marchaient beaucoup mieux dès les soleil couché.
Une femme vint alors se présenter près de lui. Ses cheveux noirs, attachés en chignon, étaient ornés d'une orchidée ouverte – une façon bien lubrique d'annoncer la couleur de la nature de son travail.
Elle s'inclina profondément devant l'homme, qui lui fit un signe de main afin de lui faire comprendre qu'elle le molestait dans sa contemplation.

- Pardonnez-moi, mais… Shark a une bonne nouvelle à vous annoncez.

L'homme répondit par un petit signe de tête ; il était connu pour ne jamais parler inutilement.
La porte s'ouvrit à nouveau sur un homme de stature très imposante ; la peau pâle, presque bleutée, semblait rendre ses yeux pareils à deux petites billes noires insondables. Son visage, fendu en deux par une rangée de dents acérées qui se voulaient être un sourire, s'abaissa néanmoins jusqu'au sol lorsqu'il arriva au niveau de la femme.

- Excellentes nouvelles à vous annoncez, Pein-sama, annonça le nouvel arrivant d'une voix gutturale.

Le soleil à présent derrière les collines, l'homme au costume daigna se retourner, observant la nuque des deux intrus. L'homme accroupi poursuivit :

- Le quartier des docks nous appartient, car malheureusement, le dernier gêneur ne reviendra jamais du petit tour en mer que nous avons fait ensemble.
- Pas de traces ? dit simplement Pein, ouvrant la bouche pour la première fois.
- Aucune, et bizarrement, aucun témoin non plus, continua Shark avec un petit rire sadique.
- Presque tous les quartiers de la ville nous appartiennent désormais, Pein-sama, continua la femme sans bouger.
- Presque… C'est bien ce mot qui me dérange, annonça leur chef. C'est bien joli d'avoir le contrôle du port et du quartier des plaisirs, mais ce qu'il nous faut… C'est la jeunesse. Qui s'en occupe ?
- C'est moi.

Un homme venait de pénétrer dans la pièce. Après s'être incliné poliment, il releva la tête et fixa Pein de son regard onyx.

- Où en es-tu ? lui demanda son chef, visiblement irrité par l'audace dont le garçon faisait preuve.
- Patience… répondit l'autre d'une voix presque ténébreuse. Snake est très encré dans cette partie de..
- Ce personnage ne porte plus ce pseudonyme depuis qu'il a décidé de quitter notre belle famille, le coupa Pein. Il empoisonne la jeunesse avec toute sa merde maintenant…

Le chef parut un instant peiné, comme s'il se remémorait sa propre enfance volée, avant de poser à nouveau un regard dur sur son vis-à-vis.

- Il faut à tout prix démanteler son réseau en même temps que nous prenions possession de l'endroit le plus influent de la ville pour les jeunes… Le Anbu.

Il marqua une pause pendant laquelle son interlocuteur ne sembla pas vouloir abaisser les yeux.

- Débarrasse-moi d'Orochimaru et de toute la saloperie qu'il distribue. Et dans la discrétion, évidemment. Bien que Tsunade me soupçonne fortement, elle n'a jamais pu prouver que j'étais lié à toute ces disparitions mystérieuses. Je crois qu'elle m'en voudra toujours d'avoir tué son meilleur ami de mes propres mains lorsqu'il s'était intéressé un peu trop à nos affaires – comment s'appelait-il déjà ?
- Jirayia, l'informa Shark.
- Voilà… Tss, sale petit fouineur… On ne s'approche pas des dieux de trop près sans immanquablement se brûler les ailes.

Il observa intensément l'homme aux yeux noirs, comme si celui-ci devait voir dans cette dernière affirmation un avertissement sous-jacent.

- Je prendrais le contrôle de cette ville. Tu as un mois pour t'emparer de ce bar.

Son vis-à-vis hocha à nouveau la tête.

- Je compte sur toi, Crow.

XXXXX

Il était 19h15 lorsque Sasuke arriva devant le bar. Il le savait bien, rien ne servait d'espérer que son ancien tuteur fasse son apparition dans les prochaines minutes ; il soupira et se mit machinalement à rouler une cigarette. Lui et le reste du groupe n'avaient pas réussi à trouver le courage de se remettre à jouer après le départ de Lee ; ainsi s'étaient-ils tous assis sur le vieux canapé à siroter une bière. Ils se séparèrent vers 19h, partant chacun de leurs côtés, alors que le soleil disparaissait derrière les collines.
Un bus plus tard, Sasuke se retrouva devant le bar, à se demander pourquoi il n'aurait pas pu en profiter pour marcher un peu.
Ré-ajustant la guitare qu'il portait au dos, Sasuke alluma sa cigarette et en tira une longue bouffée tout en s'appuyant contre le mur et levant les yeux au ciel.
C'était la pleine lune ce soir.
Le noiraud resta plusieurs secondes à la contempler, les sourcils froncés, puis, lentement, il leva sa main, l'observa longuement, avant de tirer la manche de sa veste, révélant l'intérieur de son avant-bras.
En lettres de sang, gravées à même la chair, on pouvait y lire :
« REMEMBER 02.12.97 ».

- GRAND FRERE… ! POURQUOI ?! POURQUOI AS-TU FAIT CA ?!
- Stupide petit frère…
- COMMENT AS-TU PU FAIRE CA A PAPA ET MAMAN ?! Espèce de… MONSTRE !!

Violemment, l'homme en face du petit garçon le giffla âpreusement. Sous la force du coup, le garçon tomba à terre et se mit à saigner du nez. Les larmes creusaient de lourds sillons sur ses joues.

- Tu veux les venger ?…Alors maudis-moi. Hais-moi. Vis une vie misérable et cours… Cours et accroche-toi à la vie.

La pleine lune baignait les cadavres dans la pièce de sa lueur et éclairait un petit calendrier maculé de sang.
La date affichait le 2 décembre 1997.

- Salut.

Sasuke sortit brutalement de ses pensées et observa d'un œil mauvais celui qui l'avait abordé de la sorte.
L'homme en face de lui ne devait avoir qu'une dizaine d'années de plus que lui – 29-39 ans, tout au plus –, il affichait déjà pourtant des cheveux blancs comme la neige, parsemés de-ci de-là de petites perles colorées. Sasuke fronça les sourcils.

- J'ai aucune envie de me faire enculer, ni ce soir ni aucun autre soir, même si t'as plus d'un million à m'offrir pour ça.

Son vis-à-vis partit dans un petit rire cristallin.

- Qu'est-ce que tu vas me chercher là, voyons… Non, je suis venu te parler.
- J'ai aucune envie de discuter avec une pédale dans ton genre, dit le noiraud en montrant les perles d'un coup de tête. Fiche-moi la paix.
- Quoi ? Ca ? demanda l'autre en ignorant la remarque et prenant une perle du bout des doigts. Non… Ces perles représentent le nombre de femmes ou d'hommes que je me suis tapés depuis le début de la semaine.

Sasuke lui jeta un regard assassin.

- Rien à foutre du nombre de trous du cul que tu t'envoies, ducon ! Pourquoi tu viens me faire chier ?!
- Holà, holà, du calme, voyons… Je venais te proposer quelque chose qui te permettrait de faire pareil que moi…
- T'es gentil, mais des capotes, j'en ai déjà dans mon sac, connard.

A nouveau, son interlocuteur partit dans un rire cristallin.

- Tu as de l'humour, c'est bien… Mais aussi beaucoup de rage et de colère refoulée.
- Putain… Vas-y, t'es quoi ? Un témoin de Jéhovah ?!
- Non, non, pas du tout, dit l'homme en riant à nouveau. Ce que je veux t'offrir est encore mieux que tout ça. C'est quelque chose qui te donne l'énergie de faire tout ce que tu veux.
- Tu m'étonnes… ricana Sasuke. Et c'est quoi ?

L'homme sembla alors scruter les alentours, avant de sortir un petite boîte métallique de sa poche.

- Qu'est-ce que… commença le noiraud.
- Avec ça, plus rien ne te semblera impossible, le coupa l'autre. Même tuer quelqu'un.

Soudain, les yeux de Sasuke s'écarquillèrent démentiellement.

- … Qu'est-ce que tu viens de dire… ?
- Je dis qu'avec ça, même tuer ton frère te semblera facile…

Avec une brutalité haineuse, Sasuke plaqua son vis-à-vis contre le mur, le retenant par le cou avec son avant-bras.

- Comment tu sais ça, toi ?!
- Je sais beaucoup de choses sur beaucoup de monde, Sasuke…
- ET COMMENT TU CONNAIS MON NOM, BORDEL ?! hurla le noiraud en renforçant la pression.
- … Comprend bien ma démarche, dit calmement l'autre, le souffle coupé. Je veux simplement t'aider…
- Ah ouais ?! Et tu fais ça par bonté d'âme, je suppose ?!
- … Non, je t'avoue. J'ai une dent contre ton frère, mais je ne veux pas le tuer de mes propres mains car je sais que tu veux que cet honneur te revienne, et je respecte ça.

Plusieurs secondes défilèrent pendant que les deux hommes soutinrent le regard de l'autre, puis, progressivement, Sasuke relâcha la pression et finalement recula de deux pas.

- Bien… Ce qui fait qu'en résumé, tout ce que je te demande en échange de ça, c'est que tu fasses sa fête à Itachi.

Le noiraud frissonna au dernier mot de son vis-à-vis.

- Tu en as assez pour quatre doses, là-dedans, poursuivit son vis-à-vis en remuant le petit coffret. Je te les mets ici, d'accord ?

L'homme lui glissa la boîte dans une petite poche de son étui à guitare et se redressa.

- Voilà… dit-il en souriant pendant que Sasuke ne faisait que le fixer d'un regard insondable. Ne prends pas plus de quatre doses séparément, surtout. Tu pourrais en crever et je devrais m'occuper de tuer ton frère à ta place…
- Ta gueule, coupa abruptement le noiraud.
- Si jamais il t'en fallait d'autres, va voir Sakon et Ukon, continua son interlocuteur en ignorant sa remarque. Ils sont en fac de chimie, sont jumeaux et ont les cheveux gris-bleus… Tu peux pas les louper.
- Ta merde a plus de chances de partir au fond de mes chiottes plutôt que dans mes sinus.
- Je sais bien, répondit l'autre. Mais au moins, j'aurais l'impression d'avoir contribué à la mort de ton frère en t'aidant toi…
- Sasuke ?…

Un homme aux cheveux argentés venait de faire son apparition devant les deux garçons.

- Tiens, Kakashi-san, dit le noiraud comme si de rien n'était. Toujours en retard…

Mais son ancien tuteur fixait l'autre d'un regard dur.

- Qu'est-ce que tu fous là, Kimimaro… ? murmura-t-il, empreint soudain de colère.
- Rien du tout, répondit ce dernier avec un sourire sadique. Je ne faisais que passer… Kakashi-sensei.

Sasuke étouffa une exclamation : ce gars venait-il vraiment de l'appeler « professeur » ?!

- Va-t'en d'ici, tout de suite, avant que je t'en chasse, lança férocement l'écrivain en serrant les poings.

Le noiraud n'avait jamais vu son ancien tuteur perdre contenance de la sorte.

- Pas de problème, pas besoin de se fâcher, continua Kimimaro sans effacer son sourire. Au plaisir de vous revoir, Sasuke-kun, Kakashi-sensei… A bientôt.

Il s'en alla d'un pas rapide sans un autre regard pour les deux hommes restés sur le trottoir.

XXXXX

- Sasuke… Qu'est-ce que Kimimaro est venu faire ici ? Pourquoi t'a-t-il abordé ?

Le noiraud remercia sommairement Ino, une autre serveuse du bar, lorsqu'elle déposa un petit verre de tequila sur la table, accompagné de sel et d'une rondelle de citron. Ce n'était pas tant que Sasuke aimait ça, mais il ressentait un besoin terrible d'occuper ses mains… et de boire.

- Sasuke… insista Kakashi.
- Mais que dalle, je vous ai dit ! Il venait d'arriver et m'a demandé une clope, c'est tout ! lança le noiraud, visiblement agacé.
- … Est-ce que je t'ai déjà dit que je ne te croyais pas ?
- … Ouais.
- Alors, je le répète : je ne te crois pas.

Ignorant complètement son ancien tuteur, Sasuke lécha le sel qu'il venait de déposer au creux de son poignet, but d'un trait son verre et croqua dans le citron. Il fronça les sourcils tant la sensation de ce liquide lui traversant l'œsophage était désagréable.

- … Ca fait longtemps que tu t'es fait piercé ?
- Perdez pas votre temps, répliqua Sasuke, irrité. Je vous rappelle que j'ai passé deux ans chez vous ; je connais vos techniques de psy.

Le noiraud essuya sa bouche d'un revers de manche avant de dévisager Kakashi.

- Et pourquoi vous a-t-il appelé « sensei » ?…

L'écrivain soupira avant de vider sa coupelle de saké et de la remplir à nouveau.

- Je n'ai pas à répondre à ta question, Sasuke. Sache simplement qu'il n'y a pas que toi qui a fait des conneries pendant ta jeunesse.

Le noiraud l'observait, attendant la suite, pendant que son vis-à-vis vidait une nouvelle coupelle d'alcool avant de le fixer à son tour.

- Je connais Kimimaro, je sais ce qu'il fait et surtout pour qui il travaille. Tu t'aventures sur un terrain très dangereux, Sasuke.

A ce moment, le noiraud abaissa les yeux, ayant soudainement un intérêt profond pour la salière.

- J'ai vécu longtemps avec de la haine au fond de moi, et cette haine m'a poussé très loin au-delà des limites de ce qui était humainement faisable. J'ai joué avec la mort bien plus d'une fois et je ne sais vraiment pas ce que j'ai fait pour mérité cette deuxième chance qui fait que je suis là, aujourd'hui, en train d'essayer de te faire voir que tu es sur le point de faire la connerie la plus monumentale de ta vie.
- Vous ne comprenez pas… commença Sasuke d'une voix tremblante.
- Oh, si, détrompe-toi, je te comprends très bien. Ne t'engage pas sur cette voie, Sasuke. Tu vas y laisser bien plus que quelques plumes.

Sasuke leva à nouveau les yeux et, sans qu'il ne s'en rende vraiment compte, son regard se posa directement sur la fine cicatrice qui barrait l'œil gauche de son ancien tuteur. Devinant ses pensées, celui-ci poursuivit :

- Effectivement, cette marque est la plus visible de toutes les balafres qui me zèbrent le corps. Bien qu'elles soient des vestiges d'anciennes plaies ouvertes, il ne reste à présent que des cicatrices. Quand je les regarde, elles me rappellent que mon passé est bien réel et que c'est bien par ma faute qu'elles sont arrivées là… Mais souviens-toi d'une chose, Sasuke : il existe des blessures qui ne guérissent jamais et qui te feront souffrir jour après jour.

La voix de l'écrivain s'éteignit finalement et, pour la première fois de sa vie, Sasuke lut une tristesse profonde au fond de ses yeux.

XXXXX

Le reste de la soirée se passa dans un silence quasiment religieux. Lorsque la grande cathédrale sonna 21h, les deux hommes se retrouvèrent à nouveau sur le trottoir en face du Anbu. Soudain, l'écrivain se frappa le front.

- Ah ! J'ai failli oublier ce pourquoi je t'avais demandé de venir… Le maire m'a confié un autre garçon de qui je dois m'occuper.

Kakashi expliqua en quelques mots le contexte dans lequel il avait pris Sai sous sa tutelle.

- Il est tout juste plus vieux que toi, 21 ans. Vu que je dois l'aider à se sociabiliser, il serait bon que je le mette en relation avec…
- Oui, je crois avoir compris où vous vouliez en venir, dit lassement Sasuke en détournant le regard. On verra ça…

D'après le ton détaché qu'il avait adopté, l'écrivain sentit bien que ce qu'il venait de demander au noiraud devait certainement lui passer à trois kilomètres au-dessus de la tête.

- Hé, mais c'est Neji qui arrive par ici, lança Sasuke pour changer de sujet.
- Très bien, je vais te laisser alors…

Sasuke serra la main tendue de l'écrivain dans la sienne.

- Au fait, Sasuke… dit Kakashi sans relâcher l'étreinte. Si c'est vraiment important pour toi, tu ferais mieux de te le faire tatouer… Ca laissera pas de vilaines cicatrices inutiles.

Le noiraud parut abasourdi.

- De quoi vous…
- Tu sais bien de quoi je parle, coupa-t-il d'un ton bienveillant. A bientôt, Sasuke.

Il posa une main sur l'avant-bras du noiraud avant de disparaître dans la nuit. Ce dernier eut à peine le temps d'enregistrer les paroles de son ancien tuteur avant que…

- Salut, Sasuke !

Neji s'approcha du noiraud, suivi de près par un autre garçon que Sasuke ne reconnut pas.

- Tiens, je croyais que tu devais voir ta copine ce soir ? demanda Sasuke en haussant les sourcils.
- Effectivement, répondit l'autre noiraud. Je viens d'aller chez elle, mais comme elle bosse demain, je voudrais pas la fatiguer toute la nuit…

Il lança un regard coquin que son vis-à-vis comprit immédiatement.

- En plus d'être en couple, t'es un chaud lapin à ce que je vois… J'en apprend des bonnes, aujourd'hui.

Neji rit ouvertement à la dernière remarque.

- Je finirais jamais de t'étonner, Sasuke, crois-moi…

Ce dernier sourit à nouveau avant de lui demander s'il était sur le point de rentrer.

- Peux pas, répondit Neji. Je te rappelle que Kiba squatte l'appartement avec ma cousine et… je crois avoir vu assez de chair rose pour la soirée.

Sasuke eut un petit rire pendant que Neji poursuivait.

- J'allais boire un verre tout seul quand j'ai croisé Shikamaru par hasard.

Sasuke se tourna brusquement vers le jeune homme derrière le bassiste et plissa les yeux. Etait-ce vraiment…

- Shikamaru ?… T'es méconnaissable… souffla Sasuke.

Lui qui avait toujours été habitué à voir un Shikamaru aux allures strictes et aux cheveux attachés observait maintenant la transformation de son vis-à-vis. T-shirt noir à motif tribal, pantalons amples et cheveux bruns flottants allègrement au gré du vent, il avait néanmoins conservé ses yeux endormis qui faisaient contraste avec son look rebel.

- Salut, dit-il avec un petit sourire. Ca doit bien faire deux ans, Sasuke…
- Et dire qu'on traînait toujours les trois ensemble quand on était au lycée, lança Neji, vaguement nostalgique.
- Ouais… continua Sasuke. On nous surnommait « le clan des autistes » tant on parlait peu…

Les trois eurent un petit rire.

- On va se prendre un verre au Anbu, dit le brun. Tu te joins à nous ?
- Non, merci, j'en sors, répliqua Sasuke. Vais me prendre un truc vite fait chez McRamen et je rentre réviser un peu… J'ai une série d'examens bientôt.
- Quelle fac ? demanda succinctement Shikamaru.
- Sciences criminelles. Toi ?
- Informatique.

Le noiraud répondit en souriant qu'il n'y avait que des geeks qui étudiaient l'informatique.

- Merci pour le geek… soupira le brun.
- C'est le meilleur de sa volée, annonça Neji en observant le garçon.

« Comme si j'étais étonné », pensa Sasuke en se remémorant le QI extraordinaire que l'on prêtait à Shikamaru.
Les trois garçons discutèrent encore quelques minutes avant que le bassiste s'engouffre dans le bar en compagnie du « geek ».
Sasuke s'engagea alors seul dans les ruelles sinueuses de la métropole, les préférant largement aux grandes avenues principales, bondées de monde en ce début de week-end. Allumant une cigarette qu'il avait préalablement préparée, il rejoint rapidement le boulevard sur lequel se trouvait le fast-food. Bien qu'il devint un excellent cuisinier depuis qu'il vivait seul, toutes les émotions de la soirée se bousculaient dans sa tête et il sentait bien qu'il n'aurait pas la force de se préparer quoi que ce fût – sur tout le chemin d'ailleurs, il s'obligea avec force à ne pas réfléchir.

- Bonsoir, bienvenue chez McRa… hey, c'est toi ?
- Salut, Baka… Pas trop de monde, ce soir ?

Derrière le comptoir, le blond esquissa un sourire, content de voir un visage familier parmi ses clients.

- Pour le moment, ça va. Les bourrés qui ont la dalle arrivent généralement vers minuit… Qu'est-ce que je te mets ?
- Juste une soupe Miso, s'il te plaît. On a répèt', demain ?

Naruto empaquetait ce que le noiraud réclamait tout en lui répondant que cela ne pourrait se faire qu'à partir de quinze à cause de son travail.

- Fais chier ce boulot, ajouta-t-il à voix basse en encaissant la monnaie du noiraud. Vivement qu'on sorte un album que je gagne un peu plus d'argent…
- T'aurais pu continuer tes études aussi.
- Peuh ! lança dédaigneusement le blond. Non, je préfère me casser le cul à bosser plutôt que de rester assis à écouter des vieux balancer des trucs auxquels je comprends rien… mince, des clients.
- Allez, je te laisse… A plus, Baka.
- A plus, Teme.

Il sortit du fast-food en entendant le blond répéter son éternel « Bonsoir, bienvenue chez McRamen ».
A nouveau à l'extérieur, le noiraud souffla dans ses mains tant le froid était pénétrant. Il avança d'un pas traînant en direction de la station de bus non loin de là afin d'arriver au plus vite chez lui, dans sa chambre, dont les murs empêcheraient la pleine lune de le narguer encore.
Ce ne fut qu'une trentaine de minutes plus tard que le noiraud franchit enfin le portail de la demeure et qu'il se mit à traverser son immense jardin typiquement japonais baigné dans le clair de lune, donnant au parc une ambiance lugubre. L'eau dans l'étang ruisselait dans un bruit sourd, alors qu'une chouette traversa le ciel en hululant. Les quelques grillons renforçaient par leur chant mélancolique l'atmosphère glauque de son entrée.

Et ce fut à ce moment que Sasuke l'entendit.
Une mélodie déchirante, mélancolique et sombre, ressemblant à des pleurs d'un esprit en peine, tissée dans la nuit par un violon, une mélodie qui renvoya Sasuke directement dans les ténèbres de son passé.
Ses yeux s'écarquillèrent brusquement alors que la rage l'aveuglait brutalement. Non… Non.. NON !!
Il lâcha le sac en papier qu'il tenait en main et entra précipitamment chez lui, pendant que sa soupe s'écoulait à travers les pavés de l'entrée.
La mélodie résonnait encore à ses oreilles alors qu'il traversait les couloirs démentiellement à la recherche de la source de musique. La peur et la rage bouillonnaient en lui, grandissant à chaque pas effréné qu'il faisait ; allait-il le revoir, plus de dix ans après ?…
La complainte commença alors à s'estomper et, petit à petit, s'arrêta complètement, alors que Sasuke courait en direction de la seule chambre qu'il s'était toujours refusé à retourner depuis que…

- TU NE T'ENFUIRAS PAS CETTE FOIS !! hurla-t-il à pleins poumons.

Il poussa alors brutalement la dernière porte.
La chambre, plongée dans l'obscurité, était complètement vide.
Sasuke, essoufflé et ruisselant de sueur, balaya la chambre des yeux pendant plusieurs secondes avant d'admettre qu'il avait dû mal entendre, confondre peut-être avec autre chose, ou…
Impossible. La seule personne qui jouait toujours cette mélodie était…
Soudain, son regard s'attarda sur un objet posé sur le lit.

Le violon de son frère avait été changé de place.