Chapitre cinq : The Unnamed Feeling

Le noiraud ouvre les yeux. En face de lui, un plafond beige. Il met plusieurs secondes à se rappeler qu'effectivement, ce n'est plus ce gris taché d'humidité qu'il a connu pendant vingt ans. Ce n'est plus le matelas rongé aux mites.
Ce n'est plus la solitude.
Il sourit un instant avant de se rendre compte qu'il s'est endormi dans le fauteuil de salon et qu'on l'a recouvert d'une couverture. Il se redresse brusquement alors qu'une bonne odeur de pain grillé lui envahit les narines…

- Bonjour, Sai. Bien dormi ?

Le noiraud détourne les yeux vers la salle à manger. Il se lève brusquement en regardant l'homme qui lui sourit.

- Je… je suis désolé de m'être endormi dans le séjour, Kakashi-san.
- Y'a aucun mal, lui répond son tuteur d'une voix empreinte de gentillesse. J'ai pas eu le courage de te réveiller hier soir quand je suis arrivé... Viens manger, les toasts sont encore chauds.

Sai s'approche doucement de la table et lève les yeux vers l'écrivain, scrutant son visage.

- Vous avez mauvaise mine, Kakashi-san.

« Va falloir que je lui apprenne le tact », pensa l'écrivain en souriant. Effectivement, ce dernier avait le teint blême et les yeux cernés, signes bien caractéristiques d'une…

- Nuit blanche… soupira-t-il. Mais je rattraperai ça bientôt. Café ?
- … Je ne suis pas habitué à manger le matin…
- Eh bien, comme ça, on est deux. Mais on devrait prendre cette habitude.

Les deux hommes s'assirent à table et commencèrent à prendre leur petit-déjeuner en silence.

- … Vous êtes préoccupé, Kakashi-san ?

Ce dernier leva les yeux, les sourcils haussés.

- J'ai lu qu'on avait du mal à dormir si on avait des problèmes, parce que le cerveau tourne la chose dans tous les sens, poursuivit le noiraud.
- Toi, tu dors bien, dit Kakashi pour changer de sujet. Comment expliques-tu ça ?
- Mes problèmes ne m'empêchent pas de dormir.

« Il se rend compte qu'il a des problèmes », pensa l'ancien psy en ayant mis le doigt sur un élément important.

- Lesquels sont-ils ?
- Hum… Je ne ressens pas ce que les autres sentent d'habitude, que ce soit de la peine, de la colère, de l'amour. Je dois réfléchir à tous mes gestes à l'avance, comme, par exemple, ne pas fixer quelqu'un trop longtemps – moi, je dois compter mentalement les secondes, car fixer trop longtemps une personne pourrait traduire une attirance, une peur, et peut mettre l'autre dans une situation de malaise. En gros, je ne connais pas les règles de bienséance tacites.
- … Tu es très intelligent, Sai.
- Merci, Kakashi-san… Cependant, je sais lire le langage corporel d'autrui, savoir ce qu'il pense sans qu'il n'ait à le dire.

Kakashi leva un œil intrigué.

- Tu ferais certainement un bon psy.
- Je ne prétends pas vous connaître, Kakashi-san, mais… Je pense avoir mon idée sur la nature de vos problèmes.

L'écrivain eut un petit rire.

- Voyez-vous ça… Alors, vas-y, épate-moi.
- Eh bien… Je pense que ça a un rapport avec Umino-san.
- Qu'est-ce qu'Iruka vient faire là-dedans ?? demanda l'écrivain, perplexe.

Le noiraud sourit.

- Le fait que vous prononciez son nom sans marque de respect renforce encore plus ma théorie. Je vous ai observé hier et j'en ai tiré quelques conclusions.
- Je suis toute ouïe, dit Kakashi en s'appuyant contre le dossier de la chaise.
- Ebizu-san ne vous aime clairement pas, ayant une attitude renfermée à votre égard – peut-être est-ce à cause de votre nonchalance, je ne sais pas. De votre côté, je n'arrive pas à lire dans vos gestes, mais dans vos mots, contrairement à Umino-san qui est très expressif du point de vue corporel.

« Si tu savais à quel point », pensa l'écrivain en souriant mentalement.

- Etes-vous amants ? demanda abruptement le noiraud.

Kakashi haussa un sourcil.

- C'est toi qui affirme. Je ne te donnerai ni raison ni tort pour tout ce que tu diras. Que crois-tu ?
- Je n'en crois rien, j'en suis quasiment sûr, continua Sai. Vous êtes effectivement amants, mais il y a un conflit d'intérêt entre vous deux.

A ce moment, l'écrivain parut extrêmement surpris.

- Que veux-tu dire ?...
- Parce que je pense que vous ne couchiez avec uniquement par plaisir de la chair car, pour une raison ou pour une autre, vous refusiez de vous attacher. Mais Umino-san, lui, vous aime.

Kakashi eut un accès de toux subit. Qu'est-ce que ce garçon venait de dire ?!

- … Pardon ?
- Iruka vous aime véritablement.
- Tu te trompes, coupa alors abruptement l'écrivain. Il n'a jamais été question d'amour entre nous et il le sait bien.
- … J'ai cru que vous ne donneriez ni raison ni tort pour tout ce que je pourrais affirmer ?... D'après votre réaction, cette information vous avait échappé et elle vous gêne terriblement dans votre conception du plaisir de la chair partagé que vous imaginiez.

Kakashi, estomaqué, n'osa plus ajouter un mot.

XXXXX

Kakashi Hatake n'était pas le seul habitant de la métropole à avoir subi une insomnie durant toute la nuit. A quelques kilomètres de là, un autre noiraud avait les yeux cernés.
Il n'avait pas bougé de son lit de toute la nuit, serrant contre sa poitrine un petit poignard utilisé par les ninjas dans les temps ancestraux qu'il avait retrouvé dans les souvenirs de famille, petit poignard que l'on appelait kunaï. Ses aïeuls Uchiwa s'en étaient-ils servis en tant que guerriers ? Il ne le savait pas – et s'en fichait. Tout ce qu'il savait, c'est que lui était prêt à s'en servir en cas de besoin.
Il avait épié toute la nuit, à l'affût du moindre bruit suspect, sursautant quelques fois au son du parquet qui craquait, d'un oiseau qui s'envolait, de son propre cœur qui s'emballait à la vue d'une ombre fantomatique passant devant sa fenêtre.
Mais rien – rien n'était venu troubler la sérénité de la nuit, pas plus que toute la matinée qu'il passa encore dans son lit, sans bouger. Lorsque arriva midi, bien que la dernière fois qu'il eût mangé remontait à plus de vingt-quatre heures, le garçon ne remua pas ; pas même quand son portable sonna aux alentours des 14h – le groupe, certainement.
Ce ne fût que quand la vieille horloge du hall sonna 16h que Sasuke s'était finalement décidé à sortir de son état végétatif. C'était exactement ce que son frère voulait – le rendre malade de peur et paranoïaque. Il devait à tout prix se montrer fort et sortir de sa torpeur.
Il devait penser à autre chose.
Il décida de se préparer à manger, choisissant expressément un repas difficile et long à préparer. Ensuite, il le dégusta avec lenteur, appréciant avidement chaque saveur, s'attardant sur le goût du moindre clou de girofle, ce qui occupât ses pensées pour un temps.
Mais cela ne suffit pas.
Son portable avait sonné en moyenne toutes les vingt minutes depuis 14h – appels ou messages –, mais le noiraud ne daigna même pas sortir le petit appareil de sa poche.
Son dîner/petit-déjeuner/déjeuner terminé, il prit finalement son portable en main. Plus d'une quinzaine d'appels manqués (principalement de Naruto et Neji), plus quelques messages du blond au contenu semblable (« Tu fous quoi ? », « T'es où ? », « On t'attend ! » et autres), plus un dernier message de Neji envoyé quelques minutes plus tôt : « Je te préviens, si à 18h t'es pas connecté sur MSN, je prend le bus et débarque chez toi ».
Sasuke jeta un coup d'œil à la vieille horloge ; son rendez-vous virtuel devait avoir lieu à peine un quart d'heure plus tard. Le noiraud soupira : il préférait encore allumer son PC et rassurer rapidement le bassiste plutôt que de devoir allonger des explications en voyant se dernier s'inviter chez lui.
Ce fût alors à 17h50 que Sasuke se retrouva connecté sur le programme de messagerie instantanée. Quelques secondes plus tard, une fenêtre s'ouvrit.

« BaSs MaStEr dit :
T'as du bol, j'étais sur le point de prendre ma veste.
BaSs MaStEr dit :
Tu nous a inquiété. »

Sasuke soupira avant de taper sa réponse :

« aLoNe iN tHe DaRk dit :
T'inquiète, j'étais juste malade et j'ai dormi toute l'après-midi.
BaSs MaStEr dit :
Je te crois pas. Je sais qu'un frémissement de vent te réveille, alors une vingtaine d'appels…
aLoNe iN tHe DaRk dit :

BaSs MaStEr dit :
T'as eu des nouvelles, c'est ça… ?
aLoNe iN tHe DaRk dit :
Pas envie d'en parler.
BaSs MaStEr dit :
Ok… »

La discussion s'interrompit un instant.

« BaSs MaStEr dit :
Qu'est-ce qui pourrait t'aider à penser à autre chose ?
aLoNe iN tHe DaRk dit :
… une fille…
BaSs MaStEr dit :
Pas de bol, la mienne arrive bientôt …
aLoNe iN tHe DaRk dit :
Ai pas moyen de mater… ? lol »

« BaSs MaStEr vous invite à démarrer l'affichage webcam. Voulez-vous Accepter ou Annuler ? »

« aLoNe iN tHe DaRk dit :
Euh… Neji… Je déconnais…
BaSs MaStEr dit :
Je t'offre une chance d'apercevoir bien plus que la tête de ma copine. Me dis pas que tu vas refuser… ?
aLoNe iN tHe DaRk dit :

BaSs MaStEr dit :
Disons que c'est ma façon à moi de t'aider à penser à autre chose… »

Sasuke était sidéré de l'attitude de son bassiste. Le groupe avait certainement dû passer l'après-midi à picoler pour que Neji réagisse de cette manière, il ne devait pas profiter de son jugement altéré pour…

« Vous avez accepté l'affichage de la webcam.
Chargement en cours… »

« aLoNe iN tHe DaRk dit :
T'es qu'un putain d'exhibitionniste…
BaSs MaStEr dit :
Et toi, un putain de voyeur. A la seule différence que moi, je m'assume… XD
aLoNe iN tHe DaRk dit :

BaSs MaStEr dit :
Chacun ses vices… »

La tête de son bassiste apparut finalement dans le coin supérieur droit de son écran. Effectivement, celui-ci avait bien les yeux globuleux injectés de sang…

« BaSs MaStEr dit :
Deux-trois choses toutefois. De un, il ne le saura pas parce que je vais plaquer la caméra, et de deux… j'espère que t'auras pas trop mauvaise opinion de moi après ça.
aLoNe iN tHe DaRk dit :
Il ??
BaSs MaStEr dit :
Oups, lapsus '''… Je vois plus trop mes mains XD mais on est d'accord ??
aLoNe iN tHe DaRk dit :
… je vois pas ce qui pourrait encore m'étonner de toi après ça…
BaSs MaStEr dit :
Souviens-toi de ce que je t'ai dit hier, Sasuke… Je finirais jamais de t'étonner, crois-moi…
aLoNe iN tHe DaRk dit :
Je crains le pire…
BaSs MaStEr dit :
Tu peux Bon, vais mettre la cam en place, elle devrait plus tarder… »

Dans le coin supérieur de son écran, Sasuke vit son bassiste se lever et remarqua alors que celui-ci ne portait qu'un caleçon ; la haute définition de la caméra révéla la pâleur de son corps fin, la courbe douce de ses hanches glabres et, chose que Sasuke n'aurait jamais imaginée de la part de Neji, un piercing ornant son téton droit.
La caméra se mit à bouger, révélant par à-coup plusieurs parcelles de sa chambre, lorsque après plusieurs secondes de mise au point, l'image se stabilisa. En légère plongée, Sasuke voyait le milieu de lit jusqu'au pied de celui-ci. Neji s'assit sur le rebord inférieur, face à la caméra, et dû abaisser la tête pour que l'on découvre le sourire qu'il affichait. Dans cette position, sa peau pâle traçait avidement le contour de ses côtes, révélant la maigreur du garçon. A nouveau, le bassiste se leva et quitta le champ de vision de la caméra.

« BaSs MaStEr dit :
C'est bon ? Tu vois bien ?
aLoNe iN tHe DaRk dit :
Neji… Je suis pas convaincu…
BaSs MaStEr dit :
XD T'en fais pas, va… Faut juste pas que tu m'envoies de wizz, et si tu m'écris, forcément je te répondrais pas…
aLoNe iN tHe DaRk dit :
Allume voir ta lampe de chevet… :-
BaSs MaStEr dit :
Hé hé… Ca marche J'entends du bruit… Elle vient d'arriver. Enjoy… »

« BaSs MaStEr a modifié son statut en Occupé(e). »

« Putain… A quoi je joue là… ? », pensa Sasuke malgré un petit sourire et en s'affalant sur le dossier de sa chaise de bureau. L'appréhension se mélangea à une douce chaleur qui commençait à se répandre à travers son corps…

Ce ne fut que quelques secondes plus tard que la paire de jambes de Neji refirent leur apparition dans le coin supérieur droit de l'écran… accompagnée d'une personne en pantalons amples aux hanches légèrement plus imposantes que celle du bassiste, certainement un effet dû aux vêtements, se dit Sasuke. Ils parurent discuter quelques secondes avant que leurs corps ne se collent l'un contre l'autre en remuant doucement ; ils s'embrassaient. Une veste tomba à terre – les choses sérieuses n'allaient plus tarder…
Les avant-bras de Neji entourèrent la taille de sa partenaire et ses mains se posèrent sur ses fesses, avant de plaquer violemment le bassin de l'autre contre le sien. La température semblait monter rapidement, alors que la fille traçait des lignes rougeâtres sur toute la longueur du dos du bassiste. Arrêtée dans sa descente par l'élastique du caleçon, ses deux mains se déplacèrent suavement sur le ventre du noiraud, l'obligeant à reculer un peu, avant de caresser doucement le pourtour de son nombril. Alors que la main gauche de la fille sembla remonter le long des abdominaux fins de Neji pour venir exciter le téton piercé du noiraud – Sasuke n'en pouvais être sûr à cause de l'angle de la caméra qui s'arrêtait juste au-dessus du nombril –, deux doigts de son autre main se mirent à jouer avec l'élastique du caleçon. A ce moment, Sasuke remarqua qu'une bosse était déjà bien visible à travers le sous-vêtement du noiraud de l'autre côté de la caméra.
La chaleur dans la chambre de l'Uchiwa devenait de plus en plus intenable à mesure que la température montait aussi entre les deux amants dans son écran – d'autant plus que Neji n'était pas le seul à avoir une bosse grandissante au creux de lui. Sasuke se débarrassa de son T-shirt, déboutonna son jeans et écarta les jambes sous le bureau afin que sa virilité puisse s'épanouir à son aise.
A ce moment, sur son écran, la fille plongea sa main à l'intérieur du sous-vêtement du bassiste, le faisant se tendre un instant. La peau de Neji se fit encore plus frémissante lorsque sa petite amie se mit se mit à caresser suavement la virilité du noiraud à l'intérieur du caleçon. Ce dernier ne tarda pas à glisser le long des jambes du bassiste, révélant un sexe déjà passablement érigé, alors que la fille le prenait en main et entama un délicat mouvement de va-et-vient… ce que Sasuke ne tarda pas à imiter sur sa propre virilité.
D'après les spasmes de son ventre, la respiration de Neji se faisait de plus en plus saccadée à mesure que le mouvement du poignet de sa copine gagnait en vigueur. Elle devait savoir s'y prendre si on en croyait la crispation des doigts du bassiste sur le bras de la fille. Comme s'il sentait l'orgasme approcher, Neji avait alors invité son amie à s'asseoir sur le rebord inférieur du lit, de sorte que Sasuke l'apercevait de face, des épaules jusqu'aux genoux. « Même si elle est un peu plate à mon goût », pensa Sasuke en se masturbant doucement, « j'espère qu'elle va vite se débarrasser de ce T-shirt noir informe… »
Neji, en tenue d'Adam, ne tarda pas à la rejoindre à quatre pattes sur le lit, avant de chercher la bouche de sa partenaire hors caméra. « Putaiiin, Neji, déshabille-la… », s'irrita Sasuke en accélérant la cadence de son poignet.
Comme si elle avait entendu les pensées du guitariste, la partenaire de Neji décrocha sa boucle de ceinture, invitant le bassiste à poursuivre le travail. Tout en lui embrassant l'intérieur de ses cuisses ouvertes, Neji déboutonna lentement le pantalon de la fille alors que celle-ci appuyait ses mains sur le lit, se couchant légèrement. Ca ne permit pas à Sasuke de voir son visage, mais déjà quelques pointes de ses cheveux brun foncé apparaissaient.
Sasuke reporta son attention sur les mouvements de Neji, qui abaissait à ce moment le pantalon de la…

Putain, c'est quoi ce bordel ?!
Le mouvement du poignet de Sasuke s'arrêta brusquement.
Putain…
C'est pas une fille… !!
Il ne détacha pas les yeux de son bassiste, à ce moment effectuant un doux mouvement de va-et-vient oral sur le membre tendu de… SON partenaire.

Alors les pièces s'emboîtèrent d'un seul coup dans la tête du noiraud.
Ces cheveux bruns.
Ce T-shirt noir à motif tribal.
« Ka-koi ».
Son soi-disant rendez-vous écourté de la veille…
…alors qu'en réalité, « sa copine » était encore avec lui au moment où Sasuke l'avait croisé devant le Anbu.

Putain, Neji.
Tu m'as bien baisé, là.

A nouveau, comme si un quelconque micro révélait les pensées de Sasuke, Neji interrompit un instant son mouvement, regarda droit vers l'objectif de la caméra et fit un clin d'œil coquin, avant de lécher le membre de bas en haut et de reprendre entièrement le sexe offert en bouche… sans quitter l'objectif des yeux.
A ce moment précis, alors que Sasuke s'apprêtait à fermer la conversation, une sensation étrange l'envahit. Une force extérieure l'empêcha de cliquer sur la petite croix et l'obligea à ne pas détacher ses yeux de ceux de Neji. Il ne pouvait s'empêcher de regarder les mouvements voluptueux et excitants du bassiste. Pire…
Il voulait en voir plus.
Putain… Qu'est-ce qui m'arrive… ?
Neji continuait d'enfoncer avidement le membre au fond de sa gorge, sans jamais détacher ses yeux de la caméra.
Alors, sans qu'il ne sache vraiment comment ni pourquoi, en réalité, en ne voulant pas savoir, un nouvel afflux de sang vint gorger le membre tendu de Sasuke.
Dans l'écran, le bassiste avait intensifié le mouvement de sa bouche, à présent aidé de sa main pour accroître les sensations de son partenaire, alors que ce dernier avait sorti un petit tube de nulle part.
Sasuke n'arrivait plus à réfléchir, comme si une puissance extérieure à tout ça avait décidé de débrancher sa conscience ; il était simplement happé par les images, les sensations… Cette force extérieure à sa volonté décida alors de reprendre son membre gorgé de désir au creux de sa main et de continuer le mouvement soutenu de va-et-vient.
Après avoir enduit deux doigts d'un liquide visqueux et transparent, l'amant de Neji se pencha sur le côté, cherchant maintenant l'entrée de l'intimité du noiraud sans que celui-ci n'ait à interrompre son voluptueux travail oral. Soudain, Neji se cambra et leva brusquement la tête, le visage tordu par la douleur ; le brun venait d'insérer les deux doigts simultanément au fond du noiraud. Ce dernier ferma fortement les yeux, les sourcils froncés et les dents serrées ; il avait mal. Sa bouche s'ouvrit alors qu'il poussait vraisemblablement un cri pendant que le brun enfonçait ses doigts de plus en plus profondément.
Ce fut à ce moment que Sasuke ressentit cette sensation, cette curiosité malsaine, ce besoin inextricable… d'essayer. Il s'empourpra légèrement à cette pensée ; allait-il vraiment…
Ne réfléchis pas. Fais-le.
Détournant alors les yeux de l'écran, Sasuke se leva et se débarrassa entièrement des habits qui lui restaient, avant de s'approcher de sa table de chevet et d'en tirer un tube semblable à celui utilisé par l'amant de Neji quelques minutes auparavant. Il se rassit à son bureau et posa les pieds sur le rebord de celui-ci, écartant outrageusement les genoux comme si lui-même allait se donner en spectacle devant un inconnu.
Il reporta à nouveau son regard sur l'écran et émit un petit râle. A ce moment, Neji s'empalait lui-même avec vigueur sur les doigts de son partenaire en roulant sauvagement des hanches, ayant interrompu son mouvement oral tant il avait besoin de sa bouche pour hurler de plaisir.
Les yeux rivés sur la scène, Sasuke enduisit son majeur gauche du précieux liquide et passa rapidement sa main par-dessus sa cuisse, cherchant son intimité sous ses bourses durcies. Il caressa doucement son entrée alors qu'il reprenait son membre en main, le faisant coulisser au creux de ses mains avec vigueur.
Derrière la caméra, les choses semblèrent s'accélérer brusquement. Le brun s'était levé, se débarrassant au passage des vêtements encombrant l'épanouissement de sa virilité et s'était posté sur le gauche du lit, restant debout. Il sembla ordonner à Neji de se retourner, toujours à quatre pattes, et de s'approcher, afin que son intimité se fasse molester plus en profondeur et en brutalité.
Sasuke étouffa un cri. Malgré le lubrifiant, l'intrusion de son doigt au fond de lui n'avait pas provoqué la satisfaction escomptée. Peut-être devait-il se mettre à le faire coulisser doucement, comme…

- Aaaah !...

Sasuke ferma les yeux. Au bout de plusieurs secondes, la douleur s'estompa pour laisser place au bien-être, ce doigt tout au fond de son intimité lui ouvrant les portes d'un merveilleux plaisir jusque là inconnu…
Lorsque Sasuke rouvrit les yeux, ruisselant de sueur, l'amant de Neji finissait d'enduire son membre de lubrifiant d'une main tout en écartant l'intimité offerte de l'autre. Il y plaça alors l'extrémité de son membre, prit Neji par les hanches, et…

- Aah… !

Sasuke gémit en voyant l'expression torturée sur le visage du bassiste lorsque son amant le pénétra d'un coup brusque. Neji enfouit sa tête à moitié dans ses draps, les sourcils froncés, le visage tordu par la douleur et le plaisir intense…
Le brun entama directement une série de déhanchements rapides à l'intérieur du bassiste, celui-ci vibrant de plaisir. La main droite de Neji – celle que Sasuke voyait – agrippait avec force un pan du lit, ses jointures blanchies sous l'effet de l'étreinte, alors que tout son corps se balançait d'avant en arrière sous les puissants coups de reins de son amant, furieusement excité.
Sasuke calqua le mouvement du brun à ceux qu'il faisait subir à son propre corps. Un deuxième doigt était venu le sonder en profondeur – il avait mal, mais le plaisir infiniment plus étouffant ne l'empêcha pas de continuer de mutiler son intimité rougie, alors que son autre main continuait de flatter vigoureusement son membre prêt à exploser. Il haletait, suait, gémissait pour tout ce qu'il voyait et ressentait. Il s'imaginait tantôt dans la peau de Shikamaru, ce qu'il ressentirait en enfonçant brutalement son membre dans le cul serré de Neji, et tantôt… dans la peau du bassiste, s'imaginant lui-même la tête enfouie dans les draps, hurlant de plaisir et de douleur quand on le martèlerait violemment en profondeur…
Le regard embué par le plaisir, Sasuke continua d'observer les amants, pris tout deux dans une ondulation brutale.
Les trois hommes étaient proches de l'orgasme.
Brusquement, le brun se retira de Neji et vint s'agenouiller sur le lit derrière le corps du noiraud, tournant ce dernier sur le dos et à quarante-cinq degrés afin de se retrouver parallèle à lui. Sasuke voyait maintenant le bassiste à l'envers, de la tête jusqu'au genoux après que son amant lui ait surélevé les jambes. La tête de Neji pendait dans le vide tant il était au bord du lit. N'ayant plus la force de lever la nuque pour observer son amant, il plongea alors son regard à nouveau dans l'objectif de la caméra et se mordit la lèvre du bas en souriant perversement.

- Oh putain, Neji… ! gémit Sasuke en intensifiant encore la cadence de son poignet. Me regarde pas comme ça… Oh, chier… !!

Sa voix se perdit dans un râle lorsque le brun avait recommencé à marteler avec force l'intérieur de Neji. Ce dernier ouvrit la bouche en un hurlement de plaisir intense, alors qu'il prenait son membre en main et commença à se masturber avec force.
La respiration de Sasuke n'était plus qu'une suite de gémissements. Le regard du dominé en train de se faire prendre derrière son écran n'allait pas tarder à le faire jouir.
Le corps de Neji fut secoué d'un spasme énorme avant qu'il ne se raidisse d'un coup. L'autre noiraud eut le temps de lire « Sasuke » sur les lèvres du bassiste, avant que celui-ci n'explose entre son corps et celui de son amant.

- Putain, Neji… !! Aaaaah… !

Sasuke jouit alors sur son ventre et dans sa main, les sourcils froncés et le visage crispé par l'orgasme. Il vit à peine le brun terminer sur les fins abdominaux du bassiste.
Neji, incapable de bouger, ne faisait qu'observer d'un regard vitreux et fatigué l'objectif de la caméra. Puis, lentement, la tête toujours dans le vide, Neji porta son index dressé sur ses lèvres, sourit un instant, avant de laisser retomber son bras à terre et de fermer les yeux. Il s'était endormi.

Alors que l'engourdissement dû au plaisir et à l'orgasme quittait peu à peu le cerveau de Sasuke, ses connexions finirent par rebrancher progressivement sa conscience et son jugement.
Le Surmoi reprend le dessus sur le Ca, dirait Freud.
La culpabilité envahit l'individu après une masturbation honteuse, dirait Jung.
Le maillon faible de la famille se rend compte qu'il est pédé, dirait Ita…

- NOOON !!

Le cri de Sasuke résonna à travers toute sa chambre alors qu'il tombait de sa chaise.
Allongé sur le côté, nu, la hanche douloureuse, le noiraud respirait bruyamment. En face de lui, son reflet dans son grand miroir mural lui lançait un regard coupable.
La honte.
« Putain… Qu'est-ce qui m'arrive… C'est pas possible… Je suis pas… Je suis pas… »

Il se recroquevilla en position fœtale, enfouissant son visage entre ses genoux.