Chapitre quatorze : In the shadows
Et le voilà qui était de retour… Il se sentait vraiment pathétique. Plus que pathétique. Pitoyable, même. Pourquoi avait-il été chez l'autre, déjà ? Pour ses doses ? Ses doses qui étaient juste à portée de sa main à peine une demi-heure plus tôt… Mais non ! Le voilà qui était de retour à Konoha… et en furieux manque. Et tout ça à cause des mensonges de son ancien tuteur… Tss… Comment avait-il pu lui cacher ça ? Comment avait-il pu lui cacher le fait qu'il avait été toxicomane pendant de longues années ? Pourquoi avait-il toujours détourné la chose lorsqu'il posait une question sur ses cicatrices ? Et surtout, bon sang… Pourquoi ne lui avait-il jamais dit qu'il avait eu une histoire avec un de ses cousins éloignés, ce Obito Uchiwa qui avait apparemment énormément compté pour lui ?!
Il aurait ses explications. Sur-le-champ.
Alors qu'il arrivait à la station, Sasuke sortit rapidement du bus en tirant la cigarette qu'il s'était roulée – et ce malgré ces tremblements incessants. Il la glissa entre ses lèvres et l'alluma en se mettant en marche ; dix minutes… Oui, dix minutes de marche, le temps de finir sa cigarette, et il serait chez l'écrivain. Après, il aurait toutes ses explications. Et l'autre n'avait pas intérêt à essayer de le psychanalyser, non. Il écouterait ses questions et y répondrait, point barre. Sa colère était telle qu'il ne supporterait pas que l'autre essaie de l'aider ou Dieu sait quelle autre connerie encore, non.
Et pour combler son manque, il verrait plus tard.
XXXXX
- Iruka-san a déclaré tout à l'heure que toi et Asuma aviez parlé au moment où tu es arrivé dans le bar, vers vingt-trois heures. Tu confirmes ?
- Anko… Si tu es trop proche du témoin pour t'occuper de l'interroger, je le fais.
- Non, non, Ibiki, ne t'en fais pas. Kakashi et moi, nous nous sommes connus il y a longtemps… intimement connus, même.
- Euh… Dites, il est quatre heures du matin, là… s'éleva alors la voix monocorde de l'écrivain. Si vous voulez discuter, grand bien vous en fasse. Ca ne me dérange pas d'aller prendre un café et de revenir plus tard.
Dans la salle d'interrogatoire, les trois personnes présentes étaient assises autour d'une table. L'irritation et la fatigue étaient plus que palpables ; voilà plus d'une demi-heure que Kakashi se faisait poser des questions que les deux enquêteurs avaient certainement déjà posées à toutes les personnes interrogées avant lui.
- Avez-vous développé une cellule psychologique ? demanda-t-il sur le même ton morne.
- Comme si les psy pouvaient guérir tous les maux… répliqua dédaigneusement la femme. D'après les différents témoins, il n'y a que deux personnes qui ont vu le corps, toi-même, et… et…
- Sakura, elle s'appelle, Sakura Haruno, compléta l'écrivain d'une voix légèrement teintée d'irritation. As-tu vu toi-même l'état du corps pour en juger de l'importance de la cellule, Anko ?
- … Je t'avoue que non.
- Asuma, à torse nu couché sur le dos, avait ses membres supérieurs mutilés de partout, comme si ses blessures s'entrelaçant en une arabesque macabre. Le mur était tapissé de son sang, sang qui manifestement avait jailli de sa jugulaire tranchée. De sa poitrine ouverte, on pouvait deviner les formes des côtes et…
- Ca va, ça va, coupa Anko, une moue de dégoût au visage. Je crois… que je vois le topo…
- Non. Tu ne vois pas le topo. Tu ne le vois pas parce que ce genre d'abomination est impossible à concevoir. Alors mets en place cette saloperie de cellule psychologique pour Sakura, s'il te plaît, ou tu auras une jeune fille traumatisée à vie sur la conscience.
Anko fronça les sourcils sous le regard resté impassible de l'autre. La pièce sembla rapidement gagner en voltage avant que le troisième ne déclare d'une voix forte :
- CA SUFFIT, MAINTENANT ! Je vous rappelle qu'un homme a été assassiné cette nuit, l'heure n'est pas aux règlements de compte ! Anko, tu dégages d'ici, tu vas sortir Gai Maito du lit et lui demander de rappliquer pour Sakura !… ET TOUT DE SUITE !
La femme se raidit devant le ton de son supérieur, mais son regard restait croché sur celui de Kakashi. Les deux semblaient se défier tacitement des yeux pendant de longues secondes avant qu'un sourire en coin ne vienne orner les lèvres d'Anko. Cette dernière eut une petite exclamation de dédain avant de se diriger vers la porte ; elle fit néanmoins halte aux côtés de l'écrivain et se pencha à son oreille avant de murmurer d'une voix suave :
- J'aime les hommes qui me tiennent tête… Rappelle-moi un de ces jours.
Kakashi ne réagit pas, son regard imperturbable venant alors se raccrocher aux yeux d'Ibiki. La porte derrière lui se referma dans un bruit sourd.
- Bon, Kakashi-san… soupira l'enquêteur. Tâchons de terminer au plus vite, vous êtes le dernier témoin à interroger et je suppose que comme moi, vous avez hâte de pouvoir vous mettre au lit.
- Je ne vois pas comment je pourrais trouver le sommeil, mais oui, dépêchons-nous de finir.
L'inspecteur soupira bruyamment, son regard derrière ses innombrables balafres se faisant légèrement agacé.
- Comment avez vous connu Asuma Sarutobi ?
- C'est une histoire très longue, pénible à raconter et surtout, sans rapport avec l'enquête.
- Comment pouvez-vous en être si sûr ? continua Ibiki.
- Parce que le corps portait la signature nette d'un membre de la mafia locale.
Ibiki haussa les sourcils.
- Je vois que vous êtes très au courant.
- Effectivement, je m'intéresse de très près à eux. Quand je suis arrivé, Asuma m'a dit que deux clients louches étaient là et qu'il devait leur parler… Si seulement je…
La voix de Kakashi s'étrangla dans sa gorge avant qu'il n'enchaîne :
- … oui, deux types, et il est de notoriété publique que la mafia a l'habitude d'agir par pair.
Jugulant au fond de lui tous les remords qui menaçaient de faire éclater son cœur, l'écrivain se força à détailler les lourds sillons de chair mutilée qui recouvraient le visage de son interlocuteur.
- Et en sachant tout cela, Kakashi-san… Vous n'avez pas été alerté ? Vous ne vous êtes pas dit que, peut-être, votre ami était en danger de mort ?
- Je…
Sentant son masque d'impassibilité se fissurer au fil des questions, Kakashi se racla la gorge en redressant le menton, prenant l'attitude la plus détachée possible.
- Ibiki-san… Vous avez constaté vous-même la carrure d'Asuma. S'il n'avait pas bu, il aurait été parfaitement capable de se défendre.
- Bien sûr, Kakashi-san. Mais vous saviez parfaitement qu'il avait bu, n'est-ce pas ? Et pourtant, vous l'avez laissé seul en compagnie de deux meurtriers.
L'écrivain crispa ses doigts contre ses genoux.
- Qu'essayez-vous de me dire au juste ?…
- Pas plus que ce que je dis là, Kakashi-san, répondit l'autre d'une voix ferme. De toute manière, je suppose que cela doit être de famille de laisser mourir des innocents.
- … Je vous demande pardon ?
Une petite exclamation de dédain se fit entendre.
- Peut-être que la jeune génération a oublié cette histoire, Kakashi-san, mais la mienne… la mienne a tout gardé en mémoire.
- … Et c'est vous qui parliez de ne pas transformer l'interrogatoire en règlement de compte ? Voilà qui est très professionnel de votre part, Ibiki-san. Toutefois, peut-être que les gens de votre génération, malgré leur mémoire à toute épreuve, ont la vue qui baisse, non ?
- Qu'est-ce que vous me chantez-là ?!
- Je ne vois pas d'autres raisons pour expliquer le fait que vous peiniez à me distinguer de Sakumo Hatake.
Un rictus mauvais apparus sur les traits de l'enquêteur alors qu'il se levait en sifflant :
- Espèce de…
- IBIKI !!!
La voix forte de Tsunade emplit la pièce, paralysant sur place les deux hommes prêts à se sauter au cou.
- A QUOI TU JOUES, IBIKI ?! beugla le maire, hors d'elle. Tu ne vois pas que Kakashi n'a rien à voir avec son père ?!
L'inspecteur détourna le visage en crispant la mâchoire, poings serrés.
Si Kakashi connaissait une quelconque formule pour disparaître sur-le-champ, il en aurait fait usage sans hésiter. Non seulement il détestait que l'on prenne sa défense, mais en plus… la dernière fois qu'il avait revu Tsunade, c'était… juste après leur étreinte charnelle sur le divan de son salon.
Alors qu'Ibiki quittait la pièce sous les hurlées du maire et que celle-ci le suivait, Kakashi gardait son regard désespérément croché sur un point invisible au fond de la pièce. Tout ce remue-ménage, conjugué au meurtre d'un de ses amis, tous les remords qui en découlaient, sans compter les souvenirs qui ressurgissaient, ses conneries du passé, Obito, son père, et encore, la manière si odieuse avec laquelle il avait traité Iruka, et pour rehausser le tout, son inquiétude sous-jacente à propos de Sasuke…
Mais quelle nuit de merde !…
XXXXX
Le jeune homme posa finalement son crayon, observant un instant les arabesques compliquées du dessin qu'il venait de terminer. Il leva un instant les yeux sur la vieille pendule qui surplombait le grenier qu'il avait transformé en atelier. 4h05.
Il soupira en s'étirant doucement. Il était l'heure de descendre, l'écrivain n'aimait pas qu'il s'isole trop. Après quelques minutes, il franchit la porte de l'appartement. Tiens, le manteau de son tuteur n'était pas suspendu à l'entrée ? Il n'était pas encore rentré ? Pourtant, il lui avait dit qu'il ne rentrerait pas trop tard à cause du manuscrit dont il devait terminer la rédaction pour le lendemain. Bon… ils devaient sans doute avoir des concepts d'heures de rentrée différents.
Alors qu'il traversait le hall à pas lents, son regard s'arrêta sur le fameux manuscrit. Il le fixa plusieurs secondes. Il savait que son tuteur était écrivain, certes, mais il n'avait jamais su ce que l'homme rédigeait. Des livres de cuisine, il pouvait d'ores et déjà exclure… mais qu'est-ce que cela pouvait être ? Des romans policiers ? Des traités philosophiques ? Des essais militants ?
Un doigt curieux vint alors soulever la couverture de cuir avant de prendre une page au hasard et d'en lire une phrase.
Son regard s'arrondit.
« Les sens d'Akiru se perdirent complètement ; entre les déhanchements brutaux des deux hommes dans son intimité et la gaine serrée et chaude autour de son sexe tendu à son paroxysme, le brun avait de quoi en perdre la tête. Le bien-être occupait à ce moment chaque pore de sa peau frissonnante, chaque cellule de son corps, sa peau brûlante de désir s'échauffant plus encore à mesure que les trois hommes accentuaient leurs allées et venues – qu'elles furent en lui ou au-dessus de lui. »
Une légère chaleur incompréhensible commença à se diffuser dans les entrailles du noiraud alors qu'il poursuivait sa lecture. Alors, c'était ça que son tuteur publiait, des nouvelles… érotiques ? Eh bien, au moins… on pouvait dire qu'il savait exactement comment… réveiller certaines choses au plus profond de ses lecteurs…
Après quelques minutes de lecture d'un passage particulièrement chaud, le jeune homme remarqua que ses doigts s'étaient mis à trembler légèrement sur le rebord de la reliure en cuir. D'ailleurs… ce n'était pas la seule chose qui s'était mis à vibrer dans en lui. Comme il l'avait dit à son tuteur le jour précédent, ce n'était pas parce qu'il ne connaissait aucune norme sociale qu'il ne savait pas comment répondre aux besoins de son propre corps…
Il reposa minutieusement le manuscrit où il l'avait trouvé avant de se diriger d'un pas vacillant vers la chambre, plus que troublé par les lignes qu'il avait eu sous les yeux quelques secondes plus tôt. Un à un, il retira consciencieusement tous ses vêtements, sa peau frissonnant à chaque contact de ses doigts contre elle. Son corps bouillonnait intérieurement, il allait s'autoriser ce petit plaisir solitaire… cela l'aidera peut-être à trouver le sommeil. Lentement, le jeune homme à la peau d'opale s'agenouilla sur le lit, l'image mentale du protagoniste de la nouvelle très nette dans son esprit. Pourquoi une description détaillée d'ébats homosexuels l'échauffait-il à ce point ? Se pourrait-il qu'il soit… ?
Le moment n'était pas propice aux réflexions philosophiques, non. D'autant plus qu'il se fichait complètement de ce qu'il était. Il n'avait pas d'orientation sexuelle. Pas de nom. Pas d'émotions. Pas de passé. Pas de futur. Il n'avait pas d'identité.
Il n'était rien.
Sa peau de plus en plus brûlante, Sai s'assit sur ses pieds dans le noir. Ses doigts vinrent délicatement capturer son sexe tendu contre son bas-ventre alors qu'il laissait échapper un petit soupir de bien-être. Lentement, il commença à faire coulisser le membre au creux de sa main en fermant les yeux. Lentement, oui… il allait faire ça lentement. Il allait laisser son esprit se perdre dans les méandres de son imagination et se faire plaisir en douceur… Après tout…
Il allait rester seul dans l'appartement un bon bout de temps…
XXXXX
Sasuke, tremblant de tous ses membres, tourna le coin de la rue. Déjà il apercevait l'immeuble où habitait l'écrivain. Non, il n'aurait aucune pitié, il était trop irrité pour le laisser s'échapper. Son niveau de patience était au point mort. Dans l'état dans lequel il se trouvait, seul ce qu'il avait envie de faire comptait.
Il s'imposera et fera ce qu'il voudra de l'homme qu'il trouvera dans l'appartement…
XXXXX
Exténué, l'homme aux cheveux d'argent sortit finalement de la salle d'interrogatoire. Il appuya un instant son front contre le chambranle de la porte en fermant les yeux, essayant de rassembler tout ce qu'il lui restait comme force pour qu'aucune émotion ne vienne transparaître sur ses traits. Non… ne plus penser à rien, non, pas maintenant, il était trop tôt, il n'était pas chez lui, il n'était pas seul, non… Allez. On se calme. Ca va aller. Tout va bien.
Lentement, il redressa la nuque en prenant une forte inspiration. Juste le temps de prendre son manteau et il rentrerait… son manteau… Où l'avait-il laissé, maintenant ? Il l'avait sur le dos en arrivant, oui, il l'avait retiré et laissé sur le banc dans le hall principal… sur le banc.
Il glissa les doigts dans ses cheveux en longeant le couloir à pas lents. A part les enquêteurs, il devait être seul à présent. Il prendrait son manteau et…
Kakashi écarquilla soudainement les yeux en arrivant dans le hall. Effectivement, son manteau était là, mais… il recouvrait pour le moment Iruka, endormi sur le banc.
Un léger soupir s'échappa de ses lèvres. Oui, il avait vraiment été odieux avec lui. Ce pauvre Iruka ne méritait pas un tel traitement. Il méritait qu'on l'aime, qu'on l'aime de tout son cœur.
Mais lui ne pouvait pas lui apporter cet amour. Il sentait trop la Mort et la souffrance pour ça.
Fouillant quelques instants dans ses poches, Kakashi se rapprocha lentement du distributeur de café. Pas la peine d'essayer de dormir en arrivant chez lui, et pas question non plus d'avaler un somnifère. Les substances qui altèrent son corps, c'est fini. Un peu de caféine lui remettrait les idées en place.
Du moins, il l'espérait.
- Iruka… Iruka, réveille-toi.
Le brun sortit difficilement de ses songes douloureux. Il battit plusieurs fois des paupières, peinant à remettre ce qu'il voyait dans leur contexte exact. Voilà bientôt quarante-huit heures qu'il n'avais pas fermé l'œil, et voilà qu'il se réveillait sur un banc, enveloppé de l'odeur de Kakashi et… et Kakashi le regardait ? Il lui tendait un gobelet fumant ??
- Où… Où suis-je ?
- Toujours au commissariat, lui répondit l'autre d'une voix monocorde. Tiens.
Au… commissariat ?… Ah oui. Asuma…
Le professeur se redressa en s'asseyant, gêné d'être retrouvé par cet homme, recouvert de son manteau en plus. Iruka avait simplement voulu… se rassurer… se rassurer avec cette odeur qui l'avait toujours apaisé… à cause de ces événements et de sa fatigue après, il s'était endormi, délicatement enveloppé du parfum de l'écrivain, comme si ce dernier… le serrait contre son cœur…
Pff. Il était vraiment pathétique. Et Kakashi qui attendait toujours, son gobelet à la main, alors que lui ne réagissait pas !… De mieux en mieux, Iruka !!
- Qu… Qu'est-ce que c'est ?…
- Un thé vert.
- Mais je…
- Je sais. Tu adores le thé vert, mais seulement avec un demi-sucre. Prends-le.
Iruka se sentit s'empourprer un peu plus alors qu'il tendait la main pour prendre le gobelet, effleurant au passage les longs doigts fins de Kakashi. Il réprima le frisson qui lui traversa le dos, perdu dans ses pensées. Comment l'écrivain se souvenait-il d'un détail aussi insignifiant que la manière dont il aimait son thé ?…
- M… Merci, Kakashi.
Ce dernier hocha sobrement la tête en s'installant à ses côtés, remuant sans conviction son propre breuvage. Un silence pesant s'installa entre les deux hommes. Vite, Iruka, trouve quelque chose à dire au lieu de rougir comme un idiot !…
- Tu… Tu ne crois pas que… qu'un café risque de te réveiller ?
- J'ai bien peur de n'être déjà que trop éveillé.
Iruka déglutit, se disant que le silence était préférable à une connerie pareille. Il s'empressa de porter son breuvage à ses lèvres afin de se taire, mais la mixture brûlante lui enflamma la langue, le faisant étouffer une petite exclamation peinée.
Mais quel con !!…
- Je crois que c'est chaud, Iruka.
Ce dernier sentit ses joues lui brûler, mais cette fois, le thé n'y était pour rien.
- Ou… Oui… Je pense que je dois être encore un peu endormi… Hé hé…
TU ES COMPLETEMENT RIDICULE !…
- Sans doute, dit sobrement Kakashi en terminant son café d'un trait. Tu devrais peut-être rentrer te coucher, la nuit a été longue. Tu veux que je t'appelle un taxi ?
… Hein ?! Pourquoi l'écrivain était-il si protecteur et prévenant envers lui, maintenant, après… après toutes ces choses qu'il lui avait dites dans le bar ?!
Iruka ne put réprimer un léger sourire.
Je le savais, Kakashi. Je savais que tu jouais aux méchants. Je savais que tu étais quelqu'un de bien.
- N… Non merci, répondit Iruka d'une petite voix en terminant son thé. Je crois que… Je crois que je vais marcher un peu…
- Je pensais faire la même chose. Tu crois qu'il m'est éventuellement possible de récupérer mon manteau ?…
C'est pas possible de rougir autant dans un laps de temps aussi court, Iruka ! Reprends-toi, bang sang !!
Bien que sa dignité frisât le zéro absolu, Iruka se remit sur pied sans – trop – laisser transparaître sa gêne et tendit le vêtement à Kakashi. Ce dernier se redressa à son tour et enfila son manteau sans un regard pour son vis-à-vis bien qu'il lui fit face.
Et dire que ta peau nue était serrée contre la mienne il y a un peu plus de vingt-quatre heures…
Chassant rapidement cette pensée, Iruka arrangea sa propre veste avant de filer vers l'extérieur, suivi par l'écrivain. Une nouvelle pensée vint bloquer le professeur sur place. Depuis ici, le chemin vers leurs appartements respectifs… était le même !…
Stop. Iruka… Pas de panique. Kakashi n'habite qu'à cinq cents mètres. Reste zen. Ne devient pas hystérique.
- Alors, Iruka ? Tu viens ?
Emmène-moi où tu veux, Kakashi !!!
Rougissant au possible, Iruka ne tarda cependant pas à emboîter le pas de l'écrivain, tout deux s'enfonçant ensemble dans les ténèbres de la nuit.
XXXXX
Sasuke tourna la clé dans la serrure de l'écrivain et entra sans un bruit. Tout était déjà éteint ? Parfait. C'était parfait. Il allait arriver dans sa chambre, le réveiller et lui demander des comptes. Son niveau de patience était au point mort.
Il traversa le hall pour arriver dans le séjour. Voilà bien longtemps qu'il n'avait pas remis les pieds ici, non, et pourtant, rien n'avait changé de place. Connaissant l'écrivain, il…
Une minute. Connaissant l'écrivain ?… Mais il ne connaissait absolument pas Kakashi ! Il s'était laissé berner par son visage impassible, son ton chaleureux, tout, il s'était fait avoir sur toute la ligne ! Comment avait-il pu lui cacher toutes ces choses ?!
Uniquement commandé par ses pulsions meurtrières, Sasuke franchit la porte de la chambre de son ancien tuteur.
… Merde ! Il est où ?!
Il n'y avait dans la pièce que le grand lit de Kakashi. Vide.
Le garçon aux cheveux corbeau serra les poings. Il n'avait pas pensé une seule seconde que l'écrivain ne puisse être chez lui, non, Kakashi était si casanier, si solitaire…
Ouais. Sauf quand il s'agissait d'une histoire de fesse. Voilà où il avait dû partir. Chez une ou un de ses innombrables amants. Un coup sans lendemain, comme Sasuke en avait vu défiler des centaines. Tss… et pourtant, il avait bien profondément aimé cet Obito Uchiwa, un membre de sa propre famille !… Mais à quoi cela servait de se prendre la tête avec ça, maintenant ?! Kakashi n'était pas là et n'allait certainement pas rentrer de si tôt ! Que devait-il faire ? L'attendre ?… NON ! Impossible d'attendre ! Ses mains tremblaient trop, beaucoup trop, il allait devenir fou s'il ne…
Sasuke se raidit brusquement. Que venait-il d'entendre, là ?… Un… gémissement ?…
Le noiraud se déplaça à pas de loup en direction de son ancienne chambre. La porte était entrouverte, pas de doute, c'était bien de là que provenait le bruit… Kakashi s'amusait à baiser ses conquêtes dans son ancien lit, maintenant ?!… Non, impossible, ces gémissements étaient trop courts, la tête de lit ne frappait pas contre le mur par saccades violentes et brusques, mais alors… L'écrivain était-il en train de se… masturber ?!
Parfait. Il allait le surprendre en plein ébat solitaire. Kakashi ne saura tellement plus où se mettre qu'il sera bien obligé de tout lui révéler pour se rattraper… Un sourire en coin naquit sur les lèvres de Sasuke. Alors, d'un mouvement lent et silencieux, il poussa la porte…
Il écarquilla brutalement les yeux.
Agenouillé dans son ancien lit, un homme faisait effectivement coulisser son sexe dans sa main d'un geste lent et profond. Un homme à la peau de nacre sur laquelle les rayons de lune semblaient alors rayonner, faisant paraître cet épiderme clair aussi pur qu'une perle. Le regard de Sasuke dévia sur le visage de l'autre. Ce garçon ne semblait pas être beaucoup plus âgé que lui, et surtout, il ne semblait pas avoir remarqué son intrusion. Ses yeux étaient clos, les traits figés en une expression de volupté intense, sa bouche entrouverte ne pouvant empêcher des gémissements doux de la franchir. Ses courts cheveux noirs, aussi obscurs qu'une nuit sans lune, étaient légèrement collés au niveau des tempes, ses tempes si blanches qu'il semblait que ce garçon n'avait jamais été confronté aux rayons du jour, non… uniquement la clarté de la lune…
Kami-sama ! Qui était-il ? Qui était-il pour réussir à faire naître le désir si vite au creux de lui ?!
Tu ne vas pas tenir longtemps sans ta dose et si tu ne trouves pas quelque chose qui te change les idées… comme une bonne baise, par exemple.
Oui… exactement ce que lui avait dit Kimimaro un peu plus tôt… Il ne pouvait pas avoir ses doses pour le moment, non, mais… Pour compenser, il n'avait qu'à s'insinuer dans ce corps si pur et si offert… maintenant.
Peu importe que l'autre refuse. Il en avait besoin. Et tout de suite.
Sai était complètement perdu dans son imaginaire, noyé sous l'euphorie enivrante, déconnecté de la réalité. Tout ce qui comptait, c'était cette lente et merveilleuse montée en lui, ces images qui lui venaient en tête, ces…
Il écarquilla brutalement les yeux.
Deux mains s'étaient posé sur son torse et avait attiré son corps contre un buste brûlant dans son dos. Etait-ce Kakashi ?
- Laisse-toi faire…
Non… Non, ce n'était pas Kakashi, ce n'était d'ailleurs pas une voix connue… Mais ces mots… Voilà bien longtemps qu'il ne les avait pas entendus, très longtemps…
- Laisse toi faire…
- NON ! NON, S'IL VOUS PLAIT, LAISSEZ-MOI TRANQUILLE !… JE NE VEUX PLUS, CA FAIT MAL !!
Une violente gifle vient frapper le garçon à la peau d'opale, éjectant son corps frêle et nu contre le mur. Il tombe au sol dans un craquement d'os ; son poignet se brise alors qu'il veut amortir sa chute. Un hurlement déchirant emplit la pièce alors que le garçon redouble de pleurs.
- Ne te blesse pas, imbécile, s'élève à nouveau une voix glaciale. Les clients ne voudront pas d'un corps plein de cicatrices.
- JE NE VEUX PLUS FAIRE CA ! hurle le garçon entre ses sanglots. JE NE VEUX PLUS…
Un fort coup de pied au ventre le fait partir sur le côté alors qu'un cri fend l'air.
- Ferme-la. Tu n'as pas de volonté, tu m'entends ? Tu n'es qu'un objet. Un objet n'a pas d'âme, pas de désirs, pas d'aspirations. Tu n'es là que pour me servir et faire tout ce que je te dirai. Tu as compris, Kyo ?
- JE NE M'APPELLE PAS KYO !!
L'homme s'accroupit et agrippe âpreusement les courts cheveux noirs pour faire basculer la tête du garçon en arrière, le forçant à le regarder alors que ce dernier étouffe un gémissement peiné.
- Un chien mérite de garder le même nom toute sa vie, siffle l'homme d'un ton dur. Mais pas toi. Je t'appellerai comme je veux car tu es ma chose.
Le visage ravagé de larmes, le garçon sait qu'il ne doit pas regarder son maître dans les yeux.
- Je… S'il vous plaît… s'il vous plaît… sanglote-t-il. Je… Je veux partir… Je veux… ma maman…
- Ta maman ? lance l'autre dans un ricanement mauvais. Mais ta maman est morte ! Et avant de faire ça, elle a essayé de te tuer, petit con ! Personne ne veut de toi, personne ne t'aime !
- NON ! Ce n'est pas vrai ! Ce n'est pas vrai !!
Le garçon pleure de plus belle alors que la poigne dans ses cheveux se renforce encore.
- Ecoute-moi bien. Je crois qu'il est temps que je t'apprenne la vérité. Ta mère était une putain qui s'est fait engrosser par un client de passage. Elle a tout essayé pour se débarrasser de toi avant que tu ne naisses, elle se droguait encore plus, ne mangeait plus, frappait son ventre pour provoquer une fausse couche, mais à son plus grand malheur… tu es quand même venu au monde.
- N… Non…
- Pourquoi je te mentirais ? Il fallait bien que je t'avoue ça un jour. Je travaillais pour la police à cette époque. On a retrouvé ta mère en train d'essayer de te noyer dans le canal des égouts. Tu venais à peine de naître… mais déjà tu étais mort.
Les larmes cessent progressivement de couler sur le visage anéanti.
- Tu es mort ce jour-là, et toute ton identité avec, continue l'autre sans douceur. On a réanimé ton corps, mais mets-toi bien ça dans le crâne : ton âme est partie dans les égouts avec toute la mince des habitants de cette ville. Maintenant, tu ne vaux pas plus cher que ça.
Un silence pesant s'installe. Le garçon ne pleure plus, mais il n'arrive toujours pas à croire ce qu'il vient d'entendre.
- Tu veux une preuve de ce que j'avance ? ajoute l'homme après quelques instants. Regarde ta couleur de peau.
Le garçon s'exécute lentement, baissant les yeux sur son épiderme maladivement pâle.
- Tu sais pourquoi ta peau est si blanche ?… C'est parce que ton cerveau n'a pas été assez oxygéné alors que tu venais de naître. Ta peau n'absorbe plus les pigments nécessaires à sa coloration normale depuis.
Le petit garçon à la peau d'opale déglutit. Alors… tout était vrai ?…
- Quand tu as pu enfin sortir de l'hôpital, ta pute de mère s'était déjà pendue. Elle avait trop honte du fils qu'elle avait engendré et qu'il ne s'était même pas laissé mourir pour elle. L'orphelinat disait qu'avec une peau aussi bizarre que la tienne, ils ne te voulaient pas non plus parce que tu risquais d'effrayer les autres enfants. Autrement dit, je suis le seul à avoir voulu de toi. Je suis le seul à avoir voulu maintenir ton corps en vie car personne ne savait quoi faire de toi… Et c'est comme ça que tu me remercies ?
Tout était vrai.
Personne n'avait voulu de lui. Personne ne l'aimait. Son corps était encore là, mais plus son âme.
A l'intérieur, il était déjà mort.
- P… Pardon, Danzou-sama. Merci, Danzou-sama.
- Qui a besoin d'excuses d'un objet, tu peux me dire ? Je n'ai pas besoin de tes mots. Remercie-moi plutôt en m'étant utile. Trois clients m'ont filé un sacré paquet d'argent pour t'avoir simultanément ce soir, alors tâche de faire exactement tout ce que tu dois pour les satisfaire… et sans pleurer, cette fois.
Le petit garçon ne peut empêcher de la peur venir lui nouer l'estomac malgré tout.
- N… Non… Danzou-sama… Je vous en prie…
L'homme rejette la tête de l'autre au loin, la faisant vivement heurter le sol.
- Tu n'as pas encore compris ?! Tu n'as pas le droit d'avoir envie ou pas de quelque chose ! Tu es un objet, MON objet, je fais ce que je veux de toi et tu te dois de m'obéir ! Mets-toi à quatre pattes, et plus vite que ça !
Le garçon s'exécute, tremblant de toute part. Il appuie sa tête contre le sol et serre son poignet brisé contre son ventre nu. Il sait qu'il va avoir encore plus mal dans un instant. Dans son dos, il entend une boucle de ceinture se dégrafer. Il ne connaît que trop bien ce son.
- Je continuerai à te faire mal encore et encore jusqu'à ce que tu comprennes ton statut de chose, jusqu'à ce que tu arrêtes de crier et de pleurer. Un objet n'a pas de sentiments. Sans sentiments, tu ne souffriras plus jamais. Alors, agis en conséquence.
Alors… C'est ça, le secret pour ne plus avoir peur, pour ne plus pleurer, pour ne plus souffrir ? Ne plus avoir… de sentiments ? De toute façon… il était un objet… il n'avait plus d'âme et personne ne voulait de lui à part Danzou, alors… à quoi bon se battre encore ? A quoi bon souffrir encore ?…
Deux mains rêches empoignent ses hanches. Pour la première fois, son corps ne frissonne pas à ce contact.
- Pas de nom, pas d'émotions, pas de passé, pas de futur. Seul ce que je t'ordonne de faire compte. Et je t'ordonne de te laisser faire.
Le garçon à la peau de nacre scella son cœur à jamais au moment où Danzou le pénétrait d'un coup de hanche brusque.
Depuis ce jour, plus jamais aucune peur ne vint lui nouer le ventre. Aucune souffrance ne vint lui déchirer le cœur. Aucune larme ne vint orner ses joues.
Sai s'apaisa graduellement. Son éternel masque s'orna d'un sourire alors qu'il posait ses mains sur les avant-bras qui lui entouraient le torse.
- Laisse-toi faire… répéta l'autre dans son dos d'une voix empreinte de désir.
Sai avait appris à répondre à ces mots. Il savait très bien ce qu'il avait à faire pour les satisfaire.
- Nhh… Prenez-moi… Je veux… vous sentir en moi…
Suavement, il commença à onduler ses fesses nues contre le pantalon de l'homme dans son dos, sentant une bosse déjà clairement durcie à travers le tissu.
Sasuke écarquilla les yeux. Des toutes les réactions auxquelles il s'attendait, celle-ci était vraiment en dernière place. Comment ce type qu'il tenait dans ses bras pouvait lui demander – non, le supplier – de le prendre sans aucune forme de résistance ?!
Non. Il s'en fout. Apparemment, l'autre en a simplement autant envie que lui. Quelle aubaine, vraiment… Il allait pouvoir penser à autre chose qu'à cette connerie de poudre en compagnie de cet homme plus qu'alléchant, posséder ce corps qui continuait de l'attiser plus que de raison…
XXXXX
Côte à côte, les deux hommes marchaient en silence depuis plusieurs minutes déjà, leurs pas lents résonnant simplement contre le bitume froid. Kakashi le sentait bien, son interlocuteur était on ne peut plus mal à l'aise – chose qu'il pouvait aisément comprendre. Mais il n'avais plus la force de jouer aux méchants, non. Il fallait juste qu'il se retrouve seul un moment pour se remettre d'aplomb. Il n'était pas l'Impassible Kakashi pour rien, après tout.
- Dis, Kakashi…
- Nh ?
La gêne qui émanait d'Iruka étouffait presque l'ancien psy.
- Naruto t'a-t-il dit qu'il avait trouvé un producteur pour son album ?
- Non, soupira l'écrivain. Je crois qu'il était trop occupé à préparer le terrain pour toi.
Allons, Kakashi. Pas la peine d'en rajouter.
Le professeur s'était effectivement raidi à ses côtés avant que Kakashi ne complète :
- … mais je suis vraiment content pour lui.
Ses pensées dévièrent à nouveau sur Sasuke. Dans quelle mince s'était-il encore fourré, bon sang… Kakashi n'avait quasiment aucun doute, les pièces ne s'emboîtaient que trop bien ; d'abord, son mal-être constant, ensuite, la venue de Kimimaro, et à présent, les dires de Naruto…
Pas de doute. Dès qu'il serait une heure décente, il irait trouver Sasuke. Il devait absolument lui parler, et au plus vite. Il ne connaissait que trop bien le monde dans lequel son ancien pupille était entré, et il refusait que Sasuke puisse souffrir autant que lui. Il devait le ramener à la raison à tout prix.
Jamais il ne se pardonnerait d'avoir brisé deux Uchiwa.
- Kakashi ? Tu m'entends ?
Sortant brutalement de ses pensées, Kakashi tourna son regard sur le brun, ce dernier le fixant avec perplexité.
- Alors ? Tu crois qu'il serait possible que Naruto rencontre Sai ou pas ?
- Euh… Pourquoi veut-il le rencontrer ?
- Je viens de te le dire, répondit Iruka dur un ton de surprise. Il a besoin d'un dessinateur pour la pochette de l'album.
- Ah… Eh bien, oui, je pense que cela devrait pouvoir se faire, en effet…
- … Tu es sûr que ça va, Kakashi ?
- Très bien, pourquoi ?
- Parce qu'on vient de passer la porte de ton immeuble, là.
L'écrivain écarquilla doucement les yeux en regardant autour de lui. Il secoua la tête rapidement avant de revenir sur ses pas, ignorant le regard de biais que lui lançait Iruka.
- Depuis que je te connais, tu n'as jamais déménagé, déclara Iruka d'un ton détaché, comme désireux de changer de sujet. Depuis quand habites-tu ici ?
Depuis que j'ai quinze ans.
- Depuis assez longtemps pour ne pas avoir envie d'aborder le sujet, si ça ne te gêne pas, répondit Kakashi d'une voix morne.
Son interlocuteur s'empourpra légèrement en détournant le visage. Il se confondit en excuses, tripotant machinalement ses mains comme un enfant qui viendrait de faire une bêtise.
Pourquoi fallait-il incessamment que la moindre parcelle de cette nuit le ramène dans son passé ?…
- Ce n'est pas grave, Iruka, soupira-t-il en posant une main sur la poignée de son immeuble. Je ferais mieux de rentrer maintenant, Sai doit déjà dormir depuis un bout de temps.
Il devait rentrer au plus vite, oui. Comme Sai dormait, il serait seul. Il devait faire quelque chose qui lui fasse tout oublier, oublier son passé, oublier ses problèmes, oublier cette nuit de mince interminable… pour un temps.
Brusquement, ses doigts se crispèrent contre la poignée. Oui… Il cherchait… une échappatoire. Un moyen de s'évader de la réalité. Quelque chose qui l'emmènerait pour un temps loin, très loin de ses problèmes, quelque part où tout n'est que bien-être, bonheur, euphorie… Quelque chose comme…
Le petit sachet d'héroïne qu'il planquait dans son piano depuis plus de dix ans…
… NON !!
Kakashi ferma les yeux en passant une main sur son visage blême. Les évènements des dernières vingt-quatre heures avait considérablement affaibli sa carapace. Pour qu'il soit acculé au point que ces pulsions morbides refassent surface, ces pulsions qu'il croyait avoir jugulées et bâillonnées à jamais, c'est qu'il devait être au bord du précipice.
Non… Il ne se ferait plus jamais happer dans cet abîme sans fin, cette spirale d'autodestruction malsaine. Il avait mis trop de temps à s'extirper de cet abysse quelques années plus tôt, rampant et mutilé – et le mot était douloureusement bien choisi. Non, jamais… il devait s'en éloigner au plus vite… et ramener Sasuke au passage.
Il existait d'autres gouffres dans lesquels il s'était jeté après ça, oui, dont un en particulier, un dans lequel il adorait tomber, se perdre… un autre précipice, une autre brèche… un autre trou. Un pour chaque soir de sa vie… Le sexe.
Un amant. Ou une amante. Il en avait besoin. Oublier pour un temps qui il est. Se déconnecter de la réalité. N'exister que pour le Plaisir pendant quelques heures. Se sentir bien. Se sentir vivre…
Sa nouvelle drogue…
- KAKASHI !
L'écrivain leva brusquement les yeux, rencontrant deux grands yeux noirs le fixant avec inquiétude. Il se pinça l'arrête du nez en soupirant bruyamment, fatigué par toutes les pensées qui se bousculaient dans sa tête.
- Kakashi ! Mais qu'est-ce qui se passe ?!
- … Rien, rien. Je suis juste un peu troublé par les événements, c'est tout. Ca va passer.
Une légère angoisse voila le regard du professeur, immédiatement plus tard suivit d'une rougeur qui se mettait à lui grimper le long du cou. Il déglutit, cherchant visiblement ses mots, avant de murmurer :
- Ca… Ca ne fait que renforcer ma proposition dans ce cas…
- Ta… proposition ?
- Ou… Oui, continua Iruka, gêné. Je viens de te dire, visiblement…
Il s'interrompit un court instant, essayant de se donner un maximum de contenance.
- … Je pense que ça ne serait pas une mauvaise idée que l'on reste pas seuls chacun dans notre appartement, Kakashi. Il faut qu'on se soutienne dans cette épreuve.
L'écrivain écarquilla doucement les yeux de stupeur.
- En clair, Iruka ?…
- … Est-ce que tu veux que je monte avec toi, Kakashi ?
La respiration de l'écrivain se suspendit, son regard incrédule ne quittant pas les yeux déterminés de l'autre.
Il… Il était sérieux ?! Iruka était vraiment prêt à revenir dans son appartement, dans sa chambre, dans son lit, après tous les événements de la veille ?!…
Une réaction des plus incompréhensibles… et une proposition plus qu'intéressante à la clé. Il en avait besoin…
Et sa dose de la nuit était à portée de main...
XXXXX
Rapidement chauffé par les ondulations hypnotiques contre son bas-ventre, Sasuke ne tarda pas à faire rouler sa main le long des abdominaux fins de l'autre. Au moment où son majeur était venu effleurer le sexe tendu sur toute sa longueur, l'homme à la peau de nacre ne put empêcher un nouveau soupir de bien-être emplir l'air. Ce dernier leva doucement un bras pour venir glisser ses doigts dans les cheveux corbeau dans son dos, les lèvres de Sasuke venant alors effleurer suavement son cou. Un petit cri de plaisir se fit entendre au moment où Sasuke avait délicatement capturé le membre au creux de sa main, continuant le va-et-vient fluide apposé quelques minutes plus tôt.
- Aaah… C'est… si bon… J'en veux… plus !…
Waou… Ce type était vraiment pressé !… Mais ce n'était pas comme si sa propre virilité allait refuser un appel aussi tentateur…
Sasuke sentit la main habile de son futur amant décrocher vivement sa boucle de ceinture alors que l'autre agrippait légèrement ses cheveux sous l'effet du plaisir montant. Délicatement, les doigts fins de l'autre se mirent à caresser son membre tendu à travers le fin sous-vêtement, mouvement qui fit crisper ses muscles un instant contre le sexe de l'autre. Son va-et-vient repris son cours fluide, la cadence se teintant d'un peu plus d'impatience. Le faible éclat de la lune ne parvenait pas à rendre leurs corps assez distincts, non… Dans l'obscurité, c'était tous leurs autres sens qui étaient mis à rude épreuve ; l'odorat, le parfum enivrant que dégageait ces courts cheveux noirs, le goût alors que Sasuke se mettait à rouler sa langue contre la jugulaire d'opale, le toucher pendant que le mouvement de son poignet s'accentuait encore, et l'ouïe…
- Aaaah !…
Oui… Etre privé de la vue rendaient les sensations engendrées par les autres sens complètement euphorisants, explosifs ; Sasuke n'était pas sûr de pouvoir se contenir bien longtemps si l'autre continuait de…
Comme s'il avait entendu les pensées de Sasuke, l'autre avait enfin libéré son membre et l'avait attrapé à pleine main, arrachant un petit râle de bien-être à Sasuke dans son dos. Le souffle de ce dernier se raccourcit encore, son cœur partit dans une course endiablée. Il accéléra encore le mouvement de son poignet et sentit son amant calquer son rythme sur le sien, sa respiration se faisant plus forte, plus rauque.
Progressivement, le garçon à la peau d'opale commença à se pencher en avant en décollant sa main des cheveux de jais, l'appuyant contre la tête de lit. Sasuke se pencha lui aussi à mesure, embrassant alors la peau sucrée entre les omoplates. Il sentit l'homme devant lui placer directement son membre contre l'intimité frémissante ; décidément, ce mec savait clairement ce qu'il voulait… tout comme ce que Sasuke désirait sans plus attendre.
Une légère appréhension s'empara de lui ; ce n'était pas comme s'il était déjà habitué à s'unir à un homme… à part Neji quelques jours avant, il…
Sasuke se mordit la lèvre inférieure au moment où l'autre commença à remuer impatiemment le bassin.
- Nhh… L'attente est… insoutenable… S'il vous plaît… Mettez-la moi !!
L'ordre détruisant l'ultime barrière de peur en lui, Sasuke pénétra alors le garçon à la peau de nacre d'un coup de bassin fluide.
- Aaaaah !!!
Le cri déchirant de volupté de son amant emplit ses oreilles, ajoutant encore une bouffée d'euphorie à sa béatitude… Cette gaine… si chaude… si fortement serrée autour de son sexe tendu… du Bonheur à l'état pur !…
Commandé par son désir, Sasuke entama alors un va-et-vient lent à l'intérieur de l'autre, entrant un peu plus profondément à chaque aller. Il observa la deuxième main de son amant venir rejoindre la première, agrippant fermement les barreaux en gémissant de plus en plus.
- Plus… aaah !… PLUS FORT !!
Perdant de plus en plus le contrôle de ses hanches, Sasuke s'exécuta, regardant son membre se faire happer jusqu'à la garde à l'intérieur de l'autre. Non… il allait jouir beaucoup trop vite s'il ajoutait encore cette vision plus qu'érotique aux sensations que les va-et-vient lui procuraient !… Il colla son torse perlé de sueur contre le dos pâle, son souffle de plus en plus emballé venant mourir contre la nuque fébrile. A nouveau, sa main trouva le contact du sexe tendu de son amant, sexe qu'il s'empressa d'attraper avant de recommencer un va-et-vient au rythme de ses déhanchements brusques.
- Aaah !… Aaah !… C'est… si bon !!… Aaah !… En… Encore !!
Perdant complètement la tête, Sasuke se mit à marteler sans ménagements la tache au fond de l'autre, ses hanches prises dans une ondulation brutale. Il remarqua que l'autre se mettait alors lui aussi à se déhancher sur son membre, s'empalant encore plus profondément et plus vite ; c'était si bon, si fort, Sasuke donna une nouvelle accélération, voulant approcher encore plus vite de l'apogée, l'autre hurlait son plaisir toujours plus, tout comme Sasuke ne pouvait empêcher des râles étouffés par la peau d'opale, cette peau qui tremblait de plus en plus, jusqu'à ce que soudainement…
- AAAAAAAH !!…
Le cri de jouissance résonna dans la pièce alors qu'il se tendait contre Sasuke, se déversant par saccades pendant que son intimité se crispait violemment contre le membre ; le temps de compléter l'orgasme de son amant de quelques coups de reins secs et vifs qu'il explosa à son tour à l'intérieur de l'autre, ses hanches envahies de puissants spasmes, avant de laisser retomber lourdement sa tête sur le dos pâle, exténué.
Se retirant de la gaine chaude, Sasuke se tomber dos au lit, encore haletant. Il posa un bras sur ses yeux, engourdi par la douce torpeur du plaisir ; il sentit son amant s'étendre entièrement, couché sur le ventre. Il n'y avait que leurs souffles rauques qui venaient briser le doux silence.
Peu à peu, Sasuke se sentit renouer le contact avec la réalité.
Bon… et maintenant ?
Non seulement il venait de coucher pour la deuxième fois avec un homme, mais en plus, il avait appris à connaître le corps de ce type dans même savoir son nom. Il n'avait jamais fait appel à une – ou un – prostituée de toute sa vie, mais à ce moment, il avait l'étrange impression que tout se serait passé exactement de la même façon si l'autre en avait été un. Et d'ailleurs… l'autre en question ne disait toujours rien.
Sasuke soupira doucement en réouvrant les yeux. Il tourna son regard sur le garçon à ses côtés, détaillant à nouveau la peau pâle. Il ne voyait pas son visage, simplement les courts cheveux noirs, vue qui, à nouveau, frappa Sasuke tant le contraste était fort avec cette peau d'opale. L'autre semblait inanimé. Si son dos ne se soulevait pas par petites salves lentes au gré de sa respiration, Sasuke se serait cru aux côtés d'un cadavre.
- Bon, je…
Il s'interrompit. Qu'était-il censé dire, au juste ? Je vais y aller ? C'était sympa ? Merci pour le coup ? Combien je te dois ?…
- Vous n'êtes pas obligé de dire quoi que ce soit, s'éleva alors la voix de l'autre. Il n'y a pas de malaise.
Pas de malaise, pas de malaise, facile… Et pourquoi ce type s'obstinait-il encore à le vouvoyer ?!
- Arrête de me vouvoyer, dit Sasuke d'une voix irritée. Et regarde-moi quand je te parle.
- … Bien.
Mais… ! Ce type était d'une docilité alarmante !! Et pourquoi Sasuke se sentait-il à nouveau furieusement en colère, pourquoi ses mains s'étaient-elles remises à trembler, ses muscles à le tirer de la sorte ?!
La torpeur de l'orgasme laissa sa place au manque.
Mais Sasuke oublia un instant tous ses problèmes au moment où il croisa le regard de l'autre.
Ces… Ces deux yeux noirs… Ils étaient… si vides !… Ils étaient semblables… à deux puits profonds dans lesquels se seraient noyés des centaines d'enfants, où les âmes de tous ces corps brisés continueraient de se lamenter nuit après nuit, comme en quête de rédemption !…
Sasuke se redressa dans son lit sans quitter l'autre des yeux. Comment pouvait-on avoir un regard pareil ?! C'était comme si… comme si ce type n'était qu'une enveloppe charnelle animée par le Néant, comme si…
Comme si ce garçon à la peau d'opale n'avait pas d'âme…
- Je… Je dois y aller.
Il ne supportait plus de soutenir ces deux grands yeux noirs, non, et il ne supportait plus ce manque qui lui tiraillait tous ses membres.
Sasuke se remit sur pied pour reboutonner son pantalon, cherchant des yeux le T-shirt qu'il avait abandonné en venant vers l'autre. Sa dose. Sa poudre. Il sentait que son corps ne vivait que pour ça, à présent. Il ne supportait plus d'attendre. Peu importe le type qui était couché dans son ancien lit. Peu importe ce regard vide qu'il sentait peser dans son dos. Peu importe Kakashi et les explications qu'il voulait. Peu importe.
Plus rien n'a d'importance si ce n'est un tas de poudre blanche.
XXXXX
Au pied de l'immeuble, les deux hommes continuaient de soutenir le regard de l'autre. Kakashi ne bougeait pas, ne réagissait pas. Ses deux yeux sombres ne reflétaient en rien ce à quoi il pensait.
- Iruka…
Quelques lourdes secondes de silence passèrent.
- Je pense que finalement, je vais essayer de dormir. Tu devrais aller en faire de même… chez toi.
Le professeur se déconfit en détournant le visage.
- Ah, tu… tu veux aller dormir… murmura-t-il d'un ton faussement détaché.
- Oui. Et si toutefois je ne trouvais pas le sommeil…
Le regard d'Iruka sembla s'illuminer à nouveau.
Allez, Kakashi, force-toi. Le coup de grâce, maintenant.
- … J'appellerai Anko pour qu'elle vienne m'aider à m'endormir.
Ne le lâche pas des yeux. Montre l'être ignoble que tu es et soutiens le regard anéanti d'Iruka. Contemple son corps brisé et repais-toi de sa souffrance. C'est bon, tu es content ? Il ne voudra plus te voir, c'est fini. Maintenant, va-t'en. Tu en as assez fait comme ça.
L'écrivain sentit son corps se serrer. Sa dernière phrase avait peur-être été de trop. Ou pas. Peut-être qu'Iruka avait besoin de ce coup de grâce pour l'oublier, après tout. Mais ces yeux… Les yeux du professeur étaient si… tristes… Comment pouvait-il rester de marbre, comme un assassin contemplant son crime, contemplant le cœur qu'il venait de briser entre ses doigts ?…
Prendre Iruka dans ses bras, oui, le rassurer, le calmer, tout lui dire à propos de son passé, lui expliquer pourquoi il ne pouvait plus aimer, l'inviter à monter, lui faire l'amour une dernière fois, pour qu'ils se disent adieu, avant qu'Iruka en parte définitivement, qu'il continue sa vie, et qu'il l'oublie…
Qu'il l'oublie. Si cette finalité était possible à tout ce que Kakashi avait envie de faire, il n'hésiterait pas une seconde…
Mais Kakashi savait que ce n'était qu'en tombant que l'on trouvait la force de se rendre compte que le chemin emprunté était impraticable. Que ce n'était qu'en touchant le fond que l'on trouvait la force de remonter.
- Je…
Non, Kakashi. Ne t'excuse pas. Va-t'en.
- … J'y vais. Bonne nuit, Iruka.
L'écrivain passa la porte de son immeuble sans un regard, la mort dans l'âme.
XXXXX
Vite. Il fallait qu'il parte. Ce petit interlude n'avait que rendu son manque plus fort encore après cet échappatoire éphémère. Il attrapa la jaquette orange.
La veste… de Naruto.
Ce mouvement lui fit hésiter une seconde.
Pourquoi hésites-tu, Sasuke ?… Ce n'est qu'une veste.
Non, c'est… c'est la veste à…
Stop. Ce n'était pas le moment. Ce n'était vraiment pas le moment. Il fallait qu'il aille trouver sa dose. Sa poudre qui l'attendait. Vite.
Dans son dos, son amant avait fermé les yeux, son souffle long et paisible emplissant l'air. Il… dormait ?! Tss… Vite, que je me casse… Je ne peux plus attendre Kakashi… J'ai besoin de ma dose… J'aurais tant voulu… qu'il me parle, qu'il m'explique, mais là… Je n'en peux plus…
Sasuke traversa l'appartement à pas rapides et sortit en claquant bruyamment la porte, ne sachant même pas qu'à sa portée, dans le piano noir vernis, quatre grammes de pure attendait de faire une nouvelle victime depuis plus de dix ans.
XXXXX
Se forçant à ne pas penser à Iruka, l'écrivain traversa lentement le hall. Plusieurs étages plus haut, il entendit la porte d'un appartement claquer. Qui pourrait sortir à cinq heures du matin ?… Bon. Ce n'était pas ses oignons.
Sasuke. Voilà sur quoi il devait se concentrer. Quand il serait huit heures, il l'attendrait devant la porte de son université. Après tout, quand lui prenait de la drogue, jamais il n'avais cessé d'aller en cours.
C'était bien là la seule chose de bien qu'il eût fait durant ces années sombres.
Il devait rattraper Sasuke, Sasuke qui fonçait droit dans le mur. Lui parler, lui faire comprendre les choses, et peut-être, pour la première fois de sa vie, partager son passé… et il devait le faire au plus vite…
Avant qu'il ne soit trop tard…
XXXXX
Plusieurs étages plus bas, Sasuke entendit la porte de l'immeuble claquer. Se pourrait-il que cela soit… Kakashi ?!
Vite ! Il le savait, l'écrivain n'utilisait jamais l'ascenseur, et lui-même ne pouvait pas rester sur place, il ne pouvait pas attendre. Il le rattraperait dans les escaliers.
Sasuke se mit à les dévaler quatre à quatre, courant comme si sa vie en dépendait.
XXXXX
Kakashi entendit un grand fracas venir de l'escalier. Comme s'il avait besoin de croiser un quelconque voisin hystérique, maintenant… Bon. Il allait faire une entorse à ses habitudes. Il devait absolument garder en tête les mots qu'il dirait à Sasuke au moment où ce dernier se retrouvera devant lui.
Il s'engouffra dans l'ascenseur en appuyant sur le bouton du dernier étage.
XXXXX
Au troisième étage, les deux hommes se retrouvèrent à à peine deux mètres l'un de l'autre.
XXXXX
Arrivé en bas, haletant, Sasuke ne trouva personne, pas plus qu'il n'avait croisé âme qui vive dans les escaliers.
Peut-être que Kakashi avait pris l'ascenseur ? Peut-être devrait-il remonter pour vérifier ?…
XXXXX
Poussant la porte de l'ascenseur, Kakashi fit quelques pas avant de pénétrer dans son appartement en soupirant gravement. Il voulait parler à Sasuke au plus vite. Vraiment.
XXXXX
… Ridicule. Kakashi ne prenait jamais l'ascenseur, ça ne pouvait être lui. Si cela avait été lui, il l'aurait forcément croisé dans les escaliers. Ca n'avait sûrement été qu'un voisin, simplement.
... Tant pis.
Il sortit alors de l'immeuble, réajustant la veste sur ses épaules avant de s'éloigner à pas rapides.
XXXXX
L'écrivain s'étonna de retrouver la lumière de son séjour allumée. Sai ne dormait pas encore ?… Pour vérifier ses interrogations, il se dirigea à pas lents vers la chambre de son pupille et ouvrit la porte.
Il écarquilla les yeux.
Sai dormait… nu ?… Bon. Pourquoi pas.
Ne voulant pas que son pupille prenne froid, Kakashi attrapa la couverture et recouvrit délicatement la peau d'opale. Bien que Sai eut un corps indéniablement tentateur, l'écrivain ne ressentait aucun désir envers lui, non. Cette peau d'une blancheur et d'une pureté quasiment divine lui rappelait son ancien corps, le corps d'ange qu'il avait eu il y avait bien longtemps. Avant que l'autre ne le mutile.
Kakashi ne put s'empêcher de détailler les omoplates lisses et pures de l'autre. Lui arborait depuis plus de dix ans des vestiges de deux profondes entailles à cet endroit.
Depuis le jour où on lui avait arraché ses ailes d'ange.
Agacé par ses pensées, Kakashi les chassa rapidement en terminant de recouvrir son pupille.
Dans l'obscurité, il ne remarqua pas la semence qui s'écoulait lentement de l'intimité de Sai.
XXXXX
Sasuke traversa presque en courant les quelques rues qui le séparaient de la station de bus.
Dans l'obscurité, il ne remarqua pas Iruka assis par terre la tête sur les genoux, pleurant toutes les larmes de son corps.
XXXXX
Seul dans son séjour, Kakashi soupira gravement. Et maintenant ? Que faire en attendant huit heures ? Comment faire taire les pensées qui lui venaient en tête ?
Sans réfléchir, l'écrivain se mit machinalement derrière son piano. Enfin, non. Pas exactement son piano. Le piano d'Obito.
Le piano à queue de concert qu'Obito lui avait offert, lui avait légué. Et ce piano n'avait jamais bougé de place. Au centimètre près, il était resté au même endroit. A cet endroit précis où il l'avait vu pour la première fois. Pour sa première fois. Le jour où il avait offert sa virginité au seul homme qu'il n'ait jamais aimé.
Sans qu'il ne pousse la réflexion plus loin, sa main se glissa sous le piano. Ca devait être là… quelque part…
Soudain, il déglutit en se crispant. Au bout de ses doigts, un petit paquet scotché contre le bois vernis. Elle était là. Son héroïne avait toujours été là. A l'attendre. A attendre qu'il se décide enfin.
A attendre qu'il se résolve à rejoindre Obito. Qu'il admette qu'il n'était rien sans lui. Qu'il l'aimait tellement qu'il ne vivait plus depuis que l'amour de sa vie n'était plus à ses côtés…
Kakashi ferma doucement le poing, quittant le contact tentateur du plastique froid. Non… ce n'était pas encore le moment. Si lui ne vivait plus pour lui-même, s'il ne continuait pas pour lui-même, il savait qu'il lui restait des choses à faire. Certains avaient besoin de lui. Sasuke avait besoin de lui. Voilà pourquoi il devait rester… pour Sasuke. S'il n'arrivait pas à le sauver… c'était qu'il avait tout raté et que rien n'avait valu la peine qu'il reste quatorze ans de trop en vie.
Quatorze ans sans voir son amour.
En attendant, il avait deux heures et demi à tuer.
Il prit son portable en main et composa un numéro. Après son appel, il resta de longues minutes derrière son piano avant qu'on ne vienne toquer à la porte. Il alla ouvrir.
Il n'attendit pas avant de plaquer Anko contre le mur et de l'embrasser à pleine bouche, ses mains venant habilement débarrasser sa dose de son pantalon.
XXXXX
Sasuke sortit du bus pour la deuxième fois au même arrêt, le même arrêt duquel il était sorti quelques heures plus tôt. La pluie avait cessé.
C'était dans sa tête que le tonnerre faisait rage.
La ferme délabrée. La putain de ferme. La putain de porte. Le putain de dealer.
Kimimaro ouvrit la porte, sans un mot cette fois. Sasuke entra.
La boîte était toujours là. Les papiers d'aluminium étaient toujours là. Sa poudre était toujours là. Elle l'attendait. Elle n'attendait que de pouvoir le libérer.
Mais avant…
Sasuke fit demi-tour, son regard se faisant aussi vide que celui du garçon à la peau d'opale qu'il avait possédé à peine une heure plus tôt. Il leva ses yeux sur les deux émeraudes de son interlocuteur. Ce dernier tendit sa main en silence et déposa une minuscule objet dans la paume de Sasuke.
La fiole de GHB.
Sans réfléchir, Sasuke l'ouvrit et, d'un mouvement rapide, but la minuscule gorgée de liquide.
Il rejeta loin de lui le flacon. Ca y est. Il y était. Dans quelques minutes, il partirait dans un sommeil sans rêves, dans le Néant. A pas lents, il rejoignit le canapé miteux. Il se débarrassa de sa veste avant de s'étendre sur le dos, son regard se perdant sur les poutres du plafond. Il regarda une araignée tisser sa toile, une belle toile. Ah ! qu'est-ce qu'elle avait dû galérer, cette petite bestiole ! Bravant les éléments, peut-être ses congénères aussi, qui sait, pour pouvoir construire cette magnifique… Ce piège mortel dans lequel tombera une mouche qu'elle convoite peut-être depuis très longtemps… Elle a dû souffrir pour construire son piège, oui… Mais elle avait résisté, et maintenant… elle pourra… tuer…
Oui… comme l'araignée… Il tissait… son piège… dans la… souffrance…
Sasuke bascula dans un abîme profond. La dernière chose qu'il sentit fut Kimimaro lui dégrafer sa ceinture.
Jamais Sasuke ne découvrit qu'en réalité, c'était lui la mouche dans l'histoire.
