Chapitre quinze : You can't stop me

Lâchant un dernier soupir de bien-être dans son ultime coup de rein, Kakashi se laissa retomber sur son lit, encore haletant. Il posa son bras sur ses yeux le temps de reprendre contenance, le silence du matin uniquement entrecoupés des souffles rauques des deux corps fatigués.

- Waou… s'éleva alors une voix émerveillée. C'est quand la dernière fois qu'on s'était vu, dis-moi ? On avait dix-neuf ans, c'est ça ?

L'écrivain se retint de justesse de soupirer d'ennui. Parler signifiait le ramener à la réalité. Le ramener à la réalité signifiait le replonger dans la tourmente.
Voyant qu'aucune réponse ne venait, la femme se leva alors du matelas avant de réarranger ses cheveux, son regard sondant le sol à la recherche des vêtements éparpillés.

- Ne t'inquiète pas, Kakashi. Je ne suis pas de celles et ceux qui se font des illusions. Je sais que tu ne peux me donner autre chose que du plaisir… soit dit en passant, c'est déjà excellent. Merci pour ça.

Tout en prononçant ces quelques mots, sachant à quoi s'attendre, Anko enfila tranquillement ses habits sans un regard pour l'homme dans son dos. Ce dernier garda plusieurs secondes son bras sur ses yeux, respirant lentement, se refusant ne serait-ce qu'à réfléchir à ce qu'il venait de faire.

- Quelle heure est-il ? demanda-t-il d'une voix monocorde.
- … Sept heures trente. Tu as un autre coup à voir, c'est ça ?

La femme partit dans un petit rire qui sonnât faux, mais Kakashi n'en avait cure de ce qu'elle pouvait penser.
Il se redressa lentement du lit et se débarrassa du préservatif qui lui gainait encore sexe, le tirant délicatement afin de ne pas tacher ses draps. Ignorant la femme qui se rhabillait, il se mit sur pieds avant d'enfiler lui-même un sous-vêtement.

- Tu étais moins froid à l'époque, soupira Anko en réajustant sa chemise. Au moins, tu embrassais pendant l'acte. Qu'est-ce qui a changé ?

Beaucoup de choses ont changé.

- Ah ? Je n'ai pas fait attention. Ne le prends pas pour toi. Je suis juste préoccupé.

Pas la peine que cette femme s'inquiète pour lui, non. Il ne manquait plus qu'on le prenne en pitié après tout ça !…
Apparemment satisfaite, Anko fronça néanmoins les sourcils au fil des secondes.

- Où est mon pantalon ?
- … Je crois que je te l'ai enlevé dans l'entrée. Viens.

Les deux amants sortirent de la chambre et traversèrent ensemble le hall à pas lents, jusqu'à ce que…

- Bonjour, Kakashi-san.

L'écrivain sursauta à moitié en tournant son regard vers la salle à manger, découvrant un Sai assit avec un livre, une tasse de thé devant lui. Son pupille lui sourit, comme à son habitude, et tourna les yeux vers la femme à demi-nue qui le suivait.

- Sai ! Tu es déjà réveillé ?
- Bah… soupira le garçon en remuant machinalement son breuvage. C'est physiquement impossible de dormir avec des vagissements provenant de la pièce d'à côté.

Malgré son effarement total, Kakashi n'eut qu'une demi-seconde pour réagir et retenir Anko de se ruer sur son protégé.

- QU'AS-TU DIT ?! beugla-t-elle en cogitant dans les bras robustes de l'écrivain.

Imperturbable, Sai leva à nouveau ses yeux sur elle et détailla ses jambes nues sans aucune gêne.

- Moi, je crois que je l'aurais bâillonnée, vous savez, souffla-t-il après quelques secondes, son sourire toujours croché aux lèvres. Je veux bien que vous soyez un coup divin, Kakashi-san, mais ce n'est pas possible de pousser des cris de porc égorgé pendant une heure et demie comme ça, sérieusement…
- … QUOI ?!

Malgré toute sa bonne volonté, l'écrivain dut faire un effort surhumain pour ne pas éclater de rire. La femme qu'il retenait se débattit de plus belle, ses cheveux en bataille se balançant frénétiquement de gauche à droite.

- LACHE-MOI, KAKASHI ! JE VAIS LE TUER !!

Se complaisant manifestement dans son ingénuité, Sai écarquilla doucement les yeux en contemplant la furie, comme un chercheur étudiant avec sérieux la schizophrénie aiguë dans une population de chèvres épileptiques.

- Eh bien, eh bien… soupira-t-il en donnant ses conclusions. Je ne sais même pas comment vous avez pu la trouver baisable. On dirait une vraie harpie.
- JE VAIS TE…

Ne voulant pas réveiller les voisins plus que de raison, Kakashi plaqua une main contre la bouche d'Anko, jetant un regard qui se voulait sérieux à Sai – bien qu'il fût certain de ne pas être convaincant tant il s'efforçait à ne pas éclater de rire. Après quelques secondes passées à refouler son fou-rire montant, il murmura à l'oreille d'Anko :

- Ne fais pas attention à ce qu'il dit… Il ne sait pas ce que c'est, le tact.

Furibonde, la femme se retourna pour le détailler avec horreur, les yeux écarquillés.

- TU VEUX DIRE QU'IL A RAISON MAIS QU'IL NE SAIT PAS LE DIRE AVEC TACT, C'EST CA ?!

Se rendant compte de sa boulette, l'écrivain pinça les lèvres – maintenant qu'il voyait le visage d'Anko, il voyait très bien ce que sous-entendait Sai avec ses remarques. Il lâcha graduellement la femme et glissa une main dans son dos, un peu mal à l'aise.

- Mais non, Anko, ça n'a rien à voir…
- … Remarquez, s'éleva à nouveau la voix de Sai. Kakashi cache toujours sa main droite quand il ment, c'est marrant.

Faisant immédiatement réapparaître ladite main droite, l'écrivain écarquilla les yeux et tourna son regard sur Sai.
Comment t'as pu remarquer ça, espèce de balance ?!…

- Oups, comme on dit, conclut Sai en inclinant la tête sur le côté, un grand sourire aux lèvres.

A peine quelques secondes plus tard, la porte claqua dans un grand bruit, laissant les deux hommes immobiles l'un en face de l'autre. Aucun d'eux n'avait su faire un seul mouvement pendant qu'Anko s'en allait à grand-pas, vexée jusqu'à l'os.

- J'ai trop parlé, Kakashi-san ?
- Si peu, Sai.
- Ah bon… C'était la vérité, pourtant.
- Tu sauras que dire la vérité aux femmes n'est pas le choix le plus judicieux.
- Je m'en remettrai.
- Cette fois, oui, mais quand tu voudras toi te trouver une femme, je ne suis pas sûr que tu feras des vagues en leur disant tout ce que tu penses.
- Si c'est pour conserver mes tympans intacts, je prends le risque.

L'écrivain partit dans un petit rire et s'approcha pour ébouriffer avec amusement les cheveux de son pupille.

- T'es un sacré cas, toi, dit-il entre deux rires. Je dois quand même avouer que tu n'avais pas tout à fait tort.
- J'en étais sûr. Je m'entendais même plus penser, c'est pour dire.

Kakashi rit une dernière fois et s'installa face à l'autre, lui demandant si tout s'était bien passé le jour précédent.

- Oui, oui, très bien. J'ai passé la majeure partie de la nuit à peindre.
- Tiens, en parlant de peindre… se souvint alors l'écrivain. Un ami à moi aurait besoin de tes talents de dessinateur. Tu serais d'accord de le rencontrer ?

Soufflant doucement sur son thé, Sai haussa les épaules.

- Bien, continua Kakashi en se levant. Je vous arrangerai une rencontre bientôt. Cependant, pour le moment, j'ai une affaire importante à traiter, je vais devoir sortir…

L'écrivain se mordit l'intérieur de la joue en soutenant le regard toujours aussi vide de Sai. Il était censé être son tuteur, lui apprendre à vivre correctement en société, et pourtant il n'était quasiment jamais présent pour lui… Il soupira gravement en se grattant la nuque.

- Je suis désolé de ne pas être aussi présent pour toi que je l'aurais souhaité, Sai.
- Ne vous en faites pas pour ça. Vous savez que j'aime rester seul. Je vous trouve bien assez présent à mon goût.

Evidemment que je suis assez présent pour toi à ton goût vu que tu as toujours été seul, pensa l'écrivain, un peu amer. Néanmoins, même si Sasuke n'était plus sous sa tutelle, il en restait responsable selon lui. Il fallait qu'il l'aide. Sasuke était seul et ne savait pas où il allait. Kakashi si. Et il savait qu'il devait l'arrêter à tout prix avant que…
Stop. L'écrivain stoppa le fil de ses pensées. Il ne voulait à tout prix pas imaginer ce qui pouvait arriver à l'autre. Tout ce qui comptait était qu'il arrive à l'arrêter… point.
Sortant de la salle à manger, Kakashi retourna dans sa chambre pour passer des vêtements convenables. Dans le même mouvement, il trouva préférable d'aérer sa chambre – ce n'était décidemment pas une odeur décente. Et alors qu'il enfilait son pull, son regard se perdit sur ses draps, et pendant une demi-seconde, il revit Iruka enroulé dedans, le visage baigné de larmes, le suppliant de ne pas le quitter.
Tss… Le quitter. Comme s'ils avaient été plus qu'amant ne serait-ce qu'un seul jour. Il avait été faible, il s'était complètement laissé aller et n'avait pas pensé une seule seconde que le professeur puisse tomber amoureux de lui. Il avait été clair… Les sentiments le faisaient fuir… Bon sang, pourquoi Iruka n'avait-il pas compris ? Maintenant, il devait souffrir atrocement par sa faute…
Kakashi soupira gravement en passant deux mains dans ses cheveux argent. Oui, Iruka souffrait certainement… mais c'en n'était que mieux ainsi. Dans quelque temps, le professeur fera une merveilleuse rencontre qui finira de le purger de toutes ces années de promiscuité intime avec lui. Avec cette rencontre, Iruka le traiterait de salaud, de crevure, de bâtard, il pleurerait encore un bon coup pour lui, puis l'amour sera définitivement transmuté en haine.
Et tout serait parfait.
Après quelques minutes, l'écrivain refit son apparition dans la salle à manger, rien d'autre de visible sur son visage que son éternel masque impassible. Sai lui sourit, de ce même sourire vide qu'il arborait constamment, et lui demanda s'il en avait pour longtemps avec son rendez-vous de la matinée.

- Tout dépend si je trouve la personne que je dois rencontrer ou pas, murmura l'autre en enfilant son long manteau noir. Mais j'espère être rentré pour le début de l'après-midi au maximum.

Souriant toujours, Sai hocha sobrement la tête en lui souhaitant une bonne journée. L'écrivain répondit la même chose et sortit de son appartement, ses inquiétudes à propos de Sasuke toujours présentes.
Allait-il vraiment le trouver ? Il l'espérait… Sasuke partait droit dans le mur avec ses conneries. Il fallait qu'il le stoppe, qu'il le raisonne à tout prix, pensa-t-il en amorçant sa descente dans les escaliers. Sinon, il ne se le pardonnerait jamais.
Déjà un membre de la famille Uchiwa était mort par sa faute.

XXXXX

Le noiraud ouvrit les yeux. Tout était flou autour de lui, il ne distinguait rien, ne reconnaissait rien. Etait-il chez lui ? Non… Pas du tout. Ces poutres de bois aux plafonds… La ferme… La ferme délabrée aux alentours de Konoha…

- Enfin réveillé, Sasuke ? susurra une voix à ses côtés. Dans quatre heures, nous partons chez Orochimaru-sama. Je dois aller livrer deux ou trois choses à Konoha même, je n'en aurai pas pour longtemps. Tiens, chose promise, chose due.

Dans un bruit sourd, on posa quelque chose sur la petite table basse. Sasuke tourna la tête, sa nuque engourdie au possible. Il rencontra un instant les deux yeux émeraude de son vis-à-vis.
Et tout lui revint en tête instantanément.

- Tu peux utiliser la douche si tu le désires, continua son interlocuteur en enfilant une jaquette décousue de toute part. Oh… J'avais failli oublier.

Il sourit un instant avant de sortir du champ de vision du brun. Lorsqu'il réapparut quelques secondes plus tard, une nouvelle perle ornait ses cheveux couleur de neige.
Il savait ce que cela signifiait.
Ces perles représentent le nombre de femmes ou d'hommes que je me suis tapés depuis le début de la semaine.
Kimimaro sortit alors de la pièce, laissant l'autre sur le divan, sur le dos. Nu.
Le noiraud fixa un long moment les poutres du plafond. Il se sentait tellement sale qu'il lui semblait que cette immondice l'empêchait tout mouvement, qu'elle finirait par l'étouffer et qu'il en crèverait. Cependant, tout ceci était sans compter ses tremblements.
Il écarquilla les yeux. Vingt-quatre heures… cela faisait plus de vingt-quatre heures qu'il n'en avait pas pris. Vite… Il a trimé pour ses doses, il les mérite, il…
Sasuke serra brusquement les dents au moment où il s'était redressé sur le divan. Ses reins lui lançaient atrocement. Tout était vrai, alors. Il avait vraiment pris ce GHB. Et l'autre avait vraiment abusé de son corps endormi. Sa dose… vite… Qu'il oublie tout ça…
S'asseyant avec délicatesse sur le canapé miteux, Sasuke pris un petit carré d'aluminium finement plié entre ses doigts. Un sourire naquit sur ses traits. Enfin… Peu importe ce qu'il avait dû faire pour l'obtenir… Maintenant, sa poudre était là, juste dans le creux de sa paume…
L'excitation lui vrillant les membres, le noiraud laissa le fin tas de poudre glisser sur la table basse. Il le rassembla tant bien que mal et prit le premier flyer qui lui tombait sous la main pour la rouler en une fine paille. L'insérant dans une narine, il se pencha un peu plus contre le meuble.
Et se libéra.

XXXXX

- Où est Crow ?
- Pein-sama… Crow ne devrait plus tarder, il…
- OU EST CROW ?!

La femme prit peur devant la voix forte de son chef. Il perdait contenance, non, ce n'était pas bon signe du tout… La nouvelle du massacre du patron du Anbu était rapidement parvenue à ses oreilles. Quelle idée d'avoir engendré un tel carnage ! Ils n'étaient pas des bêtes ! Ils étaient là pour prendre le pouvoir, pas pour instaurer une terreur !…

- OU EST-IL ?!
- … Je suis là.

L'homme qui venait de faire son entrée dans la pièce sembla suspendre le temps autour de lui. La beauté sauvage de ses traits froids dégageait un puissant halo de sensualité et de dangerosité à la fois.

- Vous avez demandé à me voir ? demanda-t-il sobrement.

Le timbre de sa voix ténébreuse résonna encore plusieurs secondes dans la pièce. Ses deux onyx insondables semblaient plutôt dire « Tant qu'à m'avoir dérangé, j'espère que c'est pour une bonne raison ». Le chef se redressa de toute sa hauteur, toisant son vis-à-vis avec mépris.

- Tu oses venir me voir comme s'il s'agissait d'une visite de courtoisie ? lança-t-il d'une voix glaciale. Tu as vu le carnage que tu as engendré dans le Anbu ?
- Sauf votre respect… commença l'autre d'une voix où l'ironie se lisait aisément. C'est vous qui m'avez autorisé à disposer des subalternes afin de…
- Ne parle pas comme si tu étais mon égal, Crow ! Tu ne vaux pas plus cher qu'eux, tu m'entends ?!

Le nommé Crow ne cilla pas une seconde devant le regard furieux de l'autre. Il ne semblait même pas atteint par la colère de son vis-à-vis, comme si son puissant aura le rendait hermétique et totalement intouchable.

- Tu sais pertinemment que Priest ne doit être appelé uniquement pour le nettoyage d'une scène, c'est tout ! Pourquoi n'as-tu pas demandé à Mushroom plutôt ?… D'ailleurs, ce surnom est ridicule.
- C'est en référence au champignon nucléaire qui se forme au-dessus des grandes explosions, l'informa l'homme aux cheveux corbeau comme s'il s'agissait de l'évidence même. D'ailleurs, à part tout faire sauter pour que cela soit, je cite, artistique, il ne m'aurait servi à rien. En plus, il est sur un autre coup avec moi.
- Hn… Et Shark ?
- Je n'aime pas les méthodes de Shark.

Un petit rire mauvais emplit l'air.

- Ta prétention est sans limites. Alors dis-moi… Quelles sont tes méthodes à toi ? Celles de toujours t'arranger pour ne jamais devoir tuer ? Tu es le seul de la famille à ne pas avoir de sang sur les mains. Ne crois pas que je ne l'ai pas remarqué.

Devant lui, l'homme au regard onyx ne cilla pas.

- Que cherches-tu à faire, Crow ? continua Pein en plissant les yeux. Je te préviens. Ne t'avise pas d'essayer de me doubler ou de me trahir. Je t'ai accueilli dans la famille quand tu n'avais plus personne, quand tu vivais comme une âme errante dans la rue. Ne l'oublie jamais.

Je t'en prie, Pein. Comme si un type comme toi était du genre à se prendre de pitié pour le gamin que j'étais. C'est simplement que les rumeurs de mon double meurtre commis de sang-froid te sont rapidement parvenues aux oreilles. Je ne tuerai plus jamais, quoi que tu penses.

- Tu sais quoi, Crow ? Je crois que tu as besoin de descendre du piédestal sur lequel tu t'es hissé tout seul. On a un nouveau membre dans la famille. Et c'est toi qui va t'en occuper.
- J'ai la gueule d'un baby-sitter ? siffla l'autre d'un ton monocorde.
- Non, mais t'as la gueule d'un type qui doit être remis à sa place. Entre… Tobi.

Agacé au possible mais ne le montrant pas, Crow tourna les yeux vers la porte qui se mettait à s'ouvrir sans un bruit. L'homme qui fit son entrée était vêtu tout de cuir, un cuir sombre, tout aussi sombre que ses cheveux noirs de jais.
Pour la première fois depuis des années, une peur sans nom s'empara des entrailles de l'impassible Crow.

- Le maître a appelé, Tobi est arrivé sur-le-champ, déclara le nouvel arrivant d'une voix enfantine.

Paralysé, Crow ne put détourner son regard des deux onyx de Tobi.

- C'est bien, Tobi, déclara sobrement Pein. Je te présente Crow, celui qui guidera tes premiers pas dans la famille.
- Oh ? s'étonna l'homme. Itachi-sempai s'appelle Crow ?
- … Vous vous connaissez ?

Un silence de mort s'abattit sur leurs têtes.

- Eh bien… Je vais vous laisser renouer le contact. Avec les conneries engendrées par ton carnage, Crow, j'ai des ficelles à tirer. Orchid, suis-moi.

Dans un pas fluide et fier, Pein se retira alors talonné par la femme, laissant les deux hommes aux cheveux corbeau dans la pièce. Leurs regards onyx soutenaient celui de l'autre, pourtant, c'était des émotions totalement opposées qui les animaient. Après quelques secondes, Tobi s'approcha de son vis-à-vis, un sourire béant aux lèvres. Crow serra les poings en haussant le menton alors qu'une goutte de sueur lui traversait le dos.

- Itachi-sempai ! Tobi apprendra tout ce que…

Avec une violence inouïe, Itachi empoigna son vis-à-vis par le col de sa veste et le plaqua contre le mur. Ses yeux d'habitude ne reflétant aucune émotion semblait à ce moment vouloir foudroyer l'autre sur place.

- Espèce d'ordure… chuchota-t-il entre ses dents, la voix empreinte d'une profonde aversion. A quoi tu joues ?
- M… Mais… Tobi est un bon garçon, il…
- Arrête de me prendre pour un con, enculé !

Alors, très progressivement, le regard de Tobi changea du tout au tout alors qu'un rictus pervers se formait sur ses lèvres.

- Mon petit Itachi… Quand je regardais les vidéos que ton père faisait de vos ébats, c'était pourtant toi l'enculé dans l'histoire.

XXXXX

7h45. Voilà bien la première fois qu'il arrivait en avance en cours, pensa l'écrivain en réajustant son manteau sur sa montre. Les cours commençaient dans une demi-heure, Sasuke ne devrait plus tarder, à présent.
Faisant les cent pas devant l'université de son ancien pupille, Kakashi se perdit à nouveau dans ses pensées, les membres lourds. Cela faisait bien trop longtemps qu'il n'avait pas dormi convenablement, si on oubliait la demi-torpeur dans laquelle il avait été plongé vingt-quatre heures auparavant à cause de cette hypothermie. Puis le soir, cette révélation à propos de Sasuke. Puis Iruka. Puis le meurtre d'Asuma. Puis Iruka encore…
Il soupira gravement en fermant un instant les yeux. Les événements s'enchaînaient bien trop vite et sa carapace forgée au cours des années commençait à s'en ressentir. Cela devait bien faire au moins dix ans qu'il n'avait plus pensé au petit paquet scotché sous son piano… et pourtant hier, ce petit paquet l'avait appelé avec autant d'insistance qu'autrefois…
Il leva ses yeux au ciel et soupira à nouveau. Obito… Si seulement tu étais encore à mes côtés… Je suis perdu, tout va tellement vite autour de moi… Que dois-je faire ?
Aux alentours de huit heures, les étudiants commencèrent à affluer en direction de l'entrée. Chassant ses pensées, l'écrivain les détaillait l'un après l'autre – ce n'était pas le moment de déprimer, non. Plus tard, peut-être. Mais pas maintenant.
Certaines jeunes filles autour de lui gloussaient et rougissaient à son approche alors qu'il continuait de marcher de long et large, mais qu'importe. Il avait déjà eu sa dose de ce côté-là. A présent, il devait rester connecté à la réalité, pour Sasuke… si seulement il arrivait à le trouver.

- Vous êtes Kakashi Hatake ?

Le nommé se tourna lentement. Devant lui se tenait un jeune homme aux cheveux bruns, un pull large lui recouvrant en partie le visage. Il ne put rencontrer ses yeux puisque ce garçon portait des lunettes à soleil rondes, bien qu'il ne fit pas un soleil excessif, pensa l'écrivain.

- C'est bien moi, répondit-il sobrement. En quoi puis-je t'aider ?
- Excusez-moi de vous déranger, je m'appelle Shino Aburame, l'informa son interlocuteur en s'inclinant poliment. Vous cherchez Sasuke ?

Hochant doucement la tête, Kakashi continua :

- Effectivement. Tu sais où je peux le trouver ?
- Justement, c'est ça qui est étrange. Sasuke n'a jamais manqué un seul cours depuis le début de l'année, mais là, ça fait depuis le début de la semaine qu'il n'a pas fait son apparition, même pendant l'examen blanc. J'ai essayé de l'appeler pour savoir s'il voulait que je lui apporte mes notes de cours, mais je n'arrive pas à le joindre non plus. J'espérais que vous pourriez me renseigner.

Le regard alerte, Kakashi se mordit imperceptiblement l'intérieur de la joue. Il fixa un moment son vis-à-vis avant de lui répondre d'une voix la plus détachée possible :

- Non, je n'en sais pas plus que toi. J'espérais justement le trouver ici.
- Normalement, il fume toujours une cigarette exactement là où vous vous trouvez, puis rentre aux alentours de huit heures cinq pour être sûr d'avoir une bonne place devant. Mais comme vous le voyez, il est déjà huit heures dix et il n'est toujours pas là.

L'écrivain sentit une étouffante angoisse s'emparer de lui, mais il n'en montra rien. S'inclinant à nouveau, l'autre continua :

- D'ailleurs, je vais devoir vous laisser, mon cours va bientôt commencer. Si vous retrouvez Sasuke, pourriez-vous lui dire qu'il devrait me contacter au plus vite pour les notes de cours ?
- Oui, oui, bien sûr. Bonne journée… et merci.

Shino s'éloigna alors, sacoche sous le bras.
Les muscles tendus à leur paroxysme, Kakashi ne bougea pas pendant une dizaine de minutes, le regard perdu dans le vide.
Sasuke, bon sang… Où es-tu ?!

XXXXX

Sortant de la douche – tellement crasseuse qu'on se croirait encore plus sale en sortant qu'en entrant –, Sasuke se laissa sécher à l'air libre, une énergie nouvelle et inépuisable née au creux de son corps. Rien ne l'atteignait plus, non. Il était beau. Il était fort. Il était puissant.
Revenant dans le séjour, il attrapa fluidement ses affaires et commença à les enfiler une à une. Quelle heure était-il ? Huit heures ? Neuf heures ? Dix heures, peut-être ? Ou encore plus tard ? Qu'est-ce qu'il en avait à foutre ? Même le temps n'était pas aussi fort que lui, c'est lui qui décidait de l'heure qu'il était. Il contrôle tout. Il est le maître du monde, le maître que daignera – peut-être – rencontrer cet Orochimaru-truc tout à l'heure. Ce n'était pas lui qui se soumettait, non. Il allait faire l'honneur à l'autre de sa présence. Nuance.
Vêtements enfilés – à l'envers pour la plupart –, le noiraud rangea le reste des carrés d'aluminium dans une fausse couture à l'intérieur de son pull large. Manquait plus que l'autre essaie de les lui prendre encore une fois, non mais… Et de le prendre, aussi ! C'est lui qui avait décidé de boire la fiole d'ecstasy liquide pour que l'autre prenne son pied sur son corps. Evidemment, erk… Comme s'il avait eu la moindre envie que l'autre le touche en pleine conscience de ses actes ! Mais bon, au moins, maintenant, il avait ses doses. Maintenant, il était fort. Assez fort pour tuer Itachi dès qu'il aurait ressemblé suffisamment d'informations pour le trouver.
Le reste n'avait aucune importance.

XXXXX

- Puis, on assiste à une décalcification des cellules afin de…
- Neji ? Hey ! Neji !

Le bassiste redressa brusquement la tête de la table, faisant sursauter son interlocuteur.

- T'es sûr que ça va ? continua ce dernier. T'as vraiment une sale gueule.
- Ecrase, Kiba… Je suis fatigué, c'est tout.

Le brun secoua doucement la tête en relevant les yeux, jouant de son stylo comme s'il eut été agi d'une baguette de batterie. Peinant à garder les yeux ouverts, Neji se frotta le visage d'une main.

- Faut dormir la nuit, continua Kiba avec un sourire en coin. C'est pas le bon plan d'inviter ta copine à venir chez toi pour…
- Ta gueule. J'ai plus de copine, alors lâche-moi.

Le garçon aux cheveux bruns écarquilla doucement les yeux.

- Oh merde, je suis désolé, Neji… Elle t'a…
- MAIS FERME-LA !
- Shh ! lancèrent plusieurs voix furieuses autour d'eux.

Le bassiste soupira gravement en s'appuyant sur ses bras contre la table, yeux clos. Repenser à sa soirée d'hier soir était vraiment le sujet dont il n'avait pas envie d'aborder. Du tout, même. Se souvenir à quel point il avait eu le cœur déchiré lorsqu'il avait mis Shikamaru à la porte, les larmes qu'ils n'avaient pu empêcher en tombant au sol, son ex le suppliant de réfléchir de l'autre côté de la porte… mais non. C'était trop tard. C'était fini. Il en avait marre de se faire prendre pour un con.
Mais ça ne l'avait pas empêché de faire une nouvelle insomnie toute la nuit.

- Hey, Kyo ! T'as entendu ? Y'a eu un assassinat pendant la nuit !
- Hein ? Comment ça, Yume ?
- Ouais, je te jure ! Ma tante qui habite près du Anbu a vu plein de voitures de flics devant, et il paraît que quelqu'un s'est fait assassiner dans le bar !

Bien trop loin dans son demi-sommeil pour s'intéresser aux conversations de ses camarades, Neji sentit néanmoins son batteur s'intriguer à ses côtés.

- C'est quoi cette histoire ? demanda Kiba en s'appuyant contre la table pour se rapprocher de son interlocuteur, un banc devant lui dans l'auditoire. Qui s'est fait tué ?
- On sait pas du tout, répondit une fille un peu plus loin. Il paraît que Takeshi, l'écrivain, était sur place et qu'il est le seul à avoir vu le corps avec une certaine Sakura, je crois.
- Hey ! T'entends ça, Neji ? demanda le brun en donnant un coup de coude au bassiste pour le secouer. Takeshi, c'est pas le nom de plume de ton ancien psy ?

Fronçant les sourcils, Neji s'éloigna de l'autre en grognant :

- Hn… Ouais… Il s'appelle Kakashi Hatake… Pis j'm'en fous, j'ai sommeil, laisse-moi tranquille…
- Mais tu te rends pas compte ! Sakura a vu le corps ! Tu crois que c'est qui toi ?
- … T'es chiant, Kiba, lâche-moi. J'en ai franchement rien à branler.

Ne faisant même pas attention à la suite des paroles du batteur, Neji se laissa rapidement glisser dans le pays des songes, bien trop exténué pour s'intéresser à quoi que ce fût d'autre.

XXXXX

Un coup d'une violence rare atteignit le visage de Tobi, faisant basculer sa tête sur le côté. Une fine traînée de sang vint orner le mur immaculé derrière lui. A nouveau, Crow lui empoigna le col de la veste à pleines mains, le surélevant de quelques centimètres du sol.

- Donne-moi une seule bonne raison de ne pas te buter, lança Crow de sa voix profonde sans quitter son vis-à-vis de ses onyx froids.

Le sourire narquois sur les lèvres de Tobi s'accentua encore alors qu'il inspira profondément.

- Hmm… Ton odeur est toujours aussi enivrante… murmura-t-il d'une voix doucereuse. Et puis, tu es vraiment devenu très beau maintenant… Depuis combien de temps est-ce qu'on ne s'est pas vu, déjà ?
- Espèce de vieillard sénile… Je croyais que tu étais mort.
- Moi, mort ? ricana l'autre d'un air mauvais. Non… Je ne mourrai pas avant d'avoir eu ce que j'ai toujours voulu avoir, ce que ton père m'a toujours empêché d'avoir.

Le regard de Crow ne cilla pas.

- Qu'est-ce que tu racontes comme conneries ? T'es encore complètement camé…
- Non… La came, j'en ai fini avec ça depuis longtemps, depuis que je me suis séparé de l'Ecaille, voyons…
- T'aurais dû en crever.
- Ton père était si égoïste… continua Tobi, ignorant complètement les mots de l'autre. Il ne voulait jamais, jamais partager… C'était si frustrant…

Un frisson d'horreur parcouru l'échine d'Itachi sans qu'il ne le laisse transparaître.

- Interpol te recherche déjà pour une trentaine de viols sur mineurs, siffla-t-il, une lueur meurtrière au fond du regard. Je crois qu'il est temps que tu crèves.
- Seulement une trentaine ? répliqua l'autre sur un ton enjoué. Ils ont en oublié une bonne centaine dans le lot ! De toute façon, ce n'est pas important. Celui que je veux est déjà majeur et vacciné….

Alors, dans un mouvement tout à fait naturel, Tobi apposa sa main contre le bas-ventre de son vis-à-vis avant de le serrer délicatement.
Ne jugulant plus sa fureur, Itachi bascula sa tête en arrière avant de venir frapper son front contre celui de l'autre avec violence, ses traits crispés en une expression de haine. Immédiatement plus tard, il lâcha son vis-à-vis et se recula, laissant l'autre, sonné, poser un genou à terre. Un rire guttural envahit l'air.

- Tu es bien farouche, mon petit Itachi… C'est comme ça que tu traites un de tes aînés, dis-moi ?
- N'essaie plus jamais de poser tes mains dégoûtantes sur moi, rétorqua Crow d'une voix glaciale.

Un nouveau rire se fit entendre alors que Tobi se remettait sur pied, ses yeux rieurs détaillant les traits impassibles de son interlocuteur.

- Je me demande bien qui de nous deux a le corps le plus souillé…

Une nouvelle déferlante de rage lui vrillant le corps, Itachi balança violemment son poing contre le visage de l'autre.
Mais cette fois-ci, Tobi para le coup, retenant le poing tremblant dans sa main.

- Ca suffit maintenant, Itachi, souffla-t-il d'un ton ferme. Apprends à respecter les membres de ta famille.
- J'aurais dû te crever avec les deux autres… Dommage pour moi, tu devais être certainement quelque part en train de t'enfiler une seringue dans le bras.
- Ou à m'enfiler un petit garçon qui passait par là, qui sait.

Une moue de profonde aversion vint tordre les traits froids de Crow, faisant terriblement contraste avec le nouveau rire cristallin que lâchait l'autre.

- Tu mériterais de crever dans d'innommables souffrances, espèce de mon…

La gorge d'Itachi se noua brusquement alors que le rire de Tobi s'accentuait.

- Allez, dis-le, Itachi… Traite-moi de monstre comme tu traitais ton père. Tu le hurlais si fort, si fort quand il t'enc…
- Ferme-la.
- Tu peux me frapper tant que tu veux, Itachi… Ce que je sais, c'est que moi, en plantant un poignard dans ces vieilles blessures que tu caches, je saurai te faire encore plus mal que tes minables coups de poing.

Crow se recula de plusieurs pas, son masque glacial reprenant complètement possession de ses traits. L'autre n'avait pas à connaître sa faiblesse encore plus, non. Son vrai point faible n'était pas là. Il s'était déjà laissé aller plus que de raison à sa colère. Il n'allait pas se laisser provoquer de la sorte, peu importe tout ce que l'autre connaissait de lui, de son passé, de ses blessures secrètes.

- Alors ? Tu n'as pas encore un ou deux coups de poing pour moi, Itachi ? J'ai entendu dire que tu étais imperturbable, mais je suppose qu'il suffit de savoir appuyer là où ça fait mal, pas vrai ?

Crow ne répondit rien. Il perdait son temps avec un homme qu'il savait nourri à la souffrance des autres. Il n'allait pas lui donner plus de satisfaction.
Il se détourna de l'autre dans un mouvement fier, prenant la direction de la sortie sans un mot. Un ricanement emplit ses oreilles.

- C'est ça, fuis donc, entendit-il dans son dos. Tu n'as jamais su faire que ça de toute manière. N'empêche que je finis toujours par obtenir ce que je veux, peu importe le temps que cela doit me prendre.
- Tchh… murmura-t-il en posant sa main sur la poignée de la porte. Jamais je ne te laisserai poser tes mains sur moi, alors abandonne tout de suite.
- … Qui a dit que c'était toi que je voulais ?

Profondément agacé, Itachi consentit à répondre sans se retourner :

- C'est toi qui as dit que c'était quelque chose que Fugaku t'avait toujours empêché d'avoir. Je ne vois pas de quoi tu veux parler.
- Tu ne l'appelles pas père ? Je peux comprendre, mais dis-moi, mon petit Itachi…

Riant une fois encore, l'autre lâcha d'une voix ténébreuse :

- Sasuke habite seul maintenant dans notre manoir Uchiwa, pas vrai ?

Tous les muscles de Crow se crispèrent violemment en une fraction de seconde.

- Qu'est-ce qu'il se sentir seul dans cette immense demeure… continua l'autre sur un ton joueur. Je devrais peut-être aller lui tenir compagnie un de ces…
- Ne t'avise pas de toucher à mon petit frère.

Itachi tourna son regard profondément empreint de colère sur l'autre, ses muscles tendus à leur paroxysme dans la perspective que l'on puisse faire du mal à Sasuke.

- Ooh… Comme c'est mignon… Je ne pensais pas vivre assez longtemps pour voir un membre de notre famille devenir sentimental…
- Ne touche pas à Sasuke. C'est mon dernier avertissement.

Dans un pas félin, l'autre s'approcha alors lentement de son vis-à-vis immobile, une lueur moqueuse au visage.

- Et c'est toi qui vas m'en empêcher, mon gentil petit Itachi ?
- Ne me provoque pas.
- Tiens, tiens… Je me demande bien comment tu vas t'y prendre.
- J'userai n'importe quel moyen.
- … N'importe quel moyen ?

Un fin sourire vint s'étirer sur les lèvres de Tobi alors qu'il inclinait légèrement la tête de côté.

- Eh bien, Itachi… Convaincs-moi donc que je n'ai pas besoin d'aller débusquer ton adorable petit frère pour avoir ce que je veux.

Les deux Uchiwa aux traits froids soutinrent pendant plusieurs secondes le regard onyx de l'autre. Le silence se brisa lorsque le bruit d'une ceinture se décrochant se fit entendre. Dans le même mouvement, Itachi abaissa le pantalon de l'autre.
Et s'agenouilla.

XXXXX

Tournant en rond depuis plusieurs heures déjà, Sasuke se sentait comme un lion en cage. Il avait de l'énergie inépuisable dans le corps et il l'usait comme ça ! C'était vraiment du gâchis, mais bon, l'autre ne devrait plus tarder à revenir maintenant. Rhabillé et sac sur l'épaule, il se demandait de quelle meilleure manière il devrait tuer son frère. Un coup de poignard en plein cœur ? Pouah, non, trop salissant et trop voyant. Une bombe ? Non, vraiment trop voyant. Quelque chose de plus rapide, de plus subit, comme… un coup de feu. Oui, c'était ça, une arme à feu… Il fallait absolument qu'il s'en procure une. L'autre Orochimaru pourrait sûrement l'aider en plus de lui donner des infos sur Itachi… Ouais… C'était absolument parfait…
Soudain, la porte d'entrée s'ouvrit dans son grincement habituel, découvrant l'habitant habituel de la ferme. Ce dernier haussa un sourcil en regardant Sasuke, un petit sourire en coin.

- Je vois que ta dose t'a fait du bien. Dépêche, on s'arrache. Attrape.

Sasuke leva tranquillement les mains pour accueillir le sandwich que l'autre lui avait lancé avant de se mettre en route vers la sortie, talonnant l'homme aux cheveux de neige dans sa marche. En arrivant à l'extérieur, il remarqua qu'une voiture les attendait, le moteur tournant dans un ronronnement sourd.

- Monte, lança Kimimaro en ouvrant la portière arrière. On y sera plus vite comme ça.

S'installant sur la banquette, Sasuke ne se posa aucune question. Seule son euphorie grandissante dans la perspective de rencontrer ce fameux Orochimaru subsistait.
Dès que Kimimaro fut installé, la voiture démarra en silence alors qu'une voix féminine s'élevait :

- Alors, c'est lui, le célèbre Sasuke Uchiwa ? lança-t-elle en regardant dans le rétroviseur. Vraiment canon en plus de ça…
- Tais-toi et conduis, Tayuya, lança l'homme aux cheveux blancs, l'air profondément blasé.
- Si la Plume était aussi un Uchiwa, franchement, je ne sais pas pourquoi Orochimaru-sama s'est séparé de lui, continua la femme en tournant son regard sur la route. Si j'avais été lui, je…
- Ne met pas en doute les choix du maître, Tayuya, et ferme-la.

Levant les yeux au ciel, la femme n'ajouta plus un mot, apparemment irritée de l'attitude de l'autre. Ne prenant pas garde, Sasuke déballa son sandwich et se mit à le manger tranquillement, dévisageant l'homme aux cheveux de neige à ses côtés sans vraiment s'en rendre compte.

- Quoi ? lança Kimimaro en tournant ses émeraudes sur lui, agacé.
- Pourquoi Orochi-truc s'est séparé du membre de ma famille ?

Horrifié, Kimimaro écarquilla violemment les yeux en lâchant d'une voix aiguë :

- N'insulte pas le maître ! C'est Orochimaru-sama !
- Ouais, ouais, si tu veux…

Un petit rire féminin s'éleva dans la voiture.

- Je l'aime bien, ce petit, lança Tayuya en regardant à nouveau par le rétroviseur.

L'homme aux cheveux blancs la fusilla du regard avant de regarder à nouveau Sasuke. Ce dernier n'avait pas détourné ses yeux grands ouverts de lui, ses pupilles dilatées à leur paroxysme, mâchant doucement son morceau de pain. Kimimaro soupira avant de répondre :

- Ils n'avaient plus les mêmes priorités, simplement. La Plume était trop… cruel. Il n'avait aucune morale et a fait énormément de choses horribles.
- Comme quoi ? Ca a un rapport avec Kakashi ?
- … Peut-être. Mais ce n'est pas à moi de te raconter ça. La Plume a repris son nom d'origine et s'est enfui de Konoha. On ne sait pas où il se cache maintenant.
- C'est quoi, son vrai nom ?
- … Madara Uchiwa.

Sasuke fouina un instant dans sa mémoire en cessant de mastiquer. Madara… Madara…

- Nan, ça m'dit rien, lança-t-il après plusieurs secondes. Autant j'avais déjà entendu parler d'Obito que lui, ça…
- Ne prononce plus jamais ce prénom devant moi.

Kimimaro s'était violemment raidi à l'entente de ces quelques syllabes, une lueur mauvaise dans le regard. Devant lui, le noiraud haussa nonchalamment les épaules et reprit un nouveau morceau de sandwich avant de demander :

- Puis quoi ? Il a fait quoi après ?
- Orochimaru-sama ? Il s'est intégré dans la mafia locale. C'est d'ailleurs là qu'il a fait la connaissance de ton grand frère. Il n'avait pas assez d'argent pour continuer son petit trafic sans quelques revenus derrière, mais quelques années plus tard, quand le parrain – qui se fait appeler Pein – a appris que c'était lui qui était derrière toutes les affaires de drogue, Orochimaru-sama est parti et a fait bande à part.

Un grand sourire fier s'imprima sur les traits de l'homme aux cheveux de neige alors qu'il poursuivait :

- Depuis ce jour, Orochimaru-sama contrôle le cartel de la drogue. N'importe quelle substance illicite à Konoha a d'abord transité par lui, d'une manière ou d'une autre. On peut dire que la mafia et lui sont d'égal pouvoir à Konoha maintenant… et rien ne sert de dire qu'ils se détestent cordialement.

Sasuke hocha doucement la tête, enfournant la dernière bouchée de pain en s'affalant contre le siège. Oui… S'allier à cet Orochimaru était décidément le mieux qu'il ait fait dans son désir de vengeance. Cet homme avait travaillé assez longtemps pour ce Pein pour connaître toutes les ficelles, toutes les techniques et les planques qu'ils utilisaient… Parfait… Il allait très vite connaître tout ce dont il avait besoin pour retrouver son frère…

- On y sera quand ? demanda-t-il d'une voix lasse malgré son impatience.
- Peu de temps, Sasuke, peu de temps, répondit Tayuya dans un sourire. J'espère que tu es préparé, car tu me sembles déterminé à ce qu'il t'apprenne pleins de choses… Je me trompe ?
- … Je vois pas en quoi ça te regarde.

Un nouveau petit rire emplit l'air pendant que Sasuke fronçait les sourcils. Il tourna ses onyx sur Kimimaro et lui demanda :

- Qu'est-ce qu'elle veut dire par « J'espère que tu es préparé » ?
- … Ne pense pas que tu as été choisi au hasard, Sasuke. Et il n'y a pas que ça. Orochimaru-sama part d'un principe très simple que moi aussi j'applique.
- Lequel ?
- … « Tout se paie ».

Le noiraud se raidit brusquement, se disant qu'il n'avait pas vraiment envie de savoir exactement ce que son interlocuteur voulait dire par là. Ouvrant sa jaquette orange, il fouina un instant à l'intérieur de son pull avant d'en sortir une nouvelle dose qu'il étala délicatement en une fine ligne le long de sa main. Il n'avait pas envie de réfléchir, non… Juste envie de se rendre plus fort, encore et encore… Ce que l'autre lui demanderait en échange ? Rien à foutre… Rien ne comptait à part ce tas de poudre qui s'insinuait en ce moment même dans ses sinus, qui le libérait pour un temps, le rendait plus puissant, bien plus que son frère ne le serait jamais… Toutes ces conneries que Kakashi lui avait balancées durant toutes ces années sur la canalisation de sa colère en autre chose, quelque chose comme la musique par exemple… Tout ça n'avait été que foutaise. Sa haine était toujours bien présente. Et dès qu'il rencontrera cet Orochimaru, il pourra enfin devenir assez fort pour la canaliser. Définitivement.
D'une balle dans la tête de son grand frère.

XXXXX

- Neji… Neji, réveille-toi…

Le noiraud ouvrit doucement les yeux et papillonna un instant, peinant à remettre ce qu'il voyait dans leur contexte exact. Il était encore dans son auditoire ? Il était vide, pourtant… Qu'est-ce que… ?

- Neji ? Il est midi et demi, tes cours sont finis depuis un bout de temps… Tu veux que je te ramène chez toi ?

Le bassiste fronça brusquement les sourcils en reconnaissant la voix. Il leva ses grands yeux clairs sur l'autre et lança d'un air glacial :

- Je t'ai déjà dit de ne plus m'approcher, Shikamaru.

Ce dernier soupira bruyamment, mains dans les poches. Derrière ses yeux endormis se lisait aisément une tristesse amère.

- S'il te plaît, Neji… Notre histoire ne peut pas se terminer comme ça…
- Eh bien si, vois-tu, répliqua l'autre d'un air cinglant en se mettant sur pied. Tu ferais mieux de…
- Je t'aime, Neji.

Le noiraud se crispa brusquement avant de se mettre en marche, descendant les marches de l'auditoire d'un pas rapide.

- Ne me fuis pas ! dit l'autre d'une voix forte sans bouger de son emplacement. Ne me fuis pas, s'il te plaît ! J'ai besoin de toi ! Aujourd'hui plus que jamais ! Neji ! Ecoute-moi !

Tremblant, le bassiste ne se retourna pas et continua son avancée vers la sortie. Vite… Vite… Il ne voulait vraiment pas entendre ça, non, pas maintenant…

- Mon parrain est mort pendant la nuit ! lança alors Shikamaru d'une voix déchirante.

Neji se figea brusquement, arrêtant ses pas. Son… parrain ? Voulait-il parler… d'Asuma ?

- C'est lui qui s'est fait assassiner au Anbu hier soir ! continua son ex, la voix pleine de sanglots. Ne me laisse pas maintenant, Neji !

Non, non, non… Il ne supportait pas de regarder Shikamaru pleurer, non, lui qui savait toujours garder le contrôle de lui-même, comme si rien ne pouvait l'atteindre… Mais… Asuma… Son parrain comptait énormément pour lui, il le savait bien… Merde…
Merde…

- Neji… S'il te plaît… Réfléchis… Je t'aime et je sais que tu m'aimes aussi… Donne-nous une chance… Juste encore une chance…

Le noiraud serra les poings en déglutissant. Que devait-il faire ? Partir ? Rester ? Avancer ? Stagner ? Que faire ?... Il sentait sa volonté s'échapper au fur et à mesure que des sanglots de l'autre lui parvenaient aux oreilles… Il n'y avait… qu'une seule et unique chose à faire…

- Shikamaru…

Ne regardant toujours pas son vis-à-vis encore en plein dans l'auditoire, Neji prit une profonde inspiration avant de conclure :

- Je ne peux plus être celui que tu veux que je sois. Je ne peux pas être celui qui te consolera. Nous n'avons plus rien à nous dire, Shikamaru.

Le bassiste sentit les larmes lui monter aux yeux, mais il savait que c'était le mieux qu'il avait à faire. Il devait avancer, maintenant. Il était trop tard pour regretter ses choix.
Ouvrant la porte de l'auditoire, il termina d'une petite voix :

- Je suis désolé. Prends soin de toi, Ka-koi.

Il ferma la porte derrière lui et se mit à courir à travers les couloirs de l'université, comme pour empêcher la souffrance et le passé de le rattraper.

XXXXX

De plus en plus sur les nerfs, Kakashi sortit finalement de l'université de son ancien pupille. Il avait beau avoir fait le tour de tous les auditoires, demandé aux professeurs, à certains collègues de cours, il n'avait rien pu découvrir au sujet de Sasuke. Tout ce qu'il avait pu récolter, c'était des propositions de rejoindre telle ou telle personne dans les vestiaires de la salle de sport. Autrement dit, rien d'important du tout dans l'immédiat. Et pour que Kakashi Hatake pense ça, la situation devait vraiment être devenue critique.
En désespoir de cause, lorsque la vieille église sonna midi et demi, l'écrivain prit son téléphone portable en main et composa le numéro de Sasuke. Quelques secondes plus tard, une voix féminine s'éleva :
« Ce numéro n'est pas atteignable pour le moment. Veuillez réessayer plus tard. »

L'homme soupira gravement en rangeant l'appareil dans sa poche. Mais où est-ce que l'autre était passé, bon sang ?! S'était-il laissé happé par Orochimaru et sa clique ?...
Un violent frisson d'effroi lui vrilla l'échine en repensant à celui qu'on appelait jadis l'Ecaille. Il ferma les yeux et se força à chasser les souvenirs qui semblaient vouloir ressurgir à un moment fort inopportun. Non… Ce n'était pas le moment du tout. Il fallait juste espérer… que Sasuke ne s'était pas frotté à eux, même si la chose paraissait quasiment inconcevable puisque le trafic de drogue était entièrement contrôlé par cet homme depuis plusieurs années déjà. Rien à voir avec la vieille époque quand tout venait de-ci de-là, non… Comment aurait-il fait, lui, sans l'argent de son vieux père ? Comment aurait-il fait si son ancien colocataire, Yamato, ne l'avait pas refourgué durant toutes ces années ? Aurait-il dû vendre son corps, comme le faisaient pleins d'autres autour de lui quand il était adolescent ?
Kakashi secoua la tête. Etait-ce vraiment le moment de repenser à tout ça ? Non, certainement pas. Il se refusait à céder à la panique. Peut-être Sasuke était-il simplement malade… Oui… Il était chez lui, en train de se soigner ! Quel imbécile ! Pourquoi n'y avait-il pas pensé plus tôt ?
Confiant, l'homme aux cheveux d'argent laissa un petit sourire naître sur ses traits avant de réajuster le col de son manteau. Aller au manoir Uchiwa était sa prochaine destination. Il était persuadé d'y retrouver Sasuke.
L'autre alternative n'était tout simplement pas concevable. Au manoir, il trouvera Sasuke et tout irait pour le mieux.

XXXXX

- Mon brave Itachi… Je savais que je trouverais moyen que tu te soumettes enfin.

Sourire aux lèvres, Tobi glissa doucement ses doigts dans la chevelure ébène du plus jeune Uchiwa agenouillé face à lui. Ce dernier réprima le frisson d'horreur qui lui traversait le dos au contact, fermant complètement son visage alors qu'il libérait lentement le membre de l'autre de sa prison textile. Le seul… et unique moyen qu'il avait de protéger Sasuke de loin, comme il l'avait toujours fait… Il n'avait pas d'autre choix et était déterminé…
Cependant, une inquiétude sous-jacente était née au creux de lui. Il fallait absolument qu'il s'en assure, qu'il l'avertisse… Que se passerait-il si des acolytes de l'autre décidaient de faire irruption chez lui ?
La vieille église au-dehors sonna midi et demi. Oui, c'était décidé… Dès qu'il aurait terminé ce qu'il avait à faire avec Tobi, il passerait chez lui, dans son manoir, comme il y était retourné quelques jours auparavant pour retrouver son violon et qu'il avait dû fuir lorsque Sasuke était arrivé… L'heure de la confrontation n'est pas encore venue, petit frère, mais elle arrivera… Elle arrivera bientôt…

- Bah alors, Itachi ? Tu tiens vraiment à ce que j'aille trouver ton petit frère pour me contenter ou tu vas de dépêcher un peu d'étancher ma soif ?

Les yeux d'Itachi se plissèrent alors, les lèvres à quelques centimètres du membre. Il leva lentement ses onyx sur l'autre et passa alors un furtif coup de langue sur le sexe dressé, la petite boule métallique de son piercing venant exciter la peau sensible.

- Ne t'inquiète donc pas, très cher Madara, susurra-t-il en glissant deux doigts dans sa chaussure. Je vais m'assurer que tu ne toucheras jamais mon petit frère, et que tu ne puisses plus jamais faire de mal à qui que ce soit d'ailleurs…
- Qu… Quoi ?

Madara eut à peine le temps de voir l'éclat de la lame que venait de sortir Itachi de sa chaussure. Un sourire béant aux lèvres, ce dernier planta alors le couteau entre les bourses et le membre tendu, détournant le visage devant la gerbe de sang qui failli l'atteindre. Ne prenant même pas garde au cri déchirant que l'autre lâchait, Itachi dégagea à nouveau la lame et la planta plus haut avant de se mettre sur pied en vitesse en s'éloignant à grandes enjambées. L'autre tombait sur le côté, son cri emplissant la pièce, mais Itachi ne se retourna plus. Seul son sourire subsistait dans la perspective qu'il venait peut-être de sauver l'innocence de plusieurs futures victimes.
Sortant de la pièce, courrant toujours, Itachi attrapa son manteau à la volée et se dirigea rapidement vers l'extérieur. Son manoir, voilà où il devait se rendre pour le moment, et pour le carnage laissé dans le bureau, eh bien… il s'en foutait complètement. Seul l'euphorie de ce qu'il venait d'accomplir pour le moment comptait. Et quand il retrouvera son petit frère chez lui dans quelques minutes, il verrait bien ce qu'il pourra lui dire.