Crépuscule
Ils ont regagné Konoha au plus sombre de la nuit, dans un silence lourd uniquement troublé par les bruissements familiers de la forêt, et les signes de main échangés. La voie est libre. Stop. À droite, couvres-moi.
Sasuke était pâle et déterminé, boitait bas et son bras était maintenu par une attelle de fortune. Naruto se déplaçait bien plus lentement qu'à l'accoutumée, le visage fermé ; et les dix premières minutes il boita plus bas encore que Sasuke, jusqu'à ce que le démon renard consente à accorder un peu de chakra aux soins non-prioritaires –nommément le soulagement de son postérieur abusé. Et même après cela, ses foulées restèrent inégales, et il manqua plusieurs fois de trébucher.
Ils
pénétrèrent Konoha comme des ombres, au nez et à
la barbe des chuunins de garde, mais ils étaient trop fatigués
et sentaient trop le sang pour espérer confondre la sécurité
de la Tour de la même façon. La présence
discrètement délibérée d'autres anbus
ne tarda pas à se faire sentir autour d'eux tandis qu'ils
traversaient le village ensommeillé. À un moment donné
des ombres les escortèrent de loin dans le village, puis
disparurent avec autant de soudaineté qu'elles étaient
apparues.
On les
laissa passer.
Naruto
s'immobilisa près de la porte, Sasuke s'avança
jusqu'au bureau de la Godaïme, le sac imbibé de sang
ballant au bout de son bras valide.
La seconde
d'après les sharingans sans vie d'Itachi fixaient le
plafond. Le rouge de ses yeux commençait déjà à
se voiler de sombre.
La
Cinquième Hokage de Konoha resta un long moment silencieuse,
puis expira lentement, et croisa ses mais devant sa bouche.
« Vous
l'avez fait… » C'était une constatation.
« Statut ? »
« Uchiha
Itachi et Hoshigashi Kisame peuvent être rayés du bingo
book. Nous nous sommes occupé des corps. »
La femme
en face d'eux accepta la déclaration de Naruto d'un infime
signe de tête.
« Vous ? »
« Entiers.
Et rien de critique. » L'anbu blond près de la
porte remonta son masque sur son front et eu un sourire tiré.
« T'inquiètes pas la vieille, il en faut plus que
ça pour arrêter le futur Hokage de Konoha. On va bien. »
Une
nouvelle fois l'Hokage accepta l'affirmation, mais une fraction
de seconde son regard quitta celui de Naruto pour Sasuke. La question
muette était évidente, et Naruto haussa les épaules
d'un air impuissant. Qui pouvait savoir, avec Sasuke ?
Le
glissement de l'acier contre le tissu les tira de l'échange,
et en l'espace d'un demi-battement de cœur un anbu au masque de
chat grimaçant apparu dans l'ombre derrière le
fauteuil de Tsunade, prêt à bondir. Naruto n'avait pas
esquissé un geste pour se décoller du mur contre lequel
il était appuyé, mais lorsque la main de l'anbu
glissa vers la poche d'arme à sa ceinture, il se redressa
avec un regard d'avertissement.
Tsunade
arrêta son défenseur d'un mouvement de la main.
Sasuke
n'accorda pas même un regard à l'anbu-chat, prit le
kunaï qu'il venait de tirer entre ses dents, et de son bras
sain repositionna maladroitement la tête de son frère
pour la caller contre lui et le plateau du bureau.
Puis, sans
une seconde d'hésitation, il plongea le kunaï dans les
orbites et détacha l'œil droit de son logement d'un
mouvement expert. Des larmes de sang brun et coagulé
maculèrent les joues d'Itachi. L'oeil gauche vint ensuite,
toujours en silence. Puis il recula de quelques pas, les doigts
refermés sur les Sharingans mutilés.
Le tout
n'avait pas duré plus de deux minutes. Les mains de Tsunade
étaient croisées à hauteur de son menton, et
elle l'avait fixé sans battre d'un cil tout le temps
qu'avait duré l'opération. Derrière, l'anbu
s'était laissé glisser dans une posture impassible,
mais la tension se lisait dans la manière dont ses bras
retombaient le long de son corps.
« Faites
ce que vous voulez de la tête, » articula Sasuke
d'une voix à peine audible. « Vous aurez mon
rapport demain. »
Et il
tourna les talons, et quitta le bureau, les yeux de son frère
mort toujours au creux de la paume.
Son pas
vacilla un instant au moment où il croisa Naruto, mais il ne
détourna pas le regard de la porte, et passa en silence.
Naruto
s'apprêtait à suivre le même chemin, mais un
signe de Tsunade l'arrêta. Et déclencha par la même
occasion un flot de protestations outragées : d'où
venait qu'on laissait Sasuke se tirer avec un bras en miette, un
genou qui ne valait probablement pas mieux, tout un tas d'autres
blessures plus terribles les unes que les autres, et qu'on le
retenait, lui, Uzumaki Naruto, quasiment indemne (les doigts dans le
nez !) et futur Hokage qui de notoriété publique
guérissait vingt fois plus vite que n'importe qui d'autre,
y comprit ce crétin de Sasuke ? C'était d'une
injustice flagrante.
Ses
protestations n'émurent pas Tsunade qui le fit assoire
d'autorité sur un tabouret, et entreprit de l'examiner.
« J'enverrais
Sakura s'occuper de lui tout à l'heure, alors ne
t'inquiète pas et arrête de gigoter, gamin. Je lui
laisse une heure pour faire ce qu'il a à faire… »
Elle fronça les sourcils. « Et maintenant dit moi
ce qui s'est passé Naruto, parce que ton chakra est à
peine à un sixième de la quantité habituelle, et
que la moitié de tes blessures n'ont même pas commencé
à cicatriser… »
Naruto
émit quelques protestations supplémentaires pour la
forme (il ne s'inquiétait pas pour Sasuke ; et
il avait presque dix-neuf ans, il était anbu : il
n'était plus un gamin, non mais…), mais se tue quand
Tsunade menaça de lui faire un second œil au beurre noir s'il
n'en venait pas aux faits.
C'est
d'une voix inhabituellement neutre qu'il raconta la rencontre,
comment, tandis que Sasuke se lançait après son frère
lui-même avait affronté Kisame et sa shameada. À
quel point l'autre était fort, et comment il avait failli
finir en pâté pour requin à plusieurs reprises.
Comment il avait fait appel au chakra du démon pour produire
une décharge d'une puissance telle que la shameada avait
volé en éclat faute de pouvoir tout absorber.
Comment,
au terme d'un combat acharné –même sans son épée
le ninja de la brume restait redoutable-, il avait fini par loger un
ransengan dans la poitrine du déserteur.
Et
comment, après ça, il était arrivé à
temps pour voir Sasuke décapiter son frère aîné.
Tsunade ne fit pas de commentaire mais lui lança un regard pénétrant, avant de lui rappeler avec un demi-sourire que son récit ne le dispensait pas de la rédaction d'un rapport écrit, et de commencer à s'affairer sur le sceau et les blessures du jeune homme.
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Comme vous pouvez le voir, une fois n'est pas coutume j'ai opté pour des chapitre courts, en adéquation avec le premier. C'était ça ou des chapitres fleuves de 15 pages chacuns..
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