Comme précisé dans le chapitre précédent j'ai un peu hésité sur l'opportunité de poster ce chapitre dès à présent, parce que certaines considérations et situations sont assez similaires à celles se déroulant dans le chapitre 8 de Konoha Gaiden... Ce post est preuve de mon choix final.
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Noir
Au bout de
deux jours de plus, Naruto frappa à la porte de Sasuke.
Il se
morfondait ferme, s'inquiétait encore plus, et pour être
tout à fait honnête s'entraîner seul n'était
pas très excitant. Il éprouvait de sérieuses
difficultés à se prendre lui-même par surprise
lorsqu'il combattait ses Kage Bushin, et le bénéfice
de l'exercice ne valait absolument pas la satisfaction de se
pourrir mutuellement la tronche lors d'un bon entraînement
bien violent avec Sasuke.
L'Uchiha
n'avait toujours pas reparu, et s'il ne s'entraînait pas,
c'était vraiment mauvais signe. Certes il n'était
pas Lee : qu'on ne le trouve pas dès six heures du
matin sur les terrains d'entraînement ne signifiait pas
nécessairement qu'il était mort ou en bonne voie de
l'être. Mais c'était Sasuke, et un manque prolongé
d'activité ayant trait aux jutsus n'était jamais
bon présage.
« Hé,
Sasuke, t'es là ? »
Les stores
de l'appartement du jeune homme étaient à demi
baissés, mais la porte close n'était pas verrouillée.
De toute façon, dans un village caché ce n'était
pas un vulgaire verrou qui empêchait qui que ce soit d'entrer
s'il en avait vraiment envie. Civils comme cambrioleurs savaient
qu'on n'entrait dans la demeure d'un ninja sans y être
invité qu'à ses risques et périls.
Naruto
poussa la porte d'une main et de l'autre désenclencha
juste à temps le mécanisme du piège à
kunaï qui gardait l'entrée. Lorsqu'il était
chez lui Sasuke ne laissait que celui-là et ceux des fenêtres.
Qu'il ait pris la peine de les activer était plutôt un
bon signe, décida Naruto en balançant ses sandales en
tas à côté de celles, nettement alignées,
de l'Uchiha.
Ses pieds
nus le portèrent sans bruit sur les lames de parquets du
couloir, et il évita celles qui grinçaient sans même
y penser. Le salon était plongé dans la pénombre,
et Sasuke était agenouillé sur le tatami central, en
position de méditation dos à demi tourné vers la
porte.
Un infime
mouvement de la tête et une mèche sombre qui glissa
depuis derrière une oreille sur la joue furent les seuls
signes qu'il avait entendu Naruto entrer.
C'était
déjà plus que ce à quoi il s'était
attendu, et Naruto décida de les considérer comme une
invitation à pénétrer dans la pièce, ou
du moins une marque de non-opposition à son intrusion. Même
s'il aurait parfaitement fait sans, c'était toujours
agréable de savoir que Sasuke était encore en vie et un
minimum réceptif à ce qui l'entourait… Les rapports
de Sakura l'avaient visiblement inquiété plus qu'il
ne l'avait cru, constata-t-il avec une pointe d'irritation
dirigée contre lui même.
Son
premier mouvement fut d'aller ouvrir les stores, ce qu'il fit
d'un geste ample et décidé qui manqua de déboîter
le mécanisme. Un flot de lumière envahit la pièce.
Puis il
vint s'appuyer sur le mur qui faisait face à Sasuke et
l'examina en silence.
Il était
vêtu d'un simple yukata bleu très foncé qui
portait sans doute dans le dos l'emblème des Uchiha -Naruto
n'avait jamais compris pourquoi il s'entêtait à
mettre ce genre de truc totalement inconfortable et tellement peu
fonctionnel en cas de combat. Son bras gauche était
symboliquement maintenu contre son torse par une bande de toile
enroulée avec dextérité. Les os étaient
ressoudés et les muscles presque totalement régénérés,
mais les ordres médicaux de Sakura tenaient lieu de loi, même
pour Sasuke.
Devant
lui, à même le sol, était posée sa
kusanagi dont le fourreau de cuir bicolore était encore
tellement maculé de sang que l'étui paraissait brun.
Elle était juste assez loin pour être hors de portée,
mais pas assez pour qu'il ne puisse s'en saisir s'il se
penchait en avant.
Sasuke
tenait à son arme comme à la prunelle de ses yeux,
autant qu'il avait haït l'homme qui la lui avait donné.
C'était une autre chose que Naruto ne comprenait pas chez
lui, cette volonté farouche de conserver la lame. Cela n'avait
presque aucun rapport avec les qualités martiales de celle-ci,
il le savait. Elle avait un sens, comme tout le reste de ce que
faisait Sasuke. Un sens que ce dernier ne partageait avec personne.
On ne
parvenait à lui arracher le moindre mot sur la période
passée auprès d'Orochimaru que lorsqu'il était
pris d'un accès de loquacité ou d'ébriété
terminale. L'un comme l'autre étaient suffisamment rares
pour pouvoir être qualifiés de quasiment inexistants.
Sous
l'éclairage supplémentaire, la pâleur et
l'amaigrissement de Sasuke sautaient aux yeux de manière
saisissante.
Ses yeux
sombres étaient ouverts, et l'encre liquide qui semblait les
habiter était calme, inexpressive.
« Que
veux-tu ? »
C'était
une bonne question, à laquelle Naruto aurait été
bien en peine de répondre. Il était simplement là.
Il se
laissa glisser le long du mur en position assise, et haussa les
épaules.
« Je
viens aux nouvelles. »
Les yeux
de Sasuke s'arrachèrent un instant à leur vide
intérieur et croisèrent les siens, avant de se
détourner de nouveau.
« Il
n'y a pas de nouvelles. »
Sasuke
était aussi peu aimable qu'à l'accoutumée,
cela au moins n'avait pas changé, et comme il le faisait
toujours Naruto ignora l'invite peu subtile à vider les
lieux et s'installa plus confortablement. Malgré lui son
regard revenait sans cesse sur le visage en face du sien, cherchant à
déceler ce que Sasuke pensait, un indice. Avec détermination
il fixa le katana, détaillant les tâches brunes maculant
la poignée et le haut du fourreau de cuir avant d'abandonner
finalement la partie et de laisser son regard remonter et se plonger
dans les prunelles noires de son ami.
« Qu'est
ce que tu en as fait ? De ses yeux ? »
Ce n'était
pas ce qu'il avait voulu demander, là maintenant tout de
suite… Mais Sasuke répondit immédiatement, avec cette
désinvolture, ce calme tellement anormal qui glaçait le
sang de Naruto dans ses veines, cette impassibilité lointaine
qui lui donnait envie de courir et de crier. De frapper de toutes ses
forces et de faire mal, pour briser le masque, la distance.
Cela aussi
était quelque chose qui provenait du temps chez Orochimaru, ce
vide hideux, tellement froid. Naruto sentit une bouffée de
colère s'allumer en lui.
« J'ai
fait en sorte que nul ne puisse jamais les utiliser. Ils sont là
où nul n'ira les chercher. Ils sont retournés aux
défunts. »
Ho,
bien, bon réflexe, comme ça personne n'ira se faire
faire une greffe pour aller jouer les ninjas copieurs…
La colère
irrationnelle s'embrasa un peu plus en lui. Il n'était pas
sûr pourquoi, mais ça n'aurait pas dû se passer
comme ça. Sasuke n'avait pas le droit de rester aussi
impassible. Ce n'était pas ce qu'il aurait dû être,
et ce n'était pas juste, si une quelconque justice
existait. C'était mauvais, aussi mauvais que la folie après
le fratricide. Il détestait ça.
En cet
instant il haïssait Orochimaru, Itachi, le masque de glace sur
le visage de Sasuke et Sasuke lui-même avec une ferveur égale,
brûlante d'intensité.
Avec les
années il était devenu meilleur à cacher ses
sentiments, mais n'importe qui le connaissait savait qu'au
dessus d'un certain seuil ceux-ci devenaient dangereusement
incontrôlables. Et s'il n'en était pas là, la
colère absurde était présente, à présent
trop forte pour qu'il puisse tout à fait vouloir la
réprimer.
Et c'est
pour ça que les mots suivants sortirent sans réflexion
et brutaux, cherchant à blesser, à provoquer une
réaction.
« Qu'est-ce
que ça fait de l'avoir tué ? »
Sasuke ne
tressaillit pas ni l'encre de ses prunelles ne vacilla. Mais au
moment où Naruto pensait qu'il ne répondrait plus et
commençait à paniquer, réalisant trop tard qu'il
avait probablement outrepassé l'une des limites invisibles,
il leva un peu la tête, et soutint son regard, vraiment.
Et Naruto
ne fut pas certain de ce qu'il avait vu, mais c'était
immense et vide, vacant. Puis plus rien. La vulnérabilité
de cette nuit-là avait disparu, de même que la
résolution glacée. Il ne restait que l'indifférence
contrôlée et lointaine, l'habituel masque impassible
et pourtant étrangement fragile.
« Je
ne sais pas. »
Naruto se
força à relâcher ses muscles noués. La
colère avait disparue d'un coup, mouchée avec autant
de facilité qu'une bougie. Il n'y avait aucune raison pour
qu'il soit tendu comme ça, comme si le moindre mot pouvait
déclencher une attaque surprise ou un guet-apens imprévu.
C'était stupide, Sasuke était stupide.
Il ne
répondit rien, et s'appliquait à respirer
régulièrement lorsque contre toute attente Sasuke
continua à parler.
« Je
ne sais pas ce que ça fait. Je pensais… Je pensais que si je
le tuais ils seraient en paix, et moi… Que ça cesserait de
faire mal, de brûler. »
Il se tue,
et fixa Naruto comme s'il venait seulement de réaliser sa
présence –ou qu'il venait de se rendre compte à
quel pour il s'ouvrait, et laissait percevoir de soudaine
vulnérabilité. Ses pupilles noires se dilatèrent
légèrement.
« Laisses-moi
tranquille Naruto. »
Naruto
était ce qu'il y avait de plus proche de l'expert en
Sasukeologie. Il savait que toute marque de soutient ou de
compassion, qu'elle soit physique ou verbale, serait probablement
très mal reçue. Et puis de toute façon c'était
le truc de Sakura ça. Il ne savait pas faire. La seule chose à
laquelle il était bon, c'était frapper, et être
frappé en retour.
Et
s'allonger dans la boue, ajouta une voix insidieuse dans son
cerveau, provoquant une nouvelle bouffée de colère et
une douleur imprévue, mordante.
« C'est
hors de question. »
Le regard
de Sasuke s'anima, et sa bouche prit un pli dur.
« Je
n'ai que faire de ta pitié. Sors de chez moi. »
Étonnant
comme Sasuke pouvait parfois être étonnamment perceptif,
et pourtant complètement à côté de la
plaque. Naruto croisa les bras dans une attitude de défit buté
qui n'augurait rien de bon.
« Ça
tombe bien alors, parce que tu ne l'as pas. Tu n'es qu'un
crétin si tu penses le contraire, » siffla–t-il
avec colère. Cela non plus n'avait jamais changé au
cours des années, la capacité irritante qu'avait
Sasuke à le faire sortir de ses gons en l'espace de deux
mots. « Par contre, tu vas avoir mon poing dans la gueule
si tu laisses gagner Itachi et que tu continues à te morfondre
comme un rat crevé. »
L'expression
de Sasuke passa de gardée à dangereuse en une fraction
de seconde, mais avec un manque d'instinct proprement indécent
pour un anbu, Naruto n'y prêta pas la moindre attention.
« Ne
parle pas de ce que tu ne connais pas Naruto… »
« Et
qu'est ce que je ne connais pas, hein ? J'ai été
avec toi tout ce temps Sasuke, tu te souviens ? C'était
le pacte. Tu restes, et en échange je sers d'appas, et je
m'assure que tu puisses l'affronter en paix. Et maintenant le
pacte est rompu, non ? Parce que tu as eu ce que tu voulais et
que ton frère est mort. » Les mots jaillissaient en
une tempête confuse et désordonnée. Naruto ne
savait pas vraiment ce qu'il voulait dire, où tout cela
menait. Il s'en moquait. Chaque mot prononcé était
vrai. Douloureux mais vrai.
L'expression
de Sasuke avait mué de la colère en autre chose de plus
grand, de difficilement définissable qui la contenait tout
entière et aussi un tourbillon d'autres choses. Un masque de
douleur et de choc. De perte immense.
« Tu
devrais être heureux non ? Soulagé ? Tu as
atteint ton rêve Sasuke, ce pourquoi tu as tout donné. »
Sa voix mourut. « Dis-moi Sasuke. Je te l'ai déjà
demandé une fois il y a longtemps. Dis-moi, est-ce que ça
valait le coup ? »
Est-ce
que la souffrance valait le coup ? Est-ce que la trahison le
valait ? La haine, la solitude ? Cette douleur ?
Est-ce que ça valait le coup de presque donner ton corps, de
presque donner ma vie ? Valait-ce les larmes de Sakura et les
miennes, et toutes celles que tu n'as plus jamais versé, qui
se sont asséchées en toi ?Valait-ce le chemin de
destruction et de douleur que tu as laissé dernière
toi ?
Est-ce
que ça valait le coup, Sasuke ?
Il s'était
penché en avant, franchissant la distance qui les séparait,
et sa voix n'était plus qu'un murmure déchirant,
pressant. La colère, la douleur, la confusion n'auraient pas
été plus perceptibles s'il les avait hurlés à
pleine voix comme s'il savait si bien le faire.
Sasuke
respirait par à-coups secs, et l'encre de ses yeux était
brouillée, comme si elle avait été diluée
avec trop d'eau.
Le corps
du jeune homme se contracta un instant, réaction aux paroles
ou à la trop grande proximité, et le frison fut
clairement visible.
« Répond-moi
Sasuke. Répond-moi. »
Les poings
de Naruto étaient noués sur son pantalon de toile,
appuyés sur ses cuisses pour maintenir son équilibre,
et les mots se déposèrent comme de la buée sur
la peau trop pâle.
Sasuke
déglutit, et ouvrit la bouche avant de la refermer. Les mots
mourraient, se heurtaient dans sa gorge sans parvenir à
sortir. Il ne savait pas quels mots il voulait dire, lesquels il
voulait prononcer. La douleur dans sa tête était
insupportable.
Il se
détourna. Il ne savait pas. Il ne savait plus.
Mais cette
hésitation, n'était-ce pas déjà un
aveu ? L'aveu qu'il avait tout perdu pour rien ?
Non.
Ça
ne pouvait pas être vrai. Sa haine avait été
vraie, leur mort à eux tous avait été vraie, de
même que son incapacité à faire quoi que ce soit,
sa lâcheté, sa terreur d'enfant. Tout cela avait été
vrai.
De quel
droit Naruto osait-il prétendre le contraire ?
Sa haine
avait été la vérité absolue, la seule et
unique raison. Il avait survécu, et haït, et tout cela
n'avait eu de sens que parce qu'il tuerait son frère de
ses propres mains un jour, parce que toute autre option était
inexistante…
« Qu'est
ce que ça changerait si je te répondais Naruto ? »
Sa voix était rauque, un peu cassée, avec une note de
défi et de rage sous-jacente. Il tourna de nouveau la tête,
cette fois pour refaire face au blond qui était toujours trop
près, le souffle court et les muscles noués. Ses
pupilles noires se plantèrent dans celles d'un bleu
impossible, et n'en bougèrent plus, le défiant de
répondre, de s'approcher plus.
« Qu'est
ce que ça changerait ? Il n'y a que toi pour penser que
cela pourrait modifier les choses. » Il déglutit.
« Ce que je pense ou non n'a pas d'importance au
final. On ne peut changer le passé. Et Itachi devait mourir de
ma main. C'est tout ce qui a jamais importé. Comment
pourrais-je regretter ? »
Naruto
expira lentement, presque douloureusement, et Sasuke réalisa
qu'il forçait ses poings à se desserrer. Il se recula
avec maladresse, jusqu'à ce que son dos touche de nouveau le
mur, et baissa la tête. Il restait de la colère sur son
visage, mais surtout de la confusion.
« Alors
ça valait la peine, et tu le referais si c'était à
refaire. Mais alors pourquoi est-ce que j'ai l'impression que
c'est toi qui est mort, hein ?»
La
retraite soudaine de Naruto surpris vaguement Sasuke. La partie de
son esprit qui n'était pas intoxiquée par la trop
grande proximité, par l'amertume de la haine et la brûlure
résiduelle de son courroux lui fit remarquer que c'était
très peu caractéristique du blond. Elle ajouta
également qu'il se mêlait décidément de
choses qui ne le regardaient pas. Mais à cet instant précis
quelque chose était effectivement mort en Sasuke, abattu par
les mots de Naruto et l'étrangeté de la perte.
L'atmosphère dans la pièce était décalée,
presque irréelle.
Un instant
Sasuke se dit qu'il avait rêvé tout cela, Itachi,
Naruto et la boue, cette fin d'après-midi dans la pénombre
bleue de son appartement.
Peut-être
qu'il avait rêvé tout le reste aussi, et que quand il
s'éveillerait Itachi lui lancerait un sourire en coin
par-dessus son petit-déjeuner, et d'une pichenette sur le
front repousserait leur entraînement ensemble à une
autre fois. Et Sasuke ne lui en voudrait même pas, parce que
cela signifierait qu'ils étaient vivants, tous, et qu'il
n'était pas obligé de haïr son frère, la
moitié de son univers d'enfant ; qu'il n'était
pas péniblement conscient de la présence du blond face
à lui et l'amertume visible dans ses yeux bleus.
Mais ça
n'avait pas été un rêve.
Il fit la
seule chose qui avait le moindre sens à cet instant précis.
Sans que
Naruto ne face un geste pour l'éviter, Sasuke se laissa
basculer à genoux, en avant, et frappa l'anbu blond de
toutes ses forces, mettant dans le mouvement la vitesse et la
précision qu'il réservait normalement aux ennemis ou
aux entraînement de très haut niveau. Il était
rapide, mais si Naruto avait été sur ses gardes et prêt
à réagir, il aurait pu parer ou éviter le coup.
Mais il
n'esquissa pas le moindre mouvement de défense, et sa tête
partit sur le côté et heurta le mur avec un bruit sourd.
Quand il refit lentement face, Sasuke était debout au milieu du salon, son bras invalide toujours contre son torse, l'échancrure de son yukata révélant un triangle de torse clair et un mamelon rose sombre au-dessus des bandages qui couvraient son abdomen. Son autre bras, celui dont il venait de le frapper, pendait le long de son flanc, le poing contracté. La ligne de ses épaules tremblait légèrement.
Naruto
essuya vaguement le sang qu'il sentait couler de sa bouche, mais
resta immobile là ou il était, à demi adossé
contre le mur, à fixer Sasuke. La douleur du coup n'était
qu'un picotement à l'arrière de sa conscience.
Comment en
étaient-ils arrivé là ?
Ce n'était
pas ce qu'il avait voulu, pas pour cela qu'il était venu
ici. Il était venu parce qu'il s'inquiétait, et que
si lui ne tirait pas Sasuke de sa morosité à coups de
pieds dans le cul, personne ne le ferait…
Mais au final il n'avait rien dit de ce qu'il voulait dire, et au contraire poussé Sasuke dans ses derniers retranchements, retourné le kunaï dans la plaie.
C'était ses propres doutes et ses propres questions qu'il avait lancés à la face de son ami. Sa propre peur.
Parce que si la mort d'Itachi signifiait la fin du pacte qui les avait lié, rien ne forçait plus Sasuke à rester.
Et si tout cela, la trahison et tout le reste, avait valu le coup, cela signifiait que leur présence à ses côtés, l'amitié fragile qui s'était renouée durant ces années ne signifiait rien de plus qu'une simple compagnie qu'il fallait bien supporter en attendant de pouvoir tuer Itachi. Cela signifiait que pas une seconde Sakura, lui-même ou Kakashi-sensei n'avaient été plus importants qu'Itachi. Jamais.
Et Naruto avait peur. Peur que Sasuke parte encore, et peur de ne rien pouvoir faire cette fois-ci.
Il l'avait pourchassé avec tout ce qu'il avait la première fois, avait été prêt à mourir, à abandonner son rêve même, si cela signifiait qu'il ramènerait Sasuke. C'était devenu son but, et à l'époque, il avait vaguement été conscient de l'aspect obsessionnel de cette quête, alors que l'autre venait tout juste d'admettre qu'ils étaient amis, et avait essayé de le tuer immédiatement après... Mais cela n'avait eu aucune importance.
Aujourd'hui
le lien qui les unissait était plus fort, plus étrange
aussi que ce tout premier lien des années auparavant, quand
Sasuke debout sur l'eau à la vallée de la fin avait
déclaré vouloir le rompre. Ils avaient passé les
trois dernières années côte à côte,
depuis le retour de Sasuke du Son. Ils avaient réappris à
combattre dos-à-dos, avaient réglé leurs comptes
de manière aussi violente que satisfaisante, et Naruto avait
défendu crocs et ongles la cause de Sasuke face à
l'Hokage. Ils étaient passés anbu ensemble, et au fur
et à mesure Sasuke avait fini par accepter sa présence,
la rechercher même, et alors ils passaient des journées
à s'entraîner ensemble, ou simplement à
déterrer des parchemins de jutsus du fin fond de la
bibliothèque des Uchiha ou de celle de Kakashi, Naruto étalé
par terre sur le ventre et Sasuke assis parfaitement droit contre un
mur… Ils avaient continué à se battre et à
s'insulter copieusement, à se haïr parfois, mais
l'accord tacite avait toujours été présent,
cette résignation mutuelle et muette à l'amitié,
qui n'avait jamais été discutée mais dont
chacun admettait bon gré mal gré la présence.
Ça
avait été très bien comme ça.
Mais maintenant tout pouvait changer.
Itachi
était mort, et déjà quelque chose avait muté
entre eux, au moment où leurs corps s'étaient
touchés, et ou la chaleur avait envahi le ventre de Naruto.
Et Naruto
ne voulait pas que tout cela n'ait été qu'une
parenthèse dans la vengeance de Sasuke. Il ne voulait pas
risquer de perdre son meilleur ami à nouveau.
Mais peut-être était-ce déjà trop tard.
-
TBC
Reviews s'il vous plait ?
