Braises
« Sasuke, derrière ! »
Vingt mètres en avant, en haut du
talus escarpé qui surplombait le chemin, Sasuke n'hésita
pas une seconde.
La dernière syllabe avait à
peine quitté la bouche de Naruto que le corps de son équipier
se tordait dans un mouvement d'esquive instinctif, un arc souple,
et qu'il roulait au sol.
La flèche passa où s'était
trouvé son torse, et emporta avec elle un fragment de veste
avant de s'enfoncer en vibrant dans un tronc dix pas plus loin.
Naruto ignora son impulsion première
qui était d'escalader le talus à toute vitesse pour
se jeter dans le combat. Lorsqu'il fit deux foulées mesurées
de côté et se hissa sans effort sur le toit de la
calèche, Sasuke était déjà sur ses pieds
et s'approchait à une vitesse inquiétante –pour
celui-ci- de l'archer qui avait fait l'erreur de dévoiler
sa présence avant que la flèche n'eût atteint
et dûment transpercé sa cible.
Naruto jeta un regard à la ronde
–sa position élevée était le meilleur poste
pour protéger l'attelage seul et voir venir n'importe
quelle attaque- puis s'accroupit et toqua contre le toit de bois.
« Ne vous inquiétez
pas O-kana, » annonça-t-il d'une voix calme, « ce
ne sont probablement que des bandits de grand chemin. Takara-san,
montez à l'intérieur, Ojiro-sama, restez contre la
calèche. Ne bougez pas, et nous en auront bientôt
fini. »
Avec un gémissement effrayé
Fumiya Takara qui avait marché le long de l'attelage se
glissa dans la voiture étroite pour rejoindre sa maîtresse,
cachant son visage dans ses mains jointes. Le médecin ne
bougea pas d'où il se trouvait, debout à la tête
de la mule, apaisant la bête qui renâclait. Son visage
ridé était tendu, mais il ne semblait pas outre mesure
paniqué.
C'était une bonne chose songea
distraitement Naruto. Il n'aurait plus manqué que Grise
s'emballe, et protéger des civiles affolés qui
n'écoutaient pas un mot des ordres qu'on leur donnait et
courraient dans tous les sens en hurlant n'était pas
vraiment une partie de plaisir…
Mais sous son extérieur collecté,
sous l'analyse calme de la situation se ravivait comme un feu
défiant et satisfait la conscience de la réaction de
Sasuke, de sa feinte immédiate.
Elle était encore là.
Il l'avait craint sans vraiment
l'admettre, que l'incertitude entre eux ne compromette leur
entente en combat, leur travail d'équipe.
Mais Sasuke n'avait pas hésité.
N'avait pas perdu cette demi-seconde qui aurait fait toute la
différence entre mort et survie pour jeter un coup d'œil
par-dessus son épaule et se rendre par lui-même compte
du danger. Il s'était jeté à terre sans un
regard, sans un doute, et le feu au creux du ventre de Naruto brûlait
soudain plus librement, irradiait dans sa poitrine avec un frisson
d'anticipation.
Sur le talus l'archer lâcha son
arc rendu inutile par la vitesse de Sasuke, chercha à attraper
la lame courte pendue à son flanc. C'était une
erreur, s'il avait tenté de se servir de l'arc comme une
massue, peut-être- mais c'était trop tard. Sasuke
bondit, et trois ou quatre mètre plus loin, la semelle de sa
chaussure entra en contact avec le visage de l'homme. Le mouvement
avait été parfait. Un modèle d'économie
d'énergie et de puissance destructrice, de vitesse et de
grâce étrange, songea Naruto de manière tout à
fait hors de propos.
Même de là ou il se
trouvait, il pu distinctement entendre le craquement des os. Sasuke
n'avait pas retenu la force de son coup… Il estima machinalement
les chances de survie de l'homme d'une sur deux, selon l'angle
de frappe. Si l'os du nez n'avait pas remonté dans le
cerveau il s'en tirerait peut-être avec un simple traumatisme
crânien.
Mais ce n'était pas comme si
c'était réellement important de toute manière.
Il ne savait plus bien quand ça
avait cessé de l'être, important. Quand la mort d'un
homme qu'il ne connaissait pas avait cessé d'être un
événement.
Avant l'anbu, c'était sûr.
Peut-être dans les mois terribles qui avaient suivit le retour
de Sasuke… Peut-être pendant, ou après,
insidieusement, tout comme la monté du Kyuubi…
Kakashi-sensei avait appelé cela
grandir, une fois. Naruto n'était pas sûr. C'était
plutôt changer, et adapter son nindo à la réalité
environnante. Plus jeune il aurait considéré cette
évolution comme une défaite. Aujourd'hui… il ne
savait pas trop, mais tout au fond de lui il y avait cette certitude
amère qu'il n'aurait pas survécu sans.
Ça ne cessait pas pour autant de
faire mal, d'une manière étrange et un peu distante,
et ça ne l'empêchait pas de souhaiter qu'il y ait un
autre moyen et d'éviter de tuer lorsque cela n'était
pas nécessaire. Mais il n'hésitait pas non plus s'il
fallait porter le coup fatal. Il était anbu après tout.
L'état d'esprit, les retrait mental nécessaires
entre une mission normale et une mission des forces spéciale
étaient fondamentalement différent évidemment…
Mais cet homme les avait attaqué, il avait essayé de
tuer les siens, ceux qui étaient sous sa protection…
Que ce soit dans le feu du combat comme
dans la lucidité qui prenait place à la fin, que
l'ennemi vive ou qu'il meurt n'avait que peu d'importance.
Les autres par contre, ceux dont la vie
ne dépendait que de sa propre force…
Les assaillants avaient dû
s'attendre à ce que leur archer abatte sans problème
le jeune homme aux cheveux noirs qui marchait en avant du modeste
attelage. C'était probablement la preuve qu'ils n'étaient
pas les rônins après leur cible, qu'ils n'étaient
probablement même pas des ninjas, car il y eut un moment de
flottement avant que trois hommes armés ne surgissent des
buissons de l'autre côté de la route.
Dans la voiture Takara-san émit
un nouveau gémissement, et Naruto n'eut aucun mal à
l'imaginer en train de replonger sa tête entre ses mains. Le
murmure presque inaudible devait être O-kana chuchotant des
mots de réconfort à sa suivante.
« Sasuke ? »
Du coin de l'œil Naruto vit l'Uchiha
dégainer d'un geste fluide l'épée de l'homme
qu'il avait abattu et disparaître dans la forêt sans un
mot. Il n'y avait probablement pas d'autre archer, mais la
manière dont l'homme avait dissimulé sa présence
jusqu'au dernier moment dénotait une certaine compétence,
et valait mieux ne pas prendre de risque.
Les hommes le toisèrent, et
l'hésitation disparut de leurs visages.
Naruto s'était examiné
dans la glace le jour du départ, et il avait presque eut du
mal à se reconnaître. Il n'eut pas de mal à
imaginer ce qu'ils voyaient.
Ses cheveux blonds privés du
bandeau de Konoha retombaient en mèches irrégulières
et indisciplinées sur son front, et le T-shirt un peu trop
large qu'il portait sur un simple pantalon de toile brun masquait
sa musculature sèche et longiligne. Il avait encore grandi
cette dernière année, et malgré l'entraînement
régulier sa masse musculaire n'était pas encore celle
d'un ninja adulte. Même en regardant attentivement, sa
stature n'était pas si différente de celle de
n'importe quel autre gamin de leur âge. Rien ne trahissait le
ninja dans sa tenue simple et son langage corporel détendu.
(Pas comme certains qui étaient incapables de ne pas se tenir
droit et alerte quand bien même ils étaient censés
ne pas attirer l'attention…)
Sakura lui avait concocté une
espèce de maquillage ineffaçable qui masquait les
marques de naissance sur ses joues et tirait désagréablement
la peau. Mais au final toutes ces transformations lui donnaient l'air
étrangement inoffensif, et plus jeune que ses dix-huit ans.
L'air presque normal.
Ce qui en même temps était l'idée de base,
puisqu'une escorte de jounins n'était pas le meilleur
moyen de conserver l'incognito et de passer pour de simples
voyageurs.
Mais en contrepartie ils perdaient
l'effet de dissuasion non négligeable que pouvaient
représenter deux jeunes hommes armés jusqu'aux dents
et connaissant probablement cinquante moyens différents de
tuer sans utiliser lesdites armes…Il n'était pas certain qu'ils
auraient été attaqués s'ils avaient porté
leur uniformes. Mais d'un autre côté c'était
une preuve plutôt flagrante de l'efficacité de leur
couverture…Et ils étaient largement à même de
s'occuper des simples bandits de grand chemin tandis que les rônins
chercheraient immanquablement une courtisane escortée d'une
équipe de ninjas, et non une modeste compagnie constituée
de deux femmes, d'un vieillard et de deux jeunes hommes pouvant
aussi bien être de la famille que des valets –Naruto
considérait personnellement qu'il y avait une ressemblance
indiscutable entre la frêle O-kana et Sasuke. Mais évidemment
il aurait fallu le torturer de manière extrêmement
créative pour qu'il l'admette à voix haute, et
encore, seulement s'il avait été certain que Sasuke
ne se trouvait pas à proximité. Les choses étaient
assez tendues comme ça sans ajouter la provocation de le
comparer avec une femme
enceinte.
Enfin bon, le fait était qu'il
avait l'air jeune, qu'il n'avait pas d'arme, et qu'ils
étaient trois et armés. Il pouvait presque voir les
rouages tourner dans la tête de ses assaillants.
Dommage pour eux.
« Descend de là gamin,
et on ne tuera personne. Contentez vous de nous laisser les bagages
et l'argent, et on ne touchera peut-être même pas aux
femmes, » ordonna l'un d'eux d'une voix rauque dans
laquelle transparaissait une pointe de supériorité mal
dissimulée, avant d'ajouter à mi-voix, « Kugaki,
surveille nos arrières, l'autre va sans doute essayer de
nous contourner. » Puis, plus fort, en direction des
fourrés que Sasuke avait depuis longtemps quitté. « Hé,
toi, si tu nous attaques c'est les femmes et le gosse qui paieront,
ok ? »
…
Et voilà… Comment ça ce
faisait que même en civil Sasuke ne parvenait pas n'avoir ni
l'air tout à fait jeune, ni tout à fait inoffensif,
ni même tout à fait normal ?!
Bon, évidemment, avec d'un côté
sa petite démonstration et de l'autre l'immobilité
ainsi que l'absence de chakra de Naruto, il était légitime
de penser que c'était le brun le garde du corps. Mais même
si sans sa Kusanagi sanglée dans son dos, sans armes, sans sa
veste de jounin et son bandeau Sasuke avait l'air… différent,
plus accessible, les bandits
l'avaient quand même choisi lui
comme première cible
alors qu'il était le plus loin de l'attelage. L'archer
avait estimé que c'était potentiellement lui le plus
dangereux, et que Naruto n'était sans doute qu'un valet,
qu'il faisait partie des "paquets". Qu'il ne représentait
pas le plus grand risque.
Quelques années plutôt
Naruto aurait été très profondément
offensé de se voir ainsi sous-estimé, et l'aurait
fait savoir en gueulant suffisamment fort pour réveiller les
mânes du Quatrième lui-même.
Les choses avaient changé depuis.
Il n'éprouvait plus le besoin désespéré
de s'imposer, d'être reconnu. Ou du moins pas par tout le
monde. Il avait appris –dans une mesure raisonnablement limitée-
la valeur du secret et de la discrétion. Et les personnes dont
la reconnaissance importait vraiment savaient,
et ce que voyait les autres, ceux qui allaient mourir, n'importait
que peu. À présent il trouvait à la situation
une ironie certaine.
Oh, c'en aurait été
presque irritant malgré tout, si ces crétins ne
venaient pas de signer leur arrêt de mort.Ou du moins leur arrêt de travail
pour les trois prochains mois, le temps qu'ils se remettent de la
raclé qu'il leur réservait –la remarque sur les
femmes ne lui avait pas échappé, et une colère
froide montait lentement, se mêlant aux braises incandescentes
dans sa poitrine. Et puis Sasuke lui avait fait confiance pour
s'occuper d'eux sans aide tandis qu'il sécurisait la
zone…
« Allez, descend de là ! »
Naruto sortit les mains de ses poches et
en passa une dans ses cheveux, repoussant inutilement les mèches
blondes qui retombèrent exactement au même endroit dès
qu'il eut achevé le geste. Ils étaient trop longs,
une bonne coupe s'imposerait au prochain bivouac...
Il expira doucement, accueilli avec
satisfaction la monté d'adrénaline, l'embrasement
intérieur. Les trois derniers jours avaient été
odieux d'inaction.
« D'accord. Je
descends.»
-
Ce fut probablement son calme qui alerta
le chef des bandits, ou peut-être l'homme vit-il quelque
chose dans les prunelles dont le bleu azur virait à la mer
d'orage…
Il réagit avec suffisamment de
vitesse pour bloquer le pied de Naruto d'un mouvement ascendant de
la garde de son arme, à quelques centimètres de sa
tête, mais l'homme qui se tenait à sa droite ne fut
pas aussi rapide. Naruto se laissa porter par son élan, et
dans le mouvement se glissa sous la garde de l'homme qui venait de
lever sa lame en position haute de parade. Son poing s'enfonça
dans le ventre du brigand.
S'entraîner avec Lee avait du
bon parfois.
Sans prendre le temps de le voir reculer
de trois pas, le visage crispé par la douleur et la surprise,
Naruto fit volte-face. Bondit. Attrapa au vol un kunaï et s'en
servit pour dévier les deux suivants. Pas de chance pour eux,
il était armé à présent.
Quelque part en amont du chemin qu'ils
avaient remonté retentit un cri rauque. Une sentinelle
probablement… Ça ne ressemblait pas à Sasuke de
laisser à sa cible le temps d'émettre un son si ce
n'était pas ce qu'il voulait….
Un message donc, et presque malgré
lui un sourire sauvage étira les lèvres de Naruto
tandis qu'il parait un coup de taille du chef. Ses muscles trop
longtemps au repos accueillaient avec plaisir l'effort soudain, la
flambée du combat. Les bandits n'étaient pas
incompétents, deux d'entre eux avaient même
probablement reçu les rudiments d'une éducation ninja
et le chef avait un niveau honorable… Mais ils ne faisaient pas le
poids, vraiment.
Certainement pas contre lui, et encore
moins avec Sasuke Uchiha qui venait de réapparaître à
l'orée du bois dans leur dos.
Il s'avança à pas de
loup, tranquillement, et avant même que les brigands ne le
réalisent il était derrière Naruto, appuyé
contre l'un des montants de la calèche, les bras croisés
sur son torse.
Il n'esquissa pas un geste pour aider
Naruto –mais ce n'était pas nécessaire, parce que
sa simple présence entre les bandits et la calèche
signifiait que le blond n'avait plus à se soucier de rester
entre les brigands sentant venir la défaite et les otages
potentiels. L'énergie du désespoir était
parfois un facteur à ne pas sous-estimer, et il valait mieux
ne pas prendre de risques.
Ce surcroît de mobilité
était toute l'aide dont il avait besoin –sans cela les
choses auraient simplement pris une minute de plus,- et Naruto
s'élança, passa dans le dos des hommes.
Retira son poignard de la nuque du
dernier, et s'accroupit pour essuyer le sang dans l'herbe.
« Il y en avait combien
d'autres ? »Sasuke se décolla de la calèche,
et d'un geste sec enfonça en terre l'épée du
mort qu'il avait conservé.
« Deux. Des gamins qu'ils
utilisaient pour monter la garde au cas où d'autres
voyageurs arriveraient. »
Naruto fit rouler le corps sans vie du
chef avec son pied, jeta un très bref regard à
l'Uchiha.
« Tu les a… »
« Non. Ils étaient
trop jeunes et trop incompétents pour présenter le
moindre risque. » Les mains de Naruto s'interrompirent
un court instant dans leur délestage d'armes, avant de
reprendre leur tache avec dextérité. Il ne leva pas les
yeux. « L'archer que j'ai frappé est mort par
contre. »
« Haa. »
« Tu en as laissé deux
en vie, » fit remarquer Sasuke en jetant un coup d'œil
froid sur les corps affalés à une quinzaine de mètres.
Le reproche comme la question étaient
presque imperceptibles.
« Ils n'étaient pas
dangereux. Je n'ai eu aucun mal à les mettre hors service. »
Son regard se porta sur le docteur, toujours immobile à la
tête de la mule. « Vous avez réagi comme un
pro grand-père ! D'habitude les gens (entendre "les
civils") sont comme des poules paniquées dès qu'ils
voient la moindre goutte de sang… »
Tsukedo Ojiro se contenta de lui
adresser un regard froid. Son visage ridé comme une prune et
normalement apathique était figé dans une expression de
désapprobation et de mépris qu'il n'essayait pas de
dissimuler.
« Vous autres ninjas n'êtes
pas les seuls à côtoyer la mort... Et j'ai déjà
vu vos semblables à l'œuvre, je ne pense pas que nous ayons
été réellement en danger. »
« Oh papy, vous pourriez être
aimable ! »
« Ojiro-sama ! Comment
pouvez-vous dire ça ? Ils nous ont sauvé la
vie ! »
Takara repoussa le rideau de la voiture
d'une main, et ajusta de l'autre son yukata avant de se laisser
glisser hors de la calèche. Son visage rond et vif était
encore un peu pâle mais aussi plein d'indignation. Son
expression se tordit brièvement quand elle vit le cadavre.
- Ces hommes nous auraient tout pris, et
ils nous auraient sans doute-… »
« Ils nous auraient sans
doute violées, oui. Et les ninjas ont réglé
les choses avec une efficacité remarquable.»
O-Kana s'appuya sur l'épaule
de sa suivante pour descendre de la voiture, et eut besoin que
celle-ci glisse son bras sous le sien pour la soutenir une fois
qu'elle fut debout dans la poussière.
Elle aussi était encore pâle
et ses lèvres étaient vides de toute couleur, mais elle
avait l'air parfaitement calme.
« O-kana, vous ne devriez
pas... le bébé… » Le vieux médecin
était déjà à ses côtés, une
expression réprobatrice sur le visage. « Asseyez
vous sur le marche pied –bien… - Et ne regardez pas les corps
s'il vous plait, cela ne va que vous énerver, et c'est
mauvais pour l'enfant… »
La jeune femme posa une main
sur la courbe douce mais parfaitement visible de son ventre. Il se
redressa et avec un dernier regard pour les deux ninjas il entreprit
de fouiller dans sa sacoche.
« O-kana a besoin de calme.
Je vais préparer une potion apaisante, mais si vous pouviez
faire disparaître ces corps… »
« Ojiro, ça va
parfaitement. Arrêtez de vous agiter ainsi. Et nos gardes
devraient avoir toute notre reconnaissance… » Takara
réajusta la veste bleu claire aux motifs lacés de brun
sur les épaules graciles de sa maîtresse, et replaça
une longue mèche noire qui s'était échappée
de son chignon avec des geste très doux, qui contrastaient
avec son habituel langage corporel animé.
« Je suis payé pour
m'inquiéter ma Dame. Et dans votre état vous auriez
dû avoir un palanquin bien plus confortable que cette charrette
à foin. Vous n'auriez pas dû voyager du tout
d'ailleurs. » Il jeta un nouveau regard en coin dans la
direction de Sasuke et Naruto, comme s'il les tenait
personnellement responsables de cet état de fait.
En réponse Naruto montra les dents avec irritation, mais Sasuke se contenta d'ignorer les piques du vieil homme comme il le faisait depuis trois jours. Sans être jamais ouvertement agressif ou insultant, Ojiro-sama n'avait fait aucun mystère du peu d'estime qu'il avait pour les ninjas depuis le début du voyage.
« Ils sont encore vivants ? »
Takara était revenu de leur côté après
avoir aidé sa maîtresse à faire le tour de la
voiture pour la soustraire à la vue des corps –O-kana
s'était laissé faire de bonne grâce, même
si elle n'avait pas semblé très perturbée par
la vision du mort. La jeune servante croisa les bras sur son ventre
dans un geste inconscient de protection et de réchauffement,
et s'accroupit à quelques pas du blond. « Pourquoi ?
Ils ne méritent que la mort. Tuez les.»
Son expression portait encore trace de
sa frayeur, mais une dureté inattendue transparaissait dans la
ligne de sa mâchoire, dans la manière dont elle se
mordait les lèvres.
Les civiles n'étaient pas aussi
étrangers à la violence et à la mort que le
pensaient les ninjas songea soudain Naruto en observant le visage de
la jeune fille. Elle avait souri lorsqu'ils avaient été
présentés, et demandé si c'était eux
les valeureux ninjas chargés de leur protection. Lui-même
s'était écrié que oui, évidemment,
qu'il ne leur arriverait rien tant qu'ils seraient sous la
protection d'Uzumaki Naruto, Futur Hokage de Konoha.
Sasuke avait à peine hoché
la tête en guise de salut et s'était contenté
d'avoir l'air revêche et aussi peu intéressé
qu'il était humainement possible de l'être. Depuis
le temps il aurait pourtant dû se rendre compte que ça
ne marchait pas avec les civiles… L'accueil contrasté
n'avait pas empêché la jeune femme de flirter
joyeusement avec eux durant les trois premiers jours de marche,
essayant de tirer plus de deux phrases à la suite de Sasuke,
ou discutant et riant aux plaisanteries de Naruto.
« Tuez-les, »
répéta-t-elle, et cette fois il y avait une pointe de
colère dans son intonation.
Sasuke lui jeta un coup d'œil bref
qui se déplaça ensuite sur Naruto, ne dit rien, et fini
posément de rassembler les armes. Il n'avait pas dit grand
chose qui ne soit pas vital pour la mission depuis le début du
voyage. Du moins à Naruto.
Il avait répondu poliment aux
questions d'O-kana, détourné avec habileté
celles de Takara, et discuté avec Ojiro-san du type
d'ointements à appliquer sur les muscles échauffé
avec ou sans plaie ouverte.
Mais à chaque fois que la
conversation aurait pu basculer sur le moindre fragment personnel il
s'était refermé avec un regard dur. Peut-être
regrettait-il d'en avoir tant dis durant la soirée de
préparation de la mission, ou alors il avait une autre raison
qu'il cachait très bien. Ou encore se comportait-il
simplement comme Sasuke Uchiha était censé le faire :
de la manière la plus odieuse et détachée
possible. Il n'avait pas répondu quand le blond lui avait
demandé comment s'était passé la réunion
des Clans.
Naruto haussa les épaules, et
sourit à la jeune femme.
« Leur chef est mort. Quand
ils se réveilleront ils regretteront amèrement d'avoir
ne serait-ce fait qu'un pas sur cette route. Je n'ai pas retenu
mes coups. Celui-là ne pourra plus tenir une arme. »
« S'ils vivent, ils
risquent d'être un danger pour nous. »
Sasuke se redressa, enfonça ses
mains dans ses poches.
- Si qui que ce soit est mis au
courant qu'un attelage d'apparence médiocre est bien mieux
protégé qu'il ne devrait l'être, nous
perdront notre avantage. Ils ne peuvent vivre. » Il
examinait les abords du chemin, mais ses paroles lui étaient
destinées.
« Ils ne se réveilleront
pas avant un bout de temps… » Il protestait parce qu'il
devait le faire, mais l'argument était de taille. Il n'y
avait pas pensé, lorsqu'il avait brisé les côtes
de l'un d'eux au lieu de l'égorger. Quel… manque de
clairvoyance.
Et évidemment c'était
Sasuke qui relevait l'erreur, qui étrangement –et c'était
peut-être doublement irritant- ne prenait même pas la
peine de laisser glisser dans sa voix le frisson habituel, le "je
te l'avais bien dit, c'est la vie Naruto. Arrête
d'essayer." qu'il aurait pourtant été en droit
d'exprimer.
« Tu es prêt à
prendre le risque ? Qu'ils se réveillent ou que
quelqu'un les trouve ?»
Non. Evidemment non.
« Et les gosses qui montaient
la garde ? »
« Ils n'ont rien vu. Pas
même ce qui les a frappé. »
« Qu'allez vous faire
alors ? »
O-kana était appuyé contre
la voiture et fixait Naruto et Sasuke de son regard noir à
l'étrange pureté.
Beaucoup d'autres femmes, songea
Naruto, auraient réclamé à cors et à cri
la mort de ses assaillants comme le faisait Takara, ou se serait
pâmée à la perspective du sang de nouveau versé.
« Qu'en pensez vous ma
Dame ? » Naruto jeta un coup d'oeil surpris à
Sasuke. Que celui-ci pose cette question à une civile… La
femme qu'ils étaient censés protéger…
Rien de ce que faisait Sasuke n'avait
beaucoup de sens ces temps-ci, et au soulagement que Naruto avait
ressentit durant le combat se mêla de nouveau une pointe
d'irritation sans objet précis.
O-kana haussa les épaules, pencha
son visage de porcelaine aux traits purs. Elle avait été
l'amante d'un Seigneur, une Dame habituée au luxe, aux
jeux de pouvoir et au sang versé.
« Qui sait… Faites ce que
vous jugez bon. Si vous pensez que leur survie ne met pas en danger
l'existence de mon enfant, laissez les vivre. Sinon… »
Sasuke fit un pas, arracha l'épée
qu'il avait plongée dans la terre pour la nettoyer du sang,
le visage impassible, mais s'immobilisa lorsque Naruto se redressa
et secoua la tête. Il fixa sur lui l'un de ces regards longs
et étranges, incompréhensibles, qui avaient tendance à
faire leur apparition ces temps-ci. Naruto se força à
l'ignorer une fois de plus et tendit la main vers l'arme.
« Laisse, je vais le faire. »
C'était lui, après tout,
qui avait épargné les hommes.
-
Après, quand ils eurent rassemblé
les corps loin de la route et enterré les armes, après
que Sasuke ait fait disparaître les chairs dans un brasier à
la chaleur insoutenable et surnaturelle et que Naruto ait dispersé
puanteur et cendres d'une technique de vent, après qu'ils
aient reprit la route, il se dit que peut-être l'important
n'était peut être pas la mort de ces hommes, mais que
lui continue d'essayer de trouver une autre solution. Malgré
tout.
Ce n'était pas grand-chose,
mais peut-être était-ce ce qui faisait vraiment la
différence.
Ça, et la qualité nouvelle
du silence de Sasuke, qui comme tout le reste ne faisait pas grand
sens, mais le touchait plus qu'il n'aurait pu l'expliquer.
---
La suite du voyage jusqu'à Kaga
se passa sans encombre. Sasuke avait repris sa place à l'avant
de l'équipage, ouvrant la route et surveillant les alentours
sans en avoir l'air. Naruto marchait le long de l'attelage,
plongé dans ses propres pensées moroses et totalement
inadaptées à "l'état d'esprit mission"
qu'il était sensé cultiver. Il n'avait jamais été
très doué pour cela, entre autres choses. Les missions
d'anbu étaient une chose, mais durant les missions longues
et chiantes comme celle-ci, il avait bien plus de mal à
conserver sa concentration de manière permanente.
Lorsqu'elle n'était pas
auprès de sa maîtresse, Takara-san vint parfois marcher
à ses côtés, et Naruto lui en fut vaguement
reconnaissant car durant ces moments il n'avait pas d'autre choix
que de sourire et discuter.
La qualité de l'attention que
lui portait la jeune femme avait sensiblement changée. Soit
elle avait été plus effrayée qu'elle n'avait
voulu l'admettre, soit leur prestation l'avait très
favorablement impressionnée.
En toute autre occasion Naruto aurait
été ravi du surcroît d'attention, mais cette
fois là la présence trop proche de la jeune servante ne
faisait de manière assez inexplicable que lui mettre les nerfs
à fleur de peau. C'était logique : avoir une
civile –aussi séduisante et intéressée
soit-elle- gluée à lui lors d'une mission comme
celle-ci alors qu'ils étaient déjà en
sous-nombre n'avait rien d'idéal… Mais cela n'expliquait
pas pourquoi lui qui aurait en temps normal été prêt
à tout pour la moindre miette de reconnaissance et d'intérêt
n'y trouvait aucun plaisir. Il répondait en automatique,
débitait plaisanteries et histoires de missions et riait aux
exclamations effrayées qu'elle poussait aux bons moments,
mais ne parvenait pas réellement à s'intéresser
à elle.
C'était la faute de Sasuke,
comme tout ce qui n'allait pas dans sa vie ces derniers temps,
avait-il finalement décrété.
Il avait cru que la coopération
hésitante entre eux lors de la préparation de la
mission avait été un signe de retour à la
normale, et il s'était apparemment trompé. Mais il
semblait que cela lui arrive souvent –bien trop- dès lors
que ce connard de Sasuke était concerné.
Oh, ils ne se battaient plus, autant à
cause de leur couverture que parce qu'ils ne pouvaient se permettre
de mettre en danger leur efficacité en cas de combat en se
blessant… Mais la familiarité confortable qui avait mis tant
de temps à s'établir entre eux avait disparu en même
temps que le semblant d'équilibre dans leurs rapports.
Naruto avait l'impression d'être retourné en
l'espace d'une semaine près de trois ans en arrière,
quand Sasuke n'avait été qu'un étranger aux
yeux froids qu'il avait fallu réapprivoiser, quand il avait
fallu lutter pendant des mois et des mois avec des fragments de liens
endommagés et les assembler en quelque chose qui fasse sens,
qui soit un minimum viable.
Mais…
Non à vrai dire. Ce n'était
pas tout à fait exact. Le Sasuke de cette époque-là
avait été délibérément froid, le
plus distant possible. Il s'était débattu tout le
long du processus avec une assiduité obstinée et une
mauvaise volonté évidente, rendant clair pour tout le
monde que s'il avait eu le choix il n'aurait pas été
là du tout.
Et puis à l'époque il
n'y avait pas eu l'écho dérangeant de la moindre
tension sexuelle entre eux, évidemment.
C'était différent
aujourd'hui.
Sasuke était fermé comme
une huître, silencieux et coupant. Mais il n'était pas
hostile
comme il pouvait l'être avec une facilité odieuse.
Si Naruto avait dû essayer de
qualifier son comportement –ce qu'il n'avait aucunement
l'intention de faire- il aurait pu dire que Sasuke était
attentif. Attentif
à quoi dieuseul
le savait, mais au-delà de l'habituelle froideur et du
silence qui était lui inhabituel même selon les critères
peu élevés du Uchiha, il y avait une attention étrange
et sombre, focalisée. La plupart du temps elle était
tournée vers l'intérieur, et Naruto ne pouvait qu'en
saisir des fragments, des intuitions lorsque le masque vacillait un
instant et qu'il avait l'impression d'avoir surpris quelque
chose mais que l'impression fugace, la peine fantôme
disparaissaient dès qu'il essayait de les confronter dans le
regard noir de Sasuke.
C'était comme une ombre dans sa
vision périphérique, qu'il pensait presque pouvoir
déchiffrer lorsqu'il l'accrochait du coin de l'œil,
mais lorsque qu'il se tournait pour la regarder de face il n'y
avait rien, que le visage impassible et dur de son équipier.
Mais ce n'était pas une
impression, il en était certain. Parce que Sasuke le
regardait.
S'il avait été incapable
s'en rendre compte lorsque quelqu'un l'observait il aurait fait
un bien piètre anbu. Mais dans le cas présent cela
n'avait que peu d'importance, parce que Sasuke ne se dissimulait
pas.
Parfois le poids brûlant d'un
regard sur sa nuque ou son dos alors qu'il vaquait au camp le soir
ou qu'il discutait avec O-kana le faisait se retourner, et Sasuke
était là, visage fermé et indéchiffrable,
l'observant avec une intensité dérangeante que Naruto
n'arrivait pas à interpréter. Comme s'il cherchait
quelque chose, ou examinait une découverte à laquelle
il ne s'attendait pas. Ou alors il se demandait ou il pourrait bien
cacher le corps une fois qu'il l'aurait tué. C'était
une possibilité aussi, avait décidé Naruto avec
un amusement cynique qui lui ressemblait fort peu.
D'une certaine manière cela lui
rappelait le regard de Sakura lorsqu'elle le soupçonnait
d'avoir fait quelque chose de très stupide et qu'elle
additionnait mentalement les indices en attendant qu'il se
trahisse.
Lorsqu'il se retournait Sasuke ne
réagissait pas, ne détournait pas précipitamment
le regard. Comme si être pris en flagrant délit de
dissection visuelle intensive n'avait pas vraiment d'importance.
Il ne soutenait pas non plus le regard de Naruto, avait ignoré
son expression interrogative les premières fois que c'était
arrivé. Il restait simplement là à
le fixer avec une attention presque douloureuse, et c'est seulement
au bout de quelques minutes supplémentaires que la
focalisation se déplaçait et que l'Uchiha reprenait
ce qu'il était en train de faire, avec la même
concentration et la même expression fermée que s'il
n'avait pas passé cinq minutes à examiner Naruto
comme une bête curieuse.
Les trois premières fois l'anbu
blond avait laissé filer, mettant ce comportement
étrange sur le compte d'une bizarrerie Sasukesque. La
situation n'était évidente pour aucun d'entre eux
–ou du moins pas pour Naruto,
parce qu'à part les
Regards et un silence plus prononcé qu'a l'accoutumé
Sasuke se comportait exactement comme le connard hautain et
égocentrique qu'il avait toujours été- et il
était prêt à accepter quelques flottements le
temps que les choses reprennent une apparence de normalité.
Les trois ou quatre fois suivantes il
avait demandé à Sasuke ce qui se passait, sans obtenir
d'autre réponse qu'un coup d'œil inexpressif.
Naruto avait été déterminé
à être patient et à ne pas recourir à la
violence –parce qu'étrangler son partenaire sous les yeux
ébahis des civiles qu'ils étaient censés
protéger n'était pas une attitude très
professionnelle- et avait même réussi à garder
son vocabulaire et le degré de décibels à un
niveau tout à fait acceptable.
Mais il était en train de devenir
paranoïaque, vraiment.
Il leur avait fallu cinq jour pour
accomplir un trajet qui ne leur en aurait demandé qu'à
peine une demi-journée en temps normal. Ils allaient
lentement, plus encore que prévu car O-kana supportait mal les
cahots, et il ne se passait rien. Juste Sasuke et ses Regards.
L'intermède avec les bandits des grands chemins n'avait
fait que lui apporter une décharge d'adrénaline qu'il
n'avait même pas pu ventiler correctement.
Il était profondément et
durablement énervé contre Sasuke et son mutisme, Sasuke
et son mépris total des autres, Sasuke et son comportement qui
n'avait absolument aucun sens, Sasuke et sa manière fluide
et dangereuse de bouger, avec la grâce un fauve en chasse.
Il était frustré,
et l'admettre ne serait-ce qu'à lui même ne faisait
que l'énerver un peu plus.
Il en était arrivé au
point ou plus qu'une attaque ennemie il guettait le frôlement
du regard de l'autre contre sa peau comme il aurait attendu la
morsure de la lame dans un combat. Dans son radar interne la présence
de l'Uchiha apparaissait comme un point lumineux à
l'intensité insistante, et il s'attendait à chaque
instant à ressentir le picotement presque douloureux dans sa
nuque.
Cela faisait presque une demi-journée
depuis la fois précédente et il n'était
toujours pas sûr de la réaction à avoir contre
que qui après tout n'était qu'un regard.
Ce dont il était certain par
contre, c'est qu'il ne le supporterait pas beaucoup plus
longtemps.
Le regard de Sasuke le mettait mal à
l'aise, le provoquait d'une manière dont aucun regard
n'aurait dû être capable.
Il avait été prêt à
faire comme si rien ne s'était passé afin de ne pas
mettre en danger le déroulement de la mission, parce que
c'était Sasuke et que sa présence était dans
l'absolu plus précieuse que n'importe quelle divagation
sur la peau pâle de son cou -d'où avait d'ailleurs
presque totalement disparu la trace du suçon- ou sur la
manière dont son T-shirt censé le faire passer inaperçu
soulignait de manière tout à fait inappropriée
les muscles de son dos lorsqu'il tendait les bras en avant.
Mais fidèle à lui-même
Sasuke ne rendait pas les choses faciles.
-
Avec un soupire Naruto donna un coup de pied distrait dans une pierre qui alla rouler une dizaine de mètres plus loin contre un arbre, s'attirant un regard curieux de Takara.
La jeune femme était assise sur
le bord de la voiture, ses jambes pendant à l'extérieur
par la porte ouverte, et elle discutait à mi-voix avec sa
maîtresse.
Ils approchaient des faubourgs de Kaga,
et la route était plus achalandée à présent
que les chemins se rejoignaient, les forçant à se
rassembler. Sasuke ne marchait à présent plus qu'à
quelques mètres de Naruto, de l'autre côté de
la calèche. Le surcroît de monde sur la route les
rendait bien moins visibles, mais aussi plus vulnérables à
une attaque surprise, et les deux ninjas étaient sur le qui
vive, évaluant sans cesse les alentours.
Ils avaient croisé des paysans à
pied, transportant des denrées périssables dans de
grands paniers tressés, avaient marché un temps avec un
médecin de campagne jusqu'à ce que l'homme s'arrête
dans une auberge pour proposer ses services. Il y avait aussi
beaucoup de civils, remarqua Naruto avec surprise. Des jeunes filles
en groupe, des familles sur leur trente et un…
« Haaa… Quel dommage que
nous ne puissions pas nous arrêter un jour de plus à
Kaga… » Takara soupira avec grandiloquence. Au fur et à
mesure qu'ils s'étaient rapprochés de la ville elle
était devenu plus agitée, n'avait cessé de
monter et de descendre de la voiture. « Je n'en peux
plus. Je tuerais pour un futon et un bain chaud… O-Kana ne devrait
pas voyager dans de telles conditions, Ojiro-san à raison. Ce
n'est qu'un vieux râleur, mais dans ce cas précis il
a raison. »
« Takara… » Du
fond de la voiture O-kana protesta avec une inflexion amusée.
« Laisse donc le vieil homme en paix, il ne fait que son
travail. » Elle soupira. « Mais tu as raison,
je pense que de l'eau chaude me ferra le plus grand bien. »
Sa voix était un peu tendue, et
après un coup d'œil circulaire pour vérifier que les
alentours étaient dépourvus de menace immédiate,
Naruto se rapprocha de la calèche.
« Vous vous sentez bien
O-Kana ? Si vous voulez on peut s'arrêter pour que vous
puissiez vous reposer, c'est que le milieu de l'après-midi,
et il nous reste à peine une heure de route avant Kaga… »
La jeune femme secoua la tête.
« Ce ne sera pas nécessaire
Naruto-san. Ce ne sont que des douleurs au dos dues au poids du bébé
et aux cahots du voyage. Ça ira mieux lorsque nous serons
arrivés. Inutile d'inquiéter Ojiro, il en fait bien
assez ainsi.»
« Vous êtres sûre
? On peut ralentir l'allure pour réduire les cahots si vous
voulez… »
Elle avait l'air fatiguée en
affirmant que non, ça irait, mais le ninja fini par acquiescer
docilement. Il aimait bien O-kana. Elle n'était pas une
vieille gargouille exigeante comme la plupart des clientes qui
prenaient grand plaisir à souligner qu'elles avaient le
pouvoir et l'argent nécessaires pour se payer des ninjas –de
préférence jeunes, mâles et musclés- , et
qui semblaient ne pas comprendre que lorsque la sécurité
était concernée c'était eux
qui donnaient les ordres…
O-kana n'était pas ainsi, ne cherchait pas a tout pris à
établir son pouvoir, et les rares fois ou elle ordonnait quoi
que ce soit, elle donnait l'air d'en être certaine à
cent pour cent. Elle avait une classe qui laissait admiratif malgré
sa fragilité physique, et sous le comportement calme et apaisé
Naruto sentait en elle un noyau solide, un courage et une
volonté qui n'étaient pas apparents au premier abord
mais transparaissaient dès qu'on la côtoyait.
Et puis l'idée qu'elle était
enceinte le fascinait, il devait l'avouer.
C'était une bonne chose au
final. Si en plus d'un équipier asocial, d'une pénurie
gravissime de ramens et d'un manque irritant d'exercice il avait
eu à supporter des clients odieux, il n'aurait sans doute
pas tenu le coup et pété les plombs au bout du deuxième
jour…
Un groupe de jeunes filles en kimono et
tenues traditionnelle les dépassa en riant. La plupart d'entre
elles portaient des lampions éteints ou des moulins à
vent en papier. Elles jetaient des regards en coin à Sasuke,
et après que l'une d'elles eut murmuré quelque
chose, leurs regards se posèrent aussi sur Naruto qui les
ignora après avoir décidé qu'aucune d'entre
elles ne portait de kunaïs dans ses manches.
« Je me demande pourquoi il y
a tant de monde. C'est un festival ? »
Takara étouffa un éclat de
rire.
« Un festival ? C'est
la Courte Nuit ce soir Naruto-san. Évidemment qu'il y a un
festival. »
De l'autre côté de la
calèche Naruto fut certain que Sasuke levait les yeux au ciel
avec une expression atterrée, et il se sentit vaguement
ridicule. Comment diable avait-il fait pour oublier la date du plus
grand festival de l'année dans tout le pays du Feu ?
La nuit du solstice d'été
c'était le festival du Feu, et la fête durait tant que
vivait la nuit. On allumait un brasier au centre des villages, et
celui-ci était alimenté jusqu'à ce que les
premiers rayons du soleil tombent sur lui. Seulement alors la Courte
Nuit était finie, et les derniers fêtards abandonnaient
les rues pour aller dormir du sommeil de l'ivrogne, sinon du juste.
Même Naruto qui fuyait pourtant
les festivals comme la peste devait admettre que celui-là
était spécial.
L'année précédente
il avait laissé Sakura l'y traîner dans l'espoir un
peu vague qu'elle entende cette sortie comme un Rendez-vous (avec
le R majuscule s'il vous plait). Il avait vite abandonné
l'idée quand ils avaient été rejoint par Kiba
et Hinata, et un peu plus tard par Lee, Ino et quelques autres.
Sakura avait même réussi l'exploit d'extraire Sasuke
de son appartement et il leur avait fait l'insigne honneur de son
silence stoïque pendant presque deux heures. Naruto ne savait
d'ailleurs toujours pas quel genre de menaces leur équipière
avait utilisé pour le convaincre de venir…
Il avait passé une soirée
étonnamment agréable cette année-là,
découvrant pour la première fois un festival avec la
compagnie confortable de ses amis, et non seul, supportant les
regards en coin signifiant que sa présence gâchait la
fête, ou errant livré à lui-même entre les
stands et les échoppes tandis qu'Ero-sennin dépensait
son argent en compagnie de sylphides dévêtues…
Pas de festival cette année
visiblement… il aurait pourtant accueilli avec plaisir
l'opportunité de se changer les idées.
« O-kana, souhaiterez-vous
aller au festival ? » Takara était de nouveau
rentrée auprès de sa maîtresse, mais elle cachait
mal son agitation. « Cela vous distrairait un peu du
voyage… »
Ha… festival finalement ? Mais
en mission, et en compagnie de Sasuke. Hum. Ce n'était
peut-être pas une idée si stratégique que ça
tout bien réfléchi. À vrai dire il n'avait
certainement pas besoin de distraction supplémentaire... Il
avait suffisamment de mal à se concentrer sur la mission sans
en rajouter…
Depuis l'avant de l'attelage,
Ojiro-san qui tenait la bride de la mule se retourna vers eux.
« C'est une mauvaise idée.
O-kana devrait se reposer et non pas se mêler à la foule
de jeunes godelureaux à moitié ivres qui va envahir les
rues cette nuit. Ce voyage est déjà difficile pour
elle, elle n'a pas besoin de fatigue supplémentaire ! »
Du fond de la voiture O-kana éclata
d'un rire clair. « De jeunes godelureaux ? Vous
êtes bien dur Ojiro… N'allez donc pas prétendre que
vous n'avez jamais participé à la fête… »
Le médecin renifla avec mépris.
« Ce que j'ai fais ou pas
lorsque j'était plus jeune et considérablement moins
sage n'est pas le sujet O-kana, » gronda-t-il d'une
voix bourrue. « Le problème est que vous avez déjà
du mal à supporter le trajet, et que si vous sortez ce soir,
la fatigue rendra le voyage beaucoup plus difficile pour vous
demain… »
« Oh… Juste un peu
Ojiro-san… Se promener dans le festival et regarder les animations
et les feux d'artifice n'est pas si terrible… Vous ne pouvez
pas cloîtrer O-kana ainsi… » Takara se faisait
suppliante, usant de son meilleur regard de chiot battu et glissant
un peu de déception et de reproche dans sa voix claire… Elle
devait avoir vraiment envi d'y aller…
« Hé bien… Je me
sens un peu fatiguée, mais marcher détendra
certainement mes muscles, » fit calmement remarquer sa
maîtresse en dissimulant un demi-sourire. « Rester
immobile dans cette voiture n'est pas très agréable… Et
Takara à raison, le festival rompra agréablement la
monotonie du voyage… » Son regard passa discrètement
de Sasuke à Naruto. « Qu'en pensez vous ? »
Sasuke ralentit et vint se mettre à
hauteur de son équipier tout en restant de l'autre côté
de l'attelage. Ils échangèrent un long regard
strictement professionnel, et Sasuke fini par pencher la tête.
« La foule ne risque-t-elle
pas de vous indisposer ? »
Sous entendu La
foule risque de rendre la surveillance difficile.
« Ba… Pas plus que sur la
route, » balaya par réflexe Naruto, décidé
à le contredire juste pour le principe. Ça ne valait
certes pas un bon combat, mais on se distrayait comme on pouvait.
« Au contraire même, la foule nous noiera… »
« Nous pourrons toujours
rentrer s'il y a trop de monde… »
« Hn. »
Même si la sécurité
n'était pas vraiment le risque, Sasuke n'avait pas l'air
beaucoup plus enthousiasmé que Naruto par la perspective du
festival.
« Tout le monde va y
aller ! » plaida Takara en direction du ninja brun.
Elle avait visiblement réalisé que la décision
finale viendrait de lui. « Et nous on va rester enfermé
à l'auberge ? »
Les deux jeunes hommes échangèrent
un nouveau coup d'œil. Elle avait un point. Qu'au moins certains
d'entre eux ne sortent pas risquait d'attirer l'attention.
« Personne ne voyage le matin
de la Courte Nuit, » fit finalement remarquer Naruto à
contrecœur. Autrement dit, s'ils ne voulaient pas se faire
remarquer, ils ne pouvaient de toute manière pas partir trop
tôt.
Sasuke haussa finalement les épaules.
« Si cela vous fait plaisir
et qu'Ojiro-san n'y voit pas d'objection ma Dame… »
Naruto grogna entre ses dents.
La loi Murphy s'était faite
discrètes ces derniers jours, mais il ne fallait pas tenter le
destin… Et quelque chose lui disait que se rendre au festival ce
soir serait comme agiter un drapeau rouge en direction de toutes les
Puissances Cosmiques susceptibles de vouloir lui pourrir la vie.
Mais enfin bon, ce n'était pas comme si Uzumaki Naruto, futur Hokage de Konoha, avait jamais été du genre à se laisser arrêter par quelque chose d'aussi rasoir que la fatalité ou les probabilités.
---
Lorsqu'ils entrèrent dans Kaga,
les rues grouillaient de monde, et des groupes hétéroclites
se croisaient dans un joyeux vacarme et un chaos enthousiaste. Les
ouvriers finissaient de dresser les dernières échoppes,
et des gamins escaladaient les lampadaires pour accrocher banderoles
et fanions colorés sous la supervision de quelques adultes.
Deux fillettes virent presque se jeter
dans les jambes de Naruto avant de repartir en courant l'une après
l'autre avec des rires aigus et ravis. Des odeurs de grillades
s'élevaient déjà des échoppes en plein
air, se mêlant à celles des épices et des
pâtisseries. Les marchants interpellaient les nombreux
passants, leur proposant des fruits coupés, des sucreries ou
plus de variété de bento que Naruto n'était
capable d'en imaginer.
Malgré lui le jeune homme sentit
s'alléger son humeur morose. Il était difficile de
résister à la bonne humeur et à l'affairement
général…
De l'autre côté de la
voiture, une jeune femme au sourire vif arrêta Sasuke pour
essayer de lui vendre des herbes cueillies le matin même,
symboles de prospérité et fertilités. Le jour du
solstice détenait après-tout un pouvoir particulier, et
les couples qui souhaitaient concevoir s'en donnaient à cœur
joie durant la Courte Nuit, après avoir consommé des
décoctions de végétaux divers cueillis à
l'aube le jour même… La vieille voisine qui habitait au
rez-de-chaussée de l'immeuble de Sakura essayait chaque
année d'en faire avaler à la jeune femme, provoquant
généralement l'amusement sans fin de Naruto, une
micro contraction vers le haut de la commissure des lèvres de
Sasuke, un coup de poing de Sakura sur la tête du blond, et une
œillade discrète de cette dernière en direction de
l'Uchiha.
Avec un sourire énorme le jeune
homme regarda Sasuke, armé de son expression la plus
impassible, décliner successivement les plantes, les sachets
d'infusion, puis la proposition de vérifier leur efficacité
avec la vendeuse.
Quand le brun eut réussi à
éconduire la jeune femme en yukata court –qui lui envoya du
bout des doigts un baiser avant de partir à l'assaut d'un
autre client potentiel-, Naruto ricanait entre ses dents et s'était
penché vers Takara pour murmurer un commentaire gouailleur à
son oreille. La jeune femme pouffa et sourit malicieusement.
« Et avec moi Sasuke-san,
vous voudriez les essayer ? »
Le brun ne se laissa pas démonter,
mais un bref coup d'œil furieux à Naruto informa ce dernier
qu'il paierait pour cette trahison, plus tard. Quelque chose
d'étrange se tordit dans le creux du ventre de Naruto.
C'était la première fois depuis le début du
voyage qu'il parvenait à faire réagir Sasuke.
Bon, en toute honnêteté il
n'avait pas vraiment essayé.
S'il avait mis toutes ses considérables capacités
d'irritation à provoquer une réaction quelconque de
Sasuke il aurait sans doute pu… Il ne l'avait pas fait parce que
le contexte mission se prêtait mal –voir pas du tout- au
genre d'effets collatéraux avec stupeur et tremblement
qu'impliquaient le fait de réellement faire sortir de ses
gonds Sasuke Uchiha.
Et puis il n'avait pas été
d'humeur tout simplement. Leurs rapports s'étaient certes
considérablement détendus et normalisés depuis
le retour de Sasuke (civilisés
aurait dit Sakura avec une
expression désapprobatrice sur ses traits calmes avant de
lever les yeux au ciel et de demander aux Dieux pourquoi ils
l'avaient dotée de deux mules au crâne aussi dur l'une
que l'autre à la place de coéquipiers -puis de les
frapper la forme). Mais en temps normal, même s'ils
n'étaient plus en état de guerre ouverte et
permanente, une semaine se passait rarement sans un accrochement ou
deux entre eux, déclanché par l'un ou l'autre, ou
parfois les deux d'un commun accord –si on lui en avait demandé
la raison, Naruto aurait répondu que c'était parce
que Sasuke était un imbécile rigide sans aucun sens de
l'humour. Il aurait su que c'était faux d'ailleurs,
parce que contrairement à ce que l'on aurait pu croire et
aussi étonnant que cela puisse paraître Sasuke avait
un sens de l'humour. Un humour sombre et cynique d'ailleurs, et
excessivement tourné contre Naruto, mais un sens de l'humour
quand même, et la capacité encore plus étonnante
(et cela dit assez rare) de l'utiliser pour autre chose que railler
ou blesser.
Si on avait posé la question à
Sasuke… Qui sait… Il aurait sans doute haussé les épaules,
ou fait remarquer d'un ton plat que Naruto était
après tout un idiot
bruyant et orange –et cela aurait effectivement tout expliqué.
Les accrochages restaient la plupart du
temps du domaine verbal, mais cela leur arrivait de dégénérer
en bon vieux pugila qui se finissaient chez Ichiraku –lorsque
Sasuke concédait ou était trop exaspéré
pour supporter une nouvelle argumentation- ou dans une échoppe
à sushi.
Le temps passant les disputes avaient
plus rarement dégénérée en combats de
grande ampleur même s'il leur arrivait d'avoir des disputes
explosives qui se réglaient sur les terrains d'entraînement.
En fait à présent qu'il y pensait, depuis un moment
la plupart de leurs accrochages aussi mordants soient-ils relevaient
presque autant de l'habitude, d'une sorte de routine presque
confortable, que d'une irritation réelle, d'un achoppement
entre leurs deux tempéraments intransigeants. Les disputes
étaient normales. En
plus d'être un résultat presque mathématique de
l'obstination de Naruto et de la volonté implacable de
Sasuke, elles garantissaient… Elles garantissaient beaucoup de
choses à vrai dire.
Pour lui elles étaient la preuve
que Sasuke était là.
Il était là, il était vivant et seul
propriétaire de son corps, –parfois, la nuit les cauchemars
le ramenait à ce jour là, au sourire étranger au
visage de Sasuke, à ce maniérisme corporel qui n'était
pas le sien… il mettait beaucoup de volonté à oublier
ces rêves là, à ne pas même y penser- et
tant qu'il se battaient il était certain de la présence
de l'Uchiha, du fait qu'il ne repartirait pas.
Elles garantissaient la survie du pacte,
parce qu'alors Sasuke pouvait prétendre que l'alliance
entre eux était éminemment rationnelle,
qu'elle n'était en aucun cas, pas même un tout petit
peu, l'expression d'un moindre désir personnel d'être
là plutôt qu'à s'entraîner seul
ailleurs. Qu'il n'avait aucun cas le moindre fragment de
faiblesse, de besoin de chaleur humaine. Elles lui permettaient de ne
pas baisser sa garde, et de ne pas se voir devenir faible coincé
entre les présences de ses équipiers. Elles gardaient
la lame nue et acérée. Alerte.
C'était ainsi que fonctionnait
Sasuke, ils l'avaient compris. Et aucun d'entre eux n'aurait
osé remettre cela en cause. Parce que si les choses en étaient
venu là, s'ils avaient insisté, argumenté,
pressé de trop près, le risque aurait été
réel qu'ils mettent à jour la possibilité
aussi infime soit-elle qu'Itachi ne reste pas le premier, que les
propres désirs de Sasuke s'imposent ne serait-ce que de
manière infime sur ce qui devait
êtrefaitpour garantir qu'il puisse
tuer son frère…
Et alors… Si les choses en étaient
venu là, s'il avait dû choisir entre eux et l'absolu
de sa mission… Sasuke serait parti immédiatement, sans la
moindre hésitation.
Jamais depuis trois ans ils ne s'étaient
battu comme ils l'avaient fait une semaine auparavant. Et jamais
auparavant les provocations et accrochages n'avaient cessé
de manière aussi radicale. Sasuke n'avait pas réagi à
des situations qui auraient provoqué des commentaires
assassins ou même un haussement de sourcils exaspéré.
Et malgré leur efficacité en mode "mission", malgré
la manière dont Sasuke avait réagi lors du bref combat
deux jours plus tôt et les Regards étranges cherchant
quelque chose, de paire avec la froideur et le silence soudain de
Sasuke s'était installée une trêve totale des
affrontements verbaux ou des accrochages quelqu'ils soient.C'était anormal, c'était
frustrant, et de manière tout à fait irrationnelle,
cela manquait presque à Naruto. Il s'ennuyait, et Sasuke
s'éloignait.
La réaction de Sasuke à
une pique somme toute inoffensive était étrange. Mais
s'il rompait la trêve des affrontements et que les choses
avaient une chance de revenir à la normale…Quoique, si on se fiait à Murphy
c'était plus probablement le signe d'une nouvelle
explosion plus ou moins imminente et son optimisme n'était
sans doute pas très bien placé… Youpi…
Depuis le temps Naruto était immunisé contre le pouvoir de transmission d'énergie négative en un seul coup d'oeil de Sasuke qui pouvait faire reculer même les ninjas les plus aguerris –ce qui n'était pas le cas de Takara qui tressailli instinctivement quand le Regard brûlant la frôla. Il se contenta de répondre au Regard par un haussement inquisiteur des sourcils et un regard clair et innocent qui demandait "Qui ça ? Moi ?".
« Vous savez pourquoi nous
sommes là Takara-san, » souffla sèchement
Sasuke de manière à ce que seule la jeune femme et
Naruto l'entendent. « Nous n'avons pas de temps ni
d'attention à perdre avec ce genre de futilité. »
Takara soupira et se pendit au bras du
jeune homme avec un clin d'œil amusé à Naruto.
« Haaa… Vous êtes presque pire qu'Ojiro-san…
Vous devez apprendre à vous détendre Sasuke-san ! »
« C'est ce que je passe mon
temps à lui dire… »
Tout en continuant de surveiller la
foule Naruto eut un sourire en coin qui s'effaça net
lorsqu'il réalisa le double sens particulièrement
évident de sa remarque.Une œillade en coin lui apprit que son
équipier n'avait Dieu merci probablement pas relevé
la réflexion.
Avec un petit haussement d'épaule
la jeune femme lâcha le bras de Sasuke, mais le regard de
Naruto s'attarda brièvement sur le profil de son équipier,
cherchant Dieu sait quoi. Il y avait eu quelque chose dans le ton de
Sasuke, une irritation peu caractéristique qui avait attiré
son attention en plus de la réaction. Tout en surveillant du
coin de l'œil un homme portant sous le bras ce qui aurait pu être
une épée enveloppée de tissu, Naruto détailla
l'apparence et le langage corporel de Sasuke.
Sakura avait soigné d'autorité
le bleu qui lui mangeait la mâchoire avant leur départ.
Ils ne voulaient pas attirer l'attention, et l'artistique
ecchymose qui mélangeait des teintes de violacé, jaune
ou brun laissé par Naruto aurait été à
peu près aussi efficace qu'un panneau annonçant "Hé
ho, regardez les mecs, je me suis battu !"
En toute apparence le jeune homme était
égal à lui-même, même si après cinq
jours l'absence de tout équipement ninja ne cessait toujours
pas de surprendre Naruto.
Pendant longtemps même après
son retour Sasuke n'avait pas porté de bandeau frontal, et
l'absence de ce dernier n'était donc pas excessivement
choquante. Par contre voir Sasuke sans sa bien aimée Kusanagi
ni la moindre arme restait déstabilisant. Et puis évidemment
il y avait le T-shirt noir que portait le jeune homme.
Naruto avait été stupéfait de découvrir que Sasuke ne l'avait pas jeté mais au contraire gardé dans un coin de son armoire et, plus étonnant encore, ressorti pour les besoins de la mission. Mais après tout Sasuke n'avait pas tant de vêtements civils que ça, il n'aurait vraiment pas dû être aussi surpris, et certainement pas aussi étrangement satisfait quand il avait vu que Sasuke le portait.
Il ne s'y était pas attendu
quand il avait cavalièrement lancé le paquet à
Sasuke pour son anniversaire l'année passée. Il ne
s'était certainement pas attendu à ce que le jeune
homme partage sa conviction que le T-shirt lui était
cosmiquement destiné –ce qui avait effectivement été
le cas Sasuke n'ayant aucun sens de l'humour-, mais il s'était
encore moins attendu à ce que l'Uchiha le porte un jour…
-ce qu'il était manifestement en train de faire.
Avec un plissement amusé des
lèvres il contempla l'objet du délit. Sa première
impression avait été la bonne : le t-shirt et
Sasuke étaient fait l'un pour l'autre.
À vrai dire c'était un
bout de tissu plutôt banal de coton noir, mais sur la poitrine
des kanji blancs élégamment tracés proclamaient
"Si je me met à
sourire, fuyez".
De l'humble avis de Naruto, c'était
parfaitement approprié. Un peu triste, férocement
ironique, mais vrai.
Il suivit des yeux l'homme portant
l'épée potentielle quand celui-ci disparu dans une
ruelle, examina avec application les fenêtres surplombant la
rue à l'affût du moindre indice indiquant un risque.
Puis il reporta son attention sur
Sasuke.
Ce n'était pas vraiment le
t-shirt qui l'intéressait… Sasuke était bizarre.
C'est-à-dire encore plus que d'habitude –ce qui
commençait à faire vraiment beaucoup-, et d'une
manière subtilement différente de celle induite par les
Regards. Il était soudainement tendu, et quand au terme d'un
balayage d'observation son regard noir croisa celui de Naruto ils
s'observèrent un instant en silence. Puis Sasuke fronça
légèrement les sourcils, la ligne de ses lèvres
se crispa, et il détourna les yeux pour poursuivre sa
surveillance.
Hum.
Il y avait définitivement quelque
chose. La question était à présent de savoir
quoi, et plus important, de déterminer s'il avait vraiment
envi de savoir… Il n'en était pas si certain que ça.
-
Takara s'éloigna un instant et
revint portant des brochettes étranges, piquées d'un
enfilement de pâtes blanchâtre enrobant dieux sais quoi.
Avec un sourire elle en tendit une à
Ojiro-san qui l'accepta en marmonnant un commentaire sur les caries
avant de contourner l'attelage et d'en tendre une à O-kana
par la portière puis une troisième à Sasuke qui
haussa un sourcil mais attrapa la brochette sans rien dire –et sans
faire mine d'en prendre la moindre bouchée. Enfin elle vint
marcher à côté de Naruto et lui tendit la
quatrième brochette tout en mordant dans la sienne. Le blond
attrapa le bâtonnet avec une œillade curieuse et un grand
sourire, et renifla les aliments avant de goûter d'un coup de
langue prudent.
« Hé, c'est super
sucré ! Merci Takara… » Il se pencha vers la
voiture et adressa un grand sourire à O-kana. « On
arrive bientôt à l'auberge, encore quelques rues. »
Ils avaient convenu de loger dans une
auberge que Naruto connaissait pour y avoir passé quelques
nuits avec ero-sennin des années auparavant. Même s'ils
se souvenaient de lui ce serait en tant que gamin accompagnant son
grand-père excentrique (ha !), et le service était
de qualité et discret pour un prix somme toute fort
raisonnable que les finances de leur couverture leur permettait de se
payer.
« Enfin ! »
soupira Takara, « je n'en pouvait plus, et- »
Naruto n'entendit pas la suite de sa
phrase, parce que son attention s'était soudain focalisée
vers la foule devant eux, et sur les trois auras discrètes qui
remontaient la rue dans le sens contraire au leur.
Son regard croisa celui de Sasuke qui
lui renvoya comme un écho sa tension et son alerte soudaines.
La main de Sasuke se crispa et il frotta son pouce et son annulaire
d'un geste d'apparence machinale. Le blond répondit au
signal par un signe d'accord imperceptible en repoussant quelques
mèches contre son oreille, et continua à marcher comme
si de rien n'était malgré la tension soudaine.
-
Celle-ci retomba lorsque les ninjas
qu'ils avaient sentis furent en vue.
Il ne manifesta aucun signe de
reconnaissance, mais du coin de l'œil il constata que la posture
de Sasuke se relaxait insensiblement.
À une vingtaine de mètres
en face d'eux, Kiba passa familièrement son bras autour de
la taille fine d'Hinata pour attraper la manche de Shino dans le
même mouvement. Avec un éclat de rire il tira dessus
pour attirer l'attention de son équipier et se pencha contre
la jeune femme avant de murmurer quelque chose : Hinata rougit
légèrement et Shino haussa un sourcil qui était
probablement sarcastique. Akamaru trottinait d'une foulée
souple quelques pas derrière son maître la truffe au
vent, l'air particulièrement intéressé par un
marchand de grillades.
Quelques mètres plus loin le
regard masqué de Shino passa sur eux sans ralentir, mais trois
pas plus tard sa main vint frôler celle d'Hinata, articulant
un signe rapide dans la paume tandis que son visage se tournait vers
celui de Kiba et qu'il articulait silencieusement une syllabe
masquée par le haut de son col.
En bons ninjas ni l'Inuzuka ni Hinata
ne laissèrent rien transparaître, et quand ils se
croisèrent finalement seul le regard blanc de la jeune femme
passa brièvement sur eux, indifférent.
---
Ils atteignirent l'auberge sans
problème ni nouvelle rencontre, et tandis que Takara aidait
O-kana à descendre de la voiture et que le vieil homme
dételait Grise, Naruto rejoignit Sasuke pour décharger
la malle contenant les effets de la jeune femme.
« À ton avis qu'est-ce
qu'ils faisaient là ? »
Sasuke haussa les épaules et se
pencha pour saisir l'une des poignée, masquant dans le
mouvement sa bouche à tout observateur potentiel.
« Ils devaient rentre de
mission. C'est probablement un hasard, ils n'ont fait aucun
signe. »
Naruto acquiesça en silence et
attrapa l'autre poignée. L'avis de Sasuke rejoignait le
sien. Après tout, avec l'allure d'escargot à
laquelle ils se déplaçaient l'équipe Huit
aurait très bien pu faire cinq fois l'aller-retour entre
Konoha et Kaga le temps qu'ils atteignent la ville… Bande de
veinards…
Ils portaient leur habituelle tenue de
ninjas, mais leur comportement et le fait qu'ils n'aient pas pris
de mesure particulière pour masquer leur chakra avait
clairement indiqué qu'ils n'étaient pas en mission.
Ils en rentraient sans doute, et s'étaient arrêtés
en ville pour le festival.
Il n'était pas rare de croiser
des collègues lorsqu'on était en mission. Dans ce
cas-là, sauf signe pressant de la part d'une des équipes
la procédure était claire : il fallait s'ignorer.
C'était le meilleur moyen d'éviter de briser une
couverture ou d'attirer une attention malvenue sur la mission d'une
autre équipe.
Si l'équipe Huit avait prévu
d'aller au festival il y avait un risque pour qu'ils se croisent
de nouveau mais à présent qu'ils étaient
avertis de leur présence, le risque qu'ils brisent leur
couverture par un mouvement de reconnaissance instinctif était
à peu près nul.
Ils entrèrent dans l'auberge à
la suite d'O-kana et de la tenancière qui babillait avec
animation sur sa propre fille qui attendait son troisième
enfant.
Naruto jeta un nouveau coup d'œil à
Sasuke, et soupira. Il en avait marre, il voulait que les choses
redeviennent comme avant –et tant pis pour la peau pâle du
cou de Sasuke ou la manière dont le regard noir s'embrasait-
mais tant que durerait la mission il ne pourrait pas prendre le
risque d'essayer de déterminer ce qui n'allait pas.
Et lui-même perdait son équilibre
interne, sa focalisation et son centre, il le sentait. Il se laissait
trop aisément distraire et il était à présent
clair qu'au même titre que la guerre ouverte de la semaine
précédente, la situation actuelle entre eux n'était
pas viable non plus. Il fallait mettre les choses au clair, quelqu'en
soit le coût.
« Hé, Sasuke ? »
Le regard de son équipier resta
focalisé sur O-Kana, mais il tourna à demi vers lui.
« Quoi ? »
Une mèche noire déplacée
par le mouvement avait glissé et masquait ses yeux. Il secoua
la tête d'un air agacé pour dégager la mèche
et jeta un bref coup d'œil à Naruto qui s'était
immobilisé en même temps que lui pendant qu'O-kana
réglait l'aubergiste en avance et négociait pour
obtenir une chambre en rez-de-chaussée loin de la rue.
« Quoi ? »,
répéta-t-il quand Naruto se contenta de rester planté
là sans bouger. « Oh, Naruto… tu m'entends ?»
Il fronça très légèrement les sourcils.
« Crétin. »
L'insulte était suffisante pour
déclencher un réflexe de Pavlov parfaitement
conditionné, et l'expression vacante de Naruto fut chassée
par une grimace et un « Connard » toutefois
marmonné sans grande conviction. Sasuke haussa les épaules
et se détourna avec indifférence.
Ils déposèrent finalement
la malle dans la chambre qu'O-kana occuperait avec Takara, et
tandis que Sasuke partait reconnaître les lieux Naruto piégea
les fenêtres et surveilla du coin de l'œil les deux femmes
qui déballaient le minimum vital pour une nuit –bien plus
que Naruto n'en aurait utilisé pour trois jours.
Les femmes, vraiment…
Tout en examinant discrètement la
chambre voisine –qui par un coup de chance était inoccupée-
puis celle qu'il était censé occuper avec Sasuke et
Ojiro-san, il laissa son esprit examiner son étrange réaction
dans le hall de l'auberge.
S'il en avait douté avant il
pouvait à présent difficilement le faire : il
était déséquilibré. Il le voyait
clairement à présent… Ils n'auraient jamais dû
partir en mission sans avoir mis les choses au clair une fois pour
toute. Ils ne pouvaient pas continuer ainsi, c'était exclu.
Il
ne pouvait pas continuer ainsi. Les choses ne rentreraient pas
d'elles-mêmes dans l'ordre, cela était à
présent évident. Sa peur d'affronter Sasuke et ses
propres désirs l'avaient figés dans l'inaction.
Mais ce n'était manifestement pas la bonne solution, si tant
est qu'il y en ait une.
Ce n'était pas une bonne
solution parce qu'ils étaient tous les deux trop bornés
et trop obstinés pour faire le premier pas, ce n'était
pas solution qui leur ressemblait, qu'il pouvait examiner et
accepter comme venant de lui, d'eux.Il fallait agir. C'est ce qu'il
aurait dû faire depuis le début. Pas se battre, parce
que cela aussi était une forme d'immobilité, une
manière de maintenir un statut quo violent mais familier et de
prouver à l'autre que ce qui s'était passé
entre eux ne l'avait nullement amoindri..
Pathétique, vraiment, songea-t-il
la mâchoire contractée tout en déplaçant
les futons de manière stratégique –dans le coin droit
de la pièce étroite baignée par la lumière
jaune de l'après-midi, hors de portée directe de la
porte ou de la fenêtre. L'aménagement ne tiendrait pas
trois secondes en cas d'attaque –improbable, mais on était
jamais trop prudent-, mais le cas échéant c'était
ces trois secondes qui leur donneraient le temps nécessaire
pour intervenir. Trois secondes entre la vie et la mort.
C'était comme si des braises de
tous les sentiments contradictoires qu'il avait ressentis au cours
des semaines passées subsistaient au fond de lui, et que leur
chaleur combinée rongeait petit à petit ses défenses
intérieures, ouvrait ou soulignait ses propres brèches,
ses hésitations et ses échecs.
La méditation lui avait permis de
séparer certains tisons du reste, certaines pensées et
impératifs primordiaux, mais il en restait encore beaucoup
trop dont il ne savait que faire, qui étaient trop mêlés
et brûlants pour qu'il puisse en faire quoi que ce soit.
Il savait que son nindo et son rêve
restaient la chose la plus importante, le cœur de son être.
Que protéger ceux qui dépendait de lui passait avant
tout, et que sur ce point précis Sasuke pensait sans doute la
même chose.
Et il savait que le moment venu il
voudrait avoir à ses côtés Sakura et Sasuke,
Kakashi-sensei et Iruka et tous les autres. Que la présence de
Sasuke était plus importante que tout le reste et qu'il ne
supporterait pas qu'il reparte, quelque soit la nature du lien
entre eux. Un frère d'arme était plus important qu'un
amant. Sasuke était l'une des personnes qui lui était
précieuse, et cela le sexe –ou l'absence de sexe- ne
pouvait pas le changer.
Pour le reste…
Le reste dépendrait sans doute de
ce qui ce passait dans la tête de Sasuke, et de la profondeur
de la blessure infligée par Itachi.
Il ne pouvait pas chercher la
confrontation maintenant, pas pendant la mission. Le risque était
trop grand. Il ne pouvait se permettre de laisser le moindre doute
personnel mettre en danger la vie d'O-kana et de son fils… Sasuke
parvenait bien à rester efficace et alerte malgré ses
propres réflexions –rétrospectivement c'était
évident qu'il avait quelque chose en tête, les regards
et tout le reste…
Lui-même pouvait bien faire de
même certainement. Il ne pouvait pas laisser transparaître
la moindre faiblesse, laisser sa dégradante impuissance à
se maîtriser se dresser entre lui et sa promesse, son nindo.
Mais à la seconde où la
mission serait fini et O-kana à l'abri, il prendrait Sasuke
entre quatre yeux décida-t-il, et ils mettraient une bonne
fois pour toute un terme à cette irritante mascarade de
négations et d'incertitudes. Cela risquait probablement de
finir en pugila de grande ampleur –mais tout plutôt que les
pas d'évitement maladroits et les silences- , et cela
mettrait sans doute en danger le propre équilibre interne déjà
dangereusement fragilisé de Sasuke –sans parler du sien-…
Mais ne rien faire serait pire.
Et Sasuke était solide n'est-ce
pas ? S'il avait survécu à Itachi il pouvait
bien survivre à cela aussi. Ils étaient des ninjas que
Diable. Il était le futur Hokage...
Il ne pouvait pas se laisser consumer
par des braises de la crainte ou du désir qui subsistaient en
lui, pas plus qu'il ne pouvait se permettre d'abandonner face à
Sasuke.
Dès que la mission sera fini.
Dès que nous serons au pays de
la Foudre. Alors nous mettrons un terme à cela.
Étrangement, une fois la décision
prise il se sentit mieux. Son centre était là
finalement : protéger avant tout, garder Sasuke, et le
reste après, par ordre d'urgence. C'était simple
finalement.
Quand Sasuke revint et qu'ils se
croisèrent dans l'encadrement de la porte alors que lui-même
partait à son tour faire une ronde de reconnaissance, leurs
regards se rencontrèrent brièvement. Et pour la
première fois depuis longtemps Naruto pu soutenir celui de
Sasuke sans colère ni hésitation ou crainte, simplement
avec un regard bleu et confiant, clair, dans lequel brûlait de
nouveau la détermination.
TBC
Note de l'auteur :
Pour un grand nombre de raison ce chapitre a été difficile et long à écrire. C'est aussi le plus long chapitre que j'ai écrit jusqu'à maintenant (20 pages ou 11 500 signes, dur dur…) mais au final j'en suis assez fière.
Ecrire Sasuke et Naruto n'est pas une partie de plaisir (enfin si, sinon je ne passerais pas des heures et des heures à lutter sur un chapitre), et j'ai parfois eut du mal à structurer leur évolution. En partie parce que dans ma tête j'ai parfois du mal à réconcilier le Naruto gamin de 12 ou même 15 ans que l'on connaît et l'image du jeune homme de 18 ans, ninja et anbu mais malgré tout profondément Naruto. Il y a presque une contradiction interne qui est un peu déroutante. Celle-ci est moins marquée avec Sasuke, principalement parce qu'à l'âge de 12 ans il avait déjà renoncé à certaines choses auxquelles le Naruto de 18 ans que j'écris s'accroche encore.
Pour
un chapitre aussi long, il ne s'y passe peut-être que
relativement peu de choses, mais des choses importantes, des choses
qui mettent en lumière ce que sont les personnages
profondément. Si ces choses n'étaient pas là
écrire ces deux là et leurs interactions aurait
beaucoup moins de sens et d'intérêt je trouve. Ce
couple n'a pour moi une telle puissance que parce que les
personnages sont ce qu'ils sont, avec un passif énorme, des
liens compliqués, et les antécédents à
même de traumatiser n'importe quel psy. Ne pas prendre en
compte le fait qu'il s'agit de Sasuke
et Naruto quand on les écrit
est ridicule à mon sens, ça dénature tout
l'intérêt de la chose. (Je pense ici aux romances
simplissimes et insupportablement sirupeuses du type "je t'aime
moi non plus" qui fleurissent un peu partout). Attention à
l'hyper-glycémie. Quelque soient la manière dont on
les voit (je ne revendique pas le IC absolu non plus), leurs
relations ne peuvent être que compliquée et c'est ce
qui fait tout leur intérêt, qu'on se place d'un
point de vue romantique ou non.
Et
puis ils ne sont pas non plus seul au monde, ce sont des ninjas, avec
des missions, des gens à tuer, à protéger, et
dans leur dos un village qui pèse lourdement. Tout ne doit pas
tourner autour de la romance.
Je fais cette longue note parce que dans plusieurs commentaires les lecteurs ont exprimé un certain intérêt pour ma vision des personnages, et que j'ai en outre oublié de remercier les reviewers dans le chapitre précédent. Tous vos commentaires sont extrêmement motivants et toujours lu avec le plus grand plaisir.
Pour
répondre à certains commentaires sur "l'histoire
d'amour" : ce n'en est pas une.
Du
moins pas dans le sens courant du terme. Mon sens de la romance est
légèrement décalé et je tiens encore une
fois à indiquer qu'il ne se tomberont pas dans les bras en
se proclamant leur dévotion éternelle. Oubliez aussi
les déclarations, les petits oiseaux qui chantent, les pluies
de pétales de cerisier et les feux d'artifices. Certaines
choses risquent effectivement d'exploser, mais pas de ce genre là.
D'un
point de vu plus général, je doute que le personnage de
Sasuke ait encore en lui ce qu'il faut pour "aimer". C'est
un personnage abîmé, endommagé même s'il
le cache très bien. Il en manque forcément des bouts et
il est construit autour de ce vide. Après Itachi puis deux ans
d'Orochimaru et quand on voit son rejet le plus total de la
"faiblesse" on peut se poser la question.
Les
relations qui se tissent peuvent être liées au besoin, à
la dépendance, au soutient, à la connaissance intime de
l'autre, à la colère ou a la culpabilité… A
l'Amûr avec un grand A ? J'en doute. C'est des
ninjas tout de même.
A propos de ce qui se passe dans le crâne de Sasuke : il y aura des éclaircissement, mais pas tout de suite. Vous pouvez chercher les indices et faire comme Naruto, essayer de deviner.
Enfin au prochain chapitre je fais mon truc d'auteur démoniaque et retour à l'action. J'aime la loi Murphy. :D
Reviwez si le cœur vous en dit, commentez, n'hésitez pas à critiquer ce qui vous parrait bancal : )
PS
Je
n'ai pas que Clair Obscur
en cours et je suis en période d'exams et de stress
métaphysique donc n'attendez pas le prochain chapitre pour
tout de suite. En outre Konoha
Gaiden va sans doute me
mobiliser un bon moment quand j'aurais de nouveau le temps
d'écrire, et le chapitre 4 si longtemps attendu de Kage
est en bonne voie (Gaara,
ouais !).
Enfin
une idée liée à mon drabble
sur les sabreurs de la brume
me travaille sérieusement. (Mais celle là est
potentiellement liée au prochain chapitre de Clair
Obscur.)
