CHAPITRE DEUX

Pov Ron

Le froid de la pièce me réveille brusquement. Je réalise que je ne suis pas dans mon lit lorsque je sens son souffle dans mon cou et ses cheveux me chatouiller le torse. Hermione est si belle quand elle dort. Et elle a enfin l'air apaisé.

Lentement, pour ne pas la réveiller, je sors du lit puis de la chambre et avance jusqu'à la salle de bain. Les mains appuyées sur le lavabo, j'ai envie de briser le miroir qui renvoie mon reflet.

A cet instant, je me déteste. Je me déteste vraiment.

Je ne me souviens plus du moment où les choses ont évolué de cette façon entre Hermione et moi mais je me dégoûte de profiter ainsi de sa détresse. Je plonge sous la douche espérant peut-être que l'eau me nettoie de mes erreurs. La cabine se remplit très vite d'une tiède vapeur qui contraste avec le froid des carreaux contre lesquels je repose mon front. L'eau glisse sur ma peau là où, quelques heures auparavant, Hermione faisait voyager ses doigts. Je ferme les yeux, laissant mes muscles se détendre et des visions de nous deux s'imposent à mon esprit, dans des flashs puissants.

Il faudrait vraiment que nous arrêtions ce jeu avant qu'il ne nous détruise complètement. J'en ai parfaitement conscience mais je n'en ai pas vraiment l'envie. Hermione est ma drogue. Je sais que ce que je fais avec elle est mal mais je suis incapable de m'en passer. Son corps est un refuge dans lequel je me retrouve. Apprécier les frissons de sa peau, entendre ses suppliques, sentir ses ongles me griffer, sa bouche m'aimer me rappellent à quel point je suis vivant. A quel point nous sommes vivants, tous les deux.

Je sais qu'Hermione ne sera jamais vraiment à moi mais ces moments-là m'en donnent l'illusion. Je me repais égoïstement de son corps, profitant de son manque accru d'être aimée pour combler mon besoin d'Elle.

Lorsque je sors enfin de la douche, les premières lueurs de l'aube apparaissent déjà à travers la fenêtre de la salle de bain et quand j'ouvre la porte, je tombe nez-à-nez avec ma mère.

- Bonjour mon chéri ! Déjà debout ? Il me semblait bien avoir entendu l'eau couler…

Elle fronce les sourcils et pose ses mains sur mon visage :

- Est-ce que ça va ? Tu es tout pâle…

- Ca va, c'est juste que… Je n'ai pas beaucoup dormi.

Ma mère ne dit rien mais m'observe quelques secondes avant d'annoncer :

- Je vais préparer le petit déjeuner.

- D'accord.

Je m'apprête à la suivre dans les escaliers quand Hermione sort de sa chambre. Nous restons quelques secondes face à face sans savoir très bien comment réagir. C'est toujours comme ça les lendemains de ce que j'appelle à présent « nos moments ». Mais finalement, j'opte pour la solution de repli, pas très téméraire, mais efficace. Après un petit hochement de tête silencieux pour la saluer auquel elle répond par un sourire timide, je détourne les talons et m'enfuis dans les escaliers. Je sais que ce soir, les choses auront repris leur cours normal. Jusqu'à notre prochain moment.

***

Pov Hermione

Le bruit de la pluie s'abattant avec fracas sur la fenêtre me tire de mon sommeil brutalement. J'ouvre les yeux péniblement. Je n'ai pas envie de quitter la chaleur de mon lit pour me rendre à ce maudit Ministère..

Je m'étire tel un chat et me tourne vers le côté du lit où, , Ron était couché. De toute évidence, il s'est levé il y a peu de sa place est encore chaude. Doucement, je caresse l'empreinte de son corps gravée dans les draps, respirant doucement son odeur.

Un sourire étire mes lèvres. J'ai conscience d'être ridicule, en dehors des moments que nous partageons je suis incapable d'avoir le moindre geste affectueux envers Ron et voilà que je me retrouve à cajoler un simple drap de lit simplement parce qu'il a dormi dedans !

Je suis pathétique. C'est tellement injuste pour lui, il mérite bien plus que ce que je lui donne. Des instants volés, des moments de plaisir offerts sous le couvert de la nuit que ni lui ni moi ne sommes capables d'assumer à la lumière du jour

Il faudra bien un jour que nous regardions la vérité en face, que l'on mette un nom sur la relation trouble que nous entretenons.

Parfois, je brûle d'envie de lui poser la question, de savoir enfin ce qu'il pense de nous. Mais j'ai peur de la réponse. Je tremble à l'idée que pour lui tout ça ne soit qu'une passade, une façon comme une autre de trouver du réconfort. Je préfère rester dans l'ignorance et entretenir l'illusion qu'un jour peut-être il y aura un « nous ».

Perdu dans ces pensées troubles, je jette machinalement un œil sur le réveil. Il est plus que temps que je me lève. Il ne sert à rien d'arriver en retard au travail, cela me vaudra bien trop de désagréments.

Je me lève avec mauvaise grâce, le corps encore endolori par les ébats de cette nuit. S'il y a bien une chose sur laquelle Ron et moi sommes toujours en osmose, c'est bien celle-là ! C'est exaltant et terrifiant à la fois !

Je ne peux pas imaginer vivre de telle chose avec quelqu'un d'autre. Il est le premier et le seul pour moi. Mais qu'en est-il de son côté ? Suis-je la seule avec qui il partage ses nuits ? Je meurs d'envie de connaître les réponses à ces multitudes de questions mais j'ai peur de me rendre compte que ce que je lui aie offert n'a pas la valeur que j'espère à ses yeux.

J'attrape mes affaires et me dirige lentement vers la salle de bain, avant de me figer stupidement à la vue de Ron en plein milieu du couloir.

Nous nous regardons l'un l'autre sans prononcer un seul mot, trop gênés par cette autre vie, celle que nous créons chaque nuit. Nous portons encore les traces de ce que nous avons partagé il y a peu de temps.

Son regard est trouble, je n'arrive pas à déchiffrer les émotions qui s'y bousculent. Il est pâle et semble fatigué et je ne peux m'empêcher de me demander si ce n'est pas de ma faute.

Il me fait un petit signe de tête avant de s'éclipser rapidement dans l'escalier, je lui renvoie un sourire timide.

Quelques instants plus tard, j'arrive enfin au Ministère, comme toujours je passe par la porte de service. Une personne de ma condition n'a pas les honneurs de la porte principale.

La tête basse, frôlant les murs, je rejoins le réduit qui me sert de bureau en essayant de me faire remarquer le moins possible.

Peine perdue. Devant la porte m'attend un employé du Ministère, soupirant discrètement, je passe devant lui et m'engouffre dans la pièce, le sbire du ministre sur mes talons.

C'est comme ça quasiment tous les jours. Officiellement, les personnes qui restent avec moi sont là pour me seconder dans la masse de travail qui m'est dévolue. Officieusement, elles sont là pour me surveiller. Les gens du Ministère ne sont pas idiots, ils se doutent que je fais partie de l'Ordre et je suis certainement à leur yeux un des membres les plus susceptibles de préparer une offensive pour renverser le pouvoir.

C'est pour Ron l'explication la plus évidente.

Mais je ne suis pas stupide. Je sais bien aussi qu'il m'observe pour pouvoir un jour me remplacer. Parce que le jour où ils n'auront plus besoin de moi, où mon érudition ne sera plus un rempart, je prendrais un aller simple pour Azkaban et je ne reviendrais jamais.

C'est une vérité que Ron n'arrive pas à admettre, il ne veut pas envisager une telle idée et je le laisse se bercer d'illusion, je ne veux pas ajouter un poids de plus sur ses épaules.

La matinée passe lentement, je croule sous le travail, les recherches me prennent un temps fou et la personne avec moi ne fait même pas l'effort de m'aider.

« Tu peux y aller je prends la relève ! »

Je lève les yeux pour rencontrer un regard couleur d'orage. Je connais ce regard. Appuyé nonchalamment contre la porte, Draco Malefoy me dévisage un léger sourire sur les lèvres.

Le jeune garçon passe devant lui dans une posture des plus respectueuses, il semble avoir repris vie tout à coup. Malefoy le gratifie d'un hochement de tête avant de refermer la porte et de lancer un sort d'insonorisation.

La démarche souple, il saisit une chaise avant de poser ses pieds sur le bureau.

« Malfoy… tes pieds ! »

« Comment ça se passe aujourd'hui ? » lance-t-il ignorant superbement ma remarque.

« Merveilleusement.. Un plaisir, le garde que vous avez mis avec moi est de loin le plus lobotomisé que j'ai eu la joie d'avoir avec moi.

« Oui, j'avoue je me suis surpassé pour celui-là ! » répond-il le sourire aux lèvres.

Je lui lance un regard que je veux méprisant ce qui fait redoubler son hilarité et provoque la mienne également.

« Tu ne vas pas te plaindre ! Au moins celui-là ne risque pas de prendre ta place. Je ne suis même pas sûr qu'il sache lire ! ».

Je ris de plus belle. J'aurais certainement traité de fou celui qui m'aurait dit qu'un jour je partagerais un fou rire avec Malfoy. Mais les temps changent et les gens aussi.

Malfoy a rejoint l'Ordre il y a un an. Tout comme Ron, son statut de sang pur lui permet de s'infiltrer au sein du Ministère. A la différence que là où certains soupçonnent Ron de ne pas être d'accord avec les idées de notre nouveau dirigeant, ils sont persuadés que Malfoy les partagent entièrement ce qui lui permet d'accéder aux plus hautes sphères du pouvoir.

Il vient souvent me voir sous prétexte de me surveiller. Tout le monde est au courant de l'animosité que nous nourrissions l'un envers l'autre du temps de Poudlard, ça n'étonne personne qu'il tienne tellement à contrôler mes faits et gestes.

Après tout, il est sensé me haïr.

« Tu as vraiment tête immonde ! »

« Tu sais parler aux femmes Malefoy. Je m'étonne que tu n'aies personne dans ta vie ! »

Il s'esclaffe à nouveau. Je le détaille. Je dois bien reconnaître que c'est un bel homme. Il a une classe rare et un humour des plus caustiques. Si je n'étais pas autant éprise de Ron j'aurais pu être attirée par lui.

« Ne t'en prends pas à moi ma belle. C'est ce qui arrive à ceux qui ne dorment pas la nuit pour se consacrer à des activités disons… plus physiques. »

Je rougis mais je ne réponds pas. Il est le seul à être au courant de ce qui se passe entre Ron et moi. Je ne lui ai jamais dit, il a simplement deviné et je n'ai pas démenti.

C'est notre façon à nous de communiquer. Pas de confidences enflammées au coin du feu. Juste de grands silences qui en disent long.

« Je ne comprends toujours pas ce que tu lui trouves. Surtout quand on sait que tu me vois tous les jours, il y a quand même de quoi se poser la question ! »

Je souris alors qu'il me regarde fier de sa répartie

« Je ne te demande pas de comprendre. Tu viens ce soir au Terrier ? »

« Je ne sais pas si je pourrais mais j'ai reçu un hibou de Weasley femelle disant qu'une réunion était prévue. »

Je soupire fortement, franchement agacée cette fois.

« Ginny. Elle s'appelle Ginny. »

« Mais comment veux-tu que je me rappelle de tous les prénoms ? C'est une vraie tribu, ils se ressemblent tous entre eux ! »

« Il me semble qu'un membre de la famille Weasley a suffisamment attiré ton attention pour que tu te rappelles de son prénom ! »

J'ai dit ça d'un ton dégagé, sans lever les yeux du document que je suis en train de déchiffrer mais je l'entends se tortiller sur sa chaise. Il est mal à l'aise et j'adore ça !

« Je ne vois pas de quoi tu parles Granger ! »

Sa voix est bien moins assurée que ce qu'il veut faire paraître. Je relève la tête et plante mes yeux dans les siens.

« Je veux parler de Charly. Si tu crois que je n'ai pas remarqué la façon dont tu le regardes ! »

Son cou et ses joues se marbrent de rouge Il ne dit rien, son regard toujours plongé dans le mien. Il vient d'admettre sa préférence pour les hommes, particulièrement pour Charly.

C'est vrai que c'est un joli garçon. Par bien des côtés, il me fait penser à Ron, en plus mature mais il est certainement celui qui lui ressemble le plus.

Malfoy d'ordinaire si pâle a encore les joues rosies de gêne, il a perdu un peu de sa légendaire assurance et j'avoue que je prends plaisir à le voir comme ça.

« Quand je pense que tu me reprochais mon addiction pour le roux ! »

Je jubile. Je le mets au supplice avec un sadisme évident.

« Bon et bien je vais te laisser. J'ai encore beaucoup de choses à faire. Ne t'inquiète pas je m'arrangerai pour que personne ne vienne te déranger cet après-midi ! »

Il a débité cette phrase à toute vitesse et sa main est déjà sur la poignée de la porte, comme la plupart des hommes, il prend la fuite.

Je ne peux pourtant m'empêcher de l'embarrasser une dernière fois.

« Je suis sûre que ça t'ira à merveille ! »

« Quoi donc ? »

« Le pull que Mme Weasley te tricotera quand tu feras officiellement partie de la famille ! »

« Sorcière ! » Murmure-t-il avant de passer la porte.

Je soupire fortement quelque peu dépitée de devoir me remettre au travail. Mais mon aparté avec Malfoy m'a mis un peu de baume au cœur et je me sens d'humeur plus légère.

Comme toujours je pense à Ron. Je me demande ce qu'il fait en ce moment. Il déteste tant son travail. Devenir Auror était son plus grand rêve, une ambition qu'il a nourri durant des années.

Mais le rêve est devenu cauchemar. Aujourd'hui, il sauve des innocents au péril de vie. Il ne peut concevoir la façon dont on traite les nés moldus, il fait son possible pour faire échouer les rafles de Sang de Bourbe qui sont sous sa charge.

Combien de temps avant que sa couverture ne vole en éclat ? Trahir Voldemort promet un sort pire que la mort. L'orgueil du Lord Noir ne tolère pas que l'on se joue de lui.

Je secoue vivement la tête pour chasser ces sombres pensées. Je ne veux pas perdre le semblant de bonne humeur que j'ai réussi à gagner.

Je me remets au travail sans entrain, c'est un travail de traduction laborieux. Je traduis de vieux textes de magie noire. Encore un rêve d'enfance qui vire au cauchemar.

J'ai travaillé dur toutes ces années dans l'espoir de devenir un jour une traductrice émérite. Je me voyais penchée sur de vieux parchemins, contenant des potions qui pourraient guérir de nombreuses personnes.

Je voulais faire avancer la science, révolutionner le monde sorcier.

Au lieu de cela, aujourd'hui, je permets à des gens ignobles de répandre la mort et la douleur. J'aide un tyran qui n'a plus une once d'humanité à accroître son emprise sur notre monde.

L'après-midi passe finalement très vite. Absorbée dans mes parchemins, je ne relève pas la tête jusqu'à ce qu'un bruit dans le couloir me fasse sortir de ma torpeur.

Je regarde l'horloge et je m'aperçois que c'est bientôt l'heure de partir. Il n'est pas trop tard et j'adorerais inviter Ron à prendre un verre avec moi tout à l'heure.

Mais je ne peux pas. Un couvre-feu m'en empêche.

Ron. A nouveau mes pensées s'égarent. Des images de la nuit dernière dansent dans ma tête. Ses mains légèrement rugueuses sur mon corps, ses lèvres sur les miennes, ses va-et-vient puissants en moi qui me font perdre la raison.

Une bouffée de désir brûlant monte en moi. J'ai envie de lui.

Je porte les mains à mon visage, mes joues sont chaudes. Quelle idiote de penser à de telles choses au travail ! De quoi j'aurais l'air si quelqu'un venait à rentrer ?

« Tu as fini Princesse ? »

Je sursaute violemment et fait tomber mon encrier par terre. Bien évidemment, c'est le moment qu'a choisi Ron pour débarquer dans mon bureau !

Atterrée, je me précipite pour éponger l'encre qui se répand lentement sur le sol. Sa main se pose sur mon épaule.

« Laisse je m'en occupe. »

Je sens son souffle dans mon cou et je frissonne. Je me relève rapidement, je m'en veux du manque de contrôle que j'ai sur mon corps.

D'un coup de baguette, il nettoie les dégâts que j'ai causés avant de poser son regard sur moi.

« Ca va ? Tu es toute rouge. »

Ses yeux sont inquiets. Visiblement, il n'a aucune idée de la véritable raison de mon trouble.

« Oui ça va ne t'inquiète pas. Je suis juste un peu fatiguée c'est tout ! »

Il passe doucement un bras autour de mes épaules et me serre contre lui. Je soupire de bien-être.

« Viens on rentre. »

Je ferme la porte de mon bureau quand, à nouveau, un bruit attire mon attention.

Un homme d'une maigreur inquiétante marche entouré de deux Aurors. Ses mains sont liées par des chaînes. Certainement un né moldu en fuite qui vient de se faire arrêter.

Son destin vient d'être scellé. Il ne sortira pas vivant du Ministère.

Je ne peux soutenir le regard qu'il me lance. Un regard empli de rage, d'incompréhension, de détresse. Le regard d'un condamné à mort.

Ron serre ma main avec force, me tirant avec autorité vers la sortie. Il sait à quel point il est dur pour moi de voir un des miens partir à l'échafaud. Il sait aussi la culpabilité qui m'envahit à chaque fois.

Nous quittons le Ministère et atteignons rapidement une ruelle sombre et déserte. Sans plus attendre nous transplanons.

Pov Ron

- Nous n'avons absolument aucune preuve de sa culpabilité !

- Bien sûr que si ! Il a été vu par deux témoins qui se trouvaient sur place à l'heure du crime !

- Ces témoins ne sont pas fiables !

- Auriez-vous dans l'idée de mettre en doute la parole de deux respectables citoyens, Auror Weasley ? Et à ce que je sache, vous n'êtes pas avocat de la défense alors cessez de balancer des arguments aussi stupides que vous !

Je me mords la langue jusqu'au sang pour m'empêcher de répondre à Rockwood. Assis dans une position nonchalante, celui qui désormais se trouve à la tête du service des Aurors me regarde comme si j'étais une saleté sur sa veste. Mes deux « collègues », des aurors aussi corrompus qu'idiots affichent un sourire moqueur.

Ces salauds viennent de sceller le destin d'un pauvre homme. Un né-moldu dont le seul tort a été de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment. Il serait un assassin. Nous savons tous que c'est faux mais qu'importe ? Ca fera un Sang de Bourbe en moins et les statistiques de réussite du bureau des Aurors augmenteront un peu. Ils sont publiés régulièrement dans la Gazette du Sorcier comme preuve que le Ministère fait du bon travail et protège la population. Je me demande si il y a réellement des Sorciers qui croient en ces sornettes.

En attendant, je ne peux plus rien faire pour cet homme. Soit je proteste un peu trop, ruine ma couverture et l'homme mourra de toute façon, soit je me tais et je pourrai tenter d'en sauver d'autres.

C'est horrible n'est-ce pas ? C'est pourtant un choix que je me dois de faire tout les jours. Je me contrôle tant que je suis devant Rockwood mais une fois qu'il me laisse quitter son bureau, je me réfugie dans le mien, lance un sortilège d'insonorisation et laisse exploser ma rage.

J'hurle d'impuissance. Combien de temps encore pourrai-je accepter ça ? Combien de vies voleront-ils avant que nous puissions les vaincre ? Et pourrons-nous un jour vraiment les vaincre ?

J'essaye de me calmer en plongeant dans mon fauteuil, le visage dans les mains. Il faut que je respire, que je pense à autre chose, que je me force à oublier cet homme, le simili d'enquête qui l'a amené dans notre service et dont il ne sortira pas vivant.

Hermione. C'est elle qui me vient naturellement à l'esprit. Parce que je sais pertinemment que sans elle, j'aurais laissé tombé depuis longtemps.

Je l'imagine me sourire, de ce sourire sincère qui l'illumine et qui est devenu un peu trop rare ces derniers temps. Son image m'apaise mais pour un moment seulement.

Mes pensées dérivent sans que je ne les freine vraiment de son visage à son corps. Ce corps qui brûlait sous mes doigts la nuit dernière. Je suis toujours surpris de combien sa peau peut être réactive à mes caresses. Hermione et moi n'avons jamais été d'accord mais dans ces moments où nous ne faisons qu'un, il existe une telle harmonie entre nous que c'en est flippant.

Notre histoire n'est pas une histoire d'amour dans le sens où l'entendent la plupart des gens. Nous ne sommes pas un couple. Nous ne construisons aucun projet ensemble et nous ne nous disputons pas à propos de la couleur du papier peint qu'aura notre chambre. D'ailleurs, nous n'avons même pas de chambre « à nous ».

Nous sommes juste deux amis qui parfois, franchissent une barrière interdite. J'aimerai ne pas céder à ses suppliques car je dois bien avouer que tout ça me fiche la trouille. J'ai envie d'elle constamment et être éloigné d'elle trop longtemps me rend irritable mais j'ai peur que tout ces non-dits finissent par détruire notre amitié.

Hermione m'a offert le trésor de sa virginité et je ne voudrais surtout pas qu'elle croit que ça n'a aucune importance pour moi. Je ne voudrais pas qu'elle pense que je me sers d'elle comme je pourrai me servir de n'importe qu'elle autre fille mais après tout, j'ignore ce qu'elle attend vraiment de moi. Peut-être que c'est ce qu'elle veut ? Une sorte de pacte silencieux entre deux amis pour trouver du réconfort, rien de plus.

J'ai besoin de la voir. Maintenant. Pour effacer de mon esprit le visage de l'homme arrêté aujourd'hui. Pour remettre mes interrogations à plus tard et profiter du moment partagé avec elle. Alors je me lève pour la rejoindre.

Au moment même où je m'apprête à frapper à sa porte, celle-ci s'ouvre pour laisser passer Malefoy. L'effet est encore pire qu'une douche froide.

Je déteste ce type. Ce n'est pas nouveau, ça a toujours été le cas. Il a pourtant fait des efforts. Il a racheté ses fautes en rejoignant l'Ordre et plus que tout les autres, il risque sa vie chaque jour pour notre cause en intégrant le cercle des intimes de Voldemort comme l'a fait autrefois celui qui fut son protecteur, Rogue. Mais il n'y a rien à faire, je ne l'aime pas. Peut-être parce qu'il a pris cette place auprès d'Hermione : celle de l'ami à qui elle se confit, celle qu'avait Harry.

Il me salue d'un sourire dédaigneux et je lui réponds d'un regard noir.

-Tu n'as pas l'air de très bonne humeur Weasley ! Pourtant, après la nuit que tu as passé, tu devrais plutôt être content…

Malefoy sait que je ne peux rien répliquer en plein couloir. Après tout, il est censé être un de mes supérieurs. Je le gratifie donc d'un autre regard noir ne pouvant m'empêcher de me demander ce qu'à bien pu lui dire Hermione exactement. Mais ma colère descend de plusieurs crans lorsqu'en passant près de moi, Malefoy me murmure :

- Prends soin d'elle, elle ne va pas bien en ce moment.

- Je sais.

- Je sais que tu sais.

Une tape discrète sur l'épaule et le voilà déjà disparu. Je prends quelques secondes pour me composer une expression calme et détachée puis pénètre dans le bureau d'Hermione.

-Tu as finis princesse ?

Hermione sursaute si violemment qu'elle laisse tomber son encrier. Je la vois disparaître sous son bureau pour tenter de nettoyer la tâche qui a dû se former. Mon cœur se sert. Si elle avait sa baguette, le problème serait déjà résolu. Je m'approche d'elle et pose ma main sur son épaule. Ses cheveux dégagent un parfum unique qui me chatouille les narines tandis que je lui murmure que je vais m'en occuper.

Elle paraît…Gênée. J'en déduis que c'est parce qu'elle se sent diminuée de ne pas avoir sa baguette. Elle n'en parle pas mais pour un sorcier, c'est comme perdre l'un de ses membres.

- Ca va ? Je demande. Tu es toute rouge.

- Oui ça va ne t'inquiète pas. Je suis juste un peu fatiguée c'est tout.

Je ne peux m'empêcher de la prendre dans mes bras pour la serrer contre moi. J'ignore si je fais ça pour elle ou pour moi. Je crois que c'est un peu pour les deux. Je sens son souffle contre mon torse et une envie furieuse de l'embrasser m'assaille. Délicieuse torture.

Viens on rentre.

En quittant son bureau, nous apercevons l'homme que mon service a arrêté quelques heures plus tôt. Mes deux collègues l'entourent fièrement, comme si ils ramenaient un trophée de chasse. Hermione s'est arrêté de marcher, incapable d'aller à la rencontre de cet innocent qu'elle devine condamné. Alors sans faire aucun commentaire je la tire de force vers la sortie, l'obligeant à marcher vite, pour l'éloigner le plus rapidement possible et l'empêcher de réfléchir au sort de ce malheureux.

***

Une fois arrivés au beau milieu de la cuisine du Terrier, j'aperçois Charlie, Georges et Ginny s'affairer à rassembler des chaises autour de la table.

- Je ne savais pas qu'il y avait une réunion de l'Ordre ce soir. dis-je, étonné.

- Ce n'était pas prévu mais Kingsley a des informations sur Kira et sa fille. M'explique Charlie en s'efforçant de pousser le vaisselier afin de faire plus de place.

Je le rejoins pour l'aider et il me remercie d'un sourire. Charlie est rentré de Roumanie il y a plusieurs mois afin de nous aider au sein de l'Ordre. Son travail sert de couverture pour repartir à l'étranger et solliciter de l'aide auprès des autres pays lorsque ça s'avère nécessaire. Mais en ce moment, il est avec nous, ce qui réjouit Maman qui peut ainsi le harceler à propos de ses cheveux « toujours beaucoup trop longs » selon elle.

- Ils les ont retrouvées ? demande Hermione.

- Aucune idée, lance George, le message de Kingsley était assez succinct. On verra bien ce qu'il va nous annoncer.

Hermione et moi échangeons un regard. Pourvu que ce ne soit pas de mauvaises nouvelles…

Kira est une jeune née-Moldu qui a disparu avec son enfant, il y a plusieurs semaines à présent. Nous pensions qu'elle et sa fille avaient été enlevées mais nous ignorions par qui et si même elles étaient encore vivantes. Le mari de Kira avait supplié l'Ordre de l'aider et il semblerait qu'on ait retrouvé sa trace…

Pour aider ma mère, Hermione et moi nous mettons tout de suite au travail. Les membres vont manger avec nous donc on s'empresse de préparer le dîner. Ce soir, la maison va être pleine. Ginny nous énumère les membres qui devraient être présents.

- Kingsley bien sûr mais aussi Rémus, Tonks,Neville et Lavande…

Je sens Hermione tiquer à l'annonce du dernier prénom mais elle ne dit rien. De nombreux anciens élèves de Poudlard ont grossi les rangs de l'Ordre du Phénix. Certains combattent, d'autres servent d'informateurs. En tout cas, Kingsley ne convoquent jamais les mêmes personnes, afin d'éviter les soupçons.

Lavande, c'est bien la fille avec tu es sorti en sixième année ? me demande Charlie.

J'acquiesce et il reprend :

- Je l'ai rencontrée l'autre jour. Elle est plutôt mignonne !

C'est vrai !

Le regard noir d'Hermione me fait sourire. J'ai l'impression d'être de retour à Poudlard.

J'aime la façon qu'elle a de me faire oublier la guerre…

Dès que mes frères et sœur quittent la cuisine, je me tourne vers elle, le sourire aux lèvres. Hermione a l'air très absorbée par les fourchettes, qu'elle compte furieusement pour la troisième fois, au moins !

-Tu es jalouse ?

- Ron je t'en prie ! Pourquoi serais-je jalouse ? C'est complètement ridicule !

Sa réflexion me fait sourire plus largement. Ca fait longtemps qu'on ne s'est pas chamaillés et je dois bien avouer que ça me manque.

- En tout cas, Charlie a raison. Je dirai même que je trouve Lavande de plus en plus jolie.

- Pourquoi est-ce que tu me dis ça ?

- Comme ça, je…

Les fourchettes atterrissent sur la table dans un bruit de ferraille.

- Tu penses peut-être que je vais réagir ? Tu penses peut-être que je vais être vexée, c'est ça ?

- Non non je vois bien que ça ne te fait rien du tout. Hum…

J'affiche clairement mon sourire moqueur, je sais que ça l'agace.

- Je ne vais pas m'énerver, Ronald ! Ce n'est pas la peine d'insister…

- Pourtant tu fais ta p'tite moue, je vois bien que tu es vexée ! Mione est vexée… Euh !

Je chantonne à présent. Je sais que c'est complètement puéril mais j'adore ça, Hermione remue furieusement le ragoût tandis que je ne cesse de la titiller.

Pointant la cuillère en bois dans ma direction, elle me demande soudainement :

- Tiens tu sais qui je trouve vachement sexy moi ?

Je suis certain qu'elle va me parler de Viktor Krum, le canard boiteux avec lequel elle entretient toujours une correspondance (elle ne me le dit pas mais je le sais…). Elle sait que je ne le supporte pas. Mais cette fois j'ai prévu le coup. Je me suis préparé psychologiquement et je me suis promis que je ne m'énerverai pas. Alors je joue le jeu, sûr de moi :

- Naaaaan…Qui ça ?

- Ton frère, Charlie.

Je reste interdit quelques secondes. Charlie ? ! Qu'est-ce qu'il vient faire ici celui-là ?

- Ah…Ah bon ? C'est vrai ? Et qu'est-ce que tu lui trouves d'abord ?

Hermione retrouve un sourire en coin qui ne me plaît pas du tout.

- Je ne sais pas… Je le trouve grand et musclé…

Moi aussi je suis grand et musclé !

- Et puis il est très gentil ! Il a un très joli sourire !

Moi aussi je suis gentil !

Je ne sais pas pourquoi mais ce jeu commence à ne plus m'amuser du tout ! Je plonge les mains dans les poches et me renfrogne tandis qu'Hermione ne tarit pas d'éloge sur mon frère. Je grommelle :

- Il est fan des dragons et tu les détestes !

- Je ne les déteste pas, j'ai peur d'eux c'est tout. Mais peut-être que si Charlie m'apprend à mieux les connaître, ça ira mieux !

- C'est vraiment pas un garçon pour toi !

- Si je t'écoute, aucun garçon n'est pour moi ! réplique-t-elle.

- C'est pas ma faute si tes choix sont mauvais !

Hermione affiche un sourire rayonnant à présent. Je crois que je me suis fait avoir à mon propre jeu. C'est là qu'elle me tapote la joue :

- Allez sourie un peu ! Si tu veux tout savoir, Charlie n'est pas mon Weasley préféré !

Avant que je ne puisse réagir, Hermione a quitté la cuisine, le nez en l'air.

- Hé ! j'appelle. Attends un peu, reviens par ici ! ! !

Mais George me barre la route.

- Ron, on commence la réunion.

***

Pov Hermione

Je sors de la pièce très contente de moi. Il n'y a rien que je n'aime plus au monde que de rendre Ron jaloux et là, je sais que j'ai réussi.

Il ne s'attendait pas à ce que j'évoque son frère et j'avoue que je n'y aurais pas pensé non plus si je n'avais pas eu cette conversation avec Malfoy cette après-midi.

Malfoy. Je balaie le salon des yeux pour voir s'il est parmi nous.Je ne le vois pas. Il a visiblement été retenu , certainement par son père. Je croise le regard empreint de colère de Ron. Il sait qui je cherche.

Je soupire. Il n'est pas plus mal qu'il n'ait pas pu venir ce soir. Parfois, j'aimerais que Ron soit plus mature, qu'il accepte enfin que Malfoy soit désormais un allié et par là même, l'amitié que je partage avec lui.

Mais certains sentiments sont immuables. L'animosité qu'ils ressentent l'un envers l'autre semble indéfectible et inaltérable. Ils collaborent par la force des choses, la situation ne leur laisse pas le choix.

Je sais que c'est la jalousie qui pousse Ron à détester Malfoy à ce point. Il croit que je ne le vois pas mais je ne suis pas stupide. Il envie la complicité qui nous lie moi et Malfoy comme il jalousait celle que je partageais avec Harry du temps de Poudlard.

Il n'y a personne plus proche de moi queRon Weasley mais il ne le sait pas. Il ne comprend pas pourquoi il n'est pas mon confident, pourquoi ce n'est pas à lui que je me livrequand j'en ai besoin.

Comment me confier à Ron alors que mon plus lourd secret, ce sont les sentiments que j'ai pour lui ?

Parfois, je lui en veux de ne pas vouloir comprendre à quel point il est vital pour moi de conserver cette amitié, cette connivence que je partageavec Malefoy

Il ne peut pas comprendre ce que je vis. Lui a toujours sa famille, il vit entouré de gens qui l'aiment et lui offrent un vrai foyer.

Moi je n'ai plus rien. Je ne peux pas entrer en contact avec mes parents parce que c'est bien trop dangereux, j'ai perdu le seul véritable ami que je n'ai jamais eu, mon travail est avilissant et ne m'apporte aucune satisfaction.

Désormais ma seule famille c'est Ron, les Weasley et Malfoy. Sans eux, je serais seule dans ce monde hostile. Chacun d'entre eux m'est infiniment précieux et je ne veux pas les perdre.

C'est peut-être égoïste de ma part, mais c'est ma seule planche de salut et je ne suis pas prête à faire ce sacrifice. Même pour Ron.

Je connais son manque de confiance en lui. Je sais qu'il a peur. Peur que la flamboyante assurance de Malfoy finisse par me séduire. Parfois, j'ai envie de lui dire qu'il n'y a pas la moindre attirance entre nous, que Malfoy est bien plus intéressé par son frère que par moi.

Mais j'ai peur que Ron ne survive pas à une telle révélation.

Kingsley arrive enfin. Cet homme m'a toujours impressionnée. C'est une force tranquille. D'un calme sans pareil, il ne parle jamais pour ne rien dire. Pourtant sa présence seule suffit à imposer le respect.

Je me surprends parfois à penser qu'il ferait un excellent Ministre. Dans un autre monde, celui dont je rêve il serait un leader juste et efficace. Harry ne serait pas mort. Il serait un héros et se plaindrait en permanence de son statut de Sauveur.

Kingsley attend patiemment que chacun prenne sa place et soit prêt à écouter ce qu'il a à dire.

Instinctivement, je cherche Ron du regard. Il se tient droit et rigide dans un coin de la pièce. Sa mâchoire est serrée et ses muscles tendus, visiblement, il craint que l'Auror ne nous annonce de mauvaises nouvelles au sujet de Kira et de son enfant.

J'avoue que l'histoire de Kira a de quoi glacer le sang et provoquer l'indignation de n'importe quelle personne sensée.

Son seul crime : avoir conçu un enfant avec un Sang Pur. En effet, aux yeux de notre nouveau gouvernement c'est un acte impardonnable, avoir sciemment mis au monde un sang mêlé.

Elle a été contrainte de prendre la fuite avec sa fille. Ce qu'il est advenu du père de l'enfant, nous ne le savons pas. Il n'a jamais été retrouvé et nous supposons que les Mangemorts se sont chargés de le punir pour avoir osé souiller son précieux sang.

Son sort a dû être des plus horribles. La sentence est cruelle et sans appel pour qui se compromet avec une personne de ma condition.

Je tremble parfois à l'idée de ce qu'il se passerait s'ils apprenaient quelle relation Ron et moi entretenons. Si j'étais courageuse, je mettrais un terme à tout cela sans attendre pour ne pas le mettre en danger plus qu'il ne l'est déjà.

Enfin Kingsley se décide à prendre la parole :

« La situation est des plus graves. Nous avons localisé Kira ainsi que sa fille. »

A ces mots, un murmure parcoure l'assemblée.

« Elles sont retenues au Manoir Malfoy. J'ignore pourquoi elles sont encore en vie mais ce dont je suis certain c'est qu'elles ne le resteront pas longtemps. Nous devons agir au plus vite. Ron, Charly et moi-même allons ce soir même les libérer. Nous ne pouvons être trop nombreux de peur d'attirer l'attention. J'ai prévenu Draco, il tentera de faire diversion le plus longtemps possible. »

A cet instant, une bouffée de haine à l'égard de Kingsley m'envahit. Pourquoi a-t-il fallu qu'il choisisse Ron pour cette mission périlleuse ? Avec tous les membres que compte l'Ordre, ne pouvait-il pas choisir quelqu'un d'autre ? Lavande par exemple. Je ne suis pas certaine d'être attristée si elle ne revenait pas.

Je déteste le voir partir en mission. Déjà, parce que je crains pour sa vie chaque fois et aussi parce que je ne peux pas les accompagner. Je n'ai pas de baguette. Je serais un poids plus qu'autre chose.

J'en suis donc réduite à tourner en rond comme un lion en cage, me rongeant les sangs jusqu'à son retour.

J'ai l'impression de jouer une comédie sinistre où je serais la femme fragile en crinoline attendantle retour du guerrier. Sauf que je suis une guerrière et que mon impuissance me rend malade.

La colère qui m'habite est cependant vite balayée par la panique bien plus forte qui prend possession de moi. J'ai le sentiment qu'il va se passer quelque chose de terrible ce soir.

Je respire profondément espérant chasser cette peur irrationnelle qui fait trembler chaque parcelle de mon corps mais rien à faire ce pressentiment persiste et se fait plus fort de minute en minute.

Je jette un œil à Ron. Il semble serein presque enthousiaste. Faut-il qu'il soit stupide pour courir ainsi vers le danger ?

Il se dirige vers le placard et s'empare de son nécessaire à balais.Il a besoin de se vider l'esprit

L'amour que je ressens pour lui monte en moi brutalement. A cet instant, je brûle de lui dire que je l'aime, que je veux qu'il revienne, lui avouer qu'il est le seul pour moi, que Malfoy, Charly ou n'importe quel autre homme ne lui arrive pas à la cheville.

Je sais que je ne le ferai pas. A mes yeux, cela sonne comme un adieu. Si un jour je viens à lui déclarer ma flamme, je veux qu'il puisse être près de moi toute la nuit et bien plus encore.

Je me décide à la rejoindre pour pouvoir profiter de sa présence en espérant que sa sérénité calme mon angoisse.

***

Kingsley nous a annoncé une bonne nouvelle : nous savons où se trouvent Kira et sa fille. Elles sont toutes les deux retenues prisonnières au manoir des Malefoy. Nous ignorons pourquoi les mangemorts les retiennent mais nous devons agir vite avant qu'ils ne changent d'avis et les tuent, tout simplement. Alors ce soir, certains d'entre nous partiront en mission et je fais parti du voyage. Nous attendons simplement que la nuit soit à son heure la plus sombre pour attaquer. En attendant, chacun tente de s'occuper l'esprit comme il le peut. Pour ma part, je sors mon vieux nécessaire à balai et entreprends de couper les brindilles abîmées. Ca fait des siècles que je ne me suis pas servi de mon balai. Peut-être est-ce à cause de Fred et d'Harry avec qui j'avais l'habitude de jouer mais le quidditch me semble aujourd'hui, bien secondaire.

Hermione me rejoint bientôt, les bras croisés et la mine un peu trop pâle. Elle s'inquiète pour ce soir et elle crève de ne pas pouvoir venir avec nous. Ce que je vais dire est terrible mais j'avoue que parfois, ça m'arrange qu'on lui ait confisqué sa baguette…

- Est-ce que ça va ? je demande alors qu'elle s'installe dans le fauteuil en face du mien.

- J'ai un mauvais pressentiment pour ce soir. Je suis sûre qu'il va se passer quelque chose…

- Bien sûr qu'il va se passer quelque chose ! Nous allons sauver une femme et son enfant.

Hermione détourne le regard. Elle semble vraiment inquiète.

- Allez Mione, ça va aller. Et puis si ce n'est pas le cas et que ton pressentiment s'avère juste, je te charge de prévenir Trelawney que ton troisième Œil s'est enfin manifesté !

- C'est pas drôle.

- D'accord. On fera attention. dis-je d'un ton plus sérieux.

Je veux la voir sourire avant de m'en aller. Alors, au moment de me lever pour quitter la pièce, je lance :

De toute façon, s'il m'arrive quelque chose tu pourras toujours te plonger dans les bras de Charlie.

- Ce ne sont pas les meilleurs pour me consoler…

Hermione a prononcé cette phrase si bas que je me demande si je ne l'ai pas imaginé. Je tourne les talons et lui fais face. Peut-être devrais-je le lui dire maintenant ? Lui avouer mes sentiments et lui dire à quel point je rêve que nos « moments » deviennent des toujours. Après tout peut-être a-t-elle raison ? Peut-être qu'il va se passer quelque chose de terrible qui m'empêchera à jamais de lui dire quoi que ce soit ? J'ouvre la bouche pour parler mais Charlie m'appelle :

- Ron ! On y va !

J'ai l'impression de revenir brusquement à la réalité et au lieu de dire quoi que ce soit, ma bouche se pose à cet endroit que j'aime tant : juste là, à la commissure de ses lèvres.

Fin du chapitre.