Bonsoir foule en délire ( quoi on a le droit de rêver non???) Voila le quatriéme chapitre de notre histoire avec un peu de retard hélas mais la vie a ses impératifs. Nous tenons a remercier toutes les personnes qui nous ont laissés d'adorables reviews avec un mention spéciale a Myym lectrice fidéle et aussi a Yek pour son Mp adorable.

C'est moi la plupart du temps qui répond aux reviews mais Mirandae a lu chacune d'entres elles et vous remercie a tous.

Un Enorme merci a ma béta Master Ices Eyes.

Bonne lecture.

Le réveil est un peu dur ce matin, je n'ai dormi que deux heures. La nuit a été longue mais mon travail m'attend au Ministère et je ne peux pas me permettre d'arriver en retard. Un regard vers Harry achève de me réveiller totalement. Le lit de camp que lui a installé Maman est vieux et un peu petit, je vois les pieds de mon meilleur ami dépasser des draps mais c'est celui dans lequel Harry a toujours dormi quand il venait chez nous et lorsque nous nous sommes couchés, il m'a confié que ça lui convenait parfaitement : c'était la première fois depuis des mois qu'il dormait dans un vrai lit, si on peut appeler ainsi ce sommier miteux…

Après une bonne douche, je descends à la cuisine. Toute la maisonnée est encore endormie. Papa ne travaille pas aujourd'hui et j'ai sermonné ma mère pour qu'elle dorme un peu ce matin. Je lui ai assuré qu'Hermione et moi, on saurait faire cuire nos œufs tout seul. Hermione. Elle est déjà assise à la table de la cuisine devant une tasse de café. Visiblement, elle n'a rien pris d'autre pour son petit déjeuner. Elle est plongée dans un exemplaire de la Gazette. En première page, j'aperçois un cliché en noir et blanc du Manoir des Malefoy.

« - Trente personnes ! lance-t-elle sans même lever un regard vers moi. Ils étaient trente au Manoir hier soir. Malefoy père explique qu'il avait organisé « une petite soirée avec des intimes ». Tu parles ! Ce devait encore être une de leur réunion de mangemorts…

Elle referme le journal avec rage et le pose sur la table avant de me regarder.

« - Vous n'êtes partis qu'à dix, Ron, vous auriez pu tous vous faire tuer !

- Mais ça n'est pas arrivé alors ce n'est pas la peine de s'inquiéter pour quelque chose qui est déjà passé. dis-je d'un ton détaché avant de me baisser pour déposer un tendre baiser sur sa joue. Le contact de sa peau si douce me brûle les lèvres et je ferme les yeux, m'attardant juste un peu pour humer son parfum.

- Bonjour Princesse… »

Hermione fronce les sourcils.

« - Qu'est-ce qui te met de si bonne humeur alors que la marmotte que tu es n'a dormi que deux heures ? »

J'attrape une poêle et entreprends de faire cuire des œufs.

« - Laisse-moi réfléchir… peut-être le fait que mon meilleur ami soit vivant. Ah ! Et puis aussi le fait que mon autre meilleure amie ait accepté de l'écouter.

- Je n'ai pas dit que je ne lui en voulais plus pour autant. »

Je la regarde, elle a ce petit air buté, le même que celui qu'elle arborait quand elle refusait que je copie sur elle au temps de Poudlard, le même qui, depuis toujours, n'engendre qu'une seule réponse chez moi : l'énervement. Je tente de me maîtriser tout de même en ne répondant rien, préférant me concentrer sur la cuisson de mes œufs. Mes gestes sont un peu brusques et Hermione a bien dû sentir la tension monter d'un cran mais elle ne fait aucun commentaire. Le bruit de papier froissé derrière mon dos m'indique qu'elle a recommencé la lecture de la Gazette.

Je sais qu'elle a mal, chaque jour, chaque nuit, qu'elle culpabilise d'être toujours en vie alors que des milliers de ses semblables n'ont pas eu cette chance mais je ne crois pas qu'Harry soit responsable de cette misère. Après tout, il est comme nous tous, il cherche une solution pour que nous puissions nous en sortir. Il aurait pu réellement nous abandonner, quitter le pays et vivre en sécurité loin de toutes ces horreurs. Au lieu de cela, il est resté et a cherché un moyen de nous aider. Alors vraiment, je ne comprends pas qu'Hermione ne puisse pas avancer un peu dans son raisonnement.

Je pose une assiette remplie d'œufs et d'une tranche de bacon devant elle et m'assois de l'autre côté de la table pour manger la mienne.

« - C'est gentil mais je n'ai pas très faim…murmure-t-elle, continuant à lire son foutu journal.

- Tu n'as rien mangé depuis hier midi et ne me dis pas que le bagel que tu as consenti à avaler hier soir constituait un repas digne de ce nom ! »

Mon ton est suffisamment autoritaire pour la faire sortir de sa lecture.

« - Est-ce que je me trompe ou ta colère ne vient pas d'un stupide bagel ?

- Combien de temps penses-tu faire la tête à Harry ? »

Elle semble blessée par ma question.

« - Je pensais que tu essayerais au moins de me comprendre avant de te ranger à ses côtés.

- Il n'y a pas de « côtés » Hermione ! Vous êtes tous les deux mes amis et je n'ai pas envie de faire partie d'un camp, nous ne sommes plus des enfants !

- Ah bon ? s'écrie-t-elle. Pourtant tu réagis exactement comme un enfant ! Tu places tous tes espoirs dans son retour comme s'il était la solution à tous nos problèmes ! Ce n'est pas superman!

Qui ça ? Je déteste quand elle fait allusion à des moldus que je ne connais pas mais je décide de ne pas relever et je continue d'hurler.

C'est la première fois depuis très longtemps que nous avons une vraie dispute.

« - Je ne place pas TOUS mes espoirs en Harry ! C'est juste que pour une fois, on a une longueur d'avance sur Voldemort ! On sait quelque chose qu'il ignore et c'est comme même plutôt encourageant !

- Et moi ce que je veux te faire comprendre c'est que les actes d'Harry ne valent pas plus que les tiens ! Ce que vous avez fait hier soir avec l'Ordre n'est pas négligeable et ça vaut mieux que de se cacher pendant deux ans !

- Tu sais parfaitement qu'il n'a pas fait que se cacher ! Et puis il a besoin de nous, Hermione ! Il a été seul durant…

- Et alors ? Moi aussi je suis seule ! »

Un silence glacé se répand dans la cuisine. C'est comme si Hermione m'avait griffé le cœur. Je le sens se serrer dans ma poitrine et une profonde tristesse m'envahit. Seule ? Ma famille entière l'a accueillie à bras ouverts et elle se croit seule ? Et moi ? Est-ce que je compte si peu à ses yeux qu'elle ne se souvienne même pas que j'ai été là, pour l'accompagner ?

« - Passe une bonne journée. »

C'est la seule phrase qui me vient à l'esprit à cet instant. Je me demande bien comment j'ai réussi à l'articuler aussi calmement. J'ignore quel sentiment l'emporte entre la colère et la tristesse mais tout ce que je sais, c'est qu'il vaut mieux que je m'éloigne d'Hermione très vite, la blessure qui me sert le cœur est un peu trop douloureuse pour que je supporte son regard une seconde de plus

*******

Je le regarde partir le cœur lourd. Je sais que ce que je viens de lui dire l'a blessé et la culpabilité m'envahit. Malgré tout, je n'arrive pas à regretter certaines de mes paroles.

Je pense sincèrement qu'il est stupide de placer tous nos espoirs en Harry alors qu'il a prouvé il y a deux ans que même lui n'était pas infaillible. Certes, son retour est une bonne nouvelle, les renseignements qu'il a pu recueillir nous seront d'une grande utilité. Il est évident que le fait que Voldemort ignore tout de son retour est un atout de poids.

Pourtant, il m'est insupportable de voir à quel point Ron dévalorise chacune des actions courageuses qu'il a accomplies. J'ai l'impression de revenir au temps de Poudlard, où Ron était persuadé qu'il ne serait jamais rien d'autre que le meilleur ami du célèbre Harry Potter.

Eternellement dans l'ombre du Survivant.

Déjà à cette époque, j'avais du mal à supporter la souffrance que cela lui infligeait. Je détestais sa passivité, son manque de confiance en lui qui l'empêchait de voir la personne formidable qu'il est. Son manque d'initiative simplement parce qu'il restait convaincu que Harry ferait toujours mieux que lui.

Je pensais que son entrée dans l'Ordre, son statut d'espion et les nombreuses personnes qu'il a sauvées des griffes du Ministère, lui auraient enfin permis de mesurer sa valeur, mais il n'en est rien.

Harry est de retour et Ron redevient le petit garçon peu sûr de lui qu'il était. Ce qui me fait sortir de mes gonds c'est que personne ne le contredit ! Parce qu'à cet instant la confiance de sa famille serait la bienvenue, et comme toujours ils ne se manifestent pas.

J'enrage. Je beurre si fort ma tartine qu'elle explose entre mes doigts. Furieusement je lance le couteau sur la table.

C'est puéril de faire ça mais ça soulage tout de même. Je suis persuadée qu'Harry ne s'est pas manifesté à cause de cela, de cette confiance aveugle et crédule que lui vouent les gens, l'Ordre compris. Il a toujours porté ce poids sur ses épaules. C'était sans doute plus simple de disparaître, de cesser d'être l'espoir de notre monde pour pouvoir réellement le sauver.

Il m'excède tous les deux. Harry qui refuse d'être considéré comme l'icône qu'il est malgré tout et Ron qui souhaite ardemment la reconnaissance et qui ne sait pas la voir quand on la lui offre.

Je regarde l'horloge et soupire bruyamment. Je vais devoir partir plus tôt aujourd'hui. En temps normal, je transplane avec Ron mais il est parti sans moi, je vais donc y aller à pied.

En espérant que ça calmera mes nerfs rudement mis à l'épreuve par l'émotion et le manque de sommeil.

Dehors, le froid est mordant mais ça me fait du bien, ça réveille mon corps engourdi. Je flâne un peu dans les rues du Londres moldu, j'aimais beaucoup m'y promener avant mais désormais j'en ai peu l'occasion.

J'emprunte la porte de service du Ministère. Les employés que je croise dans les couloirs me regardent avec dédain et écœurement. Je n'y prête pas attention et continue mon avancée.

En passant devant le bureau de Ron, je constate que sa porte est close. Il n'a visiblement pas l'intention de me parler ce matin.

Je ne peux m'empêcher de me sentir triste. Je n'aime pas qu'il soit fâché contre moi. Je n'ai jamais aimé, encore moins maintenant. Peut-être que j'ai été trop dure avec lui. Je commence à me demander si un jour nous serons capables de communiquer lui et moi.

Ma journée est longue et pénible. La personne qui m'aide aujourd'hui dans mon travail semble réellement s'intéresser à ce que je fais. Elle met du cœur à l'ouvrage et progresse rapidement.

Progressivement l'angoisse m'envahit. Serait-il possible que cette fois-ci le Ministère se soit lassé de moi ? Ce stagiaire est compétent, c'est sans doute la première fois que ça arrive. Plus la journée avance, plus le doute n'est plus permis. Personne n'est venu me voir, ni Ron, ni Malefoy.

L'heure est venue de partir. Je ne m'attarde pas. Tremblante, je réunis rapidement mes affaires. Je lève les yeux vers la porte, m'attendant à tout moment à voir surgir une escouade d'aurors chargés de me conduire vers ma dernière demeure.

Je sors précipitamment du bureau en claquant la porte. Je vois Ron adossé au mur, aussitôt qu'il me voit, il se dirige vers moi en haussant les sourcils.

« - Tu es déjà là ? Je pensais t'attendre encore un bon moment, connaissant ton addiction pour les heures supplémentaires. »

Je ne réponds pas regardant autour de moi frénétiquement. Je ne me suis jamais sentie aussi peu en sécurité qu'à cet instant.

« - Hermione ça va ? Ecoute, je suis venu pour te parler. Je suis désolé de ce qui s'est passé ce matin et je pense que nous devrions en discuter. »

Je lui agrippe le bras. La panique m'inonde, je ne suis pas loin de faire une crise d'angoisse très violente.

« - Je t'en prie Ron, partons d'ici tout de suite ! »

Le ton de ma voix a dû l'alarmer, il relève la tête et sonde le couloir, tentant de détecter une quelconque menace.

« - Mione que t'arrive-t-il ? Quelqu'un t'a fait du mal ? »

En quelques mots et à voix basse, je lui explique ce que j'ai vécu aujourd'hui et la crainte qui m'a saisie. Son regard se durcit.

« - Je me trompe peut-être Ron. Mais je préférerais que nous partions maintenant. »

Sans un mot, il me prend la main, m'entraînant dans le dédale de couloirs sombres. Nous courons presque jusqu'à l'aire de transplanage, attirant le regard des gens au passage.

Après avoir disparu dans un pop sonore, nous atterrissons dans la cuisine du Terrier. Ron me lâche aussitôt avant de s'asseoir, le visage tourmenté.

Je ne dis pas un mot. Je regrette presque de l'avoir alarmé, la peur panique qui m'étouffait au Ministère décroit peu à peu. L'ambiance chaleureuse du Terrier me réconforte, la présence de Ron me rassure, je peux à nouveau respirer normalement.

« - Je ne veux plus que tu retournes là bas. »

Il se tourne vers moi, le regard déterminé, mais je peux percevoir une lueur de peur au fond de ses prunelles bleues.

« - Ron c'est impossible ! Je ne suis même pas certaine de ce que j'avance ! »

Il se lève brusquement, repoussant sa chaise avec violence.

« - Et alors ?! Tu préfères y retourner et vérifier si ta théorie est juste ? Il est hors de question que tu remettes un pied au Ministère !

- C'est stupide. Je suis tout autant en danger si je n'y retourne pas, ils chercheront à savoir pourquoi je ne viens pas. Ils savent que j'habite ici. S'ils décident de venir voir c'est toute ta famille et l'Ordre que nous mettrons en danger. Nous ne pouvons pas prendre ce risque ! »

Ron soupire fortement se massant lentement les tempes, comme si une violente migraine l'assaillait soudainement.

« - Hermione est-ce que, pour une fois, une seule et misérable fois, tu pourrais m'écouter et faire ce que je te dis. »

Il semble désabusé, comme un professeur face à un élève récalcitrant. Il a tort et il le sait. Il n'est pas sans savoir que ce serait une catastrophe si Voldemort venait à découvrir que le Terrier est en fait le QG de l'Ordre.

« - Ron écoute, je pense que tu perds ton calme ce qui t'empêche de réfléchir correctement.

- Je perds mon calme ??!! C'est la meilleure celle-là ! Je te rappelle que tu étais au bord de l'hystérie il y a dix minutes. Hermione bon sang ! Je suis Auror. Je sais ce que je fais !

- Justement tu es Auror ! Tu sais donc que parfois un sacrifice est nécessaire pour sauver le plus grand nombre. »

Cette fois-ci je pense que je l'ai poussé à bout. Il se précipite sur moi le visage rouge de rage, saisissant mes épaules, il me secoue fermement :

« - Tu te rends compte de ce que tu dis ? Tu penses que je pourrais vraiment laisser faire une chose pareille ?

- Ron… je… »

Un toussotement discret m'interrompt dans ma tirade. A la porte de la cuisine, Remus nous regarde avec circonspection.

« - Excusez-moi. Je dérange ?

Je jette un regard noir à Ron, me dégageant de son étreinte.

« - Pas du tout Remus, nous avions terminé.

- Peux-tu venir dans le salon Hermione ? Malefoy souhaite te parler. Il semble surexcité. »

Je me dirige prestement vers le salon. Soulagée d'échapper pour un instant à cette conversation qui contrairement à ce que je disais n'est absolument pas terminée. Je suis convaincue que Ron n'a pas l'intention d'en rester là.

Malefoy se précipite vers moi, le visage rayonnant. La première pensée qui me vient à l'esprit c'est que peut-être les choses ont un peu avancé avec Charly. Ce serait la seule bonne nouvelle de ma journée.

« - Granger dis-moi, qui admires-tu le plus au monde ? »

Sa question me laisse sans voix. Je m'attendais à tout sauf à ça ! Du coup, je ne sais même pas quoi répondre.

Il ne me laisse pas répondre, j'ouvre à peine la bouche qu'il lève la main pour me faire taire.

« - Laisse tomber dans quelques secondes ça sera moi !

-Mais de quoi parles-tu ? »

Je ne suis pas d'humeur à supporter ces pseudo-énigmes dont il est si friand. Son sourire s'élargit encore plus si possible alors que sa main passe sous sa cape et que je le vois sortir…

« - Merlin Malefoy… Ce n'est pas possible ! »

Mes yeux s'écarquillent sous la surprise : ma baguette l. Voilà ce que Malefoy vient de sortir de sa cape. Sans un mot, il me la tend. J'ai presque peur de la prendre, comme si elle allait se réduire en poussière, comme un rêve trop réel.

Précautionneusement presque avec révérence, je m'en saisie. Aussitôt, un fourmillement agréable se propage le long de mon corps. J'ai la sensation délicieuse de retrouver une partie de moi-même, d'être à nouveau complète.

Je suis propulsée des années en arrière, dans la boutique d'Ollivander où toute jeune gamine pour la première fois de ma vie, j'ai senti cette impression grisante de pouvoir m'habiter.

« - Malefoy je ne sais pas quoi dire…

- Eh bien je pense que « désormais je vénérerai le sol que tu foules » serait suffisant. »

J'éclate de rire et je lui saute au cou. Je le sens se raidir, puis il se détend et me serre à son tour.

Je reste ainsi un moment accrochée à lui, entre le rire et les larmes. Il chuchote à mon oreille :

« - Je pense que tu devrais me lâcher maintenant sinon tout le monde va penser que nous avons une liaison et ça n'arrangera pas tes affaires, ni les miennes si tu vois ce que je veux dire… »

Hilare, je lui plaque un bisou sonore sur la joue avant de lui glisser un « merci » et de le libérer de mon étreinte.

« - Bon Granger. Ce n'est pas parce que tu as retrouvé ta baguette que tu dois t'en servir à tort et à travers. Je ne sais dans quelle mesure elle peut être surveillée.

- Je ferai attention promis. »

Je me tourne enfin vers les autres qui me regardent avec le sourire. D'un mouvement que j'espère gracieux, je fais apparaître un bouquet de rose sur la table. Puis je me tourne vers Malefoy, un sourire contrit aux lèvres, il secoue la tête en soupirant.

Je vois Charlie se diriger vers lui en souriant, manifestement admiratif.

« - Félicitation Draco. C'est un très beau geste que tu viens de faire !

- Oh ce n'est rien. Je veux dire, l'occasion s'est présentée… »

Il a bégayé ces quelques mots rougissant comme une demoiselle. Puis, s'apercevant de la lueur d'admiration dans les yeux du dresseur de dragon, il se redresse et reprend l'attitude conquérante dont il est coutumier.

« - C'est l'avantage d'être infiltré de façon efficace au Ministère. On a accès à beaucoup de choses confidentielles. »

J'étouffe un rire et détourne le regard leur laissant un peu d'intimité. En les voyant ainsi minauder, je me demande si nous avons tous l'air aussi ridicule lorsque nous flirtons.

Instinctivement, mes yeux se tournent vers la seule personne avec laquelle je n'ai jamais badiné et bien plus encore.

L'allégresse qui m'habite depuis quelques minutes s'évapore instantanément quand mon regard se pose sur lui.

Assis sur le canapé, pâle, le visage tourmenté, il semble à la fois en colère et désemparé. Lui aussi a dû passer une journée atroce, je sais que, comme moi, il a horreur qu'on se dispute. De plus, j'ai certainement amplifié son malaise en lui faisant part de mes craintes concernant les intentions du Ministère à mon égard.

Lentement, il se lève et en silence, prend la direction des escaliers. Je m'apprête à lui emboîter le pas quand une main douce mais ferme se pose sur mon épaule. Harry.

« - Laisse, je vais y aller. »

Je le regarde disparaître dans le couloir. Espérant que, d'une façon ou d'une autre, il soulage Ron du fardeau que je lui impose trop souvent.

*******

Elle a récupéré sa baguette. Elle a récupéré sa baguette…

Ces mots résonnent en moi comme une litanie. Comme si Hermione ne risquait déjà pas suffisamment sa vie par le simple fait d'exister. Comme si le Ministère n'avait déjà pas assez de raisons de s'en prendre à elle ! Cet après-midi elle m'annonce qu'ils auraient peut-être trouvé quelqu'un pour la remplacer dans son travail et ce soir, elle leur offre un motif d'arrestation. Si jamais on découvre ça…

Bon sang, elle a récupéré sa baguette. Elle va vouloir s'en servir. Aider les autres, devenir active au sein de l'Ordre. Prendre des risques. Plus qu'elle n'en prend déjà et ce n'est pas peu dire…

Putain, elle a récupéré sa baguette ! Et Malefoy qui arrive avec son sourire stupide, fier de lui en plus, sans se rendre compte qu'il l'entraîne un peu plus vers la mort.

Je suis en train de la perdre…

Je secoue la tête, tentant de m'éclaircir les idées. Il y a sûrement un côté positif à ce bordel. Après tout, Hermione n'est plus sans défense désormais, c'est plutôt une bonne chose et puis ce soir, elle a regagné une partie d'elle-même. Le geste de Malefoy l'a sûrement rendue plus heureuse qu'elle ne l'a jamais été depuis bien longtemps.

C'est peut-être cela, finalement, qui me fait le plus mal : ce bonheur, ce n'est pas moi qui en suis la cause.

La porte s'ouvre et c'est Harry qui pénètre dans la cuisine où je me suis réfugié.

« - Décidément, Malefoy n'a pas changé ! Il ferait vraiment n'importe quoi pour se faire remarquer ! lance-t-il d'un ton qui se veut amusé. »

Je lève les yeux vers mon meilleur ami et son sourire s'efface aussitôt.

« - Excuse-moi, ce n'était pas vraiment drôle…admet-il en prenant appui sur un meuble de cuisine.

- Elle a récupéré sa baguette, Harry. »

Je suis incapable de trouver d'autres mots pour exprimer ce que je ressens à cet instant mais il n'y a rien à ajouter et je crois qu'Harry comprend. Je me rends compte que ma voix est remplie de tristesse et je baisse la tête, un peu gêné.

« - Tu ne devrais pas t'inquiéter autant pour Hermione. Elle est intelligente, elle saura gérer cette situation et ne pas utiliser sa baguette à torts et à travers…

- …En faisant apparaître des bouquets de roses à tout bout de champ ? je coupe, en colère. Si elle continue elle va se faire pincer par le Ministère !

- Elle pourra aussi se défendre si jamais elle en a besoin et tu sais très bien que c'est une éventualité à ne pas négliger.

- Je sais…

- Si jamais ils débarquent dans son bureau, elle pourra transplaner et s'enfuir sans problème…

- Je sais ! je m'écris en le foudroyant du regard, l'intimant ainsi de se taire. »

Je n'ai aucune envie qu'il m'expose toutes les situations où Hermione pourrait avoir besoin de sa baguette. Je les connais déjà toutes par cœur pour les avoir énumérées lors des nuits où l'angoisse était trop importante pour trouver le sommeil.

« - Alors qu'est-ce qu'il y a exactement ? demande-t-il, calmement. »

Je baisse de nouveau la tête. Je sens le regard d'Harry peser sur moi mais je n'ai aucune envie de lui dire quoi que ce soit. De toute façon, il ne comprendrait pas. Personne ne peut comprendre la situation dans laquelle Hermione et moi nous nous sommes embourbés. Cette relation d'amants-amis qui peut me transporter vers les cimes de l'euphorie pour me plonger ensuite dans le plus profond désespoir.

« -Tu m'as dit que vous n'étiez pas ensemble… commence-t-il.

- Nous ne sommes pas ensemble. »

Ma gorge est comme asséchée et ma voix n'est plus qu'un murmure.

« - Et pourtant je vous ai vus hier…dans la cuisine… »

Mon cœur rate un battement à cette annonce. Je ne m'attendais pas à ça. Mais je ne trouve rien à répondre et mon silence est la meilleure des confessions.

Harry pousse un profond soupir.

« - Oh Ron… souffle-t-il. Qu'est-ce que vous fichez tous les deux ?

- C'est… très… compliqué…

- Ce n'est pas compliqué, c'est n'importe quoi ! Enfin, comment peux-tu espérer arriver à avoir une relation correcte avec Hermione si vous n'éclaircissez pas un peu les choses entre vous ?

Ses paroles trouvent un écho en moi. Depuis le début je sais que ce qui se passe entre Hermione et moi n'est pas sain mais je n'ai jamais trouvé la force de stopper tout ça.

« - Elle va mal Ron. C'est flagrant ! Est-ce que tu penses que tu l'aides vraiment ? »

J'ai l'impression que mon cœur se brise en des centaines de fêlures, comme une vitre qui aurait reçu une pierre. Mon meilleur ami pense que je n'aide pas Hermione. La vague de culpabilité que je tentais de garder enfouie me submerge : je ne suis qu'un égoïste qui profite du mal-être de son amie.

« - Si tu l'aimes, et je sais que tu l'aimes, tu dois arrêter ça. conclut Harry sur un ton toujours aussi calme. »

Je lève la tête pour croiser son regard, enfin. Il m'observe le visage impassible. Il ne s'est pas mis en colère, n'a pas une seule fois monter le ton de sa voix pour me parler. Je me rends compte qu'en deux ans, mon ami a gagné en sagesse, il est plus sûr de lui que je ne le serai jamais.

« - Tu as raison. parviens-je à articuler au bout d'un long moment. »

Je n'ai pourtant aucune envie qu'il ait raison.

*****

Assise sur mon lit, je caresse tendrement ma baguette. L'euphorie du moment retombée, je prends conscience de l'ampleur de la situation.

Je suis à nouveau un membre actif de l'Ordre. J'ai la sensation exaltante de reprendre enfin le contrôle de ma vie. L'idée de pouvoir me rendre enfin utile dans cette guerre que nous menons contre la Tyrannie me comble de bonheur.

Terminées les soirées interminables à attendre le retour de mes amis. Finies toutes ces heures à me ronger les sangs pour Ron. Désormais, je pourrais combattre à ses côtés, le protéger si nécessaire.

Je n'aurais plus cette impression désagréable d'être un poids bien trop encombrant pour lui. Dorénavant, nous serons partenaires, il n'aura plus à s'inquiéter pour moi, je suis à même de me défendre à présent.

On frappe légèrement à ma porte. Je vois le visage de Tonks se glisser dans l'entrebâillement.

« - La réunion va bientôt commencer. Kingsley vient d'arriver.

- Bien je descends tout de suite. »

Elle me regarde un léger sourire aux lèvres. Je me rends compte que j'ai toujours ma baguette à la main. Inconsciemment j'ai du mal à m'en séparer comme si j'avais peur qu'elle ne disparaisse à nouveau.

« - Je suis contente que tu aies enfin retrouvé ta baguette Hermione.

Je lui souris. Un sourire franc et sincère comme je n'en ai pas eu depuis longtemps.

- Merci Tonks. »

Je ne peux pas dire beaucoup plus. J'ai l'impression de me confondre en remerciements depuis le début de la soirée. Mais que puis-je dire d'autre ? Parfois les mots sont inutiles, en l'occurrence ils m'abandonnent lâchement. Je ne peux que répéter ces mots creux encore et encore.

Elle referme la porte doucement. Je regarde une dernière fois ma baguette avant de la cacher soigneusement sous mon oreiller. Inutile de la garder sur moi en permanence. De plus, Malefoy a raison. Je ne sais pas à quel point elle peut être surveillée autant éviter d'attirer des problèmes à tout le monde.

J'ai appris à vivre sans. Je continuerai à fonctionner sans la magie, je ne m'en servirai que pour me défendre si cela s'avère nécessaire.

Je rejoins les autres dans le salon. Kingsley est assis dans un fauteuil. Devant lui une tasse de thé et une tranche de pudding trônent sur un petit guéridon. Sans aucun doute l'œuvre de Molly.

Les membres de l'Ordre risquent leur vie chaque jour. Mais une chose est sûre aucun d'entre nous ne pourra mourir de faim.

Sur un canapé, je vois Charly et Malefoy plongés dans une conversation animée. Je prends place à côté d'eux, écoutant avec discrétion leur discussion. Je retiens difficilement un rire. Je n'aurais jamais cru que Malefoy puisse être un jour aussi passionné par les habitudes alimentaires des Norvégiens à crête.

Ron est assis en face de moi. Son visage est encore plus torturé que tout à l'heure. Visiblement, sa conversation avec Harry ne l'a pas apaisé. Bien au contraire. Il plonge soudainement son regard dans le mien et je peux y voir une multitude d'émotions s'entrechoquer dans ses yeux rendus plus sombres par l'inquiétude.

Je me fais la promesse d'aller lui parler dès que la réunion prendra fin. Nous avons réellement besoin de nous retrouver seuls tous les deux. Je ne supporte pas de le savoir malheureux et même si je sais qu'il en a horreur j'ai bien l'intention d'insister pour savoir ce qui le tourmente tant.

Kingsley se racle discrètement la gorge. Aussitôt tout le monde se tait. La réunion peut commencer.

« - Bonsoir à tous. Avant toute chose, je tiens à vous donner des nouvelles de Kira et de sa fille. Elles sont désormais en totale sécurité. La petite se porte bien et s'adapte à sa nouvelle vie. On peut donc dire que cette mission est une réussite ! »

Des murmures approbateurs accompagnent cette déclaration. Même Ron, pourtant si sombre, esquisse un sourire. Après tout, il a participé au sauvetage de ces malheureuses, il a le droit d'être fier. Je lui fais un petit sourire, je suis si fière de lui, mais il détourne le regard sans prendre la peine de me le rendre. Troublée, je fronce les sourcils, se pourrait-il qu'il soit encore fâché contre moi ?

Kingsley reprend la parole. Je tente de me concentrer à nouveau sur la réunion mais je suis perturbée par le comportement de Ron. Je ne cesse de lui jeter de petit coup d'œil furtif, mais rien ne transparaît sur son visage étonnamment dur et froid.

« - Comme vous le savez certainement, aujourd'hui est un jour spécial. Miss Granger a enfin pu récupérer sa baguette. C'est une bonne nouvelle pour elle mais également pour nous car nous pouvons désormais compter un membre actif de plus.

- Le fait que ce soit une sorcière aussi intelligente qu'Hermione n'est pas négligeable ! »

Je me tourne vers Charly le visage rayonnant. Je suis flattée qu'il puisse penser que je peux être un atout de poids. Tout le monde acquiesce avec le sourire. Tout le monde sauf Ron. Le visage blême et les poings serrés, il semble en proie à un douloureux combat intérieur. A cet instant, je serais prête à rendre ma baguette pour savoir ce qui le rend si malheureux.

Je déteste le voir triste. Je peux supporter beaucoup de choses, mais pas de le voir tourmenté de la sorte. Je brûle d'envie de le prendre dans mes bras, d'embrasser son visage jusqu'à ce que ses traits perdent cette raideur due à l'inquiétude.

Bien sûr, je ne peux pas. Nous sommes entourés de monde. A cet instant je regrette sincèrement que notre relation soit si compliquée. Si nous étions un vrai couple, je serais près de lui en ce moment. Je pourrais le réconforter en lui tenant la main, ou en caressant ses cheveux en bataille.

Au lieu de cela, je suis impuissante. Loin de lui alors qu'il se perd dans un monde dont je ne possède pas la clef.

« - Bien grâce aux informations qu'a pu nous donner Harry nous savons où trouver un élément qui, au dire de Mr Potter serait indispensable à la destruction de Voldemort. Celui-ci a été dissimulé dans le coffre d'une banque Moldu. Ce qui est très intelligent de la part de Voldemort car bien sûr personne ne pourrait penser qu'il puisse cacher une chose aussi précieuse chez les moldus qu'il méprise tant. »

C'est un fait Voldemort dans sa mégalomanie est quelqu'un de brillant. Parfois, je dois bien l'avouer j'éprouve une admiration morbide envers lui. En dépit de tout, il reste un sorcier puissant qui a repoussé les limites de la magie. Parfois je me demande comment chacun d'entre nous pourrait réagir si un tel pouvoir était à portée de main. Aurions-nous la force de résister à l'attrait de la toute puissance, à la connaissance.

Je sors de mes pensées lorsque Kingsley reprend la parole :

« - Je ne sais pas exactement de quoi il s'agit. Harry affirme qu'il ne peut pas nous en dire plus. C'est une évidence que nous devons le récupérer. Cela nous donnera une sacrée longueur d'avance. C'est pour cela que je pense que Miss Granger serait toute indiquée pour cette mission.

Je lève la tête si brusquement que j'entends mes cervicales craquer. J'ai beau avoir ma baguette à nouveau, je ne m'attendais pas à ce que l'on m'envoie en mission aussi rapidement.

Pourtant Kingsley me fixe imperturbable. Visiblement, il attend une réponse. Je m'apprête à la lui donner quand Ron prend soudainement la parole :

« - Pourquoi elle ? »

Son ton est froid. Son visage dur. Il n'apprécie pas que cette mission me soit confiée.

« - Eh bien comme je l'ai dit ce dont nous avons besoin se trouve dans une banque Moldue. Celles-ci fonctionnent très différemment de nos banques sorcières. Nous ne pouvons pas prendre le risque de nous faire remarquer parce que nous ne savons pas nous repérer. Miss Granger connaît bien le monde Moldu pour y avoir passé son enfance. Elle me semble toute indiquée pour mener cette mission à bien. »

Il a raison. C'est une mission difficile, délicate. Connaître le terrain est un atout de poids.

« - C'est ridicule !!! »

Ron semble au bord de l'explosion. Rouge de colère, il s'est levé les poings serrés. Harry tente tant bien que mal de le calmer.

« - Ron voyons calme-toi vieux. »

En vain.

« - Est-ce que je suis le seul ici à me souvenir que justement Hermione est une Moldue ??!! Donc bien plus en danger que n'importe lequel d'entre nous. Ils ne doivent pas savoir qu'elle est de nouveau en possession de sa baguette ! Et rien ne nous confirme qu'ils ne le savent pas déjà. »

La situation dégénère. Ron n'est plus maître de lui, tout en parlant, il s'approche dangereusement de Kingsley. Cette fois-ci c'est Tonks qui tente de le modérer. Elle y arrivera peut-être, ils font souvent équipe sur les missions.

« - Ron, écoute. Tu sais bien que le Terrier est entouré de protections magiques puissantes. Ils ne peuvent pas savoir ce qui se passe ici. Tu le sais bien. »

Elle pose une mais sur son épaule en signe de réconfort. Mais rien ne semble vouloir apaiser sa colère.

« - Admettons qu'ici elle soit protégée. Et encore que je n'en suis pas sûr, le Ministère possède des armes que nous ne soupçonnons certainement pas, je pense d'ailleurs que Malefoy ne me contredira pas. »

A ces mots, il pose son regard sur Malefoy qui semble gêné d'être ainsi pris à partie.

« - Hum… je ne sais pas. Mais enfin, oui il n'a pas tort nous ne sommes pas au courant de tout. »

Ron semble satisfait de sa réponse.

« - Voilà. Donc en admettant qu'ici elle ne soit pas en danger. Dès qu'elle aura mis le pied dehors et qu'elle se servira de sa baguette elle sera immédiatement repérée. Bon sang vous avez une idée de qu'ils lui feront s'ils l'attrapent en pleine mission ?!»

Il est inquiet pour moi. J'en ressens une joie profonde, je ne lui suis pas aussi indifférente qu'il le laisse paraître.

« - Monsieur Weasley. Miss Granger ne sera dans l'obligation de se servir de sa baguette uniquement pour se défendre si justement elle est repérée pendant sa mission. A ce moment-là, le fait qu'elle soit ou non en possession de sa baguette sera sans importance puisque sa couverture sera tombée. »

Kingsley est d'une logique dans pareille. Il n'a pas l'intention d'écouter ce que Ron a à dire. Incontestablement, il s'impose comme notre chef et ne lui laisse pas voix au chapitre. Ron est de plus en plus rouge. Des vagues de colère froide émanent de lui. Il s'avance à nouveau vers lui et reprend la parole d'un ton étrangement calme.

« - Vous l'envoyez à l'abattoir. Vous le savez et vous vous en moquez. Je ne vous laisserais pas faire une chose pareille ! »

Il a parlé à voix basse. Son corps est tendu comme un arc. Je connais cette posture. Il ne faudra que quelques minutes pour que ses dernières barrières cèdent et qu'il balance son poing dans la figure de Kingsley.

Imperturbable celui-ci se lève à son tour, se plantant devant Ron.

« - Je pense que Miss Granger est suffisamment intelligente pour savoir ce qu'elle doit faire et pour se servir de sa baguette à bon escient. »

Immédiatement, je me revois faire apparaître le bouquet de rose. Je rosis instantanément à cette idée. Kingsley ne m'a pas vue faire cela. Penserait-il la même chose s'il le savait ?

« - Oui, à condition qu'elle ne s'en serve pas pour refaire la décoration du salon… »

De toute évidence, Ron lui n'a pas oublié. Je sens la colère monter en moi. J'aime quand il est protecteur mais là, il exagère. Je ne suis tout de même pas une incapable.

Et pendant ce temps, ces deux imbéciles se toisent et se tournent autour comme s'ils se disputaient la même proie. C'en est trop pour moi.

« - Ca suffit !! »

Je me lève à mon tour et les fusille du regard.

« - Ce serait aimable de votre part si vous arrêtiez de parler de moi comme si je n'étais pas là.

- Hermione laisse-moi régler ça !

- C'est la meilleure celle-là ! Je te rappelle que c'est à moi qu'on a proposé cette mission. C'est à moi de décider si je l'accepte, pas à toi ! »

Ce coup-ci, il m'énerve franchement. Il ne veut même pas me laisser parler alors que je suis la principale concernée.

« - Hermione. Est-ce que tu as la moindre idée de ce qu'ils te feront s'ils t'attrapent ? Crois-tu qu'ils se contenteront de te tuer simplement ? Je ne peux pas accepter que tu coures un tel risque !

- Tu n'es pas mon père Ron ! Je suis une adulte. Tu n'as rien à dire concernant les décisions que je prends. Tu m'entends rien du tout ! »

Instinctivement, nos corps se sont rapprochés l'un de. Nos visages, tous deux déformés par la fureur, ne sont plus qu'à quelques centimètres l'un de l'autre.

« - Hermione je ne veux pas que tu acceptes cette mission.

- Ce que tu veux ou pas je m'en fiche ! Je ne vois pas où est le problème. Tu es le seul ici qui voit un inconvénient au fait que j'ai enfin ma baguette ! »

J'ai conscience que mes nerfs à fleur de peau ne m'autorisent pas à aller plus loin. Je vais assurément dire des mots que je vais regretter par la suite. Pourtant c'est plus fort que moi, ma fureur est trop grande je ne peux pas me contenir.

« - D'ailleurs c'est peut-être pour ça que tu n'as jamais cherché à la récupérer ? Parce que finalement, tu ne tiens pas tant que ça à ce que je participe à vos missions. Qu'est-ce qui t'arrives Ron ? Tu as peur que je sois plus douée que toi c'est ça ? »

Je me rends compte que je vais trop loin à l'instant même où les mots sortent de ma bouche. Pourtant, il est trop tard. L'accusation que je viens de lancer flotte encore dans les airs. Comme si son écho se répercutait sur les murs de la pièce.

L'éclair de douleur qui traverse le regard de Ron me bouleverse. Il recule lentement, mettant le plus de distance possible entre nous. Comme si je le répugnais. Sans un mot de plus, il quitte la pièce claquant la porte derrière lui.

Je reste plantée là, les bras ballants. La respiration haletante d'avoir trop crié je sens le regard des autres sur moi me brûlant le dos.

C'est Kingsley qui brise le silence qui s'est abattu sur la pièce.

« - Bon la réunion est terminée. Miss Granger, prenez le temps de réfléchir, nous ne sommes pas à un jour près. »

Tout le monde quitte le salon lentement. Sans un mot. Sauf Malefoy qui s'attarde.

« - Tu ne viens pas Draco ? »

C'est Charly qui l'interpelle du pas de la porte.

« - Oui j'arrive de suite. Laisse-moi deux minutes. »

Hochant la tête d'un air entendu Charly sort, fermant la porte calmement.

Malefoy me regarde longuement ne prononçant pas un mot. Sa façon de me dévisager me gêne profondément.

« - Quoi ?! »

Je suis agressive mais je n'ai franchement pas envie d'attendre jusqu'à demain matin qu'il se décide à parler.

« - Ecoute Granger. Weasley ne pouvait pas trouver ta baguette. Je peux te garantir qu'il l'a cherchée de nombreuses fois. Vois-tu la salle où sont conservées les baguettes. Eh bien on ne peut la trouver que si on sait qu'elle existe tu vois ? »

Je hoche la tête. Je sens déjà la honte m'envahir.

« - Il n'a jamais connu l'existence d'une telle pièce. Le Ministère ne lui fait pas suffisamment confiance. »

Les larmes me montent aux yeux. Je me sens si misérable d'avoir pu lui cracher de telles horreurs au visage. Ron est toujours là pour moi et je ne trouve rien de mieux à faire que de lui en vouloir parce qu'il ne veut pas se réjouir du retour de ma baguette.

Malefoy s'avance vers moi, posant doucement sa main sur mon épaule.

« - Granger. Je pense que tu devrais aller t'excuser. »

Je lui fais un signe de tête suivi d'un pathétique couinement pour montrer mon accord.

Ron doit certainement m'en vouloir à mort. Je l'ai blessé je le sais. Il mérite bien plus que des excuses de ma part mais c'est tout ce que j'ai à lui offrir.

Abattue, je monte pesamment les escaliers m'apprêtant à regagner si ce n'est l'amour au moins l'amitié de l'homme que j'aime.

Je prends une grande respiration avant de frapper discrètement à la porte de sa chambre.

*********

Les murs tremblent lorsque je claque la porte de ma chambre dans laquelle je me suis réfugié mais malheureusement, la violence de mon geste ne calme en rien la fureur que je ressens. Je tourne en rond comme un lion en cage, haletant, bougonnant des phrases sans cohérence entre elles, repassant en revue chaque passage de notre dispute et y répondant, comme si Hermione se trouvait encore devant moi.

Un jour, ma mère m'a confié que j'étais indispensable à l'équilibre d'Hermione. Je n'avais pas répondu mais sa remarque m'avait emplie de fierté. C'était comme si j'étais enfin bon à quelque chose dans ce monde. Mais ce soir, Hermione a affirmé haut et fort qu'elle n'avait pas besoin de moi pour prendre ses décisions. Elle a hurlé devant toute ma famille et une bonne partie des membres de l'Ordre que je préférais ne pas lui rendre sa baguette et garder ainsi mon rôle de protecteur. Elle n'a pas seulement été dure. Je ne me sens pas seulement blessé mais aussi…Humilié.

Comment peut-elle me rabaisser de la sorte? Comment peut-elle imaginer une seule minute que je puisse la trahir à ce point ? Si j'avais connu le lieu où le Ministère garde les baguettes magiques subtilisées, j'aurais tout fait pour retrouver la sienne ! Je soupire, un peu honteux. Ce n'est pas tout à fait vrai. Il y a des moments où je pense réellement qu'il est préférable qu'Hermione n'ait pas de baguette. D'une certaine façon, ça la protège. Mais tout ça n'a rien à voir avec une quelconque peur qu'elle soit meilleure que moi comme elle l'a dit tout à l'heure ! Je ne comprends même pas qu'elle puisse croire de telles stupidités ! Soudain, je m'immobilise au milieu de la pièce : elle va peut-être partir en mission. J'ai très peur tout à coup. Peur de la perdre vraiment.

Je ne doute pas qu'Hermione soit une grande sorcière mais j'ai vu tellement d'horreurs depuis deux ans que ça me répugne de l'imaginer au milieu de tout ça. Mon corps entier est secoué d'un frisson à cette pensée.

J'ai envie de cogner dans les murs, d'hurler. Je réalise alors que je suis furieux, parce que je n'ai rien trouvé de mieux pour apaiser la tristesse et l'angoisse qui m'ont submergé depuis la réunion de l'Ordre.

Je suis tellement plongé dans mes pensées que je sursaute littéralement lorsqu'on frappe à la porte. Je devine déjà qui est-ce mais je ne peux empêcher mon cœur de se serrer un peu plus lorsque j'ouvre à Hermione.

« - Je suis désolée. souffle-t-elle. »

Pas autant que moi.

Une douleur envahit mes paumes et je réalise que j'ai serré les poings jusqu'à ce que mes ongles s'enfoncent dans la chair. Je gratifie Hermione d'un regard si glacial qu'elle finit par baisser les yeux.

« - Dis quelque-chose, s'il te plaît. murmure-t-elle. »

Son ton est empli d'une tristesse qui réussit à m'atteindre mais je refuse de céder tout de suite. Cette fois-ci, elle est allée trop loin. Je marmonne :

« - Je vais prendre une douche.

- Je m'attendais à d'autres mots de ta part mais c'est un bon début… lance Hermione. »

Je sais qu'elle tente maladroitement d'abaisser la tension mais sa remarque a le don de me faire sortir de mes gonds.

« - Tu crois vraiment que c'est amusant ? Tu penses que j'ai envie de plaisanter là maintenant ? Fiche-moi la paix ! »

Je la pousse un peu pour me frayer un passage et m'engouffre dans la salle de bain. L'eau qui glisse sur ma peau m'apaise lentement et je baisse la tête, cherchant à détendre ma nuque mais le rideau qui s'écarte brusquement me fait sursauter et le regard d'Hermione se vrille au mien quand elle pénètre sous la douche. Sous l'effet de la surprise, je me plaque dans un coin de la cabine, cachant ma virilité avec les mains dans un geste stupide (Hermione m'a vu nu des dizaines de fois !) mais réflexe.

« - Non mais tu es dingue ? m'écris-je.

- Non. J'essaye simplement de sauver quelques lambeaux de notre amitié. »

Je ne peux m'empêcher de lever les yeux au ciel.

« - Arrête d'être aussi théâtrale !

- Alors laisse-moi m'expliquer ! Je ne pensais pas ce que je disais, je suis allée beaucoup trop loin, je suis tellement désolée… »

Ses prunelles chocolat ne me quittent pas. Hermione est trempée, à présent : ses cheveux sont alourdis par l'eau, quelques gouttes se sont accrochées à ses cils et son tee-shirt colle à sa peau. Je pousse un long soupir. Ma colère est toujours un peu présente mais je ne peux m'empêcher l'ébauche d'un sourire.

« - Quand je pense que tu es sensée être la plus raisonnable de nous deux… »

Hermione garde un visage sérieux et les remords assombrissent son regard lorsqu'elle murmure :

« - Je sais que je t'ai fait du mal. Je déteste ça… pardonne-moi… »

Ma main se pose sur sa joue doucement. Ca ne se voulait être qu'une simple caresse amicale mais Hermione fait un pas en avant et vient se coller à moi. Je sens son souffle caresser mon torse. L'eau de la douche continue de ruisseler dans un bruit presque tonitruant, la cabine s'emplit de vapeur.

Presque imperceptiblement, Hermione tourne la tête, juste assez pour que ses lèvres atteignent mon cou qu'elle embrasse doucement. Une fois. Puis deux. Je ferme les yeux. Je sais où tout cela va nous mener. Je ressens une habituelle culpabilité mais Hermione poursuit ses baisers et je ne peux retenir un soupir de plaisir lorsque je sens sa langue taquiner le lobe de mon oreille. J'essaie vaguement de résister :

« - Mione…

- Tais-toi. intime-t-elle. »

Nous ne parlons jamais dans ces moments-là. Parler nous ramènerait à la réalité et dans la réalité, deux amis ne font pas l'amour. Le silence qu'elle m'inflige lui permet de reprendre ses caresses. Ses petites mains se perdent dans mes cheveux et ses lèvres s'attaquent aux miennes. Les gestes sont un peu timides comme emprunts de retenues, elle sait que ma colère n'est pas loin. Mais quand sa bouche atteint mon torse puis mes tétons, je retiens à peine le gémissement rauque qui s'échappe de mes lèvres. Brusquement, je la pousse contre le mur, l'incite à relever la tête et m'empare de ses lèvres avec fougue. Ma langue fouille sa bouche ardemment, mes mains caressent son dos et descendent jusqu'à ses fesses, passant la barrière de son jean, s'insinuant sous sa culotte, cherchant le contact avec sa peau. Elle soupire déjà, réagissant à la moindre de mes caresses et comme toujours, je suis surpris de posséder un tel pouvoir sur son corps. Très vite, le soutien-gorge d'Hermione est envoyé sans ménagement loin dans la pièce rejoignant son t-shirt, que je viens de lui ôter. Elle est trempée jusqu'aux os et une lueur de désir illumine son regard, cette image est très érotique et achève de me convaincre. Je ne peux m'empêcher de caresser ses seins, si parfaits qu'ils semblent avoir été modelés pour mes mains. Un baiser juste là, au cœur de sa poitrine et Hermione réagit instinctivement en se collant un peu plus contre moi. Ses jambes s'enroulent autour de mon corps telles deux lianes, ses bras s'accrochent à mon cou et sa tête roule sur le côté, se laissant aller au plaisir.

C'est là que tout s'arrête.

D'habitude, j'arrive à enfouir mon malaise au fin fond de mon esprit jusqu'à ce que nous en ayons terminé mais là, une vague de culpabilité me submerge, plus puissante que toutes les autres et certains mots de Harry me reviennent en mémoire. Posant mes mains sur les cuisses d'Hermione je l'incite à relâcher la prise qu'elle a autour de mes hanches et quitte la cabine de douche. J'essaie tant bien que mal de me calmer, de remettre mes émotions à l'envers dans le bon ordre et surtout, surtout, de me préparer à l'affrontement avec Hermione. Je sens son regard peser sur moi, je sais qu'elle ne comprend pas ce qui se passe. L'eau se tait, Hermione a dû l'arrêter et la salle de bain est à présent plongée dans un lourd silence amplifié par la chaleur vaporeuse qui l'a envahie. C'est lorsque j'attrape une serviette pour m'enrouler dedans que je l'entends enfin.

« - Alors comme ça, toi aussi tu me repousses, c'est ça ? »

Je me retourne pour la regarder, un peu surpris par son ton emprunt de tristesse. Je pensais qu'elle serait en colère mais je n'aurais pas cru que ma décision la blesserait de cette façon.

« - Quoi? Mais non... c'est juste que... je ne pense pas que ce que nous faisons soit très bien.

- Ce n'est pas bien??!!! J'avais plutôt le sentiment au contraire que ça nous faisait le plus grand bien ! Je ne t'ai jamais vu dire le contraire jusqu'à présent. rugit-elle soudainement. »

Je ne crois pas vraiment en mes propres paroles alors je lui tourne le dos, tentant de trouver les mots justes, ceux qui la convaincront. Et qui me convaincront aussi, par la même occasion. Je me laisse le temps de me rhabiller pour réfléchir.

« -Tu sais très bien ce que je veux dire. On est des amis, rien de plus et deux amis ne font pas ce genre de trucs ! »

L'explication est simple. Et nulle. Mais c'est tout ce que je trouve et Hermione ne s'en contente pas. Elle me contourne pour me faire face. Ses sourcils se froncent et sa mâchoire se serre, elle est furieuse. Ses mains se posent sur mon torse et elle me repousse violemment en hurlant :

« - Tu veux que je te dise? Tu n'as pas le droit de décider de ce qui est bon pour Nous deux ! »

Elle me pousse de nouveau.

« - J'ai mon mot à dire moi aussi dans cette histoire !! »

Elle me pousse encore.

« - J'en ai plus qu'assez que tu estimes être le seul être raisonnable de Notre relation ! »

Je lui saisis les poignets, l'incitant ainsi à stopper ses coups. Elle se débat pour se dégager mais je la tiens fermement. Ses assauts ont fait remonter la rancœur que je nourris contre elle depuis la réunion de l'Ordre. C'est à mon tour de lui faire du mal. Je la relâche brusquement et elle chancelle. Je crache :

« - Quelle relation Hermione? Nous ne sommes pas ensemble ! Nous ne sommes pas un couple ! Je ne sais même pas ce que nous sommes exactement !

- Si tu ne sais ce que nous sommes Ron c'est parce que tu n'as jamais eu le courage de te poser la question ! Tu as peur et c'est à moi que tu le fais payer ! »

Nous hurlons tous les deux à présent.

« - Je te fais payer? Alors ça c'est la meilleure ! Je suis toujours là pour toi, Hermione. Toujours ! Depuis deux ans, je ne t'ai jamais lâché. Mais regarde un peu où on en est aujourd'hui ! Il y a tellement de non-dits entre nous qu'on s'y perd!

- Justement Ron c'est le problème !!! Depuis deux ans tu me protèges parce que je suis faible et sans défense. Maintenant que j'ai récupéré ma baguette ce n'est plus le cas. C'est ça qui te dérange Ron? Tu peux supporter de vivre dans l'ombre de Harry mais pas que je sois ton égale?!

Je reste interdit quelques secondes, estomaqué. Il y a une minute encore, Hermione affirmait qu'elle avait parlé sans réfléchir et là voilà pourtant affirmer une nouvelle fois que ses pouvoirs m'insupportent. Me connaît-elle si mal pour penser une telle chose ? Pour la troisième fois de la journée, je me sens blessé.

« - Où vas-tu chercher des idées aussi stupides ? Tu divagues complètement ! Arrête de traîner avec Malefoy, ses idées de Mangemort t'embrouillent le cerveau ! »

****

Je sens mon sang bouillir dans mes veines, une rage dévastatrice monte en moi. Je la sens, puissante et impérieuse, sa brûlure parcoure mon corps à cet instant j'ai presque envie de le frapper.

Je ne supporte pas qu'il rejette la faute sur un autre, qu'il n'assume pas ses actes. Je ne veux plus qu'il se dérobe, qu'il me fuit comme à chaque fois.

« - Malefoy n'a rien à voir là dedans! Ne le mêle pas à tout ça. Je trouve simplement étrange que tu me repousses précisément le soir où je redeviens un membre actif de l'Ordre et que l'on me propose une mission que visiblement tu t'estimes plus capable d'accomplir. »

Le ton de ma voix est tellement acide, amer qu'il me brûle presque les lèvres lorsque je prononce ces mots. Je suis tellement lasse de cette situation, je voudrais qu'il me dise enfin ce qu'il ressent au lieu de me rejeter sous le couvert d'une morale hypocrite. Sa surprotection m'insupporte, je veux juste qu'il m'aime, qu'il me prenne dans ses bras et qu'il me chuchote ces mots que depuis si longtemps il me murmure dans mes rêves.

Un mot de toi Ron. Un simple mot et je refuserais toutes les missions du monde pour rester dans le refuge de tes bras pour toujours.

« -Très bien. Si c'est ce que tu penses, vas-y. Va te faire tuer. De toute façon, je n'ai plus besoin de toi ici puisque je te repousse. »

Il a le ton d'un gamin boudeur et vexé mais je vois la douleur, la peur dans ses yeux. Se pourrait-il qu'il tremble à ce point pour moi ? Que sa terreur le pousse à la déraison au point de chercher à me repousser pour ne plus être confronter à ce sentiment d'impuissance ? Le même qui depuis des mois me rend folle. Connaît-il les mêmes tourments que moi ?

« - C'est ça que tu penses ?! Que je vais me faire tuer ? Tu ne peux pas envisager que je réussisse cette mission ? »

Je t'en prie dis-moi que ce n'est pas ça ! Retiens-moi, parle-moi, embrasse-moi. Hurle-moi de rester, de ne pas y aller ! Montre-moi que je suis importante à tes yeux, que tu as confiance en moi mais que tes craintes sont les plus fortes.

« - Je dis simplement que des membres de l'Ordre autrement plus qualifiés se sont fait prendre. Et toi... Toi tu n'as participé à aucune mission depuis longtemps. Le risque que tu échoues est grand. Alors au lieu de te vexer, tu pourrais au moins reconnaître que je n'ai pas tout à fait tort ! »

La sentence tombe. C'est un couperet glacial qui tranche sans appel les dernières bribes d'espoirs auxquelles je me raccrochais. Ainsi, il a peur que j'échoue simplement, que cette mission ne soit pas bien accomplie par mes soins.

Ce n'est pas à cause d' un trop plein d'amour qu'il n'ose pas exprimer qu'il agit de la sorte. Face à moi, j'ai un Auror qui me parle. Un membre de l'Ordre, un Soldat, pas l'homme pour lequel je pourrais mourir. Un stratège qui ne me considère pas comme la plus apte à accomplir cette tâche délicate.

Les émotions qui me traversent sont tellement puissantes que je les sens se heurter les unes aux autres dans mon corps. Je manque de vaciller sous la puissance de la douleur mais encore une fois ma fierté est plus forte que le reste. Mon orgueil meurtri ne supporte pas qu'il ait si peu confiance en moi. Je me raccroche à lui comme a une planche de salut.

« - Je ne suis pas vexée ! Je suis simplement blessée que la personne qui se dit mon ami ne m'apporte pas son soutien au moment où j'en ai le plus besoin. En y réfléchissant bien, je ne comprends pas pourquoi je suis si étonnée. C'est tellement évident. »

Je suis méprisante. Je veux l'être c'est ma seule arme à présent face à lui. Il a engagé un combat dont il n'est même pas conscient.

« - Qu'est-ce que tu veux dire par là? »

Il se rapproche dangereusement de moi. La rage brille dans ses yeux. Une colère à la hauteur de la mienne. J'ai obtenu ce que je voulais, un terrain connu et confortable qui m'aide à oublier la déchirure de mon cœur.

« - Ce que je veux dire c'est que tu n'as jamais été un vrai ami! Tu t'es vautré dans ce rôle de protecteur qui te glorifiait aux yeux des autres et aux miens. C'est bien pour ça que tu n'as jamais récupéré ma baguette, et c'est aussi pour ça qu'à présent tu ne me juges plus digne de partager ton lit. Ce que tu voulais c'était une femme fragile et dépendante qui attende le retour du héros que tu voudrais être. Ce que tu veux ce n'est pas moi et tu es bien trop lâche pour l'admettre ! Tu préfères tout mettre sur le dos de notre pseudo amitié. Mais tu l'as dit toi-même Ron notre relation n'a rien d'amicale. »

Du fiel. Mes mots ne sont plus que du fiel. Des flèches empoisonnées destinées à la blesser. J'ai du mal à respirer. Mon sang est corrompu par la rage, le ressentiment. Je veux lui faire mal, lui faire subir la douleur du rejet à son tour.

Son regard est toujours planté dans le mien le soutenant sans ciller alors qu'il assimile lentement la portée des mots que je viens de prononcer. Lentement, je vois la colère s'évaporer pour laisser place à la douleur, l'incrédulité face à mes propos.

Je viens de profaner une longue amitié.

« - Alors c'est ce que tu penses? Je ne suis qu'un lâche qui cherche à tout prix à s'attirer tout les regards ? Un salaud qui se sert de toi depuis toutes ces années? Tu laisses le reste de côté, tu l'oublies ? Tu n'imagines pas un seul moment que tu puisses être importante dans ma vie, non ! Tu préfères croire que je joue un rôle ! Va te faire foutre, Hermione !! Va au diable ! Va même te faire tuer ! Je n'en ai plus rien à faire !!!

Il a hurlé cette dernière phrase. Au fond de moi, je suis heureuse. J'ai mal et je veux que lui aussi connaisse cette douleur. Je veux que le bourreau devienne victime à son tour. J'en oublierais presque que c'est Ron face à moi. Je dois l'oublier parce que j'ai mal à en mourir ! Je ne survivrais pas si je commence à me souvenir du gamin attendrissant qu'il a été, de l'homme passionné que j'ai si souvent serré dans mes bras.

« - Eh bien moi non plus je n'en ai plus rien à faire ! Tu as raison va t'en comme toujours. Retourne dans les jupes d'Harry ton "super héros" et crois donc tout ce qu'il te raconte, ce n'est plus mon problème ! Je ferais ce qui est juste que l'Auror Ron Weasley soit d'accord ou pas ! »

Je sors de la pièce en claquant la porte, ne lui lançant pas un seul regard. Je cours presque jusqu'à la porte de ma chambre et prends à peine le temps de la refermer violemment avant de me laisser glisser contre elle.

Les larmes commencent à couler avant même que je ne touche le sol. Elles dévalent mes joues en cascade, silencieuses et brûlantes.

L'impensable vient de se produire. Ce que je redoutais depuis si longtemps. Ron ne veut plus de moi. Je vivais avec cette peur depuis si longtemps que je pensais m'être habituée à l'idée. Il n'en est rien la douleur qui me broie le cœur est si violente que je ne suis pas sûre qu'il y résiste.

Notre amitié vient de voler en éclats. A cause de moi, de mon égoïsme qui ne peut supporter de lui offrir mon amitié quand je voudrais avoir tellement plus, de ma fierté qui m'empêche de lui dire ce que je ressens pour lui et préfère le voir partir plutôt que de mettre son cœur à nu.

Vacillante, aveuglée par mes larmes, je me dirige vers mon lit avant de m'écrouler dessus. J'enfouis ma tête douloureuse dans les draps qui malgré les bons soins de Mme Weasley sentent toujours le renfermé. Cette odeur tenace que nous portons tous sur nous depuis que la guerre nous oblige à vivre comme des reclus.

Mon corps est secoué de sanglots incontrôlables. Malgré tout même mon chagrin ne peut me faire oublier ce désir que j'ai de lui. Cette envie que la dispute a exacerbée encore plus.

Le feu qui brûle au creux de mon corps refuse de s'éteindre et me rappelle encore plus violemment tout ce que je viens de perdre ce soir.

Mon ami, mon amant, mon amour.

Prise d'une pulsion que je ne contrôle pas, je laisse descendre ma main lentement presque avec crainte vers la moiteur, entre mes cuisses. Une tentative désespérée d'apaiser mon corps à défaut de mon cœur qui saigne si fort.

Lorsque que j'atteins le creux de ma féminité, brûlante et palpitante, le souvenir de nos nuits, de nos étreintes fiévreuses emplit mon esprit. Jamais rien et surtout pas ma main qui s'agite ne pourra remplacer la chaleur de son corps.

Je le déteste pour cela, pour ce désir, pour ce besoin que j'ai encore de lui. Pour cette dépendance qui me répugne alors que mes doigts tentent d'apaiser cette frustration insupportable. Soudain je me fige. Je cesse de me battre et laisse enfin le désespoir me submerger, ma main toujours entre mes jambes. Là où j'aimerais tellement l'accueillir à nouveau.

La réalité de ce que je suis en train de faire me frappe de plein fouet. J'étouffe un cri de rage, de dégoût dans l'oreiller. La vision de ce que je suis devenue fait monter en moi une vague de nausée violente, irrépressible.

Je me lève précipitamment de mon lit, le cœur au bord des lèvres, m'élançant dans le couloir sombre et silencieux la main sur la bouche. Priant pour ne croiser personne. Pour que nul ne puisse être le témoin de ma déchéance.

Je me rue sur le lavabo immaculé de la salle de bain. Penchée au-dessus je vomis ma douleur, ma rancœur, mes remords. Mon estomac se tord et se contracte sous la puissance des mes haut-le-cœur

Lentement la nausée reflue, me laissant haletante et sans force. Je relève la tête doucement et croise mon reflet dans le miroir. Ce que je vois me fait honte. Mes yeux bouffis, mon visage blême presque exsangue. Je ne vois que la pâle copie d'une fille que j'ai connue il y a bien longtemps. Une personne combative et qui ne serait jamais tombée si bas

C'est ici dans la salle de bain, perchée au-dessus de ce lavabo souillé par ma bile, dans l'odeur acre du désespoir que je prends enfin ma décision.

J'accomplirai cette mission, que m'importe que je reste en vie ou pas. Je me fiche d'en revenir vivante puisque j'aie perdu tout ce qui faisait le sel de mon existence.

Je ferais mon possible pour aider l'Ordre dans cette guerre. S'il est trop tard pour me libérer, si tout est perdu pour moi alors je me sacrifierais sans regrets.

Je passe de l'eau sur mon visage, tentant d'atténuer les marques évidentes de ma tristesse. Je retrouve une forme de sérénité maintenant que j'ai enfin décidé de mon destin.

Je me dirige lentement dans le couloir à peine éclairé par les lueurs de la lune. Je sais que Kingsley passe la nuit ici lorsque la réunion a lieu dans la soirée. Discrètement, je frappe quelques coups légers à la porte. Elle ne tarde pas à s'ouvrir et sa silhouette massive, imposante se dessine dans l'encadrement.

Il me regarde avec étonnement, visiblement surpris que je me présente à sa porte à une heure aussi tardive.

« - Miss Granger ?? »

Je prends une profonde inspiration pour me donner du courage, celui qui me manque depuis si longtemps.

« - J'accepte la mission. Je partirai demain matin. Dîtes-moi ce qu'il faut que je fasse exactement. »

Il se pousse pour me laisser rentrer dans la pièce dans laquelle je m'engouffre.

Cette nuit j'ai scellé mon destin et quoi que tu en penses Ron, je le fais pour toi…