Bonjour a tous. Voila le cinquiéme chapitre de notre fic en espérant qu'il vous plaise. Nous remercions toutes les personnes qui nous laissent des reveiws adorables. Je rappelle que les Pov de Ron sont l'oeuvre de la talentueuse Mirandae et ceux de Hermione de moi méme.
Bonne lecture et si ça vous a plu une petite review de vous est toujours un plaisir.
Arwen
Hermione.
L'aube pointe à peine quand je me lève de mon lit. Le corps douloureux courbaturé par le chagrin et la peur, je regarde par la fenêtre encore embuée par l'humidité. Le ciel est d'un bleu délavé comme si l'encre noire de la nuit se diluait lentement.
Il fait froid. Comme toujours, l'humidité m'entoure et me glace les os Cette sensation de froideur est accentuée aujourd'hui par la terreur qui me noue les entrailles. Je la sens. Elle émane de moi en vague froide. A l'image de mon cœur glacé et endolori, mon corps aussi est glacial désormais.
Ma réunion avec Kingsley a duré une bonne partie de la nuit et j'ai passé le peu qu'il en restait à retourner dans mon esprit les consignes qu'il m'a données. La seule façon pour moi de ne pas ressasser inlassablement ma dispute avec Ron.
Parce que si je me remémore les mots si durs que nous avons échangés, la douleur sera si forte que je n'aurais plus qu'une envie : me rouler en boule sur mon lit et rester ainsi prostrée jusqu'à ce que j'oublie où je suis, qui je suis.
Si j'avais le courage d'être honnête, j'avouerais non sans honte que l'avenir du monde sorcier m'importe peu. J'abandonnerais sans scrupule cette mission pourtant essentielle si Ron passait la porte maintenant m'avouant son amour et me suppliant de rester avec lui.
Ce n'est pas la bravoure qui me pousse à accomplir cette mission périlleuse. Loin de là ! C'est la simple résignation due au désespoir profond qui s'enracine en moi depuis un long moment. J'ai tenté de l'ignorer luttant contre cette mélancolie latente mais cette nuit, j'ai perdu tout ce qui me rattachait à ce monde où depuis trop longtemps on ne veut plus de moi. Je ne vivais que pour ces moments que je partageais avec lui, pour notre complicité émaillée de tendres disputes, pour ces nuits où dans ses bras je me sentais vivre, revivre.
Ce que j'ai dit hier soir résonne encore dans ma tête. J'ai honte d'avoir été si dure, de lui avoir infligé une telle déception. Je n'ose imaginer ce qu'il pense désormais de moi. La rage qui m'a envahie était si forte, si impérieuse. Elle a jailli de moi sans que je ne le veuille vraiment, circulant dans mes veines, me rendant presque folle.
Jamais mon sang ne m'a paru aussi sale que maintenant, impur, souillé par la rancœur, corrompu par mon égoïsme.
Le faire souffrir parce qu'il me fait du mal. Réaction puérile. Indigne de la personne intelligente que je croyais pourtant être.
Il est trop tard pour les regrets. La résignation qui s'est emparée de moi m'offre une fragile sérénité. Je n'ai pas peur de mourir. La terreur qui brûle au creux de mon ventre n'est rien d'autre qu'une réaction primaire, instinctive.
Ma seule crainte est d'échouer. Si je dois mourir je voudrais que ce soit auréolée de gloire, que Ron soit fier de moi, de ce que j'ai fait pour eux tous.
Dernière preuve de mon égoïsme ou peut-être simplement de mon humanité. Je ne veux pas quitter ce monde en ayant perdu la seule bataille que l'on a bien voulu me confier.
Il est temps à présent. Le jour est presque levé. Je regarde ma chambre une dernière fois avant d'en sortir et de refermer la porte. Le bruit pourtant discret de la porte qui se ferme sonne comme un glas à mes oreilles.
Ma baguette à la main, je me dirige à pas feutré vers la cuisine. Le Terrier tout entier est encore plongé dans une douce torpeur. Je me rends compte que je serre ma baguette si fort que mes jointures sont blanches. Je la relâche légèrement. Ma main est douloureuse.
Lorsque je pénètre dans la pièce, je vois Kingsley déjà debout avec Remus à ma grande surprise Harry est présent aussi.
Un lourd silence m'accueille. L'heure est grave nous le savons tous les quatre. Remus me sourit. De son sourire à la fois tendre et désabusé. Kingsley est impassible prêt à répondre à mes dernières questions.
Quant à Harry, jamais je l'ai vu aussi tourmenté, torturé. Je sais qu'il ne doit pas être d'accord avec ma décision, je sais également que contrairement à Ron il ne s'y opposera pas.
Kingsley se racle la gorge avant de prendre la parole sans doute pour dissiper la tension qui règne dans la pièce.
« - Miss Granger, je ne vais pas vous redire ce que nous avons repassé en détails cette nuit mais j'insiste sur le fait qu'il vous faudra être rapide. Dès que l'objet est en votre possession, faîtes votre possible pour rentrer au plus vite. Vous ne pourrez pas transplaner sinon vous seriez aussitôt repérée mais je vous le répète : dépêchez-vous Vous serez très exposée dans Londres.
Il a beau chuchoter, sa voix reste grave, puissante presque hypnotique. Je hoche la tête avec vigueur, je tiens à leur montrer que je suis consciente du danger que j'encoure.
« - Veux-tu un thé ou un café Hermione ? »
Je souris avec tendresse à Remus. Il est toujours prévenant, je n'ai aucune difficulté à comprendre ce que Tonks aime chez lui. Je secoue la tête, mon estomac pourtant vide est tellement noué que je suis certaine de ne pouvoir rien avaler.
« - Non merci. Mais il se peut qu'à mon retour j'ai besoin d'un carré de chocolat. »
Il rit franchement. Un petit souvenir de son année d'enseignement et de sa volonté farouche de nous faire ingurgiter des morceaux de chocolat. Un souvenir qui réchauffe le cœur
.
Il est temps que je parte, je dois le faire tant que j'en ai encore la force autrement je ne passerais jamais cette porte préférant me perdre dans la chaleur de mes souvenirs.
Je leur lance un regard lourd de sens et je les vois hocher la tête imperceptiblement. Il est l'heure. Ils le savent.
Je range soigneusement ma baguette dans ma cape mais au moment où je m'apprête à ouvrir la porte Harry me saisit au poignet plongeant son regard dans le mien.
« - Hermione… »
Il ne va pas plus loin mais m'attire dans ses bras me serrant avec force. Je me laisse aller dans la chaleur de ses bras. C'est réconfortant, tendre. L'étreinte d'un ami.
Je comprends alors que mon ressentiment envers lui n'a plus lieu d'être. A présent, je sais à quel point ce genre de sacrifice est dur, mais qu'il est parfois nécessaire de laisser tout derrière soi pour faire ce qui est juste.
Je ressens une joie profonde. Ma rancœur était un poids de plus sur mes épaules et je me sens libéré d'un fardeau.
« - Fais attention à toi. »
Sa voix tremble, je n'ai pas besoin de le regarder pour savoir qu'il est au bord des larmes. Nous sommes les seuls à savoir ce que je vais réellement chercher là-bas. Une partie de l'âme du plus grand Mage Noir.
Un morceau de ténèbres.
Pour ne pas céder moi aussi à la boule d'émotions qui chavire mes nerfs déjà rudement mis à l'épreuve, je me contente d'acquiescer en souriant.
A cet instant, je ne peux m'empêcher de regarder une dernière fois derrière moi. Je voudrais tellement voir Ron apparaître. C'est peut-être l'ultime fois que je pourrais le voir.
Je me surprends à le supplier mentalement presque avec ferveur.
iJe t'en prie Ron viens me voir/i . Laisse-moi te regarder encore une fois, offre-moi la chaleur de tes bras que je puisse y puiser le réconfort dont j'ai besoin
Mais mon souhait ne sera pas exaucé. Il est bien trop tôt et il ne sait pas que je pars ce matin. J'en suis contente je peux au moins me bercer d'illusions en rêvant qu'il serait venu s'il était au courant.
Je pousse un profond soupir et sans un dernier regard m'engouffre dans la froideur brumeuse du petit matin.
*****
Ron.
La pluie s'infiltre, glacée, sous ma cape et dégouline dans mon dos. Les gouttes qui tombent sur chaque bout de ma peau découverte sont comme des milliers d'aiguilles qui me piquent. Mes mains sont engourdies par le froid et la visibilité est nulle dans ce brouillard grisâtre qui a envahi les environs du Terrier ce matin. Un brouillard de cauchemar. Mon cauchemar.
Pourtant j'accélère, me fichant de savoir où mon balai me mène. Tout ce que je sais c'est que je n'ai pas encore assez froid, pas encore assez mal pour oublier la douleur qui m'oppresse. Celle-ci encercle mon torse telle une sangle m'empêchant de respirer et serre mon cœur à m'en donner la nausée.
Hermione est partie ce matin, je l'ai entendue.
Je n'ai pas su la retenir. Je n'ai pas trouvé les mots qui l'auraient incitée à rester à mes côtés. J'étais bien trop occupé à être furieux contre elle et à cause de cela, à cause de ma stupidité, elle est partie.
La nuit est passée, blanche, muette, sans que je n'aie aucune conscience des heures défilant. Je ne me souviens plus comment j'ai regagné ma chambre, j'ai à peine remarqué Harry quand il est venu se coucher, je n'ai pas non plus réagi lorsqu'il a quitté son lit à l'aube. Je me souviens simplement avoir fait semblant de dormir. Mais comment aurais-je pu dormir ? Les mots qu'elle a eus pour moi n'ont jamais été si durs et je sais à présent que même si elle revient de sa mission, elle ne voudra plus jamais de moi dans sa vie. Cette simple pensée me fait saigner de l'intérieur et j'oriente mon balai pour aller plus haut, plus vite malgré le crachin qui me tombe dans les yeux et m'aveugle.
J'ai entendu la porte du Terrier s'ouvrir au petit matin. J'ai entendu Remus parler avec Harry, Kingsley et Hermione avant de partir avec elle. J'ai failli me lever pour tenter de la retenir une dernière fois mais Hermione a raison, comme toujours : je suis bien trop lâche.
Je n'ai pas osé lui courir après pour lui avouer que je me fiche bien de savoir si elle a les capacités de réussir cette mission, qu'en réalité j'ai bien trop peur de la perdre parce que je sais que je ne pourrais pas vivre sans elle et que si je l'ai repoussée hier soir, c'est parce que je refuse de lui faire l'amour uniquement pour satisfaire le profond désir que j'ai pour elle. Je veux lui faire l'amour pour lui prouver à quel point elle est importante à mes yeux, à quel point je…L'aime.
Mais je suis lâche et je n'ai pas bougé de mon lit.
Et Hermione est partie.
Merlin, faîtes au moins qu'elle se sorte de cette mission ! Tant pis si elle refuse de me revoir, tant pis si on ne se parle plus jamais, au moins je saurais qu'elle vit quelque part, heureuse car loin de moi. Je n'ai jamais été à la hauteur pour ça. Je n'ai pas été un vrai ami, c'est ce qu'elle a dit…
Le souvenir de ses paroles m'envahit l'esprit sans que je sois capable de le repousser. Je voudrais pleurer pour pouvoir évacuer un peu de cette tension qui submerge tout mon être et me fait serrer le manche de mon balai tellement fort qu'il vibre sous mes doigts mais je n'y arrive pas. C'est comme si j'étais vide. Une coquille vide. Elle avait déjà mon cœur. La nuit dernière, avec ses mots, Hermione a pris mon âme. Un détraqueur n'aurait pas fait mieux.
Quand j'entre dans la maison, les conversations se taisent et pendant quelques secondes, je n'entends plus que l'eau qui dégouline de mes vêtements trempés et tombe sur le plancher. Mes parents et Ginny sont debout dans le salon. Harry se tient un peu en retrait, assis sur une marche d'escalier. A part eux, il ne semble n'y avoir plus personne dans la maison.
Ils ont stoppé net ce qui semblait être une discussion animée. C'est ma mère qui rompt le silence par un soupir de soulagement.
« - Où étais-tu ? demande mon père d'une voix dure. »
Une petite voix au fin fond de mon esprit me souffle que j'ai rarement entendu mon père me crier après mais j'oublie vite cette remarque. Les coquilles vides s'arrêtent peu sur ce genre de détails.
« - Tu es parti sans rien dire à personne, sans même laisser un mot ! Ta mère et moi étions très inquiets ! Nous avons pensé que tu étais partis avec Rémus et… Bref ! Kingsley nous a dit que ce ne n'était pas le cas mais nous avons eu très peur. On s'était juré de toujours se dire où nous allions, Ron, c'est un principe de sécurité de base, tu le sais… »
Je n'écoute plus ce que mon père me lance. Je me suis arrêté quand il a failli prononcer le prénom d'Hermione. En tout cas, ça prouve une chose : personne n'ignore la violente dispute que nous avons eue. Rien d'étonnant, nous avons hurlé. Tant mieux, au moins, je n'aurais pas besoin d'expliquer.
« - …Réponds Ronald ! »
Je regarde mes parents, ils ont l'air très las. Je réalise à quel point ils ont vieilli ces derniers temps et je suis presque surpris de ne pas l'avoir remarqué avant. Je devine l'angoisse que ma mère a pu ressentir en découvrant mon lit vide ce matin. Elle a déjà perdu un fils, elle tremble à l'idée d'en perdre un autre.
« - Désolé. parvins-je à murmurer. »
Pourtant je suis loin de l'être. J'éprouve même un plaisir malsain à ne pas être le seul à souffrir dans cette maison.
Je me faufile dans l'escalier et passe à côté d'Harry sans un regard pour rejoindre ma chambre.
« - Reviens ici ! Je n'en ai pas terminé avec toi ! lance mon père. »
J'entends vaguement ma mère prendre ma défense sans écouter. Si je n'étais pas aussi mal, je serai surpris de leur comportement. La guerre change tout. Même les gens.
A peine me suis-je allongé sur mon lit, les yeux rivés au plafond que la porte de ma chambre s'ouvre. Je parie qu'Harry vient me voir pour un long dialogue empli de silence dont nous sommes les spécialistes. Cette fois-ci je refuserai de l'écouter. Sa dernière intervention ne m'a rien apporté de bon. Mais c'est Ginny qui pénètre dans la pièce et je ne m'y attends tellement pas que je me redresse quand j'aperçois ses yeux furibonds.
« - Tu comptes jouer au veracrasse apathique encore longtemps ?
-…Quoi ?
- Depuis quand une dispute avec Hermione te vide à ce point ? Réagis ! »
Sa voix me casse les oreilles. Sa voix m'a toujours cassé les oreilles. Quand elle crie, on dirait une espèce de sifflet strident. Je le lui ai dit un jour et j'ai reçu un maléfice de chauve furie bien placé dont je me souviendrai toute ma vie.
« - Ron je te parle ! Et je te préviens, je ne suis pas Papa, je ne te lâcherai pas tant que je n'aurais pas obtenu de vraie réponse ! »
Je lève les yeux vers elle. Elle se tient bien droite, les bras croisés et ne me quitte pas du regard. Je sais qu'elle pense ce qu'elle dit. Alors je soupire :
« - Ce n'était pas une simple dispute. On s'est dit des trucs horribles…
- Comme d'habitude !
- …Surtout Hermione… »
Ginny écarquille brièvement les yeux. Visiblement, elle est surprise. En général, c'est plutôt moi qui suis blessant, rarement l'inverse.
« - Ca, ce n'est pas comme d'habitude. marmonne-t-elle avant de se reprendre :
- Oui bon et alors ? Vous avez surmonté d'autres épreuves, non ? Même si Hermione a été dure avec toi, ce n'est pas une raison pour avoir l'air d'un inferi lobotomisé ! »
Elle me fatigue. Je tourne la tête face au mur pour tenter de lui faire comprendre que je n'ai aucune envie que cette conversation se poursuive mais elle s'allonge auprès de moi sur le lit.
« - Aller grand frère. J'aime pas te voir comme ça… »
Son ton a changé radicalement et je la regarde de nouveau.
« - Hermione est la sorcière la plus douée que je connaisse et elle est avec Remus Lupin. C'est le meilleur ! Ils ne risquent rien. Quant à votre dispute, je suis sûre qu'elle l'aura oubliée à son retour… A condition que tu te jettes dans ses bras en lui hurlant que tu l'aimes comme un fou et que tu l'attires dans la cabane à balais pour lui prouver à quel point et…
- Ginny !
- Au moins, je t'aurais fait réagir ! lance-t-elle, triomphante.
- Sérieusement Ron, reprend-elle après une pause. N'attends plus. Dis-lui. Il est si facile de perdre un Amour… »
Ginny a les yeux perdus dans le vague quand elle lance cette phrase. Je sais qu'elle ne m'est pas seulement adressée mais je la comprends. L'ennui c'est que mon Amour, je l'ai peut-être déjà perdu. Pire, je ne sais même pas s'il a réellement existé un jour. Comme si elle avait entendu mes pensées, Ginny me frappe l'épaule :
« - Aïe !
- Arrête de faire l'idiot, Ron ! Evidemment qu'Hermione t'aime ! Tu crois vraiment que c'est le genre de personne à coucher avec n'importe qui ? !
- Je…
- Ne nie pas ! Je vous ai entendu plusieurs fois ! D'ailleurs je ne suis pas la seule…
- QUOI ? »
Je sens mon visage devenir aussi rouge qu'un rapeltout. Moi qui croyais que personne ne savait…
Je me sens soudain comme le plus grand crétin de la Terre d'avoir cru pu cacher ça à des commères du genre de ma sœur ou aux aurors qui constituent la majorité de l'Ordre. Mentalement, je tente de faire la liste de ceux qui savent et là encore, Ginny répond à mes interrogations muettes.
« - Laisse tomber, tout le monde le sait ou presque. Enfin bref ! Je disais donc qu'Hermione n'est pas du genre à coucher avec le premier venu. Si elle le fait c'est parce qu'elle t'aime vraiment et il serait temps que tu t'en rendes compte ! »
Une bouffée d'espoir s'est infiltrée en moi pendant son petit discours. Se pourrait-il qu'elle ait raison ? Bien sûr que ça se pourrait ! Hermione est loin d'être une gourgandine. Cette constatation me fait sourire quand je me rappelle ce qu'elle est capable de faire puis je me rends compte que ma sœur papote toujours gaiement de la manière dont Hermione, et les femmes en général, appréhendent le sexe.
« - Franchement Ginny, je n'ai pas du tout envie de parler de sexe avec toi. Ca me fait presque… peur ! dis-je avec une grimace.
- Tu as surtout peur de parler de sexe tout court ! Avec moi ou n'importe qui ! Pourtant à entendre Hermione, tu as l'air plutôt doué pour la chose…
- Ginny !
- Oh ça va ! C'était juste pour vérifier que tu étais sorti de ta torpeur exaspérante ! fait-elle, un sourire aux lèvres. »
Je souris aussi.
« - Merci.
- Pas de quoi. Après tout, tu as toujours été là alors maintenant… c'est mon tour ! »
Je sais qu'elle fait allusion au décès de Fred et à la pseudo-mort d'Harry. Je réalise que depuis son retour, je n'ai pas discuté avec ma sœur, trop accaparé par mes propres problèmes. J'ai été égoïste et mon cœur se serre lorsque je décèle une profonde tristesse au fond des prunelles de Ginny.
« - On ne peut pas dire que j'ai très été présent ces derniers temps… Comment tu te sens ?
- Je ne suis pas sûre d'être prête pour en parler. murmure Ginny en baissant la tête.
- Alors ne dis rien. Tu n'es pas obligée. »
Sa tête vient se coller au creux de mon épaule et je l'enlace. Quelques secondes plus tard, je sens son corps menu secoué de sanglots silencieux. Je ne dis rien, me contentant de la serrer plus fort, attendant qu'elle se calme.
« - C'est tellement difficile ! pleure-t-elle soudainement. Je crève d'envie de plonger dans ses bras mais je lui en veux tellement de m'avoir menti ! Je lui en veux tellement de m'avoir fait si mal ! »
Je caresse ses cheveux, tentant de l'apaiser. Ginny ne se laisse aller que très rarement et la voir en pleurs m'est douloureux. Je réalise à quel point elle doit souffrir et sous prétexte qu'elle est forte, personne ne s'est vraiment occupé d'elle.
« - Pardon. je chuchote. »
Elle ne répond pas et sanglote doucement.
« - Je ne sais plus quoi faire…dit-elle au bout d'un moment. »
Je soupire longuement. Je ne suis pas certain d'être le meilleur pour donner des conseils mais je tente tout de même :
« - Parle-lui. Hurle, crie, balance tout ce que tu ressens. Ne garde pas tout pour toi ou tu vas exploser ! »
Ginny ricane puis se défait de mon étreinte, se redressant pour s'essuyer les yeux.
« - C'est toi qui me dis ça ? »
Je lui tends un mouchoir attrapé sur ma table de nuit et elle sourit pour me remercier.
« - Très bien. Je parlerai à Hermione et tu parles à Harry. D'accord ?
- C'est facile à dire…
- …Et beaucoup plus dur à faire, je sais ! Mais après tout, nos relations sont déjà en lambeaux, nous ne sommes plus à quelques dégâts près !
- Tu as raison ! »
Ginny et moi restons encore un moment dans ma chambre puis nous nous décidons à descendre. Ma sœur m'a convaincu d'être un peu plus aimable avec nos parents et je vais essayer de faire un effort. Ma mère me sourit lorsque nous atteignons la cuisine, visiblement heureuse et soulagée. Mon père lève les yeux de son journal et je lui adresse une moue d'excuse auquel il répond par un hochement de tête. Ce simple geste lui suffit et je lui en suis reconnaissant.
« - Tu as besoin d'aide, Maman ? je demande.
- Oui mon chéri, si tu veux bien éplucher les pommes de terre avec Harry…
- Je vais le faire. lance Ginny. Passe-moi un économe, Harry, s'il te plaît. »
Mon meilleur ami écarquille les yeux. C'est la première fois que Ginny lui adresse la parole depuis son retour. Il en est tellement surpris qu'il en laisse tomber la pomme de terre qu'il tient dans les mains.
Elle roule jusqu'à mes pieds et un sourire aux lèvres, je me baisse pour la ramasser. C'est quand je me relève que mon regard se pose sur la pendule et me fait me rendre compte de l'heure qu'il est. C'est comme si je retombais brutalement dans la réalité.
« - Il est plus de deux heures de l'après-midi !
- Ce n'est pas pour rien que nous étions inquiets ! Tu es rentré il y a à peine une demi-heure… dit mon père.
- Pourquoi n'avons-nous toujours aucune nouvelle de la mission ? »
Les autres se regardent en silence. Je devine que c'est ce dont ils parlaient avant mon arrivée. Ce n'est pas normal que Remus et Hermione ne soient pas encore rentrés et une bouffée de terreur me submerge. Elle va mourir. Elle va mourir, je le savais…
Des images de tortures m'assaillent l'esprit et je chancelle presque, obligé de poser la main sur le dossier de la chaise pour ne pas perdre l'équilibre. Je distingue à peine ma mère trottiner jusqu'à la porte d'entrée et l'ouvrir sur Kingsley, accompagné de Tonks.
« - Pardon de vous déranger de nouveau, Molly mais j'espérais que peut-être vous auriez des nouvelles de la mission… explique-t-il d'une voix aimable, comme s'il lui demandait de lui prêter sa baguette pour dégnomer sa pelouse.
- Non pas encore. répond ma mère, désolée. Mais Ron, lui est revenu.
- C'est bien.
- Je ne comprends pas pourquoi ils ne sont toujours pas rentrés… murmure Tonks. »
Leur conversation posée me tape sur les nerfs. Hermione et Remus sont peut-être en train de mourir, bon sang ! En quelques pas, je les rejoins :
« - Il se passe quelque chose, il faut aller les aider ! »
Les visages se tournent vers moi et Kingsley secoue la tête.
« - C'est trop tôt. Peut-être ont-ils pris du retard pour une bonne raison. Nous ne pouvons pas nous permettre de compromettre la mission.
- Si ce n'était qu'un problème de timing, je suis certain que Remus nous aurait prévenus ! Il y a forcément…
- Ca suffit Weasley ! s'écrie Kingsley. »
Sa voix grave et impressionnante résonne dans la pièce.
« - Tu es auror, comporte-toi comme tel ! Je suis ouvert à la discussion en ce qui concerne mes décisions mais je refuse d'avoir à gérer tes débordements ! Alors maîtrise-toi !
Sans quitter Shacklebolt du regard, je serre les poings. Si jamais il arrive quoi que ce soit à Hermione, je crois bien que je pourrais le tuer !
Hermione.
Nous marchons Remus et moi côte à côte d'un pas tranquille. Aucune nervosité ou encore empressement ne doit transparaître dans nos mouvements. Nous ne savons pas dans quelle mesure nous pouvons être surveillés.
Officiellement Remus m'accompagne simplement à la banque. Etant donné mes origines, il n'est pas particulièrement surprenant que je possède encore un compte dans une banque muggle.
Le soleil tente timidement de percer la masse compacte de nuages qui obscurcit le ciel. Les rues de Londres grouillent de passants, j'ai l'impression étrange de me retrouver dans une fourmilière. Les bâtiments anonymes s'alignent les uns à côté des autres alors que les bouches de métro recrachent des êtres tout aussi insipides.
Remus me jette de temps en temps des petits regards timides, j'ai l'impression qu'il souhaite me dire quelque chose mais que sa pudeur et la réserve qu'il a toujours eue envers moi l'en empêche.
« - Qu'y a-t-il Remus ? Vous semblez soucieux… »
Son visage se fend d'un mince sourire tenant plus de la grimace. Il donne l'impression d'avoir avalé quelque chose de particulièrement amer.
« - Ecoute, je crois qu'il est en quelque sorte de mon devoir de te conseiller d'avoir une très sérieuse conversation avec Ron lorsque nous rentrerons. »
Il ose à peine croiser mon regard. J'étouffe une exclamation de surprise. Jamais je n'aurais cru que Remus parlerait avec moi de quelque chose d'aussi personnel que ma relation avec Ron. Nous nous apprécions beaucoup mais il y a toujours une distance polie entre nous. Sans doute avons-nous du mal à occulter le fait qu'à une époque j'ai été son élève. Même s'il n'enseigne plus depuis longtemps, j'ai beaucoup de mal à ne plus le considérer comme mon professeur et je pense qu'il en est de même pour lui.
Il a un comportement différent avec Ron sans doute à cause des nombreuses missions qu'ils ont partagées. De mon côté, je n'ai jamais jusqu'à aujourd'hui était un membre actif de l'Ordre alors nous sommes restés englués dans cette relation scolaire.
Il me regarde piteusement conscient de ma gêne et de ma surprise.
« - Je m'excuse de te mettre mal à l'aise. Mais tu dois bien te douter que votre dispute n'est pas passée inaperçue. »
Il a raison évidemment. Ron et moi avons hurlé comme des déments hier soir. Nous n'avons jeté aucun sort d'insonorisation, les murs du Terrier ne sont pas épais. Je me sens rougir de honte à l'idée que tout le monde ait pu entendre les horreurs que je lui aie lancées au visage.
« - Remus je suis sincèrement désolée que vous ayez été le témoin de ce qui s'est passé entre Ron et moi.
- Hermione. Aucun des membres de l'Ordre n'ignore votre aventure. La plupart d'entre nous sont des Aurors confirmés quant aux autres, eh bien… ils ont encore toutes leurs capacités auditives. Et hier soir n'était pas la seule fois où vous avez oublié d'insonoriser la pièce… »
Il me lance un regard lourd de sens et j'ai soudainement envie de disparaître dans une des nombreuses fissures qui recouvrent le trottoir. Tout ce temps Ron et moi avons pensé que notre liaison restait secrète. Tant de fois nous avons lutté contre nous-mêmes pour ne rien laisser transparaître devant les autres. Je n'ose pas imaginer ce que les gens, particulièrement les Weasley, doivent penser de moi.
« - Ecoutez Remus, entre Ron et moi, c'est très compliqué. Je ne pense pas pouvoir arranger les choses. Ce que je lui ai dit était horrible, il ne voudra plus jamais m'adresser la parole. Donc notre « aventure » comme vous dîtes est bel et bien terminée. »
Prononcer ces quelques mots me fait mal. J'ai perdu Ron pour toujours. Pour l'instant la mission que je dois mener a bien m'empêche d'y penser trop longtemps mais je sais bien qu'une fois terminée, je devrais rentrer au Terrier affronter les reproches des autres et surtout affronter Ron.
« - Hermione, je pense que tu te trompes. Tu l'as peut-être blessé mais ce n'est pas irrémédiable. Pourquoi ne lui dis-tu pas que tu es amoureuse de lui ?
Je suis soufflée de voir à quel point j'ai pu être transparente. Ainsi tout le monde est au courant des sentiments que je nourris à l'égard de Ron. Les membres de l'Ordre ainsi que sa famille doivent voir une piètre estime de moi à l'idée que j'aie partagé son lit tant de fois sans rien savoir de ce qu'il ressent pour moi.
« - Parce que lui n'est pas amoureux de moi.
- Hermione, tu penses sincèrement que ce que tu dis est vrai ? Crois-tu Ron suffisamment stupide pour mettre en péril votre si longue amitié simplement pour coucher avec toi ? »
Sa réflexion ne manque pas de logique et je dois reconnaître que ses mots font renaître l'espoir en moi. Une faible étincelle qui reprend vie brutalement, une petite flamme que je souhaiterais avoir éteinte pour ne pas à nouveau déchirer mon cœur. J'ai peur de connaître une fois encore la douleur insupportable que j'ai ressentie hier soir.
Je la peur m'envahir de plus belle la peur m'envahir. Celle-là même qui m'a poussée à devenir son amante sans jamais en savoir plus sur ses sentiments, qui m'a empêchée hier soir de lui avouer ce que je ressentais pour lui.
Une frayeur bien plus puissante que celle que m'inspire cette mission ou même l'hostilité presque meurtrière du monde dans lequel je vis, une terreur insupportable, étouffante à l'idée qu'il me rejette me laissant seule me débattre au milieu des lambeaux de mon cœur.
« - Je ne sais pas Remus. Je suis tellement perdue, je ne sais pas quoi penser.
- Réfléchis simplement à ce que je t'ai dit. Bon, nous sommes arrivés, je ne peux pas aller plus loin. Je ne vais pas te dire à nouveau ce que tu dois faire et à quel point tu dois être prudente. Tiens prends ça avec toi. »
Il me tend une enveloppe blanche, je la prends précautionneusement et poussée par la curiosité, je tente de l'ouvrir. Il pose précipitamment sa main sur la mienne en secouant la tête.
« - Non ne l'ouvre pas elle est ensorcelée !
- Ensorcelée ??
- Eh bien tu n'ignores pas que tu n'es pas la titulaire de ce coffre n'est-ce pas ? Aucun employé de banque ne voudra te laisser l'accès à un coffre qui n'est pas le tien. Lorsqu'il ouvrira cette enveloppe, il sera alors persuadé qu'il faut qu'il t'ouvre la salle des coffres. C'est une sorte d'Imperium momentané je dirais. »
Je souris c'est diablement intelligent. Ils ont réellement pensé à tout et je me sens stupide de ne pas avoir envisagé cette éventualité.
« - Un Imperium ? N'est-ce pas une des techniques du Ministère que vous et Kingsley désapprouvez totalement ?
- Eh bien disons que de temps en temps nous trouvons ces méthodes barbares pratiques. Mais si tu le répètes à qui que ce soit je serais obligé de te tuer. »
J'éclate de rire. Il a le don de détendre l'atmosphère. Il me rejoint dans mon hilarité avant de devenir à nouveau sérieux.
« - Fais bien attention à toi. Je reste ici rejoins-moi dès que tu as fini. »
Je hoche la tête doucement.
« - Ne vous en faîtes pas. »
D'un pas que j'espère assuré, je me dirige vers la banque. C'est l'une des plus grandes banques de Londres, je ne l'ai jamais trouvée aussi impressionnante qu'aujourd'hui. J'ai l'impression d'entrer dans une forteresse qui va m'avaler et dont je resterais à jamais prisonnière.
A peine le bruit assourdissant m'assaille. Tout me semble agressif. Les lumières aveuglantes, le bourdonnement assourdissant des ordinateurs, les sonneries incessantes et stridentes des téléphones.
Je me rends compte avec tristesse que si le monde sorcier ne veut plus de moi, cet univers-là n'est pas le mien non plus. Pourrais-je vivre à nouveau dans ce monde sans magie, entourée de cette technologie que finalement je connais à peine. Assurément, je suis dépendante de cette sensation de pouvoir que procure la magie.
Même si elle est mère de bien des maux et qu'elle corrompt le cœur des hommes je ne saurais pas vivre sans en être entourée.
Hoare's Bank une des banques les plus prestigieuses de la city un des quartiers les plus prisés de Londres. Voldemort a peut-être choisi un établissement Moldu mais il n'a pas pour autant perdu son élitisme. Monstrueuse bâtisse, aux lambris rutilants et au marbre brillant, elle transpire la richesse des comptes bien garnis qu'elle abrite.
Je me sens très vite mal à l'aise dans un tel environnement, je n'ai qu'une envie tourner les talons et retourner au Terrier qui soudainement ne m'apparaît plus si étouffant.
Pourtant un peu malgré moi, mes pas me guident vers le guichet le plus proche ou un employé à la mine affable attend le prochain client décidé à lui confier ses économies.
Tremblante, je me racle discrètement la gorge avant de prendre la parole.
« - Bonjour Monsieur. Je souhaiterais me rendre à la salle des coffres s'il vous plaît. »
Sans attendre, je lui tends l'enveloppe dont le papier est légèrement humide tant je l'ai serré de mes doigts moites. Je ne veux pas qu'il me pose de multiples questions qui pourraient attirer l'attention sur moi.
A peine a-t-il ouvert la missive que son regard devient vide. Hébété, le regard vague, il se lève me demandant de le suivre à la salle des coffres. Je suis comme un robot, la démarche presque mécanique semblable à la sienne. Il ne parle pas. Ne pose aucune question se contentant de me précéder dans un dédale de couloirs, m'enfonçant de plus en plus loin dans les entrailles du bâtiment.
Rapidement d'un geste qui semble habituel pour lui, il compose le code qui me donnera accès à cette horreur que je viens chercher. Je suis presque surprise que ce soit aussi simple, mais je refuse de laisser le soulagement m'envahir avant de l'avoir rapporter à l'Ordre.
Pour la première fois, il s'adresse à moi :
« - Je vous laisse seule pour examiner le contenu de votre coffre. Vous n'aurez qu'à sonner lorsque vous aurez fini et je viendrais le refermer. »
J'ai craint un instant que le sort ne marche plus, mais je me rends compte que ça doit être une formule d'usage qu'il répète à chaque client. Il sort de la pièce refermant la lourde porte en métal.
Je regarde fixement le coffre en question. Dans le silence sépulcral qui vient de s'abattre sur la pièce il m'apparaît presque hostile. L'idée de ce qui se trouve à l'intérieur me répugne et m'impressionne également.
Je m'avance lentement vers lui, dans le calme feutré de la salle, le bruit de mes pas sur le sol semble presque déplacé. Avec précaution je m'empare du petit coffre en bois qu'il contient. Une petite boîte en bois précieux, finement ouvragée, elle semble être d'une grande valeur. Je me demande un instant à qui il a pu appartenir. La personne qui le possédait a-t-elle connu un sort funeste simplement parce que ce petit coffret a séduit Voldemort ?
Je le pose sur la petite table prévue à cet effet, j'ai la désagréable impression qu'il pulse doucement entre mes mains - le fruit de mon imagination sans aucun doute mais je suis bien plus effrayé que je ne l'aurais cru. Doucement, j'ouvre le délicat fermoir en argent ciselé avant de soulever doucement le couvercle. Ce que je vois me fige instantanément, me coupe le souffle au point qu'en quelques secondes mes poumons deviennent douloureux.
Vide. Le coffret est vide seulement habillé par une délicate étoffe de satin. Le sang me monte à la tête, la panique m'envahit, je ne comprends pas, se pourrait-il qu'Harry se soit fourvoyé ?
« - Avez-vous vraiment cru que nous allions vous laisser vous emparer de ce que contient ce coffre aussi facilement Miss Granger ? »
Cette voix. Doucereuse, onctueuse presque écœurante. Je la connais pour l'avoir déjà entendue de nombreuses fois au Ministère. Lucius Malefoy se tient juste derrière moi. La terreur se répand en moi comme un poison. C'était un piége. Nous avons fait exactement ce qu'ils souhaitaient. Ils devaient m'attendre dissimulé par un sort depuis longtemps déjà.
Fébrilement, je tente de saisir ma baguette dans l'espoir fou de pouvoir me défendre. Une poigne d'acier me saisit le bras avec violence le pliant durement dans mon dos alors qu'un craquement sinistre et une douleur intense me font comprendre qu'il vient de me démettre l'épaule.
« - Allons, allons. Inutile de faire un geste que vous pourriez regretter. Je suppose que vous cherchez à prendre la baguette qui a mystérieusement disparu du Ministère. »
Il tord mon bras encore plus fort en disant cela, la douleur devient insupportable mais je retiens mes cris. Malgré les larmes de souffrance qui inondent mes yeux, je ne veux pas lui offrir cette satisfaction.
« - Nous avons de nombreuses questions à vous poser ma chère mais avant toute chose, je propose que nous allions dans un endroit disons… plus intime. »
Impuissante, terrorisée, je ressens la sensation familière du transplanage alors que le décor réconfortant de la banque vacille autour de moi.
Je ne sais pas depuis combien de temps je suis allongée sur le sol de ce cachot humide. J'ai l'impression que ça fait des siècles que je subis leurs sorts, tous plus douloureux les uns que les autres.
La notion du temps m'a quittée depuis longtemps déjà. Je ne suis plus qu'une boule de douleur recroquevillée sur moi-même sur ce sol froid à l'odeur putride. L'odeur du sang séché, celui d'autres personnes qui, avant moi, ont subi ce calvaire ignoble. L'odeur de la mort, suintant des murs de la pièce, s'imprégnant lentement en moi.
Je vais mourir, je le sais. Je n'ai pas peur, je n'ai plus peur. Tout ce que j'espère, c'est qu'elle viendra rapidement me délivrer de ce carcan de douleur dans lequel je suis enfermée.
Chacun des sorts qu'ils me lancent est plus fort que le précédent. Leur puissance sans doute décuplée par la colère qu'ils ressentent face à mon mutisme. Je n'ai pas parlé. Je ne le ferai pas. Jamais je ne dénoncerai Malefoy, l'Ordre et encore moins Ron. Ils me tueront que je parle ou non, et leurs tortures n'en seront pas moins infâmes. Ils prennent trop de plaisir à m'infliger ces horreurs.
Le sang suinte de chaque partie de mon corps se mêlant à ma sueur, à mes larmes. J'ai reçu des sorts barbares, d'une cruauté sans nom que jamais même dans mes pires cauchemars je n'aurais pu imaginer, des sorts qui entaillent la chair profondément, qui la brûle à vif. Mes os sont brisés m'empêchant de bouger, m'immobilisant sur la pierre crasseuse sur laquelle je me vautre dans ma souffrance.
Malefoy et Dolohov, mes bourreaux, m'envoient ces sortilèges presque mécaniquement. Sans doute une grande habitude de ces pratiques sadiques. Ils aiment en faire monter l'intensité, doucement, insidieusement, jusqu'à ce que la douleur devienne intolérable. Tellement dure à supporter que toute raison nous quitte, que notre corps meurt bien après notre esprit.
Est-ce cela qu'ils ont fait subir aux parents de Neville ? Si j'en sors vivante, finirais-je moi aussi internée à Sainte Mangouste, dissimulée par ma famille comme un secret honteux ? Assurément un sort bien pire que la mort. Le seul espoir qu'il me reste c'est qu'ils n'auront peut-être pas l'intelligence d'y penser et me tueront, m'épargnant un tel déshonneur.
« - Alors Miss Granger. Etes-vous enfin décidée à nous parler ? »
Je ris légèrement. Je veux leur montrer le mépris qu'ils m'inspirent, à quel point leur torture est vaine.
« - Vous trouvez tout cela drôle ? Vous amusez-vous autant que nous ? J'en doute. Dîtes-nous comment vous avez pu savoir ce qu'il y avait dans ce coffre ?
- Allez au diable… »
Je reçois alors un doloris puissant. La douleur se répand dans chacun de mes muscles, les broyant, les mutilant, les réduisant en miette. Pour ne pas céder à la douleur, je laisse mon esprit divaguer. Ma vie défile devant mes yeux. On dit souvent que lorsque l'on est sur le point de mourir nous vivons à nouveau les évènements de notre existence. Est-ce vrai ? Ou sommes-nous tellement conditionnés à le croire que nous le faisons malgré nous ? Peu m'importe, cela m'aide à supporter la douleur.
Je revois ce train qui filait à toute allure. Un compartiment, un gamin aux cheveux flamboyants. Moi, petite-fille terrifiée, masquant sa frayeur sous le mépris. Un troll démesurément grand parce que déformé par ma vision d'enfant. Un échiquier géant. Mon cœur qui bat pour ce garçon maladroit qui se sacrifie. Cette brûlure dans mon ventre quand je le regarde.
Les années défilent. Croutard, Sirius. La peur toujours présente. Pour Harry, pour Ron. Le département des mystères, ce dédale de couloirs sombres, étouffants, effrayants.
La mort de Dumbledore. La guerre. L'horreur. La mort. Notre défaite. La disparition d'Harry. Ce cercueil vide que l'on met en terre dans ce qui lui sert de tombe. La douleur de Ginny, la détresse de Ron.
Le Ministère qui me harcèle, qui m'opprime. Ron encore. Notre premier baiser. Notre première nuit et toutes celles qui ont suivi. Ses mains sur moi, sa peau contre la mienne. La fièvre qui s'empare de mon corps, qui fait tourner ma tête.
La souffrance est si intense que je ne m'aperçois pas de suite qu'il a levé le sortilège. Je le vois s'avancer vers moi avant de s'accroupir, un rictus écœuré sur le visage.
« - Ainsi donc c'est ce que tu es devenue ? Toi si fière, si orgueilleuse. Tu n'es rien d'autre que la putain d'un sang pur ? »
Avec effroi, je constate qu'il a pratiqué la legilimencie sur moi sans que je ne puisse rien faire pour l'en empêcher. Je suis bien trop épuisée pour pouvoir ériger de solides barrières mentales. Il peut lire en moi comme dans un livre ouvert.
Je suis horrifiée. J'ai mis Ron en danger sans le vouloir.
Il saisit mon visage entre ses mains soigneusement entretenues sans doute pour mieux les laver du sang qu'elles font couler.
« - Regarde Vermine. Vois ce que tu es devenue. »
Aussitôt je le sens entrer en force dans mon esprit. Des images de Ron et moi perdus dans des étreintes, bestiales, avilissantes, m'envahissent. La haine prend possession de moi. Si forte que je pourrais les tuer. Je leur en veux, je les déteste. Ce ne sont pas ces souvenirs que je veux emporter avec moi. Je veux me souvenir de la complicité, de la tendresse, de l'alchimie qu'il y avait entre nous.
Pas ces visions de stupre, de luxure, de fornication animale.
C'est la pire des tortures. Bien plus cruelle que toutes les autres. Prendre mes plus beaux souvenirs, ceux qui pourraient me réchauffer le cœur pour les salir. Ils profanent, souillent avec délectation ce à quoi je tiens le plus. Pervertissant mon esprit, ils s'y promènent allégrement déformant chacun des souvenirs qu'ils y trouvent.
Ma seule défense c'est de tenter de toutes mes forces de ne pas penser à Harry. De ne pas le dénoncer involontairement lui aussi. Ils ne doivent rien savoir de son retour. Il pourra protéger Ron s'il est à l'abri de leur courroux.
D'autres images déferlent dans mon crâne. Ron toujours, dans ce même cachot, torturé, hurlant de douleur, m'appelant dans son supplice. Moi. Impuissante face à son calvaire. Son corps mutilé, ses traits déformés par la douleur. Autant de lames affûtées qui s'enfoncent dans mon cœur.
Je vois ma tombe. Anonyme, envahie d'herbes folles. Laissée à l'abandon parce que plus personne ne me pleure. Tout le monde est mort.
Mon pire cauchemar prend vie sous mes yeux. Il est si réel. Chaque détail si vivace. Le monde que j'aimais a disparu remplacé par une dictature infâme.
J'agrippe le sol fortement enfonçant mes doigts profondément dans la pierre. Mes mains saignent, mes ongles se retournent. Sanglotante, je répète le prénom de Ron indéfiniment. Comme si à force de prières, je pouvais le faire apparaître.
Je ne veux pas qu'il me sauve. Je sais qu'il est trop tard pour cela. J'ai accepté mon sort désormais, je voudrais juste pouvoir lui dire à quel point je regrette. Je souhaite de toutes mes forces lui dire enfin tout ce que je pense. A quel point je le respecte, que je l'admire pour son courage, son honneur sans faille, qu'aucune des personnes que j'ai rencontrées n'a pu être à sa hauteur, qu'il a toujours été le seul.
Il avait raison. J'ai échoué. Je suis tombée dans leur piège. Je n'étais pas celle qu'il fallait pour cette mission.
Je ne veux pas mourir en lui laissant comme souvenirs les dernières paroles ignobles que nous avons échangées.
Pardonne-moi Ron de ne pas avoir été celle que tu méritais…
La plus grande douleur ce n'est pas ces sorts qui attaquent mon corps sans relâche, ce n'est pas leurs rires à la vue de ma détresse encore moins ce cachot immonde qui me servira sans doute de dernière demeure.
L'ultime souffrance c'est de mourir ainsi. Jeune. Seule. Le corps souillé par le sang. L'esprit profané par des illusions factices. Avoir la sensation d'avoir tout perdu alors que l'on n'a jamais rien eu. C'est de murmurer le nom de l'homme que j'aime quand je sais pertinemment qu'il ne viendra pas.
La mort n'est rien d'autre que la perte tout espoir.
Je le sens. A l'image de ma vie, l'espoir s'écoule lentement de mon corps. Je ne crois plus en rien pas même en ma propre survie. J'appelle la mort de tous mes vœux. En pensée, doucement, je la supplie de venir me prendre. Que la douleur s'arrête. Que mon cœur s'arrête. Que je connaisse enfin la douce torpeur de l'oubli que procure l'inconscience.
Pourtant mon corps sourd à mes prières s'accroche à la vie, puisant dans ce qu'il me reste de forces pour me garder en vie et pire que tout me garder consciente. Cruellement consciente. Qui aurait cru que lui aussi finirait par me trahir ?
L'épuisement me gagne. Les larmes coulent encore mais je n'ai plus la force de sangloter. Je ne suis plus que souffrance. La puissance de leurs sortilèges décroît peu à peu. Peut-être se lassent-ils eux aussi de cette mascarade. Je ne parlerai pas. Ils le savent. Ils ont brisé mon corps, mon esprit, mon cœur. Il ne reste que des miettes de celle que j'étais.
Malefoy se penche à nouveau vers moi. Sur mon visage je sens son souffle. Brûlant. Etouffant. Lentement, avec douceur presque comme un amant, il chuchote à mon oreille :
« - Nous lui enverrons ton cadavre. Ainsi il saura ce qu'il en coûte de partager la couche d'une personne telle que toi. »
Le hurlement de rage que je voudrais pousser n'est qu'un faible vagissement pitoyable. A la lueur des quelques torches qui éclairent la pièce je distingue mon ombre. Masse informe tremblante. Est-ce que c'est moi ? Suis-je devenue ce reflet déformé ?
J'entends Dolohov s'adresser à Malefoy. C'est la première fois qu'il prend la parole depuis le début de mon supplice :
« - Il faut en finir Lucius. Elle ne nous dira rien. Tout ceci n'a servi à rien, nous n'avons rien appris de plus. On aurait dû la tuer à la banque.
- Tu as raison finissons-en. Elle aura eu le cran de résister. Elle a été un bon divertissement. »
Il se relève sa baguette toujours à la main. Enfin l'enfer va cesser. J'ai accompli mon chemin de croix. Paraît-il que c'est comme ça que l'on devient un Martyr. Le destin sera-t-il ironique au point de faire de moi une Icône ? Une héroïne sacrifiée sur l'autel de la guerre ? La futilité de ma mort deviendra-t-elle un acte de bravoure ?
Il me regarde. Une ombre de regret traverse son visage aux traits si familiers. Des traits similaires à ceux d'un ami cher. Il est drôle de penser que mon meurtrier ressemble tant à quelqu'un que j'aime.
Tu avais raison Ron. Un Malfoy a causé ma perte.
« - C'est dommage tu sais. Si les choses étaient différentes. Tu aurais pu devenir la meilleure d'entre nous. »
Croit-il adoucir la sentence de cette façon ? En me faisant ce qu'il estime être un des plus beaux compliments.
Je le vois lever sa baguette. Englué dans une résignation totale, je le regarde presque fascinée. Le sang me monte à la tête. Mes oreilles bourdonnent. Je le vois remuer les lèvres et sans l'entendre, je comprends qu'il a formulé le sort mortel.
Je sombre dans un trou noir. Libéré de toutes douleurs. Au milieu de l'obscurité je vois un petit garçon roux au sourire timide. Un sourire prometteur de bien des joies. Je lui rends son sourire. Je suis heureuse. Ce gamin me tend la main. L'obscurité se fait plus dense. Je ne distingue plus rien. Je me saisis de cette main salvatrice à tâtons.
Avec délice, je sombre dans l'inconscience ma main toujours dans celle de la seule personne qui compte. Ma main dans celle de… Ron.
***
Harry
Parfois, il n'existe aucun mot pour décrire ce que l'on voit. C'est pourquoi je ne pourrais qualifier l'expression de Ron lorsque Remus est entré, Hermione dans ses bras. Tout comme je ne pourrais expliquer ce que j'ai moi-même ressenti quand je l'ai vue, elle.
Mes recherches sur les horcruxes m'ont plongé dans les méandres de la Magie la plus obscure, j'ai appris des sorts plus horribles que la mort, rencontré des sorciers terrifiants, vu des abominations. Mais rien de ce que j'ai vu durant ces deux années ne s'approche de ça. Hermione est en miette. Pas un bout de son corps n'a été épargné. Sa peau est blessée, déchirée, colorée d'ecchymoses. Ses bras et ses jambes forment des angles bizarres preuve que ses os sont sûrement brisés et le sang coule de toutes parts.
Cette apparition m'anesthésie complètement et pendant plusieurs secondes, j'assiste à la terrible effervescence qui anime le Terrier comme si j'étais moi-même très loin de tout ça, un peu comme on regarde une action qui se déroule sur un écran de télévision. Molly pousse des cris affolés, Ginny donne des consignes pour rassembler du matériel médical, Remus porte Hermione à l'étage en expliquant à la hâte ce qu'il s'est passé à Kingsley qui le suit dans l'escalier. Sans réfléchir je leur emboîte le pas. J'ai peine à réaliser que ce qui se passe est réel.
C'est fou comme les choses peuvent changer en un instant. Il y a une minute, Ginny me parlait pour la toute première fois depuis deux ans. Mon cœur retrouvait un rythme oublié et la guerre semblait tout à coup très très loin.
A elle seule, Ginny représente tout ce que j'ai perdu. Quand Hermione hurle que je les ai abandonnés, je crève d'envie de lui cracher combien sacrifier ma relation avec Ginny m'a coûté cher.
Je comprends que mon retour lui ait causé un choc et qu'elle prend ma disparition pour une trahison mais j'aurais voulu qu'elle me laisse une chance, une misérable chance pour m'expliquer.
Je n'avais pas prévu de revenir vers mes amis de cette manière. En fait, je n'avais pas prévu de revenir. Je pensais mourir bien avant de pouvoir les retrouver.
Dès l'instant où j'ai revu Ron, je savais que ce serait simple. Il y a un truc entre nous qui existe depuis que nous avons partagé ce compartiment dans le Poudlard Express.
Pour Hermione, je me doutais que ce serait plus compliqué. Elle a toujours détesté l'injustice et c'est ce qu'elle vit depuis plus de deux ans. Il est normal qu'elle soit en colère contre moi parce qu'en quelques sortes, mon absence a poussé Voldemort et ses sbires à s'intéresser à un autre jeu que celui de me pourchasser et c'est en partie pour cela qu'ils se sont mis à harceler les nés-moldus avec tant de vigueur.
Mais Ginny… je n'étais pas préparé à sa réaction. Nous sommes plus proches l'un de l'autre que nous ne l'avons jamais été depuis des mois et pourtant elle ne m'a jamais paru aussi éloignée. La côtoyer ainsi sans pouvoir lui parler, sans même pouvoir croiser son regard, est une véritable torture.
Alors, quand il y a une minute, Ginny m'a parlé, l'espoir a aussitôt gonflé mon cœur sans que je puisse me raisonner. Et puis la porte s'est ouverte à la volée, Remus a appelé à l'aide et j'ai vu Hermione, ou du moins ce qu'il en restait, pendre lamentablement dans ses bras.
Toutes ces pensées défilent à toute vitesse et quand Remus atteint la dernière marche, je secoue la tête pour tenter de focaliser mon attention sur la scène qui se passe sous mes yeux. Les voix me paraissent plus fortes tout à coup, comme si soudain on avait tourné la mollette du son. Lupin explique :
« - …C'est Drago qui m'a prévenu. C'est lui aussi qui a sorti Hermione du cachot. Son père l'a chargé de se débarrasser du corps mais il s'est aperçu qu'elle respirait encore. Je lui ai promis de le tenir au courant, il ne pouvait pas s'absenter de la résidence Malefoy trop longtemps.
- Mettez-la sur le lit ! dit Mme Weasley.
- Je vais chercher une couverture supplémentaire ! crie Tonks. »
On allonge mon amie. Je vois Ron s'agenouiller auprès d'elle, ne la quittant pas du regard. Il murmure des paroles que je ne peux pas entendre et s'accroche à sa main, comme si la vie d'Hermione dépendait de cette pression.
« - Ginny ! demande Mr Weasley. Est-ce que tu vas pouvoir faire quelque-chose ? »
Tous les yeux se tournent vers elle. Le silence emplit la pièce et Ginny tourne la tête de droite à gauche, paniquée.
« - Je ne sais pas, je ne suis qu'infirmière…les blessures sont graves et c'est d'un guérisseur dont Hermione a besoin.
- Tu connais les formules, je vais t'aider, nous allons y arriver. lance sa mère en nettoyant déjà les premières blessures.
- Moi aussi ! dit Remus. »
Aussitôt, la chambre se vide et Ginny s'affaire, distribuant les consignes.
« - Est-ce que tu veux que je fasse quelque-chose ? je demande timidement. »
Elle lève la tête. Nos regards se croisent. Enfin. C'est fugace mais réel.
« - Ron. murmure-t-elle. »
Je hoche la tête, montrant que j'ai compris. Ron n'a pas bougé. Indifférent aux autres, il est toujours auprès d'Hermione, sa main liée à la sienne, sans doute la seule partie de son corps à ne pas être blessée. Je me place derrière lui et pose ma main sur son épaule. D'où je suis, je distingue le visage tuméfié d'Hermione et un frisson incontrôlable parcoure mon échine. Son étreinte de ce matin se reflète dans ma mémoire comme un adieu et j'ai du mal à maîtriser les tremblements de ma voix quand j'appelle doucement :
« - Viens Ron. On doit les laisser s'en occuper.
- Non. souffle-t-il. Je dois lui dire… si jamais elle ouvre les yeux… Je dois lui dire… Après ce sera peut-être trop tard…
- Elle ne se réveillera pas tout de suite. Il faut leur laisser de la place pour qu'il la soigne correctement. Allez, viens avec moi. »
Je tire doucement sur son bras et il se laisse entraîner sans résistance. Jusqu'à ce que la porte de la chambre se referme, il ne l'aura pas quittée des yeux. Nous descendons lentement les escaliers. En bas, Mr Weasley, Tonks et Shacklebolt attendent, l'air tendu.
« - Je vais faire du thé ! annonce Tonks, visiblement incapable de rester à ne rien faire.
- Que faisons-nous Kingsley ? Peut-être devrions-nous prévenir les autres membres de l'Ordre ? demande Arthur. »
Shacklebolt hoche la tête.
« - Nous allons envoyer un hibou…
- Je vous avais dit qu'elle ne devait pas y aller ! »
Je me tourne vers Ron. Ses yeux bleus ont viré au gris et ses traits ont dangereusement durci. Lui, si perdu quelques secondes plus tôt, a retrouvé toute son assurance. J'ai à peine le temps de réagir. Ron a dégainé sa baguette tout en fonçant sur le chef de l'Ordre. Kingsley sort la sienne très vite mais pas assez rapidement pour que Ron n'ait le temps de l'atteindre. Arthur et moi nous interposons entre eux.
« - Ron arrête ! hurle son père. Ca ne sert à rien, Hermione connaissait les risques ! Elle a fait son choix ! »
Nous sommes trois contre lui mais Ron est si furieux que sa colère lui donne une force spectaculaire. Il se débat, cherche à frapper, jeter un sort. Finalement, Arthur réussit à le repousser violemment. Ron pousse un cri de rage qui accompagne le maléfice qu'il envoie, par dépit, sur la fenêtre de la cuisine. La vitre vole en éclat et sans un regard pour nous, il quitte la maison. La porte restée ouverte, nous le regardons partir, encore un peu essoufflés par ce qui vient de se passer. A l'étage, des pas précipités font grincer le plancher.
Aujourd'hui, Hermione va peut-être mourir. Est-ce la faute de Kingsley qui l'a désignée pour cette mission ou la mienne d'avoir donné une information que je croyais fiable ? Est-ce la faute d'Hermione d'avoir accepté ou celle de Ron de ne pas l'avoir retenue ?
Je croise le regard de Shacklebolt et je peux y lire de la culpabilité. La même que la mienne. Nous devinons aisément ce que peut ressentir Ron. En plus de tout le reste.
