Bonjour les gens. Apres une longue attente voici notre sixiéme chapitre, qui nous a donné pas mal de fil a retordre. Je rappelle que les pov de Ron sont de Mirandae et ceux de Hermione de moi méme, concernant ce chapite le pov Harry est l'oeuvre de la toujours aussi talentueuse Mirandae et celui de Draco a nouveau de votre obligée.
Nous tenons a remercier tout ceux qui nous laisse des reviews adorables, c'est notre plus belle récompense.
Bonne lecture
Arwen
Hermione
Je voudrais ouvrir les yeux mais je ne peux pas, je n'en ai plus la force. Je sens mon corps ballotté dans tous les sens, j'entends des voix autour de moi. Ma gorge est sèche comme du parchemin, mes poumons douloureux, chaque inspiration même la plus infime me brûle la poitrine.
Le mouvement près de moi s'intensifie, le bruit aussi, je voudrais leur dire d'arrêter de bouger, de crier que tout ce raffut ne fait qu'augmenter la douleur dans ma tête mais je n'arrive pas à formuler le moindre son. Je sens des ondes de chaleur parcourir tout mon corps et je comprends que ce n'est rien d'autre que les sorts de guérisons qu'on me jette.
La chaleur se transforme en douleur quand on soigne mes multiples fractures, c'est insupportable je voudrais juste ne plus souffrir, qu'on me laisse tranquille au lieu de tenter de raccommoder mon corps meurtri.
Une odeur de chair brûlée me monte aux narines, je prends conscience que c'est moi qui la dégage alors que Ginny sans doute cautérise les multiples plaies béantes qui sillonnant mes membres. J'ai l'horrible impression de sentir la mort, je ne supporte pas cette senteur à la fois âcre et doucereuse qui émane de moi.
Je m'agite, je veux pouvoir bouger et fuir cette atmosphère presqu'aussi étouffante que la cave infâme dans laquelle j'étais captive il n'y a pas si longtemps. Il y a des moments où on ne souhaite plus être sauvé, on a juste envie d'en finir avec la douleur, je suis lasse de tout ça, j'aimerais juste pouvoir dormir et retourner à mes jolis songes de petits enfants roux.
Une voix chuchote à mon oreille. Cette voix je la connais… Ron, il me parle, je voudrais comprendre ce qu'il dit mais je n'y arrive pas. L'entendre me fait du bien, me réconforte, je sens sa main dans la mienne et c'est comme un encouragement, une bribe d'espoir à laquelle je peux m'accrocher.
Mon réconfort est de courte durée, sa voix et sa main s'éloigne de moi, je ne veux pas qu'il s'en aille. A nouveau, la terreur m'inonde, je cherche à tendre le bras vers lui mais quelqu'un me retient fermement. On relève mon visage, une lame de douleur aiguë s'enfonce dans ma nuque, je ne peux retenir un gémissement alors que les sons s'amplifient dans la pièce.
Une potion épaisse, écœurante coule le long de ma gorge, cette sensation me révulse, mais je sens que mon corps déjà faible ne me répond plus, la potion fait
effet, je sombre dans le sommeil. Les voix s'éloignent, la douleur reflue et la réalité s'estompe…
***
Ron
Des heures. Des heures que Remus a ramené mon Hermione inconsciente, blessée, en sang. Des heures qu'ils sont là-haut, à tenter de la sauver… ou quelques minutes seulement, je l'ignore. J'ai perdu la notion du temps depuis que je l'ai vue.
Je pensais être incapable d'avoir plus mal que ce matin, quand je l'ai entendue partir. Je me trompais. Lorsque je l'ai découverte, pâle et inconsciente, comme déjà morte, la douleur ne s'est pas contentée de me briser le cœur, elle s'est infiltrée dans tout mon corps, de la pointe de mes cils aux bouts de mes doigts et je l'ai ressentie physiquement au point d'en avoir le souffle coupé.
Mon Hermione, ma belle Hermione a été battue, torturée. Tout ce dont je redoutais est arrivé. J'avais raison…
Quelle ironie !
Elle et moi nous sommes disputés des années pour avoir le dernier mot et pour une fois, j'aurais tout donné pour avoir tort.
Il s'est remis à pleuvoir, un peu. Quelques gouttes de pluie me tombent sur le visage et le vent glacé s'infiltre sous les vêtements. L'horizon noir présage d'un orage imminent mais je préférerais être noyé sous l'averse plutôt que de retourner à l'intérieur du Terrier pour l'instant.
L'atmosphère qui y règne m'étouffe. Tout le monde est sous tension mais s'efforce de ne pas le montrer et cette espèce d'hypocrisie me rend malade. Hermione est entre la vie et la mort, c'est un fait et il y a de quoi s'inquiéter. Je refuse de boire mon thé comme si tout allait bien sous prétexte qu'en tant que Membre de l'Ordre, nous nous devons de garder notre calme en toute circonstance afin de mieux gérer les situations.
Et puis je ne veux pas voir Shacklebolt pour l'instant. Il a beau être le chef de l'Ordre, il a fait une erreur que je ne lui pardonnerai pas. Si Hermione ne s'en sort pas, je jure devant Merlin que je terminerai ce que j'ai commencé tout à l'heure. Et cette fois-ci, ni Harry ni mon père ne m'en empêcheront !
J'appuie mes coudes sur la barrière en bois qui sert de clôture au terrain du Terrier. A première vue, elle ne paraît pas très solide mais elle est dotée de tous les systèmes de sécurité sorciers possibles. La limite entre nous et le chaos. Jusqu'à présent. Car aujourd'hui, le chaos a pénétré chez nous. Hermione va peut-être mourir.
Mon corps est pris d'un frisson qui n'est pas dû au froid.
J'aurais dû la retenir ce matin. Non, j'aurais dû la retenir hier soir, quand elle m'a annoncé que nous n'avons jamais été amis, j'aurais dû lui dire qu'elle a raison, que nous avons toujours été beaucoup plus que ça ou un truc de ce genre. J'aurais dû lui dire que je l'aime. Peut-être qu'elle serait partie quand même mais au moins, j'aurais essayé. Mais non, je n'ai rien fait parce que je suis trop lâche et trop stupide. Si elle meurt ce sera de ma faute. C'est déjà de ma faute.
Shacklebolt n'y est pour rien. Le coupable, c'est moi.
Merlin, je ne supporte pas d'attendre qu'on vienne m'annoncer le pire. Mes mains sont serrées sur la barrière, mon corps est tendu comme un arc et je tremble d'impuissance. Il faut que je fasse quelque-chose, je n'en peux plus de rester là, à ne rien faire.
Au moment même où je m'apprête à tourner les talons, ma mère apparaît dans mon champ de vision. J'étais tellement pris dans mes pensées que je ne l'ai pas vue arriver. Aussitôt, un flot de terreur me submerge et je cesse de respirer, attendant la sentence.
« - Elle est vivante. annonce ma mère qui a su aisément déchiffrer mon angoisse. Elle est vivante. »
Je ferme les yeux et pousse un soupir de soulagement, tentant de chasser le vertige qui m'a assailli. Je sais que rien n'est gagné. Ma mère n'a pas dit qu'Hermione allait bien, elle a juste survécu à ses blessures… Je la regarde, attendant la suite, essayant d'ignorer sa robe tâchée de sang. Elle a l'air tellement triste.
« - Ron… commence-t-elle. »
Elle s'arrête là et baisse les yeux. Elle cherche les bons mots pour m'annoncer ce que je devine comme étant une terrible nouvelle. La peur me prend la gorge, les secondes deviennent des heures. Ma mère toussote pour chasser un sanglot et quand elle relève la tête, ses yeux sont mouillés de larmes. Incapable de parler, je l'implore du regard. Je veux savoir. Elle pose sa main sur mon bras et le caresse lentement.
« - Mon chéri, Hermione a subi de terribles sorts mais d'après Ginny, elle devrait s'en remettre tout doucement. »
La chape de plomb qui pesait sur ma poitrine disparaît tout à coup et j'ai presque envie de sourire mais l'expression de ma mère me fait comprendre qu'il y a autre chose.
La vision d'une Hermione en chaise roulante me vient à l'esprit et je fronce les sourcils, attendant les explications.
« - Comme tu le sais les mangemorts n'épargnent que très rarement leurs victimes et Hermione a subi le même sort que les autres… »
Qu'est-ce qu'elle raconte ? Je ne comprends rien. Pourquoi me dit-elle ça ? Nous ne sommes pas à un cours sur le mode de vie des mangemorts, je sais comment ils fonctionnent, je suis auror ! Mais elle continue :
« - …Malefoy père a demandé à son fils de se débarrasser du corps d'Hermione parce qu'il était persuadé qu'elle était morte… »
Oui je sais, j'ai entendu ce que disait Rémus. Mais je ne vois pas pourquoi elle me répète ça maintenant…
« - Il en était persuadé parce qu'il lui a lui-même infligé un… avada kedavra… »
Mon cœur loupe un battement comme si la simple entente de ce mot suffisait à ôter un peu de vie. Je ne comprends plus rien. Hermione est vivante. Comment pourrait-elle avoir subi un tel sortilège ?
Ma mère répond à ma question sans que je n'aie besoin de la poser de vive voix.
« - Si le sortilège n'a pas fonctionné c'est… parce qu'il a pris une autre vie. Une vie qu'Hermione portait en elle… Je suis désolée Ron, tellement désolée mais je pensais… je pensais que le père devait être mis au courant… »
Hermione…Porter…Vie…Père…Pendant une seconde, les mots de ma mère tournent dans ma tête et se mélangent sans que je n'arrive à y mettre un sens. Et puis soudain, je comprends.
Une douleur fulgurante remonte dans mes cuisses et je réalise que je suis tombé à genoux. Ma mère crie mon nom et s'accroupit auprès de moi. Enfin je crois, tout est embrumé, lointain. Je l'entends vaguement s'excuser, m'expliquer qu'elle ne savait pas comment m'annoncer les choses mais je ne l'écoute pas vraiment. Stupidement, je me dis que ma mère aussi, apparemment, était au courant de ma liaison avec Hermione mais cette pensée inappropriée est vite chassée par la vérité qui envahit mon esprit : Hermione était enceinte… de mon enfant, notre enfant.
Quand est-ce que ça va s'arrêter ? Jusqu'à quel degré, la douleur peut-elle aller ? Comment ne pas devenir fou ? Je l'ignore. Mais là c'est trop. Ma gorge se serre et les larmes me montent aux yeux. Un coup de tonnerre éclate dans le ciel sombre et c'est comme un signal. Je pleure. Je pleure d'impuissance face à cette guerre qui ne finira jamais. Je pleure le martyr d'Hermione. Je pleure notre enfant. Je pleure pour toutes ces années d'horreur que je ne supporte plus. Mon corps est secoué de puissants sanglots que seuls les petits bras de ma mère apaisent un peu.
La pluie s'est remise à tomber drue. La terre autour de mes genoux se transforme peu à peu en boue mais je n'y prête pas plus d'attention.
« - Ca va aller mon fils… me murmure ma mère à l'oreille. »
Comment peut-elle encore penser ça ? Je n'ai même pas le courage de la contredire. Rassemblant le peu de forces qu'il me reste, je lui pose l'ultime question :
« - Est-ce qu'Hermione… est-ce qu'Hermione sait ?
- Oui. Quand elle a repris conscience, elle nous a demandé comment elle pouvait ne pas être morte. A présent elle dort. Elle a besoin de repos. Mais elle a aussi besoin de toi. C'est ton nom qu'elle a murmuré en s'endormant. Tu dois être fort pour elle, Ron. S'il te plaît. »
Je ne sais pas si j'en serai capable mais j'hoche la tête et essuie mes larmes.
« - Allez, viens, on rentre au chaud… me dit ma mère en m'aidant à me relever. »
Lentement, je me laisse entraîner vers la maison.
********
Draco
Je transplane le plus silencieusement possible près du Terrier, les protections magiques qui l'entourent ne me permettent pas d'atterrir trop près. Tant mieux. Marcher me fera du bien, j'ai besoin de reprendre une contenance, de respirer l'air frais de la nuit pour me débarrasser de cette odeur de mort qui m'entoure, qui me colle à la peau depuis trop longtemps déjà.
Je suis retourné au Manoir après avoir confié Hermione à Lupin. J'aurais voulu le suivre, rester près d'elle, pour me faire pardonner cette horreur qu'on lui a infligée dans le lieu même où j'ai grandi. Dans cette cave obscure qui autrefois me fascinait, quand je n'étais qu'un enfant rempli d'admiration pour son père qui lui contait des histoires de sang pur, d'honneur et d'autres choses que pendant longtemps j'ai cru être l'absolue vérité.
Tant d'années sans que je ne me pose de questions, sans que je ne remette ses idées en question. Je me baladais conquérant dans les couloirs de Poudlard, fier de moi, de mes origines. Je trouvais naturel que l'on m'aime pour mon sang si pur parce je pensais qu'il me définissait.
J'ai reçu la Marque des Ténèbres avec allégresse. J'ai honte aujourd'hui de l'avouer mais j'étais si fier de l'avoir gravée dans ma chair, si plein d'orgueil quand je la regardais serpenter sur ma peau. Même la brûlure que je ressentais quand le Lord me réclamait près de lui me semblait délicieuse. Je me sentais important, indispensable, porteur d'un précieux secret, je faisais partie d'une élite et je m'en sentais rassuré.
Je les ai regardés réduire les nés moldus en esclavage, les traiter comme de la vermine sans jamais en éprouver le moindre remord. Cela me semblait juste, simplement normal, je ne m'étais jamais posé de questions sur le bien fondé de ces actes.
Mais un soir tout a changé pour moi. Le Seigneur m'a appelé et comme l'esclave que j'adorais être je me suis empressé d'accourir pour pouvoir mieux me vautrer à ses pieds. Il était là, entouré de ses fidèles mangemorts, sa cour habituelle. Au milieu de la pièce un corps, celui d'une jeune fille que je ne connaissais pas. Visiblement, elle avait servi de distraction au Lord et ses disciples. Je l'ai à peine regardée, à vrai dire je m'en contrefichais, bien trop impatient de savoir ce que mon Idole attendait de moi.
« Draco débarrasse-nous d'elle. Je te laisse faire prouve-moi que tu es digne de ma confiance. »
Je fus à cet instant un peu vexé. Je ne comprenais pas en quoi me débarrasser d'un cadavre pouvait être une mission importante. Je n'ai pas protesté pour autant comme toujours je me suis incliné, obéissant, ramassant presque nonchalamment la triste dépouille qui gisait sur le sol. Elle ne pesait pas plus qu'un fétu de paille, j'ai senti son sang encore chaud couler le long de mes bras.
Comme j'étais libre de faire à mon idée, je décidais de faire disparaître son corps. Pour cela je me rendais à l'orée d'un bois non loin du Manoir dans lequel j'aimais jouer autrefois.
Je l'ai posée à terre et pour la première fois je l'ai regardée. Ses yeux étaient grands ouverts emplis de terreur encore noyés de larmes qui ne couleraient plus jamais. Mais plus que tout, son regard était plein d'une innocente et enfantine… incrédulité, je le sentais posé sur moi, comme si elle cherchait des réponses.
Lentement, j'ai parcouru son corps de mes yeux, ses membres tuméfiés, sa peau entaillée. Souillée dans sa chair et dans son âme, morte seule comme un animal sous les rires de ses bourreaux.
Savait-elle lorsqu'elle avait reçu sa lettre de Poudlard que sa destinée serait ainsi ? Se doutait-elle que cette missive signerait sa perte ? J'ai fermé les yeux et j'ai vu une gamine insouciante, excitée sous le choixpeau, si fière et si heureuse de faire partie d'un monde aussi brillant que le nôtre. L'image de cette enfant s'est superposée à celle de ce corps déformé qui gisait à mes pieds, et puis je me suis souvenu de mon exaltation, de ma peur de ne pas être envoyé dans la bonne maison.
Pour la première fois, je me suis alors demandé quelle pouvait bien être la différence entre elle et moi. Nous avions connu les mêmes joies, certainement les mêmes peines, nous étions si semblables et pourtant j'étais là, vivant, m'apprêtant à faire disparaître ce qui restait d'elle.
Doucement, j'ai fermé ses yeux, la nausée a brûlé mes entrailles si fort que j'ai à peine eu le temps de me détourner pour ne pas la salir encore plus avant de vomir ma honte.
Après cela, ce fut comme si je m'étais soudainement réveillé d'un profond coma ou encore d'un impérium très puissant. J'avais l'impression d'avoir été anesthésié, engourdi dans une douce torpeur. Tout m'apparaissait clairement, notre folie meurtrière, le monde que je contribuais à créer, j'étais devenu un assassin. Je ne tuais personne mais j'assistais sans broncher à l'éradication pure et simple des nés moldus.
Je suis rentré ce soir-là au bord du malaise après l'avoir enterrée, je voulais offrir à cette jeune fille que je ne connaissais pas une dernière demeure que je serais le seul à connaître. Je voulais tout arrêter, m'enfuir loin de tout ça. J'ai à peine répondu à ma mère, montant me réfugier dans ma chambre avant de me laisser aller à ma colère, arrachant avec hargne les bannières vert et argent qui la tapissaient.
C'est à cet instant que mon père m'a rejoint. Il a regardé les drapeaux de Serpentard qui jonchaient le sol en silence. Il n'a pas eu besoin de me parler, il avait compris lisant dans mes yeux ce que je m'apprêtais à faire.
Alors pour la première fois, il m'a supplié. Il m'a expliqué que si je trahissais le Lord, il me traquerait où que je sois, qu'il me tuerait et que jamais ma mère ne pourrait survivre à ma mort. Lui qui avait si bien cultivé ma froideur et mon arrogance a fait appel à la seule chose contre laquelle je ne pouvais lutter : l'amour profond que je portais à ma mère.
J'ai alors relevé les yeux et je l'ai regardé, intensément, sans détour et j'ai compris : il avait peur. Une terreur sans nom dissimulée derrière le métal de ses yeux froids. Nous étions des esclaves nous aussi, manipulés, dirigés par un seul maître, enfermés dans une cage dorée dont aucun de nous ne possédait la clef. Personne n'était libre, nous étions de simples pantins à la solde d'un despote.
Alors je suis resté. Emprisonné dans ma condition de mangemort, j'ai continué à le servir, je suis devenu un fossoyeur. Inlassablement, je débarrassais les cachots humides des corps qui s'y succédaient, les prenant dans mes bras, courant jusqu'à ce bois qui devenait mon refuge et leur offrant une tombe digne de ce nom à l'abri des yeux de tous.
Pourtant les cauchemars me poursuivaient. Chaque nuit, ils me rejoignaient dans mes rêves, leurs regards sans vie me questionnant, me demandant justice. Je me réveillais en sueur, tremblant, dormir me faisait peur. Je savais que je sombrais dans la folie, que ce n'était qu'une question de temps avant qu'ils ne viennent me retrouver même en plein jour.
C'était le prix à payer. Le prix de ma honte.
Alors un soir, j'ai rejoint le Terrier. Je ne savais pas où il se trouvait avec précision mais je savais qu'il était sans doute le QG de l'Ordre. Après bien des recherches et de nombreux contre-sorts, j'ai fini par enfin apercevoir une vieille cabane biscornue. Je n'ai eu aucun doute sur l'identité des occupants de cette masure ridicule, seuls les Weasley pouvaient vivre dans pareil endroit.
Ce soir-là, je suis parti à la recherche de ma rédemption. Je n'ai jamais cessé depuis.
A nouveau ce soir, je lève le sort qui protége le Terrier et jamais l'expiation de mes fautes ne m'a paru aussi dure à atteindre. Je balaie du regard le champ qui l'entoure et au loin j'aperçois Weasley qui sanglote dans les bras de sa mère. Je détourne le regard vivement gêné d'avoir assisté à une scène si intime. Je me dirige rapidement à l'intérieur, priant de toutes mes forces pour que Weasley pleure à cause d'un trop plein d'émotions et non parce que je n'ai pas pu sauver la femme qu'il aime.
Charly me voit le premier, il se précipite vers moi me prenant dans ses bras sans pudeur et je sens les larmes envahir mes yeux. Je voudrais pouvoir me laisser aller dans cette étreinte, dans la chaleur de ses bras si puissants et réconfortants. Mais je ne peux pas, pas encore alors je le serre avec force espérant par la violence de ce geste lui montrer les sentiments qu'il déchaîne en moi avant de le repousser.
« Comment va-t-elle ? »
« Elle est vivante. Ginny s'occupe encore d'elle mais elle ne semble plus en danger. »
Mon soulagement est si intense que je peux à peine respirer, le monde vacille, je m'appuie sur le mur et exhale l'air que je retiens douloureusement dans mes poumons alors que je sens une main douce caresser mon dos.
Hermione m'a peut-être offert le pardon que je recherche, je n'ai pas eu besoin de lui fermer les yeux, de creuser une tombe anonyme pour elle.
« Draco, tu lui as sauvé la vie. Si tu n'avais pas été là pour la porter à Remus, elle serait sans doute morte à l'heure qu'il est. »
Ses yeux sont pleins d'une admiration sincère, ses joues un peu rougies et j'envie sincèrement cette innocence qu'il a réussi à conserver malgré la noirceur dans laquelle nous vivons. Je soupire fortement, je ne peux pas le laisser penser que je suis un héros quand je sais pertinemment que ce n'est pas le cas.
« Je ne lui ai pas sauvé la vie. »
J'ai à peine murmuré ces quelques mots mais dans le silence presque endeuillé de la petite cuisine j'ai l'impression de les avoir hurlés à son visage.
« Voyons, ne fais pas le modeste. »
Cette fois-ci, je m'énerve franchement, il met mes nerfs à vif ce rouquin séduisant qui s'obstine à voir en moi ce que je ne suis pas.
« Je ne fais pas le modeste. Je ne lui ai pas sauvé la vie, pas volontairement du moins. Quand je suis parti hier soir, je ne savais pas qu'elle avait accepté la mission, je ne savais pas non plus qu'elle se rendrait au coffre aujourd'hui. Je n'ai pas été au Ministère de la journée, je suis allé chercher des ingrédients de potions pour le Lord, je n'ai su qu'elle avait été torturée qu'en rentrant au Manoir et sais-tu pourquoi j'ai pu la porter à Remus, Charly ? Parce que c'est ma mission auprès de Tu-Sais-Qui, je récupère les cadavres des pauvres gens qui ont le malheur de tomber entre nos mains. Tu m'admires toujours maintenant ? Je ne suis qu'un foutu fossoyeur qui enterre les cadavres qui s'entassent, toutes les nuits encore et encore. »
Je finis ma tirade essoufflé, même si je suis gêné de lui avoir ainsi dévoilé mes activités honteuses, je suis également soulagé, comme si j'avais durant tout ce temps porté un poids bien trop lourd pour mes épaules.
Il ne dit rien, se contentant de me fixer longuement. Je ne le regarde pas. Je peux supporter de voir le dégoût, la peur ou même la colère dans ses yeux mais pas la pitié que je crains d'y trouver.
Il se lève lentement et se poste devant moi, me dominant de toute sa hauteur. Je retiens le réflexe instinctif de me tasser sur ma chaise devant l'autorité naturelle qui se dégage de lui. Il se penche vers moi avant de saisir mon visage entre ses mains, le contact de ses paumes rugueuses me trouble profondément. Doucement, il presse ses lèvres contre les miennes, elles sont douces, chaudes, réconfortantes et excitantes. Il retire sa bouche bien trop vite à mon goût et chuchote à mon oreille :
« Je te trouve courageux et j'admire ce que tu fais. Il va vraiment falloir que tu te fasses à cette idée. »
Il sort de la pièce sans un mot me laissant le souffle court, les joues brûlantes, le corps en feu. La porte s'ouvre me faisant sursauter, je me force à me ressaisir quand je vois Weasley et sa mère entrer dans la pièce. Avec un soupir de résignation, je me prépare à répondre aux questions qu'ils ne vont pas manquer de me poser.
****
Hermione
J'ouvre les yeux péniblement, mes paupières récalcitrantes refusent de bouger mais j'insiste et doucement elles s'entrouvrent laissant la lumière pourtant tamisée de la pièce m'éblouir. Je distingue le plafond fissuré à la peinture ternie, je suis dans ma chambre, au Terrier. Tournant la tête avec lenteur, j'aperçois Remus sur une chaise, assoupie, il a certainement dû rester pour me veiller. Je cherche à lever le bras pour le toucher mais je n'y arrive pas, il me semble peser une tonne. Avec peine, je murmure son nom. Il ne lui en faut pas plus pour ouvrir les yeux qui s'écarquillent instantanément de stupeur.
« Hermione ??!! Tu vas bien ? »
Je hoche la tête doucement, je voudrais pouvoir faire plus pour le rassurer, l'inquiétude que je lis dans ses yeux me ferait presque culpabiliser.
« Je reviens tout de suite ! »
Sans ajouter un mot, il sort de la chambre en vitesse. Je ne sais pas depuis combien de temps je dors mais cela doit faire un bon moment si j'en juge par l'aube qui perce lentement la nuit noire.
Des bruits de pas précipités dans l'escalier et je vois Remus revenir, Ginny sur les talons. Son visage s'illumine d'un grand sourire lorsqu'elle me voit.
« Hermione… je suis si contente. Tu es enfin réveillée. Ne bouge pas je vais t'examiner. »
Son expression change et devient terriblement concentrée alors qu'elle ausculte mon corps avec minutie. L'examen terminé, elle sort une fiole de la poche de son tablier.
« Tiens bois, ça te fera du bien ! »
J'esquisse une grimace, je crains que ça ne soit encore l'infecte potion qu'on m'a donnée tout à l'heure et qui m'a plongée dans ce sommeil lourd et artificiel.
« Je ne veux pas dormir ! »
Ma voix est rauque comme si je n'avais pas parlé depuis des lustres, je suis épuisée mais j'ai besoin de rester consciente, cette potion ne fait que m'empêcher de réfléchir.
« Ce n'est pas pour dormir, bois, tu verras tu te sentiras mieux. »
Méfiante, je m'exécute. Aussitôt une fraîcheur bienfaisante se répand en moi, la potion est délicieuse, elle a le goût de la mûre, elle étanche ma soif, je me sens plus légère et la douleur dans mon crâne a miraculeusement disparu.
Je me relève doucement, mes membres encore endoloris, Ginny se précipite et retape mes oreillers avec une ardeur qui me semble légèrement exagérée, Remus toujours planté au milieu de la pièce semble avoir envie de partir le plus vite possible. Un silence plus que pesant flotte dans l'air et je me décide à prendre la parole puisque aucun des deux ne semble vouloir le faire.
« Que s'est-il passé ? Comment suis-je arrivée ici ? »
Je me souviens distinctement de la torture que j'ai subie, je me souviens de la mission, de la banque, de ma capture mais ensuite c'est le trou noir. C'est Remus qui se décide à me répondre.
« Eh bien je t'ai attendue devant la banque durant ce qui m'a semblé une éternité, j'étais mort d'inquiétude mais je ne pouvais pas entrer dans la banque et prendre le risque de me faire repérer. Au moment où j'allais entrer malgré tout, Malefoy t'a ramenée.
Je le regarde surprise, je ne me souviens pas d'avoir vu Draco.
« Tu as été torturée au Manoir Malfoy et Draco a été chargé de s'occuper de ton cadavre, il a de suite vu que tu respirais faiblement, il s'est souvenu de la mission que nous t'avions proposée et il a transplané près de la banque, il m'a trouvé et je t'ai ramené au Terrier. »
Ginny, restée étrangement silencieuse depuis le début, ouvre enfin la bouche :
« Tu étais grièvement blessée, nous n'avions pas le temps de faire appel à un médicomage et nous ne pouvions pas transplaner à Sainte Mangouste. C'est moi qui t'ai soignée, j'ai fait de mon mieux mais jusqu'à ce que tu te réveilles, je n'étais pas sûre que tu survives ou que tu n'aies pas de séquelles irrémédiables. »
Elle a prononcé ces derniers mots dans un murmure, les larmes aux yeux. Je lui fais un léger sourire rassurant pour lui montrer que je vais bien. Pourtant quelque chose me gêne dans toute cette histoire, un détail qu'ils ne semblent pas vouloir évoquer mais qui est cruellement important.
« Je ne comprends pas. J'ai clairement entendu Lucius Malefoy prononcer le sort mortel et de toute évidence c'est ce qu'il croyait avoir fait puisqu'il a demandé à Draco de se débarrasser de mon corps. Alors pourquoi malgré tout ça suis-je toujours en vie ? »
L'atmosphère de la chambre s'alourdit singulièrement, ils ne semblent pas pressés de répondre à ma question.
« Ginny ? Remus ? »
J'ai conscience d'être insistante mais il faut que je sache ce qui s'est passé, comment ai-je pu survivre à un Avada Kedavra ? La seule personne que je connaisse qui a survécu à ce sort est Harry et les conditions n'étaient pas les mêmes.
« Hermione… »
Ginny semble lutter contre elle-même, comme si elle avait une terrible nouvelle à m'annoncer. Je sens l'angoisse m'envahir, ma première pensée est pour…
« Ron.. »
Remus relève brusquement la tête.
« Non, non Hermione, Ron va bien, ne t'inquiète pas pour ça. »
« Eh bien si ce n'est pas ça, que se passe-t-il ? Je vois bien que quelque chose ne va pas. Je vous en prie dîtes-moi… »
Ma voix se brise, c'est bien trop d'émotions d'un seul coup. Je me doute qu'ils cherchent à m'épargner mais leur sollicitude me rend folle d'angoisse.
Dans un soupir, Remus s'approche de moi et me prend doucement la main.
« Hermione. Si le sort mortel ne t'a pas tué c'est parce que… tu étais enceinte Hermione. Ginny s'en est rendue compte en te soignant. Je ne sais pas exactement ce qu'il a bien pu se passer mais je pense que l'enfant que tu portais en toi a en quelques sortes servi de bouclier. »
Je suis assommée par le choc. Les paroles de Remus tournoient dans ma tête et tout me paraît clair à présent. Mes malaises, mon émotivité exacerbée, cette fatigue permanente, c'est si évident et pourtant je ne me suis doutée de rien. Comment ai-je pu oublier de performer le sort de contraception? Où donc est passée ma légendaire intelligence qui faisait ma fierté ? Je portais la vie en moi, j'aurais dû la protéger et au lieu de ça je me suis précipitée la tête la première dans le danger, avide de prouver ma valeur.
« Hermione ?? »
Je regarde Remus sans véritablement le voir, la tristesse dans ses yeux m'est insupportable, je m'aperçois que je serre sa main avec violence, à tel point que mes phalanges blanchissent. Doucement, je relâche ma prise avant de laisser courir ma main sur mon ventre à la recherche d'un reste, même infime, de la présence de l'enfant que je portais.
« J'ai dû… l'enlever… Il était mort et je n'ai pas eu d'autre choix… Oh Hermione je suis si désolée. »
Ginny ne retient plus ses larmes, je voudrais pouvoir me joindre à elle et partager mon chagrin, mais mes yeux restent secs, je suis incapable de pleurer. A travers le tissu de la chemise de nuit je sens une fine cicatrice légèrement boursouflée. Cette marque est pourtant bien plus douloureuse que les nombreux hématomes qui zèbrent mon corps.
Ron. Il doit m'en vouloir, me détester encore plus à présent, il ne voulait pas que je parte et je ne l'ai pas écouté.
« Est-ce que Ron… »
Je ne peux pas finir ma phrase. C'est trop dur de le formuler à haute voix, ça donnerait plus de réalité à la perte de cet enfant.
« Il ne sait pas encore, je préférais être sûre… enfin tu vois… Il voulait venir te voir mais je lui ai dit d'attendre que tu te sentes mieux, vous avez beaucoup de choses à vous dire Hermione et je pense que pour l'instant, ta santé doit passer avant tout. »
Je comprends son raisonnement, je ne peux m'empêcher de penser que j'aurais préféré que ce soit lui qui m'annonce la nouvelle. Peut-être aurais-je pu pleurer si c'était ses bras qui m'avaient consolée.
« Nous allons te laisser maintenant. Tu as encore besoin de repos et je pense que tu as besoin d'être seule. »
Délicat Remus qui comprend ce que je ne peux dire. Je hoche la tête doucement hébétée, terrassée bien plus anesthésiée par le choc que par les multiples potions que j'ai avalées.
Je les regarde sortir lentement de la chambre, me laissant seule face à ma douleur, seule face à mes remords
***
Harry
Debout dans le couloir, appuyé contre le mur, j'attends. Le couloir est très sombre et craque de toute part mais je préfère rester ici, tout seul. C'est un peu stupide, mais l'agitation que je perçois de l'autre côté de la porte me rassure. Tant que j'entends les bruits de pas, le son clair de la voix de Ginny et celui, plus grave de Rémus, je sais qu'Hermione survit.
Je n'arrive pas à croire que la Mort rôde autour d'elle. Elle, Ron et moi avons passé la moitié de nos vies à combattre Voldemort, je ne peux me résoudre à penser qu'une simple mission peut mettre fin à la vie de la géniale Hermione Granger. C'est impossible.
Pourtant, le regard que Mme Weasley nous a lancé lorsqu'elle nous a rejoints dans le salon, cette expression d'impuissance, mêlée de désespoir a failli venir à bout de cette confiance que je ne peux m'empêcher de ressentir.
Molly n'a pas dit grand chose, à part que Rémus et Ginny continuaient de s'occuper d'Hermione et qu'elle devait parler à Ron. Arthur lui avait montré la cour d'un geste de la main et personne ne parla de la fenêtre brisée. Kingsley l'avait déjà réparée et il était inutile d'inquiéter un peu plus Molly avec ce genre de détails.
Je suis encore resté quelques minutes dans le salon avant de me résoudre à rejoindre l'étage. Et maintenant je suis là, dans ce couloir, attendant je ne sais quoi mais ressentant le besoin de me trouver auprès de ma meilleure amie.
Les bruits dans la chambre diminuent peu à peu et plus le silence s'installe plus le rythme de mon cœur accélère, accompagnant une angoisse grandissante. La porte s'ouvre enfin sur un Rémus à l'air si triste que je suis persuadé durant une seconde qu'elle est morte. Il doit s'y reprendre à plusieurs fois pour m'assurer qu'Hermione est vivante.
« - Elle est épuisée. Ginny lui a donné une potion de sommeil sans rêve et nous avons fait tout ce que nous avons pu. Nous n'avons plus qu'à attendre à présent… »
Je soupire, soulagé. Ma confiance est revenue. Je sais qu'Hermione est une battante et qu'elle ne se laissera pas faire si facilement. Je suis certain qu'elle se réveillera bientôt. Rémus descend au rez-de-chaussée prévenir les autres. Je m'apprête à le suivre quand la porte s'ouvre de nouveau sur Ginny. Une fine ligne d'inquiétude traverse son front et elle aussi a l'air très triste.
« - Elle dort. dit-elle. Je crois qu'on devrait organiser des tours pour la veiller jusqu'à ce qu'elle revienne à elle. Je ne voudrais pas qu'elle se réveille toute seule, elle risque d'être un peu déboussolée et puis on ne sait jamais…
- Je prendrai la première heure. Je réponds, incapable de ne pas me réjouir devant le fait que Ginny me parle. Est-ce que ça va ?
- Je n'en sais rien… Il faut attendre de voir comment elle passe la nuit avant de se prononcer…
- Je ne parlais pas d'Hermione. »
Pour la première fois, nos regards se croisent et je peux voir les larmes monter à ses yeux quand elle me répond :
« - Hermione était enceinte. C'est ce qui l'a sauvée du sort de la Mort que Malefoy père lui a jeté. »
La nouvelle est un choc et l'image de Ron s'impose directement dans mon esprit. Je comprends à présent pourquoi Molly le cherchait et les airs résignés de Ginny et Rémus. Mais Ginny continue, son ton monte dans les aigus, comme avant qu'elle n'éclate en sanglots :
« - Je n'ai rien pu faire pour le bébé et elle, elle était en miettes… et je ne suis même pas sûre d'avoir prononcé correctement certaines formules !
Hé ! Tout va bien se passer ! Rémus et toi avez fait du bon boulot, j'en suis sûr ! »
J'hésite un instant et puis, sans réfléchir plus longtemps, je la prends dans mes bras. Elle reste un peu raide, ses bras figés le long de son corps mais au bout de quelques secondes, sa tête s'enfouit au creux de mon épaule et cette sensation m'emporte très loin du Terrier, de la guerre et même d'Hermione. Puis Ginny se défait de mon étreinte et s'éloigne sans un bruit. Alors qu'elle s'apprête à descendre l'escalier, je l'appelle :
« - Ginny ! Est-ce que… est-ce qu'on se reparle maintenant ?
Un mince sourire étire ses lèvres. Discret mais réel. Minuscule mais juste pour moi.
« - Disons que s'il te le demande, tu diras à Ron que j'ai rempli ma part du contrat et que c'est à son tour à présent ! »
***
Ron
Nous nous sommes relayés plusieurs heures d'affilées au chevet d'Hermione. J'aurais aimé rester auprès d'elle tout le temps mais ma mère m'a littéralement forcé à prendre un peu de repos, jurant qu'elle n'hésiterait pas à verser quelques gouttes de potion sans rêve dans mon thé si je ne cédais pas Alors je me suis résigné à quitter Hermione quelques instants, pensant sincèrement que je serais incapable de fermer l'œil. Pourtant, lorsque je me suis allongé sur mon lit, la fatigue qui m'a submergé fut si grande que je m'endormis sans même m'en rendre compte. Quand je me réveille, la nuit est tombée depuis longtemps.
Je descends à la cuisine et aperçoit Harry, installé à la table. Il grignote machinalement son bacon en lisant un exemplaire de la Gazette du Sorcier.
« - Comment va-t-elle ? je demande, avec empressement.
- Elle est réveillée ! m'annonce mon ami avec un grand sourire. Elle a encore un peu mal mais ça va. »
Mon cœur s'accélère à cette bonne nouvelle. Hermione est sauvée !
« - Pourquoi ne m'avez-vous pas prévenu ?
- Je ne voulais pas subir un sortilège de la part de ta mère ! Tu avais besoin de repos et nous avions consigne de ne pas nous approcher de ta chambre !
- Où sont les autres ?
- Kingsley, Rémus et Tonks sont rentrés chez eux. Charly discute avec George et Malefoy dans le salon, Ginny ne doit pas être très loin d'Hermione et tes parents sont dans la cabane à balais du jardin. Ils discutent.
- Ils font toujours ça quand ils ne veulent pas qu'on entende de quoi ils parlent… dis-je dans un murmure. »
Harry hoche la tête en silence.
« - Ginny… m'a parlé du bébé. lance-t-il. »
Sa remarque me fait sursauter et je renverse une bonne partie du café que j'étais en train de me verser.
« - Ma sœur te parle à présent ? je demande, en espérant que cette question suffise à changer de sujet.
- Elle m'a dit que c'était à cause d'un pacte que vous aviez fait tous les deux. Je n'ai pas vraiment compris… mais j'étais content qu'on puisse discuter un peu même s'il reste beaucoup de chemin à faire. Comment tu te sens ?
- Ca va. »
Je bois une gorgée de café évitant ainsi de me plonger dans une blessure encore trop fraîche pour en évoquer les détails. Harry comprend et décide de changer de sujet en poussant l'édition du soir de la Gazette dans ma direction. Je l'attrape et mes yeux s'écarquillent de stupeur :
Mon visage est placardé à la Une avec ces mots : « Recherché pour conduite immorale ». Je m'empresse de lire l'article.
« Un avis de recherche a été lancé à l'adresse de l'auror Ronald Bilius Weasley suite à l'interrogatoire d'une sang-de-bourbe qui aurait laissé entendre l'existence d'une relation entre les deux jeunes gens.
Hermione Granger a été surprise hier par l'un de nos dignes représentants du Ministère, Monsieur Lucius Malefoy, en train de cambrioler le coffre d'une banque.
Mr Malefoy a ensuite, comme l'indique la Loi, procédé à un interrogatoire durant lequel la née-moldu n'a pas daigné faire d'efforts. La pratique de la légilimencie s'est avérée nécessaire mais n'a malheureusement donné aucune information sur le commanditaire du cambriolage
En revanche, il s'avérerait qu'Hermione Granger serait intimement liée au Sang-Pur Weasley alors que ceci est contraire au décret d'application n° 210 édité en mars dernier.
Hermione Granger et Ronald Weasley sont connus pour avoir été les deux meilleurs amis de l'Indésirable Numéro Un lorsque celui-ci était encore vivant. Ils ont toujours fait l'objet d'une surveillance attentive de la part du Ministère.
Il va de soi que l'Auror Weasley est suspendu de ses fonctions tant que l'affaire n'est pas éclaircie mais son adresse étant incartable, il échappe pour l'instant aux convocations du Ministère.
Si vous connaissez un détail même mineur, le Ministère vous invite à adresser votre témoignage… »
Je jette le journal, dégoûté.
« - Ils ne parlent même pas de ce qu'est devenue Hermione ! Personne ne s'inquiète de ce que ces chiens lui ont fait !
- Le pire dans tout ça, c'est que ça t'étonne encore… me fait remarquer Harry.
- On doit retrouver cet horcruxe, Harry. Il faut que tout cela s'arrête !
- En attendant, tu devrais aller la voir. Je crois qu'elle attend ta visite. »
Hermione
Assise dans mon lit, je contemple la pluie qui frappe les carreaux. Elle tombe à verse ce soir. Les éléments se déchaînent pour mieux me rappeler à quel point ma vie manque de lumière. J'ai souvent répété que je me sentais vide, creuse mais je ne savais pas ce que ce mot pouvait réellement signifier.
Aujourd'hui, je le sais. J'ai l'impression que je ne serais jamais plus complète, entière. J'ai perdu mon enfant. L'enfant de Ron. Je me sens si démunie. Je n'étais pas au courant de ma grossesse. Je n'ai pas eu le temps de m'en réjouir. Je ne peux que pleurer à présent.
Je me suis réveillée désorientée, affolée, me croyant morte pourtant toujours vivante. Ils m'ont expliqué que j'aurais dû mourir mais que la vie que je portais en moi avait permis que je survive. Chacun de ces mots était un coup de poignard dans mon cœur meurtri. Je revois encore le visage désolé de Molly. Mon deuil devenant le sien.
Un sacrifice. Le sacrifice d'une vie innocente pour en épargner une autre. L'histoire de la guerre. L'histoire de ma vie.
J'ai le sentiment que quelqu'un quelque part s'est amusé à saisir chacun de mes rêves avant de les détruire. Je voulais devenir une grande traductrice, vivre avec l'homme que j'aimais, avoir des enfants. J'ai eu tout ça. Je suis devenue une émérite traductrice à tel point que j'ai échappé au sort funeste de ceux de ma race grâce à cela. Ron et moi avons vécu une histoire, aussi dramatique soit-elle. J'ai porté son enfant.
Pourtant, tout cela ne fut que source de malheurs, de souffrances. Mes rêves saccagés, transformés en cauchemars.
Je ne pleure pas. J'ai versé des larmes tant de fois pour des choses futiles. Aujourd'hui, je n'arrive pas à pleurer sur la perte de mon enfant. J'ai si peur. Si je me laisse aller, la réalité me frappera de plein fouet. Comment alors pourrais-je garder la raison ? Comment empêcher la folie de me gagner face à cet énorme gâchis ?
.
Je ne me souviens pas comment j'ai pu sortir du Manoir Malefoy. Tout est flou. J'entends Draco me hurler de tenir le coup, de ne pas mourir. Remus m'exhorter à ouvrir les yeux. Puis Ron, me tenant la main me chuchotant des mots que je ne comprends pas mais que je trouve réconfortant.
Je soulève la chemise de nuit dont a dû me revêtir Molly et regarde mon ventre. Je me perds dans la contemplation de la fine cicatrice blanche qui serpente sur mon abdomen, désormais le seul souvenir qu'il me reste de cet enfant perdu.
Les bleus, les hématomes ont disparu. La magie soigne tous les maux. Pas ceux de l'âme hélas.
Ma gorge est sèche. Ma bouche n'est plus qu'un désert aride. Je balaie la pièce du regard. Le pichet d'eau sur la table de nuit est trop éloigné pour que je puisse l'atteindre. Contorsionnant mon corps dangereusement, je tends le bras pour m'en saisir.
Une main saisit doucement mais fermement mon poignet. Je sursaute vivement. Mon regard se noie dans un océan déchaîné. Les yeux de Ron. Je ne l'ai pas entendu entrer.
« - Laisse, je vais le faire. »
Son ton est grave, sa voix rauque. Je le détaille pendant qu'il verse l'eau dans un verre. Le teint blafard, les cheveux en bataille, les yeux rougis certainement par les pleurs. Mon cœur se serre à cette vision. Lui si fort. Si courageux. Il a l'air à présent si démuni.
Sans un mot, il me tend le verre avant de saisir une chaise et de s'asseoir près de moi. Il me regarde. Je ne dis rien. Je respecte son silence. Sa présence est réconfortante. Je lui suis reconnaissante d'être là malgré tout ce qui s'est passé entre nous.
Sa voix brise finalement le silence :
« - Comment vas-tu ?
- Pas trop mal. Les potions font effet je n'ai plus mal.
- Tant mieux. »
Je le sens mal à l'aise. J'ai l'impression qu'il veut dire quelque chose mais qu'il n'ose pas.
« - Ron qu'est-ce qu'il y a ? »
Il lève vers moi un regard profondément tourmenté presque hanté. Sa voix n'est plus qu'un murmure lorsqu'il prend à nouveau la parole.
« - Est-ce qu'ils t'ont touchée ? T'ont-ils obligée à faire des choses que tu ne voulais pas ? »
Je comprends alors la raison de son inquiétude et malgré moi mon cœur se gonfle d'amour pour cet homme.
« - Non. Ils ne m'ont pas touchée. »
Il pousse un soupir de soulagement. A nouveau, nous replongeons dans un silence pesant. Il y a tant de non-dits entre nous, comment briser ce carcan de gêne, de rancœur dans lequel nous sommes enfermés depuis trop longtemps ?
« - Hermione ? »
Je tourne mon regard vers lui. Je peux voir que ses yeux brillent de larmes contenues.
« - Cet enfant… il était de…
- De toi oui. »
Je pourrais me sentir blessée par sa question pourtant je ne le suis pas. Je sais que c'est son éternelle insécurité qui le pousse à la poser. Aujourd'hui plus que jamais, j'ai la sensation que je peux le comprendre, enfin. Trop tard sans doute.
Soudainement, il pose sa tête sur mon ventre avant de se mettre à pleurer. Sans aucune retenue, sans fausse pudeur. Le visage enfoui dans le tissu de ma chemise, il laisse libre court à sa douleur. Des sanglots déchirants, douloureux parce que trop longtemps contenus.
Avec douceur, je caresse ses douces mèches cuivrées. La rancœur a disparu. Elle a quitté mon cœur. Je ne ressens plus que de l'amour à présent. Je lui offre mon réconfort, ma façon d'expier mes fautes.
« - Je suis tellement désolé Hermione. C'est ma faute. Tout est de ma faute. »
Je suis stupéfaite. Comment peut-il penser une chose pareille ?
« - Ron voyons tu n'es responsable de rien !
- Bien sûr que si ! »
Il se redresse violemment. Le visage ravagé par les larmes, par la souffrance.
« - J'aurais dû t'empêcher de partir. Ce soir dans la salle de bain tu voulais que je te retienne. Je n'ai pas compris. Pas de suite. J'aurais dû te retenir ! Au lieu de ça qu'est-ce que j'ai fait ?! Je t'ai dit d'aller te faire foutre Hermione. Voilà les derniers mots que j'ai prononcés alors que je savais que cette mission te mettait en danger !
- Ron j'ai dit bien pire ce soir-là ! C'est à toi de me pardonner. Je m'en veux tellement. Je n'en pensais pas un mot. Pas un seul. Tu as toujours été mon ami et bien plus que ça. J'étais en colère, parce que tu m'avais repoussée, parce que je croyais que tu ne voulais plus de moi. »
Je finis ma tirade à bout de souffle. Nous nous regardons longuement. Nous comprenons à présent que toute cette pudeur ridicule nous a conduits à des extrémités que nous n'aurions jamais dû atteindre.
« - Hermione, il faut que tu comprennes que si ce soir-là je t'ai repoussée ce n'est pas parce que je ne t'aimais pas bien au contraire ! »
Ses derniers mots me font presque sursauter. Je n'arrive pas à croire qu'il les a enfin prononcés. J'ouvre la bouche prête à lui dire que moi aussi je l'aime mais il pose son doigt sur mes lèvres.
« - Attends s'il te plaît. Laisse-moi finir. »
J'acquiesce sa main toujours sur ma bouche. Nos regards soudés l'un à l'autre.
« - Tu sais la première nuit qu'on a passée ensemble. J'étais fou de bonheur. Stupidement heureux. Ce moment j'en avais rêvé une bonne partie de ma vie. Pendant un moment, je m'en suis contenté. Mais après j'ai commencé à vouloir beaucoup plus. Je voulais que tu m'appartiennes. Pas seulement charnellement mais que tu sois à moi entièrement. Tu vois ? »
Je hoche la tête vigoureusement. Comment pourrais-je ne pas comprendre tous ses tourments alors que je les partage depuis le début ?!
« - Mais toi, je ne savais pas ce que tu voulais. Et je n'osais pas te le demander. Je pensais que tu cherchais juste de la chaleur près de moi. Je me sentais sale de profiter de ton mal-être pour assouvir mes pulsions. J'étais perdu. »
Pour la première fois, je prends la parole. Je chuchote presque. J'ai peur de gâcher cet instant, ce précieux moment où Ron s'ouvre enfin à moi.
« - Pourquoi ne m'as-tu rien dit ?
- Je ne pouvais pas. J'avais peur. Tu ne comprends pas ?! Si tu n'avais pas voulu de moi je ne sais pas comment j'aurais réagi. Alors j'ai jugé bon de me taire. Pourtant j'étais malheureux. Si je t'ai repoussée comme tu dis c'est parce que tout ça me dévorait. Parce que si nous avions continué et que tu y avais mis un terme, je te jure Hermione que je serais devenu fou. Je n'aurais pas supporté de te regarder partir avec un autre ! »
Il s'interrompt le souffle court, les joues rouges. Se confier ainsi à moi a dû lui demander un terrible effort.
« - Et puis Harry nous a vus dans la cuisine. »
J'étouffe un hoquet de surprise avant de me rappeler que justement nous avions été interrompus par un bruit dans le couloir ce soir-là. Je devine déjà ce qu'il va me dire. Je connais Harry. Je connais aussi sa fâcheuse tendance à vouloir toujours conseiller Ron.
« - Il est venu me parler après ça. Il m'a dit que ce que je faisais avec toi était mal, que je ne t'aidais pas. Alors j'ai pensé que je devais tout arrêter parce que je n'ai jamais voulu te porter préjudice. Jamais. »
Tendrement, je lui caresse la joue. Il appuie son visage se frottant presque félinement contre ma main. Un enfant. Il ressemble à un enfant. Je me gorge de cette image, pour en imprimer ma rétine. Parce que je sais que c'est la dernière fois où je pourrais entrevoir l'enfant en lui. Cette nuit nous ferons table rase du passé. Il n'y aura plus de maladresses, de pudeur inutile, derniers vestiges des adolescents que nous étions il y a peu de temps.
Cette nuit nous deviendrons adultes. Ensemble.
« - Tu as écouté les conseils amoureux de Harry alors qu'il est incapable de se dépêtrer des problèmes qu'il a avec ta sœur ? »
Il m'adresse un pâle sourire.
« - Tu sais bien que je suis un crétin !
- C'est vrai. Mais tu es mon crétin. »
Et c'est la vérité. Non pas qu'il soit un idiot, mais qu'il est mien depuis toujours. Bien avant que je le sache. Depuis un jour de septembre où j'ai poussé la porte de ce compartiment à la recherche du crapaud de Neville, prétexte fallacieux pour apercevoir le célèbre Harry Potter. J'ai trouvé bien plus que ça ce jour-là !
Tous ces évènements, heureux, malheureux, douloureux, se sont succédés pour nous mener là, dans cette chambre. Entourés de cette atmosphère mélancolique, nous allons prendre un nouveau départ.
Doucement, j'empoigne le col de son pull, le forçant à se pencher vers moi. Je pose mes lèvres sur les siennes. Elles ont le goût de ses larmes. Il gémit contre ma bouche. Presque timidement, il passe sa langue sur mes lèvres cherchant à approfondir notre baiser. J'accède à sa demande. Impatiente. Exaltée.
Le baiser que nous échangeons ne ressemble en rien à ceux que nous avons partagés avant. Il est plus pur, plus sincère. Il n'est pas entaché par la peur, par la rancœur.
Je laisse mes mains courir sur son corps, ce corps que je suis bien décidé à enfin revendiquer mien.
Je deviens empressée, je n'ai plus envie d'attendre. Mes émotions se mêlent à mon désir et c'est bien trop puissant pour que je puisse tenter de le freiner. Je l'entraîne, cherchant à le faire coucher sur moi. Il résiste.
« - Attends Hermione. Je… je ne veux pas te blesser. »
Je le trouve attendrissant à se soucier ainsi de moi, mais ce soir mon corps ne peut pas ressentir la moindre douleur La seule chose que je veux sentir c'est lui.
« - Je viens de te dire que je n'avais plus mal. Ron, je veux que tu sois à moi ce soir. J'en ai besoin. Mais si toi tu ne… »
Je n'ai pas le temps de finir ma phrase que déjà il s'empare de mes lèvres. Son baiser est impérieux, autoritaire, violent. Il déverse toute la peine, la rage, la peur qu'il a pu ressentir. L'intensité de ce moment me touche en plein cœur me fait tourner la tête, plus que jamais je ressens son besoin. Si fort. Si désespéré.
Il se couche sur moi. J'accueille son poids sur moi avec un soupir de délice. Aucune douleur. Sa présence occulte tout le reste. Je sens déjà son désir se presser contre mon ventre attisant le feu qui brûle en moi. Une flamme qui ne s'est jamais éteinte, qui a commencé à flamber bien avant que j'en prenne conscience.
Avec fébrilité, je lui enlève son pull. Silencieuse, je le regarde longuement. Quelques bougies éclairent la pièce. Sa peau pâle se pare de reflets ambrés. Pour la première fois, l'obscurité ne nous protégera pas. Nous allons nous découvrir, nous contempler en pleine lumière loin de la honte, du mensonge et du déni. Simplement la vérité.
Doucement, je me positionne sur lui, le chevauchant, le dominant. Sensation grisante. Son corps instinctivement se cambre sous moi et je sens son sexe dur se presser contre le mien. Je caresse doucement son torse. Redessinant les contours de ses muscles saillant sous sa peau d'opale. Sa poitrine se soulève rapidement, sa respiration est déjà anarchique. Je me sens si puissante alors qu'il tremble sous mes caresses comme j'ai si souvent tremblé sous les siennes.
Le pouvoir de la magie n'est rien comparé à celui que je possède sur son cœur, sur son corps.
Je fonds sur son cou offert à mes lèvres. Je l'embrasse là où je peux sentir son cœur battre, respirant avidement son odeur. Elle m'intoxique. Me rend bien plus ivre que le plus puissant des alcools.
Je descends lentement continuant mon voyage charnel sur la carte de son corps. J'embrasse, je taquine, je lèche chaque centimètre de sa peau. Aucune cicatrice, aucune tache de rousseur n'est épargnée. Je veux tout connaître. Absorber son corps dans le mien. L'avaler par tous les pores de ma peau. Un instinct primitif venu du fond des âges me possède.
Il grogne. Il gémit. Lorsque j'arrive à frontière de sa ceinture en faisant sauter la boucle, sa respiration se bloque. Il expire l'air vivement entre ses dents serrées lorsque j'effleure à travers le tissu son membre brûlant, palpitant de désir. Son désir pour moi.
Son pantalon atterrit sans ménagement à l'autre bout de la chambre suivi de près par son boxer. Je le veux nu. Juste lui. Sa peau, son odeur, une addiction. Mon addiction.
Je remonte le long de ses jambes musclées, m'émerveillant de chaque détail. Ses mollets musclés, ses genoux zébrés de cicatrices. Prise d'une impulsion, j'embrasse l'intérieur de sa cuisse là où sa peau est aussi fine que la mienne. Je suce, avidement ce carré d'épiderme fondant pour y laisser ma marque, mon empreinte à cet endroit que moi seule peut voir.
Le désir brûle tout mon corps. Pourtant je refuse d'y céder. Je sens qu'il est important que je prenne tout le temps nécessaire. Cette nuit c'est à moi de lui offrir l'oubli dans la jouissance, de lui rendre cette extase brûlante qui rend presque inconscient.
Je remonte lentement vers ce que jusqu'à présent je n'ai qu'effleuré. Sa virilité gorgée de désir, de vie, tendue vers moi en muette supplique qui m'attend, qui me veut.
Je fais glisser mes boucles sur sa hampe dressée. Une caresse légère que j'espère sensuelle. Il grogne. Me supplie. M'implore. Je dépose alors de légers baisers sur son sexe avant de le prendre en bouche tendrement. Je m'enivre de sa saveur, je me délecte de ses supplications. Sa main se perd dans mes cheveux, empoignant mes mèches avec force alors que je lui procure la plus intime des caresses.
Il tente de me prévenir, de retirer ma bouche. Je ne veux pas. Je désire le sentir jusqu'au bout, je veux tout de lui. J'accélère le mouvement alors que son bassin ondule en rythme avec ma bouche. Je le sens se raidir avant que sa semence ne frappe mon palais.
Je me sens étourdie à l'idée qu'il se soit abandonné dans ma bouche. Cet acte de confiance. Celle qu'il a envers moi. Celle que je lui offre.
Il se redresse vivement et avec souplesse inverse nos positions. Il n'est pas homme à se laisser dominer. Il m'a laissé faire avec plaisir parce que j'en avais besoin. Un désir de le dominer, de posséder son corps. A présent, il reprend les rênes et je le laisse faire avec délice.
Son corps est brûlant contre le mien. Ils se frôlent, se caressent. Enivrement des sens. Nos épidermes se répondent, se parlent, fusionnant dans le même plaisir.
A son tour, il parcoure chaque parcelle de mon corps. Torturant sans relâche ma peau qui prend feu à chaque effleurement de ses lèvres. Il descend sa main sur mes cuisses. Impatiente, je me cambre. Je cherche à l'accueillir au creux de moi. Un besoin impérieux que je ne maîtrise pas.
Toute douceur s'est envolée. Nos lèvres se dévorent presque à se mordre. Nos corps se heurtent. La violence de nos sentiments ne nous fait plus peur désormais. Au contraire, nous laissons toutes ces émotions à vif depuis trop longtemps jaillir de nous. Nous les partageons.
Comme un rituel. Un exorcisme. Une façon d'expier nos fautes. Chaque goutte de sueur nous lave de nos erreurs, de ce passé bien trop lourd pour que nous puissions encore le supporter.
Une renaissance spirituelle qui prend racine dans notre union charnelle.
Sa main agréablement rugueuse remonte le long de ma cuisse, caressant lascivement l'intérieur de celle-ci. Doucement. Cruellement. Enfin, il me ravit de ses doigts agiles et brûlants. Ecartant mes jambes, il torture avec langueur le point central de mon plaisir. Je geins proférant des paroles sans suite. Laissant mon bassin se mouvoir au même rythme que ses mains, je m'accroche à ses épaules. Je lèche lentement le lobe de son oreille avant de lui susurrer des mots d'amour, de désir. Déclaration enflammée venue du plus profond de mon cœur
A l'entente de mes paroles, il se fait plus dur. Caressant inlassablement mon clitoris avec rudesse. Je le sens à nouveau durcir contre moi, cette sensation me rend plus folle que je ne le suis déjà. L'attente devient douloureuse. Mon corps le réclame, exige qu'il le comble.
Il doit sentir que mon désir devient détresse. Son corps pèse de plus en plus sur le mien. Je sens son sexe palpiter entre mes cuisses. Juste à l'orée de ma féminité, je le sens pulser presque avec désespoir.
Nos regards s'accrochent. D'un coup de rein, il me possède. Complètement. Entièrement. Je pousse un cri de délivrance et je le sens se raidir. Il me regarde avec crainte, il a peur de m'avoir fait mal. Pour le rassurer, j'enroule mes jambes autour de sa taille le poussant plus encore en moi. J'ondule contre lui frottant mes seins contre son torse dur. Une supplique charnelle explicite.
Ce soir, je veux tout de lui. Tout ce qu'il pourra me donner. Tout ce que je pourrais lui rendre.
Lentement, il bouge en moi. Prenant le temps de savourer le frottement de nos chairs. De s'imprégner l'un de l'autre. Je garde les yeux ouverts. Je ne veux pas louper une seule des émotions qui traversent son regard.
Mais mon corps traître et impatient en veut déjà plus. Je l'invite à accélérer son va et vient, pour le sentir plus fort, jusqu'à en avoir mal. J'ai l'impression que mon corps ne sera jamais rassasié de lui.
Comme s'il en était de même de son côté, il s'allonge sur moi pour me posséder, me faire sienne encore plus. Gémissante au bord de la folie, j'absorbe ses coups de butoir avec un plaisir non dissimulé alors que mes hanches rencontrent les siennes avec toujours plus d'exigence.
Nos deux corps imbriqués. Nos souffles qui se mêlent. Nos langues qui se mélangent. Et la guerre qui disparaît peu à peu. La peur qui s'éloigne. L'horreur qui s'éteint.
Mes cris se font plus forts. Ses grognements plus animaux. Je laboure son dos de mes ongles ne me souciant pas des marques que je laisserai ni des courbatures qui demain me feront souffrir. L'intensité redouble, mes talons s'enfoncent de plus en plus dans ses reins.
Le rythme s'accélère encore mais aucun de nous ne semble vouloir basculer dans la jouissance. Les yeux dans les yeux, nous cherchons à prolonger cet instant. Cette symbiose qui n'appartient qu'à nous. Cette fusion des sens où je peux lire dans ses yeux tout ce qu'il ressent pour moi.
Subitement, il bascule son corps. A nouveau, je le chevauche. Creusant les reins, le laissant me pénétrer plus profondément, m'offrant entièrement. Il se redresse pour embrasser ma poitrine. Ses mains balayent mon échine avant de s'égarer dans le creux de mon dos pour guider mes mouvements.
Avec frénésie, je m'empale encore et encore sur sa verge frémissante. A la recherche de ma libération. Cherchant à apaiser la tension qui croit entre nous, si forte que l'air crépite presque autour de nos corps.
Je ne peux supporter plus longtemps cette friction intense. Ivre de volupté, je glisse ma main entre nous deux pour caresser ce bout de chair si sensible. Il joint sa main à la mienne. La vision de sa main se mouvant avec la mienne. La jonction intime de nos deux corps et son sexe puissant qui investit mon corps tellement fort.
C'en est trop pour moi. L'extase me frappe. Sombre. Violente. Dévastatrice. Occultant tout le reste. Je me contracte si violemment qu'il me semble que je vais à jamais le garder prisonnier de cette étreinte alors que mes cris de plaisir résonnent dans la pièce.
Ma jouissance entraîne la sienne, à son tour il me rejoint, étouffant ses cris contre mon épaule. A nouveau, j'accueille son essence. Je savoure ce courant de vie qui circule entre nos deux corps.
Je m'affaisse lourdement sur lui. A bout de souffle, le corps encore parcouru de spasmes orgasmiques, la tête enfouie dans son cou, je respire à plein poumon son odeur musquée.
Il caresse tendrement mon dos, haletant lui aussi, murmurant des mots d'amour, des promesses d'éternité. Sa douceur, ses paroles ont raison de mes dernières résistances.
J'éclate en sanglots. Convulsivement. Je pleure. Sur notre enfant perdu, sur l'horreur de la guerre, de la vie. Je verse des larmes de joie aussi. Mon bonheur de l'avoir retrouvé, de le sentir en moi à nouveau.
Alors qu'il me serre puissamment contre lui. Silencieux face à ma douleur mais la partageant complètement. J'expulse hors de moi toutes ces années de rage, de terreur.
Dans les bras de l'homme que j'aime, je redeviens enfin celle que j'étais.
