Note auteur : Pour l'écriture de ce chapitre, j'ai un peu dégoupillée. Navrée, il me fait honte. Vraiment, je suis partie en vrille sévère...
Chapitre 4
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Eté 1995 – Privet Drive
Harry enfouit sa tête dans l'oreiller et grogna. Il n'avait jamais été particulièrement touché par les actions de sa « famille » mais cette année était différente. Déjà, il culpabilisait vis-à-vis de la mort de Cedric. Il ne l'avait pas montré à ses amis, bien entendu, quitte à paraître légèrement froid. La vérité était au-delà de ce qu'Hermione et Ron pouvait bien croire. Harry ne connaissait certes pas Cedric, mais dire qu'il n'était en rien chamboulé par les évènements (le retour de Voldemort compris) était une des plus grosses sottises au monde. Comment ne pas être chamboulé par la mort d'un de ses camarades ? Et pas le retour d'un hideux psychopathe ?
Harry n'en était pas à s'en vouloir quand même. Les circonstances avaient fait que tout cela s'était passé, il refusait catégoriquement de se dire que tout était de sa faute. Même si une part de lui hurlait qu'il était un pauvre idiot.
Pour rajouter à sa culpabilité (euh, son infinie tristesse, pardon), les Dursley semblaient décidés à lui faire chèrement payer sa survie. A vrai dire, Harry n'avait pas bien conscience d'avoir été malmené dès son plus jeune âge. Il avait toujours (du moins d'aussi loin qu'il s'en souvienne) vécu dans un placard. Pourquoi s'en formaliser ? Certes, il l'avait quitté durant quelques années pour une chambre miteuse de seconde zone, il aurait donc bien pu se dire que « vivre dans un placard est absolument anormal ». Mais non. Dursley avait eut besoin de la chambre pour cet été, Harry avait donc réintégré avec une joie toute feinte son douillet placard. Avec ses araignées, son matelas miteux à la senteur provençale, son espace assez restreint. Et cela lui convenait parfaitement. Du moins, il essayait de toutes ses forces de s'en convaincre mais dans un placard trop petit pour vous (même avec sa taille de nain il devait se recroqueviller pour y rentrer) la tâche était plutôt ardue.
Harry avait aussi repris ses bonnes habitudes avec un emploi du temps de tous les diables.
6h00 : levé.
6h30 : repas préparé.
7h00 : Débarrassage de table, vaisselle.
7h15 : Tâches ménagères (dont les vitres, le sol, les coins s'il vous plait, le tout de façon impeccables).
10h00 : Petit déjeuner de Dudlychounet, Môssieur Lève-tard (ou Môssieur Gros-lard – au choix).
10h30 : On nettoie bien après le passage de Dudley.
10h35 : Autres tâches telles que « nettoyer la chambre de Dudley » (les traces de plaisir solitaire en cadeau – charmant !) et autres tâches ingrates.
11h45 : Préparer le repas (mettre la table aussi), essuyer les remarques désagréables et mesquines et les coups perdus.
12h00 : Regarder les autres manger.
Et ainsi de suite, avec l'entretient du garage, de la voiture et du jardin l'après midi, sans oublier la lessive et le repassage. Harry ne trouvait que rarement le temps de prendre une douche et en était arrivé à ne manger que très rarement, ce qui, en fait, l'aidait à rentrer dans son placard. Maigrissant à vue d'œil, il avait de moins en moins de problèmes pour trouver sa place dans le petit endroit clos. Mais la malnutrition n'avait pas que des avantages, malheureusement. Il avait aussi de moins en moins de forces, luttant de plus en plus pour arriver à accomplir ses tâches.
Le plus horrible dans sa situation restait l'attention que lui donnait sa famille. La moitié du temps, les Dursley l'ignoraient, ce qui n'était pas plus mal. Mais ils ne se contentaient pas de lui montrer de l'indifférence. Son oncle avait reçu une lettre de ce bon vieux Dumbledore à propos des évènements du tournoi des trois sorciers, de quoi mettre Vernon dans une rage folle voire meurtrière. Vernon prenait donc soin de punir le petit criminel (surnom affectueux donné en l'honneur de la disparition tragique du dénommé Cedric). Il l'insultait, certes, mais avait aussi la main très dérangée. Pour se la dégourdir, il l'abattait sur le garçon, satisfait de voir que son neveu –en plus d'être un bon esclave- pouvait faire un incroyable punching-ball.
Ceci dit, n'allez pas croire que Harry était un enfant battu. Quoi que libre à vous de pensez ce que vous voulez. Harry, pour sa part, acceptait les remontrances et les corrections.
Dès l'âge de 5 ans, les Dursley avaient pris soin d'apprendre à l'enfant qu'il était un monstre. Une liste de préceptes était même épinglée sur la porte de son placard, énumérant toutes les règles et choses que le bambin devait connaître. Dont son statut d'anormalité, de fauteur de trouble et d'orphelin. Ainsi, l'enfant ne rechignait que rarement à être punit, tout comme il pensait normal qu'il dusse vivre dans un placard. Et malgré ce que l'ont pourrait croire, Harry n'avait jamais rien oublié de ces règles et de son statut dans cette maison.
A 15 ans, Harry songeait qu'il devait être bien bête de se laisser faire ainsi. Mais il savait pertinemment qu'il n'avait pas le choix et faisait juste en sorte de ne pas mériter trop de corrections. Le souvenir d'un séjour à l'hôpital, alors qu'il allait sur ses 8 ans, fortement ancré dans sa mémoire. Dire que Vernon avait réussi à faire croire à une chute du toit, cet homme devait être un véritable géni du mensonge. A défaut de pouvoir être considéré comme un géni tout court.
Soufflant, Harry se passa une main sur le front et se recroquevilla sur lui-même. Aujourd'hui encore il n'avait pas eut le temps de manger ni de se doucher. A vrai dire, cela faisait déjà une grosse semaine qu'il ne trouvait plus le temps. Ses forces se faisant rares, il mettait beaucoup plus de temps qu'il ne devrait pour l'accomplissement de ses tâches, et ça, son oncle ne l'acceptait pas du tout.
Harry ôta son bracelet et regarda ses cheveux, graisseux pour l'occasion, s'étaler sur son oreiller. Il se sentait bien en étant Adel. Etre Harry devenait de plus en plus oppressant, réellement. Harry Potter était l'image du survivant, Adel était autre chose. Et cet « autre chose » c'était lui-même. Il était Adel, il devenait seulement Harry, et non le contraire.
#C'est ton anniversaire petit survivant.# pensa t'il ironiquement, regardant une araignée lui courir sur la hanche. #Et ce soir, la crise cardiaque de Snape.#
Harry eut un sourire en coin qui s'effaça bien vite quand la porte de son placard s'ouvrit sans préambule.
- Garçon, viens débarass… » La voix de l'oncle Vernon mourut subitement alors qu'il posait son regard sur ce qui, dans la logique, aurait du être son neveu. Ses yeux s'agrandirent subitement alors qu'il prenait un teint pâle.
Harry porta un regard presque terrorisé sur le bracelet posé au sol, aux pieds de son oncle. Alors il réalisa son erreur.
#Merde… # jura t'il intérieurement alors que sa petite voix s'évanouissait.
- Qui… êtes vous ? » Balbutia Vernon, reprenant contenance, le regard un peu trop furieux au goût de Harry.
Harry garda la bouche fermement close et prit son bracelet en main, fermant les yeux, il le passa à son poignet, écoutant distraitement la manifestation choquée de son oncle. S'en suivit une longue minute de silence, entrecoupée par les brusques inspirations du « pachidermus Vernonus », espèce d'une rare violence en liberté en milieu moldu et activement chassée par la branche « mages noirs en puissances ».
Virant subitement au rouge, l'oncle Vernon saisit son adorable neveu par le col et le suspendit à quelques mètres du sol, face à son visage violacé. Harry déglutit, sentant sa dernière heure arriver. Pendant que son oncle le traînait à l'étage, Harry se fit la réflexion que sa punition allait cette fois dépasser tout ce qu'il avait connu. Et pour cause, en temps général, il était déjà puni, alors là, après avoir fait de la magie en présence de son oncle…
Sa vie allait subitement prendre fin. Dès le lendemain, la gazette du sorcier afficherait en énorme lettre « Harry Potter, mort, éventré à la petite cuillère par un moldu faisant 40 fois son poids. », ses nombreux fans pleureraient et se moucheraient dans les robes de serpentards dégoûtés, son tendre père trinquerait avec Voldemort sur un air de fête, entourés de Mangemorts en pleine orgie, et Malfoy viendrait ricaner sur sa tombe – à moins qu'il ne lui avoue enfin son amour inconditionnel. Bref, ce serait la fin du monde. Peut être même que Dobby se suiciderait. C'est dire l'ampleur de la chose.
Harry fut subitement sortit de ses pensées par la rencontre avec un sol. S'il en croyait la tâche brune –impossible à enlever- qu'il avait sous le nez, il était dans son ancienne (et provisoire) chambre. Le lieu du crime avait enfin été déterminé.
Harry laissa échapper un rire nerveux. Il leva un regard incertain sur la masse imposante le surplombant et avala sa salive de travers. Le regard meurtrier, Vernon le menaçait, une batte de base-ball à Dudley en main. C'était mauvais. Très mauvais.
#Putain, je suis mort.# songea fort intelligemment Harry.
Ses nerfs lâchant, Harry ferma les yeux et attendit la suite. Un premier coup vint lui frapper l'épaule, y apposant sa marque. Réprimant un cri de douleur, le jeune garçon décida de rester stoïque et d'encaisser.
C'est là qu'une phrase résonna. « Monstre, je te ferais hurler de douleur, de quoi te faire passer l'envie d'être anormal. » Résonna et résonna encore, se répercutant sur les murs, cinglante.
Et Harry ri. Ironique. Il n'avait jamais eut l'envie d'être anormal, et niveau douleur, Voldemort avait déjà tenté sa chance, ça n'avait absolument rien changé.
Si, en fait, il était juste un peu plus dépressif.
Son oncle le saisit au cou et planta ses yeux porcins dans les émeraudes du survivant.
- On ri, morveux ? » asséna t'il en resserrant sa prise.
Harry ri encore, et tenta le plus discrètement possible de respirer. Puis, décidant que, quitte à mourir, il le ferait en s'amusant, il souffla, étranglé, la première chose à laquelle il pensa.
- C'est ta face Oncle Vernon. Trop drôle. »
De fureur, le dit Oncle Vernon lança son neveu contre un des murs, faisant abstraction de l'étagère qui s'y trouvait, et fit tourner (très habilement) la batte dans sa grosse main.
Harry lui lança un regard amusé, les yeux s'attardant sur le mouvement circulaire de sa batte et commença à chantonner.
« De
l'eau
D'un geste sans y penser
Sans sol à creuser
Du
chaud
Sans braise ni cheminée
Sans arbre à
couper
Du facile
Du futile
Sans malheur
Puéril
A
chacun son lot de douleurs »
Un coup bien placé (dans son ventre) coupa sa dernière phrase et le figea quelques instants.
- Tais toi ! » Cria son Oncle, rageur d'être ainsi ridiculisé.
-
Mais toutes les peines
Toutes les haines d'où qu'elles
viennent
A quoi servent-elles
Toutes les peines Les fêlures
endormies » continua Harry, luttant pour reprendre son
souffle.
Un autre coup l'atteint, cette fois à la tête, l'assommant presque. Le jeune homme se redressa doucement sous les injures de son « tuteur » et boita vers lui.
-
Oh toutes les peines
Toutes les mêmes éternelles
A
quoi riment-elle?
Tout ce qui saigne
Nos infimes agonies. »
Chanta plus fort le jeune homme, évitant de justesse un autre
coup. Légèrement remis, il amorça la chose qu'il
savait faire le mieux : courir.
C'est ainsi que, sous l'œil complètement effaré d'un rouquin (perché derrière la fenêtre), un Harry Potter ôta son bracelet, et se mit à courir autour de son oncle. La suite de la chanson hurlé à l'étage, à peine recouverte des beuglements du très non estimé Vernon Dusley.
-
Des jeux
Sur écran
Plat du virtuel
Et des couleurs
Du
mieux
De l'argent
Du sucré
Noël à toutes
les heures »
Harry amorça un virage et, faisant face à son oncle, se jeta furieusement sur lui et lui mordit… le nez.
Un énorme cri de douleur (mêlé à de la surprise) fit tombé le rouquin perché sur la fenêtre tandis qu'à l'intérieur, Harry continuait à mordre, pour finalement serrer dans une énorme étreinte (assez étouffante, mais c'est fait pour) le cou de son oncle.
-
Champ de mine
On se débine
Jusqu'au jour
Où
tout s'écroule
Fragile à ton tour
... TON
TOUR ! » lui beugla t'il dans l'oreille gauche,
priant pour qu'il lui ait arraché le tympan.
- Arhhhh ! Fermes là ! » Vociféra le moldu, suant à grosses gouttes (de sueur et de sang).
« SHRAK »
Ce coup là était le mieux placé puisque Harry retomba mollement au sol, inconscient.
¤¤¤¤
A l'extérieur, un rouquin bien connu venait de faire une belle retombée au sol. Hermione lança un regard inquiet à Ron et aida ce dernier à se relever.
- Qu'est ce que c'est que tout ce boucan ? » Demanda t'elle, l'angoisse dérangeant sa voix.
- Par Merlin Hermione, à l'intérieur… » Hermione ne comprit pas le reste, saisissant à peine les mots « Harry » ; « Fou » ; « courir » ; « mordre » ; « batte » et « oncle ». De quoi l'inquiéter d'avantage.
- Calme Ron. » Tempéra t'elle en lançant un regard vers la fenêtre de l'ancienne chambre de Harry. « Ecoute, on va attendre un moment et rentrer en douce, ok ? »
Ron acquiesça piteusement et tenta de se calmer.
Un demi heure plus tard, il expliqua plus clairement à Hermione la situation. Cette dernière, complètement dépassée, tenta de ne pas courir à l'intérieur et s'accroupit au sol, se tordant nerveusement les mains.
- Ces moldus sont fous. Oh mon dieu… » Balbutia t'elle sans fin. « Fous, complètement. »
- Il est déjà pas mal tard. » Souffla Ron. « On y va, aller. »
Hermione se releva d'un bon, ratant du tout au tout son air de « jeune-fille-pas-du-tout-pressée-de-sauver-son-bon-ami-Harry » et trottina vers la fenêtre de la chambre. Ron sur ses talons, elle escalada le mur, prête à en découdre avec l'adversité. Mais discrètement, s'il vous plait, elle et les battes de base-ball, ça n'était pas une grande histoire d'amour. Et contrairement à Harry, elle n'avait jamais appris à courir vite.
Mais
toutes les peines
Toutes les haines d'où qu'elles
viennent
A quoi servent-elles
Toutes les peines
Nos fêlures
endormies
Oh toutes les peines
Toutes les mêmes
éternelles
A quoi riment-elle ?
Tout ce qui saigne
Ces
infimes agonies
Mais toutes ces peines
Ces
gangrènes
Lourdes au ciel qui saigne en leur
coeur
Donnent-elle à nos paix les valeurs...
(Patrick Fiori – Toutes les peines)
