Chapitre 9
Emergeant doucement, Harry mit un certain temps à se souvenir d'où il était. Il tendit l'oreille quelques instants, à l'affût du moindre bruit et soupira de dépit. Visiblement, il était seul. Jetant un regard à l'horloge accrochée au dessus de la porte, il grimaça. Il était déjà 15h00.
Harry se redressa et passa une main fatiguée dans ses cheveux. A sentir leur texture, il en déduisit qu'il était plus que crasseux : il était infecte, sale, et sentait mauvais. C'était la fin du monde. Là, tout de suite, il comprenait pourquoi ses amis fuyaient. Après tout, quand un de vos compagnons sent aussi fort qu'un bout de fromage moisit, la fuite est compréhensible.
Dégoûté, Harry prit une grande décision : se laver. Il n'en avait pas eut la force avant, mais désormais qu'il pouvait se lever, il ne voyait plus aucune raison de ne pas le faire. Une douche lui ferait du bien et il n'avait pas besoin d'y rester longtemps.
Le bruit d'une porte qui s'ouvre lui fit lever la tête et c'est avec un petit sourire qu'il accueillit Hermione dans son antre. Celle-ci fronça le nez, suivant visiblement le même train de pensée que son ami plus tôt et déposa un sandwich sur son lit.
- Est-ce que tu as assez de force pour te doucher ? » Demanda t'elle gentiment en s'asseyant à ses côtés.
- Oui mais… » Il hésita un instant, fermant douloureusement les yeux. « Il y a quelque chose de déplacé là dedans. »
Hermione baissa les yeux à hauteur de ce que sa main montrait et acquiesça.
- Tu dois avoir un problème avec une côte ou autre chose. » Déclara t'elle finalement, laissant passer un soupçon d'inquiétude. « Ou quelque chose d'un peu plus grave. Je ne peux pas soigner ça Harry, il va falloir avoir recourt à un médicomage. »
- Et se déplacer à Sainte Mangouste ! » Harry secoua la tête. « Comment pourrions nous faire ça ? »
- Pas forcément se déplacer ! » Le calma Hermione. « Nous n'auront qu'à demander au gérant, Tom, d'en faire venir un. Il acceptera sûrement puisque c'est lui qui m'a donné le nécessaire pour panser tes blessures quand nous sommes arrivés. »
- D'accord, maintenant, je vais aller me laver. » Harry se leva doucement et marcha en direction de la salle de bain.
- Je veille, au moindre problème, tu hurles, ok ? »
Après qu'Harry ait fait signe qu'il avait compris, Hermione fit sonner le carillon d'appel (un système permettant d'appeler à l'accueil, en cas de besoin) et attendit patiemment. Deux minutes plus tard, Tom lui-même pénétrait dans la pièce.
- Un problème Miss Granger ? » Il lança un regard curieux en direction du lit vide et souffla. « Visiblement, il va mieux puisqu'il est debout. »
- Hum oui… Tom ? » Il lui fit un sourire encourageant, l'incitant à poursuivre. « Il nous faudrait un médicomage, il doit avoir des blessures internes. Nous ne voulons pas que ça s'aggrave. »
- J'ai des notions et un des clients, en bas, est justement médicomage. Ramenez votre ami avant qu'il ne prenne sa douche, je vais chercher la personne qui pourra vous aider. »
Sur ces mots il sortit de la pièce, laissant à Hermione le soin de déranger Harry. Timidement, elle frappa à la porte de la salle de bain. Harry lui ouvrit, une serviette autour de la taille, toujours aussi sal.
- Un médicomage va t'ausculter et s'occuper de ton cas. » Déclara t'elle sans faire mine de détourner les yeux. « Tu te laveras après. »
Bougon, le jeune homme accepta à contre cœur et alla se caler sur le lit. Ils restèrent un moment silencieux, préférant réfléchir à ce qu'il faudrait faire plus tard.
- Il te faudra des vêtements… » Hermione braqua son regard sur Harry. « Et nos affaires scolaires. Nous iront une fois certains que tu es totalement remis, Ron a ramené des affaires à lui, tu mettras une de ses tenues en attendant. »
- D'accord. » Harry regarda en direction de la porte, un petit sourire jouant sur ses lèvres. « Notre médecin sorcier arrive Mione. »
En effet, à peine eut il dit ça que Tom et un homme à forte carrure pénétrèrent dans la chambre. Sans attendre, le médicomage se rua sur Harry et l'examina sous toutes les coutures. Hébété, le jeune homme se laissa faire.
- Vous avez bien fait de le signaler, vous aviez un poumon en danger. Un peu plus et au moindre coup vous étiez mort. » Déclara le sorcier en lançant un sort à Harry. Il lui tendit une potion bleue visqueuse et enchaîna. « Vous prendrez cette potion tous les soirs durant 3 jours. Ca devrait suffire. »
Et aussi vite qu'ils étaient venus, ils repartirent. Hermione, les yeux écarquillés, fixait toujours la place où le médicomage était quelques secondes plus tôt.
- O..ok… » Balbutia t'elle bêtement. « Hum, service express… »
Harry pouffa et se releva, nettement plus à l'aise.
- Bon, je hurlerais au moindre problème. A tout à l'heure Hermione. »
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N'est pas encore né celui qui fera flanché le i Severus Snapus, vilus Maître es Potionus /i ! D'accord, Severus voulait bien avouer qu'il avait été déstabilisé par les lettres d'Ady, qu'il s'était aussi bêtement énervé – ce qui n'aiderait en rien dans la situation présente. Mais comprenez le : lui, terrorise les enfants, il ne les aime pas. Cependant, Ady passait outre ça. Parce que le gamin était son sang, sa chaire… et il était Harry Potter, le sal gosse pour lequel il avait tremblé lors de la coupe des trois sorciers. Au début, il avait pensé que sa peur pour le gamin était due à un problème neuronal dont il n'avait pas conscience, puis du fait qu'il était la réincarnation de James Potter. Sur qui aurait il pu se défouler sans Harry Potter ?
Et dernièrement, avec toute cette histoire, Snape se demandait –avec un sérieux effrayant- si tout ça n'avait pas été un instinct paternel refoulé. Son cœur savait que le gamin était à lui, mais sa tête n'avait pas connaissance de ce détail. Du moins jusqu'à maintenant.
Severus se posait bon nombre de questions, notamment sur son entêtement à récupérer Adel.
Il ignorait pourquoi il s'obstinait autant, ou peut être ne voulait il pas le savoir. Le fait était là : Où se cachait donc Ady ?
Snape cessa de marcher de long en large, un éclair de victoire brillant au fond de ses yeux ébène.
Evidemment. Si il ne pouvait retrouver Adel, il lui suffisait de retrouver ses amis. Adel n'était pas seul, la lettre de cette Granger l'avait prouvé. Et si Granger était avec lui, Weasley Junior devait se trouver dans les parages aussi.
Ce qui tombait bien… il se souvenait justement d'une horloge, au terrier, indiquant où chaque enfant était… ou, à défaut, de retrouver la trace de la personne en question.
Héhéhé…
Et un ricanement Snapien pour l'occasion !
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Harry, de son côté, louchait sur le pommeau de douche. Douche froide ? Douche chaude ?
La douche froide pourrait certainement lui remettre les idées au clair, surtout vis-à-vis de ce qu'il devait faire vis-à-vis de Snape et vis-à-vis des Dursley. Le point noir étant, justement, la température d'une douche froide.
La douche chaude, quand à elle, le relaxerait. Du moins, la douche tiède le ferait.
Assis sur le comptoir face à la douche, Harry essaya de faire le point. Une sorte de douce folie naissait en lui, et c'est avec effarement qu'il constatait que, ces derniers jours, de plus en plus de scénarios de vengeance lui traversaient l'esprit. Il avait beau essayé de calmer cette envie de revanche, rien n'y faisait. En parler à Hermione pour qu'elle l'aide n'était pas une option. Il ne voulait rien avoir à faire avec de quelconques sermons.
Alors quoi ?
Prenant une profonde inspiration, le garçon décida de repousser à plus tard cette question existentielle et se glissa sous la douche. Douche tiède. Avec ce shampoing que Ron lui avait ramené. Celui qui sentait bigrement bon… Et ce gel douche fruit des bois. Un régal pour les narines.
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Severus Snape entra au chaudron baveur et s'assit à une des tables, celle la moins visible du pub. Remus Lupin, loup garou notoire et pot de colle insoupçonné, s'assit à ses côtés. Tous deux balayèrent la salle du regard. Weasley Junior était là, au comptoir, et discutait avec le gérant.
- Cible repérée… » Chuchota, amusé, Remus.
Il leur fallut attendre dix grosses minutes avant que Ron Weasley ne fasse mine de partir. Heureusement, dix minutes de silence. Si Remus avait osé parler, Severus n'aurait pas donné cher de sa peau.
Excité comme un jeune enfant, Severus se glissa à la suite de Weasley Junior alors que celui-ci s'engouffrait dans les escaliers menant à l'étage de l'établissement. Remus semblait trouver ça bigrement amusant puisqu'un sourire moqueur jouait sur ses lèvres, au grand déplaisir de son collègue.
Quand Ron s'arrêté face à une porte et brandit la main pour tourner la poignée, une drôle de sensation l'envahi : un mauvais pressentiment. Il jeta un regard derrière lui et retint une exclamation de pure horreur en voyant Severus Snape se jeter sur lui pour le bâillonner.
Remus, magnanime, lui lança un petit bonjour joyeux et lui indiqua (grâce au célèbre doigt devant la bouche) qu'il était dans son intérêt qu'il se taise. Ron approuva timidement et baissa fébrilement la poignée, pensant aux mille tortures que pourrait lui faire subir Ady quand il se retrouverait face à ces deux là.
Peut être aurait il le temps de fuir…
Les trois pénétrèrent dans l'Antre des Gryffondors. Ron, tremblant. Remus, pressé de voir la suite du spectacle. Severus, toujours aussi impatient.
Qui avait été le plus malin des deux Snape, hein ? C'était Papa Sevy…
- Enfin de retour R… » Hermione s'interrompit violemment quand son regard échoua sur les deux intrus. Un « Oh mon dieu » Muet vibra dans la pièce tandis que l'effarement se peignait sur son visage.
Elle se tourna vers la porte de la salle de bain et frissonna en entendant le bruit de l'eau cesser.
Avec un air vainqueur, le Professeur de potion sourit rageusement et foudroya la porte de la salle de bain du regard.
Un cri rageur fit sursauter tous les occupants de la pièce alors que Ron se demandait, très finement, depuis quand son ami pouvait voir à travers les portes fermées. Question idiote vite balayée quand un air de terreur gagna les traits de son amie et que celle-ci se précipita dans la salle de bain, laissant figé d'incompréhension les deux intrus.
- Rooooooon, tu es MORT ! »
Hermione ressortit vivement, barricadant la porte avec son propre corps et se tourna, rouge, vers son ami. Le silence pesa un instant avec qu'un gloussement les surprenne. La sérieuse gryffondor semblait peiner à retenir son hilarité.
- Des roses rouges ou… vertes Ron ? » Murmura t'elle, tentant de reprendre son souffle. Si Harry l'entendait pouffer, elle ne ferait pas long feu non plus.
- Rooooooon ! »
Ron avança, mi craintif mi intéressé, vers la porte de la salle d'eau et poussa Hermione. Il l'ouvrit doucement et passa la tête dans l'ouverture, ressortant deux secondes plus tard avec un fou rire beaucoup plus bruyant que convenu.
- Vertes… » Hoqueta t'il. « Trop… trop… fo..fort. »
Ce fut au tour de Remus d'avancer silencieusement vers l'Antre du démon, se figeant à l'entrée. Un « Oh merde » Adelien retentit et un « Ridicule » s'échappa des lèvres du loup garou. Qui fut foudroyé sur place par un regard noir très proche de celui, habituel, de Severus.
- Toi. » Accusa un Adel secoué. « Tu n'as absolument rien à faire ici. Alors, si jamais j'entends une autre de ces remarques, je te noie. Clair ? »
Un ricanement lui répondit alors que Severus apparaissait aux côtés du loup garou et se figeait, en même temps que son fils. Pas pour les mêmes raisons cependant. Adel d'effarement et de colère. Severus de surprise. C'était la première fois qu'il voyait Ady, mais… avec des cheveux VERTS ?
Se secouant les méninges, Ady se faufila entre les deux professeurs et courut vers la porte, prêt à fuir comme un bon Serpentard.
- Stupéfix ! »
Raté. Voilà qu'en plus d'avoir les cheveux verts, il était immobilisé. On le transporta sur le lit et Harry remercia le ciel d'être incapable du moindre mouvement, conscient d'avoir frissonné au contact des bras du vil homme des cachots. C'était inadmissible, il ne devait pas frissonner pour les bras de cet homme là.
- Bien, et si nous parlions ? » Murmura Snape, en plongeant ses yeux dans les siens. Evidemment, Harry, toujours incapable du moindre mouvement (Foutu sort !) ne pu répondre. Ce qui n'échappa à l'homme. « Ou plutôt, et si JE parlais ? Et toi, le gnome vert, tu m'écouteras bien sagement.»
Les autres les rejoignirent, tremblants (sauf Remus qui avait du mal à ne pas sourire) et s'installèrent le plus loin possibles des deux protagonistes.
- Pas que tu ais le choix, de toutes façons, hm ? »
De quoi achever Ady, définitivement.
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Tout est
vert, vert, vert
Tout est vert danse dans l'herbe
Tout est
vert, vert, vert
La grenouille a fait son lit
Dans un joli
pissenlit
Tout est vert, vert, vert.
Chanson des couleurs – extrait
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A suivre...
