Michael a perdu toute notion du temps. Il ne sait pas quelle heure il peut être. Tout ce dont il est sûr, c'est que le réservoir d'essence est presque vide, que le jour commence à décliner, que son estomac lui réclame un bon repas et qu'il n'a pas envie de s'arrêter. Malgré tout, il décide de laisser son bon sens prendre le dessus et il prend la décision de s'arrêter à la première station essence qu'il trouvera.

En même temps, la ligne discontinue qui défile devant ses yeux l'empêche de penser trop à Sara. S'il s'arrête, il va inévitablement tourner et retourner la rose entre ses doigts, et le simple fait de se dire que ce morceau de papier est tout ce qu'il lui reste d'elle le rend fou.

Au bout de quelques minutes, Michael avise une pancarte qui indique « gasolinera ». La station essence ne se trouve qu'à cinq cent mètres. Après quelques secondes, le jeune homme bifurque et gare la voiture à côté d'une pompe.

Malgré que le jour décline, il fait encore très chaud ; Michael ouvre le coffre, s'empare d'une bouteille d'eau et en avale plusieurs gorgées. Il fait ensuite le plein, puis pénètre dans le petit magasin attenant à la pompe. En quelques secondes, il a rassemblé de la nourriture et des bouteilles d'eau. Il paie ce qu'il doit, quitte la boutique et se dirige vers la voiture.

Un violent coup sur sa nuque le fait tomber à genoux.

Une bouteille d'eau roule hors du sachet que Michael tenait à la main et termine sa cours sous la chaussure d'un homme, debout en face de lui.

Michael lève les yeux pour les poser sur son agresseur.


Lorsque Sara ouvre la porte du restaurant, un carillon tinte au dessus de sa tête. La jeune femme s'arrête sur le seuil pour observer l'endroit.

En face d'elle se trouve plusieurs dizaines de tables en formica entourées par des banquettes en skaï vert foncé. Au plafond, de petites lampes suspendues diffuse une lumière ténue, et des stores sont accrochés aux fenêtres. Les couleurs marron, orange et jaune pâle qui habillent la pièce lui confère un aspect chaleureux, complètement différent de l'apparence extérieure de l'établissement.

Sara reste plusieurs minutes, pétrifiée sur le seuil. Un sentiment de déjà-vu c'est emparé d'elle, et elle lutte pour faire appel à ses souvenirs. Au bout de quelques secondes, elle abandonne, incapable de s'expliquer pourquoi cet endroit lui semblait si familier.

-Tancredi ? Sara Tancredi ?

L'interpellée cligne plusieurs fois des yeux pour revenir sur la terre ferme-enfin, sur la terre ou quelque soit l'endroit où elle se trouve- et son regard se pose sur un homme bedonnant, en face d'elle.

Le crâne dégarni, le visage ouvert mais sérieux, l'homme qui a interpellé Sara tient à la main un journal. Il l'observe d'un regard mi-amusé, mi-compatissant, et il dégage une impression de sécurité, de confiance. La jeune femme fait quelques pas vers lui, croise les bras et attendant qu'on lui explique.

-Je vous en prie, Mademoiselle Tancredi, après vous, dit-il en tendant un bras vers le restaurant.

D'un pas indécis, elle se dirige vers une table, dans le fond de la salle. Elle s'installe sur l'une des banquettes et croise les mains sur ses genoux, fixant obstinément le sucrier posé sur le formica. La confusion et la panique ont laissé la place à un étrange sentiment de calme, et Sara ne parvient pas à l'expliquer, ça non plus. Sur la route, quelques minutes auparavant, son cœur tambourinait dans sa poitrine, un cœur qui ne devrait plus battre, étant donné les circonstances … Son esprit se trouvait saturé de questions qui bien évidement n'avait aucune réponse.

Sara sent le regard de cet homme fixé sur elle. Il attend peut-être qu'elle lève les yeux, qu'elle lui pose tout un tas de questions qu'il va balayer d'un geste de la main pour ensuite lui expliquer ce qu'elle fiche ici, et pourquoi elle n'est pas morte. Sara s'étonne de ne ressentir aucune colère, aucune exaspération. Rien. Seulement … le calme.

-C'est rageant hein, de ne rien ressentir.

Il a réussi à piquer sa curiosité. Sara lève les yeux et les pose sur son interlocuteur, qui a les mains posés sur son journal, devant lui.

-Je vois que je suis parvenu à capter votre attention, dit-il avec un sourire. Bien. Vous voulez sûrement savoir ce que vous faites ici, et pourquoi vous n'êtes pas six pieds sous terre. C'est très simple, en fait.

Sara continue de le regarder, une lueur d'interrogation dans le regard.

-Est-ce que j'aurais l'honneur d'entendre le son de votre voix, Mademoiselle …

-Sara. Appelez-moi Sara.

Le visage de Jack s'éclaire une nouvelle fois d'un sourire.

-Ah ! Très bien. Sara. Avant que vous ne compreniez ce que vous faites ici … Je veux vous montrez quelque chose.

Avant qu'elle ait pu dire quoi que ce soit, Jack pose sa main sur celles de la jeune femme, qu'elle a cette fois croisées sur la table. Et la dernière chose que la jeune femme vit avant d'être happée par un tourbillon d'images fut le sourire de cet étrange personnage, en face de lui.