- This world will never be

What I expected

And if I don't belong

Who would have guessed it … -

Le monde ne sera jamais ce à quoi Michael s'attendait. Jamais. Avant que son frère ne plonge dans des affaires pas très nettes, il avait eu la naïveté de croire que malgré ses défauts, ce monde dans lequel il vivait était façonné pour lui. Presque tout lui réussissait, sa vie était réglée, tout était prévu … Et lorsque Lincoln s'était fait piéger, ce bel ordre s'était peu à peu étiolé. Michael avait découvert l'autre face d'un univers dans lequel il se sentait de moins en moins à sa place. Il n'appartenait plus à ce chaos.

- Now and again we try

To just stay alive … -

Avec Sara, ce sentiment d'appartenance était peu à peu revenu. Malgré ses fautes, elle était restée, elle l'avait suivi, elle l'aimait et le comprenait. Son monde à elle était aussi plein de désillusions, de souffrances, et Michael s'était surpris à retrouver cette naïveté qui le caractérisait, des années en arrière : il pensait qu'ensemble, il pourrait reconstruire quelque chose et affronter ce monde.

- The world we knew

Won't come back

The time we've lost

Can't get back

The life we had

Won't be ours again … -

(Extraits des paroles de "Never too late" de Three Days Grace)

Il avait espéré que les mots que Lincoln venait de prononcer n'était pas vrais. Il avait espéré se réveiller dans sa cellule, à Sona. D'un seul coup, l'espoir, la foi, tout avait fui. Derrière cette grille, Michael avait vu tout ce qu'il avait fait avec elle, et aussi tout ce qu'il ne ferait jamais. Il avait revu son visage s'approcher doucement, puis, lorsqu'il avait fermé les yeux, la sensation merveilleuse de ses lèvres contre les siennes. Il avait revu la rancœur, dans ses yeux, lorsqu'elle avait découvert la supercherie. A Fox River. Il lui semblait qu'il avait vécu tout ça dans une autre vie.

Il s'était aussi souvenu de ce qu'il avait ressenti, cette sensation indescriptible, lorsqu'il était dans ce train, avec elle. Lorsque pour la première fois, il avait senti qu'ils pouvaient aller beaucoup plus loin qu'un simple baiser. Et lorsqu'il avait senti son corps, contre le sien, ses bras, autour de son cou … Plus rien n'avait eu d'importance. Plus rien.

Après ces souvenirs qui étaient maintenant devenu douloureux, Michael avait réalisé que le monde qui était le sien ne reviendrait pas. Le temps qu'ils avaient perdu ne pourrait être retrouvé, et la vie qu'ils avaient connue ne serait plus la leur désormais. Tout avait changé. En pire.

Le visage au dessus de lui est flou. Tout ce qu'il voit, c'est cette forte couleur orange. Le ciel, signe que la nuit ne va pas tarder à tomber.

L'esprit de Michael divague pendant quelques instants. Il n'a, l'espace de quelques secondes, plus aucuns souvenirs en tête. Comme si tout a été effacé. Et pendant ce laps de temps, il se sent bien. Il ne voit presque rien, juste les traits d'un visage. Puis tout change. Il entend une voix, le brouillard devant ses yeux se lève, les souvenirs affluent.

Son estomac se tord. Il n'arrive plus à respirer. Elle est revenue, elle a repris sa place dans son esprit. Il a tellement mal.

Il essaie de se lever. Quelqu'un l'y aide, il titube un instant avant de retrouver son équilibre. Son cœur cogne dans sa poitrine.

-Señor ? Señor !

L'homme le secoue légèrement, il le tient par les épaules. Lorsqu'il est sûr que Michael ne tombera pas, il le lâche et le regarde d'un air soucieux.

-Ça va, señor ?

L'homme a un fort accent, son anglais est approximatif. Il est assez petit, mais il a une carrure assez imposante.

-J'ai connu mieux, grogne Michael.

-Je suis désolé, Luis sème la terreur partout où il passe. Il fait parti du gang El Sol, vous savez, parce qu'ici, le soleil est un de nos pire ennemis. Et je suis désolé aussi pour votre voiture.

-Ce n'est pas votre faute.

Michael se dit qu'il n'avait pas fini d'avoir des ennuis dans ce foutu pays.

-Est-ce que … vous auriez une voiture à me prêtez ?

-No, señor, je suis désolé. La prochaine ville est à quelques heures de marche, mais je vous déconseille de marcher la nuit, señor. Vous pouvez venir passer la nuit chez moi, et repartir demain.

L'homme lance un regard interrogatif à Michael.

-Non, merci, je vais …

Le jeune homme porte son regard vers la route. Est-il bien prudent de partir et de marcher plusieurs heures dans le noir ?

-Je vais partir.

Sans un regard en arrière, Michael quitte la station essence sous l'œil inquiet de José, le pompiste, qui regarde cet Américain au regard marqué par le chagrin et la vie clopiner sur la route pour la traverser.


-Sacré vie que vous aviez, Sara.

La jeune femme retrouve le décor du restaurant alors qu'elle sort progressivement du souvenir. Jack retire ses mains des siennes et observe sa réaction.

-Il y a pire, souffle simplement Sara.

-Et il y a mieux.

Elle ne répond pas et le regarde, tentant de comprendre où il veut en venir.

-Sara, reprend-il en se penchant un peu plus sur la table. Ne vous êtes vous jamais dit que votre vie aurait pu être différente ?

-Comment aurait-elle pu l'être ?

-Peu de personnes font les bons choix aux bons moments, Sara. La plupart des gens se contentent de vivre sans prendre de risques et d'attendre un changement. J'ai toujours trouvé ça … ennuyeux à mourir, lâche-t-il en riant. Mais vous … Vous avez réussi à changer le cours des choses. Personne ou presque n'aurait fait ce que vous avez fait.

-Mais qu'est-ce que j'ai fait ? A part mourir …

-Ne tombez pas là-dedans, Sara, s'il vous plaît. D'autres explications viendront plus tard. En attendant, je voudrais vous montrer la personne, la seule personne qui ait réussi à vous sortir du cauchemar dans lequel vous vous trouviez, ma chère Sara.

-Qui …

-Lui.

Jack pose à nouveau ses mains sur les siennes et à nouveau, c'est comme si elle revit son passé.


Toute pensée cohérente déserte l'esprit de Sara. Le décor autour d'elle devient flou. Elle ne voit plus que le visage de Michael qui se rapproche, toujours plus près. Elle ne pense à rien. Ses yeux sont rivés sur ses lèvres, celles qu'elle a tant envie de sentir contre les siennes, à cet instant précis. Elle ne pense pas à l'après. Elle ne pense pas aux conséquences. En même temps, elle se fait un peu peur à elle-même. Sara a l'impression de partir, de quitter l'infirmerie, d'oublier son monde, sa vie, tout. En une fraction de seconde, plus rien n'a d'importance. Son esprit est comme englué, incapable de la faire reculer. Au contraire, Sara se laisse happer par les yeux de Michael, par ses lèvres si attirantes, et elle sombre dans le noir lorsqu'elle ferme les yeux. Son cœur tambourine dans sa poitrine, elle entend son sang pulser jusque dans ses oreilles. Elle pose sa main sur la joue de Michael, et a envie de protester lorsque le baiser prend fin. Une nouvelle fois, les yeux du jeune homme l'entraînent elle ne sait trop où. Sara se dit qu'il faudrait qu'elle trouve cette chose, ce petit truc chez lui qui la fait se sentir comme ça.


Elle tourne légèrement la tête vers Michael, juste pour voir sa réaction. Maladroite. C'est le seul mot qui s'étale dans son esprit. En grosses lettres. Elle a été incroyablement maladroite.

Qu'est-ce qu'il va bien pouvoir répondre à ça ? A une … une déclaration déguisée, même pas une vrai, une en règle, avec des vrais mots, et pas avec cette … ce détournement qui la rend un peu impersonnelle. Et pas dans un train. Mais … Michael semble s'en contenter. Lui a compris, c'est l'essentiel. Lui n'utilise pas de mots. Il fait comme la première fois. Il se penche légèrement en avant. Il pose sa main sur sa joue, et puis scelle ses lèvres aux siennes.


-Stop …

Le souvenir quitte brusquement l'esprit de Sara. Toujours attablé en face d'elle, Jack fronce les sourcils et retire ses mains de celles de la jeune femme.

-Ces souvenirs sont particulièrement douloureux pour vous, réalise-t-il.

Jack avait perdu toute communication avec Sara, un peu comme si la jeune femme s'était fermée. Il la contemple un instant. Son visage reflète une vive douleur, ses yeux sont fermés, comme si elle se débattait avec les dernière images que Jack a volontairement fait ressurgir dans son esprit. Au bout de quelques secondes, la jeune femme les rouvre et pose sur Jack un regard où se mêle colère et tristesse.

-Pourquoi vous m'avez fait revoir ça ? Pourquoi … J'étais censée ne plus rien ressentir, vous vous rappelez ??

Jack soupire et baisse les yeux.

-J'ai fait ça pour vous faire comprendre quelque chose, Sara. Ces souvenirs, que je vous ai montrés avec Michael Scofield, sont de ceux qui vous ont le plus marqué. Je voulais simplement vous faire prendre conscience d'un simple fait, Sara.

-Mais de quoi parlez-vous ? Vous m'avez montré une chose que je ne pourrais plus jamais avoir. Vous n'avez fait que … que remuez le couteau dans la plaie !

-C'est ce que vous pensez, Sara. Mais vous allez comprendre qu'il y a bien plus que ça.