Une légère brise balaie la plage. Au dessus de l'océan, dont la surface scintille sous le soleil qui embrase le ciel et qui le teinte d'orange en cette fin de journée, des mouettes se laissent porter par un courant ascendant.
Michael fait quelques pas sur le sable humide. L'océan vient lui lécher les pieds, et le bruit des vagues qui se brisent sur la plage est apaisant et rassurant. L'eau est tiède, c'est agréable. La brise souffle à ses oreilles, le soleil chauffe sa peau tatouée. Il plisse les yeux, prend une profonde inspiration pour apprécier l'air chargé d'une odeur d'iode et d'algues. Puis Michael se demande où il se trouve.
Il se retourne, balaie la plage du regard, scrute l'horizon. Mais il n'y a personne. La dernière chose dont il se souvient … Le jeune homme cherche dans ses souvenirs, qui forment une masse compacte et chargée d'images, d'émotions. Il trouve ce qu'il a fait avant de se retrouver ici. Il s'est endormi.
C'est donc un rêve. Cela explique la sensation étrange qu'il a de se trouver sous l'eau, cette sensation de calme, d'apaisement.
Michael décide de marcher le long de la plage. Il ne sait pas ce qui l'a amené à rêver de cet endroit ; il ne sait même pas où il se trouve. Mais à cet instant, ça n'est pas un problème pour lui. Plus rien n'est un problème. Plus rien.
Au bout de quelques minutes de marche, il s'arrête ; il se tourne vers la surface lumineuse de l'océan et il reste là, le regard rivé aux quelques nuages accrochés au ciel. De sa vie, Michael n'a jamais vu de pareil bleu, profond et intense. Il aurait pu rester des heures ici. En fait, il aurait voulu rester dans ce rêve pour le restant de ses jours. Ce qu'il ressent à cet instant, il lui semble qu'il ne l'a pas ressentit depuis des années.
Progressivement, Michael perçoit un changement autour de lui. Il n'arrive pas à l'expliquer, mais il ressent quelque chose. Qui le force à tourner la tête sur sa droite.
Au loin, il aperçoit une silhouette, qui semble venir vers lui. Il plisse les yeux pour tenter de la reconnaître, mais peine perdue.
Il la laisse venir à lui ; et peu à peu, la silhouette se fait plus distincte. Et peu à peu, le cœur de Michael s'emballe et commence à cogner dans sa poitrine à mesure que la silhouette s'approche. A mesure qu'il devine les traits de l'inconnue.
Ses cheveux auburn sont libres, flottant dans la brise salée. Elle est vêtue d'un simple débardeur blanc et d'un pantalon en toile crème, qui souligne sa taille svelte.
A quelques mètres de Michael, l'inconnue, qui n'en est déjà plus une pour le jeune homme, s'arrête et le contemple. Elle semble attendre une réaction de sa part. Son visage est paisible, il reflète calme et sérénité.
Cloué sur place, Michael ne bouge pas. Son estomac se tord tandis que les battements de son cœur redoublent d'intensité et que le sang bourdonne à ses oreilles. Il ne croit pas ce que ses yeux lui montrent.
Puis, passé le choc des premières minutes, Michael se ressaisit. Il fait quelques pas, les yeux accrochés à la jeune femme en face de lui, comme s'il avait peur qu'elle disparaisse.
- Sara ?
Sa voix n'est qu'un murmure, bien vite emporté par le souffle de vent. Mais elle a entendu. Elle sourit. Michael sent son estomac se tordre un peu plus encore.
-Oui Michael. C'est moi.
Alors, quelque chose se brise en Michael. Souvent, ses rêves ont été hantés par la jeune femme, mais elle a toujours été une présence confuse, dont il ne distinguait que la silhouette. Aujourd'hui, c'est différent. Elle se trouve en face de lui, comme si elle est réellement là. Comme si elle n'était pas morte.
Une soudaine envie de la toucher s'empare de Michael. Pour s'assurer, même si c'est un rêve, qu'elle est bien là. Pour ressentir encore ce tourbillon d'émotions lorsqu'il est près d'elle.
Sans plus réfléchir, Michael franchit la distance qui la sépare de Sara. Il la soulève de terre et la serre contre lui, le visage enfoui dans son cou. Ses lèvres effleurent sa peau, il respire l'odeur de ses cheveux, il s'enivre de sa présence jusqu'à en devenir fou et sa main se perd dans les cheveux de la jeune femme. Sans qu'il cherche à les retenir, des larmes dévalent ses joues, des larmes de joie et de chagrin mêlés. Sara aimerait que ce moment dure et ne finisse plus, elle aimerait qu'il la serre ainsi pour toujours. Mais elle sait que le temps lui est compté. Doucement, elle se dégage de l'étreinte de Michael mais reste contre lui, le front appuyé contre le sien, les yeux noyés dans son regard.
-Michael … je n'ai pas beaucoup de temps. Je suis ici pour …
Elle n'achève pas sa phrase, les mots semblant trop douloureux. Elle sait pourtant qu'il faut qu'elle les prononce.
-Je suis ici pour te dire adieu, Michael.
Sara ferme les yeux et détourne la tête. Le jeune homme sent un nœud se former dans son estomac ; il l'a déjà perdue une fois, doit-il la reperdre encore, ne fût-ce qu'en rêve ? Un instant, il refuse d'y croire, il ne veut pas prononcer ces mots qui signifieraient pour lui tourner la page. Mais cela ne dure qu'un instant ; il mesure à présent la chance qui lui est donnée, la chance de lui dire adieu, et qu'importe si cet adieu n'existe qu'en rêve.
Délicatement, il pose sa main sur la joue de Sara pour l'encourager à le regarder.
-Sara. Je ne sais pas pourquoi … pourquoi je fais ce rêve, mais ce que je sais ce qu'il me permet de te voir une dernière fois. Tout ça semble tellement réel …
-Ça l'est, d'une certaine façon.
Devant l'air interrogateur de Michael, Sara secoue la tête.
-Trop long à t'expliquer. Je ne sais pas combien de temps il me reste …
Elle n'achève pas sa phrase et jette un furtif regard en direction du ciel. Le jeune homme suit son regard, mais décide de ne pas chercher à comprendre. Le temps qu'il leur reste leur est précieux.
-Tu t'attends sans doute à ce que je m'excuse de m'être livré à ta place lorsque tu nous as protégés, mon frère et moi, en tuant cet homme ? Je ne le ferais pas. Je ne regrette pas ce que j'ai fait, Sara. Pour la simple et bonne raison que tu as fait la même chose pour moi, tu as tout laissé derrière toi pour me suivre et prouver l'innocence de Lincoln. Je crois que rien de ce que j'aurais pu faire n'aurait été assez pour te remercier.
-Tu n'avais pas besoin de faire ça pour me prouver ta reconnaissance. Je l'ai fait parce que je croyais que c'était ce qu'il fallait faire.
-Tu aurais pu me dire d'aller me faire voir.
-Tu t'es regardé ?
Sara pouffe puis redevient sérieuse.
-Je me serais sentie coupable pour le restant de mes jours. Lincoln ne méritait pas d'être exécuté pour quelque chose qu'il n'a pas fait, et je ne pouvais tout simplement pas rester là à le regarder mourir. Mais … changeons de sujet, tu veux ?
-Bien sûr.
Michael la contemple, se noie dans ses yeux, caresse ses joues puis pose ses mains sur sa taille.
-Si je retrouve celle qui t'as fait ça, je jure que …
Sara l'interrompt en posant un doigt sur ses lèvres.
-Ne parles pas de vengeance, Michael. Ça ne te mènera nulle part.
-Mais regardes ce qu'elle t'a fait. Elle t'a enlevé à moi. Dis moi, comment … comment ?
Il n'a pas besoin de poursuivre ; à son regard, Sara comprend ce qu'il voulait dire. Elle secoue la tête.
-Ça ne sert à rien que tu le saches. Tout ce qui compte, c'est que nous puissions nous souvenir de ce moment.
Michael ferma les yeux en signe d'approbation.
-Il y a tellement de choses que j'aimerais te dire … Combien de temps nous reste-t-il ?
-Je ne sais pas, je …
Sara s'interrompt. Elle sent quelque chose. Comme si … Comme si la situation lui échappe. Comme si elle part.
-Je crois que c'est l'heure, dit-elle, résignée et effrayée à la fois.
-Non … Non, pas déjà !
Elle ferme les yeux pour essayer de faire refluer la sensation que son corps fuit, comme si on tente de l'arracher à cette plage, à l'étreinte de Michael. Elle sait qu'il faut qu'elle lui dise au revoir, qu'elle s'imprègne de son image, de son odeur, de lui, de tout. Elle ancre son regard dans celui de Michael. Des larmes viennent brouiller sa vision. De rage, elle essuie ses yeux tandis que Michael la soulève une fois de plus et la serre, comme s'il voulait la faire revenir avec lui dans le monde de vivants. Comme s'il voulait l'emporter avec lui lorsqu'il se réveillerait.
-Michael … murmure Sara, le visage enfoui dans son cou.
-Sara …
Il chuchote son prénom, encore et encore. Il s'enivre d'elle une dernière une dernière fois. A cet instant, il a l'impression qu'il ne pourra supporter ces adieux. C'était presque plus facile la première fois …Presque. Son cœur cogne dans sa poitrine, d'une telle force qu'il est persuadé que Sara peut le sentir. Dans sa tête, tout n'est plus que confusion. Tout se mélange, il n'arrive plus à penser. Il voudrait essayer, il se surprend à essayer de vouloir trouver une solution. Mais il sait qu'il n'y en a pas. Dans un ultime effort, il parvient à faire taire la tempête en lui et il repose Sara.
Il plonge une dernière fois ses yeux dans les siens. Ses doigts se perdent à nouveau, une dernière fois, dans ses cheveux.
Les secondes s'égrènent. Le temps fui. Même en rêve, il nous manque. Pourquoi passe-t-il plus vite lorsqu'on voudrait qu'il s'arrête pour toujours ?
Michael approche son visage de celui de Sara. Il pose ses lèvres sur les siennes, sur ces lèvres qu'effleure un sourire. Sara se presse contre lui, Michael aimerait se perdre en elle.
Ils ont l'impression de ne faire plus qu'un. Le souffle leur manque, mais peu leur importe. Sara a envie de pleurer, alors elle essaie d'oublier tout ça et de plus penser qu'aux lèvres de Michael qui enflamme les siennes, qui la font se sentir incroyablement vivante. Michael aimerait que ses bras seuls permettent de l'empêcher de partir. Ils oublient tout. Ils se laissent consumer par ce feu qui les dévore, ce feu de haine, de désespoir, de désir.
Et puis …
Sara disparaît.
Un instant, Michael reste immobile, sans comprendre. Encore pris par ce que vient de se passer.
Mais en quelques secondes, il a l'impression de redevenir froid. Comme si on lui avait pris sa chaleur.
Il tombe à genoux. Ses mains s'enfoncent dans le sable, se crispent sur les minuscules grains qui fuient entre ses doigts.
Un cri de douleur déchire l'air de cette fin d'après-midi.
