Millenium Stadium, Cardiff, UK.
9 Juillet 2035. 13h26.

L'homme attendait maintenant depuis une heure lorsqu'il le vit arriver, accompagné d'une demi-douzaine d'autres jeunes. C'était le jour de son 25e anniversaire et, pour marquer le coup, ses potes lui avaient offert une place en « catégorie 1 », en bas des tribunes centrales pour assister au match de la coupe du monde de rugby qui opposait l'équipe du Pays de Galles à celle de la France. Bien évidement grimés et habillés des traditionnels maillots rouges, aux couleurs de leur équipe, ils entonnaient déjà les hymnes habituels des supporters alors qu'ils étaient encore dans la queue qui menait aux tribunes.

Ils étaient tous excités par l'événement et déjà légèrement désinhibés par les bières bues au pub avant de venir. Le jeune Jones dont le numéro floqué sur son maillot indiquait 25, en référence à son âge, avait les yeux pétillants de bonheur et d'excitation. La journée était des plus belles et le match s'annonçait épique, comme à chaque fois que ces deux équipes se rencontraient.

L'homme, un sourire aux lèvres, mais avec un pincement au cœur, détourna le regard, pivota et s'éloigna lentement. « Plus qu'une année » pensa t-il.

**************

Mission de Yaoundé. Cameroun.
9 juillet 2034. 9h10 heure locale.

A peine débarqué de l'avion, l'homme se dirigea vers la file de taxis. « Mission St-David » demanda t-il au conducteur. Ce dernier tourna la clé dans le démarreur et le moteur se mis laborieusement en marche. Mais il n'avait pas le choix, les taxis ici étaient certes des poubelles ambulantes, mais c'était plus sûr que les bus ou que faire le parcours à pieds, même s'il ne craignait pas grand chose.

Le taxi mit une grosse demi-heure pour rejoindre la mission se trouvant dans les faubourgs pauvres et sales de la capitale. Il demanda au conducteur de l'attendre lui promettant un généreux pourboire. Il n'en aurait pas pour longtemps. Il s'avança vers les grilles protectrices entourant la mission et observa à travers elles.

Il voulait simplement le voir. Aujourd'hui. Il le devait. Il se l'était promis des années auparavant, 25 ans plus tôt pour être exact. Il entendit des cris de joie venant d'un préfabriqué sur sa gauche. Il tourna le regard et vit une troupe de jeunes enfants agglutinés autour de l'objet de sa recherche. Ianto était apparemment la coqueluche des jeunes de la mission qui le suivaient partout. Il avait signé un contrat avec la croix rouge responsable du site pour une mission humanitaire d'un an, avec pour objectif l'alphabétisation des plus jeunes. Ianto avait décidé de faire une pause dans ses études et dans sa vie après la mort tragique de ses parents dans un accident de voiture en début d'année.

L'homme avait d'abord eu peur pour lui… mais maintenant qu'il le voyait, heureux entouré d'enfants, il était confiant. Il mit la main dans sa poche et en sorti une liasse de billets. Il en retira une dizaine, ce qui représentait 200£, une somme importante ici. Ce serait son cadeaux pour les 24 ans du jeune homme. Il les glissa dans la boîte aux lettres et reparti, rassuré. "à l'année prochaine" pensa t-il en se rasseyant dans le taxi et en demandant à ce qu'il le ramène à l'aéroport.

Remise des diplômes, Université de Cardiff, UK.
9 juillet 2033. 15h30

Coïncidence, destin, coup de chance… ou simplement aléa du calendrier, le jour de son anniversaire correspondait avec celui de la traditionnelle remise de diplômes clôturant l'année universitaire. Une estrade avait été montée sur le terrain de sport et les tribunes auxquelles on avait rajouté des rangs de chaises étaient bondés de parents fiers de leur progéniture, appareils photos et caméscopes en mains, prêts à immortaliser ce moment. En face, sur l'estrade, les professeurs et le doyen de la fac était assis, attendant l'heure de la cérémonie. Quelque part dans les vestiaires habituellement réservés aux joueurs, attendaient, fébriles et excités, les futurs diplômés.

Parmi eux, un jeune homme de 23 ans était encore plus stressé que les autres. Ianto Jones, le major de sa promotion, répétait inlassablement son texte. Il avait le devoir d'ouvrir la cérémonie avec un discours au nom de l'ensemble des étudiants. Bien que ses amis le soutenaient dans cette épreuve, il n'en était pas moins terrorisé, même si d'habitude, tout ce qui touchait à la communication ne lui posait aucun problème.

C'était l'heure, la fanfare entonnait l'hymne de la fac. C'était le signal convenu. Tous se dirigèrent vers l'extérieur. Il se positionna en tête de file et ils avancèrent vers l'estrade sur laquelle seul Ianto monta. A moitié caché derrière le pupitre, il ajusta le micro, leva les yeux, aperçut ses parents assis au troisième rang, heureux et fiers. Il leur sourit et commença son discours.

Debout, derrière le dernier rang, un homme l'observait. Lui aussi était heureux et fier. Il aurait tout donné pour pouvoir le féliciter et le serrer dans ses bras, surtout qu'il ne l'avait pas vu depuis deux ans. Mais ce n'était pas pour maintenant… Pas tout de suite… Il devait être patient… « Encore 3 ans, 3 petites années. » pensa t-il.

26 Abbey Str. , Cardiff, UK.
9 Juillet 2032. 9h-22h30.

Seul, comme d'habitude, assis à l'avant d'un SUV noir, un homme attendait. Il attendait depuis 9 heures ce matin, il attendait de le voir, de l'apercevoir. Il se contenterait même d'une ombre furtive derrière les rideaux, mais rien. Depuis ce matin, c'était le calme absolu. Seule sa mère était sortie pour aller acheter de quoi faire le repas du midi. Mais aucune trace du jeune homme. Pourquoi ne sortait-il pas alors que c'était son anniversaire aujourd'hui ? 22 ans.

Dans sa chambre, blotti, emmitouflé dans sa couette, le jeune homme déprimait. La veille au soir, sa petite amie, son premier grand amour, Lisa, venait de le quitter après une relation de 3 ans. Et elle l'avait fait par téléphone, lui disant qu'elle avait rencontré quelqu'un d'autre et que c'était fini entre eux. Ianto en avait pleuré toute la soirée, refusant de s'alimenter et s'enfermant dans sa chambre, au désespoir de ses parents. Ce matin, il avait refusé de se lever et n'avait quitté son lit que pour répondre à des besoins naturels.

Vers 16 heures, quatre jeunes étaient arrivés, les bras chargés de cadeaux. Ils étaient ressortis seuls, sans Ianto, deux heures plus tard.

Dans le véhicule, l'homme qui ne connaissait rien de la situation dans laquelle se trouvait celui qu'il espérait voir, attendit jusqu'à 22h30. Lorsque toutes les lumières eurent disparues dans la maison, il se décida à s'en aller, le cœur gros, les larmes aux yeux. Il ne le verrait pas cette année.

******************

Sur les bords de la Tamise, près du Tower Bridge, Londres, UK.
9 juillet 2031. 12h15

Ils avaient décidé de fêter son anniversaire en amoureux à Londres. Ils étaient partis tôt le matin, avaient roulé pendant environ 3 heures avant d'atteindre la capitale. Ils s'étaient promenés dans les rues du centre, parcourant Piccadilly, Trafalgar, Covent Garden et avaient fini par se retrouver près de la Tamise où ils avaient décidé de pique niquer. Il faisait beau, chaud et les rayons du soleil éclairaient les bâtiments. Assis sur la pelouse d'un parc bordant le fleuve, ils discutaient de leur futur commun. Ils étaient ensemble depuis deux ans et c'était sérieux, tellement qu'ils pensaient déjà au mariage.

Lisa était le premier véritable amour de Ianto. Il avait eu quelques flirts auparavant, mais rien de bien sérieux. Il avait même eu un doute sur sa sexualité durant une période, mais l'arrivée de Lisa l'avait effacé. Il était épanoui et heureux. Ça se voyait sur son visage.

Non loin de là, un homme assis sur un banc public les regardait, rongé par la jalousie et le désir d'être à la place de la jeune fille. Il enviait les baisers qu'il lui offrait, il enviait sa main dans la sienne, il enviait son regard amoureux… Pourquoi s'était-il fixé une date ? Pourquoi attendre ? Il n'avait qu'une envie c'était aller le voir et l'embrasser... Là, maintenant, tout de suite. A 21 ans, il avait atteint l'aspect physique qu'il lui connaissait, il avait perdu ses apparences d'adolescent et était devenu un jeune homme fort séduisant. Sachant qu'il ne pourrait en supporter d'avantage, il se résolut à partir, souhaitant intérieurement être déjà à l'année prochaine.

*****************

« Le lotus bleu », Newport, UK.
9-10 juillet 2030. 20h10-1h20.

La boîte était bondée ce soir là, comme tous les soirs de week-end d'ailleurs. Mais ce soir là, la salle VIP avait été réservée pour fêter les 20 ans du jeune Ianto Jones. Tous ses amis avaient répondu présent, ce qui représentait une trentaine de personnes. Sa mère avait invité ses amis de fac bien entendu, mais avait aussi fait des recherches et retrouvé de nombreux amis de lycée, collège et même de l'école primaire, dont certains qu'il n'avait pas revus depuis une dizaine d'années.

La surprise avait été totale. Organisée par son meilleur ami avec la complicité de sa mère, il pensait fêter son anniversaire avec trois ou quatre potes dans la boîte de nuit la plus branchée du moment. Ce ne fut que lorsqu'il arriva dans l'espace VIP qu'il aperçut la masse des invités. Il était resté bouche bée en reconnaissant certains visages de son passé. Le moment d'émotion passé, une douzaine d'accolades de retrouvailles plus tard, ma soirée pouvait commencer.

Tous se rendirent sur la piste de danse. Ce n'était pas vraiment un art dans lequel Ianto excellait, mais emporté par l'ivresse du moment, à défaut de l'ivresse de l'alcool qu'il n'aurait le droit de boire que l'année suivante, il se laissa porter part le flot et le rythme de la musique. Il se laissa tellement emporter qu'il en bouscula une jeune fille. Après de plates excuses et une montée de rouge cramoisi sur les joues, il invita la dénommée Lisa à venir partager sa soirée, ce qu'elle accepta, charmée par le jeune gallois.

Vers 1h20, la soirée touchant à sa fin, tous se dirigèrent vers la sortie. Personne ne remarqua l'homme accoudé au bar lorsqu'ils passèrent à coté. Ianto chahutait avec son ami et heurta l'homme. Il se retourna et lui adressa un « je vous demande pardon » auquel il répondit par un « je vous en prie, et bon anniversaire ». Ianto ne réagit pas et s'éloigna vers la sortie. L'homme resta encore un moment cherchant à respirer les résidus de l'odeur laissée par Ianto dans l'air et sur son manteau. Il paya ses consommations et sortit à son tour. « Plus que 6 ans à tenir… » S'encouragea t-il.

****************

« Delta Force Paintball », Cardiff, UK.
9 juillet 2029. 16h10.

Ianto maudissait intérieurement ses deux copains qui n'avaient trouvé rien de mieux à lui offrir pour ses 19 ans qu'une séance de paintball. Il se retrouva engoncé dans une combinaison jaune, renforcée aux endroits ad-hoc, un pistolet à balles de peinture dans les mains et des lunettes style lunettes de plongée sous-marine sur le visage. Il se sentait complètement ridicule.

Ses deux amis étaient chauds bouillants, Ianto lui traînait les pieds, mais il ne voulait pas décevoir ses potes. Il allait devoir donner le change. Mais comment donner le change quand on ne sait pas tirer avec une arme.

La partie commença, le but du jeu était d'atteindre le bout du terrain avec le moins d'impact possible. Chacun pour soi. Mais ce qu'ignorait Ianto, c'est qu'il allait être la cible de ses deux amis qui avaient décidé de s'associer et de recouvrir le gallois de peinture rouge et verte de la tête aux pieds. Ianto avançait prudemment, jetant des regards à droite et à gauche.

De l'autre coté du grillage renfermant l'espace de jeu, un homme analysait les actions des amis. L'expérience militaire avait prit le dessus. Il admirait les déplacements furtifs et stratégiques des deux amis qui manifestement étaient des habitués de ce genre de jeux de stratégie. Par contre, il était dépité devant l'attitude de Ianto. Visiblement, ce n'était pas son truc. Il avançait à découvert, tenait son arme beaucoup trop bas et faisait énormément de bruit. Ce qui devait arriver arriva. Il fut littéralement assailli par des boules de peinture éclatant sur l'ensemble de son corps et, au lieu de riposter ou de s'enfuir, il se retrancha contre un arbre, lâcha l'arme et se mis en boule pour se protéger. Les deux garçons vidèrent leurs chargeurs et éclatèrent de rire. Lorsqu'ils eurent terminé, Ianto se releva, dégoulinant. Derrière le verre sale de ses lunettes il fusilla du regard ses camarades quitta le terrain.

L'homme aurait voulu pouvoir l'aider, il aurait voulu être sur l'aire de jeu, avoir un pistolet et venger son affront. Mais ce n'était pas encore ce jour qu'ils se rencontreraient… il devait se montrer patient. Ce jour viendra.

**********************

Restaurant « Chez Auguste ». Cardiff, UK.
9 juillet 2028. 11h55.

C'était la panique chez les parents de Ianto. Il venait d'avoir 18 ans et ils étaient en retard pour le restaurant qu'ils avaient réservé. Toute la famille devait déjà y être. Ianto était en train d'enfiler son costume noir, son père pestait contre la voiture qui refusait de démarrer et sa mère stressait comme d'habitude lors des grands évènements familiaux.

En effet, devant le restaurant « Chez Auguste », une douzaine de personnes attendait impatiemment le roi de la journée. Une douzaine plus une, assise à la terrasse du café faisant face au groupe. Il savait qu'il ne le verrait pas beaucoup aujourd'hui, c'était une journée qu'il passerait avec les siens, et il n'en faisait pas partie, pas encore. Mais il fallait qu'il le voit, même cinq minutes.

Au bout d'un quart d'heure d'attente, la voiture arriva enfin. Ianto et ses parents en descendirent, la mère s'excusa platement et ils entrèrent dans le restaurant. Alors, l'homme se leva et partit, avec en souvenir, l'image d'un jeune Ianto en costume trois pièces, lui rappelant tellement celui qui l'avait quitté des années auparavant.

Etretat, France.
9 juillet 2027

Les yeux perdus dans le bleu de la mer, cherchant à distinguer la limite séparant le ciel de l'eau, Ianto rêvassait assis sur la plage d'Etretat. Il avait tant souhaité ce moment depuis qu'il avait vu une émission à la télévision qui montrait les plus belles falaises d'Europe. Il était tombé en admiration devant celles de la ville française. Et, lorsque ses parents lui avaient proposé de faire un séjour linguistique dans le pays de son choix, c'est tout naturellement qu'il avait choisi la France en précisant qu'il aimerait loger près d'Etretat.

Et son vœu fut exhaussé. Mais en ce jour particulier, il ressentait le mal du pays. C'était le jour de ses 17 ans et ses parents et ses amis lui manquaient. Il essayait d'imaginer ce qu'ils pouvaient faire, de l'autre coté de cette étendue d'eau.

Un peu plus loin, un homme ressentait le mal être du jeune garçon. Il aurait voulu le consoler, mais c'était impossible. Lorsqu'il se releva, il faisait presque noir et il ne vit pas l'étranger le regarder. Il remonta vers le centre ville et disparut dans la foule. L'homme prit le même chemin mais s'arrêta près d'une voiture dans laquelle il monta. Il démarra et s'inséra dans la circulation, pestant contre la conduite à droite.

*********************

Maison culturelle de quartier, Cardiff, UK.
9 juillet 2026. 15h30.

Tous s'étaient réunis en ce jour particulier pour écouter les groupes des enfants du quartier qui se produisaient après une année de travail et de répétitions hebdomadaires. Les jeunes attendaient, angoissés, leur tour dans les coulisses. Le groupe, composé de Ianto, Peter, John et Anna, passait en dernier, ce qui n'arrangeait rien et augmentait même leur trac au fur et à mesure du passage des autres musiciens. Peter tenait fermement sa basse à s'en faire pâlir les doigts, John n'arrêtait pas de tripoter ses baguettes et Anna se rongeait les ongles. Ianto, quant à lui, n'avait peur que d'une chose, c'est que sa voix reste coincée au fond de sa gorge et qu'il ne puisse chanter.

Ce concert était également une sorte de concours. Des représentants du service culturel du Millenium Center, le lieu des spectacles de Cardiff, étaient présents et ils choisiraient parmi les 25 groupes, celui qui ferait la première partie de l'ouverture de la saison prochaine. C'est-à-dire un mini-concert d'une demi-heure devant plus de 3500 personnes.

Dans dix minutes, ce serait à eux. Ils passaient après un groupe de hard-rock, style complètement opposé au leur, mais qui avait mis le feu dans la foule.

L'heure fatidique était arrivée, ils entrèrent sur scène, Anna s'assit au piano, John derrière la batterie et Peter brancha sa basse à l'ampli. Ianto avait pris le micro et attendit le signal de John. Il tapa trois fois ses baguettes l'une contre l'autre pour donner le tempo, c'était parti, ils ne pouvaient plus faire marche arrière. Ianto s'assit sur un des amplis inutiles, attendant le moment où ce serait à lui. Pour l'instant Anna et Pete improvisaient sur le thème principal. Au bout d'une minute, alors qu'Anna amorçait le thème, soutenu par la rythmique régulière de la basse et le frottement des fouets sur les caisses claires de la batterie, une voix grave et profonde s'éleva, surprenant tout le public qui avait un peu oublié le chanteur. Ianto n'avait que 16 ans, qu'il fêtait d'ailleurs aujourd'hui, mais il avait déjà mué et possédait une voix d'homme, grave et profonde qui s'adaptait merveilleusement bien au classique du jazz qu'ils avaient choisi d'interpréter.

« Summertime,
And the livin' is easy
Fish are jumpin'
And the cotton is high »

Rien que le premier mot lentement susurré donna aux spectateurs des frissons. Au fond de la salle, Un homme pleurait. Il pleurait d'entendre cette voix, identique à celle qu'il avait autrefois aimé. De plus, son émotion était exacerbée car, en un an, Ianto avait changé radicalement. Il avait pris 20 cm et ressemblait de plus en plus à son amour perdu. Jusqu'à l'année précédente, c'était encore un garçon pré pubère, au visage de poupon. Il était maintenant un jeune adulte et l'homme su qu'il lui serait de plus en plus difficile de retenir ses sentiments.

**********************

Bute Park, Cardiff, UK.
9 juillet 2025. 17h20

L'école était terminée depuis plus d'une heure, Ianto n'était pas rentré directement chez lui ce jour là. Pourtant, c'était son anniversaire. Mais il n'avait pas le cœur à le fêter. Ses parents étaient partis en voyage et seule sa tante, qu'il détestait, était là pour le garder. Il avait décidé de faire la « maison buissonnière » et de flâner dans le parc. Il faisait beau et il trouva un coin d'ombre pour se poser. Quand soudain il fut attaqué par un truc plein de poils et humide.

La surprise passée, il réalisa qu'il s'agissait d'un chiot et qu'il lui léchait le visage. Il portait un collier et Ianto regarda dans la capsule qui y pendait pour trouver le nom du propriétaire. Ce qu'il lut sur le morceau de papier le laissa sans voix.

« Bon anniversaire Ianto.
J'espère que ce chien t'apportera un peu de bonheur
J. »

Qui était ce « J. » ? Comment le connaissait-il ? Pourquoi lui offrait-il un chien ?

N'ayant aucune des réponses aux questions qu'il venait de poser, il rangea le papier dans sa poche et plongea ses yeux dans ceux du chien qui en profita pour lécher une nouvelle fois son visage.

« Il faut que je te trouve un nom ! Comment je vais t'appeler ? Je sais ! Captain Jack ! ça te plaît ? ».

En guise de réponse, le visage de Ianto redevint humide.

« Reste plus qu'à convaincre maman et papa de te garder… et ça, c'est pas le plus facile ».

Caché derrière un arbre, à proximité du garçon, l'homme souriait. Il avait réussit à redonner le sourire au jeune gallois.

**********************

Festival du Cinéma du XXe siècle, Cinéma Paradisio, Cardiff, UK.
9 juillet 2024. 13h20

Pour ses 14 ans, Le père de Ianto lui avait offert une place pour le célèbre festival quinquennal du cinéma du XXe siècle. Ianto était friand de ce genre de films, il y avait été initié par son père et ne manquait pas une rediffusion d'un vieux classique lorsqu'il passait à la Télévision.

Le cinéma Paradisio était un des rares cinémas de Cardiff à avoir gardé l'apparence intérieure et extérieure qu'il avait eue depuis les années 1980. De vielles salles aux sièges rouges et défoncés. Des vendeurs de popcorn et autres friandises. Ianto était comme un poisson dans l'eau.

Assis deux rangs derrière le père et le fils, un homme avait le regard fixé, non pas sur l'écran à suivre l'intrique du film, mais sur la nuque de l'enfant.

**********************

Dans les rues de Cardiff, UK.
9 juillet 2023. 17h42

Un homme marchait machinalement, la tête baissée, les mains dans les poches. Il semblait perdu dans ses pensées.

Il n'allait pas à une allure rapide, mais n'avançait pas à la vitesse d'un escargot non plus. Il faisait de longues enjambées à une cadence régulière. Etonnement, il ne bouscula personne, on aurait dit qu'il avait un radar intégré lui permettant d'éviter les obstacles.

Vêtu d'un manteau étonnement chaud pour la saison, il semblait hors de son temps. Et ce n'était pas faux si on connaissait son parcours et sa vie.

Mais ce qui préoccupait l'homme venait effectivement d'un autre temps. 13 ans. 13 ans qu'il faisait ce pèlerinage annuel. 13 ans, c'est-à-dire la moitié du temps qu'il s'était imposé. Il avait réussit à être patient jusque là, mais il ne savait pas si il pourrait encore supporter cette situation. Ne le voir qu'une journée par an. Et encore, l'espionner serait le terme plus adéquat. Le voir sans que l'autre ne le voit. Il ressemblait de plus en plus au Ianto qu'il avait connu et cela commençait à le troubler. Le plus dur était de ne pas pouvoir le regarder dans les yeux, ne pas pouvoir lui parler, le toucher, le sentir, l'embrasser. Mais c'était encore un enfant et, bien que très libéral dans ses mœurs, il ne l'était quand même pas à ce point.

Il se retrouva près de la maison du 29, Abbey Str. Il patienta quelques minutes avant de voir le jeune homme sortir, accompagné par des amis. Ils rigolaient, se chamaillaient pour savoir qui monterait à l'avant de la voiture. Cette « bagarre » lui rappela de bons souvenirs, même s'ils étaient douloureux. La place passager à l'avant du SUV avait souvent été l'objet de chamailleries. Les bonnes habitudes ne se perdaient pas.

Il regarda la voiture disparaître au coin de la rue. Il tourna les talons et fit le chemin qu'il avait fait pour venir en sens inverse, la tête baissée, les mains dans les poches et marchant lentement.

« 13 ans de passés, 13 autres à venir… à bientôt Ianto Jones… »