Un putain de centre commercial !!! Sam n'en revenait toujours pas. Il avait cherché pendant des heures pour trouver la bibliothèque, ou même une simple librairie…enfin une qui ne soit pas réservé aux adultes, celles là semblant abonder dans la ville…finalement, il avait réussi à trouver quelqu'un qui se souvenait où se trouvait la bibliothèque …sauf qu'apparemment, le mec du motel avait raison … Il n'y avait plus de bibliothèque.
C'était devenu un putain de centre commercial !
S'appuyant sur le capot de l'impala, il regarda l'édifice autrefois destiné à la culture, aucunes chances qu'il trouve ici les informations dont il avait besoin…
Peut être pourrai-t-il pousser jusqu'à la prochaine ville… réfléchit il, avant de secouer la tête, il doutait qu'elle le laisse faire…
-« Maman ! Regardes là haut, tu crois que c'est un ange ?! » le fit sourire un gamin haut comme trois pommes, en désignant une ombre dans le ciel, alors qu'il passait devant lui tenant la main de sa mère.
-« Je te l'ai déjà dit ! Les anges n'existent pas !! » le coupa sèchement sa mère, sans le regarder.
En fait, si, ils existent, pensa Sam, fronçant les sourcils à la réplique de la mère… ou du moins à son ton. Le bout de chou ne devait pas avoir plus de 3 ou 4 ans … l'âge de Dean quand il avait cessé de croire aux anges, mais lui avait une bonne raison pour ça médita-t-il, repoussant rapidement cette idée au fond de son esprit … elle aurai dût lui répondre gentiment, prendre le temps de l'écouter, au lieu de le traîner comme un paquet encombrant vers le supermarché, songea-t-il, en les regardant s'éloigner. La petite silhouette sombre du gamin emmitouflé dans un anorak noir trop grand pour lui, pendu à la main de sa mère, silhouette terne avançant rapidement.
Terne… le mot tourna un instant dans son esprit…terne … Il s'en était déjà fait la remarque ce matin dans la chambre, mais aussi sur le parking, et le mot lui était revenu alors qu'il arpentait la ville, passant d'un quartier à l'autre…il avait l'impression que tout était comme recouvert de poussière… Non pas de la poussière… il avait l'impression de tout voir à travers un filtre froid, comme si toutes les couleurs s'étaient affadies, défraîchies.
Une sorte de lundi pluvieux sans la pluie.
Il savait au fond de lui que ce n'était probablement qu'une illusion de son esprit… peut être à cause de son état d'esprit, ou alors un effet secondaire des bons qu'elle lui faisait faire, mais l'impression ne disparaissait pas.
Avec Jess, il n'avait pas eut cette impression… ni avec son père à bien y penser, et encore moins avec Bobby, songea-t-il, repensant en frissonnant à la fiole de sang que le vieux chasseur lui avait lancé…Alors pourquoi maintenant ?!
Tu voir quelque chose de vraiment moche, Sammy ?
Qu'est ce qui avait changé ?
Ce que tu as fait au monde !!
Qu'avait elle fait ?
Alors si on regardait un peu ce que l'absence de Dean a fait au monde ?!
Sous le choc, sentit son cœur battre la chamade. Ce que l'absence de Dean a fait au monde ?!
Quelqu'un … il fallait qu'il parle à quelqu'un ! … Bobby … Le nom avait surgit quasi-immédiatement dans son esprit, étrange comment lui et Dean avait prit l'habitude de l'appeler en cas de problème… sauf que pour ce qu'il en savait dans cette vie, Bobby pouvait aussi bien le recevoir en lui tirant dessus quand lui offrant une bière. Peut être qu'en l'appelant… songea-t-il son portable déjà en main.
De toutes manières il n'avait rien à perdre ! décida-t-il en ouvrant son téléphone, avant de découvrir que le répertoire de l'appareil était désespérement vide … Putain !! Cette fois elle allait le lui payer !
Dieu merci, le numéro de téléphone de la casse de Bobby était une des choses que Dean lui avait fait apprendre par cœur quand ils n'étaient encore que des gosses, lui disant que s'ils étaient séparés il pourrait toujours les retrouver son père et lui grâce à Bobby… Enfin ça, c'était avant que Bobby ne les chasses de chez lui, menaçant John de son fusil, et avant qu'il ne quitte Dean pour Stanford …Néanmoins le numéro lui était resté…se souvint-il, en composant le numéro.
-« Casse de Sioux Falls, Bonjour. » décrocha une voix grincheuse après quelques tonalités.
-« Je souhaiterai parler à Bobby Singer. » demanda Sam, sourcillant au fait que Bobby n'ai pas répondu lui-même.
-« Bobby Singer ?! » répéta la voix grincheuse. « Vous voulez dire Robert Singer ?! »
-« Euh…oui. » hésita, un instant le jeune homme, pas très sûr qu'il s'agisse du vrai nom de Bobby, réalisant soudain qu'il ne l'avait jamais entendu.
-« …Euh..navré de vous dire ça mon garçon … » commença la voix d'un ton soucieux . « Robert Singer est mort, il y a près de 20 ans de ça… il s'est tiré une balle dans la tête après la mort de sa femme. »
Bobby… mort…
Sans penser à remercier son interlocuteur, Sam raccrocha son portable, se laissant tomber sur le capot de l'impala.
Bobby … mort …depuis 20 ans…
Bobby qu'il connaissait pratiquement depuis toujours… depuis près de 20ans, réalisa-t-il soudain. John les avaient amené chez Bobby pour la première fois alors qu'il n'avait que 4 ans, il en avait 11 quand lui et John s'était disputés.
Mort…Disparus…n'ayant jamais existé…
Il n'avait rien … plus rien …songea-t-il en se prenant la tête à deux mains… plus rien. Tout ce qui faisait sa vie n'existait plus… ou pire n'avait jamais existé !! Même la voiture qui le soutenait lui semblait soudain s'effacer… faible souvenir d'une réalité qui semblait lui échapper un peu plus à chaque bons qu'il faisait.
-« Mais tu vas la pousser ta caisse, connard !!! » hurla un automobiliste sur le parking le sortant brutalement de ses pensées, klaxonnant après une voiture qui venait apparemment de lui couper la priorité.
Le conducteur de l'autre voiture ne prit même pas la peine de répondre aux insultes avant de sortir de son véhicule armé d'un cric, et d'abattre l'outil sur la voiture de son opposant sous le regard stupéfait de Sam. Il voulut se précipiter pour tenter d'interrompre la bagarre naissante lorsque l'autre conducteur sortir de son véhicule endommagé, quand il sentit une main l'agripper.
-« Pour 10 dollars, je te fais ce que tu veux … » lui souffla soudain une voix faible, lui faisant détacher le regard de la bagarre qui débutait pour se reporter sur la main qui le retenait.
Une femme, il n'aurai sût dire son âge, pâle, le corps creux, les cheveux tombant mollement sur son visage émincié, le regardait les yeux fiêvreux pleins d'une demande impossible à satisfaire.
Sam essaya vainement de se détacher de l'emprise de cette femme, sentant sa gorge se serrer.
-« Pour 10 dollars, je fais tout ce que tu veux… » lui répéta-t-elle encore, plongeant son regard vide dans le sien.
-« Non… écoutez… » essayant de s'éloigner de la femme, cherchant à se dégager sans la blesser. Il sentait sa main fermement plantée sur son avant-bras, ses ongles s'enfonçant dans sa chair, essayant de l'attirer à elle.
-« …Tout ce que tu veux … » insista-t-elle, en se penchant un peu plus vers lui.
-« Madame… » commença-t-il, plongeant son regard dans le sien comme dans un gouffre sans fin, reflétant un désespoir si semblable au sien qu'il sentit sa respiration se couper.
Et pour la première fois depuis des années Sam sentit la peur le submerger. S'étranglant, il s'arracha à l'étreinte de la femme, avant de s'enfuir en courant du parking.
Il courrait depuis ce qui lui semblait des heures, des jours, des années… incapable de s'arrêter, ne sachant pas vraiment lui-même ce qu'il fuyait.
Comparativement à certaines choses qu'il avait vu cette femme n'avait rien d'effrayant… sauf peut être le désespoir qu'il avait vu dans ses yeux, le même qu'il sentait grandir en lui, cette résignation proche de l'indifférence qui l'avait soudain terrorisé.
Fuir devant le danger ne lui ressemblait pas, et Dean lui aurait probablement botter le cul pour ça !! Sauf que Dean n'était pas là . Sauf que pour la première fois de sa vie Sam était seul au monde ! Réalisa-t-il brusquement, s'arrêtant à bout de souffle.
Toute sa vie il avait crut qu'être seul était la plus grande peur de Dean… Et c'était vrai …sauf que c'était sa plus grande peur à lui aussi…
La seule différence entrer lui et son frère, c'était que Dean était assez honnête envers lui-même pour l'admettre, alors que lui … Toute sa vie, son grand frère avait toujours été là, même pendant les années où il était à l'université, il avait toujours sût que Dean serai là, qu'à tout moment, au moindre problème il serai là. Même quand leur père était mort, Dean était là. Et quand Dean est mort …Bobby était là pour l'aider à recoller les morceaux, pour qu'il reste encore entier jusqu'au retour de Dean…Il n'avait jamais était seul…jamais…songea-t-il en se remettant à marcher.
Jamais…jamais…jamais il n'avait été comme ces gens, réalisa-t-il, regardant les passants autour de lui.
Il ne reconnaissait pas la rue, pourtant elle lui semblait familière, semblable à toutes celles qu'il avait arpenté à bord de l'impala, à la recherche de la bibliothèque, une rue où les sex-shop alternaient avec les vitrines aveugles des bâtiments condamnés, les bars hurlants leur musique trop forte jusque sur le trottoir où se déversait leurs clients trop éméchés pour se souvenir d'où ils venaient. Heurtant les passant qui s'écartaient brutalement à leurs contacts, avant de reprendre leur route, resserrant qui sont son sac, qui son manteau autour d'eux comme une armure dérisoire.
Ces gens étaient seuls…s'ils tombaient, il n'y aurai jamais personne pour les relever…c'était ça la vérité …ils pouvaient à tout moment être arracher à cette vie, naturellement ou pas…mais combien d'entre eux aurai quelqu'un pour le pleurer ?...le pleurer vraiment, pas comme il l'avait souvent vu faire avec cette idée « Pourquoi m'a-t-il laissé ? », mais réellement pleurer leur disparition au lieu de leur perte…combien d'entre eux, pouvaient penser que quoi qu'il arrive, il y aurai toujours quelqu'un pour eux …Sam le voyait, tout ces fantômes qui hantaient la rue autour de lui, ils étaient au milieux d'une foule, et pourtant seul avec eux même …ils étaient seuls …il était seul…
Resserrant frileusement sa veste autour de lui, dans l'espoir dérisoire d'endiguer le froid qu'il sentait l'envahir, il se mêla aux fantômes qui l'entouraient …aux fantômes auxquels il appartenait désormais…
Il ne savait pas vraiment où aller…le centre commercial était loin désormais, et de toutes manières il n'aurai sut le retrouver, un instant il songea à la voiture qu'il avait laisser sur le parking. Gosh ! Dean le tuerai pour ça, sourit-il en songeant à son frère, avant que l'amertume de la réalité ne lui revienne…Dean ne tuerai personne …parce qu'il n'y avait personne à tuer, parce qu'il n'y avait plus personne pour le tuer.
Etrange pensée de découvrir qu'il n'existait que parce que d'autres savaient qu'il existait. L'histoire de l'arbre qui tombe dans la forêt, s'il n'y a personne pour l'entendre, est-il vraiment tombé ? Tout les être humains étaient reliés entre eux, existaient ils si personne ne les connaissaient ? sans ces connections aucuns d'eux n'existaient… lui pas plus qu'un autre.
Les notes hurlantes de « Race with the devil » des Girlschool, heurtèrent ses oreilles…encore un bar… songea-t-il avec un sourire ironique reconnaissant le morceau, Dean aurai adoré…
Il resserra un peu plus sa veste autour de lui, baissant la tête, pour ne plus voir les gens qui l'entouraient, continuant d'avancer parce qu'à ce moment c'était tout ce qu'il pouvait faire…
Le choc faillit le jeter à terre, un des clients du bar complétement saoul n'ayant pas remarquer le grand jeune homme qui avançait sur le trottoir devant lui, le sortant brutalement de sa torpeur.
Désorienté, Sam regarda autour de lui, reprenant soudain conscience du monde qui l'entourait Le bar était accoudé à un bâtiment en pierre.
Une église…
Sur les hauts murs couverts de graffitis s'ouvraient des fenêtres obscurcies par la suie, fermées de barreaux à la manière d'une prison, dans une vaine tentative de protéger les derniers vitraux restants, derrière lesquels il pouvait voir filtrer la faible lueur des bougies.
Le pêché soutenue par la pureté…la pureté soutenue par le pêché..
L'ironie de l'image lui sauta au visage.
« Ici la foi de l'homme réside en moi » lut-il sur le fronton de l'église, alors qu'il se dirigeait déjà à l'intérieur sans y penser.
Sam ne croyait pas en Dieu…non, il savait de source sûre que Dieu existait, Dieu, les anges et tout le saint frusquin. Il le savait…pourtant il n'avait pas la foi.
Pour ce qu'il en savait Dieu était peut être mort, les anges étaient des en…plumés et leur considération envers les humains n'avait rien à envier aux Démons. Pourtant il se retrouvait assis ici, au milieu de cette église à regarder le chœur, cherchant une réponse qu'il savait impossible à obtenir.
-« Il n'exhausse jamais les prières tu sais. » lui souffla une voix masculine alors qu'un homme s'asseyait auprès de lui . « Et certainement pas les tiennes !. »
MAJEUR SPOILER SAISON 4 ET SAISON 5 – NE PAS LIRE LA SUITE SI VOUS NE VOULEZ PAS SAVOIR – PASSER AU CHAPITRE SUIVANT DIRECTEMENT .
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V
-« Je sais. » se conta-t-il de répondre sans tourner la tête parfaitement conscient de qui venait de s'asseoir auprès de lui. « Tu es venue me raconter que tu peux mettre fin à tout ce cauchemar ? me le ramener ? » demanda-t-il, en se tournant finalement vers l'homme.
-« Oh, voyons Sam. Tu sais bien que je ne peux pas mentir. » lui sourit tristement Nick,
-« Lucifer ne te réussi pas. » remarqua Sam le regard fixé sur les traces de brûlures sur son visage qui s'étaient encore agrandit depuis la dernière fois qu'il l'avait vu.
-« C'est pour ça que tu es son hôte préféré, Sammy ».
-« Envoie le deal ! » le coupa violemment le jeune homme serrant les poings en entendant son surnom dans la bouche de l'ange déchu.
-« Je ne peux pas te le ramener ». reconnu Lucifer, le regard triste de Nick reflétant une véritable commisération pour la situation de Sam. « Mais je peux te promettre que toute cette souffrance…tout ce désespoir …tout ça disparaîtra…tu ne sera plus jamais seul…ça c'est la promesse que je peux te faire, Sam. »
