Chapitre 15

-

Severus et Neville s'arrêtèrent dans la cour de l'auberge et rencontrèrent Harry qui sortait du poulailler, un panier pleins d'œufs à la main.

Il ne savait plus qu'en faire, l'auberge étant fermée il n'en avait plus besoin d'autant.

« On sait où est Ron! S'écria Neville qui courut jusqu'à lui, les yeux brillants de joie, il n'avait pu se retenir d'annoncer la bonne nouvelle.

« Quoi? S'exclama Harry qui s'immobilisa.......c'est vrai? Demanda t-il, un grand sourire heureux apparaissant sur son visage, il se faisait beaucoup de soucis au sujet de son ami depuis qu'il avait disparut.

« Nous avons pas mal de choses à vous raconter! Intervint Severus.......et nous le ferons volontiers devant une bonne omelette dont Blaise a le secret.

« Si vous lui dîtes que vous savez où se trouve Ron je pense qu'il sera prêt à vous cuisiner ce que vous voulez! S'amusa le brun qui se remit en marche......venez, entrons!

-

Une demi-heure plus tard Blaise était suspendu aux lèvres de Severus ,qui le faisait bouillir d'impatience, en dégustant lentement et silencieusement son omelette, tout comme Neville.

« Alors! S'impatienta le noir.......où est-il?

Severus prit le temps d'avaler sa bouchée.

« D'abord je dois vous dire que nous sommes allés voir Draco......

« On s'en moque! Le coupa Blaise avec colère, pour l'instant des nouvelles de son ami ne l'intéressait absolument pas, et il n'imaginait pas une seule seconde que son rouquin puisse se trouver chez le blond et son épouse........où avez vous vu Ron?

« Draco est veuf maintenant! Continua imperturbablement Severus........il est seul avec sa fille.

« Veuf? Répétèrent Harry et le noir avec surprise.......je l'ignorais! Rajouta ce dernier, subitement plus calme.........je suis désolé pour lui.

« Oh lui ne l'est pas! Reprit négligemment Severus..........et Ron lui tient compagnie.

Blaise resta surprit une seconde mais n'en écouta pas plus, il bondit de sa chaise, attrapa son manteau au vol et courut jusqu'à l'écurie, il faisait nuit mais il s'en moquait, il n'attendrait pas le lendemain, il en était incapable.

Il prit la route au grand galop.

-

De son côté Harry resta immobile, le regard fixé sur Severus qui reprit son repas.

« Comment va t-il? Finit-il par demander au bout d'un instant..........alors c'est une fille qu'il a eut?

« Il va très bien! Répondit Neville qui sourit........oui c'est une fille, elle s'appelle Harriette.....tu sais je crois qu'il t'attend.

Sans un mot le brun se leva de sa chaise et se rendit devant la cheminée, se mettant à fixer les flammes pensivement.

Draco était veuf et l'attendait?

Pourquoi faire?

Il n'avait plus d'épouse peut-être, mais il avait maintenant une belle-famille très influente envers qui il avait des devoirs, ces gens-là accepteraient-ils que l'enfant de leur fille soit élevée par des homosexuel? Ne risquait-ils pas de vouloir lui enlever?

Si il retournait près de Draco et que finalement ça se passe mal, comment réagirait le blond?

Est-ce qu'une fois encore il le sacrifierait lui au nom du sacro-saint devoir?

Il ne voulait pas revivre ça.

« Lui seul a les réponses à toutes les questions que vous vous posez! Fit près de lui la voix posée de Severus.

Harry tressaillit et tourna la tête de son côté, il ne l'avait pas entendu s'approcher.

« J'ai peur! Avoua t-il dans un murmure.......peur de le retrouver pour le reperdre ensuite.

« Mais si tu ne va pas le voir comment pourras-tu le savoir? Demanda Neville qui s'approcha à son tour, et se saisissant d'un bras de Severus il se colla à ce dernier........ça vaut le coup alors essayes, tu verras bien.

Harru le fixa une seconde puis ramena son regard sur les flammes.

« Ça c'est facile à dire! Soupira t-il.

-

Au petit matin Draco, qui avait passé la nuit dans son fauteuil à somnoler, entendit la sonnette de la porte d'entrée qui semblait être agitée par quelqu'un de furieusement impatient.

Il s'y attendait et ne fut pas surprit en entendant la voix de Blaise parler rapidement à son majordome.

Puis il entendit le bruit d'une course, il devina que c'était son ami qui se ruait dans les escaliers.

Là le cœur battant et tous les sens aux aguets il attendit........mais il n'y eut plus que le silence.

Étreint par l'angoisse il sonna son domestique qui se présenta rapidement devant lui.

« Qui était-ce?

« Mr Zabini, monsieur! Répondit le majordome.

« Et.........il était seul?

« Oui monsieur.

La gorge de Draco se serra, Harry n'était pas venu.

« Apportez-moi mon petit-déjeuner! Souffla t-il, mâchoires contractées par la douleur.

« Tout de suite monsieur!

Seul il laissa couler silencieusement ses larmes, Ron s'était trompé, tout était finit, Harry l'avait oublié.

Il rejeta la tête en arrière contre le dossier, il avait espéré à tort mais pour être honnête il pouvait comprendre que le brun ne veuille plus le voir, il méritait son dédain après le mal qu'il lui avait fait, seulement la compréhension n'enlevait rien à la douleur.

Le sentiment de désespoir et de solitude qu'il ressentit fut si fort qu'il eut envie d'hurler.

-

Essoufflé Blaise s'arrêta devant la porte de la chambre, il prit le temps de reprendre son souffle et ouvrit.

Doucement il pénétra dans la pièce.

Son regard se posa immédiatement sur Ron qui dormait et il s'avança vers le lit, un sourire ému sur les lèvres.

C'était si bon de le revoir enfin.

Il s'assit sur le bord du matelas et se pencha sur le visage du rouquin.

« Ron!! appela t-il........réveilles-toi mon cœur.

Il dû répéter son appel à plusieurs reprises avant que le rouquin daigne ouvrir les paupières, et quand son regard bleu se posa sur lui Blaise y vit d'abord un éclat de joie, qui s'éteignit presque aussitôt.

Ron se redressa brusquement, repoussant par la même occasion le noir.

Sachant que Neville et Severus étaient au courant de sa présence ici il s'était douté qu'ils le mettraient au courant, il n'était donc pas vraiment surprit de le voir, mais la vitesse avec laquelle il était venu ça il ne s'y attendait pas.

« Tu n'aurais pas dû venir! Lui dit-il d'une voix basse et sans colère, il était heureux de le voir mais il avait des choses sur le cœur qui lui faisait mal, même si maintenant, après avoir mûrement réfléchit, il se sentait tout prêt à pardonner un simple baiser.

« Je t'ai....

« Arrêtes! Le coupa le rouquin qui parla avec une sorte de lassitude dans le ton........si tu m'aimais vraiment tu n'aurais pas embrassé Timothy.......mais je te comprends tu sais, il est dix fois mieux que moi.......et toi tu es exceptionnel, comment pourrais-tu te contenter de moi? Je n'arrive même pas à comprendre comment j'ai pu t'attirer, je suis tellement banal, je suis rien.

« Mais qu'est-ce que tu racontes? S'énerva subitement Blaise qui dans le même temps se rapprocha de lui et saisit son visage entre ses mains, ça lui faisait mal de l'entendre se dénigrer ainsi..........tu n'as absolument rien de banal, pour moi tu es unique, tu es celui que j'aime du plus profond de moi..........j'ai fait une erreur stupide Ron et je ne sais même pas pourquoi je l'ai faite, comme un imbécile je me suis laissé faire alors que je n'en avais aucune envie, je ne ressentais rien du tout pour lui.......je regrette tellement...........je ne sais pas ce qui m'a prit, mais je sais que tous les Timothy de l'univers ne te valent pas à mes yeux......s'il te plait ne me repousses pas, tout ce que je désire le plus au monde c'est être de nouveau heureux près de toi........qu'on soit ensemble, chez nous, dans notre auberge..........Ron c'est pas une vie sans toi.

Les larmes aux yeux le rouquin sourit légèrement et posa ses mains par dessus les siennes, il n'avait aucune envie de le repousser parce que lui aussi ne rêvait que d'une seule chose, retrouver le bonheur d'une vie à deux auprès de celui qu'il aimait, dans leur chez-eux.

Blaise, qui le comprit, sourit à son tour et ses yeux sombres s'illuminèrent.

« Je t'aime! Murmura t-il avant de s'emparer doucement de sa bouche.

-

Ils descendirent tous les deux beaucoup plus tard, et après avoir croisé le majordome qui leur indiqua que Draco se trouvait au salon, ils le rejoignirent.

Le blond les surprit par le chagrin bien visible dans ses yeux gris, et après qu'il ai sonné pour leur faire servir un petit-déjeuner, ils se mirent tous les trois à discuter.

Draco leur confiant son attente et ses espoirs déçus.

« Tu veux qu'on parle à Harry? Proposa Ron.......je suis certain qu'il t'aime toujours.

« Oui! Confirma Blaise.......j'en suis certain aussi, mais peut-être qu'il a peur et qu'il hésite, laisses-lui un peu de temps........il a beaucoup souffert tu sais, même si il ne nous en parlait jamais.

« Ça je le sais! Murmura le blond dont le regard se perdit sur les arabesques du grand tapis......c'est la raison pour laquelle je ne veux pas que vous essayiez de le convaincre.......cette décision il doit la prendre seul.

« Je suis d'accord avec toi et puis je suis sûr qu'il prendra la bonne! Approuva Blaise qui sourit à son ami qui avait levé les yeux sur lui......Ron et moi allons nous rendre à Londres aujourd'hui, il faut refaire toutes les commandes pour l'auberge......mais d'abord j'aimerais bien avoir le plaisir de faire connaissance avec ton héritière.

Draco lui rendit son sourire et se leva.

« Suivez-moi!

-

Le blond les conduisit jusqu'à la nurserie, grande pièce très agréable, bourrée de jouets, où il faisait presque une chaleur de serre grâce à un grand feu de cheminée qui crépitait allègrement.

C'était le mois de février et à l'extérieur il faisait très froid.

Quand ils y entrèrent Draco fit signe à Rose, la nourrice, de ne pas bouger du fauteuil où elle était assise, un ouvrage de couture à la main, et il se dirigea vers le berceau où se trouvait sa fille.

Cette dernière étant réveillée il la saisit avec précaution dans ses bras, en lui chuchotant des mots tendres et câlins, puis se tournant vers Blaise il la lui tendit.

« Je te présente Harriette! Fit-il fièrement.

Le noir la prit dans ses bras, Ron près de lui, et il l'observa tandis qu'un doux sourire apparaissait sur ses lèvres.

« Elle est tellement petite! Murmura t-il, attendrit par la petite bouille aux traits si délicats qui le fixa......que tu es belle, une vraie princesse.

Il voulut caresser sa joue veloutée d'un doigt mais le bébé s'en saisit en gloussant de contentement et le serra.

Le sourire de Blaise s'agrandit, ces doigts si minuscules autour du sien étaient tellement parfaits, si fragiles aussi.

En la regardant un regret intense lui vint lui serrant fort le cœur, Ron, qui de son côté ressentait la même chose, et lui n'aurait jamais de famille.

Avec beaucoup d'émotion il déposa tendrement un baiser sur le front du bébé et la rendit à Draco.

« Elle est magnifique.

Le blond opina avec un grand sourire de fierté paternelle avant de la remettre dans son berceau et ils quittèrent la pièce.

-

Une demi-heure plus tard, leurs chevaux sellés, ils quittèrent le manoir.

De derrière sa fenêtre Draco les suivit des yeux autant qu'il pu, avec leur départ son sentiment de solitude était encore plus pesant.

-

Ron et Blaise arrivèrent à Londres le lendemain matin, le trajet du manoir de Draco jusqu'à la capitale prenant plus d'une journée ils avaient passés la nuit dans une auberge, ce qui les avaient beaucoup amusés, ils étaient si amoureux et heureux d'être de nouveau ensemble qu'un rien les faisait rire.

Ils passèrent la matinée chez leurs fournisseurs habituels pour renouveler leurs commandes, et alors qu'ils se rendaient chez le dernier qui habitait du côté opposé où ils se trouvaient, ils décidèrent de couper au plus court en traversant l'un des quartier les plus misérable de la capitale.

C'était un endroit lugubre, un amas de taudis où prostituées pour la plupart syphilitique, ivrognes et criminels de la pire espèce et en tout genre vivaient dans la plus malsaine promiscuité, il n'y régnait que violence et indifférence pour le sort d'autrui, c'était la loi du plus fort qui dominait et la pitié y était inconnue.

Dans ce quartier malfamé il y avait quand même aussi quelques familles d'ouvriers honnêtes qui tentaient de survivre, exploités par des manufactures qui se comportaient, en toute légalité, pire que des esclavagistes, mais ces ouvriers n'étaient qu'une poignée au milieu de la lie.

Ron et Blaise le traversaient d'un pas rapide, tenant leurs chevaux par la bride à cause de l'étroitesse des ruelles, et étaient presque au bout quand des cris et des hurlements d'enfants les firent s'arrêter.

A deux pas d'eux ils virent surgir d'une porte cochère une grosse matrone qui traînait deux petits gosses hurlants par les cheveux, et qu'elle jeta au milieu de la rue sans aucune pitié.

« Votre mère est morte, le croque-mort va venir la chercher, elle payera plus le loyer.......y a déjà quelqu'un qui attend la place, alors du balai les mioches, c'est pas un orphelinat ici! Leur cria t-elle en crachant sa chique au sol.

Abasourdis et indignés Ron et Blaise la virent refermer la porte et leurs regards se portèrent sur les deux enfants qui s'étaient relevés et se tenaient serrés dans les bras l'un de l'autre, l'air perdu et terrorisé.

Il y avait un garçon et une fille, frère et sœur, tout jeunes, le premier devait avoir à peine dans les deux ans, la seconde dans les trois quatre ans.

Les yeux sombres de Blaise se fixèrent immédiatement sur cette dernière avec surprise et intérêt, elle possédait pour son âge la plus belle chevelure qu'il ai jamais vu, le plus étrange c'est qu'elle semblait avoir été très bien entretenue et dans cet endroit sombre et sordide elle faisait comme une splendide tâche de couleur.

C'était une véritable crinière, épaisse, brillante..............et rousse.

-

A bientôt!