Nouvel OS, nouvelle musique...
Et merci à toi, Minia, pour ton com'. J'ai l'impression en te lisant que tu t'es vraiment prêtée au jeu, et je suis ravie que tu aimes !
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Rodéo
(Zazie)
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Il ne savait jamais sur quel pied danser avec lui.
Le serpent soufflait sans cesse le chaud et le froid. Un jour plus tendre que Tristan envers son Iseult, le lendemain plus cruel qu'Othello face aux larmes de Desdémone. Il murmurait des mots d'amour la nuit, au milieu des draps épars, tout en embrassant la peau couverte de sueur qui s'offrait à lui. Mais il suffisait de le croiser au milieu du monde le lendemain matin pour qu'une phrase assassine ne poignarde ses rêves, le laissant parfois sans voix parmi les ricanements des élèves en vert.
Et pourtant, Harry savait que l'autre ne jouait pas.
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Impossible de feindre ces regards plein d'émotion qu'il posait sur lui quand ils faisaient l'amour. Impossible d'imiter les soupirs de bien-être qui accompagnaient inévitablement leurs étreintes câlines au détour d'un couloir ou d'une salle vide. Et ces heures passées à regarder les étoiles côte à côte... Et ces soirées silencieuses à déguster un verre devant le feu... Malefoy était comme un cheval sauvage. Un seul homme pouvait l'apprivoiser, mais dès que d'autres humains approchaient, il redevenait fou et intouchable. Il n'offrait que des mensonges aux yeux du monde. Seul Harry avait droit à la vérité. Et la vérité faisait mal, toute amoureuse et délicieuse qu'elle était.
Et Harry était accro. Etrange sensation que celle d'une dépendance qu'on sait dangereuse mais qu'on ne peut repousser. On souffre, on déguste, on sait qu'on va douiller... Mais il n'y a rien à faire, on reste. Bon sang, qu'est-ce que c'était que cette créature pensante qui courait après le bonheur sans aucun pragmatisme ? N'importe quel animal savait éviter la douleur et le danger pour mieux vivre et survivre... Mais pour l'humain, rien à faire. Harry était-il d'une espèce si intelligente que ça ? Il avait du mal à le croire.
D'ailleurs il ne se passait pas un soir sans qu'il ne se retrouvât sur l'une des tours crénelées à ciel ouvert. Pas un soir sans qu'il ne restât là, comme un idiot à regarder au loin en pensant à tout ce qu'il subissait. Une bouffée d'oxygène avant de retourner dormir ; un quart d'heure de lucidité avant des heures d'oubli.
« Toujours à prendre l'air, par n'importe quel temps. Tu te rends compte de la température qu'il fait ?
- Draco... Je t'ai déjà dit que j'aimais être seul ici.
Il ne se retourna même pas. Pas envie. S'il regardait le paysage lointain avec assez de concentration, il pouvait presque fuir de cet endroit pour se perdre dans le monde. Fuir et oublier cette ridicule tour, ridiculement concrète et étriquée...
- Tu m'en veux pour cette après-midi ?
- Non, même pas. Je ne t'en veux pas, je ne t'en veux plus. Ca fait longtemps... Je comprends, je comprends tout de toi. Tu changeras pas, alors la rancune ça servirait à quoi ? Je vais pas m'épuiser à t'en vouloir.
Il sentit le Serpentard qui s'approchait du rebord, pas loin de lui.
- T'es vraiment doué.
- Et toi t'es nul, et t'espères que je serais doué pour deux. Le pire c'est que je peux même pas te dire que tu te trompes.
- Je ne te mérite pas.
Et voilà. C'est dans des moments comme ça que Harry ne savait plus qui était qui. Jouait-il la comédie quand il l'insultait, ou quand il l'admirait ? Pervers ou lâche, le caractère était au choix.
- C'est pt'être vrai, mais en attendant je suis encore là. Si tu veux te débarrasser de moi, mon vieux, faudra ruer plus fort. N'espère pas m'avoir à l'usure. Je t'aime et je m'accrocherai.
- Tu peux pas forcément me sauver, Potter.
- Sauve-toi toi-même ! Rétorqua-t-il. Si t'es pas capable de changer pour moi, alors tant pis. Mais faudra me le dire en face, parce que sans ça je renoncerais pas. »
...
Draco ne cesserait jamais d'être Draco. Jamais il n'avouerait avoir changé sa haine en amour et son coeur de glace pour un coeur de velour. Enfin... Peut-être un jour. Peut-être après la guerre.
En attendant, jamais Harry et lui n'abandonneraient leur rodéo. Parce que c'était peut-être douloureux, mais chaque chute les rendrait plus forts. Et lorsqu'ils seraient assez forts, alors ils pourraient supporter l'un et l'autre d'entendre dire que les animaux ombrageux qu'ils étaient avaient été domptés.
