Un nouvel OS nocturne fini il y a quelques minutes. Une histoire liée à Draco sur un air d'inspiration classique (E lucevan le stelle revisité par le violoniste Edvin Marton).
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Visera: Merci pour ta review. Je suis heureuse que tu aies apprécié ces one-shot en dépit de la musique (c'est vrai qu'il n'y a jamais qu'une seule façon de lire). Et tu as parfaitement saisi ce que je voulais faire passer dans ce 4ème chap : il n'y a pas qu'une façon de vivre l'amour. J'espère que cette suite te plaira, même sans musique... XD
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Tosca
(Puccini par Edvin Marton)
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« Cette infamie doit cesser sur-le-champ !
- Jamais ! »
Une gifle résonne et Draco détourne la tête, la lèvre en sang, déchirée par une lourde chevalière argentée. Ses yeux se font perçants alors qu'il se relève pour faire face à son père. Ce dernier s'éloigne, les doigts crispés sur sa canne d'apparat. Mais le jeune homme ne se croit pas à l'abri : c'est le calme avant la tempête. Très bien. Il va voir à quel point son fils est à son image.
« Je ne te demande pas ton avis, mon cher enfant. J'ignore quelle folie t'a saisi, mais il est hors de question de te laisser sombrer ainsi.
- Si seulement cela pouvait se soigner, père... Malheureusement je crains que vous n'épuisiez votre fortune en vain.
- Je ne parlais pas de ton homosexualité, stupide garçon !
- Mais moi non plus.
Draco aime avoir ce sourire si fier... Il aime la façon dont ses lèvres s'étirent pour former cette expression emplie de confiance et de superbe. Ensuite c'est sa voix qu'il transforme pour la rendre aussi douce et froide que le satin. C'est bien sûr son père qui lui a tout appris. Maintenant il est temps de voir si l'élève a dépassé le maître.
- Il suffit Draco ! Espèce de fou ! Sais-tu seulement que chacun de tes mots peut te condamner à une mort certaine ?
- Me condamner ou VOUS condamner ?
- Est-ce que tu te moques de la vie de tes parents ?
- Oui. »
Le mot tombe comme un couperet, et pour la première fois en 17 ans Draco lit de la stupéfaction dans les yeux de son père. Etrangement, lui aussi est surpris. Jamais il n'aurait cru que cette espèce d'anathème qu'il vient de prononcer lui coûterait si peu. Son coeur n'est pas étreint par la moindre once de culpabilité. Il en trop vu, trop subi. Il sait qu'après ce soir, une autre vie l'attend, où il en aura fini avec toute cette peur stupide qui empoisonne l'existence des Malfoy.
Seulement l'expression immédiate du maître de maison n'est pas faite pour le rassurer. Pour l'autre vie, on verra plus tard. Il faut déjà survivre à l'affrontement qui vient.
Lucius marche sans rien dire, les yeux rivés sur le sol. Les mains plongées dans les poches de son complet noir, le jeune homme ne quitte pas les lèvres de son père du regard. Il n'en a pas l'air ainsi, mais ses muscles n'ont jamais été plus tendus. Cela peut se produire à n'importe quel moment...
« Endoloris !
- Protego !
Le premier sortilège rebondit sur le second tandis que les deux hommes se jaugent de nouveau.
- Magie sans baguette ? Tu as progressé, mon fils.
- Grâce à lui.
- Tais-toi !
Le sourire de Draco renaît et s'élargit.
- Ca vous fait mal, n'est-ce pas ? Entendre son nom écorche vos précieuses oreilles. Penser que Harry Potter et moi...
- Silence !
- Que Harry et moi vivons ensemble, rions ensemble, couchons ensemble... Toutes ces années, tout ce temps que vous avez perdu avec moi... L'investissement n'est pas à la hauteur de vos espérances.
- Le Seigneur des Ténèbres te tuera pour cela.
- Comment pourriez-vous soutenir ce regard qui se pose sans haine sur le Survivant ? Comment pourriez-vous serrer cette main qui a caressé maintes et maintes fois son corps ? Je transpire son essence, je suinte mon amour pour lui.
- Je te tuerai.
- Rien n'est moins sûr. Contre Voldemort je n'aurais aucune chance, mais contre vous...
Bien sûr ce n'est pas stratégique de s'exposer ainsi, dans la demeure de celui qui va devenir un ennemi. Mais il y a trop longtemps que Draco attend de s'envoler. Pour Harry mais aussi pour lui. Lucius n'est qu'un ersatz de noblesse à côté de lui. Le jeune blond sait que le monde peut lui appartenir, mais pour cela il doit se débarrasser de tout ce qui l'entrave. Or Face-de-serpent et son géniteur l'empêchent d'avancer et de s'accomplir. Leurs ego le gênent.
- Alors tu en es là ? Tu attaquerais ta propre famille ?
- Tout dépend si vous me laissez repartir sans encombre de cette maison ce soir.
- Pour que tu ailles salir notre nom aux côtés de ce sang-mêlé ?
- Pour que j'aille le désinfecter plutôt.
Le plus âgé sourit à ces mots.
- Si jeune, si naïf... Fait-il en secouant la tête. Que crois-tu ? Qu'ils vont oublier tout notre passé simplement en croisant ton regard ? Tu passeras pour un opportuniste, tu seras l'hétaïre de Potter à leurs yeux ! Une pauvre petite créature qui passe d'un maître à un autre...
- TAISEZ-VOUS !
Le jeune homme se mord aussitôt la lèvre inférieure. Il n'aurait pas dû perdre son calme. Mais c'est plus fort que lui : la peur d'être un jour soumis à quelqu'un lui ronge les sangs ! Respirer, respirer encore... Être superbe, être un Malfoy.
Il a dit ce qu'il avait à dire. Maintenant il peut s'en aller.
- Où vas-tu ? S'étonne la voix de son père alors qu'il vient de lui tourner le dos.
- Je prends congé, bien sûr. Je ne suis pas venu ici pour un quelconque chantage, je n'attends ni n'espère rien de vous. Oh, inutile de sourire ! J'ai pris mes dispositions, votre argent ne me manquera pas.
D'ailleurs Harry risque de faire une drôle de tête en voyant que son coffre à gallions se remplit au lieu de se vider. Il devrait peut-être le prévenir quand même, histoire d'éviter une prise de bec inutile.
- Je ne suis pas un lâche, contrairement à vous. Je vous ai fait part de mes intentions, et vous fais mes adieux.
Il aimerait pourtant bien se venger du coup de chevalière, mais bon... Ce n'est pas le plan. Seulement, Draco sent un frisson saisir sa colonne vertébrale alors qu'il s'éloigne par la porte du grand salon. Un sourire sans joie glisse sur ses lèvres. Il le savait, il était sûr que ça se passerait ainsi. C'est maintenant que les choses sérieuses commencent.
- Crois-moi Draco, tu n'es pas libre de faire ce que tu veux.
Personne n'est jamais libre.
- Penses-tu vraiment pouvoir changer de camp devant moi et retrouver ton... pathétique compagnon caché au fin fond de l'Angleterre. Voilà à quoi leur Sauveur en est réduit. Il erre et se traîne au hasard en espérant échapper à notre Maître. Il n'existe aucun refuge pour lui et ses amis.
Tant mieux, j'ai toujours aimé dormir sous les étoiles.
- Draco, tu ne partiras jamais d'ici. »
Il y a des chances, je sais.
Il fait encore un pas vers la sortie du manoir et n'a que le temps de saisir le sens de l'incantation lancée vers lui avant que l'Imperium ne le frappe de plein fouet. Son corps s'immobilise et se retourne lentement en direction de son tourmenteur. Ses yeux gris se font tristes et navrés, mais Lucius est trop contrarié pour noter l'incohérence.
« Je t'avais dit que tu ne partirais pas de cette maison. Pourquoi se donner tant de mal pour rien ? Tout ce que tu as fait jusqu'ici n'a servi à rien. Tu n'es pas libre, mon fils.
Draco ne réagit pas et marche à nouveau en direction de son père, fixant la lueur d'approbation qui s'est allumée dans son regard un peu fou. Plus près, et encore plus près... Il finit par se retrouver à quelques centimètres de l'autre visage qui l'examine avec condescendance.
- Tu ressembles tant à ta mère par certains aspects. Cette fougue désespérée et irréfléchie que vous manifestez parfois...
- Merci du compliment. »
Et le poing de Draco s'abat sur le ventre du Mangemort qui en a le souffle coupé. A peine a-t-il le temps d'être surpris qu'un deuxième puis un troisième coup le font rouler à terre. Sa baguette s'envole au son d'un Expelliarmus particulièrement puissant et un pied avisé écrase aussitôt le bras portant la Marque des Ténèbres pour l'empêcher de L'appeler.
« Quand même... Fait le jeune blond en rangeant à nouveau ses mains blanches dans les poches de son pantalon avec désinvolture. Tu aurais pu trouver autre chose pour le désarmer. Je ne suis pas un barbare pour frapper les gens comme ça.
- Il s'en serait rendu compte si tu avais sorti ta baguette. Les poings c'est peut-être moldu et rustre, mais en attendant ça surprend toujours les aristocrates, répond une voix chaude et pas tout fait inconnue.
Lucius grimace, le bras toujours broyé par le poids de son fils, et relève un regard incrédule vers l'intru aux yeux verts.
- Pauvre fou ! Crache-t-il.
Mais il se retrouve aussitôt sous la menace de deux baguettes.
- Ton père n'a vraiment aucune curiosité intellectuelle. Il ne nous demande même pas comment on a fait ?
- Je peux me tromper, mais je crois que ça le tuerait de te demander quelque chose. Tu as mis ma mère à l'abri ?
- Ne t'en fais pas, tout va bien.
Il y a quelque chose dans leurs paroles et leurs regards... Il en a mal au coeur. Mais surtout il pense à la réaction du Seigneur, à sa fureur à venir. Son fils mourra pour avoir rejoint Potter, mais lui n'est pas sûr de survivre non plus très longtemps à cette nuit.
- Tu avais déjà subi un Impero, n'est-ce pas ? Siffle-t-il. C'est pour ça que je ne t'ai rien fait.
- Vous n'avez vraiment aucune imagination.
Et Draco le pétrifie avant de s'éloigner, un bras autour des épaules du Survivant.
- Harry et moi sommes mutuellement sous Imperium depuis six mois, depuis son départ. Il m'enjoint et je lui ordonne... Vous ne pourrez jamais vous servir de l'un pour tuer l'autre.
- Une véritable idée de Serpentard, sourit le brun. Mais il faut reconnaître que c'est efficace. Sans compter tous les petits avantages... en nature.
Lucius a un sourire presque triomphant.
- Toi qui ne voulais pas de maître, mon fils, tu n'as rien compris... Regarde-toi, toujours sous les ordres de quelqu'un, comme moi.
- C'est vous qui n'avez rien compris, père. Vous ne serez jamais qu'un serviteur, mais moi...
Et le jeune homme a de nouveau ce sourire, celui que Harry appelle ''le sourire numéro 1''... Le sourire des vainqueurs.
- Moi, par amour, je peux commander à l'homme le plus puissant de la Terre. »
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THE END
Décidément j'aime beaucoup le caractère des Malfoy. En bien ou en mal, ce sont vraiment des personnages tout en relief.
Bon... Dodo et on arrête de blablater à la fin des OS... Bonne nuit.
