13 janvier
Un vague moment de la journée.
Le soleil brille trop fort et le bruit de la pendule m'énerve. Mon café me semble beaucoup trop consistant pour être ingéré. Le diagnostique est clair: observons l'effet déviant sur notre organisme.
Bon, hier soir...
Shura...
Le début, ça va... La musique, le premier verre, l'ambiance de surboom-de-collège-je-peux-pas-je-tiens-le-sac-à-ma-copine...je visualise.
Ensuite, deuxième vague, deuxième verre, quart d'heure rétro, une âme charitable vire Demis Roussos des platines. (Quoique sa chanson "le Grec" faisait doucement rigoler Camus). Troisième temps, ça se précise, musique sourde, alcool fort...it is ze rizum of ze nïteu.
Enfin, stade ultime, post cataclysmique, l'élite guerrière de l'humanité est prête à jurer que l'axe de rotation de la Terre se situe en Grèce. Et que les bouteilles se reproduisent. Aldé se lance dans une version très personnelle de Tirlipimpon sur le chiwawa, (allez, en choeur!) et deux imbéciles ont l'alcool philosophique dans les chiottes. C'est une règle immuable de la beuverie. Il en faut toujours au moins deux, qui ont généralement atteint le stade "moi je pense que, tu vois, que la religion/la politique/Marie Christine/ le cannabis/ la taille du sexe de ****(rayer les mentions inutiles) c'est vachement important de penser que, en fait, si t'y réfléchis... ." qui se tape un délire verbal, un sur la cuvette des chiottes, l'autre allongé dans la baignoire. Aiola tente les pompes sans les mains, y'a pénurie de papier OCB. Shura gémit sous les mains d'Aphrodite qui lui masse les épaules.
Je sors prendre l'air deux minutes, et je tombe sur Saga qui embrasse Mu contre un pilier. Autant pour moi. Y'a deux trois trucs qui dessaoulent bien...On va réparer ça.
Je rentre, j'attrape la première bouteille et le joint que me tend quelqu'un...
**********
13 janvier
fin d'après midi.
Aphro vient de repartir. Enfin, je viens de le foutre dehors. J'ai mal au crâne et il est heureux. Deux bonnes raisons pour que, en ce moment précis, il m'insupporte.
J'en étais où?
Oui, Mu, Saga, et ma bouteille de gin.
Je me souviens pas bien de la fin de la soirée. Ce qui est con, c'est qu'il m'a dit que lui non plus. Pourtant, il est plus du genre Nirvana que paradis artificiels.
Bref, six heures du mat, j'ai des frissons, je claque des dents et je sens que ça remue dans le lit à côté de moi. Je grogne, je crois. Dans ma tête, l'image vague qu'Aphro n'a aucune raison de me réveiller si tôt. On peut même pas appeler ça une pensée, juste la sensation confuse que mon corps refuse l'idée d'émerger et que l'insistance d'Aphro relève du sadisme, voir de la
tentative de meurtre. Finalement, je lui attrape le poignet, moitié pour qu'il arrête, moitié parce qu'une petite cuillère me fait subitement très envie. Il pousse un cri de pucelle. J'ouvre les yeux. C'est pas ce que j'avais commandé. Je voulais la Petite Sirène et j'ai Ken Siddharta. Et il est pas content-content, Little Bouddha. Je me redresse, doucement, et les bois entament la 9 ème symphonie. Autour de nous, c'est le chaos. Les draps sont humides, plus bordés du tout, entortillés autour de nos jambes. Je refuse de m'interroger sur la lanière cassée qui pend à la tête de lit.
Comme un con, je lui demande ce qui c'est passé. Comme un con, il me dit qu'il n'en sait rien. Je m'extirpe des draps sus décrits et je me lève. Shaka me regarde avec son attitude hautaine qui colle assez mal avec sa nudité entortillée dans un drap froissé et ses cheveux emmêlés qui lui chatouillent les reins. Je commence à fouiller dans les vêtements qui jonchent le sol pour retrouver mes propres fringues. La mission est un succès partiel.
Il est beau, tout seul au milieu de son grand lit orange, presque perdu dans les voiles et les coussins. Je descends le Sanctuaire. Très probablement. Et je m'effondre sur mon lit. Je suis pas près de me lever.
Aphrodite a passé la nuit dans la dixième maison.
Ce soir, je me mate la trilogie Die Hard. Dans ces cas là, y'a que ça à faire.
