20 janvier
matin
Quand je suis rentré, hier soir, j'avais plein de trucs qui me tournaient dans la tête. J'avais un peu honte de moi (rarissime!) d'avoir embrassé Mu. Je me demandais si je devais le dire à Shaka, ou ne rien faire. En plus, il y avait une partie de moi qui manifestait bruyamment avec banderoles et mégaphones pour m'ordonner de descendre illico chez Mu et lui faire subir
les derniers outrages sur les marches de sa Maison. Ca a fini par m'énerver, et comme j'avais pas de quoi me faire un capuccino, et qu'Aphrodite m'avait gentiment laissé la récolte (un grand cru) d'une de ses chéries (une vraie Madame Madrigal, ce cher Poisson), je me suis fumé ça avec un verre de gin sur fond de jazz méchamment chialando. J'ai abouti au combat homérique d'un angelot et d'un diablotin qui se boxaient jouissivement sur mon torse en répétant "Mu!" "Shaka!""Mu!" "Shaka!"
Bref, j'en étais à flotter doucement dans les brumes hypnagogiques de l'aurore imminente quand Shaka est arrivé, frais (enfin, plus que moi, quoi) sorti de son Conseil des Grand Que Je Me La Pète. Tout sourire, s'est posé au pied de mon lit. J'ai failli trouver le courage de lancer la discussion (au petit matin rose après une nuit blanche, je considère qu'on peut appeler ça
du courage).Mais Shaka avait d'autre plans qui se sont surimposés aux miens. Je ne sais pas ce qu'ils boivent comme café au palais mais ça les maintient sacrément en forme. Il a glissé sa main sous son sari et je suppose qu'il doit y avoir un cordon magique ou un bouton-pression parce qu'il a à peine bougé que son vêtement est tombé à terre, autour de lui, comme une statue divine qu'on révèle au commun des mortels un jour de procession. J'en ai perdu l'usage de la parole. C'est...éblouissant comme spectacle. Epiphanique. Surtout que
d'habitude je passe une plombe à me dépêtrer des couches successives de tissu. Il s'est laissé mater, arrogant et magnifique, heureux que je le regarde. Vous vous êtes déjà demandé ce que Shaka portait sous son sari? Des bijoux. Des tonnes de bijoux. Des colliers et des bracelets bouddhiques de grosses perles de bois, des bijoux de métal qui cerclent ses bras, ses
chevilles, son cou. Des pierres, des bijoux bizarres, exotiques, des amulettes, et même une croix nouée sur sa nuque d'un cordeau de cuir. J'ai déliré, avec ça. Si ma pauvre Maman avait vu ce que j'ai fais à ce crucifix d'ébène posé sur le torse de Shaka... Le plus beau blasphème de ma vie.
Une nuit de plus à préférer les bras de Shaka à ceux de Morphée. Je me demande comment font les gens normaux, moi, même avec mon entraînement de chevalier, j'ai du mal.
Au petit dej, enfin, quand on s'est enfin levé (quelle heure pouvait-il bien être?) on a discuté. Mais j'ai pas osé parler de ça. Je ne pouvais pas. En fait, je crois que j'ai pas eu envie que Mu participe à mon petit dej. Et Shak' n'aurait pas apprécié que je lui serve le Bélier au milieu d'un réveil câlin.
Par contre, il m'a raconté qu'ils avaient parlé de moi, au Conseil. Mais en Petit Conseil, alors il n'a entendu que des bribes et des échos. Je me demande bien de quoi ils ont parlé, j'ai été plutôt sage, ces temps-ci. Même le Père Noël m'avait amené un cadeau, alors... Enfin, bon, apparemment moi et mon cosmos auraient réveillé je ne sais quoi je ne sais où...Au début je me suis demandé si ça n'avait pas un rapport avec Shaka. Mais il a rigolé et il a dis que ce que je réveillais chez lui, le Conseil n'avait pas à le savoir. En me posant la main sur la preuve flagrante de son éveil. On s'est recouché. J'ai un peu l'impression d'être devenu monomaniaque.
Après, il a pris une douche et il est reparti.
Je vais monter à l'Aquarium, j'ai besoin de discuter un peu avec des spécialistes.
