Chapitre 3 - En ville

.

Dans une réalité d'un autre temps... d'un autre temps, d'un autre monde... J'ai toujours adoré dire ça! Mais ce n'est pas ce que vous voulez savoir, je me trompe? Non, évidemment. Vous voulez savoir ce qui est arrivé à Sam. C'est légitime, je me suis fait un devoir de vous raconter cette histoire, je me dois donc d'aller jusqu'au bout. Mais je m'égare. Revenons-en à Sam.

oOo

Elle fait le tour de la clairière sans apercevoir personne, ni trace d'une quelconque activité humaine. Elle retourne près du DHD.

Elle n'a pas trente six solutions. Ne connaissant pas cette réalité, elle préfère ne pas prendre de risque et aller vers un endroit qu'elle connaît. Elle contemple pensivement le cadran. Finalement elle compose une adresse. Elle regarde la porte s'activer en silence. Elle s'en approche. Elle souffle un bon coup et passe la porte, appréhendant ce qu'elle va trouver.

.

Elle atterrit dans un hangar. La pièce est éclairée par la lumière du jour. L'activation de la porte a fait une ouverture circulaire dans le bois qui compose l'immense caisse dans laquelle elle se trouve. Le reste du vaste hangar est encombré de caisses de différentes tailles. La porte se referme derrière elle. Elle se trouve dans un angle de l'entrepôt. Elle guette les bruits alentours, mais n'entend rien.

Sur ses gardes, elle repère une sortie et avance prudemment pour la rejoindre. Elle n'est pas armée. Elle s'en était débarrassée pour travailler plus facilement sur la machine ancienne, tout comme son gilet par balles et son sac.

Elle ouvre la porte et se retrouve sur un parking. Elle est sur une base militaire, celle de Washington. Elle la reconnaît, elle y est déjà passée, en 1969!

Elle se faufile discrètement entre les véhicules, évitant les patrouilles. Elle parvient à atteindre le poste de garde et le passe comme si de rien n'était. Les soldats en faction la saluent, leurs regards focalisés sur ses formes. Pour une fois, elle s'en félicite, elle évite ainsi d'éventuelles questions.

Une fois dans la rue, elle peut constater qu'elle est en périphérie de la ville. Faute d'argent, elle se résigne à marcher pour rejoindre un cybercafé, seul lieu où elle pourra se débrouiller pour avoir de l'argent et trouver une solution pour pouvoir repartir chez elle.

.

Elle passe plusieurs pâtés de maisons, puis se rend compte que sa tenue vestimentaire attire l'œil. Une femme militaire n'est apparemment pas courant dans ce coin de la ville. Elle traverse en ce moment un quartier résidentiel.

Elle s'accroupit et passe son pantalon par dessus ses rangers, elle enlève ensuite sa veste et l'attache à sa taille. Enfin elle détache ses cheveux et les laisse reposer sur ses épaules. Après en ce n'est plus la militaire qui attire l'œil, c'est la femme, et, dans sa situation, c'est beaucoup mieux!

Elle reprend sa marche. Bientôt, elle avise un journal jeté dans une poubelle, à l'angle d'une rue. Elle s'en approche. Elle va enfin savoir à quelle époque elle est arrivée. Elle s'en empare sans se soucier des gens autour d'elle. Elle cherche la date, la trouve et soupire. Elle vient de remonter le temps, de treize années exactement.

.

Sam a finalement réussi à trouver un cybercafé en centre ville. Ça n'a pas été évident. Elle a passé une quinzaine de bars avant d'aviser une feuille scotchée à la porte d'un établissement vantant les mérites des machines ayant une connexion à la toile.

Il présente une devanture à la peinture ternie par le passage du temps. L'aspect couleur de boue des murs n'a rien d'engageant. Elle pousse la porte de l'établissement avec un brin d'appréhension. L'endroit est propre et bien tenu, contrairement à ses attentes. Elle jette un regard à la pendule accrochée au mur. Il est 14h. Dans un angle de la vaste salle se trouve quatre ordinateurs. C'est peu. Au vu de l'agencement des meubles, le propriétaire vient sans doute d'en faire l'acquisition il y a peu de temps.

Elle s'approche du comptoir, cherchant des yeux les tarifs. Elle tombe enfin sur une petite affichette, à côté de celle des boissons : 5 $ de l'heure. C'est trop cher à son goût. Quoique, en y repensant bien, c'est normal. Le temps des écrans plats et de l'accès à internet facile n'est pas encore venu. Et puis le patron doit amortir l'investissement.

Elle fouille dans la poche arrière de son treillis. Elle en ressort deux dollars. Elle soupire, c'est loin d'être suffisant, pourtant, c'est déjà une chance qu'elle en ait oublié là. Il lui faut plus d'argent.

Elle avise trois hommes accoudés au comptoir. Le premier est dans ses âges et les deux autres sont un peu plus jeunes. Elle réfléchit rapidement. Elle n'a pas beaucoup de temps, ils viennent de la voir. Le barman s'approche. D'un instant à l'autre il va lui demander ce qu'elle veut.

Elle passe rapidement en tête les options qui s'offrent à elle. Elle n'en garde qu'une. Une qui ne lui plait pas énormément, mais elle n'a rien d'autre, un moyen de leur soutirer de l'argent.

.

Sa décision prise, elle s'approche des trois hommes un grand sourire sur son visage. Ils la détaillent de haut en bas. Une lueur d'intérêt s'allume dans leurs yeux. Elle n'a rien de vicieuse, ils la trouvent simplement attirante. Un fin sourire passe sur les lèvres de chacun. Ils cherchent déjà la façon de l'aborder, se trémoussant comme des coqs. Le sourire de Sam s'élargit, engageant. Elle vient de piéger ses proies.