Inimité brûlante
Marcus Flint avait grogné quand il avait aperçu son ami, Terence Higgs, sur son perron, à huit heures du matin. De suite, Adrian Pucey était arrivé lui aussi pour la réunion d'urgence que Terence avait suscité en leur envoyant à tous les deux un hibou. Ils avaient d'un commun accord opté comme lieu de réunion le Manoir Flint, et ils étaient ainsi, dans le bureau de Marcus, Terence arborant une mine sombre et crevée.
-Tu dis donc que Pansy est revenue avec un gosse qui est le tien, commença Adrian, stupéfait.
-Un parfait mélange, Adrian, fit Terence, las.
-Tracey va être furieuse de savoir que sa meilleure amie est de retour et qu'elle ne l'a même pas prévenue. Ni de sa grossesse, ni de son accouchement et elle va insister terriblement pour être la marraine de ton fils.
-Daphné aussi, contrecarra Adrian en souriant.
-Je suis pas là pour parler de qui sera le parrain ou la marraine, les coupa Terence, sérieusement préoccupé. Qu'est-ce que vous pensez que je dois faire ?
-Qu'est ce que tu veux faire toi, Terence ? Demanda Marcus, d'un ton bourru.
-Je veux reconnaître mon gamin. Même si cela doit causer un scandale de savoir que j'ai couché avec Parkinson et qu'un enfant soit né hors des liens d'un mariage sacré de Sang-Pur. Je veux que ce gamin s'appelle Donaghan Higgs, et non Donaghan Parkinson. Déjà, il n'est même pas inscrit sur les registres du Ministère de la magie.
-C'est normal Terence. Beaucoup d'enfants sont dans ce cas quand ils sont illégitimes. Il n'y a pas de quoi s'affoler, répliqua Adrian en croisant les doigts, pensif. N'importe qui peut reconnaître un gosse même trois ans après sa naissance. Il suffit de signer quelques papiers, mais Pansy aussi doit le faire.
-Elle ne refusera pas, asséna Terence, sûr de lui. Je compte également la demander en mariage pour le bien de Donaghan.
-Il ne faut pas non plus que la société croit que tu l'épouses parce que tu lui as fait un enfant, Terence, ajouta Marcus, sourcils froncés. Il faut que tout le monde croit que tu as eu une histoire avec elle, qu'il y a eu un malentendu, qu'elle est partie et a découvert qu'elle était enceinte ensuite, et qu'au final, elle n'a jamais eu le courage de te dire qu'elle avait eu un enfant.
Le plan de Marcus semblait tout à fait recevable, mais une question importante subsistait. Pansy accepterait-elle toutes les décisions de Terence ? Car c'était elle la mère de Donaghan, c'était donc elle et elle seule qui avait le pouvoir de faire de Terence le père légal de Donaghan. Telles étaient les règles des Sang-Pur depuis la nuit des temps. Malgré la place inférieure de la femme dans leur société, c'était elle qui avait le pouvoir sur les enfants, sur les héritiers. Et plus que tout, malgré son apparence assurée, Terence craignait que Pansy refuse qu'il reconnaisse Donaghan et qu'elle soit juste venue pour qu'il voit son père.
-Il faut que j'en parle d'abord avec elle, conclut Terence. Sérieusement.
Adrian et Marcus acquiescèrent, chacun à leur manière. Quoique Pansy déciderait, ils soutiendraient leur ami.
-Mais pour le moment, n'en parlez ni à Daphné, ni à Tracey.
-C'est trop tard, mon chou. On a tout entendu, intervint Daphné d'une voix douce.
Tracey Flint et Daphné Pucey se tenaient sur le seuil de la porte du bureau de Marcus. Tracey fusillait de son regard bleu électrique son cher et tendre époux tandis que Daphné ignorait son mari.
-Voyant que mon homme avait reçu le hibou de Terence à une heure un peu matinale, et m'entretenant vite fait avec Daphné par la Cheminée, j'apprends que son mari a elle aussi avait été convoqué. On se demandait ce que vous nous cachiez parce que d'habitude, Terence ne se gêne pas pour larmoyer devant nous, donc on vous a écouté, fit Tracey en serrant un peu des poings.
-Tracey, soupira Marcus.
-Chut Flint, tu es un menteur, le coupa Tracey en levant la main. Quant à toi, Terence, jure-moi que tu disais la vérité. Jure-moi que Pansy est vraiment de retour avec un gosse de toi.
Terence fixa pendant quelque secondes son amie tachetée de taches de rousseurs sur les bras, et soutint son regard électrique avant de dévier sur Daphné, qui avait l'air tranquille, mais qui dégageait une froide autorité. Ces deux femmes avaient réussi à faire plier Marcus et Adrian à leurs exigences et il n'était pas capable de se mesurer aux deux à la fois.
-Je ne mens pas. Pansy est au manoir avec mon fils. Donaghan.
Réalisant l'ampleur de la situation, Tracey se mit une main sur la bouche pour retenir un cri tandis que Daphné restait droite et stoïque. Elle affrontait la situation avec brio, et surtout brûlait de s'entretenir seule à seule avec son ancienne meilleure amie Pansy Parkinson, qui l'avait lâchement abandonnée, sans lui dire où elle allait, ce qui se passait réellement. Même Drago Malefoy avait plus été au courant qu'elle, ce qui la frustrait et l'énervait horriblement.
-Nous allons à ton manoir Higgs. Et vite, ordonna Daphné.
Ne refusant pas, Terence se tourna vers Marcus et Adrian pour puiser un peu de courage. Courage qu'il n'eut pas, ses deux amis étant beaucoup trop occupés à rester dignes face à leurs épouses respectives.
Pansy allait le tuer.
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-PANSY MONA PARKINSON ! JE TE JURE QUE JE VAIS TE TUER ! Rugit Tracey en fonçant à l'étage du dessus dans lequel elle savait pertinemment qu'elle allait trouver son ancienne meilleure amie.
Appelez ça de l'instinct.
Pansy, Daphné et elle avaient toujours été très soudées depuis le début, contrairement à Milicent qui restait avec elle indifféremment, sans jamais avoir voulu se lier à elles pendant leurs années d'étudiantes à Poudlard. Et même si Tracey Davies était une sang-mêlée, elle avait réussi à s'imposer au sein de Serpentard, s'attirant ainsi la bienveillance serpentarde de Pansy et Daphné. Et des autres. Et surtout de Marcus Flint, qui avait tout de suite été fasciné par la rouquine.
-Que... ?
En fait, Tracey n'avait pas visé trop loin. Dans la chambre, dormait paisiblement un petit garçon. Le mélange parfait de Terence et de Pansy. Un adorable petit garçon, qui fit fondre automatiquement la colère de la pétulante rousse.
Et là...
-Je veux être sa marraine, couina Tracey au moment même où Daphné entra dans la pièce.
La blonde s'arrêta net en découvrant le petit garçon. Le choc fut tellement grand que des larmes lui vinrent aux yeux. Elle n'avait pas encore revu sa meilleure amie qu'elle pleurait déjà en voyant son fils. Le fils de Pansy. Le fils de Terence également.
Cela la fit penser à son fils à elle, qui avait eu ses deux ans. Michael Pucey. Pansy n'avait même pas été là pour sa grossesse et son accouchement. Et elle non plus n'avait pas été là pour la Parkinson, et elle se détesta de ne pas avoir su anticiper le départ de sa meilleure amie.
-Daphné ? … Tracey ?
Les deux femmes se tournèrent d'un seul mouvement vers la voix qui venait de les interpeller. Pansy Parkinson venait d'une porte qui liait sûrement sa chambre à celle de Donaghan, et elle les observait, choquée, stupéfaite de les voir là. Elle ne s'y attendait pas du tout, et pensait attendre encore un peu avant de révéler sa présence à ses deux meilleures amies. Mais Terence avait dû encore faire une connerie. Comme à son habitude.
En une dizaine de secondes, elles se retrouvèrent les unes dans les bras des autres, se serrant à s'étouffer, et les trois années passées sans nouvelles de la noiraude s'effacèrent. Tout redevenait comme avant.
Quand elles se séparèrent, elles gloussèrent comme des collégiennes, et Pansy se mit elle aussi à laisser échapper quelques larmes tandis que Tracey babillait joyeusement sur la perspective d'être la marraine de Donaghan alors que Daphné lui lançait un regard froid. Elle aussi voulait être la marraine de ce magnifique bout de chou.
-Tu es immonde, Tracey. Tu ne penses qu'à toi, la refroidit Daphné, avec une satisfaction mal dissimulée.
-C'est parce que t'es jalouse, Daphné, répliqua Tracey, les joues roses.
-Vous n'avez pas changé d'un poil, les filles, se moqua Pansy d'une voix rauque.
-Et toi en revanche, tu as des trucs à nous raconter et à te faire pardonner, ajouta Daphné.
Oui, elle en avait des choses à révéler. Et elle avait besoin d'une cigarette.
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-Vous pensez qu'elles font quoi là-haut ? Demanda Adrian, affalé dans un des canapés du salon.
-D'après toi, Adrian ? Répliqua Marcus, pince-sans-rire.
Adrian se renfrogna et Terence sourit. Marcus était toujours aussi sec malgré les efforts de ses amis pour le dérider pour autre chose que la brutalité qu'il faisait preuve durant ses matchs dans les Tornades de Tutshill. Ce qui le faisait rire, c'était la violence, le cynisme, la méchanceté, les engueulades et surtout, surtout, voir Olivier Dubois, son ennemi personnel depuis leurs onze ans, le gardien du Club de Flaquemare se prendre des buts. Et Adrian et Terence s'étaient toujours demandés commet Marcus Flint s'y était pris pour séduire la pétillante Tracey Davis. Tous s'étaient demandés comment Tracey avait succombé au charme de celui qu'à Poudlard, les Gryffondors appelaient le Troll. Mais le résultat était là, ils étaient plus qu'heureux en ménage.
-J'espère juste que Pansy ne va pas me tomber dessus parce que ces deux cinglées ont appris qu'elle était ici indirectement grâce à moi.
-N'y compte pas, Terence, souffla Adrian. Elle t'est toujours tombée dessus pour des conneries par le passé, alors je doute que ça ait beaucoup changé.
-Papa ? Appela une petite voix dans les escaliers.
Terence se leva brusquement, et avec un sourire paternel, il alla chercher son fils dans les escaliers. Le soulevant dans ses bras, il rayonnait littéralement, et Marcus ainsi qu'Adrian furent surpris du changement si subit qu'avait opéré le petit Donaghan sur le taciturne et déprimé Terence.
Il était clair à présent que Pansy ne pourrait plus jamais séparer Terence de son enfant.
-Donaghan, je te présente Marcus et Adrian, mes meilleurs amis.
Donaghan offrit un sourire timide aux amis de son père, et apprécia le moment. Il était dans les bras de son père qui souriait largement. C'était la première fois qu'on le portait comme ça depuis qu'il savait marcher, et de plus, c'était ce père si inconnu et mystérieux qui le faisait. L'émotion le prit violemment et son visage se ferma un peu plus.
-Tu peux m'appeler Oncle Adrian si tu le souhaites, ajouta Adrian avec un sourire pour le gamin en lui tendant une main sérieuse que le petit serra, amusé.
Marcus, peu habitué à ce genre de scène avec le petit Michael, ronchonna avant de dire qu'il pouvait l'appeler Oncle Marcus s'il le voulait aussi.
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Pansy, Daphné et Tracey descendirent quelques minutes plus tard, chacune étant beaucoup plus apaisées. Poussée par un élan de tendresse, Pansy déposa un baiser sur le front de son fils qui s'était blotti contre Terence dans un fauteuil.
Quand ils virent cette scène, Marcus, Tracey, Daphné et Adrian furent du même avis : Donaghan allait avoir une bien belle famille auprès de lui si ses deux parents têtus comme des mules parvenaient enfin à se mettre d'accord sur leurs sentiments.
-On doit parler Pansy, murmura Terence, sentant le regard pesant de ses amis sur lui. Les autres garderont Donaghan le temps que nous allions discuter, ok ?
-Ok Higgs, répondit Pansy, troublée par le son de la voix de Terence. Donaghan, chéri, on te laisse avec Oncle Marcus, Oncle Adrian, Tante Daphné et Tante Tracey, d'accord ?
-Marraine Tracey, Marraine mon chou, minauda Tracey qui se fit brutalement pincer par Daphné sous les rires de Marcus (et oui, c'était violent) et Terence. Adrian lui soupirait, désespéré par les gamineries de sa femme et de son amie.
-Oui maman, répondit le petit garçon, un peu perdu, mais quand même tout content de fréquenter d'autres adultes que ses parents, que sa mère.
Ils avaient l'air sympas. Même le gros dur là. Il lui faisait penser à un gros nounours à câliner. Aussitôt pensé, aussitôt Donaghan monta sur le canapé pour attraper le bras musclé de Marcus entre ses minuscules bras potelés d'enfant, et se blottir contre son flanc, sous le regard attendri de Daphné et Adrian.
La mâchoire de Marcus tressauta, et quand Tracey demanda d'un air mutin quand est-ce qu'ils auraient leur premier enfant, Marcus arrêta de respirer.
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Un peu perdue dans ses pensées, Pansy suivait Terence dans le dédale de couloirs pour enfin se retrouver dans un bureau. Chaque manoir avait un ou deux bureaux, et celui-ci semblait particulièrement poussiéreux. Il ne devait pas avoir été utilisé depuis des années, et Pansy soupçonna que c'était celui du père de Terence, mort peu après le départ de Pansy, trois ans plus tôt.
-Tu sais, j'ai pas mal réfléchi à notre situation, commença Terence d'une voix basse.
Automatiquement, par réflexe, Pansy attrapa son paquet de cigarettes coincé, écrasé, dans la poche arrière de son jean, en mit une à ses lèvres, rangea le paquet, prit son briquet dans sa poche avant droite, alluma la cigarette, et rangea le briquet. Tout un rituel que Terence respecta avant de continuer.
-Ce qui est sûr et certain, c'est que je veux reconnaître Donaghan comme mon fils.
Pansy hocha la tête. C'était une évidence, et elle ne pouvait lui refuser ce droit, même si leur entente était à peine cordiale.
-Merci. J'avais peur que tu refuses, avoua Terence du bout des lèvres.
La noiraude passa sa main gauche dans sa frange, et expira un volute de fumée.
-Pourquoi tu pensais ça ?
-Tu es si imprévisible, Parkinson, cracha le plus vieux Higgs maintenant, en se souvenant de la façon dont elle était partie trois ans plus tôt, avant de se calmer, et de se remémorer la façon dont ils étaient venus à concevoir sans le vouloir Donaghan.
Elle ne fit aucun commentaire sur la façon dont il lui avait parlé mais fronça imperceptiblement les sourcils. Si il lui parlait de cette manière, c'est qu'il avait sûrement un énorme morceau à lui faire avaler. Il paniquait, c'était la seule explication possible, Terence s'énervant très peu facilement et cherchant toujours à obtenir ce qu'il voulait par la ruse.
-Ensuite Higgs ?
-Epouse-moi, demanda Terence après avoir pris une énorme bouffée d'air.
Au cas où si Pansy lui sauterait dessus pour l'étrangler.
Mais la demoiselle était à vrai dire choquée, si choquée que sa cigarette était restée à mi-chemin vers ses lèvres entrouvertes de stupéfaction. Ses grands yeux noirs exprimaient tant d'émotions que Terence jugea plus prudent de ne pas essayer de deviner lesquelles, et son corps semblait s'être liquéfié sur place.
-Tu ne peux pas m'épouser à cause de Donaghan, déclara Pansy, remise du choc initial, en raffermissant quelque peu sa voix.
-Et pourquoi pas ?
-Je refuse, répondit Pansy, catégorique. Je refuse d'épouser un homme parce qu'il m'a sauté et qu'il en a résulté un gosse.
-Merde Pansy, c'est une occasion en or que je te propose. Quel homme voudrait d'une rejetée de la société avec à sa charge un gosse ? Asséna Terence, conscient de la brutalité de ses propos mais terriblement vexé que Pansy refuse comme cela sa demande en mariage, certes spéciale.
-Higgs, ne me prends pas pour une conne, siffla Pansy, devenant soudain très pâle, s'énervant sur sa cigarette qu'elle écrasa furieusement sur un meuble. Je sais très bien ce qui m'attend si je refuse de me marier avec toi et que je révèle à tous l'existence de Donaghan. Mais j'en ai strictement rien à foutre, d'accord ? J'ai pas envie de me marier avec un connard, et encore moins avec toi.
-Pansy, putain. Je ne te prends pas une conne, je veux juste vous donner ce qui existe de mieux, à Donaghan et à... toi.
Pansy s'arrêta de marcher en long et en large dans le bureau, et planta ses yeux sombres comme la suie dans ceux d'un bleu océan de Terence. Combien de fois avait-elle contemplé les yeux de son fils, retrouvant à chaque fois Terence en lui ? Combien de fois avait-elle détourné le regard ? Parce qu'en réalité, si elle n'était pas très tendre avec Donaghan, c'est qu'elle craignait que se montrer tendre avec son fils, qui ressemblait terriblement à son père, équivalait à ressentir quelque chose pour Terence. Et ça, c'était inimaginable.
-Pourquoi ? Demanda Pansy, de l'émotion dans la voix, méfiante.
Si c'était une ruse de Terence pour qu'elle accepte, elle se jurait de disparaître une nouvelle fois avec Donaghan. On ne se moquait pas d'elle impunément. Et même si ça devait signifier couper encore le contact avec ses amis. D'ailleurs, elle n'avait pas encore vu Drago.
-Merde... parce que je vous aime tous les deux. Parce que ce soir-là, tu m'as fait découvrir une autre facette de toi.
Bon, maintenant qu'il était lancé, il devait continuer.
-Parce que ces trois dernières années, tu m'as terriblement manqué. Je pensais sans cesse à toi et à cet hypothétique enfant de nous. Ton cynisme, ta méchanceté, ta vulgarité et même te voir fumer une de tes éternelles clopes m'a manqué. Je te mentirais si je te disais que je n'ai pas pensé une seule fois à la manière dont j'allais te tuer, te torturer pour que tu payes pour tout le mal que tu me faisais.
Pansy sourit à cette phrase. En effet, elle aurait été déçue si Terence tombait dans le sentimentalisme à l'eau de rose.
-Terence, ça va.
C'était la deuxième fois qu'elle prononçait son prénom depuis la fin de la Guerre. La première fois, c'était quand ils avaient fait l'amour et qu'elle s'était délicieusement laissée aller dans les bras du lâche et couard Serpentard.
-Je vais y réfléchir, d'accord ?
Terence se renfrogna. Voilà comment elle réagissait quand il lui faisait une pseudo-déclaration. Elle se tenait telle une reine devant un de ses sujets, et sentant que c'était elle qui le dominait, Terence arbora un masque glacial, et acquiesça d'un hochement de tête.
-Terence, ne le prends pas mal, souffla Pansy en levant les yeux vers lui.
Elle se heurta à son regard bleu qui était devenu glacé, presque orageux. Se mordant les lèvres de frustration, elle tourna les talons et sortit du bureau, laissant Terence seul avec ses sombres pensées.
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-Pansy, tu es revenue, constata Drago.
Il n'y eut aucune effusion entre les deux meilleurs amis. Drago était simplement content et soulagé de voir sa meilleure amie en bonne santé, et bien malgré elle, Pansy était émue de revoir Drago. Ça faisait quand même presque quatre ans qu'elle était partie se cacher à l'autre bout du pays.
-Avec ton fils ?
-Oui. Il est au manoir Higgs. Je voulais te voir un peu.
-J'envoie un hibou à Blaise et Théodore ?
Pansy haussa les épaules, mais en son for intérieur, elle brûlait de revoir ses deux autres amis, qui l'avaient toujours épaulée à Poudlard. Blaise Zabini, le Dom Juan de Serpentard, car contrairement aux rumeurs, ce n'était pas Drago le plus coureur de jupons de tout Poudlard mais bel et bien Blaise. Théodore Nott, le Serpentard le plus calme de toute l'histoire sorcière sûrement, indifférent aux sombres complots qui se tramaient autour de lui, brillant potionniste, et malheureusement responsable en partie de la grossesse de Pansy. Mais elle ne lui en voulait pas. Grâce à Théo, elle avait eu la chance d'avoir Donaghan et pour ça, elle ne l'échangerait contre rien au monde. Vraiment rien au monde.
Drago se contenta d'observer quelques minutes sa meilleure amie, et griffonna un mot à la va-vite à leurs deux autres compères. Pansy Parkinson était de retour chez elle, plus tout à fait la même, mais elle était là et c'est ce qui importait le plus.
-Comment s'appelle ton enfant ? Donaghan c'est ça ?
La noiraude acquiesça avant de se sortir une cigarette et de l'allumer intensément de sa baguette. Quelques minutes plus tard, arrivaient par la Poudre de Cheminette Blaise et Théodore. Le soulagement et la colère se lisaient sur le visage des deux hommes. Blaise semblait le plus en colère contre elle, et quand à Théodore, il affichait son habituelle mine blasée mais le soulagement se lisait dans ses prunelles grises.
-Pansy Parkinson, Salazar sait combien de fois j'ai voulu te tuer, commença Blaise d'un ton menaçant où perçait une pointe d'humour.
-Comme tout le monde quoi, répliqua Pansy, en expirant un volute de fumée.
-Et en plus, c'est de ma faute si tu es partie, ajouta, neutre, Théodore.
La jeune mère comprit que son Théodore lui en voulait toujours, et elle alla poser une main sur son épaule comme pour le rassurer. Elle sentit qu'il était noué mais quand elle raffermit la pression de sa main sur l'épaule de son ami, il se détendit peu à peu et lui offrit un de ses rares sourires.
-Bienvenue à la maison, Pans'.
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Quand elle revint au manoir de Terence, elle n'entendit plus aucun bruit. Leurs amis devaient être déjà partis, et Donaghan devait être avec Terence. Mais où ? Elle n'en savait rien, et même si ses souvenirs étaient excellents, elle n'avait pas visité souvent le manoir des Higgs à Pureblotch.
Soudain, un elfe de maison apparut devant elle, et lui demanda en s'agenouillant presque qu'est-ce qu'elle désirait et qu'il était à son entière disposition. Pansy eut un sourire en pensant que Granger n'avait pas pu pour l'instant convertir tous les elfes de maison à sa politique.
-Où est mon fils ?
-Maître Donaghan ? Demanda humblement l'elfe de maison.
Pansy acquiesça négligemment, et suivit le petit elfe à travers les couloirs. D'une fenêtre, elle discerna le grand jardin du manoir et sourit juste avant de traverser une porte pour rejoindre son fils.
Le père et le fils étaient là, à babiller joyeusement, à rattraper peu à peu le temps perdu. Donaghan était assis dans les hautes herbes, et s'amusait avec son père qui le soulevait de temps à autre de la terre. Le visage de Terence était illuminé par son sourire, et la ressemblance avec Donaghan était évidente. Même un aveugle l'aurait senti. Ces deux-là étaient du même sang.
Touchée malgré elle, Pansy voyait Donaghan vivre enfin pleinement. Jamais elle n'avait vu ce sourire éclatant sur le visage de son enfant, jamais elle ne lui avait vu les yeux aussi pétillants, jamais elle ne l'avait vu rigoler autant. Elle n'avait jamais été une mère exemplaire mais sans aucun doute, elle le voyait à présent, il lui manquait la présence d'une figure masculine. Un père.
-Maman !
Son fils l'avait vue à travers ses jeux, et le visage de Terence se ferma imperceptiblement. Pansy le remarqua et eut un sourire un peu crispé pour sa chair et son sang. Sa décision n'avait pas été encore prise, même si elle savait que c'était la meilleure pour eux trois, et surtout la meilleure pour Donaghan. Il avait le droit de grandir dans une famille, entouré de ses deux parents.
-Donaghan, répondit simplement sa mère, en s'approchant d'eux et ébouriffant légèrement les cheveux de son fils.
Terence lui lança un regard peu amène et elle ne prononça pas une parole de plus, s'asseyant dans l'herbe derrière son fils et les observant recommencer à babiller, Terence essayant sans grande peine d'en savoir plus sur les goûts de son fils. Son fils à lui.
-Quelle est ta couleur préférée ? Demanda Terence, en souriant tandis que Donaghan le regardait avidement comme si il avait peur que tout cela ne soit qu'un rêve.
-Le vert ! Répondit sans hésiter le petit garçon.
Bien entendu, Terence Higgs se rengorgea. Son garçon avait décidément bon goût, le vert était leur couleur, la couleur de Serpentard, la couleur des forts, la couleur des rusés, la couleur de la chance, la couleur de l'espoir...
-Parce que le vert, c'est la couleur de la nature !
Le regard de Terence se fit stupéfait tandis que Pansy pouffait discrètement de rire, en allumant une cigarette. Comment son fils pouvait aimer le vert parce que c'était la couleur de la... nature ? Impossible !
-Le vert c'est joli. Quand on dit vert, je pense aux arbres, aux fleurs, aux papillons, aux feuilles, et à la menthe !
Donaghan Parkinson était un écologiste amoureux de la nature. Et Terence se promit que quand il porterait enfin le nom de Higgs, il l'amènerait à aimer des choses vertes plus... viriles et plus serpentardesques.
-Parkinson, je pensais que tu n'aimais pas ce genre de choses..
-Notre voisine les aime, elle. Elle a fait la baby-sitter pour Donaghan quand j'allais à l'apothicaire ou ce genre de choses. Elle aimait bien être avec le petit et moi, ça me laissait souffler, répondit d'une voix traînante Pansy en tirant sur sa cigarette avec condescendance.
-Il va finir à Poufsouffle ! S'indigna Terence.
-C'est quoi Poufsouffle, papa ?
La tête déconfite du blond amusa beaucoup Pansy, qui s'allongea dans l'herbe fraîche, s'occupant à contempler le ciel d'un bleu pâle.
-Tu connais un peu Poudlard, Donaghan ?
-Maman m'a dit que c'était l'école des sorciers en Grande-Bretagne et que j'y rentrerais à onze ans quand j'aurais reçu ma lettre, répondit fièrement le gamin.
-C'est ça, fit distraitement Terence, se concentrant sur la manière de dire au petit garçon qu'était son fils qu'il fallait absolument qu'il rentre à Serpentard vu que Pansy avait eu l'air de s'en foutre complètement.
-Et donc c'est quoi Poufsouffle ?
-Il faut que tu comprennes mon fils, que Poudlard est divisé en quatre maisons différentes et qu'en arrivant à Poudlard, tu seras réparti dans une de ces maisons grâce au Choixpeau, une sorte de vieux chapeau tout racorni qu'on te posera sur la tête pour déterminer dans quelle maison tu ira.
-C'est quoi racorni ?
-Vieux, répondit Terence avec un instant d'hésitation.
Se passant une main nerveuse dans ses cheveux blonds, Terence continua de décrire Poudlard à son fils :
« Donc il y a quatre maisons. Gryffondor, Poufsouffle, Serdaigle et Serpentard. Les Gryffondors sont réputés pour être courageux mais selon moi, ils sont plutôt suicidaires. Les Poufsouffles sont des êtres niais, généreux et loyaux, aucune autorité en gros. Les Serdaigles, quant à eux, sont définis par leur intelligence principalement, et leur calme. Et les Serpentards sont des personnes très rusées, très malignes, et discrètes dans leurs actions. Eux, ils ont le pouvoir de dominer le monde.
-Ils sont aussi lâches, ajouta Pansy d'une voix lointaine.
Furieusement, Terence tourna la tête vers Pansy. Elle lui gâchait son petit discours de propagande. Il était obligé maintenant d'influencer son fils d'une autre manière.
-Finalement, Donaghan, tu as bien compris que les meilleures maisons étaient Serdaigles et Serpentard. Par exemple, ta mère et moi avons été tous les deux à Serpentard.
-Mais... vous avez pas le même âge ? Demanda naïvement Donaghan.
-Oui, mais il y a sept années à Poudlard, et dans chaque année, dans chaque maison, il y a un petit groupe d'élèves. C'est ensuite facile de connaître les autres élèves de ta maison quand ils sont très expansifs comme ta mère, par exemple.
Pansy leva la tête, fusilla du regard le blond qui servait de père à son fils, et se rallongea en soupirant. Terence trouvait toujours le moyen de l'agacer prodigieusement par n'importe quel moyen. Voilà maintenant qu'il lui rappelait comment elle se collait à Drago Malefoy avant de comprendre enfin qu'elle ne le considérait que comme un ami, un frère. Son meilleur ami. Bon d'accord, elle avait peut-être évincé pas mal de filles qui essayaient de s'approcher du blondinet, très prisé.
Au final, c'était Astoria Greengrass qui l'avait eu. Les raisons étaient un peu obscures pour l'entourage du couple. Tous les anciens Serpentards savaient qu'ils avaient eu des relations épisodiques après Poudlard, et au final, les rumeurs, que le couple ne démentait pas, disaient qu'il y avait eu mariage arrangé, leurs familles respectives ne supportant plus cette situation de « Reviens-moi, quitte-moi. » qui ne leur promettait aucun héritier dans un avenir proche.
-Tu sais quand est-ce que maman a commencé à fumer ? Elle n'a jamais voulu me le dire.
La Parkinson ferma les yeux. Pourquoi son fils voulait-il ressortir tous ses vieux démons ? Peut-être pour mieux comprendre sa mère, mais à cet âge-là, c'était inutile. Il aurait tout le temps plus tard. Quand elle serait morte, par exemple. Ouais, quand elle serait morte et n'aurait pas à encaisser le regard déçu ou compatissant de son fils.
-Moi-même, je ne le sais pas. Je crois qu'elle a commencé à fumer à dix-sept ans. Pas avant, pas après.
Terence parlait en connaissance de cause. C'était Daphné qui le lui avait appris lors d'une discussion arrosée qui avait suivi la disparition de la jeune femme. Et puis, cela concordait parfaitement avec le viol de Pansy qui s'était passé à cet âge-là. Juste avant qu'elle n'ait dix-sept ans.
-Moi aussi je pourrais fumer à dix-sept ans ?
-Si tu veux te détruire la santé, alors oui mon fils, répondit sérieusement Terence.
Cette phrase sembla effrayer son rejeton qui fit la moue, et qui lança un regard effaré à sa mère avant de se lever et de s'approcher doucement d'elle.
Pansy ouvrit un oeil quand elle sentit une ombre sur elle, et sourit doucement quand elle vit son fils. Mais le visage de celui-ci était en colère, et elle retint un rire. La Parkinson n'avait jamais vu son fils en colère.
-Maman, arrête de fumer ! Tu te détruis la santé, papa a dit !
Terence Higgs s'étouffa de rire, et Pansy Parkinson s'étouffa de surprise, tandis que leur fils toisait sa mère, mécontent, ses petits bras potelés croisés sur son buste.
-Il ne faut pas s'en faire pour moi, Donaghan. Je suis adulte, moi.
Le garçonnet ne lâcha pas prise et continua pendant dix bonnes minutes à houspiller sa mère pour qu'elle arrête de fumer, parce qu'il voulait la garder encore très très longtemps. Encore pendant quarante ans ! Au minimum, précisa Donaghan du haut de ses trois ans. Très autoritaire, le petit Higgs-Parkinson. Si autoritaire qu'il réussit à faire accepter à sa mère de diminuer sa dose quotidienne de nicotine. En dix minutes, dix petites minutes, Donaghan avait réussi à obliger Pansy Parkinson à passer de dix cigarettes par jour à cinq. Un exploit pour un gosse de son âge face à la si acide et revêche Pansy.
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-Tu n'as toujours pas réfléchi à ma proposition, ou ta décision est déjà prise ? Demanda Terence, doucement, en fermant la porte de la chambre de Donaghan, qu'il venait de coucher.
Les yeux noirs d'encre de Pansy l'observaient, inquisiteurs, et la jeune femme passa une main dans sa frange légèrement désordonnée après la journée qu'ils avaient tous passé. Cette décision l'avait taraudée toute la journée, et même si elle savait qu'elle prenait la bonne, elle ne pouvait s'empêcher de se sentir drôle. Les changements qui allaient en résulter seraient importants et elle les appréhendaient plus que tout. Elle n'avait même pas encore vu ses parents, toujours ignorants de l'existence de leur petit-fils, de Sang-Pur encore heureux.
Terence Higgs guettait le moindre geste, la moindre inclinaison de son visage, le moindre tressautement de cil, de Pansy Parkinson. Si elle acceptait, il l'aurait enfin près de lui, elle et Donaghan. Et si elle refusait, il se battrait bec et ongles pour avoir la garde de Donaghan. Oui, maintenant que son fils était apparu dans sa vie, il se refusait à le perdre par la faute d'une femme telle que Pansy Parkinson, qui l'avait haï, qui l'avait séduit sans le vouloir et qui l'avait fait terriblement souffrir par la suite. Il refusait catégoriquement que cela se reproduise. Plus jamais, plus jamais il ne souffrirait par la faute de cette femme qu'il avait possédé le temps de quelques heures, quatre ans plus tôt.
-Allons parler autre part que dans un couloir, répliqua Pansy. Et non dans ton affreux bureau poussiéreux.
-C'était le bureau de mon père, répondit simplement Terence avant de descendre au rez-de-chaussée.
La jeune mère le suivit, le ventre noué. Comment allait-elle lui annoncer ça sans qu'il ne se fasse trop d'idées positives ou négatives ? Comment tourner sa phrase sans avoir l'air trop méchante ? Trop sèche, trop cruelle... Car oui, elle se devait d'être cruelle avec ses mots ; c'était sa seule arme. La seule arme qu'elle possédait face au Higgs : les mots. Même ses sentiments ne l'aidaient plus, tourmentés comme ils étaient. D'ailleurs, elle ignorait en posséder la plupart de ceux qui l'assaillaient aujourd'hui. Terence Higgs était dangereux pour son mental.
-Le petit salon ? Choix judicieux pour une audience privée, Higgs, se moqua Pansy en entrant dans la pièce dans laquelle Terence l'avait emmenée.
Même si son humeur n'était pas à la moquerie, elle ne pouvait pas s'en empêcher. Avec Terence, ça avait toujours été comme ça. Toujours à s'agacer l'un l'autre, toujours à se chercher, toujours à se lancer des piques, parfois plus cruelles que d'autres, aiguisées comme des couteaux.
-Vas-y, Pansy. Déballe-tout, lui lança Terence en allumant un feu dans la cheminée de sa baguette et s'asseyant négligemment dans le fauteuil molletonné d'un blanc éclatant.
Pansy observa quelques instants l'homme qui était assis en face d'elle. Des cheveux blonds pas trop longs, chatouillant ses oreilles fines. Des yeux bleus qu'elle savait couleur aigue-marine, presque turquoise, mais qu'elle voyait sombres dans la pénombre. Une bouche finement dessinée, masculine à souhait. Des petites rides au coin de la bouche, viriles. De légères fossettes sur le haut des ses joues un peu plus creuses que la normale. Un nez fier, légèrement arqué, lui donnant un air noble, hautain. Et dans ses yeux, elle distinguait de l'impatience, de l'anticipation, de la frustration, et un peu d'admiration.
Sans hésiter un instant de plus, elle s'approcha du blond, se pencha vers lui lentement, et lui caressant légèrement les cheveux, Pansy Parkinson murmura à son oreille : « J'accepte, Terence Higgs. »
Chapitre 3 bouclé. Fiction bouclée. Il ne me reste plus qu'à vous pondre un petit épilogue et je pourrais enfin mettre « Complete » sur celle-ci.
ALORS ? :D J'espère que vous avez aimé cette mini-fiction qui est partie un peu dans tous les sens. Un peu de drame, un peu de sentiments, un peu d'humour. J'espère ne pas avoir fait ce chapitre trop niais.
Et surtout, n'oubliez jamais, la famille c'est le plus important. Qu'importe ce qui a bien pu se passer, ou qui pourrait se passer, la famille passe avant tout. Car même imparfaits, on les aime tels qu'ils sont.
Reviews ? x) Et petit sondage : vous verriez Donaghan dans quelle maison à Poudlard, vous ? Moi, j'opterais pour tout, sauf Gryffondor. Verdict ? :p
Gros gros bisous, et merci à tous les revieweurs du dernier chapitre ! Vos reviews m'ont fait un plaisir de dingue, et si je ne me trompe pas, j'ai répondu à tout le monde :).
Valouw.
