Il l'avait appelé même après ce qu'il s'était passé, ce qui le mettait mal à l'aise. Il avait espéré pouvoir passé un moment sans le voir. Il avait espéré que l'autre serait trop en colère pour l'appeler. Malheureusement, il n'en était rien.
Il attendait dans le hall, lorsqu'il vit une voiture familière arriver. Ce n'était pourtant pas la Mercedes de Asagi, mais bien la Toyota de Riku. Celui-ci descendit la fenêtre et lui demanda ce qu'il faisait là. Il devait trouver une excuse, mais avant que quoi que ce soit de clair se soit formé dans son esprit, le bruit d'un klaxon les fit sursauter et il tourna la tête vers la Mercedes noire. Le guitariste se leva, prêt à partir, pour ne pas affronter cette situation. Il salua rapidement le blond et se dépêcha vers l'auto du vocaliste de D.
Ledit blond sortit de son véhicule à une vitesse fulgurante et attrapa son ami par le bras.
« Qu'est-ce que tu fais? S'écria-t-il.
La question sembla figer le plus jeune. Il cherchait les mots qui sonneraient les plus vrais dans son mensonge. Encore une fois, le brun sauva la face. Il avait baissé sa vitre et sa voix avait résonné dans son dos.
-Il vient déjeuner avec moi… fit-il de sa voix acide.
Le plus petit le fusilla du regard.
-Ah oui? Pour recevoir ton poing sur la gueule encore une fois? Cracha-t-il.
On ne pouvait pas voir l'expression du plus grand avec ses lunettes de soleil. Le plus jeune eu pourtant l'impression qu'il allait se mettre en colère. Mais il n'en fit rien. Il était plutôt d'un calme effrayant.
-Non, c'est pour me faire pardonner que je l'invite, rétorqua-t-il, sans expression. Il se tourna ensuite vers le guitariste. Alors, tu viens? »
Gêné, il laissa son ami en plan et monta dans le véhicule luxueux.
Riku resta planté là un instant à regarder le jeune homme aux cheveux roses, après quoi il se résigna à monter dans sa voiture.
Il avait passé tout le trajet à fixer ses mains pour éviter le regard du chanteur. Celui-ci était sûrement en colère contre lui, et avec raison. Il n'aurait jamais dû réagir de cette façon pour si peu. Et puis, il aurait pu lui dire de se taire autrement. Il ne savait pas pourquoi il agissait aussi bizarrement en sa présence.
Lorsque le véhicule se stoppa, Jun releva la tête et eut la surprise de ne pas voir l'immeuble rose. Il tourna la tête vers le vocaliste qui, lui, le fixait derrière ses lunettes.
« Euh… pourquoi on est là? Demanda le plus jeune, timidement.
L'autre leva un sourcil, preuve de son scepticisme.
-Tu n'as pas compris ce que j'ai dit à l'autre? Il avait vraiment l'air surpris. On va déjeuner…
-Hein? Fut la seule chose que le guitariste trouva à répondre. »
Soupirant, le brun détacha sa ceinture, ouvrit sa portière et lui fit signe de faire de même. Se résignant, il l'imita et le suivit dans le restaurant. Jun n'avait pas vraiment faim, mais en entrant, le mélange d'odeurs fit réagir son estomac qui poussa un grondement, du moins lui sembla-t-il à ses oreilles.
Asagi se retourna vers lui et le plus jeune rougit. Le plus grand demanda à la serveuse un salon privé. À la manière dont elle avait réagit, le plus petit se dit qu'il devait être un habitué des lieux. Après un moment d'attente, elle revint et les guida jusqu'à la salle la plus reculée de l'endroit.
Ils s'installèrent à la petite table, Asagi commandant à boire pendant que Jun recommençait à fixer ses mains. Il était tellement gêné qu'il ne se rendit pas tout de suite compte que le silence s'était installé.
Lorsqu'il sentit le regard du brun sur lui, il se décida à briser ce silence dérangeant.
« Je… il fixait toujours ses mains avec attention. Je suis désolé... pour l'autre jour… je n'aurais pas du réagir comme je l'ai fait, dit-il en soupirant de soulagement. C'était stupide.
Il fit une pause et leva les yeux vers son aîné. Celui-ci le regardait d'un œil amusé, un petit sourire au coin des lèvres. Le guitariste fronça les sourcils. L'autre se foutait carrément de lui. Il voulut se révolter. Lui mettait sa fierté de côté et lui présentait des excuses et l'autre lui riait au nez. Il n'eut pourtant pas la chance de lui faire part de ce qu'il ressentait. Son vis-à-vis pris la parole.
-Tu as vraiment l'air d'une fille… fit-il de sa voix froide.
L'air courroucé du plus jeune eut le don d'achever le chanteur qui se mit à rire franchement. Son rire eut l'effet d'une douche froide sur la colère de Jun. Il ne l'aurait jamais cru apte à rire à gorge déployée dans un lieu public, encore moins avec la personne qui lui avait jeté de la bière à la figure quelques jours plus tôt.
Le vocaliste reprit rapidement son calme et l'autre musicien fit mine d'être vexé, pour sauver les apparences.
-C'est ça, fous-toi de ma gueule… ronchonna-t-il.
L'autre souris.
-Je ne dis pas ça pour t'insulter… il réfléchit quelques secondes, tu n'as pas physiquement l'air d'une fille. Disons plutôt que c'est cette façon de te replier sur toi-même lorsque tu te sens mal que je trouve féminin.
Le jeune homme aux cheveux roses ne su pas quoi répondre. C'était bien la première fois qu'il se faisait dire ça.
-Et je dois prendre ça comment? L'interrogea-t-il.
Le sourire du plus vieux disparut. Son expression redevint l'habituel masque d'indifférence. Sa question tomba comme une pierre.
-Pourquoi tu ne dis pas à tes amis que tu es marié?
Le plus petit se figea net. Les deux avaient les yeux fixés sur ceux de l'autre. Jun se décida finalement à répondre.
-On est pas encore marié, et je n'ai pas l'intention que ça se produise…
Il s'était un peu replié sur lui-même et il fixait la salière. Asagi, lui, attendait la suite. Voyant qu'elle n'arrivait pas, il l'incita à poursuivre par un autre question.
-Alors, pourquoi m'a-t-elle dit qu'elle était prise et pourquoi porte-t-elle un alliance?
Jui n'avait pas remarqué ce petit détail, mais lui, ça lui avait sauté aux yeux.
-C'est l'alliance de ma mère… ils sont tous sûres que je ne réussirai pas, maugréa-t-il.
-Réussir quoi? S'étonna le chanteur.
-Devenir un vrai musicien… murmura-t-il après un moment d'hésitation.
Une expression d'incompréhension se dessina sur le visage du brun. Pourquoi disait-il une chose aussi ridicule?
-Mais, tu es un vrai musicien… qu'est-ce que tu veux dire par là?
D'abord surpris, le plus jeune finit par prendre une profonde inspiration. C'est tout en se demandant pourquoi il en parlait à cet être qu'il lui expliqua les faits. L'être en question ne dit pas un mot et se contenta d'écouter ce qui lui était confié. Il de se rendre compte que sous ses airs « nyan-nyan », le guitariste était un menteur. Il savourait sa découverte.
Voyant finalement que le chanteur était un peu ailleurs, le guitariste mit fin à son récit.
-… de toute façon tu t'en fiches.
C'est sans émotion apparente que le vocaliste lui fit contradiction.
-Si ça ne m'intéressait pas, tu crois que je me serait donné la peine de t'interroger? Demanda-t-il. Prenant le silence de son cadet pour un non, il enchaîna. Mais pourquoi tu n'en as pas parlé à tes amis? Ça n'a rien de si grave… et ton séjour à l'hôpital non plus, ainsi que tes travaux chez moi… Quoi que si Kisaki apprend que je te vole ton repos avant une tournée… fini-t-il en laissant sa phrase en suspens.
Le plus jeune fronça le sourcils. Il n'arrivait pas à cerner la personnalité du chanteur. Il donnait l'impression que rien n'avait d'importance pour lui, mais que tout était important pour les autres… Le guitariste eut la pensée étrange que c'était un homme bien, à sa manière.
-Parce que, je n'ai pas envie d'ajouter mes soucis aux leurs… ses yeux, sincères, accrochèrent ceux, inexpressifs, de son auditeur. Et, ils ne m'ont jamais rien demandé, ajouta-t-il après un moment de silence.
Ils se fixèrent en silence pendant de longues minutes, puis le brun répliqua.
-Pourquoi tu ne leur dis tout simplement pas? Pourquoi attendre après eux? L'interrogea-t-il.
Jun murmura quelque chose d'inaudible. Asagi du le bousculer pour qu'il parle plus fort.
-Parce que ça n,a aucun intérêt pour eux… je ne suis pas assez important pour qu'ils s'en soucient, affirma-t-il, un mélange d'amusement et d'amertume dans la voix.
Le plus vieux ne répondit pas, il n'avait pas prévu cette réponse et il ne trouvait rien à y dire. De toute façon, c'était le genre de chose que, même si on en montrait une évidente contradiction, il n'y croirait pas. C'était encré dans sa tête depuis beaucoup trop longtemps. Il allait reposer une question, mais la serveuse arriva pour prendre leurs commandes. Cela irrita un peu le vocaliste, en plus d'avoir pris un long moment à arriver, elle les interrompait. Il commanda pour eux deux et attendit qu'elle soit bien loin pour rediriger son attention sur l'invité.
-Tu sais que je n'ai pas d'argent pour ça, balança le guitariste.
-Je ne t'ai pas invité ici pour te faire payer, contra l'autre.
-Qu'est-ce tu me veux alors? Argua-t-il, l'interrogation gravée dans ses traits.
Les plats arrivèrent, ce qui rappela au musicien au cheveux rose qu'il avait fini par avoir faim. Son ventre approuva d'un léger gargouillis, ce qui le fit à nouveau tourner au rouge. Le chanteur eu un petit rire amusé, après quoi il lui fit signe de manger. Lui médita sur la question du plus jeune comme si c'était la plus dur à répondre, pendant que le plus jeune lui-même savourait son plat en se demandant ce qui était en train de se passer.
Une semaine plus tôt, ils se seraient dit trois mots chacun, après quoi ils ne se seraient plus regardé et Jun aurait payé sa part. Mais, à cause de l'incident au bar, Asagi lui payait à manger tout en lui demandant de lui raconter ses problèmes. Le chanteur était une compagnies assez agréable à ce moment-là, ce que le guitariste n'aurait jamais cru possible. Et il avait rit. Pas un de ces rires méprisants et court qu'il avait entendu quelques fois. Un vrai rire. Un beau rire, agréable à entendre, comme s'il passait un bon moment. Et son sourire était beau. Discret, mais doux. Il aimait ce qu'il voyait de lui ce jour-là. Et en plus…
La voix de l'autre le sortit de sa rêverie. Voyant que le plus petit n'avait pas compris, le plus grand répéta.
-Je t'ai invité ici pour savoir ce qui clochait chez toi… dit-il de sa voix neutre.
La réponse figea le cadet. Ce n'était pas le genre de réponse à laquelle il s'était attendu. Il médita tout de même le propos. En fait, il savait exactement ce qui clochait.
-En fait, je n'ai jamais aimé personne… Dans le sens que je n'ai même jamais eu d'attirance physique ou psychologique, aussi loin ou proche de l'amour que ça pourrait être.
-Tu veux dire que tu n'as jamais eu de relation avec qui que ce soit? La question fut suivit d'un signe de tête de gauche à droite. T'as jamais été fan non plus?
L'autre inspira.
-hide m'a ouvert une voix vers la musique, mais j'étais fan de son instrument et de ce qu'il était capable de faire avec, rien de plus. Mais il n'y a personne qui m'ait fait me sentir assez important à ses yeux pour que j'en tombe amoureux. »
Ils étaient maintenant chez le chanteur et Jun avait comme mission de refaire le dallage de la salle de bain. Les dalles commençaient à être craquelées, selon Asagi, et il fallait les changer, toujours selon Asagi.
Comme à son habitude, le vocaliste était à la table de la salle à manger et travaillait sa chanson, tout en jetant des coups d'œil fréquents au guitariste. Après à peine une heure et des poussières, il se leva et renvoya l'autre chez lui. Le plus petit tenta de contrer qu'il lui restait beaucoup de dalles à poser, mais le chanteur lui dit simplement que c'était remis au lendemain.
Comme à son habitude, à cette heure-là, il était étendu sur son lit et contemplait le plafond en attendant que le sommeil vienne le prendre.
Comme à son habitue, il roula dans tous les sens durant toute la nuit, assailli de toutes ces pensées qu'il refoulait durant la journée, l'empêchant de trouver le repos dans le noir de sa chambre.
Comme à son habitude, ce fut seulement lorsque son mur noir commença à se teinter de reflets orangés et que le vide de la pièce se fit encore plus sentir que ses paupières consentirent à se fermer.
Comme à son habitude, il trouva le sommeil avec la lumière du jour.
Il savait qu'il rêvait, même si ça lui paraissait réel. Il rêvait à son mariage. Ils étaient, lui et sa fiancée, sur un petit estrade avec un prêtre qui récitait le serment. Jetant un coup d'œil autour de lui, il vit que tous ses amis étaient là. Tout était normal…
Sauf pour un point. La mariée n'avait pas de visage. Pourtant, il ne ressentait rien. Ni peur, ni dégoût, ni… ni amour. Il ne ressentait rien pour cette femme sans visage. Ses yeux se promenèrent à nouveau sur les convives. C'est au moment où le prêtre entama la question ultime qu'il tomba sur une deuxième énigme. Cette fois-ci, c'était un homme sans visage qui était en plein milieu des autres invités. Celui-ci avait une immense plaie sanglante dans la poitrine.
Le cœur du marié s'emballa. Au même instant, le prêtre lui posa la question fatidique. Il répondit oui sans hésitation. Le prêtre dit alors : « Vous pouvez dévorer le cœur! ». C'est là qu'il vit l'organe toujours battant qui reposait dans ses paumes. Il en prit un bouchée et l'avala. Il se réveilla, écœuré, avant d'avoir prit la deuxième.
Lorsqu'il alla chercher son homme de ménage, Asagi ne s'Attendait pas à la trouver comme ça. Jun avait des cernes gros comme s'il n'avait pas dormi depuis une semaine, et ceux-ci n'y étaient pas la veille. Ses pas étaient lourds et le pauvre avait l'air épuisé.
Arrivés chez le chanteur, il se mit tout de même à la tâche sans aucune moue d'exaspération. Il continua à installer les carreaux de marbre, avec un peu de lenteur, sans mot dire.
Le chanteur, qui était absorbé par la composition de son nouveau texte depuis un moment, eu la surprise de voir le guitariste étendu sur le plancher. Il enleva ses écouteurs et se dirigea vers le plus jeune pour constater que celui-ci dormait. Malgré lui, il sentit un petit sourire naître au coin de ses lèvres. Ne se sentant pas le cœur à le réveiller, il alla plutôt prendre la veste du guitariste, qui était aux pieds de celui-ci, et la roula en boule pour la placer sous la tête du dormeur.
Il alla ensuite se prendre un verre d'eau et, s'accoudant au comptoir, se mit à regarder ce qui l'entourait, La seule pensée qu'il eut fut qu'il devait peut-être épousseter l'écran de la télé et c'est ce qu'il s'apprêtait à faire, mais le bruit de la porte d'entrée qui s'ouvrait l'arrêta.
Il devina avant même de le voir que le chanteur aux cheveux noirs s'était improvisé comme invité.
Déposant son verre, il se rendit à la rencontre de son invité surprise dans le hall d'entrée où celui-ci se déchaussait. Après avoir ôté sa deuxième botte, le plus petit releva la tête et son regard emplis de convoitise rencontra le regard glacé du plus grand. Il passa ses bras autour du cou de l'indifférent et posa ses lèvres sur les siennes. L'hôte repoussa alors l'intrus, plus fermement qu'à son habitude, ce qui intrigua celui-ci. Le noir bouscula le maître de la maison tout en s'exclamant :
« Il y a quelqu'un avec toi? Qui est-ce? Est-ce que je… il s'interrompit lorsqu'il vit les pieds du guitariste dépasser de la porte de la salle de bain. Tu as tué quelqu'un? S'écria-t-il joyeusement.
-Il dort, fut la seule réponse de Asagi.
L'autre trotta joyeusement jusqu'au plus jeune et s'accroupit à côté de lui.
-Eh petit, c'est l'heure de se lever! Le guitariste ouvrit lentement les yeux, ce qui incita le chanteur à poursuivre. Bon, moi c'est Kaya, et toi, t'es le guitariste de Kisaki… Jin, je crois? Enfin, peu importe… Ce qui importe, ce serait que tu quittes au plus vite, car Asagi et moi avons à parler de choses pour les grands!
Il allait continuer, mais Asagi mit sa main sur l'épaule de Kaya, ce qui le fit tourner la tête. Une expression indéchiffrable s'était dessinée sur les traits du plus vieux.
-Pas aujourd'hui… sans vouloir te vexer, je préfèrerais que ce soit toi qui partes…
Contrairement à ce qui avait été demandé, le chanteur efféminé se vexa. Il se releva et fixa haineusement Asagi.
-Tu as de drôles de goûts, Asa-chan… lâcha-t-il après quelques secondes. Amuse-toi bien avec ton seconde classe! »
Et Kaya quitta sous le regard indifférent du brun. Lorsque ledit brun se retourna vers le plus jeune, celui-ci était déjà sur ses deux pieds, sa veste enfilée. Lorsque leurs yeux se rencontrèrent, le guitariste s'inclina tout en présentant à nouveau des excuses.
« Je suis désolé. Je me suis endormi et, maintenant, à cause de moi, tu t'es brouilles avec ton amie! Je vais donc partir et aller la chercher pour lui dire de revenir! Bien sûre, je ne reviendrai pas… dit-il en faisant mine de se diriger vers l'entrée.
Son ton formel et sa façon de parler de Kaya au féminin tapaient sur les nerfs du chanteur. Il prit l'autre parla poignet alors que celui-ci le dépassait et le dévisagea un instant.
-Je ne t'ai pas dit que tu pouvais partir… il jeta un regard à la porte qui venait de claquer. Par contre, lui oui…
Les yeux de Jun s'agrandirent. Il se demandait si le brun n'était pas en train de se foutre de lui.
-Eh… lui? Se contenta-t-il de demander.
Le vocaliste pouffa et acquiesça d'un hochement de tête.
-Allez, je t'offre à boire pour fêter notre réconciliation! Lâcha enfin le plus vieux.
Le plus jeune s'installa à la table et attendit que l'autre lui serve quelque chose. Il ne comprenait plus du tout la situation dans laquelle son aîné et lui-même se trouvaient et ça le mettait un peu mal à l'aise. Il décida qu'il devait clarifier tout ça dans sa tête.
-Qu'est-ce qui se passe? Questionna-t-il simplement.
En voyant le visage du chanteur, on pouvait tout de suite voir qu'il avait compris le sens de la question. Il déposa un verre rempli d'un liquide transparent devant son convive et un sourire indéchiffrable se dessina au coin de ses lèvres.
-Je n'en sais rien… répondit-il en haussant les épaules et en prenant place face au plus jeune. »
Il se réveilla sur le plancher, quelque peu désorienté. C'est en remarquant le canapé en cuir sur lequel il avait dormi qu'il se rendit compte qu'il s'était encore endormi chez Asagi. Il jeta un œil sur sa montre qui indiquait 9h00. Il avait une répétition dans à peine une heure, il n'était pas chez lui et ne pouvait donc, ni se changer, ni se doucher et il ne connaissait pas le chemin pour se rendre à la gare. Il n'allait certainement pas réveiller Asagi. Il se redressa sur ses coudes. C'est seulement à ce moment-là qu'il sentit une douleur cuisante dans son crâne. Qu'est-ce qu'il lui avait prit aussi d'accepter du whisky? Il tenait bien sur tous les alcools possibles et inimaginables, sauf le whisky. Il alla à la salle de bain et ouvrit l'armoire à pharmacie. Son mal de tête l'empêchait de se concentrer, alors il avait du mal à trouver la bonne boîte.
« Celle complètement à gauche avec l'étiquette bleue, fit une voix grave qui fit sursauter Jun et qui sonna comme un coup de gong dans sa tête. »
Le guitariste hésita un moment, cherchant sa droite, et ce fut finalement Asagi lui-même qui prit le contenant et qui lui mit deux cachets dans les mains. Par la suite il remit tout en place pendant que l'autre allait se chercher un verre d'eau.
Lorsque le vocaliste le rejoignit, le guitariste dépérissant tranquillement, la tête contre la fenêtre, qui lui apportait un peu de soulagement.
« Tu devrais peut-être aller chez toi… murmura Asagi.
-J'ai pas le temps, j'ai une répet' dans moins d'une heure…
Le plus grand dévisagea l'autre un instant. Il se sentait mal de l'avoir fait boire. Il savait que Kisaki lui en voudrait si le jeune se faisait passer une deuxième fois malade.
-Va prendre une douche, je vais te prêter des vêtements. »
Le plus petit obéit sur le champ, n'ayant pas la force d'argumenter.
Quand il en ressortit, les cachets avaient eu le temps d'agir et son mal de tête s'était pratiquement envolé. Asagi, quant à lui, était déjà prêt à partir. Jun prit un moment avant de comprendre que le chanteur avait décidé d'aller le porter au travail. Il en fut agréablement surpris.
Il ne comprenait plus trop le chanteur. Au début, celui-ce l'avait méprisé de manière injuste, ils s'Étaient eux-mêmes battus et, à présent, il lui rendait service comme s'ils étaient amis. La situation était étrange pour Jun, qui ne comprenait plus rien.
Il arriva à l'heure, grâce à la conduite de fou du chanteur et à la proximité du logement.
Au moment de descendre du véhicule, ils avaient un échange inhabituel par rapport à leur relation, même si l'échange s'était avéré plutôt court. C'était Jun qui l'avait entamé.
« Le weekend prochain, c'est Noël... tu vas faire quoi?
Le brun eut l'air étonné durant un instant, mais se reprit rapidement.
-Rien qui soit différent de ce que les autres font ce jour-là…
Réponse insuffisante, mais le plus jeune savait qu'il ne devait pas insister.
-Donc, je ne travaillerai pas? Questionna-t-il. La négation de l'autre le lui confirma. Le passager ouvrit la portière, peut-être qu'on va se revoir avant! et il sortit. »
Il se retourna vivement après avoir fermé la portière. Avait-il bien entendu?
« Je l'espère… »
Il avait murmuré ça sans y penser. Le guitariste s'était retourné. Il l'avait entendu. Mais il ne pourrait lui poser la question puisqu'il avait déjà démarré. Voyant son expression décontenancée dans le rétroviseur, il devina que Jun n'était pas sûre de ce qu'il avait entendu. C'était parfait, il ne serait pas obligé de le lui dire.
Soudain, il songea à quelque chose. Il tourna à gauche. Il avait quelque chose à faire avant d'entamer sa journée.
Lorsqu'il vit le guitariste sortir de la Mercedes, il eut une moue perplexe. Il savait parfaitement à qui elle appartenait. C'était étrange. Il aurait deux mots avec le conducteur plus tard. Il savait qu'il ne retirerait rien de son musicien. À son entrée, Jun fut accueilli par le blond. Celui-ci se mit à lui marmonner quelque chose qu'ils étaient les seuls à entendre. De toute façon, ça ne l'intéressait pas. Ils avaient une répétition à commencer. À partir du mardi suivant, ils avaient une tournée et tout devait être absolument parfait.
« Bon, à moins que nous attendions un invité surprise, je peux avancer que nous sommes complets et, par conséquent, que nous pouvons commencer à répéter! Se contenta-t-il de dire.
Tous prirent leurs instruments sans rien répondre.
-Yossha! S'écria joyeusement le plus jeune, quoi qu'avec moins d'entrain qu'à son habitude. »
L'heure qui suivit se fit donc sans un mot, excepté les paroles des chansons. Trouvant qu'ils étaient assez préparés, le bassiste se dit qu'ils pouvaient s'arrêter là et aller discuter des arrangements avec les costumiers et maquilleurs. L'après-midi se résuma donc à parcourir la ville pour trouver les membres du staff qui seraient avec eux durant la tournée et de discuter avec eux.
Satisfait de l'avancement des préparatifs, il les renvoya de bonne heure. Il alla voir un peu les groupes du label présent et décida de s'arrêter dans les environs de six heures.
Il alla chez son ami le conducteur de la Mercedes, histoire de prendre de ses nouvelles. Lorsque le brun ouvrit la porte, il le toisa un instant.
« Je suppose que tu regardais par la fenêtre ce matin… résuma-t-il, ce à quoi Kisaki acquiesça.
Le bassiste pénétra à l'intérieur et alla s'installer sur l'un des canapés en cuir après s'être déchaussé, aucunement impressionné par ce logement qu'il connaissait bien. Il commença quand l'autre fut, à son tour, installé.
-Depuis quand tu couches avec Yamato? Dit-il sérieusement.
-Jun et moi ne couchons pas ensemble… répondit l'autre, glacial. Nous n'avons aucune relation affectueuse d'aucune sorte. Je ne ressens rien pour lui.
Le castor fronça les sourcils.
-Qu'est-ce que vous faisiez ensemble alors?
Ne se sentant pas l'envie de mentir au roux, Asagi lui raconta l'histoire, sans trop de détails. Il brisait sa promesse faite au plus jeune.
-Si ça ne t'ennuies pas, par contre, j'aimerais que tu fasses comme si je ne t'avais rien dit, conclut-il.
Après un temps de réflexion, le bassiste posa une autre question à nouveau.
-Pourquoi l'as-tu frappé, l'autre jour?
Cette fois-ci, le vocaliste hésita. Il avoua tout de même.
-Parce que j'ai découvert que la fille au bar était sa femme et il m'a dit de fermé ma gueule en versant de la bière dessus…
Le chanteur attendit une réaction de surprise de la part de son ami, mais Kisaki semblait plus désespéré que désemparé.
-J'aimerais vraiment qu'il se confit un peu plus… soupira-t-il, contre toutes attentes. S'il continue ainsi, il va finir par craquer. Il a beau donner l'apparence du bonheur incarné, dès qu'il cesse d'y penser, son masque tombe et son expression devient blessante…
-Dès que son expression est sérieuse, on dirait qu'il s'apprête à pleurer, acheva le brun, ce qui étonna le roux. »
Ce dernier se leva, prêt à partir. Il avait ce qu'il voulait et ne voyait pas l'utilité d'importuner son hôte plus longtemps.
Lorsqu'il arriva devant chez lui, une note était scotchée sur la porte d'entrée.
« Avis aux résidents de cet immeuble :
Suite à la visite d'un représentant du ministère de la santé, je suis dans le regret de vous informer que le bâtiment sera bientôt démoli. Vous savez sans doute autant que moi que les lieux ne sont plus sécuritaires depuis un moment et, donc, inhabitables. C'est donc avec répugnance que je vous annonce l'expulsion de tous les habitants. Vous avez deu semaines, sans plus, pour déménager, sans quoi vous n'aurez plus de toit.
Je suis désolé.
Votre propriétaire,
Nagano Akira
P.S.
Je ne vous oblige pas à payer le loyer ce mois-ci. Ceci est une compensation pour tous les désagréments que cela pourrait vous causer. »
Jun resta figé un bon moment à fixer la feuille. Pourquoi donc fallait-il que ça arrive une semaine avant Noël?
Il alla chez Nagano. Il savait ce qu'il lui restait à faire et, plus vite se serait, mieux se serait. Lorsque le propriétaire le vit, il eut l'air surpris.
« Que faîtes-vous ici? Questionna ce dernier.
Le jeune s'inclina respectueusement vers son aîné, après quoi il sortit son chèquier.
-Quel est le montant du loyer?
La perplexité se dessina tranquillement sur le visage du vieil homme.
-4500 yens… murmura-t-il.
À peine le montant fut-il prononcé que le musicien l'inscrivit sur le feuillet. Il sortit ensuite son tampon et l'appliqua dessus, après quoi il tendit le chèque à l'homme incrédule face à lui.
-Je vous remercie de votre indulgence, Nagano-san. J'espère vous revoir un jour… après quoi il s'inclina de nouveau très bas et partit, ne laissant pas au vieil homme le temps de répliquer. »
Il alla dans son logement et prit le stricte minimum.
Il eut fini en très peu de temps, son sac ne contenant que quelques vêtements, le nécessaires de toilette et les objets à valeur sentimentale. Ledit sac pendait à son bras alors que sa guitare était passée en bandoulière par-dessus son épaule. Avant de sortir, il avait pris le temps d'écrire une lettre à Nagano dans laquelle il lui permettait de vendre tout ce qui était possible de lui rapporter et il y glissa la clé. Il glissa l'enveloppe qui contenait la clé et la lettre dans la boîte aux lettres de son nouvellement ancien propriétaire avant de quitter les lieux. Cela fait, il partit.
Il décrocha.
Deux minutes plus tard, il avait raccroché et s'apprêtait à sortir.
le plus jeune était assis sur le banc devant l'entrée lorsque le plus vieux arriva. Son sac était posé à ses pieds, sa guitare dans son dos. Le brun descendit de sa Mercedes.
« Qu'est-ce qui se passe? Questionna celui-ci.
L'autre hésita avant de parler, visiblement mal à l'aise. Fixant un point invisible, il se lança.
-Tu vas rire, mais j'ai plus de chez moi… un léger rire nerveux lui échappa. L'immeuble va être démoli et tous les résidents vont être expulsés…
Il fit une pause dont le vocaliste profita.
-Et pourquoi c'est moi que tu as appelé?
Un autre rire nerveux. Quand il consentit enfin à poser les yeux sur lui, le visage du guitariste laissa place à une expression de désespoir.
-J'en sais rien… Riku va bientôt se marier et il vit avec sa femme, alors je ne veux pas m'incruster. Et Kisaki a beaucoup trop de pression en ce moment pour vivre avec quelqu'un. Quant à Matoi et Iori, ils sont toujours dans l'ignorance dans lequel je veux les conserver… il soupira de lassitude. Je crois qu'il n'y a que toi sur qui je puisse compter.
Il ferma les yeux et attendit le verdict. Celui-ci ne se fit pas attendre.
-Yamato… l'interpellé émit un son pour signifier qu'il avait entendu. Donne-moi ton sac. »
En arrivant devant l'immeuble, le brun eut le sentiment qu'il allait bien s'en tirer. Ayant un double des clés, il n'eut pas besoin de sonner pour ouvrir. Il se rendit à la cinquième porte à sa gauche, la 142. Il ouvrit. L'autre était là. Il avait l'air de l'attendre.
« Tu es venu me rendre mes clés?
Le brun posa celles-ci sur la table basse de l'entré et prit celles qui s'y trouvaient déjà. Le double de siennes.
-Merci, murmura-t-il.
-Quand tu en auras assez de lui, dit l'autre, rappel moi… Je serai toujours là pour toi… »
L'arrivant acquiesça d'un signe de tête et repartit. À peine deux minutes après son arrivée chez lui, on sonna à la porte. Kisaki attendait de l'autre côté de celle-ci.
« …Merci d'être venu fêter avec nous avant notre tourné! »
Le discourt d'ouverture de la petite fête fut clos par les applaudissement des invités. Kisaki descendit de sa chaise et alla voir Jun qui était enfin seul.
« Jun… celui-ci se retourna en entendant son nom. J'aimerais te parler.
Le guitariste le suivit sans rien dire jusqu'à ce qu'ils soient à l'écart.
-Qu'est-ce qui se passe? Demanda le jeune homme aux cheveux roses.
-Pourquoi tu ne nous as jamais dit que tu étais fiancé?
La question sembla l'arrêter momentanément. Comment le leader pouvait-il être au courant? Riku avait passé trois ans sans rien dire, pourquoi aurait-il parlé tout à coup? La réponse lui apparut alors d'elle-même.
-Asagi… soupira-t-il.
-Oui, dit le bassiste, répondant à sa question non formulée. C'est lui qui me l'a dit… mais pourquoi ce n'est pas toi qui me l'a dit? S'exclama-t-il.
Le plus jeune prit son temps avant de répondre.
-Parce que tu as déjà assez de problèmes comme ça. Maintenant, s'il te plaît, ne me parle plus de ça, tu vas me gâcher la soirée! argua-t-il. »
Ne voulant pas le perturber davantage, le plus vieux le laissa tranquille.
Jun se rendit au bat et commanda à boire, espérant finir assez saoul pour oublier qu'il avait été trahi. C'était sans doute pour se sentir moins mal que le chanteur l'hébergeait. En trois minutes, il avait fini deux verres et en recommanda un autre. Il bénit la boisson gratuite.
Quand Asagi aperçut Jun, la tête couchée sur la table, il se dit qu'il était temps d'y aller. Lui-même avait pris quelques verres, mais le guitariste avait abusé. Il releva le jeune homme et passa un bras autour de sa taille pour le maintenir sur ses pieds. Par, il n'était pas gros.
Alors qu'ils se dirigeaient vers la porte, il entendit Riku demander pourquoi ce n'était pas lui qui allait reconduire son meilleur ami et sa femme répondre que c'était parce qu'il avait trop bu, lui aussi. Il ne comprit plus les paroles du blond par la suite, étant à l'extérieur. Un voiturier alla chercher la Mercedes. L'air frais du soir eu pour effet de dissiper un peu le brouillard qui envahissait le cerveau du guitariste, qui se rendit compte de qui le tenait. Il tenta mollement de le repousser, sans grand résultat. Sa tête tomba sur l'épaule du vocaliste lorsqu'il abandonna la partie.
Arrivés chez le plus, le plus jeune s'écrasa sur le canapé où il dormait, de manière plutôt pathétique. Il tenta, en vain, de se séparer de ses chaussettes. Voyant que ça ne fonctionnait pas, il se contenta de rester étendu sur le dos. Soudain, Asagi apparut de nul part et lui mit un oreiller sous la tête et déposa une couverture sur lui. Il se détourna ensuite pour aller se coucher à son tour, mais Jun l'en empêcha en lui agrippant le poignet. Le brun se retourna vers lui, une expression indéchiffrable sur le visage.
« Lâche moi, souffla-t-il. Le jeune guitariste refusa. Lâche-moi, sinon tu vas le regretter… menaça de nouveau le chanteur. N'en faisant qu'à sa tête, le guitariste l'agrippa à deux mains. »
Il ne vit pas le coup venir. Il ne se rendit pas compte lorsqu'il lâcha le bras de son hôte. Il ne se rendit pas compte lorsqu'il ferma les yeux et encore moins lorsqu'il entrouvrit les lèvres. Il ne se rendit même pas compte qu'il passait ses bras autour de son cou. Tout ce qu'il ressentit à ce moment-là, ce fut la langue de Asagi dans sa bouche et ses mains qui couraient délicatement sur ses bras.
Brusquement, plus rien.
Tout s'était passé si vite que Jun ne comprit que lorsqu'il rouvrit les yeux et qu'il vit que Asagi se dirigeait vers sa chambre. Jun, quant à lui, n'avait plus la force de rester éveillé.
