Note 1 : Retour sur Teshi pour ce chapitre. D'ailleurs, vous l'aurez peut-être remarqué, mais mes parties n'ont absolument aucun intérêt, j'aurai très bien pu laisser un découpage en chapitre... Pauvre de moi, je ne sais plus ce que je fais
Note 2 : C'était le retour de la note inutile ! Dangereuse, sournoise, on ne s'y attend jamais lorsqu'elle arrive... et pourtant, elle n'a absolument aucune pitié !
Partie 5 : Tegoshi Yuya
Chapitre 9
Je refermai violemment la porte derrière moi, m'enfermant dans les douches. A l'extérieur, j'entendis Yamapi pleurer son chagrin et sa peine. J'étais ignoble. Infliger ça à celui que j'aimais. J me laissais glisser contre le mur et m'assis pas terre, la tempe posée contre le carrelage frais de la paroi contre laquelle j'étais adossé. Les larmes me montèrent aux yeux et je ne les retins pas. J'avais envie de pleurer parce que je le faisais souffrir. Comment pouvais-je faire une chose pareille ?
Je passai machinalement la langue sur mes lèvres mouillées par mes larmes. Il était doué pour embrasser, c'était indéniable, et Dieu sait quelle a été la difficulté pour moi de ne pas y répondre ! Ses caresse aussi avaient fait monter en moi l'excitation et j'étais resté extrêmement concentré pour ne pas que mon corps réagisse. Je fermai mes yeux rougis. Seulement parce que je m'ennuyais... Je faisais souffrir celui que j'aimais par dessus tout SEULEMENT parce que je m'ennuyais... Mais qu'on m'arrête ! Par pitié ! Que quelqu'un m'arrête ! Le cœur de Pi était fragile et aussi facile à briser que du cristal. Alors POURQUOI avais-je eu une telle idée ? Ce n'étais même pas comme si c'était égoïste de ma part, puisque je souffrais aussi, en ce moment, de le voir terrassé par ma méchanceté. Finalement, j'étais resté un gamin. Je n'avais pas grandi, rien.
Après avoir laissé les larmes s'écouler durant dix bonnes minutes, je me relevai et m'habillai, prenant soin de ne pas laisser mon t-shirt dévoiler une parcelle de mon torse pour qu'il ne me saute pas dessus lorsque je sortirai. Je me frappai la tête de mes mains. Je pensais encore à ce foutu jeu. Pourtant, je souhaitais ardemment passer sous les mains de Yamapi et me sentir frissonner de plaisir. Je voulais goûter ses lèvres et sa peau, le sentir contre moi, la chaleur de nos corps s'échangeant en un contact sensuel. Je voulais être avec lui, rire avec lui, pleurer avec lui, dormir avec lui, vivre avec lui, et s'il décidait de se tuer, alors je mourrai avec lui. Le savoir dans un autre espace que moi m'était impossible. Il devait être là, il devait attendre que je grandisse et que j'arrête mes caprices, parce que je l'aimais, et parce qu'il m'aimait aussi. La seule barrière à notre amour était mon esprit encore trop gamin pour laisser les choses se faire naturellement.
J'avais pensé au début que ce jeu me permettrait de vérifier la force de nos sentiments à tous les deux. Foutaises. Je savais qui j'aimais. Et sentir sa tristesse si profonde à quelques centimètres de moi me prouvait qu'il était extrêmement sérieux dans ses sentiments.
Pourtant, je voulais continuer ce jeu absurde. Pas pour contrer mon ennui... Mais pour me contrer moi. J'avais un peu peur de ce que dirai Pi lorsqu'il me découvrirait, parfaitement sobre, dans son lit, tentant de faire le grimper jusqu'au septième ciel avec les gestes lourds et pesants de celui qui n'a aucune expérience. Et le seul moyen de retarder ça, c'était de jouer...
Qu'est-ce que je me haïssais, bon sang !
J'étais nul.
J'étais cruel.
Et les gens disaient de moi que j'étais angélique ? Ben voyons !
Perdu dans mes pensées, je sortis enfin des douches, dans le silence, et préparai mentalement le trajet que j'allais effectuer. Aller jusqu'à mon sac, le fermer, le prendre, puis me diriger vers la porte de sortie, sans un regard ni un mot à celui que je brisais. Je mis un pied dehors et fixai mon premier objectif. Décidé et sûr de moi, j'avançai à grands pas et fermai mon sac après y avoir ranger mes habits de répétition. Je le hissai jusqu'à mon épaule et me tournai vers la porte. Du coin de l'œil, je vis la silhouette sombre de Yamapi, terrassé par le chagrin. Mon estomac se noua mais je me forçai à ne pas le regarder.
Seulement, sa position me parut étrange et je ne pus résister plus longtemps. Je tournai les yeux vers lui, oubliant de jouer mon rôle et le vis. Je ravalai un cri de détresse. Il était couché sur le flanc, les yeux clos, la bouche entrouverte, son visage baigné de larmes.
Je me précipitai vers lui, paniqué, et m'agenouillai à ses côtés, laissant tomber mes sac à l'endroit où je me trouvais quelques instants plus tôt. Je ne savais pas quoi faire. Qu'avait-il ? Par où commencer ? Mais qu'avait-il, bon sang !
Je pris sa main libre dans les miennes et pressai ses doigts. Ils étaient froids. Non ! Pourvu...! Mais comment...? Et où...? Pourvu...! Etait-il...? Impossible ! Il ne pouvait pas me laisser comme ça ! Non ! Je l'aimais ! Pourquoi fallait-il qu'il me laisse ? Pi ! Réveille toi ! Je t'en supplie !
Je scrutai son corps apparemment sans vie, et cherchai les blessures qu'il aurait pu s'infliger pour mettre fin à ses jours. Je ne vis que les marques que je lui avais laissé... ces suçons...
Une vague de chagrin monta en moi, et je pris son corps dans mes bras, le pressant contre mon cœur douloureux, appuyant sa tête contre la mienne. Il était raide et froid, et je me mis à sangloter sur son épaule. Je criai son nom, je l'appelais, le suppliais de revenir et de me pardonner. Mais rien ne se passais. Je ne voulais pas qu'il parte ainsi, me haïssant, et je voulu me rattraper durant ce dernier instant.
Les yeux clos, je cherchai ses lèvres à tâtons puis les happèrent littéralement lorsque je les trouvai. Je fis jouer ma langue à ses commissures et ma mâchoire pour rendre ce baiser plus intense. Son immobilité était plus que frustrante, elle était oppressante, et les larmes coulant sur mes joues redoublèrent d'intensité. Je pressai d'avantage ses lèvres contre les siennes, maintenant son visage près du mien en le tenant fermement. Une main se posa soudain sur mon épaule, et m'écarte du corps sans vie de Yamapi, alors que je résistai le plus possible pour allonger cet ultime baiser. Je m'accrochai à ses lèvres, comme un mutilé à la vie. Je forçai, je ne voulais pas me détacher de lui, ne voulais pas le laisser.
Une nouvelle vague de chagrin montant en moi, je fus forcé de lâcher ses lèvres closes pour pouvoir hurler ma peine. Les yeux fermés, dégoulinant de larmes, je plongeai mon visage contre sa gorge et resserrait d'avantage mon étreinte sûrement déjà étouffante. La main posée sur mon épaule glissa sur mon omoplate et commença à la marteler, voulant détourner mon attention du corps immobile de celui que j'aimais par-dessus tout.
-Tegoshi...
Toujours cette voix qui semblait venir de nulle part. Je ne voulais pas ouvrir les yeux, j'avais peur de la réalité, de voir Yamapi étendu devant moi, sans vie. J'avais peur d'affronter la vie seul.
-Ouvre les yeux...
-Je veux pas.
J'avais répondu machinalement tandis que j'essuyai les larmes qui continuaient de rouler sur mes joues. La voix me prit la main dans les siennes, qui étaient chaudes et vivantes, si différentes de celles de Yamapi une dizaine de minutes plus tôt.
-Ouvre les yeux, s'il te plait.
Le murmure de cette voix était douce à mon oreille. Les larmes se firent plus lentes et plus éparses tandis que je continuai de frotter mes joues rougies avec ma main libre. Ma gorge se noua brusquement, je ne pouvais admettre que j'étais celui qui l'avait tué. C'était bien trop difficile pour moi !
-Tegoshi... s'il te plait...
Quelle voix ! Elle était belle, pleine, chaude, sensuelle, et me faisait vibrer de la tête aux pieds. J'aimais cette voix. Je voulais l'entendre plus, et la personne qui la possédait devait être exceptionnelle, une personne qui accepterait mes enfantillages.
Étais-je déjà en train de tourner la page ?
-J'ouvrirai les yeux... mais à une condition...
-Laquelle ?
-Je veux que tu m'embrasses comme si j'étais la personne que tu aimais le plus en ce monde.
-Eh ?
J'étais vraiment un gamin. Demander une chose pareille seulement pour ouvrir les yeux... Mais cette voix... je voulais en sentir plus que ça. Je ne voulais pas seulement l'entendre, mais aussi la toucher.
-D'accord.
Étonné, je haussai les sourcils. La voix avait accepté ? Si facilement ? Pour quelque chose d'aussi nul ? Soudain, deux lèvres se posèrent sur ma joue, embrassant ma peau humide et salée, puis recommencèrent sur l'arrête de ma mâchoire. Le contact était doux, lent, mais terriblement affectueux. Je ne demandais pas plus. C'était comme si je me sentais comblé. Mais ces lèvres n'achevèrent pas là leur voyage. Elle se posèrent délicatement au coin extérieur de mon œil, puis plus bas, à côté de mon nez alors que le sien frôlait ma joue. Elles vinrent ensuite sentir la commissure droite de mes lèvres, avant de se poser entièrement dessus, pressant plus fort qu'auparavant, m'arrachant un agréable frisson. Bien qu'il ne soit pas intense, ce baiser réussi à alléger le poids qui pesait sur mon cœur. Quand elles se furent retirées, avec une impressionnante délicatesse, je décidai d'ouvrir les yeux.
Mon cœur fit un grand bon dans ma poitrine. Je m'attendais à voir une jeune personne au beau visage, accroupie à côté de Yamapi, mais je ne vis personne. Aurais-je rêvé ?
-Teshi...
Encore cette voix. Mais où ? Mes yeux se posèrent sur les deux mains posées sur la mienne et je suivais leurs bras pour découvrir celui qui me tenait.
Yamapi.
Yamapi ?
Yamapi !
Ma bouche s'ouvrit en grand, voulant crier ma surprise, mais rien ne sortit. Pourquoi ? Il n'était pas mort ! Alors pourquoi n'avait-il pas répondu ?
-Comment... ?
-Je me suis cogné la tête tout à l'heure et je suis tombé. En plus je suis frigorifié, le sol est super froid !
-Alors tu n'étais pas...
-Dis, je me trompe peut-être mais... tu pleurais pour moi tout à l'heure ?
-Hein ? Bien sûr que non.
-Menteur.
Son regard exprimait une douce moquerie. Ça se voyait qu'il m'aimait, même après tout le mal que je lui avais fait. Il était aussi reconnaissant, les larmes que j'avais versé étant une preuve que je tenais à lui. Ses mains se resserrèrent d'avantage sur la mienne qui restait crispée sur ma cuisse.
-Teshi...
Encore cette voix douce et aimante. J'avais du mal à croire qu'elle venait de Yamapi, étant habitué à un timbre plus rude. Je levai de nouveau les yeux vers lui, scrutant son visage absolument amoureux.
-Teshi, est-ce que tu m'aimes ?
-Je t'aime, répondis-je sans sourciller.
-Te fiche pas de moi s'il te plait.
-Alors je ne t'aime pas.
-Tu m'as embrassé pourtant.
-Alors je t'aime.
-Mais tu-
-Oh ! C'est bon, là ! Tu me poses une question, je te réponds ! Ne décide pas de la réponse à ma place !
-Gomen... je voulais pas... mais c'était vraiment bizarre aujourd'hui... Je veux dire, tu as été super cool quand on s'est réveillé, et tout à l'heure tu m'as rejeté comme si j'étais la peste...
-C'est que... je ne sais pas ce que je veux, mentis-je.
-T'es sûr que c'est ça ? J'ai plutôt l'impression que tu sais très bien ce que tu fais. Tu serais pas en train de jouer avec moi par hasard ?
-Bien sûr que non !
J'avais brusquement rougis, chose qui rendait mon mensonge encore plus évident, et détournai mon regard du visage de Yamapi. Je voulais donc protéger ce jeu ? Ah bon ? Ma relation avec Yamapi n'était pas plus importante que ça ? Je me relevai, la mine sombre, lui me suivant, puis revint vers mon sac et le ramassai. Me dirigeant vers la porte de sortie, je le saluai vaguement et disparu dans les couloirs de l'agence, laissant seul celui que j'avais cru mort.
PS : Snif... c'était triste, ne ? Mais Tego est toujours aussi buté... -_-' Comprendra t-il un jour ? Ah, quoi ? Ah, c'est moi qui décide ? Ah bon, pardon... XP
Merci d'avoir lu !
