Chap 7 :
Le dernier tribunal a finit en pugilat, en guerre civile, en véritable apocalypse miniature. Du coup, on a du refaire un tribunal dans la foulée pour punir tout le monde et bien mettre les choses au clair. Sauf que personne n'était satisfait donc ces imbéciles ont commencé à s'échanger les sentences. Ils n'ont vraiment rien compris… Bref, au final, on est tous allés se coucher et aujourd'hui, on va faire la troisième tentative de procès, en espérant que mes nerfs vont tenir. L'heure fatidique approche. J'enfonce ma casquette de juge, je glisse dans ma ceinture ma vuvuzela et le marteau que j'ai fini par piquer à Tré qui faisait beaucoup trop de dégâts avec. J'avale un calmant en prévention. Et me voilà partie. Je marche au ralenti, comme dans les films, avec l'expression pathétique du héro déchu qui se rend au peloton d'exécution. Je ne suis ni héro ni déchue, mais qu'est-ce que je suis pathétique avec mes airbags intégrés sous les yeux.
Enfin, j'arrive devant la porte qui va sceller le destin de ma raison. Je sais je m'enfonce dans le pathétique, mais franchement qu'est-ce qu'on en a à foutre ? Déjà, je crois qu'à ce niveau de pathos, on ne compte plus les différences de pitoyabilité. Et en plus, mon état de santé mentale n'intéresse personne donc concentrons nous sur les évènements au lieu de tergiverser éternellement devant cette porte. Prenant une profonde inspiration, je pousse la porte. Je n'en crois pas mes yeux. Ils sont déjà tous là, sages et de bonne humeur. Il faut absolument que je remercie la personne qui a drogué le café ce matin. Merci Selijah ! Ben oui, qui d'autre aurait pu faire ça ?
-Bonjour à tous, je commence, avant de commencer ce tribunal, je voudrais d'abord vous annoncer que aujourd'hui, c'est le jour fatal, le dernier concert de Green Day, et la fin du calvaire pour le reste de la team. Et même si vous êtes une bande de marsupiaux décérébrés qui passez votre temps à faire du trampoline acrobatique sur mes nerfs, je vous aime bien quand même. On dira qu'on est quittes. Bon allez, maintenant, rerererepassons aux choses sérieuses. Billie, tu veux un cookie ?
Le cookie, c'est l'arme ultime, surtout quand le cookie en question est drogué. Ben oui, j'ai un but et les heures me sont comptées, que voulez vous que je fasse ? Je regarde avec délectation le nain qui savoure son cookie. Ce sentiment euphorique, est-ce un prémice de la victoire ?
-Mike, spécialement pour toi, j'ai fabriqué un cadavre en pâte d'amande (droguée), régale toi mon chou, et pour Tré, j'ai un oeuf en nougat (drogué). Ça vous plait ? Et pour tout le monde, chocolats (drogués, bien sûr) !
Bon, maintenant, ils sont tous plus que tranquilles, j'aurais du faire ça dès le début. Au fait, un truc auquel je n'avais pas pensé. Qui est rongeur : le père, ou la mère de Mike ?
-Mikou ? Dis moi, ça vient de quel côté, la partie rongeur ?
-...niiiaaaaaaaeoooo...
Ouaip, j'y suis peut-être allée un peu fort sur les calmants, mais voyons le côté positif, je ne risque pas de me faire découper en rondelles !
-C'est ma maaaaaman... jolie la souris...
-Et ton père alors ?
-Ma maaaaaman est une souris blanche...
-Je te parle de ton père là !
-Papa ? Je te le présente si tu veux. Y a sa photo à l'église... mais c'est triiiiiiste... ils ont crucifié mon demi-frère, peeeeeetit Jéééééésuuuuuuus...
WTF ? Jésus, son frère ? Alors comme ça Mike est une immaculée conception, lui aussi ? Je savais bien que Green Day était un groupe à part, y a le fils de Dieu à la basse. N'empèche, ça en jète, "mon père, c'est Dieu". Je suis presque jalouse. Je dis presque parce que en pratique, il a pas du être souvent à la maison, son puissant paternel.
-Ben pour tout te dire, ton père, tu peux te le mettre où je pense... mais bref, passons les détails, tu peux aller dormir, si tu veux.
Ça, c'est fait, changement de victime.
-Billie chou ? J'aurais bien aimé savoir un truc. C'était quoi que les pigeons voulaient te forcer à faire ?
C'est quand même génial de pouvoir poser des questions sans faire des détours de quinze kilomètres pour arriver à un résultat déplorable.
-Je te dirai pas, je te dirai pas, je te...
-Cookie ?
-Moi, je veux bien, dit Tré.
-Ben répond à la question alors. Promis je te traite pas de balance, vu que t'es drogué.
-Je suis pas grodé... drogué.
-...je te dirai pas, je te dirai pas, je te dirai pas...
-Billie TA GUEULE ! Bon vas-y Tré.
-En fait, les pigeons... méchantes bébêtes... ils voulaient que le nouvel album soit dédié aux pigeons... méchantes bébêtes...
-Mais encore ?
Tré part en courant. Bon, d'accord, en rampant, mais si on prend en compte son état, on peut considérer qu'il court. Puis il revient avec un papier froissé qu'il me tend. C'est une liste de chansons, et en fait, c'est plutôt drole. Je lis à voix haute :
-American pigeon, Jesus of pigeonland (Pigeonland ? Ça doit être la vision que Billie Joe a de l'enfer, cet endroit !), Pigeonday, Boulevard of broken feathers (j'imagine le clip avec des pigeons blessés !), Are we the pigeons (Mais c'est toi le pigeon !), Saint pigeon (vous me direz, c'est presque une tête de pigeon qu'il fait pendant le live), Give me pigeonine (c'est peut-être ça la substance étrange que j'ai avalé à Paris), She's a pigeon, Extraordinary pigeon (ne pas mourir de rire, ne pas se pisser dessus), Wake me up when pigeon's era ends (t'inquiète, ça a pas commencé), Pigeoncoming, Whatserpigeon... C'est énorme !
Tré s'est endormi dans le plat de cookies, et tout le reste de la salle comate. Je n'ai jamais entendu un tel silence en backstage. Le problème, c'est que pour le concert de ce soir, ça va pas le faire ! Bon, comme je suis la seule survivante, normal, c'est moi qui ai fait ce massacre, je doit trouver une solution. Pour commencer, j'aurais jamais pensé dire ça, mais...
-TRIPLE DOSE DE CAFE (non drogué) POUR TOUT LE MONDE ! Vitamine C et vitamine D à volonté ! Oranges, citrons pressés ! Aliments gras, salés, sucrés !
Au final, tout le monde est en forme pour le concert, et moi, j'ai même le droit d'aller dans la fosse ! C'est génial, j'ai l'impression de revenir au début de l'histoire, quand j'étais juste une no-life de fan sans avenir et sans intéret... Je crois bien que j'ai grandi dans mon être intérieur, je suis peut-être même encore plus chiante qu'avant, mais c'est tant mieux.
Le concert touche presque à sa fin, quand une lumière éclatante éblouit tout le stade. C'est quoi ce projecteur ? Bon je vais voir d'où ça vient. Je me hisse sur la scène en gueulant :
-Mais vous foutez quoi ? Ça défonce les yeux !
Mais attendez, c'est pas un spot ça. C'est... Dieu ?
-Je suis fier de toi, mon fils, belle tournée, j'ai enfin pu revoir mon groupe préféré.
-Merci papa, sussure Mike.
-Hé Dieu ! J'appelle. Salut mec ! Ça me fait bizarre de te croiser comme ça. Dis, t'as pas une option réglage de l'intensité lumineuse ?
-Non je te prie de m'excuser.
-T'inquiète, c'est toi le Dieu.
-Merci d'avoir rempli ta mission.
Hein ? Mais quelle mission ?
-Tu as enfin permis à mon cher fils d'assumer sa nature. Je t'avais choisie pour croiser son chemin, et je ne me suis pas trompé.
Tout s'explique. Voilà pourquoi ils m'ont embarqués : c'était la volonté de Dieu ! Bien sûr, comment n'y ai-je pas pensé ? N'empèche, qui aurait cru que j'étais en mission divine ?
The divine end
