DISCLAIMER : je ne possède aucun des personnages de cette histoire qui appartiennent tous exclusivement à JK Rowling, et ne gagne ni ne gagnerai (on le sait tous) aucun argent des fictions que j'écris.
Comme souvent je t'observe en secret, dissimulé par un pilier de marbre.
Tu es face à un antique miroir en pied. Tu contemples ton reflet, ton regard perdu au-delà de l'image.
Le long sanglot qui franchit la barrière de tes lèvres me tire de mes pensées. Il est le seul son que j'entendrai jamais trahir ton désespoir.
Tu es si forte lorsqu'il s'agit de jouer la comédie, de refouler tes sentiments et de les enfouir sous un masque. J'ai rarement vu quelqu'un d'aussi doué pour ça en dehors de Serpentard, où nous jouons tous un rôle.
Quelle actrice tu fais ! Tu feins tout, de l'éclat de rire à la larme, en passant par la concentration et parfois même par la colère, lorsque tu es en représentation.
Tu sembles croire que tu es constamment sous le feu des projecteurs, et c'est presque le cas. La plupart du temps, tu es sur scène, bien obligée de faire croire à ton public la réalité de ton jeu. Et tu y parviens.
Tu sais y faire et tu te méprises. Tu penses ne pas voir le choix, te crois forcée de faire semblant alors même que tu es la seule force qui t'oblige à cela. Tu te trouves lâche, mais ressens une telle épouvante à la simple idée d'heurter ses convictions, de bouleverser ses sentiments, de renverser l'ordre établi.
Alors oui, tu es lâche et te retranches derrière la surface protectrice et blessée de l'amante silencieuse.
Car tu penses que leur petit confort, que ses certitudes "morales" et chaleureuses ne doivent pas être ébranlées. La remise en question de ce système conventionnel et rassurant n'est pas à l'ordre du jour. Elle ne le sera sans doute jamais, tant que tu chercheras à les protéger coûte que coûte.
Peu importe le prix, tu n'as pas l'intention d'être celle qui fissurera des années de croyances et de mensonges. Tu préfères souffrir tous les jours pour la maintenir dans son doux cocon traditionnel, sur son piédestal conservateur.
Il est tellement plus facile de se faire du mal au quotidien que d'accepter la possibilité d'être le vilain petit canard au grand jour. C'est si simple de subir la torture quand la possibilité de s'éveiller, quitte à provoquer un séisme et peut-être se retrouver abandonnée est à portée de main.
Que crains-tu, qu'as-tu à perdre, si ce n'est la sécurité des apparences ? Quoi que tu fasses, tu es déjà seule.
Au fond, tu le sais, cette fille que tu aimes passionnément, à en crever, n'est qu'un symptôme, un prétexte. Elle est celle qui concrétise ce que tu ressens, ce que tu es profondément. Après elle en viendront d'autres. Tu aimes les femmes, c'est dit, pourquoi tenter de se leurrer plus longtemps ? Ce sanglot expiré est la preuve physique, la preuve tangible de cet aveu intérieur. Ne sois donc pas idiote, ne cache plus celle que tu es.
Tu te dis peut-être que venant de ma part, un tel discours est paradoxal. A la lumière des apparences, cela jure avec mes actes, sans aucun doute. Cela ne correspond certainement pas à celui que vous me croyez être.
Mais comme tu le sais les apparences sont trompeuses, et au fond nous sommes tous deux assez semblables. C'est sans doute pourquoi je vois si clair en toi, parce que nous sommes les mêmes. Nos images sont opposées l'une à l'autre, et pourtant… Nous avons sans doute plus de points communs que tu ne l'imagines ou l'espères, mais qu'importe.
Nous sommes plus lâche l'un que l'autre, jamais nous n'oserions arracher nos chaînes et affronter la vie. Le pire est peut-être que nous n'avons pas la moindre illusion sur notre compte.
Contrairement à ce que l'on pourrait croire, du moins surtout dans mon cas, l'égoïsme n'est pas de notre ressort. Pour l'être, il faut du courage, et ça, ni toi ni moi n'en avons, malgré ce que pourraient laisser penser les couleurs que tu arbores.
Nous sommes si lâches, si faibles, avons si peur… Et alors que nous pourrions trouver un peu de réconfort dans une amitié partagée, dans une trêve pour pouvoir supporter les autres, nous nous rejetons, nous affrontons sans relâche. Pique après pique, assaut après assaut, bataille après bataille, nous nous repoussons un peu plus loin.
Tu contemples ton vrai visage dans le miroir et ton reflet t'est une étrangère. Tu ne te reconnais plus, mais as-tu vraiment changé ? N'as-tu pas seulement mis en lumière celle que tu es réellement ? Quoiqu'il en soit, le simple fait de l'avoir révélée à tes yeux te perturbe, te dérange. Tu songes que jamais plus tu ne seras capable de jouer ton propre rôle…
Et pourtant si, inlassable, tu remonteras sur les planches, faisant comme si ce n'était qu'une simple fatigue passagère, comme si tu allais te sentir mieux avec un peu de repos.
Car c'est bien connu, Hermione Granger est le rat de bibliothèque le plus assidu de tout Poudlard, et elle ne peut faillir à sa réputation. Ne pas y aller chaque jour serait l'aveu que quelque chose cloche, n'est-ce pas ?
Tu iras mieux, oui, dès que tu auras réussi à te reprendre en main et à te recomposer un visage et une attitude.
Mais en profondeur, pourtant, tu ne pourras échapper à la noyade. Tu as bu la tasse une fois, et as depuis oublié comment l'on nageait. Te voilà désormais entraînée inexorablement vers les abysses.
A chaque instant, tu te retrouveras incapable de détourner les yeux de ces filles que tu croises. Qu'elles soient jolies ou non, tu leur trouveras toujours quelque chose de charmant. Leur sourire ou leur démarche, leurs formes, qui sait. Tu tenteras en vain de l'éviter, de ne pas les regarder en sentant ton cœur se remplir d'une foule d'émotions, changeant à chacune, fluctuant au gré de ces rencontres furtives, mais une fois de plus tu ne le pourras pas.
Tu es de nouveau piégée. Tu parais si lasse, si triste face à ton reflet… Et il y aura toujours cette Weasley que tu ne sais ni oublier ni provoquer.
Alors, que comptes tu faire, que vas-tu faire maintenant, Miss-je-sais-tout ?
Tu lances un dernier regard au miroir, ton visage marqué par le dégoût et le mépris, puis toute expression s'estompe et disparaît. Un léger sourire se colle sur tes lèvres, tu remets ton masque.
Puis tu tournes les talons, fuis ton reflet une fois de plus. Dans ton cœur naît une nouvelle déchirure, et sur ta figure, un mensonge de plus.
