Chapitre 4 : Le Bal
J'étais sagement assise sur canapé dans un coin, observant les couples qui valsaient avec plus ou moins de grâce sur la pise de danse, quand une ombre vint obstruer mon champ de vision.
« Astoria ! J'espérais te trouver plus tôt mais avec tout ce monde, je ne t'avais pas vu. » Charlus Prewitt. Mon pire cauchemar.
S'il y avait bien une chose que je redoutais, c'était de danser avec lui. Je le dépassais de dix centimètres et pesais moitié moins que lui. Son tour de taille faisait le quadruple du mien et si par malheur personne ne me venait en aide, j'allais être contrainte de subir la pire torture qui soit. Ce lourdaud ne savait pas danser. Et les malheureuses qui n'avaient pu y réchapper s'étaient retrouvées avec les pieds en bouilli avant même la fin de la danse.
« ...Ah oui ? » fis-je d'une voix faible. Vite, trouve une excuse, n'importe laquelle ! « Hm. Ecoute, je suis un peu embarrassé. J'avais promis à... » Viiite quelqu'un! « Blaise ! Tu es là ! Je te cherchais partout ! » m'exclamais-je en lui lançant un regard lourd de sens tandis qu'il nous rejoignait. Merlin soit loué.
Mon ami avait le don de me sortir d'impasses comme celle-ci. Et aujourd'hui, il me sauvait littéralement la vie – les pieds. Il se tourna vers Charlus tout en saisissant ma main qu'il posa sur son avant bras.
« Charlus », fit-il en un signe de tête. « Excuse Astoria, elle m'avait promis la première danse. Si tu veux bien nous excuser. »
Face au regard peu amical et sévère qu'abordait Blaise, Charlus n'osa à peine ouvrir la bouche. Mon sauveur m'entraina aussitôt sur la piste de danse, sans demander son reste. Emportée par la musique, je me sentais flotter dans les bras de Blaise qui se révélait être un excellent danseur.
« J'ignorais que vous dansiez aussi bien mon cher », remarquais-je avec une voix faussement légère, taquine.
« Et ce n'est qu'un de mes nombreux talents cachés ! » rit-il en retour.
Nous dansâmes encore jusqu'à la fin du premier morceau puis je passais aux bras de mon père pour le second. Nous suivions le flot de danseurs, valsant au gré de la mélodie.
« Comment se passe ta soirée Astoria ? »
« Étonnement, bien, Père. J'ai pu faire plus ample connaissance avec Drago Malefoy, et Blaise est là pour m'épauler en cas de besoin. Ne vous souciez pas de moi », dis-je avec le sourire qu'il me rendit, mais que je devinais crispé. Et ce sourire là ne prévoyait qu'une discussion importante à venir.
« Astoria... J'aurais à t'entretenir de quelques autres choses après la soirée. Quelque chose d'important. » Mon sourire se figea pour se faner ensuite. Je fronçais les sourcils. « Ne t'inquiète pas, rien de dramatique. Oublie tout ça et profite du bal ! »
J'en étais à cet état de confusion quand il me fit tournoyer, lâchant ma main, pour le changement de partenaire. Une main se posa sur ma taille, une autre saisit ma main gauche avant même que j'eusse le temps de lui répondre. Je levais les yeux pour identifier ce nouveau personnage et découvris avec soulagement un visage amical. Drago n'était pas en reste comparé à Blaise pour ce qui était de la danse. Tous deux se débrouillaient à merveille.
« J'ai un instant eu peur de me retrouver face à Charlus Prewitt. Tu me sauves de bien nombreuses mortifications », lui soufflais-je à l'oreille.
« C'est un plaisir », sourit-il. Ses yeux argent me dévisageaient alors que je levais les miens pour les rencontrer.
Nullement gêné, il ne détourna pas le regard et continua son étude. Refusant de rougir devant lui une nouvelle fois, je me concentrais à mon tour sur son visage. J'observais la ligne de sa mâchoire, rasée de près à l'exception d'un fin trait qui partait de sa lèvre inférieure jusqu'à son menton et qui lui ôtait tout caractère enfantin. Ses lèvres lisses et à peine rosées étirées par un sourire discret. Cette fossette qui creusait sa joue à la commissure de sa bouche. Son nez droit et fin. Ses yeux gris qui me dévisageaient toujours.
Nos regards s'étaient accrochés, ni lui ni moi n'arrivâmes à nous détourner. J'étais prisonnière, irrémédiablement captivée par ces pupilles argentées. Inconsciemment, son bras se resserra autour de ma taille, sa main maintenant dans mon dos et la mienne sur sa nuque, nous nous retrouvâmes presque collés l'un à l'autre. Ce n'est que lorsque je me sentis prise de vertiges que je me souvins de respirer. Nous dansâmes comme cela, sans prendre garde à ce qui nous entourait, jusqu'à ce que la musique cesse définitivement, où nous nous séparâmes lentement. Ma main qu'il avait gardée dans la sienne tremblait lorsqu'il la porta à ses lèvres pour y déposer un léger baiser.
« ...Ce fut un plaisir », souriais-je, ne quittant pas ses yeux alors que nous nous éloignons l'un de l'autre de quelques pas.
« Plaisir partagé... », répondit-il en me proposant son bras, que je saisis alors qu'il me raccompagnait.
Nous rejoignîmes le petit groupe de personnes où se trouvaient mon père et sa mère, accompagnés de leurs amis, les Nott et leur fils, ainsi que Mrs Zabini et Blaise. Leurs visages étaient fendus d'un sourire plus ou moins discret et que je devinais plein de sous-entendus. Je me raidis aussitôt, ce que Drago perçut aisément. Tentant sans doute de me calmer, il pressa ma main posée sur son bras de la sienne tandis que nous arrivions à leur hauteur, où nous nous séparâmes. Théodore comprit d'emblée notre embarras et se chargea d'attirer l'attention des parents présents en engageant la conversation sur l'évolution des échanges internationaux sorciers. Mais Blaise ne marcha pas et continua à nous fixer tour à tour, sourire amusé aux lèvres. Celui là allait m'entendre s'il ne cessait pas tout de suite...! À mon plus grand soulagement, un regard sévère de la part de Drago le dissuada d'insister et il haussa les épaules, ne se départant pas de son sourire.
Quand l'horloge sonna une heure du matin, les derniers invités prenaient congé et regagnaient leur voiture magique au pied des marches du perron. Lucretia les salua d'un dernier signe de main et mon père ferma enfin la lourde porte d'entrée une fois la voiture disparue.
« Et bien ! Quelle soirée ! Daphné, vas vite te coucher ma chérie, tu tombes de fatigue ! » s'exclama-t-elle. Evidemment, le manque de sommeil lui donnait un teint jaunâtre et cela était intolérable. Pas à un mois de son illustre mariage. Elle monta rapidement les larges escaliers qui menaient à l'étage en entrainant derrière elle Daphné qui se lassa faire sans rechigner après m'avoir lancé un dernier regard méchant. Pff. Qu'est-ce que j'ai encore fait...?
« Astoria », m'interpella mon père. Je me retournais et me rappelais instantanément nos paroles échangées durant le bal.
« Oui...? » fis-je, mal à l'aise.
« Suis-moi dans mon bureau s'il te plait. »
Je ne pus qu'hocher la tête, l'angoisse m'avait noué la gorge. Qu'avait-il de si important à me dire ? Les brides de la conversation que j'avais surprise en début de soirée repassaient en boucle dans ma tête à une vitesse folle. J'étais à deux doigts de paniquer quand nous atteignîmes son bureau. Mon père entra dans la pièce et alla s'assoir dans son fauteuil sans se départir de sa mine soucieuse, alors que je restais bloquée sur le seuil de la porte.
« Entre, viens t'assoir. » J'allais m'installer dans l'un des deux sièges disposés de l'autre côté du bureau en face de lui et attendis, muette. « Écoute, c'est délicat, j'ignore comment m'y prendre... »
J'étais certaine que jamais il ne m'obligerait à un mariage arrangé – je l'avais entendu de sa bouche quelques heures plus tôt. Mais je ne pouvais m'empêcher de redouter la conversation qui allait suivre. S'il ne s'agissait pas de cela, alors qu'était-ce ?
« Tu sais que Daphné... Daphné n'est fiancée que parce que Lucretia l'a exigé, et tu sais parfaitement que cela ne m'enchante pas pour les raisons dont nous avons déjà parlées. Et que jamais je n'exigerais cela de toi. Seulement voilà, il semblerait... » Il s'arrêta un instant, cherchant ses mots. J'essayais de déglutir, difficilement. « Il semblerait que quelques familles l'ignorent. Plusieurs d'entre elles sont venues me demander ta main », dit-il d'une voix grave avant de s'empresser d'ajouter : « Rassure-toi, je les ai aussitôt repoussées ! »
Je reprenais mon souffle. Le sang qui avait quitté mon visage reprit lentement la direction de mes joues. Il continua, embarrassé :
« Mais ces événements m'ont conforté dans l'idée que j'avais raison de te préférer à l'écart de ces gens là, et je suis persuadé que d'autres projettent de venir me demander ta main. Alors, je pense qu'il serait préférable que... »
« Que j'évite les réunions de ce genre », finissais-je à sa place, soulagée. Finalement, il ne s'agissait rien de ce que je ne savais déjà.
« Pour un temps seulement ! Idéalement, le temps nécessaire pour ces familles de caser leur fils... Je comprendrais que tu veuilles retrouver tes amis à ces occasions, mais je serais plus serein si je te savais à l'abri de ces manigances. »
« Je comprends. Merci de m'en avoir informée Père. » Je me levais, souhaitant prendre congé.
Il m'imita aussitôt et nous sortîmes de son bureau avant de regagner les escaliers en silence. En haut de ses derniers, il me souhaita bonne nuit, m'embrassant sur le front, et nous nous séparâmes. J'allais entrer dans ma chambre quand la porte de celle de Daphné s'ouvrit sur cette dernière. A en juger la grimace qu'affichait son visage, elle n'était pas très contente. Sans prendre la peine de s'expliquer, elle se rua sur moi et me poussa sans ménagement dans ma chambre, claquant la porte sans se soucier de vacarme qu'elle engendrait.
« TOI ! Comment as-tu pu ! » s'écria-t-elle en me poussant du doigt. Echevelée, elle avait le visage rouge de colère.
« Pardon ? » demandais-je alors que je repoussais ses mains qui cherchaient à me faire tomber. Que me voulait-elle encore ! Elle commençait sérieusement à m'agacer !
« Tu n'as pas le droit ! Il est à moi ! À MOI !» Elle réussit à agripper un pan de ma robe et en déchira la moitié, découvrant mes jambes.
« Mais t'es malade ! » hurlais-je à mon tour avant de la repousser de toutes mes forces. « Et de quoi tu parles ! Qu'est-ce que j'ai encore fait pour que tu m'emmerdes ! »
« Il ne me regarde plus ! Drago !C'est de ta faute ! J'te hais, sale morveuse de sang de bourbe ! » Mon sang ne fit qu'un tour et la gifle partit toute seule. Elle tomba lourdement sur le sol, et se mit à geindre, la main sur la joue.
« QUOI ! Tu- Tu... avec Drago Malefoy ! » J'étais abasourdie.
« Qu'est-ce que ça peut te faire ! Tu n'es qu'une moins que rien, tu ne mérites pas son attention ! Tu l'as fait exprès ! Il ne me regarde plus ! » criait-elle encore, ne cessant de m'insulter, m'accuser de tout. A ce moment là, je perdis toute trace de civilité restante.
« Espèce- espèce de- de garce ! Dois-je te rappeler que tu te maries dans un mois ! »
« Et alors ! Qu'est-ce que ça change ? Je me fiche de Théodore ! Il sait parfaitement que je ne lui serais pas fidèle », fit-elle avec aplomb, cessant de geindre. J'en perdais mes mots devant une telle déclaration. « Et lui non plus ne l'est pas ! » Évidemment, accuser l'autre de sa propre faute, je m'étonnais qu'elle ne l'ait pas encore fait.
« Peut-être, mais lui a la décence d'être discret ! Tu- Tu n'as aucun bon sens ! Ni aucune moralité ! Il ne t'est pas venu à l'esprit que cela pourrait blesser Théodore ? Tu couches avec un de ses amis ! »
« Haha ! En tout cas, ça ne dérangeait pas Drago jusqu'à aujourd'hui ! » fit-elle avec un sourire mauvais. Puis son visage s'illumina, lui donnant un air presque dément : « Il ne voulait que me rendre jalouse ! Ahaha ! Tu n'es rien pour lui ! Juste un nouveau jouet qu'il s'empressera de jeter une fois qu'il aura fini de s'amuser ! »
Ses paroles eurent sur moi l'effet d'une douche froide, et je me sentis devenir livide, incapable de penser de façon cohérente. Puis une toute autre sensation m'envahit. Plus puissante que la colère, la fureur. Jamais je n'avais autant détesté Daphné qu'à cet instant. J'allais me jeter sur elle, toutes griffes dehors quand ma porte s'ouvrit en fracas.
« CELA SUFFIT !» fit la voix tonitruante de mon père. « Daphné ! Dans ta chambre ! Tout de suite ! »
Elle s'était relevée, avait affiché sur sa face un air confiant et quitté ma chambre, ignorant royalement notre père, non sans m'avoir jeté un dernier sourire mauvais. Trois secondes plus tard, je pus entendre sa porte claquer. Mon père n'avait pas quitté le seuil de ma porte, il avait les traits déformés par la colère, que j'espérais dirigée vers Daphné. J'inspirais faiblement, essayant vainement de reprendre contenance. J'avais à nouveau la gorge nouée. Mais cette fois-ci, à deux doigts de fondre en larmes.
« Elle sera sévèrement punie, je peux te le garantir. » Il referma la porte et j'entendis ses pas pesants s'éloigner.
Je soufflais, un mal de tête me ceinturait le crâne, je me laissais aller sur mon lit. La fatigue, le stress, une dispute, et une déception en prime. Drago couchait avec ma sœur. Ça, il s'était bien gardé de me le dire. Il m'avait d'emblée inspirer confiance, nous avions discuté, fait connaissance, rigolé. Mais les paroles de Daphné tournaient en boucle dans ma tête. Nouveau jouet... Tu n'es rien pour lui. Une larme m'échappa. Je me trouvais ridicule. Pourquoi devrais-je pleurer pour un garçon que je connais à peine, et qui plus est, couche avec ma demi-sœur ? J'étais tellement... déçue ! Mais à quoi m'attendais-je ? Au prince charmant ? Pff. Quelle idiote.
Mais je ne pouvais m'empêcher de m'interroger sur ses motivations. Pourquoi m'avoir abordée ? S'être confié à moi ? Dansé avec moi toute la soirée ? J'avais finalement raison de m'étonner de cette nouvelle facette. Souriant, aimable, sympathique... Il cachait bien son jeu. Mais qu'avait-il derrière la tête ? Il ne m'avait pas semblé vraiment... entreprenant, du moins pas de la façon dont il pourrait le faire s'il avait voulu simplement s'amuser. Si ce n'était pas pour ça qu'il avait voulu me paraître si agréable, alors dans quel but ? Rendre jalouse Daphné ? D'après ce que m'en avait dit Blaise, Drago ne se souciait que rarement d'elle et ne lui accordait un mot uniquement par politesse.
Daphné... Je n'avais plus qu'une envie : lui tordre le cou de mes propres mains. Elle m'était apparue ce soir plus mauvaise que jamais. Je la savais égoïste, et infidèle, mais je ne pensais pas que ça allait jusque là. La scène qu'elle venait de me faire me montrait à quel point elle était égocentrique, pensant que tout lui était dû sans contrepartie. Elle reflétait bien sa propre mère.
Jusqu'à aujourd'hui, je m'étais contentée de les observer de loin sans me joindre vraiment à eux, et les événements de ce soir me convainquirent que ce n'était vraiment pas un monde où j'avais ma place. C'était décidé. J'éviterais ce microcosme de sangsues autant que possible, qu'ils m'oublient avec leur histoire de mariage et leur descendance sorcière. Mon père n'en serait que soulagé, Lucretia aux anges et Daphné pourrait à loisir baver sur Drago Malefoy sans venir m'agresser ensuite. Et puis, je pourrais voir Blaise à l'université durant la semaine, alors ces réceptions ne me manqueront pas vraiment.
Il était plus de deux heures du matin et je tombais de fatigue. Après un effort surhumain pour me relever, je m'empressais de me débarrasser des restes de ma robe et enfilais mon pyjama de satin. Je me trainais ensuite jusqu'à la salle de bain, où je me démaquillais rapidement, me lavais aussi vite les dents puis courais rejoindre mon lit dans lequel je me glissais avec soulagement.
Dans un mois se marieraient Théodore et Daphné. Dans un mois, ce manoir retrouverait une quiétude qui l'avait déserté depuis vingt ans. Elle partirait vivre chez les Nott, et il ne resterait que Lucretia pour venir troubler le calme du domaine.
Si j'évitais soigneusement ces maudits Sang-Pur, et Drago Malefoy à l'occasion, je pourrais vivre sereinement ma petite vie dans mon coin.
J'aiiime faire passer Daphné pour la méchante :) Elle est aussi mauvais que sa mère...
Et ce Drago qu'on croyait repenti, pas si remis que ça, hm ?
Un conseil qu'il faudrait donner à Astoria (je vous donne un indice) : éviter de croire tout ce qui sort de la bouche de Daphné...
Dîtes moi ce que vous en pensez !
Chapitre 5 en tête... ;)
