Après avoir très longuement hésité sur la tournure à donner au prochain chapitre, voilà ce que j'en ai ressorti. Imaginez qu'on vous demande de faire une présentation vidéo, seul ou accompagné devant une caméra. Exercice de techniques audiovisuelles : très dur. Enfin là n'est pas le sujet. Vous laisse découvrir… Ne connais pas exactement les circonstances de la mort du père de Derek donc on peut dire que j'ai laissé jouer mon imagination ici.
Ce chapitre est découpé en deux parties, histoire de vous laisser souffler un peu car celle-ci je la trouve déjà assez longue alors si j'avais mis les deux ensemble, vous auriez été lassés.
Donc voici la première partie.
Chanson « Trouble » de Cold Play dont je suis une très grande fan et que j'ai la chance d'aller voir dimanche à Arras
Review review svp…
Il n'était pas en sécurité. Non pas du tout. Ce bureau était trop grand, cette pièce était trop grande, ce médecin lui semblait trop bizarre. Non rien n'allait ici et il n'avait vraiment qu'une seule envie : sortir d'ici au plus vite. Mais pourtant, il savait que pour sa santé mentale, il en avait sacrément besoin après ce qui lui est arrivé.
« Quand vous voulez Greg ! » La personne face à lui l'encouragea et déclencha la caméra.
« Bonjour à tous. Je m'appelle Greg Sanders, j'ai 31ans. Avant la mort de mes parents, j'étais fils unique et ma famille était trop loin de moi pour prendre soin de moi. Donc je fus recueilli par une famille afro-américaine, les Morgan qui vivent à Chicago. Au total aujourd'hui, j'ai deux sœurs et un frère aîné. Mon père… adoptif… » En évoquant ce sujet, des larmes douloureuses se mirent à couler sur ses joues. Le psychiatre de l'hôpital s'inquiéta mais ne dit rien. C'était son rôle d'écouter les gens avant de poser les questions après tout.
« Allez-y, prenez tout votre temps. Je ne suis pas pressé… »
A ces paroles, Greg se ressaisit un peu avant de continuer :
« J'avais 7ans quand c'est arrivé. Il était flic et un soir de patrouille, il avait décidé d'emmener, moi et mon frère avec lui. Derek lui avait 10ans. Ce soir-là, il n'avait pas vu le suspect sortir de la maison cambriolée, un flingue à la main. Le coup est parti sans qu'on s'en rende vraiment compte.
Notre père avait 38ans, et il est mort sous nos yeux. Je n'arriverais jamais à enlever cette image de sous mes yeux. Mais on peut dire que cet horrible événement a été déterminant pour le choix de ma voie. »
« Professionnellement parlant vous voulez dire ? »
« En quelque sorte oui. Je savais que je n'étais pas vraiment fait pour le terrain. Les maths, la chimie, ça c'est plus mon domaine. Alors en intégrant la police scientifique, je me suis dit que je pourrais aider malgré tout à mettre derrière les barreaux des salauds, comme celui qui a tué mon père. Et dès que j'en ai eu l'occasion, intégrer le terrain… C'est la même raison pour laquelle mon frère travaille pour le FBI. »
« Et le reste de votre famille ? »
« J'ai un cousin qui travaille également pour la police scientifique, mais à New York, lui. Mes deux sœurs, elles font des métiers bien différents des nôtres. Heureusement. » Il laissa échapper un petit rire nerveux, attendant une autre question de son psychiatre.
« Depuis cet… Incident… Comment s'est formulée votre vie ? »
« J'ai toujours voulu faire en sorte que ma mère soit fière de moi. A n'importe quel prix ! Même celui de mettre ma vie privée de côté pour mes études. Pour vous avouer, mon premier rapport je l'ai eu à 21ans et ma première copine à 16ans. Les études étaient, en quelque sorte… Euh comment définir ? »
« Un moyen de canaliser votre peine ? »
« On peut dire ça comme ça oui. J'ai comme qui dirait délaissé ma vie familiale, ma mère, mes sœurs. Et encore plus mon frère. »
Repensant à ses nombreuses disputes, Greg lâcha un gros soupir avant de reprendre :
« Je suis parti étudier dans mon état d'origine, la Californie. Je ne les ai presque pas vus pendant trois ans. Généralement, c'étaient eux qui venaient à moi. Ils n'arrivaient pas à comprendre pourquoi j'avais besoin d'espace. Je n'arrivais pas moi-même à leur définir à l'époque. »
« Des regrets ? »
« Des regrets ? Oui et non. Non puisque je suis là où je voulais être aujourd'hui. Oui parce qu'en 3ans, je me suis éloigné ostensiblement de mon frère.
Mes sœurs comprenaient facilement mon besoin de m'affirmer. Mon frère, lui, m'en voulait. Vous voyez, Derek est devenu… Comment pourrait-on dire ? Un gros rebelle, voilà. La mort de notre père l'a touché tout autant que moi, mais lui est devenu un garçon violent, un peu déconnecté de la réalité. Enfin on a appris la pire vérité sur lui que tard. Et maintenant, ça c'est mon plus gros regret : je n'ai jamais pu remarquer la détresse totale de mon frère, après ce qu'on lui a fait subir adolescent. »
« Que s'est-il passé ? »
Greg poussa un long soupir : il n'aimait pas reparler de cette période douloureuse et surtout n'avoir rien pu faire pour aider son frère le rendait encore plus fou de rage contre lui-même et Carl Buford.
« Excusez-moi, j'ai besoin de prendre l'air. »
Sans attendre la réponse, il sortit du bureau à toute vitesse et entra dans les toilettes pour vomir le peu de déjeuner qu'il avait dans son estomac…
(…)
« Bon je suppose que vous ne voulez plus en parler ? Il n'y a pas de souci. Je vous laisse continuer comme vous le souhaitez. »
Après s'être « vidé », Greg s'était passé le visage sous l'eau, avant de revenir dans le bureau pour continuer la séance. »
« D'accord. Je peux juste vous dire qu'à l'époque, cette terrible épreuve nous a éloignés. Mais aujourd'hui, plus que jamais et avec le recul nécessaire, mon frère et moi sommes très liés. Malgré la distance. Il y aura toujours chez moi un sentiment de culpabilité. Mais je ne veux plus réitérer les mêmes erreurs. Et surtout ma famille est ce qui compte le plus pour moi au monde. Je serais prêt à tout pour eux. »
« Définissez le « tout » »
Un nouveau silence et un regard au dehors. Il faisait si beau. Mais son histoire n'était pas finie et il veut finir de la conter au plus vite pour sortir de ce bureau au plus tôt.
« Moi, Derek et notre cousin Danny avons beaucoup de choses en commun : nous sommes tous les trois flics ou à peu près, nous avons vu les pires horreurs possibles en ce monde et encore pire, en avons subi. Si pour eux, ça leur est arrivé plus jeunes, moi je dois encore en subir les conséquences aujourd'hui. » En montrant sa main bandée et ses cicatrices encore visibles.
« Et un lien supplémentaire qui nous rapproche : nous sommes tous les trois fous amoureux d'un homme. Et oui, je vous rassure, trois hommes différents qui travaillent au sein même de nos équipes avec nous. Donc ça peut sembler peu, mais avec nos passés et ce qui nous est arrivé, ma famille est un tout pour moi et je serais prêt à tout pour la protéger, l'aider, l'écouter et être là dans chaque moment primordial. »
« Ils sont venus vous voir ? »
« Oui bien sûr. Malgré leur travail, ils ont réussi à venir. Et ont réussi à me soutenir. Et aussi aujourd'hui je sais une chose : je sais que j'ai enlevé une vie mais je sais que j'en ai sauvé une autre surtout. Je ne dis pas que Démétrius James le méritait. Je dis juste que c'est un moyen de me rassurer : je n'ai pas su protéger mon frère et mon cousin, mais j'ai protégé un autre innocent. Et je suis persuadé que si j'avais su pour eux, j'aurais pu agir pareil. Ce qui enlève un peu… de ma culpabilité. » Enfin trop peu… Pensa t-il.
« J'aurais pu sauver et aider ma famille. Alors en fait je considère un peu ce qui s'est passé comme ma façon de me racheter. »
« Donc comment définiriez-vous votre relation avec votre famille aujourd'hui ? Même avant l'accident ? Sur une échelle de 1 à 10, de « exécrable » à « géniale » ? »
« Franchement, 9. »
« OK. Bon la séance est finie pour aujourd'hui. On se revoit demain, à la même heure ?
« Ah bon pourquoi ? »
« Je vois bien qu'on a pas fini de parler tous les deux et que vous en avez bien besoin. Donc… »
« Ok à demain. »
A suivre…
