/!\ Death fic


Together.

« John, John je t'en prie réveilles-toi. »

La balle avait fait de sérieux dégâts. Elle s'était logée près du cœur et menaçait d'ôter la vie du médecin à tout moment.

L'opération pour l'extraire avait durée plusieurs heures. Sherlock était resté à la porte tout ce temps, sans bouger, regardant amèrement à travers le hublot, attendant la venue du chirurgien. Mycroft avait bien tenté de le faire partir, mais en vain. Tout était de sa faute. Lestrade, voyant l'état de choc dans lequel il était, n'avait même pas osé l'approcher pour le convoquer au Yard, afin de prendre sa déposition. C'était à cause de lui que John était entre la vie et la mort. Plus proche du deuxième.

Maintenant, Sherlock était assis sur cette chaise inconfortable, au chevet de son colocataire, de son ami, de l'homme qu'il avait failli tuer. Jamais. Jamais il n'avait mis la vie d'une personne en danger comme il venait de le faire. Jamais il n'avait risqué de perdre un être cher, parce qu'il n'en avait pas. Jamais il n'aurait osé penser une seule seconde que John se mettrait entre lui et la promesse de sa mort.

« John, j'ai besoin de toi. »

Les murmures étaient à peine audibles, couverts par l'incessant bip régulier des machines auxquelles le médecin était branché.

« John, pardonne-moi. »

Des larmes commençaient à couler sur ses joues, s'écrasant mollement sur les draps. Après tant d'années à ses côtés, jamais il ne lui avait demandé de le pardonner. Jamais il ne s'était senti aussi mal. Jamais il ne s'était excusé.

Pourquoi ? Pourquoi John se sentait toujours obligé de donner sa vie pour sauver celle du détective ? Parce qu'il l'aimait. Pourquoi Sherlock pleurait-il maintenant ? Parce qu'il l'aimait. Passer ses journées à l'hôpital le faisait se rappeler tout ce qu'ils avaient vécu. Et ils en avait vu des choses.

Leur première rencontre, à Barts. Leur première course poursuite le lendemain, juste après leur premier restaurant. Ils se connaissaient à peine, mais ils s'appréciaient déjà. L'emménagement, sa relation infructueuse avec Sarah, sa proposition de sacrifice à la piscine.

Sherlock se remémora leur premier baiser, promesse d'une longue et durable relation heureuse et comblée. C'était un soir d'hiver, au coin du feu, alors que le corps de Sherlock avait épuisé ses dernières ressources de santé. Un rhume. Un simple rhume. Et il avait été alité deux semaines. Et ce soir là, dégustant une tasse de thé fumante, ils s'étaient embrassés.

Leur première fois. Tendre moment de douceur, où chacun avait pu mesurer l'amour de l'autre. C'était trois semaines après leur premier baiser. Ils avaient été occupés par une sordide affaire de meurtre. Sherlock n'avait jamais oublié le regard de John en cet instant, ses yeux remplis d'amour et de fierté. Oui il était fier. D'être celui qui avait pu apprivoiser l'animal sauvage.

Le premier « Je t'aime » de John. Un matin, au petit déjeuner, alors que le détective venait de refuser une affaire pour aller soutenir John à son rendez-vous chez le médecin. Verdict : une tumeur. Bénigne finalement, qui avait été retirée de son estomac. La plus grande peur de Sherlock à l'époque, que son amour ne s'en sorte pas.

Son premier « Je t'aime », au milieu de la nuit, quelques semaines plus tard, alors qu'ils venaient de frôler la séparation. Le jeune homme avait dormi sur le canapé, ou plutôt essayé de dormir. Finalement il s'était senti obligé de réveiller John, pour lui avouer ses sentiments. Et ça lui avait fait une drôle d'impression. Il s'était senti léger mais terriblement faible et vulnérable aussi.

La demande en mariage. Pas du tout romantique, à l'image de Sherlock. Au beau milieu d'une course poursuite, il lui avait demandé, comme ça, de but en blanc. Et alors qu'il maitrisait le suspect, il avait donné à John un écrin en velours bleu dans lequel se trouvait une bague en argent, toute simple sur laquelle leurs initiales étaient gravées, entrelacées. Sherlock n'oublia jamais le « oui » murmuré sur ses lèvres.

Le mariage enfin, où ils arrivèrent en retard à cause de la maîtresse d'un haut fonctionnaire de l'état qui le menaçait de chantage. Leurs regards échangés pendant la cérémonie. Ses mains tremblantes au moment de passer l'alliance à son doigt. Leur nuit de noces, à Baker Street, dans l'intimité de leur chambre où ils restèrent trois longs jours, téléphones éteints, ordinateurs aussi.

Et ces quelques années qui suivirent, les moments de bonheur, les rires, les pleurs, les embrassades, les joies de se retrouver, les longues discussions sur l'oreiller à propos des gens, de leur façon de penser, les regards toujours impressionnés de John, les petits clins d'œil et les sous-entendus au dessus d'un cadavre. Les diners au restaurant avec Lestrade et sa petite-amie, les repas familiaux accompagnés de leurs joutes verbales entre les deux frères.

Tout revenait à la mémoire de Sherlock. Comme s'il était en train de mourir et que sa vie entière passait devant ses yeux. Mais sa vie se résumait à John. Et John était en train de mourir. Le détective consultant était fatigué. Extrêmement fatigué. Ses yeux le brûlaient d'avoir tant pleuré. Il releva la tête vers John et subitement, tout s'affola. Les bips s'accélérèrent pour devenir un interminable son continu. Les médecins et infirmiers se pressèrent dans la chambre avec un chariot de réanimation, poussant Sherlock dans un coin. Mycroft arriva en trombe. Tout semblait se passer au ralenti. Les chocs électriques soulevaient le corps de John mais n'avaient aucun effet sur son cœur, qui ne donnait plus signe de vie.

Les minutes passèrent, les deux frères étant incapables de bouger. Puis ils renoncèrent. Les médecins baissèrent les bras. Ils déclarèrent l'heure officielle de la mort et c'eu un effet dévastateur sur le détective. Il cria, se débattit, cherchant à se libérer des bras de son frère, les larmes n'en finissaient plus de tomber. Sa voix se fit entendre dans l'étage entier, elle résonnait comme un cri de désespoir et glaça le sang de nombre des gens présents. Enfin il réussi à atteindre son ami, son amant, son mari, sa vie. Il attrapa sa main, la serrant dans les siennes, criant, pleurant, à genoux au sol. Il se releva avec peine, chassa tout le monde de la pièce avec violence, s'installa sur le lit, aux côtés de celui qu'il aimait et pleura dans son cou, murmurant qu'il n'avait pas le droit, qu'il ne pouvait pas le laisser, qu'il avait besoin de lui, que sans lui, il n'était plus rien.

Il prit conscience en cet instant qu'il ne lui restait plus qu'une chose à faire. Il essuya ses larmes, embrassa délicatement les lèvres inanimées et sortit de la pièce, marchant droit, presque fier. Il repoussa son frère qui tentait de le soutenir, et se dirigea vers la cage d'escalier.

Il monta les marches doucement, lentement, repensant à tous ces instants bénis passés avec John, se disant qu'ils avaient réussi à en profiter, sachant qu'un jour cela devait arriver. Il continua de monter jusqu'à la dernière porte qu'il enfonça, appréciant l'air frais balayant son visage.

Il se dirigea lentement devant lui, le regard vide. Monta la petite marche, regarda vers le ciel et murmura, pour la dernière fois.

« Je t'aime mon amour. Attends-moi, je te rejoins. »

Il ferma les yeux et sauta, tandis que derrière lui arrivait Mycroft qui n'eu que le temps de hurler dans le vent, avant de tomber à genoux.

Ils eurent une belle vie, la mort ne leur offrit pas le même cadeau. Seule leur dernière résidence, ornée de multitudes de fleurs des champs rappelait au monde leur existence. Seule une photo permettait de ne pas oublier leurs visages souriants.

« Unis dans la vie, unis dans la mort. » était inscrit sur la pierre, et régulièrement, un homme venait nettoyer l'inscription et changer les fleurs, en souvenir de ceux qu'il avait aimé, en mémoire de ceux qui avaient donné leur vie pour faire vivre leur amour, par delà la mort.

FIN