Chapitre 6
Un phénomène étrange... et embarrassant !
Ne la voyant pas revenir, Sesshômaru pensa alors qu'elle devait encore être dans l'eau à chercher un moyen d'en sortir sans avoir à se balader entièrement nue. Cela l'amusa quelque peu. Cette jeune femme était des personnes qu'on pouvait s'amuser à taquiner sans même s'en lasser. Néanmoins, elle se faisait un peu longue. Il était sûr qu'elle n'hésiterait pas à sortir de l'eau entièrement nue quitte à se couvrir de ridicule. Elle n'était pas du genre à avoir peur de ça.
Il se leva et décida d'aller voir ce qu'elle faisait. Si elle était encore dans l'eau, elle risquait d'attraper froid. Pas que cela m'importe, mais ça me gênerait de devoir être à ses petits soins ! Pas menteur pour deux sous le Sesshômaru ! Il marcha lentement, profitant du calme de cette fin de matinée ensoleillée. Il arriva enfin à la rivière où, effectivement, la jeune fille était toujours dans l'eau. Elle semblait avoir tout de même assez froid. Elle lui lança un regard noir avant de lui tourner le dos. C'est alors qu'il remarqua pour la première fois une longue cicatrice lui barrant le dos. Elle partait de son épaule gauche pour finir à sa hanche droit. La cicatrice était nette, ce qui l'amenait à penser qu'elle avait été plutôt bien soignée. Cependant, la taille de cette dernière l'amena également à penser que la blessure avait dû être plutôt grave et qu'elle n'en avait réchappé que de justesse.
- Tu comptes rester là à savourer ton mauvais tour ? le sortit-elle de ses pensées, toujours dos à lui.
Sa voix était fébrile, comme un souffle de mourant. Il la scruta et la vit se tourner vers lui pour le toiser d'un regard où la peur n'avait pas sa place. Il devait le reconnaître, c'était une forte tête et un fille absolument hors norme. Elle sembla défaillir et tomba. Il réagit alors instinctivement et sauta dans l'eau après avoir enlevé son armure en de temps trois mouvements. Il alla la chercher et la ramena sur la rive. Elle respirait encore, mais avait une forte fièvre. La plaisanterie avait été un peu trop loin cette fois là. Elle est folle de vouloir prouver qu'elle peut résister ainsi... Il l'enveloppa dans sa fourrure et ramassa ses affaires avant de la reprendre dans ses bras et d'avancer en direction du campement. Elle se remettrait vite de cette fièvre passagère.
Quand Jaken les vit arriver, il eut l'impression de voir un prince charmant portant dans ses bras une damoiselle en détresse. C'était un cliché qu'il n'aurait jamais pu croire un jour ramener à Sesshômaru. C'était presque un non-sens. Mais il semblait à cet instant si... il ne trouvait pas de mot. Lointain ? Peut-être était-ce cela. Sesshômaru changeait, et il ne pouvait ignorer que c'était dû à la présence de Hoshiko. Ce n'était pas une coïncidence. Sa présence semblait apaiser son maître, le balayer de tous ses doutes. Elle semblait le rendre étrangement plus puissant qu'il ne l'était déjà. Mais qui est-elle ? Quelle sorte de créature est-elle ?
- Jaken, le sortit Sesshômaru de ses pensées.
- Oh... Sesshômaru-sama ?
- Va chercher de quoi manger pour elle, lui ordonna-t-il.
Jaken ne s'attarda pas. Sesshômaru n'était pas d'une patience légendaire. Il s'enfonça alors dans les bois, se demandant bien comment cette gamine faisait pour apaiser ainsi Sesshômaru par sa seule présence. Elle n'est pas humaine... fut sa première révélation tandis qu'il cueillait quelques fraises des bois et autres baies. Il prolongea un peu sa recherche afin de ramener suffisamment de nourriture pour leur nouvelle compagne. Avec un peu de chance Sesshômaru deviendra-t-il un peu plus patient... Mais c'était un euphémisme. Ce pauvre Jaken n'avait pas les pieds sur terre pour penser une telle chose possible.
Pendant ce temps, Sesshômaru veillait à ce qu'elle ne prenne pas plus froid. Il avait avivé un peu le feu et l'avait enveloppé consciencieusement dans sa fourrure, l'allongeant près du feu. Elle frissonna tout de même. La chaleur ne semblait pas suffisante. Elle était étrangement pâle et l'étoile sur son front scintillait faiblement d'une lueur mauve et nacrée. Elle n'est pas humaine... Il la scruta un moment encore, cherchant à comprendre certains faits qui semblaient pourtant inexplicables. Réagit-elle seulement comme les humains ? Ou est-elle plus proche du Youkai ?
Toutes ces questions commençaient à lui donner le tournis. Elle frissonna encore, ouvrant à peine les yeux pour les plonger dans ceux du Youkai. Il fut étonné d'y voir une telle fragilité. Il s'allongea alors à côté d'elle et la ramena contre lui, afin de lui prodiguer un peu plus de chaleur. Cela sembla fonctionner, de plus, il se sentait également un peu mieux. C'était à croire qu'il se renforçait grâce à la présence de cette fille. C'était vraiment stupide ! Complètement stupide ! Elle se blottit contre lui, se lovant contre son torse, respirant son odeur. Je me radoucis moi... Il se contenta alors de la serrer doucement dans ses bras comme si elle était fragile comme un fleur.
Quand Jaken revint, il trouva le Daiyoukai serrant dans ses bras la frêle jeune fille, dormant paisiblement tout deux. C'était étrange, car il n'avait jamais vu Sesshômaru dormir. Cependant, le visage apaisé et tranquille de ce dernier lui confirma que tout allait bien. Il posa alors sa récolte avant de s'allonger également non loin du feu et de s'endormir. Le feu et l'odeur de Sesshômaru ferait fuir tout danger. Personne n'osait jamais affronter Sesshômaru sans une grande, très grande préparation... et un plan de repli.
Quand le Daiyoukai ouvrit les yeux, la jeune fille dormait toujours dans ses bras. La fièvre était tombée, mais elle ne semblait pas en grande forme. Il se leva et observa les alentours. Rien à signaler. Puis, il remarqua la petite récolte que Jaken avait fait sous ses ordres. Il prit quelques fruits et retourna auprès de sa nouvelle protégée au sale caractère. Il la réveilla doucement, ce qui n'était pas dans ses habitudes. Il lui tendit une pomme quelle prit entre ses deux mains, surprise, avant de lever ses yeux vers le visage de Sesshômaru qui resta inexpressif.
- Merci, souffla-t-elle.
Il ne répondit rien et se détourna pour aller explorer un peu les alentours. Hoshiko aurait bien aimer manger cette pomme, mais malgré tous ces efforts, elle ne pouvait pas. Le fruit dans ses mains ne lui inspirait aucune envie, plutôt une répulsion inexplicable. Pourtant... j'adore les fruits, non ? Elle ne comprenait pas ce soudain dégoût pour un aliment qu'auparavant, elle aurait mangé avec plaisir. Jaken se réveilla et remarqua l'expression inquiète du visage de la jeune fille.
- Qu'y a-t-il, Hoshiko-sama ? s'enquit-il.
- Je... rien, se reprit-elle en se forçant un sourire avant de mordre dans le fruit en cachant sa grimace de dégoût et son haut-le-cœur.
Jaken la regarda suspicieusement avant de tourner la tête vers Sesshômaru qui revenait de sa petite ronde. Sesshômaru observa Hoshiko. Il avait pensé qu'elle aurait finit la pomme depuis tout ce temps. Mais le fruit avait à peine été entamé. Ce n'était pas normal cette absence de faim. Que lui arrivait-il ? Il s'approcha un peu plus pour remarquer qu'elle semblait vraiment épuisée et que même sa proximité ne faisait rien, aucun effet. Il faut aller voir la vieille miko...
Sans un mot, il souleva la jeune fille dans ses bras qui parut d'abord surprise, avant de finalement reposer sa tête contre son torse et fermer les yeux pour sombrer dans un profond sommeil. Jaken regarda la scène, surpris. Il allait ouvrir la bouche pour dire quelque chose, mais aucun son n'en sortit. Il la referma pour la rouvrir, tel un poisson. Sesshômaru passa devant lui avec son léger fardeau dans les bras sans lui lancer un regard.
- Jaken, on y va, lâcha-t-il seulement avant de s'envoler.
- Ooh ! Attendez Sesshômaru-sama ! s'écria-t-il en prenant précipitamment la bride d'Ah-Un avant de suivre son maître.
Sesshômaru n'en revenait pas de s'inquiéter autant pour cette fille. Après tout, si elle mourrait il en serait débarrassé et tranquille pour un bon moment. Pourtant, il n'arrivait même plus à envisager qu'elle ne soit plus à ses côtés. Et cette faiblesse qu'il avait ressentit quand il s'était éloigné de quelques kilomètres ce matin le dissuadait de l'abandonner. Il n'avait pas vraiment le choix. Elle lui était, semblait-il, indispensable à présent. Et cela en devenait irritant car il ne pouvait s'éloigner d'elle sans en ressentir des effets négatifs. Tout se passait si bien avant qu'il ne la rencontre... Pourquoi... ?
Il vola plus vite en direction du village ce jour là. Un peu trop inquiet de l'état de la jeune fille qui, malgré sa présence à ses côtés, ne s'améliorait pas le moins du monde. Et plus son état se détériorait à en devenir critique, plus son inquiétude grandissait et sa force commençait à diminuer. Ça ne lui plaisait pas, mais alors pas du tout ! Heureusement, ils finirent par arriver à leur destination en un temps record. C'était l'aube. Kaede et Kagome cueillaient des plantes médicinales non loin du village. C'est à ce moment qu'il décida de descendre vers elles, son fardeau dans les bras. Les deux mikos commencèrent à s'inquiéter en voyant l'état de la jeune fille.
- Que s'est-il passé ? s'enquit Kaede.
- Je n'en ai aucune idée... répondit Sesshômaru de cette même voix à l'intonation dénuée de sentiments.
- Hum... Sesshômaru, porte là chez moi, conclut Kaede après un moment de réflexion.
Sesshômaru s'exécuta en se demandant pourquoi cette vieille miko lui inspirait autant de respect. Puis, sentant Hoshiko frissonner dans ses bras, il la serra un peu plus contre lui dans l'espoir de lui prodiguer un peu plus de chaleur. Pourquoi ne reprends-tu pas des forces à mes côtés...? Il la déposa sur le futon disponible, remarquant que Rin dormait à point fermer dans un autre futon à deux pas de celui où il venait d'étendre la jeune fille.
Kaede arriva quelques minutes plus tard accompagnée de Kagome. Cette dernière avait pris quelques rondeurs au niveau du ventre. L'approche d'un heureux événement sans doute... Sesshômaru s'éloigna un peu, allant s'appuyer contre le mur pour laisser de l'espace aux deux mikos et les regarder s'activer auprès de sa protégée. Kagome dû avouer qu'elle n'y comprenait rien, mais cependant, elle n'avait pas autant d'expérience en la matière que son aînée. Mais même Kaede secoua la tête au bout d'un moment.
- Je n'arrive pas à comprendre... soupira-t-elle. Ce n'est pas une maladie... plutôt un manque de quelque chose essentiel pour elle. Mange-t-elle correctement ? demanda-t-elle à Sesshômaru.
- Elle a à peine touché à la pomme que je lui ai donné hier matin... déclara-t-il.
- Hum... par manque d'appétit... de dégoût peut-être... fit la vieille miko, pensive.
- Pourquoi serait-elle dégoûtée de la nourriture qu'elle a toujours mangé ? La pomme est son fruit préféré, s'étonna Kagome.
Sesshômaru nota malgré lui ce détail tout au fond de son esprit. Puis, faillit secouer la tête, se trouvant totalement ridicule. Il ne le fit pas toutefois, les deux mikos l'auraient remarqué. Hoshiko frissonna encore, si bien que Kagome la recouvrit d'une couverture supplémentaire. C'était à n'y plus rien comprendre. La dernière fois, la présence de Sesshômaru à elle seule auprès d'elle, avait suffit à lui redonner son entrain.
- Peut-être parce que sa véritable nature se réveille... murmura Kaede.
- Sa véritable nature... Tu voudrais dire que c'est un Youkai ? s'enquit Kagome.
- Oh non, au contraire... tu n'as jamais entendu parler de Tenshi ? demanda la vieille miko.
- Qu'est-ce que c'est ? s'étonna Kagome.
- Des anges... répondit simplement Sesshômaru. Quelques uns d'entre eux descendirent un jour sur terre pour veiller sur les humains. Puis, ils ont disparu.
- Alors Hoshiko serait un Tenshi ? souffla Kagome.
- Huhum, acquiesça Kaede. Regarde ses oreilles.
Kagome s'exécuta et retint un cri de stupeur. Ses oreilles n'étaient plus rondes comme celles des humains, elles étaient pointues, comme celles de Sesshômaru. Ce dernier, lui, n'y faisait pas vraiment attention. Ce qui l'intéressait, c'était que cette vieille miko trouve le moyen de soigner la jeune fille, si maladie il y avait. Ce qui ne semblait pourtant pas être le cas, apparemment...
- Tu disais que ses goûts avaient changés, vieille miko... la relança-t-il.
- Sans doute... la nourriture humaine l'écœure probablement maintenant... réfléchit-elle tout haut.
- Alors de quoi se nourrirait un ange ? se demanda Kagome tout haut.
- De lumière, mais de cela elle n'a aucun manque. De chaleur, mais là n'est pas non plus le manque. D'amour...
Elle se tourna vers Sesshômaru, une vague pensée traversant son esprit. Si c'était d'amour qu'elle manquait, ce n'était probablement pas auprès de Sesshômaru qu'elle pourrait en trouver. Toutefois, elle semblait liée à lui et à personne d'autre. Conséquence : lui seul pouvait répondre à ses besoins. Mais il y avait plusieurs sortes d'amour : fraternel, ce qui pouvait être le cas entre Kagome, Inuyasha et Hoshiko, amical, ce qui la liait à Sango, Miroku et Kohaku, maternel, ce qui la ramenait à Rin... Mais quel sentiment la liait à Sesshômaru. La haine, peut-être, mais le lien de la haine ne peut-être aussi puissant entre deux êtres complètement opposé. Ce n'est pas ce qui les lie...
Kaede ne pouvait ne serait-ce que songer à un amour réservé. Cependant, cela pouvait très bien être le cas. Sesshômaru n'était guère du genre à extérioriser ses sentiments et il en valait de même pour Hoshiko. Mais un amour à peine né pouvait-il lié deux êtres aussi fort ? Si c'était le cas, se servaient-ils de la haine pour le camoufler de peur de se trouver faible et de la réaction de l'autre... ou par fierté ? Mais quel était donc le symbole dans ce cas...
- Kagome... le symbole d'un amour naissant... quel est-il à ton avis ? demanda la vieille miko.
- Hum... le plus simple possible ?
- Celui qui te passe par la tête en tout premier lieu, répondit Kaede.
- Il y en a deux... répliqua Kagome.
- Nomme-les, l'incita la vieille miko.
- Une tendre caresse, un doux baiser... cita-t-elle les yeux dans le vague.
Puis, elles tournèrent toutes deux la tête dans la direction du Daiyoukai qui n'avait pas bougé d'un pousse et n'avait même pas cillé. Il attendit sans mot dire que l'une des deux daigne s'expliquer. Rapidement serait d'ailleurs le mieux, sa patience n'était pas au beau fixe ces temps-ci. Ses nerfs étaient mis à rude épreuve. Non seulement parce qu'il ne pouvait pas s'éloigner de cette écervelée qui lui prenait la tête pour un oui ou pour un non, mais aussi parce que de son état dépendait le sien. Et donc, pour le moment, il n'était pas au mieux de sa forme et cela le rendait d'autant plus irritable ! Bon, elles se décident ? Il commençait à perdre patience, mais garda son flegme et sa face inexpressive bien étudiée.
- Sesshômaru, c'est à toi de faire le reste, c'est à ton contact qu'elle réagit, expliqua la vieille miko.
Il leva un sourcil cette fois. Cette vieille prêtresse voulait qu'il lui caresse la joue ? Et puis quoi encore ? Pourquoi pas lui coiffer les cheveux et lui faire un massage ! … Ou s'attendait-elle à ce qu'il l'embrasse. Hors de question ! Plutôt crever ! Il manqua de se mordre la langue. Crever ? Pas question, il devait d'abord faire la peu à cet enflure de Youkai qui sentait la mort et l'odeur de Naraku mélangée. … et il y avait certaines affaires qu'il avait à régler. Cependant, sa fierté lui refusait de s'abaisser à ce genre d'idiotie et d'action "Romantique" – Pouah ! – et complètement fleur bleue ! – Yierk ! – Non, décidément, il ne pouvait pas. Mais ça implique rester faible ! Et je ne supporte pas ça ! Il grinça légèrement des dents. Ce qui fit échanger un regard interrogateur aux deux mikos. Ça avait de quoi vous foutre une belle frousse. A tel point qu'elles se demandaient même si elles ne feraient mieux pas de sortir.
Dans la tête du Youkai, il était clair que son honneur et sa fierté ne lui permettaient pas ce genre d'actions... écœurantes. Mais... sa fierté et son honneur finirait par en prendre un bon coup s'il continuait à s'affaiblir ainsi. Un vrai casse-tête cette morveuse ! Elle lui filait la migraine. Franchement, cette gamine ne lui avait jamais apporté rien de bon depuis son arrivée. Si, un certain amusement, il se devait de l'admettre, mais seulement dans sa tête. Il n'irait jamais jusqu'à le reconnaître devant les autres. Pff !
Il remarqua Kagome sortir pour aller sans doute se débarrasser de ses nausées matinales tandis que Kaede observait le visage trop pâle pour être naturel, de la jeune inconsciente. Elle semblait plongée dans un sommeil profond mais certainement pas serein. Sa peau était également un peu trop froide malgré les deux couvertures. Elle n'en a plus pour très longtemps à ce rythme là...
- Décide-toi vite, Sesshômaru. Plus tu tardes, plus le risque de la perdre augmente. Il en va de même pour ta santé à toi, on ignore les effet que cela pourrait avoir sur toi. Cela pourrait-être irréversible. Tu pourrais bien être faible pour le reste de ton existence...
Ce dernier argument eut le mérite de faire tilt dans son esprit. La vieille miko avait visé juste, en plein dans le mile. Faible ? Il ne manquerait plus que ça ! Mais cela ne lui retirait en rien le dégoût qu'il éprouvait rien qu'à la pensée de cette action. Et dans sa tête se rejouèrent plusieurs événements qui, malgré lui, l'avaient un peu embarrassé – Quoi ? – comme l'événement dans la forêt avant qu'il ne l'enlève, il avait rougit bien malgré lui – Pfff ! – Ou encore le moment où il l'avait aperçue dans la rivière, entièrement nue et de l'eau jusqu'à la taille. Ce qui bien évidemment ne l'avait pas laissé indifférent et avait éveillé en lui un peu de désir – N'importe quoi ! – Cette gamine le rendait dingue. Comment fallait-il se comporter avec elle. Elle avait toujours le genre de réaction auquel on s'attendait le moins. Cela pouvait être vraiment agaçant ! Et ça lui tapait sur les nerfs plus qu'il ne l'aurait cru. Et pourtant, il ne pouvait se passer de sa présence. Je nage dans la pure idiotie ! C'est pathétique !
Puis, il ressentit soudain un douleur lancinante au niveau de son coeur et comprit qu'il devait vraiment agir. Cela devenait plus qu'urgent. Alors il se déplaça très vite et s'agenouilla auprès d'elle. Il commença par le geste qui lui répugnait le moins. Cela calma un peu sa douleur mais sans plus. Il retenta. Rien. Kaede observa un moment et comprit alors pourquoi cela ne semblait pas marcher aussi bien que ce à quoi elle s'attendait.
- Mets de côtés tes sentiments négatifs et ta fierté susmentionnée ! Laisse place à tes sentiments positifs même si tu refuse de te les avouer, l'encouragea-t-elle.
Il grogna légèrement à l'entente des quelques qualificatifs. sa fierté était très bien comme elle l'était ! Non mais ! Et puis... quels sentiments positifs ? Envers cette gamine ? Il était vraiment peu probable qu'il en ait ! Cependant, lorsqu'il caressa de nouveau la joue de la jeune femme en mettant de côté sa fierté et ses sentiments négatifs, l'effet fut un peu plus conséquent. De mauvaise fois, certes, il dû reconnaître que la vieille miko avait eut raison. Bon sang que c'est dégradant ! Toutefois, la jeune femme n'était pas sortie d'affaire. La douleur dans la poitrine de Sesshômaru avait peut-être disparu, mais la faiblesse demeurait. Je n'arrive pas à croire ce que je vais faire ! Il se pencha sur elle et, appréhendant un peu, se stoppa à quelques centimètres de ses lèvres. Puis, se disant que c'était probablement la première et la dernière fois qu'il aurait à faire cela, il se lança. Ses lèvres se posèrent sur celles de la jeune femme.
Quelque chose d'incroyable se produisit alors. L'étoiles sur le front de la jeune femme se mit à briller d'une intense lumière mauve nacrée tandis que la lune sur le front de Sesshômaru brilla d'un éclat bleu nacré. C'était un phénomène complètement étrange. La vieille miko comprit alors que ce n'était absolument pas un hasard si Hoshiko et lui étaient liés. Elle lui avait été envoyée, destinée. Et ceux depuis le début. Cependant, elle jugea préférable de ne pas le dire au Youkai et le garda pour elle. Il ne manquerait plus qu'il s'offusque encore !
Le baiser ne dura pas longtemps. Même s'il n'avait pas la notion du temps à ce moment là. Il se sentait étrangement bien, pas révulsé comme il l'aurait cru, mais plutôt... bien. C'était si agréable. Ses lèvres étaient si douces et parfumées... Il avait l'impression que toutes ses forces lui avaient été rendues dés le moment où leurs lèvres étaient rentrées en contact. Et elles ne cessaient de s'accroître au fur et à mesure que le baiser durait. Il finit par se détacher d'elle et se redressa pour la regarder. Elle avait reprit des couleurs et ne frissonnait plus. Elle ouvrit même les yeux. Je n'avais jamais remarqué toutes ces nuances de bleu... Il se secoua. Stop ! A quoi je pense là ! Ce n'était vraiment pas le moment pour... pour quoi d'ailleurs ? Bonne question.
Elle cligna plusieurs fois des yeux avant de se redresser en position assise pour regarder tout autour d'elle. Mais où était-elle ? Elle remarqua ensuite Kaede qui la regardait avec un air soulagé, puis, ses yeux se posèrent sur Rin et s'attendrirent d'un coup, devenant ceux d'une mère protectrice. C'était amusant à voir. Puis, ils se reposèrent sur Sesshômaru et se perdirent dans l'or de son regard. Ni lui ni elle ne rompirent ce contact. C'était un instant si magique...
- Comment te sens-tu, Hoshiko ? demanda tout de même Kaede au bout d'un moment.
- Je... euh... bien... que s'est-il passé ? s'enquit-elle.
- Apparemment, il est vital pour toi que tu reçoive des caresses et des baisers... c'est... en quelque sorte ta nourriture.
Sesshômaru crut qu'il allait s'étrangler. Alors il allait devoir répéter cette mascarade chaque jour ? Oh non ! Pas ça ! Dans quoi s'était-il encore embarqué l'inconscient ? Espèce d'imbécile ! Il ne laissa cependant rien paraître aux deux femmes de son débat intérieur plutôt mouvementé. Il aurait eu l'air fin si cela avait été le cas. Cependant... il n'arrivait pas à s'enlever de la tête la douceur et le goût de ses lèvres... Il avait aimé ce baiser. Absurde ! Il n'arrivait absolument pas à y croire, mais c'était pourtant vrai. Rien ne servait de se mentir. Mais Sesshômaru était Sesshômaru. Jamais il n'admettrait une telle faiblesse ! Ça jamais !
C'est alors que Rin se réveilla. Elle remua un peu dans son futon avant d'ouvrir les yeux. Elle se releva à une vitesse étonnante, de si bon matin, pour venir sauter dans les bras de Hoshiko qui bascula sur Sesshômaru. Elle se retrouva sur le dos, Sesshômaru également, en travers de sorte à ce que la tête de la jeune femme repose sur son ventre. Il sentit ses joues chauffer un peu. Ah non ! Pas question que je rougisse devant elles ! Il se redressa brutalement, faisant tomber la tête de la jeune fille sur le parquet, et sortit.
- Aïe ! gémit Hoshiko en se redressant, Rin dans les bras, et en se frottant l'arrière de la tête. Mais quel imbécile ! marmonna-t-elle.
Kaede manqua d'éclater de rire. Cette gamine la surprenait toujours plus que la veille. Elle osait parler ainsi de Sesshômaru, sachant que ce dernier n'était pas loin et l'entendait sûrement très bien avec son oreille développée. Rin regarda la jeune femme avec intérêt. Cela faisait un moment qu'elle ne l'avait pas vu, et cela lui avait paru un peu trop long. Elle l'aimait comme une grande sœur, presque comme une mère. Elle lui avait manqué.
- Grande sœur, tu es malade ? s'enquit Rin inquiète.
- Non Rin, je vais bien, tranquillises-toi, sourit-elle en lui caressant la tête.
La petite resta perplexe un moment, avant de lui offrir un magnifique sourire. Elle se leva et courut hors de la maisonnette. Sans doute allait-elle rejoindre Sesshômaru. Hoshiko n'arrivait pas à comprendre comment cette gamine pouvait apprécier ce rustre. Kaede dû sans doute deviner ce qu'elle pensait. Elle posa sa main sur celle de la jeune femme qui, suite à ce contact, plongea ses yeux dans les siens.
- Ne le juge pas trop mal, lui conseilla-t-elle.
- Et pourquoi ? s'enquit-elle, farouche.
- Sesshômaru n'est pas si mauvais qu'il veut le faire croire, ma petite. En vérité, C'est lui qui a sauvé Rin. Il l'a ramenée à la vie et s'est occupé d'elle avant de me la laisser ici, expliqua Kaede.
- Il l'a ramenée à la vie ? répéta Hoshiko, sceptique.
- Oui, confirma Kaede.
- Mais... c'est impossible ! Comment a-t-il fait ?
- Il avait une épée, léguée par son père, le protégeant et lui permettant de ressusciter les morts. Il s'en est servi sur Rin.
- Alors... il peut ramener à la vie les personnes qui meurent... murmura-t-elle pour elle même.
- Pouvait, rectifia la vieille miko. Son épée a été brisée.
Hoshiko resta pensive. Comment pouvait-elle encore éprouver quelque haine pour ce Daiyoukai avec ce que venait de lui révéler la vieille miko. Elle ne le pouvait plus. Pourquoi ne puis-je pas le haïr ? Pourquoi ne le puis-je pas depuis le départ ? Kaede respecta son silence et son absence en pensée. Cette gamine était beaucoup plus mature qu'elle ne l'avait cru. Même après le fait qu'elle ne se souvienne pas de son véritable passé. Hoshiko se leva lentement sans dire un mot et sortit afin de prendre l'air. Kaede lui demanda de faire attention et de se ménager. Hoshiko la rassura en lui disant que tout allait pour le mieux.
La jeune femme se dirigea vers les bois où Sesshômaru s'était assis contre le tronc d'un arbre, Rin cueillant des fleurs un peu plus loin. Comment pourrais-je éprouvé un quelconque sentiment négatif à son égard ? Elle marcha vers lui et se sentit soudain un peu plus forte et résistante. Il leva les yeux vers elle en sentant lui aussi sa force se décupler. Sans qu'il ne puisse faire un geste, la jeune fille se jeta dans ses bras et le serra contre elle. Il se figea, laissant échapper un grognement d'avertissement. Mais elle n'en prit pas peur, sachant très bien qu'il ne pouvait rien faire pour lui faire du mal. Quand cessera-t-il de se montrer si insensible ? Au lieu de s'éloigner de lui, elle se serra un peu plus contre lui.
- Ne peux-tu accepter cette étreinte alors qu'elle te redonne plus de force et de puissance ? murmura-t-elle tout bas.
Il se détendit finalement, fermant les yeux et la laissant faire. Même s'il ne répondait pas à son étreinte, elle s'en fichait. Elle se sentait plus tranquille, plus forte, tellement mieux... Rin, un peu plus loin, se figea avant de sourire face à cette scène. Si seulement Grande sœur et Sesshômaru-sama pouvaient se marier...
