7.
- Toujours pas de solution pour préserver l'épave du Death et la tombe de Toshiro ?
Sur l'écran de l'ordinateur, Albator secoua négativement la tête.
- Ta mère m'a dit plancher sur le sujet, et de ne surtout rien dire ou faire !
- Elle te connaît bien…
- Et pour cause ! Il n'empêche que je déteste devoir demeurer en retrait et à laisser quelqu'un d'autre se charger de la résolution de mes problèmes !
- Dans le domaine de souci-là, il vaut bien mieux que maman s'en charge. Sinon, quels sont tes projets ?
- Je pense me balader un moment dans la Constellation du Crâne.
- Laisse-moi deviner : plein de pirates ?
- Evidemment ! Car, quoi qu'un certain rouquin en pense, en me chargeant de tous les maux de l'univers, ce n'est plus moi le pirate redouté !
- Quel dommage, tu avais si bien travaillé ton look !
- Aldie tu n'es qu'un sale gosse irrévérencieux !
- Et je ne m'améliore pas !
- Oui, je le constate chaque jour qui passe.
- Fais gaffe, tu vas finir par faire de l'humour, toi ! Plus sérieusement, tu sais que maman ne lâchera jamais l'affaire et qu'elle sauvera ton petit sanctuaire.
- Je l'espère… Mais ce domaine n'est pas de son ressort courant.
- Plus que tu ne le crois, enfin c'est surtout son Cabinet Juridique qui en a l'habitude, vu que les implantations de chantiers navals sont ardues à faire accepter aux populations qui vivent aux abords immédiats ! Et, n'oublie pas qu'il reste une option ultime…
Le pirate à la chevelure de neige fit à nouveau non de la tête.
- Il est hors de question de rapatrier les restes de Toshiro. Il a choisi lui-même l'endroit de sa mort et personne ne devra le déranger ! On ne touchera pas à sa tombe, même si pour la préserver je dois placer l'Arcadia au-dessus et pilonner tout qui s'en approche !
- Toujours aussi pacifique toi, gloussa Aldéran. Manquerait plus que ta méthode pour achever de tout ravager… Dommage que le Bureau et la Fusion me mobilisent, sinon j'aurais essayé d'y réfléchir avec maman, voire même d'aller jusque Heavy Melder, mais c'est totalement impossible !
- Ne t'inquiète pas, on est assez nombreux à plancher sur le sujet, assura son père. Ne songe qu'à tes propres obligations… Toi aussi, tu sembles soucieux ?
Aldéran soupira, vidant son verre d'eau avant de le remplir à nouveau.
- Je dois me faire à l'idée que ma vie va à nouveau changer du tout au tout. Il va me falloir modifier mes habitudes, mes repères surtout, et j'avais l'impression d'avoir trouvé mon équilibre… L'AZ-37, les souvenirs, les amis que j'y ai, ils vont tellement me manquer !
Un éclair passa dans le regard du pirate qui en foudroya son rejeton.
- Quelle est la première leçon de guerrier que je t'ai apprise : rien n'est jamais joué, voire perdu, avant la dernière escarmouche ! Tu as autant tes chances que ce Kendeler. Pourquoi donc pars-tu battu ? siffla-t-il.
- Parce que je suis ton fils. Je suis un électron libre ! Pour un Bureau, cela pouvait être accepté par ma hiérarchie, la Coordinatrice, mais pour la rigueur qu'exige la Fusion de deux Bureau… J'ai eu beau avoir une formation Militaire, elle est loin et même le SIGiP ne m'a pas reconnu comme suffisamment bon élément pour n'effectuer que des missions en son nom ! Je suis juste un pion que l'on déplace au gré des besoins… Ce ne sera pas un autre Bureau, mais une affectation, ailleurs… La seule certitude est que je ne pourrai jamais plus me retrouver sous les ordres de quelqu'un – et l'ironie me souffle que c'est ce qu'on me réserve !
- Ne sois pas aussi défaitiste, Aldie, sinon je laisse retourner le sol de Heavy Melder et je viens te botter les fesses autant de temps que de nécessaire pour que tu affrontes et tournes la situation selon ton envie au lieu de la subir !
Aldéran haussa les épaules.
- Papa, je ne peux pas prendre ma Coordinatrice en otage pour lui faire signer ma nomination, pas plus que je ne peux envisager d'assassiner Kendeler pour demeurer le seul prétendant en lice, et je ne peux pas davantage faire tourner l'AZ-37 comme jamais pour qu'en quelques semaines il surpasse le GD-12 qui est de toute façon à des années-lumière de performance de nous… Je n'ai pas mon mot à dire, papa. Il s'agit d'une décision purement administrative !
- Tu as raison… Je me suis emballé et j'ai repris mes clichés sur chers sans m'adapter à ta situation. Bref, toi et moi, nous retrouvons dans une situation finalement proche… Des tiers doivent décider de l'avenir immédiat.
- J'ai cela en horreur !
- Je pense que nous nous comprenons parfaitement sur ce point, mon garçon.
- A bientôt, papa.
- Ca prendra plus de temps que cela, Aldie car là où je vais sitôt la communication finie, je serai hors de portée pour des appels transmissibles sans coupures multiples et donc
rendant les échanges incompréhensibles. Je t'aime, Aldie.
- Tu vois, ce n'est pas si compliqué à dire… Même si j'aurai attendu presque trente-neuf ans que tu me le dises de façon naturelle.
- Je te l'ai dit, très souvent, et du fond du cœur, mais tu étais trop petit que pour l'entendre vraiment, t'en rappeler à l'âge adulte, ou alors tu étais bien trop stone que pour percuter quoi que ce soit !
- Ce n'est pas mal envoyé. Je te le répète : à bientôt, papa.
- Mais, bien sûr !
« Non, ce n'est pas sûr du tout… J'ai vu ta projection astrale, juste derrière toi. Ca faisait longtemps que je n'avais eu cette prescience et je ne la voulais certainement pas pour toi, à nouveau ! Mais tout comme en allant au Sanctuaire de Lacrysis j'ai évité que sa malédiction ne te mette à terre, je ferai mentir ce destin que j'ai deviné pour toi ! Oh oui, je t'aime, moi aussi et qu'importent Bureau et Fusion, mais je volerai à ton secours si nécessaire ! ».
Alyénor entre les bras, son père bizouilla à l'envie le ventre dodu du bébé.
- Il est chatouilleux, ajouta Alguénor qui faisait glisser son doigt sur les côtés de son cadet qui se trémoussait sur le drap stérile sur lequel Aldéran venait de lui mettre un nouveau lange.
- Arrête d'embêter ton petit frère.
- Mais, je suis sûr qu'il aime ça !
- Ce n'est pas faux, admit Aldéran à la vue du minois réjoui de son deuxième fils qu'il rhabilla légèrement avant de le ramener dans le salon.
- Alie est tout propre et tout parfumé, sourit le jeune homme en passant le bébé à sa femme qui le serra alors tendrement contre elle.
- Je suis tellement heureuse, même si je reprendrai un temps plein dès que cet ange démoniaque ira à la crèche.
- Tant de choses vont changer, pour notre petite famille, sous peu. Après tout, ce n'est peut-être pas un mal !
Et Aldéran ne songea qu'à son bonheur présent, l'appréciant à sa juste et précieuse valeur.
